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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 07:01
"Le temps retrouvé" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2005

"Le temps retrouvé" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2005

 

D’avant à plus tard

 

       Sans arrêt l’avenir se tricote. Eparpillés aux quatre coins de la planète tous les ingrédients mijotent en attendant leur heure. Celle ci surviendra le moment venu, quand les conditions nécessaires seront remplies. Quand elle n’aura plus le choix.

            Alors de cette réunion problématique surgira un événement, éclosion d’une fleur de pissenlit ou chute de l’Empire Romain. Fin  du Ramadan  ou invention du tricycle à pédale. De toute façon nous serons surpris, incapables que nous sommes de connaître tous les tenants et les aboutissants qui en découlent. C’est comme pour la météo, multipliez les paramètres, les satellites géostationnaires, les sondes et les mesures hygrométriques, vous n’obtiendrez qu’une approximation douteuse qui permettra de fêter Noël au balcon et Pâques aux tisons…

            Le problème c’est que nos humeurs vont s’en ressentir. Serons nous réjouis ou accablés ? Réjouis par un Cognac vieilli en fût de chêne  ou atterrés par un brouet infâme qui ferait le délice des cancrelats blottis sous la plinthe de la salle de bain ? Serons nous contentés ou amères et déçus en voyant se faner les papillons bleus de nos rêves secrets ?

            Envisageons maintenant le passé. Là c’est plus simple. Enfin si l’on veut…Car tout est déjà dit, fixé, enregistré. Rien ne peut y être changé. Tout est dans la boîte. In the box ! Donc les archives sont complètes, celles qu’on connaît et dont on se souvient avec nostalgie ou amertume. Mais aussi toutes les autres planquées au plus profond de nos oubliettes. Celles qu’on aimerait pas trop voir surgir de leur boîte, renaître de leurs cendres et se révéler encore vivaces alors qu’elles gisaient discrètes sous la poussière des ans. Mais rien ne peut disparaître et même la momie de Toutankhamon, pour inerte et desséchée qu’elle soit, même si elle se tient peinarde, va susciter encore bien des passions et des querelles de spécialistes qui n’auront pas compté les dents selon une méthodologie stricte. Un chicot est-il encore une dent ? Et un fragment de chicot ? Et une trace de fragment ? Dormez en paix puissants de la terre, vous qui avez régné sur les terres immémoriales de la Haute Egypte.

            Hélas tout est bon pour recycler les plus improbables vestiges, les traces les plus infinitésimales des artefacts préhistoriques ou de la chlamyde qu’une discrète fibule retenait sur l’épaule gracieuse d’une péripatéticienne de Lesbos. Tout est bon et inlassablement on continuera ce petit jeu créatif, faire du neuf avec du vieux. Fût-il hors d’âge.

            C’est ainsi. Le monde est implacable. Entre le passé révolu et l’avenir qui en découle il n’y a plus que l’éternel présent. Ce moment fugace où se réalise en relief et en cinémascope tout ce qui était prévu depuis le big-bang et qui s’accomplira avant le big-crunch qui devrait tout naturellement en découler.

                                                     La Brosse Conge le 27 août 2013

                                                     Copyright Christian Lepère

 

 

"Petits rats de bibliothèque" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

"Petits rats de bibliothèque" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

La prochaine fois : 

Le sujet sera digne d’intérêt au yeux de tous (ou presque)

car il parlera d’un français moyen

dans lequel chacun pourra se reconnaître au moins en partie.

Même si il est une femme.

                                                                          

 

 

 

             

 

 

 

La prochaine fois :

 

Le sujet sera digne d’intérêt au yeux de tous (ou presque)

car

il parlera d’un français moyen

dans lequel chacun pourra se reconnaître au moins en partie.

Même si il est une femme.

                                                                          

            

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 08:04
"Ambivalence problématique" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Demi-Jésus - 1983

"Ambivalence problématique" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Demi-Jésus - 1983

Sans papiers

 

            Il avait perdu sa sacoche. En soi l’objet n’était pas trop précieux. En cuir brun, un peu usagé, il n’était pas un souvenir sentimental dont la perte peut vous briser le cœur. Mais c’est qu’elle contenait tous ses papiers : carte d’identité, permis de conduire, carte grise et même sa carte vitale, celle qui justement permet de  prolonger sa vie dans de bonnes conditions. Toutes ses références sociales étaient là  pour justifier une existence légale dont la société a besoin pour nous cadrer. Car nous nous devons d’être des gens sérieux et identifiables. De bons citoyens qui votent et payent leurs impôts.

            Pour faire bonne mesure il y avait aussi sa carte bleue et son chéquier… Et comme le savent les psys, la banque c’est la mère. Il devenait ainsi totalement orphelin après avoir perdu depuis longtemps ses parents biologiques, voilà qu’il était privé de son pouvoir financier.

            Par surcroît si une personne jeune et pleine d’allant aurait pu faire face et rebondir sans attente, il se trouve qu’il n’était plus si jeune et que depuis peu il avait sombré dans une dépression bien insidieuse. Son moral était au plus bas et sa démarche chancelante. Son épouse fort inquiète et sujette elle aussi à des oublis et des méprises conséquences d’une mémoire qui s’étiole et se laisse aller prenait peur et s’affolait, explosant dans de vaines colères et alternant le miel, le fiel et la révolte vaine.

            N’étant pas très loin son propre frère se mit en tête de l’aider à résoudre le problème. Comment faire ? Se rendre à la mairie du village et aux services de la sous-préfecture ? Mais internet peut nous fournir des pistes et est prêt à coopérer gentiment. A force de clics, il apprit ainsi que toutes affaires cessantes il fallait d’abord prévenir la gendarmerie en déposant une déclaration de perte ou de vol. Fort bien ! Mais la présence physique de l’intéressé est requise  et il est indispensable qu’il se présente sur place en compagnie de son épouse. Hélas, comment identifier celui qui justement est sans papiers ?  Avec son livret de famille et la carte d’identité de sa conjointe qu’il fallait donc retourner chercher à son domicile.

            Pendant ce temps la femme du malheureux se torturant les méninges essayait de reconstituer l’épisode de la perte des précieux documents. « Voyons, il y a quelques jours je l’ai vu avec sa sacoche à la main se dirigeant curieusement vers la salle de bain… Comme il n’avait aucune raison d’en être muni  (Il ne se sert pas de la voiture…) je me suis demandé ce qu’il voulait en faire ». C’est sur ces entre faits que le téléphone avait sonné et avait détourné son attention.

            Ensuite elle avait fouillé partout, sous les meubles, au fond des tiroirs, sous les amas improbables d’objets hétéroclites interdisant l’entrée du garage et même dans la salle de bain…En vain ! En vain ! Son beau-frère s’y était mis aussi, en vain également. Ils avaient minutieusement fouillé les deux voitures et les abords et le jardin. Et voila qu’à la gendarmerie on leur enjoignait de retourner chercher le livret de famille.

            Ils y allèrent donc et pendant que le frère tentait une dernière action sur Internet  pour chercher l’adresse où les  gens honnêtes ont la bonne idée de rapporter les objets trouvés  à la petite ville toute proche, elle regagna son domicile. Après un temps assez long il trouva enfin le renseignement et pensa proposer d’y aller voir. La probabilité était faible mais pas totalement nulle. Il fallait tout tenter. Au moins on aurait l’esprit plus tranquille.

            C’est à cet instant que sa belle-sœur fit irruption, toute bouleversée, la sacoche retrouvée entre les mains. Elle venait de revérifier une dernière fois et s’était accroupie pour regarder sous les sièges de la voiture. Et là, sous ses yeux incrédules, elle avait vu ce qui avait échappé à une recherche plus superficielle quoique méthodique. Mais peut-être avait-elle glissé entre temps et était redevenue visible ?

            Toute exaltée elle fit la bise à son beau-frère. Son moral était au plus haut, du moins dans l’immédiat. Mais rien n’est simple et la résolution brutale du problème anéantissant toute recherche et simplifiant considérablement leurs démarches, ils se retrouvèrent les bras ballants, un peu désoeuvrés.

            Il paraît que cela arrive aussi aux combattants quand la guerre se termine et que désormais ils ne sont plus que d’anciens vétérans…

 

 

                                                               La Brosse Conge le 26 août 2013

                                                               Copyright Christian Lepère

           

 

Sans papiers

 

            Il avait perdu sa sacoche. En soi l’objet n’était pas trop précieux. En cuir brun, un peu usagé, il n’était pas un souvenir sentimental dont la perte peut vous briser le cœur. Mais c’est qu’elle contenait tous ses papiers : carte d’identité, permis de conduire, carte grise et même sa carte vitale, celle qui justement permet de  prolonger sa vie dans de bonnes conditions. Toutes ses références sociales étaient là  pour justifier une existence légale dont la société a besoin pour nous cadrer. Car nous nous devons d’être des gens sérieux et identifiables. De bons citoyens qui votent et payent leurs impôts.

            Pour faire bonne mesure il y avait aussi sa carte bleue et son chéquier… Et comme le savent les psys, la banque c’est la mère. Il devenait ainsi totalement orphelin après avoir perdu depuis longtemps ses parents biologiques, voilà qu’il était privé de son pouvoir financier.

            Par surcroît si une personne jeune et pleine d’allant aurait pu faire face et rebondir sans attente, il se trouve qu’il n’était plus si jeune et que depuis peu il avait sombré dans une dépression bien insidieuse. Son moral était au plus bas et sa démarche chancelante. Son épouse fort inquiète et sujette elle aussi à des oublis et des méprises conséquences d’une mémoire qui s’étiole et se laisse aller prenait peur et s’affolait, explosant dans de vaines colères et alternant le miel, le fiel et la révolte vaine.

            N’étant pas très loin son propre frère se mit en tête de l’aider à résoudre le problème. Comment faire ? Se rendre à la mairie du village et aux services de la sous-préfecture ? Mais internet peut nous fournir des pistes et est prêt à coopérer gentiment. A force de clics, il apprit ainsi que toutes affaires cessantes il fallait d’abord prévenir la gendarmerie en déposant une déclaration de perte ou de vol. Fort bien ! Mais la présence physique de l’intéressé est requise  et il est indispensable qu’il se présente sur place en compagnie de son épouse. Hélas, comment identifier celui qui justement est sans papiers ?  Avec son livret de famille et la carte d’identité de sa conjointe qu’il fallait donc retourner chercher à son domicile.

            Pendant ce temps la femme du malheureux se torturant les méninges essayait de reconstituer l’épisode de la perte des précieux documents. « Voyons, il y a quelques jours je l’ai vu avec sa sacoche à la main se dirigeant curieusement vers la salle de bain… Comme il n’avait aucune raison d’en être muni  (Il ne se sert pas de la voiture…) je me suis demandé ce qu’il voulait en faire ». C’est sur ces entre faits que le téléphone avait sonné et avait détourné son attention.

            Ensuite elle avait fouillé partout, sous les meubles, au fond des tiroirs, sous les amas improbables d’objets hétéroclites interdisant l’entrée du garage et même dans la salle de bain…En vain ! En vain ! Son beau-frère s’y était mis aussi, en vain également. Ils avaient minutieusement fouillé les deux voitures et les abords et le jardin. Et voila qu’à la gendarmerie on leur enjoignait de retourner chercher le livret de famille.

            Ils y allèrent donc et pendant que le frère tentait une dernière action sur Internet  pour chercher l’adresse où les  gens honnêtes ont la bonne idée de rapporter les objets trouvés  à la petite ville toute proche, elle regagna son domicile. Après un temps assez long il trouva enfin le renseignement et pensa proposer d’y aller voir. La probabilité était faible mais pas totalement nulle. Il fallait tout tenter. Au moins on aurait l’esprit plus tranquille.

            C’est à cet instant que sa belle-sœur fit irruption, toute bouleversée, la sacoche retrouvée entre les mains. Elle venait de revérifier une dernière fois et s’était accroupie pour regarder sous les sièges de la voiture. Et là, sous ses yeux incrédules, elle avait vu ce qui avait échappé à une recherche plus superficielle quoique méthodique. Mais peut-être avait-elle glissé entre temps et était redevenue visible ?

            Toute exaltée elle fit la bise à son beau-frère. Son moral était au plus haut, du moins dans l’immédiat. Mais rien n’est simple et la résolution brutale du problème anéantissant toute recherche et simplifiant considérablement leurs démarches, ils se retrouvèrent les bras ballants, un peu désoeuvrés.

            Il paraît que cela arrive aussi aux combattants quand la guerre se termine et que désormais ils ne sont plus que d’anciens vétérans…

 

                                                               La Brosse Conge le 26 août 2013

                                                               Copyright Christian Lepère

           

 

 

 

"Cavalier rouge" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"Cavalier rouge" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

La semaine prochaine :

 

« D’avant à plus tard … »

Vous informera sur le temps présent

Coincé entre passé et avenir.

 

 

 

 

 

 

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 09:04
'Eve et les hippocampes" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1999

'Eve et les hippocampes" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1999

Avenir et hydrogène sulfuré

 

                 Le soleil brille sur la Bourgogne mais la température reste clémente. Partout la nature verdoie et s’épanouit. Quelques papillons blancs saupoudrent les talus. C’est un beau jour d’été et semble-t-il tout va bien. Tout ? Pas si sûr car je fais partie du spectacle et que moi je ne vais guère…Confus, morcelé, conflictuel et plein d’ambiguïté, je patauge dans mes états d’âme et reste tristement indécis.

                 Il y a des moments où la dictature de l’ego se relâche et où l’on constate que loin d’être une entité on est multitude et que dans cette démocratique république c’est à qui va s’emparer du pouvoir. Intrigues, magouilles, alliances véreuses, tout est là. Cà nous rappelle les beaux jours de l’Assemblée Nationale. Donc il y a des désirs et des peurs, des besoins et des nécessités, des choses importantes et d’autres plus futiles. Mais tout cela est subjectif et sans un chef prêt à imposer sa volonté pour y mettre bon ordre, l’ensemble est d’une incohérence navrante. C’est à qui va tenter de s’immiscer par la ruse ou la persuasion en profitant de la faiblesse des autres.

                 Entre la création picturale, les lectures édifiantes, les folles explorations sur internet et les retouches facétieuses sur Photoshop qui va imposer ses vues ? Plusieurs ébauches de peintures sont en attente d’améliorations, mais il   faudrait nettoyer la palette et ressortir des couleurs des tubes…

                   Voilà c’est fait ! Oui mais laquelle reprendre maintenant ? Ce paysage ? Ce délire architectural ? Ou cette exaltation de la féminité coquine et épanouie ? Et pourquoi négliger l’une au profit de l’autre ?

                 Machinalement je tourne le bouton de la radio. C’est France Inter. En ce bel après-midi de samedi, l’émission « Naturellement » présentée par Philippe Bertrand éveille mon intérêt. Un mot frappe mon oreille : « Chimiosynthèse… »  Peu usité il me surprend et me titille. De quoi s’agit-il ? « Photosynthèse » est plus connu. Ne serait-ce pas cette opération naturelle qui en utilisant l’énergie des rayons solaires permet de créer les matériaux composants de la vie? Jusqu’à ce jour je croyais naïvement qu’elle seule pouvait transformer du carbone minéral en carbone organique, donc fabriquer de la matière vivante biologique. Or ne voila-t-il pas que la chimiosynthèse fait cela également. Même plus besoin de chlorophylle ! Et ça fonctionne au fin fond des océans, dans les profondeurs abyssales, là où la lumière a depuis toujours renoncé à éclairer la situation et les monstres étranges hantant ces régions extrêmes. Forts de ce fait des esprits curieux iront jusqu’à supposer que la vie pouvant se passer de photosynthèse en remplaçant la chlorophylle par de l’hydrogène sulfuré a pu se développer là où on ne l’attendait guère. Par exemple au sein si ce n’est à la surface de quelque exo planète.

                 Ainsi l’étude des abysses aussi fascinante que mystérieuse est- elle en train d’élargir notre vision et de remettre en cause nos croyances les plus rassurantes…

                 Allons ! Reprenons pied, la France est en vacances et les heureux privilégiés qui s’agglutinent dans les bouchons des péages autoroutiers devront se contenter de monoxyde de carbone et de dioxyde d’azote pour s’en mettre plein les poumons. Pour l’hydrogène sulfuré c’est réservé à quelques espèces de vers et de poissons qui hantent les fosses marines et en ont il est vrai un besoin vital. Mais tout cela échappe pour le moment à notre expérience et à notre curiosité bienveillante et estivale. Heureusement France Inter veille et ses spécialistes sont tout prêts à combler nos lacunes en nous faisant profiter de leur expérience.

 

                                                          La Brosse Conge le 13 août 2013

                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

 

151 - Avenir et hydrogène sulfuré

La prochaine fois

 

vous seront racontés

les malheurs

d’un sans papiers.

(C’est beau mais triste)

 

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 08:10
150 - Le temps ne fait rien à l'affaire
150 - Le temps ne fait rien à l'affaire

LE TEMPS NE FAIT RIEN A L’AFFAIRE

 

 

             Parler du temps n’est pas une mince affaire et avant de pouvoir traiter ce vaste sujet, il conviendrait d’abord d’élucider ce que nous sommes, nous autres, pauvres créatures embarquées dans son irrémédiable processus.

             Un beau jour un enfant vient au monde, innocent, paraît-il. On l’accueille avec joie et le voilà qui se développe et petit à petit prend conscience du monde jusqu’au moment crucial où il réalise « Moi »; ou plutôt tout ce qui n’est pas moi et lui semble extérieur à sa personne.

             D’emblée « Moi » ne doute guère de lui-même et frôle même parfois l’arrogance. Mais on l’a conforté tellement qu’il a des excuses et que de simple préjugé il va passer au statut de vérité indiscutable. L’ennui est qu’il n’est justement qu’un préjugé tenace, c’est à dire une notion qu’on nous a affirmé être vraie et que l’on a gobée toute crue sans jamais la soumettre à vérification.

             Identifiés à leur moi, les autres tiennent absolument à avoir des partenaires sur le terrain de jeu, aussi n’ont-ils de cesse que l’enfant ne se prenne pour un objet tangible avec lequel on peut traiter. Or, en réalité moi n’est pas un objet, il n’en a ni la consistance, ni la pérennité. Il est en fait une sorte de nébuleuse impalpable formée d’éléments hétéroclites : d’abord des souvenirs (que serais-je sans mon passé?) puis des sensations, notamment celle d’exister, et enfin des émotions et des pensées. Et tout cela s’agite sans cesse, se renouvelle, se bouscule et évolue… Moi n’est pas une bûche ou un pavé. Il est un processus fluctuant et de nature fort subtile, bien plus encore que l’organisme auquel il s’identifie et qui le plonge dans le processus du temps.

             L’image la plus simple que ne réprouverait pas le bon sens populaire peut représenter Moi comme un train roulant sur une voie ferrée. Dans ce cas c’est très rassurant. Je suis le train et ma vie est le voyage qui se déroule en suivant la voie, c’est-à-dire le temps. C’est une belle image, aussi jolie que les images d’Epinal et tout aussi naïve, car ma vie semble être une succession d’instants. Or, qu’elle est la durée d’un instant? Une seconde, cinq secondes ou beaucoup plus ou infiniment moins?

             En fait l’instant n’a aucune durée et il serait bien niais de dire qu’il a des petits camarades prêts à lui succéder à tour de rôle, sans cesse. A quel moment s’arrêterait le premier pour laisser place au second? C’est comme les vagues de la mer. Peut-on dire sérieusement qu’ ici s’arrête telle vague et commence telle autre? Non, le processus est totalement fluide, sans frontières et il n’y a bien sûr qu’un seul océan, agité d’une multitude d’ondulations constamment renouvelées. Les vagues ne sont qu’apparence.

             Il n’y a donc qu’un seul instant, éternel évidemment puisqu’il n’y en a pas d’autres pour le compléter et remplir l’immensité du temps. Mais le temps, concept fort utile pour qui ne veut pas rater son train a-t-il une réalité autonome et la voie ferrée existe-t-elle réellement?

             Il semblerait bien que non. Les événements qui se succèdent ont-ils besoin d’un contenant? Ils paraissent se suffire à eux-mêmes dans l’instant qui n’a aucune durée et qu’on pourrait comparer à l’écran de cinéma. Ecran sur lequel on peut projeter n’importe quelle image, n’importe quelle séquence, Ben Hur, Dracula ou Charlot, mais qui par lui-même reste immuable et inaffecté. Tout peut se passer dans l’instant, de la mort de Vercingétorix au débarquement des alliés en Normandie, sans oublier ma dernière visite chez le dentiste.

             J’en arrive donc à l’évidence de Moi, installé dans l’instant (ici et maintenant) et assistant au déroulement d’une histoire que je suis habitué à considérer comme étant la mienne. Pour ce qui est du corps c’est plus délicat. Si j’observe ma voiture ou ma montre pour faire cuire un œuf à la coque, je suis bien conscient de n’être pas réellement l’une ou l’autre. Simplement, pour des raisons pratiques et de pure convention, il est convenu de considérer que ces objets m’appartiennent. Mais ce n’est pas définitif car je peux les perdre, les vendre à un autre ou même les voir détruits sous mes yeux effarés. De toute façon ils ne sont pas moi. Mais ne peut-on en dire autant du corps? Après tout il s’est fabriqué tout seul à partir des logiciels contenus dans les gênes. Et c’est à mon corps défendant que je l’ai vu se développer et réaliser des fonctions parfois inattendues, notamment à l’adolescence

             Le problème devient maintenant plus clair. Moi est dans le présent. Attentif il observe ce qui se passe et très vite il réalise qu’il n’est pas le spectacle observé et que toutes les caractéristiques qu’il s’attribuait font partie dudit spectacle. Un peu effrayé il prend conscience de son abstraction. Il doute et il se tâte…Mais alors si je ne suis ni ceci, ni cela , mais alors que suis-je? Involontairement le voilà devenu disciple de Socrate et de quelques autres qui sont passés par les mêmes doutes.

             Allons nous maintenant pouvoir trouver la solution à sa place? Sans doute pas car c’est son problème et que c’est à chacun de démêler le vrai du faux. Alors laissons le là pensif et perplexe et retournons à nos occupations, car ces dernières sont quand même bien plus importantes et d’un ordre plus pratique. Oui ou non va-t-on ouvrir la télé pour voir la suite des « Feux de l’amour » ou ne serait-il pas temps de s’occuper de toute urgence du repas de midi? Car il risque de ne pas être prêt à temps et que j’ai horreur des nouilles mal cuites.

 

   

                                                  Le Chesnay le 5 octobre 2006

                                                  Copyright Christian Lepère

 

 

"Les siècles ont passé" - dessin aquarellé - 50 x 65 cm

"Les siècles ont passé" - dessin aquarellé - 50 x 65 cm

 

La prochaine fois :

 

L’avenir

n’est pas si sombre

bien qu’il soit inconnaissable.

Malgré tout vous en saurez plus  avec :

« Avenir et hydrogène sulfuré »

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 08:36
"Dali et ses muses" - huile sur toile - 130 x 97 cm - 2007

"Dali et ses muses" - huile sur toile - 130 x 97 cm - 2007

QUAND L'INTROVERTI SORT DE SES GONDS

Dès l'âge le plus tendre nous sommes déterminés. D'abord par l'hérédité et son chapelet de chromosomes dont le coeur est délicatement torsadé en hélices d'a.d.n. Ensuite par l'ambiance familiale avec ses us et coutumes et enfin par ce que nous apportons de plus intime en débarquant dans ce vaste monde, mémoire stratifiée d'un lointain passé. Car même si nous sommes quelque peu amnésiques nous ne naissons pas totalement innocents.

Pour ma part l'orientation était nette et sans équivoque : j'étais introverti, porté sur la réflexion et, de plus, hanté par un besoin d'harmonie et de cohérence. Et cela, malgré tout est un peu inhabituel chez un enfant. Il y avait donc quelques problèmes avec l'environnement. Au sein de la turbulence de mes petits camarades j'étais un îlot de rêverie intériorisée. Certes les passions ne m'étaient pas étrangères mais elles se cachaient derrière une grande réserve, pour ne pas dire une timidité irrémédiable. Le couvercle était solidement posé sur la marmite et à l'intérieur, cela bouillonnait,

Pour éviter le pire une soupape de sécurité était indispensable et par chance elle existait. Une habileté précoce jointe à un infatigable besoin d'expérimenter me porta donc vers des essais variés avec toutes les techniques qui s'offraient à ma curiosité. La nature me fascinait et depuis les papillons capturés à la main jusqu'aux fossiles ramassés dans les champs bourguignons après les labours j'observai avec délice et effroi les formes naturelles. Formes qui finiraient par constituer le vocabulaire plastique que je n'ai cessé ensuite d'utiliser avec la plus grande liberté. Car nous ne sommes en rien créateurs. Notre seul talent est de pouvoir jouer avec des assemblages inattendus d'éléments préexistants. Et c'est aussi vrai pour qui prétend se livrer à la rigueur de l'abstraction car personne n'a "créé" le carré ou l'octaèdre. Pas plus que le "concept, d’ailleurs déjà parfaitement maîtrisé par le plus primitif des néanderthaliens…et tant pis pour la vaine prétention de quelques-uns de nos contemporains.

Le besoin de s'épancher confidentiellement me poussa donc à quinze ans vers la gravure et pendant au moins vingt cinq ans cela parut suffire. C'est vers la quarantaine que je commençais à éprouver d'autres besoins : I'espace, la verticalité, la couleur... Et tout naturellement je me mis à peindre.

Depuis je n'ai cessé de poursuivre l'exploration du pays magique qui me hante mais dont les ciels et les paysages ne cessent d'appartenir à notre bonne vieille planète pourtant bien malmenée en ces temps incertains. Si l'histoire de l'art au 20° siècle ressemble à mes yeux à un terrifiant naufrage, une régression puérile et arrogante, je suis malgré tout rassuré par le fait que, à l'écart des modes et des avant-gardes, des artistes authentiques ont continué à faire preuve de sincérité et de rigueur. Verlinde, Roland Cat, Halingre et tant d'autres : graveurs sculpteurs et même Inventeurs de techniques nouvelles, vidéo et images de synthèse.

Mais notre époque est prodigieuse. De l'effroyable gâchis résultant des pouvoirs inouïs donnés par le progrès technique aux enfants gâtés que nous sommes va sans doute surgir un monde transformé. Le prix à payer est exorbitant mais sans doute nécessaire pour que l'humanité devienne enfin adulte. Alors patientons...

 

 

 

 

                                                    Le Chesnay le 19 mai 2001

                                                    Copyright Christian Lepère

QUAND L'INTROVERTI SORT DE SES GONDS

Dès l'âge le plus tendre nous sommes déterminés. D'abord par l'hérédité et son chapelet de chromosomes dont le coeur est délicatement torsadé en hélices d'a.d.n. Ensuite par l'ambiance familiale avec ses us et coutumes et enfin par ce que nous apportons de plus intime en débarquant dans ce vaste monde, mémoire stratifiée d'un lointain passé. Car même si nous sommes quelque peu amnésiques nous ne naissons pas totalement innocents.

Pour ma part l'orientation était nette et sans équivoque : j'étais introverti, porté sur la réflexion et, de plus, hanté par un besoin d'harmonie et de cohérence. Et cela, malgré tout est un peu inhabituel chez un enfant. Il y avait donc quelques problèmes avec l'environnement. Au sein de la turbulence de mes petits camarades j'étais un îlot de rêverie intériorisée. Certes les passions ne m'étaient pas étrangères mais elles se cachaient derrière une grande réserve, pour ne pas dire une timidité irrémédiable. Le couvercle était solidement posé sur la marmite et à l'intérieur, cela bouillonnait,

Pour éviter le pire une soupape de sécurité était indispensable et par chance elle existait. Une habileté précoce jointe à un infatigable besoin d'expérimenter me porta donc vers des essais variés avec toutes les techniques qui s'offraient à ma curiosité. La nature me fascinait et depuis les papillons capturés à la main jusqu'aux fossiles ramassés dans les champs bourguignons après les labours j'observai avec délice et effroi les formes naturelles. Formes qui finiraient par constituer le vocabulaire plastique que je n'ai cessé ensuite d'utiliser avec la plus grande liberté. Car nous ne sommes en rien créateurs. Notre seul talent est de pouvoir jouer avec des assemblages inattendus d'éléments préexistants. Et c'est aussi vrai pour qui prétend se livrer à la rigueur de l'abstraction car personne n'a "créé" le carré ou l'octaèdre. Pas plus que le "concept, d’ailleurs déjà parfaitement maîtrisé par le plus primitif des néanderthaliens…et tant pis pour la vaine prétention de quelques-uns de nos contemporains.

Le besoin de s'épancher confidentiellement me poussa donc à quinze ans vers la gravure et pendant au moins vingt cinq ans cela parut suffire. C'est vers la quarantaine que je commençais à éprouver d'autres besoins : I'espace, la verticalité, la couleur... Et tout naturellement je me mis à peindre.

Depuis je n'ai cessé de poursuivre l'exploration du pays magique qui me hante mais dont les ciels et les paysages ne cessent d'appartenir à notre bonne vieille planète pourtant bien malmenée en ces temps incertains. Si l'histoire de l'art au 20° siècle ressemble à mes yeux à un terrifiant naufrage, une régression puérile et arrogante, je suis malgré tout rassuré par le fait que, à l'écart des modes et des avant-gardes, des artistes authentiques ont continué à faire preuve de sincérité et de rigueur. Verlinde, Roland Cat, Halingre et tant d'autres : graveurs sculpteurs et même Inventeurs de techniques nouvelles, vidéo et images de synthèse.

Mais notre époque est prodigieuse. De l'effroyable gâchis résultant des pouvoirs inouïs donnés par le progrès technique aux enfants gâtés que nous sommes va sans doute surgir un monde transformé. Le prix à payer est exorbitant mais sans doute nécessaire pour que l'humanité devienne enfin adulte. Alors patientons...

 

                                                    Le Chesnay le 19 mai 2001

                                                    Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

La prochaine fois…

Ce sera

Le numéro 150 de ce blog

Avec : « Le temps ne fait rien à l’affaire »

 

 

 

 

"Dali et ses muses" - huile sur toile - 130 x 97 cm - 2007

"Dali et ses muses" - huile sur toile - 130 x 97 cm - 2007

La prochaine fois

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avec

 « Le temps ne fait rien à l’affaire »

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 09:38
"Baigneurs épanouis" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2006

"Baigneurs épanouis" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2006

Autour de la piscine

 

              Au centre il y a la piscine, bleue comme il se doit. Autour s’étend un tapis d’herbe et la nature verdoyante. Au loin enfin, resplendissant sous le soleil les monts d’Ardèche se perdent dans la brume de chaleur.

              Tout est paisible et accueillant. Dans ce cadre estival chacun peut vaquer à sa guise et ne s’en prive pas. Depuis celui qui lézarde en se faisant rôtir, jusqu’à ceux qui batifolent sans souci de tout éclabousser. Des messieurs et des dames, certains jeunes, d’autres moins. Et tout ce petit monde s’épanouit au soleil. Pour le physique il y a de tout, comme sur n’importe quelle plage. Des gros, des bien plantés, des allégés, des qui font attention à leur taux de cholestérol et à leur ligne surtout si elle est féminine et d’autres qui se laissent vivre sans inquiétude, assumant leur physique tel quel, brut de coffrage

              Dans de telles conditions on peut laisser la nature s’épanouir à l’aise en oubliant quelques conventions. Alors on saute dans l’eau, on plonge, on éclabousse. Ca va du saut pelotonné, style « pavé dans la mare » à la gracieuse arabesque, de la chute presque libre à la trajectoire maîtrisée, du n’importe quoi brouillon et bon enfant à la rigueur zen. Puis on commence à chahuter et à améliorer les performances dans la joie et la bonne humeur. Des sauts, des cabrioles, des faux plats et des vrais accompagnés de glous glous et de borborygmes.

              Et à l’intérieur des crânes ? Parce qu’enfin, même si on régresse joyeusement dans les comportements enfantins, on n’en reste pas moins une créature pourvue d’une tête pensante. On a beau dire et faire, on n’est pas un jeune poulain qui s’ébat dans la prairie ou un chat qui bondit guidé par son seul instinct et ses réflexes félins. On a une colonne vertébrale, axe et support d’une structure osseuse qui ne fait pas de nous des dauphins. Et la souplesse articulaire a des limites que ne connaissent pas les boas constrictors ou les couleuvres familières.

              Alors on fait avec. On laisse le corps retrouver une candeur enfantine, on se permet l’improvisation mais il suffit d’observer les enfants avec bienveillance pour constater que leur liberté reste sous contrôle. Car il faut bien tenir compte de l’autre et de ses réactions familières et prévisibles. Et puis, quoiqu’ on dise on reste quand même poli et bien élevé, même si on se permet ce qu’on n’oserait jamais faire ailleurs, en ville ou dans le métro. On reste, Dieu merci, des gens bien.

              Et puis l’on pense, on cogite, on projette, on anticipe. Peut-être par moment y a-t-il un réel lâcher prise ? Il ne saurait durer…Et quand on voit comment les techniques d’abandon radical à l’instinct ont été récupérées pour les besoins de la compétition. On mesure à quel point l’ego de base fait feu de tout bois. Le champion du monde de judo est justement champion parce qu’il veut s’imposer à tout prix. Cela va loin. D’ailleurs pour les champions cyclistes qui sont souvent prêts à risquer leur santé et leur vie pour gagner l’étape, franchir le col en tête et régner sur le Tour de France sept fois de suite. Mais c’est de bonne guerre. Les autres le font bien…Et puis on invente sans cesse de nouveaux moyens, de nouveaux produits qui ne sont pas encore interdits et qu’on n’est pas encore capables de déceler.

              C’est le petit jeu du chat et de la souris. Celui dans lequel tout le monde excelle sans même s’en apercevoir. Sans doute l’avez-vous remarqué, mais les radars le long des routes sont en train de modifier nos comportements de façon assez efficace. Ca en devient une sorte de défi. Comment prévoir et ne pas se laisser surprendre ? En étant vigilant bien sûr !

              Mais c’est l’été et les vacances pour beaucoup. Alors tant pis si il y a quelques bavures. Il sera temps de reprendre pied à la rentrée. Pour le moment rejoignons le bord de la piscine avant de fouler à nouveau l’herbe verte et de nous mêler à nos semblables joyeux et bronzés !

 

 

                                                            La Brosse Conge le 24 juillet 2013

                                                            Copyright Christian Lepère 

 

 

 

Autour de la piscine

 

              Au centre il y a la piscine, bleue comme il se doit. Autour s’étend un tapis d’herbe et la nature verdoyante. Au loin enfin, resplendissant sous le soleil les monts d’Ardèche se perdent dans la brume de chaleur.

              Tout est paisible et accueillant. Dans ce cadre estival chacun peut vaquer à sa guise et ne s’en prive pas. Depuis celui qui lézarde en se faisant rôtir, jusqu’à ceux qui batifolent sans souci de tout éclabousser. Des messieurs et des dames, certains jeunes, d’autres moins. Et tout ce petit monde s’épanouit au soleil. Pour le physique il y a de tout, comme sur n’importe quelle plage. Des gros, des bien plantés, des allégés, des qui font attention à leur taux de cholestérol et à leur ligne surtout si elle est féminine et d’autres qui se laissent vivre sans inquiétude, assumant leur physique tel quel, brut de coffrage

              Dans de telles conditions on peut laisser la nature s’épanouir à l’aise en oubliant quelques conventions. Alors on saute dans l’eau, on plonge, on éclabousse. Ca va du saut pelotonné, style « pavé dans la mare » à la gracieuse arabesque, de la chute presque libre à la trajectoire maîtrisée, du n’importe quoi brouillon et bon enfant à la rigueur zen. Puis on commence à chahuter et à améliorer les performances dans la joie et la bonne humeur. Des sauts, des cabrioles, des faux plats et des vrais accompagnés de glous glous et de borborygmes.

              Et à l’intérieur des crânes ? Parce qu’enfin, même si on régresse joyeusement dans les comportements enfantins, on n’en reste pas moins une créature pourvue d’une tête pensante. On a beau dire et faire, on n’est pas un jeune poulain qui s’ébat dans la prairie ou un chat qui bondit guidé par son seul instinct et ses réflexes félins. On a une colonne vertébrale, axe et support d’une structure osseuse qui ne fait pas de nous des dauphins. Et la souplesse articulaire a des limites que ne connaissent pas les boas constrictors ou les couleuvres familières.

              Alors on fait avec. On laisse le corps retrouver une candeur enfantine, on se permet l’improvisation mais il suffit d’observer les enfants avec bienveillance pour constater que leur liberté reste sous contrôle. Car il faut bien tenir compte de l’autre et de ses réactions familières et prévisibles. Et puis, quoiqu’ on dise on reste quand même poli et bien élevé, même si on se permet ce qu’on n’oserait jamais faire ailleurs, en ville ou dans le métro. On reste, Dieu merci, des gens bien.

              Et puis l’on pense, on cogite, on projette, on anticipe. Peut-être par moment y a-t-il un réel lâcher prise ? Il ne saurait durer…Et quand on voit comment les techniques d’abandon radical à l’instinct ont été récupérées pour les besoins de la compétition. On mesure à quel point l’ego de base fait feu de tout bois. Le champion du monde de judo est justement champion parce qu’il veut s’imposer à tout prix. Cela va loin. D’ailleurs pour les champions cyclistes qui sont souvent prêts à risquer leur santé et leur vie pour gagner l’étape, franchir le col en tête et régner sur le Tour de France sept fois de suite. Mais c’est de bonne guerre. Les autres le font bien…Et puis on invente sans cesse de nouveaux moyens, de nouveaux produits qui ne sont pas encore interdits et qu’on n’est pas encore capables de déceler.

              C’est le petit jeu du chat et de la souris. Celui dans lequel tout le monde excelle sans même s’en apercevoir. Sans doute l’avez-vous remarqué, mais les radars le long des routes sont en train de modifier nos comportements de façon assez efficace. Ca en devient une sorte de défi. Comment prévoir et ne pas se laisser surprendre ? En étant vigilant bien sûr !

              Mais c’est l’été et les vacances pour beaucoup. Alors tant pis si il y a quelques bavures. Il sera temps de reprendre pied à la rentrée. Pour le moment rejoignons le bord de la piscine avant de fouler à nouveau l’herbe verte et de nous mêler à nos semblables joyeux et bronzés !

 

                                                            La Brosse Conge le 24 juillet 2013

                                                            Copyright Christian Lepère 



La suite sera plus polémique

Avec un petit texte ancien :

« Quand l’introverti sort de ses gonds »

 

 

 

 

 

"Plongeoir" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2001

"Plongeoir" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2001

La suite sera plus polémique

Avec un petit texte ancien :

« Quand l’introverti sort de ses gonds »

 

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 07:49

Hors série

Spécial Art Contemporain 

Préambule

 

           On peut se demander pourquoi le retraité que je suis en veut à l’Art Contemporain. Après tout, tout le monde a le droit d’exister. Cependant le professeur d’arts plastique que j’ai été avait déjà quelques griefs à son encontre. Par ailleurs il ne se sent pas seul et nombreux sont ceux qui souffrent de la dictature de ce mouvement et expriment leur désaccord : Aude de Kerros, Christine Sourgins et bien d’autres. Michel Barthélémy, peintre et ancien enseignant dont le site est un pur régal s’est permis de terminer son « Manuel de Peinture » qu’il a mis en ligne par un chapitre où il ne se gêne pas pour dire ce qu’il en pense. Je vais donc lui céder la parole après avoir attiré votre attention sur certaines de ses œuvres : 

 

Michel Barthélémy

 

peintures

Hors série

Spécial Art Contemporain

 

Préambule

 

          On peut se demander pourquoi le retraité que je suis en veut à l’Art Contemporain. Après tout, tout le monde a le droit d’exister. Cependant le professeur d’arts plastique que j’ai été avait déjà quelques griefs à son encontre. Par ailleurs il ne se sent pas seul et nombreux sont ceux qui souffrent de la dictature de ce mouvement et expriment leur désaccord : Aude de Kerros, Christine Sourgins et bien d’autres. Michel Barthélémy, peintre et ancien enseignant dont le site est un pur régal s’est permis de terminer son « Manuel de Peinture » qu’il a mis en ligne par un chapitre où il ne se gêne pas pour dire ce qu’il en pense. Je vais donc lui céder la parole après avoir attiré votre attention sur certaines de ses œuvres :

"Nonna Lisa" - 2002 - huile sur panneau - 53 x 77 cm (comme l'original)

"Nonna Lisa" - 2002 - huile sur panneau - 53 x 77 cm (comme l'original)

Avertissement

Le terme "art contemporain" est à entendre ici dans le sens officiel, celui qui a été monopolisé par les galeries marchandes comme Christie's et Sotheby's à partir des années 60, soutenues en cela par quelques théoriciens comme Pierre Restany et se réclamant des penseurs de la contre-culture. Héritier de Duchamp et avant lui des Futuristes, l'art contemporain a donné les pleins pouvoirs au concept, mutilant l'être humain de sa dextérité, de sa sensibilité, de sa spiritualité. Il méprise les notions de savoir-faire, maîtrise technique, métier, sensibilité, émotion plastique, harmonie, recherche du beau... Il crée une rupture totale avec les arts qui l'ont précédé en prétendant se rapprocher de la vie "réelle" ou si possible se confondre avec elle. Il cultive l'art de la subversionet de la déconstruction. Il reflète effectivement les travers d'une société désabusée, en perte de repères, d'idéal et de sens. Voir preuves à conviction ci-dessous.
Généreusement soutenu par les finances du marché de l'art, l'art contemporain a réussi à s'insinuer dans toutes les sphères de la vie publique, de la politique à l'enseignement en passant par la culture et les médias; il est parvenu à imposer partout ses dictats. C'est ainsi que la multitude des tendances artistiques qui poursuivent leur chemin en dehors de lui n'ont pas droit aux subsides des états pourtant alimentés par chaque citoyen; les espaces publics leur sont interdits, elles ne peuvent être enseignées dans la plupart des écoles et académies, parfois avec menace de sanction en cas de "désobéissance". S'il n'y a pas là dictature et pensée unique, ça y ressemble étrangement.
Si vous voulez en savoir davantage et ne pas être dupes des manipulations médiatiques, vous trouverez 
ICI quelques références de livres qui dénoncent les dessous et les travers de ce monde à la fois secret dans l'orchestration de ses stratégies et tapageur quand il s'agit de motiver et de convaincre le public.

 

 

Si vous ambitionnez de trôner au panthéon de l'artbizz parmi les stars de l' "art contemporain", commencez par faire table rase de tout ce qui est écrit dans les pages qui précèdent, considérez que les principes et valeurs qui ont inspiré des millénaires de création artistique ne sont que fariboles rêvées par de faibles esprits appartenant définitivement à un passé révolu et qu'il a fallu attendre notre siècle des lumières à diodes électro-luminescentes pour qu'enfin quelques prophètes inspirés reçoivent la révélation de ce qu'est l'art en esprit et en vérité, puis déclinez de manière obstinée quelques formules basiques visant à honorer les valeurs ultimes que sont la transgression, la subversion  et la déconstruction. Déconstruction de quoi? Mais de tout et de tous, éventuellement de vous-même! De la société qui vous nourrit, du capitalisme qui vous enrichit, de la religion qui s'empresse d'accueillir vos oeuvres en ses sanctuaires, des fonctionnaires et politiques qui refusent de vous censurer par crainte de se voir accusés d'être rétrogrades, réactionnaires ou nazis, des plumitifs qui vous encensent... L'art est mort, vive la subversion ! L'art épris de beauté, cette notion vague et subjective, est dépassé, fini, mort, méprisable. Vive la laideur, le kitsch, le trivial, le bricolage, le gribouillage, le gluant, la saleté, la scatologie, la pornographie... Ça, ce sont des valeurs contemporaines bien réelles, le monde c'est ça, c'est la réalité quotidienne d'une humanité qui a perdu toute foi en sa propre grandeur, la loi d'un monde emporté dans les tourbillons chaotiques des renversements de valeurs! L'art contemporain s'ébat dans le désordre comme un enfant se complaît dans ses excréments.

Mise en garde: si vous osez porter un regard critique sur les productions de l'art contemporain et exprimer votre désapprobation, si vous osez vous indigner, ce n'est évidemment pas parce que vous êtes lucide et que votre esprit est sain, mais bien parce que vous n'avez rien compris, donc que vous êtes au minimum à moitié demeuré. Ou pire, parce que vous êtes réactionnaire ou nazi, l'argument n'est pas rare. La dictature n'est plus du côté de celui qui impose, mais du côté de celui qui a l'outrecuidance de douter.

 

                                                  copyright Michel Barthelemy

 

 

 

"Migration des familles d'âmes" - 2010 - 80 x 80 cm - huile sur toile

"Migration des familles d'âmes" - 2010 - 80 x 80 cm - huile sur toile

"Le voisin" - 2008 - 40 x 40 cm - huile sur panneau

"Le voisin" - 2008 - 40 x 40 cm - huile sur panneau

Et bien entendu…

l’article : « Autour de la piscine »

sera mis en ligne sous peu

 

comme prévu !

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 06:50
"Etape de montagne" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2008 - première ébauche

"Etape de montagne" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2008 - première ébauche

suite

suite

suite

suite

147 - Mais où vont-ils chercher tout ça?
147 - Mais où vont-ils chercher tout ça?

MAIS OU VONT-ILS CHERCHER TOUT ÇA?

Me voici devant une toile blanche avec un vague projet en tête. Je m'installe et je fais le tri dans mes désirs. Si j'attaque ce sujet, adieu à tel autre. Si j'aborde un thème aérien les fonds sous marins m'échappent.

Enfin le pinceau glisse sur la toile, ébauchant à la hâte un personnage, puis un autre puis le fauteuil qui l'accueille puis le chien à ses pieds et la procession qui se rapproche en brandissant des bannières...

Maintenant les idées s'organisent, se précisent puis se ramifient en s'engendrant réciproquement. Le dessin s'affine petit à petit. Il gagne en précision et s'intègre en ébauche cohérente. Le temps passe et maintenant la surface semble structurée. Il n'y a plus qu'à la laisser reposer.

Le lendemain, l'esprit dispos, je peux commencer à ébaucher une ambiance colorée, en peignant des fonds. D'abord de façon plus que sommaire, puis en modifiant par endroit les nuances et qu'importé si un personnage est verdâtre parce qu'il est sur un fond de forêt. Les superpositions viendront facilement à bout de ce qui pourrait le chagriner. Le corps de la nymphe sera, en fin de compte, de couleur chair comme il se doit.

Une nuit passe et la peinture sèche. Je peux maintenant continuer à préciser les couleurs et penser à l'éclairage qui va les nuancer. Encore une nuit ou deux et voici que je plonge dans les détails. A ce stade il s'agit d'enrichir et de travailler un morceau particulier, puis un autre, puis un autre jusqu'à satiété.

Enfin vient le moment où des glacis et des restructurations de lignes permettront de réintégrer cet élément dans l'ensemble de la composition. Car nous voici maintenant au cœur du sujet : un tableau n'est pas qu'une image ou un sujet, ni un simple assemblage de parties, aussi intéressantes et réussies soient-elles. Il est avant tout un ensemble organique, cohérent et naturel, comme un animal ou un corps humain. Aussi la richesse de la diversité ne doit jamais faire oublier l'unité de l'ensemble. Un détail très réussi par lui-même doit souvent être sacrifié au bénéfice du tout. Et cela nous amènerait directement à la métaphysique si je ne craignais de vous importuner...

Se pose maintenant la question de l'auteur : qui crée et comment? J'ai bien peur que toutes les idées romantiques cultivées à l'égard des génies autoproclamés de l'art moderne ne soient que fabulations pour amuser un vain peuple. En réalité nous ne sommes que des médiums et tout se passe comme si la présence de l'artiste, certes indispensable, était comparable à celle du poste de télévision qui ne fait que rendre manifeste ce qui l'informe de façon subtile. Bien sûr l'artiste est conscient et il vibre, il éprouve des émotions, il est animé par des désirs et est contraint par des peurs. En un mot il incarne la nature humaine comme vous et moi. Mais l'essentiel ne vient-il pas de plus loin, d'un fond plus vaste et plus universel? C'est en surface que nous nous imaginons être des entités autonomes et indépendantes. Au niveau des racines c'est une autre histoire. Or le rôle de l'artiste est justement de faire émerger ce fond commun à toute humanité qui fait que rien de ce qui concerne l'autre ne nous est totalement étranger.

 

                                        Le Chesnay le 29 septembre 2006

                                                  Copyright Christian Lepère            

 

MAIS OU VONT-ILS CHERCHER TOUT ÇA?

Me voici devant une toile blanche avec un vague projet en tête. Je m'installe et je fais le tri dans mes désirs. Si j'attaque ce sujet, adieu à tel autre. Si j'aborde un thème aérien les fonds sous marins m'échappent.

Enfin le pinceau glisse sur la toile, ébauchant à la hâte un personnage, puis un autre puis le fauteuil qui l'accueille puis le chien à ses pieds et la procession qui se rapproche en brandissant des bannières...

Maintenant les idées s'organisent, se précisent puis se ramifient en s'engendrant réciproquement. Le dessin s'affine petit à petit. Il gagne en précision et s'intègre en ébauche cohérente. Le temps passe et maintenant la surface semble structurée. Il n'y a plus qu'à la laisser reposer.

Le lendemain, l'esprit dispos, je peux commencer à ébaucher une ambiance colorée, en peignant des fonds. D'abord de façon plus que sommaire, puis en modifiant par endroit les nuances et qu'importé si un personnage est verdâtre parce qu'il est sur un fond de forêt. Les superpositions viendront facilement à bout de ce qui pourrait le chagriner. Le corps de la nymphe sera, en fin de compte, de couleur chair comme il se doit.

Une nuit passe et la peinture sèche. Je peux maintenant continuer à préciser les couleurs et penser à l'éclairage qui va les nuancer. Encore une nuit ou deux et voici que je plonge dans les détails. A ce stade il s'agit d'enrichir et de travailler un morceau particulier, puis un autre, puis un autre jusqu'à satiété.

Enfin vient le moment où des glacis et des restructurations de lignes permettront de réintégrer cet élément dans l'ensemble de la composition. Car nous voici maintenant au cœur du sujet : un tableau n'est pas qu'une image ou un sujet, ni un simple assemblage de parties, aussi intéressantes et réussies soient-elles. Il est avant tout un ensemble organique, cohérent et naturel, comme un animal ou un corps humain. Aussi la richesse de la diversité ne doit jamais faire oublier l'unité de l'ensemble. Un détail très réussi par lui-même doit souvent être sacrifié au bénéfice du tout. Et cela nous amènerait directement à la métaphysique si je ne craignais de vous importuner...

Se pose maintenant la question de l'auteur : qui crée et comment? J'ai bien peur que toutes les idées romantiques cultivées à l'égard des génies autoproclamés de l'art moderne ne soient que fabulations pour amuser un vain peuple. En réalité nous ne sommes que des médiums et tout se passe comme si la présence de l'artiste, certes indispensable, était comparable à celle du poste de télévision qui ne fait que rendre manifeste ce qui l'informe de façon subtile. Bien sûr l'artiste est conscient et il vibre, il éprouve des émotions, il est animé par des désirs et est contraint par des peurs. En un mot il incarne la nature humaine comme vous et moi. Mais l'essentiel ne vient-il pas de plus loin, d'un fond plus vaste et plus universel? C'est en surface que nous nous imaginons être des entités autonomes et indépendantes. Au niveau des racines c'est une autre histoire. Or le rôle de l'artiste est justement de faire émerger ce fond commun à toute humanité qui fait que rien de ce qui concerne l'autre ne nous est totalement étranger.

 

                                                              Le Chesnay le 29 septembre 2006

                                                                  Copyright Christian Lepére

 

 

La prochaine fois…

… nous nous réunirons autour de la piscine !

A moins qu’une actualité aussi brûlante qu’inattendue

Ne détourne notre attention.

 

 

 

 

 

 

"Etape de montagne" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2008

"Etape de montagne" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2008

La prochaine fois…

… nous nous réunirons autour de la piscine !

A moins qu’une actualité aussi brûlante qu’inattendue

Ne détourne notre attention.

 

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 08:03
"Bêtes de compagnie" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1998

"Bêtes de compagnie" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1998

A.D.N. canin

 

              Enfin justice sera faite ! Depuis des temps immémoriaux le crime et la licence sévissent sur cette planète et inlassablement notre inextinguible besoin d’ordre et de justice nous a poussé à éradiquer le mal à la base. D’abord par des moyens artisanaux : prenant le coupable sur le fait on s’empressait de le châtier en mettant fin à ses jours (Ainsi il ne recommencerait plus…), ou tout au moins en le rendant inapte. Coupez la main du voleur, privez le violeur de ses attributs et vous aurez la paix, tout au moins momentanément, avant que d’autres n’interviennent.

              Mais c’était un peu court et bien souvent le coupable agissait avec prudence. Il se cachait, il préparait son coup dans la pénombre, il faisait preuve de ruse et de dissimulation. Parfois même il s’arrangeait pour attirer les soupçons sur un malheureux innocent qu’il désignait à la vindicte populaire. Fausses preuves, faux témoignages, manœuvres tortueuses pour tromper les autorités.

              Alors on a inventé la justice. Sereine et implacable, prenant son temps et accumulant les preuves irréfutables. Elle avait belle allure avec sa balance et son objectivité sereine, mais là encore on a vite constaté que le problème était infiniment vaste et subtil et enchevêtré. D’abord tout reposait sur des preuves, matérielles et irréfutables. Mais on pouvait en fabriquer de fausses. Ensuite sur des témoignages humains. Hélas ! La nature humaine est faillible, la mémoire aléatoire et les affirmations, fussent-elles les plus sincères, entachées de flou et d’inexactitudes. Et puis souvent le temps est passé, brouillant les pistes, faisant disparaître les traces et créant de faux souvenirs dans les têtes les mieux faites et les plus attentives. L’homme est faillible, la femme aussi, quand à l’enfant, si il dit la vérité, c’est hélas celle qui est apparue à son esprit immature.

              Dieu merci la science veillait. Assoiffée de vérité, cherchant à comprendre le pourquoi du comment, inlassablement elle inventait de nouvelles voies pour investiguer. De nouvelles approches d’observation et d’analyse, de nouvelles façons de prélever et d’analyser.

              Depuis la recherche d’empreintes digitales jusqu’à la dissection des restes humains, sans cesse elle a traqué la trace de coups, le traumatisme interne et les aberrations glandulaires avérant la présence de substances illicites. De l’eau dans les poumons ? De l’arsenic dans les viscères ? Un boulon de quinze dans les replis de l’intestin grêle ? Des cheveux autour de la glotte ? Puis on en est arrivé à des analyses plus fines, des investigations plus poussées. Scanner, échographie, résonance magnétique nucléaire, découpage de la matière cérébrale en tranches fines. Enfin la psychiatrie a permis d’aborder les domaines plus intimes de l’esprit et a pu traquer la véracité des dires.

              Mais voici qu’en ce beau mois de juin 2013 une formidable nouvelle est arrivée. Certes l’a.d.n. est connu depuis belle lurette. Et déjà on lui a trouvé de multiples applications. Le fait que chacune de nos cellules contiennent la totalité du code génétique et que celui-ci permette de reconstituer l’organisme complet est déjà fabuleux, mais qu’il permette d’identifier a coup sûr l’identité de la personne est carrément inespéré tout au moins pour la justice, parce que du point de vue du délinquant c’est plus ennuyeux.

              Par exemple pour un paisible retraité, tout blanchi par les ans, et qui se voit soudain rattrapé par son passé. Pourtant tout s’était bien passé. Un jour, cédant à une pulsion aussi brutale qu’inattendue, il avait assassiné son voisin. Et pourtant ce n’était pas dans ses habitudes…Mais justement, sans préméditation, sans arme du crime, sans motivation logique l’enquête avait abouti à un non-lieu. Elle s’était enlisée dans les témoignages contradictoires, les expertises, contre expertises, avis d’experts et le présupposé innocent n’avait plus été inquiété. Sa vie avait repris son cours paisible et le temps s’était écoulé comme à son habitude. Et voilà que tout à coup l’enquête peut reprendre. De nouveaux indices deviennent utilisables et peuvent même devenir accablants.

              Il s’était cru tiré d’affaire, « peinard à perpète… » et voici que des maniaques, des empêcheurs de reposer en paix arrivent avec leur loupe, leurs prélèvements desséchés dans des fioles mises sous scellés. Et voici qu’ils prétendent faire parler les restes. Oui, cette rognure d’ongle, cette trace de salive sur un mouchoir appartiennent bien au présumé innocent. C’est bien lui qui a éternué dans ce sous-vêtement lacéré par un matin pluvieux de décembre sur les bords du canal de l’Ourcq. Là ou on a retrouvé le corps flottant sans vie et d’ailleurs non identifiable…

              Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Les animaux aussi ont leur a.d.n. Et voici que l’on  peut identifier tout être vivant, toute manifestation biologique par ces moyens sophistiqués.

              J’en arrive donc au fait : Capri, merveilleuse petite île sur la côte italienne  est un paradis pour touristes. Tout n’y est que calme, luxe et volupté. Et pour ceux qui en ont les moyens c’est une merveille.  Mais comme partout l’homme ne peut y vivre seul. Il lui faut des animaux de compagnie et la gent canine y est bien présente. Comme chacun sait, nul n’est parfait et si le pipi de chat offusque nos narines, les crottes de chien souillent nos trottoirs  et peuvent provoquer de fâcheux accidents. Depuis les vieilles dames qui se brisent le col du fémur jusqu’au facteur qui dérape avec son vélo. En passant par tout ceux qui risquent une entorse alors qu’ils sont en villégiature.

              Les autorités se sont donc penchées sur le problème et la solution est apparue. Il suffisait d’y penser. Si tous les chiens de l’île, dûment répertoriés et gentiment conviés à se soumettre à une prise de sang, après analyse leur code génétique sera connu. On aura de chaque animal une fiche signalétique indiscutable. Il suffira ensuite, face à n’importe quelle déjection canine, fût-elle sèche ou ancienne, de procéder à une récolte et une analyse déterminant l’identité biologique précise et irréfutable de son auteur. Bien entendu ce sera ensuite à la justice de faire son travail et aux autorités compétentes de donner suite pour exiger réparation financière du maître de l’animal.

              Tout cela est un peu terre à terre  mais que ne ferait-on pas pour préserver un petit paradis sur cette planète qui en comporte si peu ?

              Allons, la télé est quand même bien utile. Car sans elle mon attention n’aurait jamais été informée de ce fait de société qui, bien que d’importance relative, risquerait quand même de gâcher les vacances de bien de nos contemporains. Mais la science veille. Faisons lui confiance

 

                                                           La Brosse Conge le 3 juillet 2013

                                                           Copyright Christian Lepère.

 

 

"Les chiens aboient..." - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2006

"Les chiens aboient..." - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2006

 

Et après ?

Après ces préoccupations un peu anecdotiques,

il serait temps

d’en revenir à l’essentiel,

c'est-à-dire les apparences.

« Mais où vont-ils chercher tout ça ? »

traitera le problème de la créativité…

 

 

                

 

 

Et après ?

 

Après ces préoccupations un peu anecdotiques,

il serait temps

d’en revenir à l’essentiel,

c'est-à-dire les apparences.

« Mais où vont-ils chercher tout ça ? »

traitera le problème de la créativité…

 

               

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 12:26
                           "Scènes familiales" - Gravure à l'eau-forte - imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1980

"Scènes familiales" - Gravure à l'eau-forte - imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1980

Espaces clos

et claustrophobie

 

              Oui, je sais, je me répète mais la formule est toujours d’actualité : « C’était jadis, au bon vieux temps ».  Quand la terre était plate. Avec des creux et des bosses, évidemment, puisque rien n’est parfait. Mais en gros c’était                                                 
rassurant tant la terre était vaste et l’espace disponible.

              Plus tard, comme prévu l’humanité s’est développée. Assoiffée de découvertes elle est partie à l’assaut du vaste monde pour se l’approprier. Et dès lors la technique a toujours été la même. Si l’animal se contentait de s’attribuer un territoire pour pouvoir assurer sa subsistance et la continuité de l’espèce, très vite le bipède vertical a eu d’autres ambitions. Non content d’uriner pour marquer les limites, puis de cerner une aire méthodiquement définie à l’aide d’obstacles physiques, il n’a eu de cesse de faire respecter ses décisions qu’il imposait de la façon la plus arbitraire. En gros il a inventé les frontières, d’abord matérialisées par des piquets, ensuite ornées de barbelés parce que c’est plus convaincant, avant d’en arriver à des solutions plus sophistiquées.

              Après avoir creusé des tranchées, construit des lignes Maginot, élevé des barricades et parsemé les alentours de pièges, il a pensé, raisonnablement, qu’il fallait envisager les choses de façon plus sérieuse en étudiant le problème avec rigueur. Alors il a installé des champs de mine et truffé le terrain de surprises diverses. Le napalm était aussi une assez bonne solution. Quand le terrain est bien nettoyé on ne s’y aventure plus guère.

              Mais l’espèce humaine est animée d’une idée fixe : se répandre. Semblable à tout ce qui existe et croît sous le soleil du Bon Dieu elle n’a de cesse qu’elle n’ait réussi à s’approprier tout ce qui émerge au dessus des océans.  Océans qu’elle a également divisés en zones maritimes ou tout lui appartient depuis la surface jusqu’aux ultimes profondeurs et au-delà puisque de prodigieuses richesses minières s’y cachent. N’oublions pas tout ce qui nage et rampe et dérive au fil des courants, du plancton aux calmars géants.

              Ainsi donc l’humain veut tout s’approprier et c’est le drapeau américain que les premiers cosmonautes ont planté sur la lune, pendant que leurs collègues russes en faisaient le tour en s’emparant symboliquement de la face cachée au moyen de photos et d’enregistrements divers. On peut considérer cela comme une heureuse coopération, chacun jouant son rôle limité et complémentaire mais il se pourrait aussi qu’au fond chacun aurait bien aimé jouer en plus le rôle de l’autre prédateur.

              Croître et se développer est certainement très légitime. C’est en tout cas l’idée fixe que la vie biologique n’a cessé d’affirmer depuis ses premiers balbutiements au bon vieux temps de la soupe primordiale. Dès cette époque, toute cellule bien née n’a jamais eu qu’une obsession : se diviser en deux, en

quatre, en huit…inlassablement. La sophistication des moyens n’a fait ensuite que compliquer ce petit jeu à l’infini. L’unique problème est que tout ce qui vit a cette ambition et que très vite une forme particulière rencontre d’autres formes dont l’idée est la même et l’ambition équivalente. Or l’espace est fini et la terre est ronde. A tel point qu’une espèce proliférante finirait par se retrouver face à elle-même, devenant ainsi sa pire concurrente, en admettant que d’autres ne se soient pas chargées de s’opposer à cette marche triomphale.

              Depuis quelque temps la terre est entrée en effervescence. Progrès technique, mondialisation et conquête de tout ce qui se présente. A force de s’approprier des terres et des eaux inconnues l’humanité a presque fait le tour du problème. Certes il reste des contrées inconnues, sous la surface des eaux et au plus profond des abysses marins. L’exploration n’est pas terminée. Mais l’inconnu se rétrécit comme peau de chagrin. Il reste l’espace infini me direz-vous. Et il est vrai que c’est plus vaste et que à cette échelle les lois de la physique classique révèlent leurs lacunes. Alors on découvre la physique quantique, les espaces non-euclidiens et leurs joyeux paradoxes…De ce côté-là il y a de l’espoir et si l’histoire humaine est une histoire de fous, pleine de bruit et de fureur il se peut que cela débouche sur des épisodes assez délirants. Mais sans doute ne serons nous plus là pour y assister. C’est probable. Souhaitons donc bonne chance à nos descendants. Tant qu’il y a de la vie… il y a de l’expansion.

 

 

                                                                  La Brosse Conge le 7 juin 2013

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

Espaces clos

et claustrophobie

 

              Oui, je sais, je me répète mais la formule est toujours d’actualité : « C’était jadis, au bon vieux temps ».  Quand la terre était plate. Avec des creux et des bosses, évidemment, puisque rien n’est parfait. Mais en gros c’était                                                 
rassurant tant la terre était vaste et l’espace disponible.

              Plus tard, comme prévu l’humanité s’est développée. Assoiffée de découvertes elle est partie à l’assaut du vaste monde pour se l’approprier. Et dès lors la technique a toujours été la même. Si l’animal se contentait de s’attribuer un territoire pour pouvoir assurer sa subsistance et la continuité de l’espèce, très vite le bipède vertical a eu d’autres ambitions. Non content d’uriner pour marquer les limites, puis de cerner une aire méthodiquement définie à l’aide d’obstacles physiques, il n’a eu de cesse de faire respecter ses décisions qu’il imposait de la façon la plus arbitraire. En gros il a inventé les frontières, d’abord matérialisées par des piquets, ensuite ornées de barbelés parce que c’est plus convaincant, avant d’en arriver à des solutions plus sophistiquées.

              Après avoir creusé des tranchées, construit des lignes Maginot, élevé des barricades et parsemé les alentours de pièges, il a pensé, raisonnablement, qu’il fallait envisager les choses de façon plus sérieuse en étudiant le problème avec rigueur. Alors il a installé des champs de mine et truffé le terrain de surprises diverses. Le napalm était aussi une assez bonne solution. Quand le terrain est bien nettoyé on ne s’y aventure plus guère.

              Mais l’espèce humaine est animée d’une idée fixe : se répandre. Semblable à tout ce qui existe et croît sous le soleil du Bon Dieu elle n’a de cesse qu’elle n’ait réussi à s’approprier tout ce qui émerge au dessus des océans.  Océans qu’elle a également divisés en zones maritimes ou tout lui appartient depuis la surface jusqu’aux ultimes profondeurs et au-delà puisque de prodigieuses richesses minières s’y cachent. N’oublions pas tout ce qui nage et rampe et dérive au fil des courants, du plancton aux calmars géants.

              Ainsi donc l’humain veut tout s’approprier et c’est le drapeau américain que les premiers cosmonautes ont planté sur la lune, pendant que leurs collègues russes en faisaient le tour en s’emparant symboliquement de la face cachée au moyen de photos et d’enregistrements divers. On peut considérer cela comme une heureuse coopération, chacun jouant son rôle limité et complémentaire mais il se pourrait aussi qu’au fond chacun aurait bien aimé jouer en plus le rôle de l’autre prédateur.

              Croître et se développer est certainement très légitime. C’est en tout cas l’idée fixe que la vie biologique n’a cessé d’affirmer depuis ses premiers balbutiements au bon vieux temps de la soupe primordiale. Dès cette époque, toute cellule bien née n’a jamais eu qu’une obsession : se diviser en deux, en

quatre, en huit…inlassablement. La sophistication des moyens n’a fait ensuite que compliquer ce petit jeu à l’infini. L’unique problème est que tout ce qui vit a cette ambition et que très vite une forme particulière rencontre d’autres formes dont l’idée est la même et l’ambition équivalente. Or l’espace est fini et la terre est ronde. A tel point qu’une espèce proliférante finirait par se retrouver face à elle-même, devenant ainsi sa pire concurrente, en admettant que d’autres ne se soient pas chargées de s’opposer à cette marche triomphale.

              Depuis quelque temps la terre est entrée en effervescence. Progrès technique, mondialisation et conquête de tout ce qui se présente. A force de s’approprier des terres et des eaux inconnues l’humanité a presque fait le tour du problème. Certes il reste des contrées inconnues, sous la surface des eaux et au plus profond des abysses marins. L’exploration n’est pas terminée. Mais l’inconnu se rétrécit comme peau de chagrin. Il reste l’espace infini me direz-vous. Et il est vrai que c’est plus vaste et que à cette échelle les lois de la physique classique révèlent leurs lacunes. Alors on découvre la physique quantique, les espaces non-euclidiens et leurs joyeux paradoxes…De ce côté-là il y a de l’espoir et si l’histoire humaine est une histoire de fous, pleine de bruit et de fureur il se peut que cela débouche sur des épisodes assez délirants. Mais sans doute ne serons nous plus là pour y assister. C’est probable. Souhaitons donc bonne chance à nos descendants. Tant qu’il y a de la vie… il y a de l’expansion.

 

                                                                  La Brosse Conge le 7 juin 2013

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

 

 

La prochaine fois…

j’aborderai un sujet préoccupant

en cette saison estivale

peut-on déambuler au soleil, les mains dans les poches

sans risquer l’accident stupide ?

OUI !

Grâce à la science et à ses avancées 

Dans « A.D.N. canin »

 

 

 

 

 

"Tendres assauts héliportés" - gravure à l'eau-forte - imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1990

"Tendres assauts héliportés" - gravure à l'eau-forte - imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1990

La prochaine fois…

j’aborderai un sujet préoccupant

en cette saison estivale

peut-on déambuler au soleil, les mains dans les poches

sans risquer l’accident stupide ?

OUI !

Grâce à la science et à ses avancées 

Dans « A.D.N. canin »

 

 

 

 

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