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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 07:16

 

 

                   71-Voyageur-au-soleil-couchant--46-x-38-cm.jpg

                                             "Voyageur au soleil couchant" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

 

 

 

Yahne le Toumelin

suite

                                                                         

              Donc je n’avais pas cherché à voir les œuvres de Yahne le Toumelin. Et puis voilà que les rebonds du net m’ont amené à les découvrir. J’apprends d’abord qu’elle a été admirée par André Breton…mais celui-ci s’est souvent montré subjectif ou tout au moins habile à récupérer ce qui à ses yeux apportait de l’eau à son moulin et au rôle de maître qu’il assumait. Ensuite le photographe Henri Cartier Bresson qui a fréquenté le gratin des avant-gardes. Enfin, elle a côtoyé Pierre Soulages. Pour ce dernier j’aurais carrément une réticence. Consacrer sa vie à peindre en noir des toiles blanches est une occupation inoffensive qui ne peut nuire à personne. Prétendre ensuite que c’est le reflet d’une démarche intérieure…pourquoi pas ? Mais considérer qu’il s’agit d’œuvres picturales majeures me paraît très excessif. C’est comme pour le bleu Klein ou les éclaboussures de Pollock. Mais je ne voudrais en dégoûter personne.

              Donc mon mental s’agite bêtement, jusqu'à ce que les peintures pénétrant mon champ visuel s’imposent à mon attention. Alors tout change ! Certes c’est abstrait, mais pas toujours. Et même quand ça l’est carrément, c’est toujours un régal pour les yeux et le cœur.  Des compositions solides, structurées, équilibrées. Des enchaînements de formes comme seuls le biologique et le végétal savent en faire surgir. Des couleurs parfaitement harmonieuses, savamment ou plutôt instinctivement dosées. Des matières riches et variées. En faut-il plus pour satisfaire quiconque aime la peinture pour elle-même, négligeant toutes les autres raisons qu’il y a de faire semblant d’admirer : snobisme, spéculation  et peur panique de ne pas être « in » ? En gros ne pas se résigner à être un lamentable looser dépassé par le progrès culturel ?

              Nous sommes ici en présence d’œuvres authentiques et même si cela n’est nullement indispensable, il semble bien que l’orientation spirituelle de l’artiste lui ait permis d’aller plus loin. De réintégrer son centre vital pour y retrouver ses racines profondes et laisser jaillir les énergies subtiles qui n’attendent que ça.

              Si le sujet vous intéresse, laissez vous guider par Google. Il vous fera découvrir de nombreux aspects d’un parcours que peu connaissent et qui me semble exemplaire. De la périphérie vers le centre. Du banal et du quotidien vers la vie jaillissantes qui nous attend derrière, au-delà du par delà de l’au-delà.

              Mais je vais vous quitter car j’ai à faire. Un livre de Christian Bobin qui traînait depuis longtemps sur une table de chevet, poussiéreux et négligé, s’est ouvert en tombant sur le tapis. Je l’ai donc ramassé car ça faisait désordre et machinalement j’ai lu quelques mots…Me voilà accroché et je crains que cela ne perturbe un peu les prévisions que j’avais envisagées pour un avenir proche.

 

                                                                La Brosse conge le 26 mai 2013

                                                                Copyright Christian Lepère

 

 

Les peintures de Yahne le Toumelin,
la mère envers qui j'ai tant de reconnaissance,
ont peuplé mon enfance.
Leurs transparences lumineuses m'ont si souvent
emmené dans des voyages sans fin
au-delà des frontières de la réalité solide.

Matthieu Ricard

   

 Et la prochaine fois?

Un sujet grandiose et cosmique

"La création du monde" 

 

 

534-Le-vieil-arbre-22-x-27-cm.jpg

                ""Le vieil arbre" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 07:50

Paysage-amoncele.jpg

                                                         "Paysage amoncelé" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2000 

 

 

 

Yahne le Toumelin

 

              Dresser inlassablement des idoles pour les adorer ! Voilà ce que toute âme bien née est tentée de faire et la liste serait longue de ceux et celles qui se sont acharnés à atteindre en vain leur idéal. Hélas la nature humaine est complexe et choisir à tout prix le camp du Bien pour se faire une bonne conscience est plus qu’hasardeux. Si cela permet de vivre des tragédies grandioses, en revanche il est clair que nul n’y a trouvé le bonheur et la sérénité. Alors que souhaite-t-on vraiment ... ?

              Voici que me reviennent en mémoire les vers célèbres de Baudelaire :

 

 Je découvre un cadavre cher

Et sur les célestes rivages

Je bâtis de grands sarcophages.

 

              Passé l’adolescence, période d’effervescence et d’excès divers, il me semble avoir été plutôt raisonnable. Et si il m’est arrivé parfois d’admirer tel ou tel de façon un peu exaltée, il y avait quand même à cela quelques raisons. Ainsi tout imprégné des chansons de Brassens, de Jacques Brel ou de Léo Ferré, cela ne m’a jamais poussé à les rencontrer ou du moins à aller les applaudir sur scène. C’étaient leurs œuvres qui m’intéressaient, pas leur personne. C’étaient leurs messages et leurs mélodies, pas leur pipe ou leur accoutrement.

              Ces temps derniers la radio et internet m’ont amené à découvrir bien des sources pour alimenter une recherche sérieuse. Toutes les spiritualités, toutes les grandes traditions y sont désormais accessibles. Pour le meilleur et pour le pire…Tenons nous en au meilleur ce sera plus réconfortant. En suivant les liens numériques j’ai ainsi fait connaissance avec des aspects essentiels du bouddhisme. Notamment avec Matthieu Ricard, intellectuel de haute volée, chercheur rigoureux en biologie moléculaire, mais aussi mystique doté d’une intuition profonde qui l’a poussé à devenir moine pour se consacrer à la « science véritable » celle du dzogchen de la tradition tibétaine.

              Cherchant à en savoir plus, j’avais appris qu’il avait pour père Jean François Revel, philosophe athée et matérialiste et avait mené ses études et ses recherches scientifiques sous la conduite du prix Nobel Jacques Monod, chantre d’une philosophie existentialiste assez désespérante. C’était un peu étrange mais ressemblait assez aux tours et détours qu’utilise le destin pour arriver à ses fins.

              Malgré tout il manquait quelque chose, le puzzle était visiblement incomplet. Et voilà qu’un petit détail m’avait échappé. La mère de Matthieu Ricard, Yahne le Toumelin était devenue nonne bouddhiste, ce qu’elle est encore, après avoir entamé et poursuivi jusqu’à ce jour une carrière de peintre.

              Au premier abord je n’avais pas été tenté d’approfondir. On connaît tant de ces artistes intellectuels qu’une interrogation un peu poussée a amené à côtoyer la spiritualité et parfois à s’y égarer. En dépit de leur sincérité, les résultats picturaux ne sont pas toujours bien convaincants. Et je persiste à croire que l’abstraction, même si elle n’interdit rien, ne favorise en aucune façon  un approfondissement ou une recherche de l’essentiel. Le fait que le zen soit délibérément très dépouillé ne le rend pas plus bouddhiste que le tantrisme tibétain où des multitudes de divinités grimaçantes et courroucées brandissent des armes contondantes, environnées de squelettes  de damnés. Le « vide » qu’il y a à atteindre s’accommode fort bien de l’exubérance des débordements du samsara. D’ailleurs nirvana et samsara sont deux « aspects » ou plutôt deux visions d’un seul et même monde.

                                                                       à suivre...

 

 

              Voguer-vers-d-autres-cieux-copie.jpg

                        "Voguer vers d'autres cieux" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1999

 

 

 

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 07:10

       Sans-titre-1-copie-copie-1.jpg

                                                                               "Le masque" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1989

 

Le jour de la marmotte (suite)

 

            Maintenant, pour s’occuper il entreprend de séduire sa productrice. Cette jeune personne plutôt séduisante se laisse inviter au restaurant et la journée est ensuite meublée des distractions disponibles dans cette petite ville de province. Le soir venu il réussit à l’entraîner dans sa chambre d’hôtel et poursuit ses travaux d’approche. Mais il est trop pressé, trop sûr de lui et provoque la réaction prévisible. Il se fait gifler et congédier pour reprendre tout à zéro le lendemain à six heures.

            Comme il a de la suite dans les idées, il va revoir le           

  scénario en cherchant à l’améliorer à chaque fois. Après une bonne douzaine de gifles il finit enfin par arriver à ses fins. Il faut dire que tout cela lui a permis de devenir plus habile, mais aussi et surtout plus sincère. Sa productrice n’est plus la proie d’un collectionneur qui enrichit son tableau de chasse en traçant des croix sur le mur, il s’est pris de coeur pour elle. Il n’est plus un simple manipulateur, un obsédé du chiffre. Enfin il s’humanise et tient compte de l’autre. Cette excellente disposition va aussi l’engager à cultiver ses talents. Par exemple il se révélera sculpteur sur glace talentueux, pianiste d’un excellent niveau alternant classique et jazz et bienfaiteur du pauvre et de l’opprimé. Son ouverture devenant de  plus en plus sincère et non motivée par le bénéfice personnel, il arrivera même à séduire la jeune femme en se laissant séduire lui-même. De chasseur qui traque ses proies il est devenu partenaire attentif tenant grand compte des souhaits et des besoins réels de celle pour qui il penche.

            Et c’est ainsi qu’il va se réveiller une fois de plus à six heures, mais cette fois le lendemain matin. Et il n’est plus seul dans le lit. Le cercle infernal est brisé, le temps reprend son cours et la vie s’ouvre devant eux.

            L’histoire pourrait être simplement amusante et permettrait de distraire les copains en leur racontant les péripéties rocambolesques d’une histoire farfelue pas très crédible. Dans le genre comédie loufoque ça pourrait faire recette. Mais si ce film m’avait marqué, c’est sans doute pour des raisons plus subtiles. Peut-être bien qu’il nous parle de nous même et des pièges de l’identification que nous ne cessons de fabriquer pour nous y enfermer soigneusement.

            Après tout…Ne suffit-il pas d’observer bien des vies humaines, sans oublier la nôtre propre, pour constater à quel point nous nous répétons. A quel point nous revivons sans arrêt des scénarios à peine modifiés. Et cela en laissant tout au plus au « hasard » la possibilité d’introduire un peu d’inattendu. C’est tellement rassurant de savoir où l’on va, tellement confortable de continuer à suivre les rails habituels. Au moins on sait où l’on en est, on croit même savoir qui on est…on peut se justifier. On finirait même par se croire rationnel et raisonnable alors qu’on est simplement victimes de petites manies, souvent inoffensives, mais pas toujours…

            Je me souviens de l’époque où ma maman, ravie de voir son artiste de fils porter la barbe aurait été enchantée si je m’étais mis à fumer la pipe. Le personnage aurait alors été plus conforme à une certaine image qui fait rêver dans les chaumières. On aurait pu me décrire aisément et de façon valorisante. « Et vous savez, en plus, il a toujours des chemises noires et une écharpe rouge…Ne cherchez pas, c’est un artiste ! »

            Une originalité de bon ton, une identification immédiate, voilà ce qui peut rassurer les braves gens. Mais mon passé est de peu d’intérêt. D’ailleurs je porte toujours la barbe et souvent des chemises noires, mais la pipe a disparu du bric à brac et bien que continuant à peindre assidûment et de façon peu raisonnable je ne me prends plus trop pour un artiste. C’est devenu tellement banal dans notre monde contemporain où chacun peut se réaliser et affirmer son moi  le plus intime que mon souci maladif d’originalité me pousserait plutôt à me faire oublier. Mais c’est sans doute encore une ruse, une façon de n’être pas comme tout le monde, une forme d’orgueil particulièrement néfaste. Une façon de se démarquer. Mais comme l’a dit je ne sais plus trop qui (Un évêque parait-il…) : « Et en ce qui concerne l’humilité, je ne crains personne ! ».

            Alors, à bon entendeur…

 

                                                                          Le Chesnay le 9 mai 2013

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

      182-Pulsions-bariolees---------65-x-54-cm.jpg

                                            "Pulsions bariolées" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1991

 

 

Et la suite…


Yahne le Toumelin, ça ne vous dit rien ?

A moi non plus, il y a peu,

mais je suis accro à internet !

Alors rendez-vous la semaine prochaine

Pour découvrir une nonne bouddhiste qui pratique la peinture à l’huile…

(c’est bien plus difficile, mais c’est bien plus beau…)

 

 

          

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 08:03

                     261-Etrange-equipage-------.jpg

                                                                     "Etrange équipage" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1996

 

 

Le jour de la marmotte

« Un jour sans fin »

 

 Ca faisait bien longtemps que je le cherchais en vain et enfin un jour, par hasard, j’ai retrouvé ce film qui de façon inattendue avait alors éveillé toute mon attention. Le titre en était sibyllin : « Un jour sans fin » et le propos, métaphysique, mais au second degré, traité avec humour et de façon surprenante. Le temps existe-t-il ? Ou n’est-il qu’une sorte de convention destinée à nous permettre de vivre le quotidien sans trop de difficultés ? La réponse est incertaine et sa recherche continue de faire les beaux jours  des philosophes à la petite semaine.

            Voici donc la chose. Un présentateur de télévision, plutôt bien de sa personne et très autosuffisant se rend comme chaque année au « Jour de la marmotte ». C’est une fête traditionnelle réunissant toute la population autour de cette charmante petite bête qui, au sortir de son sommeil hivernal,  va permettre de prédire l’évolution météorologique. Si elle voit l’ombre de ses pattes, donc si il fait beau, l’hiver n’est pas terminé mais va se poursuivre implacablement. Dans le cas contraire c’est le printemps qui va surgir, suscitant joie et liesse dans la population.

            Notre reporter accompagné de la jeune femme qui est sa productrice et de son fidèle cameraman va vivre toute cette journée après avoir passé la nuit dans un hôtel confortable. Mais au moment de partir il se retrouve bloqué par un blizzard inattendu et inopportun. Il doit donc se résoudre à passer la nuit suivante sur place.

            A six heures du matin, gros plan sur le réveil. Il émerge, se redresse et écoute les informations. Surprise ! Ce sont les mêmes que la veille ! Y a-t-il une erreur de programmation ? Une négligence humaine ? Une grève des services techniques ? Un bug informatique ? Bah ! On verra bien…Mais il ouvre les rideaux. C’est la même météo que la veille, la circulation est semblable… Descendant les escaliers il croise les mêmes personnes pour se faire proposer le même petit déjeuner par la dame de l’hôtel. Et ça continue. Il est en train de revivre la veille. Même mendiant au coin de la rue, même ami de jeunesse se précipitant pour se faire reconnaître après tant d’années et tenter de lui refiler des assurances vie en lui rappelant le bon vieux temps.

            La journée se termine. Il s’endort. Puis se réveille à six heures du matin pour entendre à nouveau les mêmes informations… Un peu hébété et connaissant la suite il commence à improviser, ne répondant pas la même chose à son interlocuteur. Et son interlocuteur réagit un peu différemment. Mais la suite est sur des rails.

            Et la chose se répète indéfiniment… Sentant sa raison vaciller il envisage le pire, mettre fin à ses jours pour échapper au piège infernal. Il va donc se jeter par la fenêtre, précipiter une voiture volée du haut d’une falaise, engager une autre voiture volée sur une voie de chemin de fer, poursuivi par la police  alors que le train surgit en face. Il va même remplir sa baignoire, se déshabiller soigneusement  puis s’immerger en tenant à deux mains un grille pain en marche provoquant un immense court-circuit dans tout l’hôtel.

            Et toutes ses tentatives sont réussies ! Il meurt à chaque fois et sombre dans l’inconscience. L’ennui est qu’il se réveille quand même le lendemain, je veux dire la veille, à six heures précises, allongé dans son lit et prêt à revivre l’inévitable.

                                                                  à suivre…

 

                                                             Le Chesnay le 9 mai 2013

                                                             Copyright Christian Lepère

 

 

       275-Entre-ciel-et-reve------------65-x-54-cm.jpg

                                                            "Entre ciel et rêve" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1997

 

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:16

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                                               "Le jour qui sombre" - huile sur toile - format 8P, 38 cm de haut - 1986

 

 

Cités espagnoles

 

Nuages, nuages blancs, cités, chant, contrepoint,

flèche d’or, or d’écume, déferlement d’oiseaux.

Dix cavaliers hargneux ont sabré les roseaux.

Dix cavaliers d’antan cuirassés de satin.

 

La lumière vibre au creux d’un épineux fourré.

Cieux de chanvre, de ronces, mouchoir qui s’effiloche.

La Beauce plate sonne comme un troupeau de cloches

et les granges peureuses ont cloué leurs volets.

 

Grinçant au vent qui claque l’arbre sec a cédé.

 

Castagnettes hypercutées.


Son ardeur grimaçante rampant sur les volets.

 

Ô cités espagnoles !

 

La flamme en ses rameaux

dans le ciel enflammé

crépite à crescendo !

 

Ciselures damasquinées.

 

L’ombre a gagné le toit et la nuit est tombée

 

Là haut la cheminée rougeoie.

 

Ô cités espagnoles !

 

Dur, absurde regret.

 

 

                          Paris, il y a bien longtemps – Le Chesnay 23 avril 2013

                                                 Copyright Christian Lepère

 

 

                 117-L-arriere-monde--------61-x-50-cm-copie-1.jpg

                                                          "L'arrière monde" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1989

 

 

La prochaine fois

Je vous parlerai d’un film étrange

« Le jour de la marmotte »

.

 

 

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:15

       419-Paysage-fantasque-73-x-60-cm.jpg

                                                               "Paysage fantasque" - huile nsur toile - 73 x 60 cm - 2004

 

 

Paysage baroque

 

Le soleil ivre mort a vomi des cieux roux.

Sous la plaine étendue et jusqu’à l’horizon

la terre ivre de sang, soûle ronronne en rond

et se vautre en berçant des champs clos d’arbres fous.

 

Spasmes d’accordéon redondant à genoux.

Le soleil ivre fou entonnant des bourrées

tangue par les chemins, roule par les fossés.

Rythme cuivré du sang, sursaut de lourd dégoût.

 

Maculé l’horizon fait le gros dos, jaloux,

sur les granges repues, lasses, goinfrées de paille

Qui vautrées dans leur coin tairont vaille que vaille

Les secrets de leur vie, de ce qui nous rend fous.

 

Couples tourbillonnants lourdement auvergnats,

et jusqu’au soir couchant sans trêve et sans repos,

Des paysans patauds valseront en beuglant,

s’épuiseront en vain, sans fin, hors de propos.

Un peu fous, un peu niais, allez savoir pourquoi…

 

Mais j’étais là béant. Mais j’étais là en vain.

Vide de tout élan et rongé d’incertain,

j’attendais que là bas, j’attendais qu’au lointain

il se fit qu’à nouveau le soleil se leva.

Enfin !

 

                                                      Sermizelles, il y a bien longtemps

                                                     Le Chesnay le 23 avril 2013

                                                    Copyright Christian Lepère

 

 

 

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                                                                                   "Le soir s'éveille" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992


 

Et la semaine prochaine ?

La suite évidemment…

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 07:47

       328-Retour-des-errants--100-x-81-cm.jpg

                                                               "Le retour des errants" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2000

 

 

 

Troc de cœurs

Héloïse et Abélard  (suite)

 

              Hélas nous vivons dans un monde moderne multiple et contradictoire et riche en possibilités diverses. Tous deux familiers d’Internet ne purent s’empêcher de créer des blogs et de s’y épancher. L’exaltation de tout dire et de ne rien cacher les entraîna à bien des confidences. Intimes elles suscitèrent des réponses et des commentaires. Et cela les amena à faire des rencontres, virtuelles d’abord puis plus concrètes. Ils étaient jeunes et se trouvèrent branchés à d’autres. Un jour Abélard avoua à Héloïse  qu’il avait rencontré une jeune personne qui avait voulu en savoir plus sur ce qu’ils avaient osé faire. Et naturellement il avait été amené à montrer concrètement les lieux de l’intervention, les traces des points de suture et, preuve suprême, la réalité des battements de son cœur. Cela supposait une certaine intimité et Héloïse en ressentit du chagrin. Comme elle n’était ni naïve ni soumise, l’idée lui vint non pas de récriminer et de contester, ce qui est pour le moins maladroit, mais d’en faire autant de son côté. Les réseaux sociaux aidant elle pu faire bénéficier bien des jeunes internautes du récit de ce qu’elle avait osé faire. Cela lui amena une bonne cote de popularité et bientôt elle fut submergée par les appels. Tous voulaient savoir, tous voulaient se documenter pour pouvoir peut-être réitérer ce haut fait et même, qui sait, l’améliorer.

              La nature humaine étant ce qu’elle est, quelles que fussent leurs hautes qualités morales et la hauteur de leurs vues, Héloïse et Abélard en vinrent à éprouver moins d’attrait l’un pour l’autre. Tant de considérations extérieures venaient compliquer la noblesse de leur passion qu’ils se surprirent à de la tiédeur, puis de l’agacement. Tous deux avaient changé. Ils avaient découvert le monde et ses complexités, Facebook et les échanges virtuels, les contacts multidirectionnels, sans oublier la polyvalence de nos sentiments et la force de nos passions.

            Raisonnables ils décidèrent de se séparer. Ce ne fut pas aisé car nous ne vivons pas que d’amour et d’eau fraîche. Il y a des traites à payer, des charges à supporter, le réservoir du 4 x 4 à remplir et l’emprunt pour passer ses vacances aux Baléares à rembourser par mensualités, frais d’assurance et de constitution de dossier en sus.

         Alors ce fut l’enfer de la séparation avec la mise au point des dossiers, la réunion des pièces à charge, le calcul des cœfficients de responsabilité. J’oubliais les tentatives de réconciliation en présence de l’avocat qui espère faire traîner un peu les choses pour étoffer ses honoraires.

         Découvrant les tréfonds de l’âme humaine et l’horreur de la situation ils firent le nécessaire pour ne pas faire trop durer et enfin, un beau jour, ils se séparèrent. Puis se perdirent de vue.

                   C’est bien plus tard qu’au hasard d’un club de rencontre pour célibataires ils se retrouvèrent face à face. Ni l’un ni l’autre ne s’y attendait, chacun ayant fourni de lui un portrait assez flatteur pour ne pas dépenser son argent en vain. Ils furent dons surpris et quelque peu déroutés. Enfin comme ils s’étaient assagis en prenant de l’âge, ils convinrent qu’après tout le destin ne se débrouillait pas trop mal. Peut-être pourraient-ils renouer et partager une vie paisible de retraités en meublant leur temps libre avec des croisières de luxe et des activités culturelles au sein de clubs faits pour cela.

         Avec persistance ils recommencèrent et purent à nouveau espérer entendre leur propre cœur battre dans la poitrine de l’autre. Mais rien n’est simple et c’est à ce moment qu’Héloïse dut avouer à l’amour de sa vie que ce qu’il entendait dans sa poitrine à elle n’était plus ce qu’il lui avait donné. Après des années de bons et loyaux services le cœur d’Abélard  s’était montré défectueux. Virus ? Germe ? Usure mécanique ? Suite d’abus de bouche ou tabagisme ? Le fait accablant est que pour résoudre son problème d’arythmie et de palpitations  on avait du l’opérer à nouveau. Et cette fois ci le donneur, décédé comme il se doit, lui était totalement inconnu.

         Alors Abélard accablé n’eut plus qu’une dernière ressource, faire chambre à part, ou alors encore pire, accepter dans les moments les plus intimes l’ingérence d’une tierce personne dont rien ne prouve qu’elle aurait eu la noblesse d’âme de nos deux héros.

 

                                                                      Le Chesnay le 17 avril 2013

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

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                                              "Anima Animus" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1992

                                     

 

 

La semaine prochaine …

 

                En ce temps là j’avais vingt ans à peine et je griffonnais des poèmes échevelés sur des bouts de papier. C’était illisible et flamboyant et cela se termina comme il se doit au fond d’un tiroir. Mais les tiroirs sont faits pour être ouverts. Et c’est ce qui advint il y a peu. Alors, l’âge aidant je repris les choses en main, remaniai le style, fit des ajouts et des coupes sombres et le résultat devint plus présentable, si ce n’est d’un rationnel plus rassurant. Donc, cinquante ans après voilà le résultat d’un cheminement profond, d’une résurgence inattendue.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 07:57

       412-Coeurs-masques---100-x-81-cm.jpg

                                                                   "Coeurs masqués" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2004

 

 

Troc de cœurs

Héloïse et Abélard

 

              C’était au temps jadis. Dans ces contrées moirées noyées de nostalgie. En ce temps là les hommes étaient nobles et les femmes rêvaient au sommet de la plus haute tour, juchées dans leur désir de plus haut vol, filant la laine et tissant leurs songes. Et le monde était vaste et l’horizon lointain.

              En ce temps là on pouvait partir en croisade ou même à la recherche de soi-même au plus profond de forêts obscures, là où se tapissaient les dragons gardiens du seuil. En ces temps de légende la fidélité était de mise. On s’engageait à tout jamais et pour ce faire on n’hésitait pas à conclure des pactes. Alors on ne lésinait pas sur les moyens. On mêlait son sang à celui de l’autre, on s’ouvrait les veines, on faisait couler le rouge liquide, on risquait le trépas et tout était dit. A tout jamais.

              Et puis le temps s’est écoulé. Comme toujours, comme d’habitude. Et l’on est devenus plus pratiques. Un peu moins noble mais tellement plus efficace.

              D’investigations en investigations, d’observations acharnées en analyses toujours plus fines et implacables on a cerné la réalité. On l’a traquée. On l’a prise à la gorge et on lui a fait avouer le pourquoi du comment. La science était née, elle allait nous permettre l’impensable, l’inenvisageable. On a donc cherché, peaufiné, découpé des cadavres, démonté les agencements organiques, exploré la biologie et l’on en a tiré les conséquences. Non seulement on peut mêler son sang, mais on peut en faire don. A n’importe qui, ou presque. La part la plus intime de nous-mêmes peut s’écouler dans des tuyaux, des éprouvettes et des poches avant d’être analysée, centrifugée et classée par affinités et par groupes.

              Dès lors c’est un produit, vital certes, mais ni plus ni moins que toute denrée courante nous permettant de poursuivre notre parcours en entretenant et réparant cet organisme biologique qui nous est bien utile.

              La transfusion sanguine était née et on lui doit de grands bienfaits. J’avoue même lui devoir la vie comme beaucoup d’autres qu’on a un jour étendus inanimés sur le billard avant de les ouvrir après avoir détourné leur circulation, puis arrêté le cœur afin de procéder à quelques réparations relevant de l’art de la plomberie. Réparation de soupapes, remise en état de clapets anti-retour, nettoyage de tuyaux engorgés selon les cas. Mais tout cela est bien connu de toute personne ayant eu des ennuis dans sa salle de bain.

              Donc la part la plus intime de notre corps, notre propre sang, pouvait être, manipulée, extraite, échangée et même régénérée au travers de filtres adéquats et d’adjonctions soigneusement calculées.

              Mais il restait le cœur. Ultime symbole, bastion inexpugnable de notre personne, centre absolu de notre affectivité, lieu où l’on se sent relié au reste du monde. Mais voilà que d’habiles bricoleurs, avec leurs mains expertes, leurs connaissances acquises au prix d’efforts universitaires insensés et  l’aide d’équipes performantes ont tenté l’impossible. Et si un cœur usé, déficient, battant la chamade pouvait être changé ? Remplacé ? La chirurgie s’est attaquée au problème et devant l’ampleur des moyens mis en œuvre l’impossible a été réalisé ! Oui on pouvait en prenant d’infinies précautions et en calculant d’innombrables paramètres arriver a remplacer un cœur…Depuis la chose est devenue plus banale et l’on cite le cas de l’heureux bénéficiaire de trois cœurs. D’abord le sien, d’origine, puis un second aimablement donné par quelqu’un qui venait de s’éteindre avec beaucoup d’à propos, puis un troisième devenu indispensable pour pallier à l’usure du second qui malgré tout n’était pas un article de première main.

              Héloïse était ravissante avec ses vingt deux printemps. Abélard n’était pas mal non plus, quoique un peu plus âgé. Le destin les a fait se rencontrer et d’emblée ils se sont plu. Beaucoup. A la folie ! Alors une idée démente a germé dans leurs cerveaux enfiévrés, nourris de littérature médiévale et de grands sentiments. Ils ont senti que l’exceptionnel était à leur portée. Une grande première leur tendait les bras. Comme leurs finances étaient bonnes ils ont pu envisager de passer du rêve à sa réalisation, tels ce milliardaire américain qui a réalisé son fantasme en devenant cosmonaute.

              Ils ont donc pris rendez-vous. Le chirurgien était content. De renommée mondiale il pouvait leur assurer un succès parfait. Il allait donc intervertir leurs cœurs et permettre à chacun de sentir battre dans sa poitrine l’organe de l’autre, palpitant et sensible.

              Après toute de préliminaires, interrogatoires serrés sur les antécédents et les habitudes de vie, assortis d’examens nombreux et de plus en plus intimes la preuve avait été faite. Ils étaient faits l’un pour l’autre et leurs viscères pouvaient passer d’un organisme à l’autre sans problèmes engendrant des conséquences funestes. Tout était compatible. D’ailleurs n’était-il pas l’homme de sa vie et elle la compagne prédestinée par le destin et le code génétique ? L’accord des chromosomes est un bienfait du ciel.

              L’opération eut donc lieu. Inutile d’insister sur les détails. Tout avait été prévu et planifié dans les moindres détails. Ainsi les tables d’opération étaient jumelles et si le chirurgien était seul, c’est qu’il bénéficiait de toute une équipe préparant et terminant ses interventions comme un seul homme. Tandis qu’une assistante ouvrait un thorax, son collègue sciait les os ou bouchait des artères, tandis qu’un troisième préparait les scalpels et qu’enfin d’autres s’empressaient de recoudre ce qui ne pouvait rester béant.

              Après les délais nécessaires Héloïse et Abélard se retrouvèrent donc frais et dispos. La convalescence n’avait pas été trop longue, les traitements post-opératoires pas trop traumatisants, les séances de rééducation joyeuses et pleines d’entrain.

              Désormais ils pouvaient partager la même couche et serrés l’un contre l’autre entendre les battements de leur propre cœur dans la poitrine qu’ils étreignaient.

                                        A suivre…la semaine prochaine.

 

                                                                  Le Chesnay le 17 avril 2013

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

    412 Coeurs masqués 2

                                                                                                                 "Coeurs masqués" - huile sur toile - Détail - 2004

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 07:32

        336 Le poulailler 46 x 38 cm

                                                                          "Le poulailler" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2000

 

 

Un jeu idiot

 

                 J’aime bien les jeux idiots. J’ai bien dit idiots. Je n’ai pas dit bêtes et méchants. Et l’un d’eux est mon préféré. C’est celui qui est commun à tout un chacun et qui consiste non pas à essayer de prévoir le destin, ce qui serait très ambitieux, mais simplement d’envisager l’avenir proche.

                 Votre épouse vient de vous annoncer qu’une visite est prévue chez des amis qui vous sont chers. Aussitôt et machinalement une évocation se forme en vous. Jean-pierre est un peu gros et plutôt mou. Sa calvitie progresse. Marie-Jeanne est une bonne épouse, empressée et accueillante, bien que sa chevelure frisée et un air un peu trop « b.c.b.g. » éveille en vous un intérêt goguenard  pas franchement positif. Ils habitent un petit appartement charmant sous les combles, au sixième sans ascenseur.

                 Déjà votre évocation n’est pas neutre. Elle va même engendrer des discussions si vous commencez à peser le pour et le contre pour justifier vos états d’âme et l’on va vous rétorquer : « Comment des gens aussi sympas ! Tu devrais être enchanté d’avoir une occasion de passer la soirée en aussi bonne compagnie ! ». Ne soyons pas pessimistes. Peut-être allez vous vous en tenir là et garder pour vous les scénarios catastrophe qui commencent à se tricoter dans vos circuits neuronaux. Mais malgré tout des attentes non dites vont se planquer dans les couches profondes de votre encéphale antérieur. Des évocations furtives de possibilités improbables mais cependant possibles, mêmes si les probabilités en restent faibles.

                 Voilà ce qui se passe d’ordinaire et de façon clandestine dans notre intimité intellectuelle. C’est naturel, on n’y peut rien. Et d’ailleurs tout le monde le fait. Alors où est le jeu dans tout ça ? J’y arrive.

                 Essayons maintenant de donner en sens inverse libre cours à notre imagination. Vautrons nous dans l’élaboration systématique des possibles envisageables. D’abord regardons crûment les personnages (protagoniste et deutéragoniste) en évoquant tout ce que nous savons d’eux ou sommes persuadés de savoir. Ca évitera peut-être la caricature stéréotypée ou l’appréciation superficielle. Puis remémorons nous les lieux par la pensée, la petite cage d’escalier qui sent le pipi de chat et l’appartement douillet d’où l’on a vue sur le Sacré Cœur. Enfin évoquons les scénarios  que nous pouvons élaborer avec quelque vraisemblance. En un mot essayons de prévoir comme un scientifique qui s’efforce de tenir compte de tous les paramètres portés à sa connaissance et recherchant honnêtement ceux qu’il ignore pour enrichir et affiner son investigation.

                 Tout cela commence à prendre corps et vous allez vous retrouver avec plusieurs scénarios possibles et défendables. Choisissez maintenant parmi eux celui qui vous paraît le plus pertinent ou le moins invraisemblable. C’est fait ? Peaufinez le. Retournez le en tout sens. Voyez les incohérences, les déductions peu sûres. Et parachevez votre œuvre.

                 Maintenant vous pouvez tout mettre noir sur blanc, au moins il y aura des preuves. Il ne vous reste plus qu’à tout mémoriser comme un acteur au théâtre. Tout ! Le scénario, les images, les réactions de Jean-Pierre, le regard mi-figue mi-raisin de Marie-Jeanne quand vous lui annoncez votre désir de passer le prochain week-end à Machu Pichu. Sa petite toux embarrassée. Son empressement à vous proposer de vous resservir du canard à l’orange ou de la tarte aux myrtilles.

                 Il ne vous reste plus alors qu’à vérifier. Nous sommes en période de paix, la neige a fondu, le périphérique n’a pas été saturé  pour compenser une grève des trains de banlieue. Les terroristes se sont tenus tranquilles et même l’affaire Cahuzac n’a pas réussi à provoquer de troubles notables. Personne n’est descendu dans la rue. Donc tout va bien, tout est normal !

                 Et pourtant … Vous voilà chez Jean-Pierre et Marie-Jeanne. Ils sont chez eux et vous attendent. La maison n’est pas en feu, le petit chat n’est pas mort et le plat principal n’est pas carbonisé après une trop longue attente. Donc tout se passe comme prévu.

                 Certes, mais voyons cela de plus près. Aviez vous prévu que le paillasson sur lequel vous frottez vos semelles avant d’entrer serait un peu usé ? Ou qu’il aurait été changé pour un rouge à bordures noires ? Le timbre de la sonnette ne vous a-t-il pas un peu surpris, modifiant légèrement le sourire épanoui que vous avez eu quand la porte s’est entrouverte. Et pourquoi Jean-Pierre était il derrière Marie- Jeanne ? Se laissant ainsi masquer à moitié. Avait-il quelque chose à cacher ou son enthousiasme à vous accueillir n’était il que feint ?

                 Le monde est un endroit mystérieux. Sans cesse il s’y produit de l’inattendu et l’effet papillon peut engendrer bien des suites aux conséquences incalculables. Et enfin pourquoi diable telle parole a-t-elle été prononcée ? Anodine en elle-même mais lourde de conséquences si l’on tient compte des subtilités de compréhension de chacun. Jean-Pierre n’est pas Marcel Proust mais il a quand même ses petites madeleines. Et même  Marie-Jeanne dont la culture est un peu sommaire est à la merci de souvenirs fugaces qui échappent à sa vigilance. Le jeu est réussi. En essayant de prévoir de façon lucide et raisonnable ce qui allait se passer vous avez fixé un cadre d’expérimentation. Vous avez fait preuve de rigueur. Vous ne vous êtes pas laissé aller au flou et à l’approximatif qui règnent à l’arrière plan de nos pensées et de nos ressentis. Vous avez démasqué les mécanismes qui sans cela vous font croire que nous vivons dans le monde, un monde objectif, raisonnable ou l’on peut rendre compte de ses faits et gestes et prouver leur bien fondé.

                 Mais voilà, le petit chat est venu au moment du départ se frotter sur vos chaussettes et cela a fait rebondir la conversation sur les mœurs félines et sur le libre arbitre animal. Vaste sujet débouchant sur des interrogations abyssales. Savons nous ce que ressent un chat ? Avons-nous la moindre idée de ce qui se passe dans sa petite tête ronde, derrière ses oreilles pointues. D’ailleurs s’y passe-t-il quelque chose qui pourrait ressembler à nos cogitations ?

                 Mais je vais chercher trop loin. Je m’égare. La chère était bonne et les vins soigneusement choisis selon les meilleures traditions. La conversation anodine a fourni a chacun l’occasion de se faire mousser en montrant qu’il était au courant de l’essentiel des affaires du monde. On a évité les sujets qui fâchent mais sans éluder les questions primordiales. Des scandales financiers aux magouilles politiciennes, en passant par le réchauffement climatique tout a été évoqué et on a tenté intelligemment et avec habileté d’évoquer des solutions. Au moins ce ne sera pas de notre faute si les choses vont mal et si notre occident chrétien court à sa perte. On aura tiré la sonnette d’alarme. Maintenant on peut se quitter en se disant au revoir, contents et repus. Bien sûr subsiste à l’arrière plan un léger soupçon de malaise car en fait tout s’est déroulé normalement mais à y regarder de plus près, rien ne s’est passé comme prévu. Rien n’a été conforme à nos prévisions. Mais comme l’a dit un futurologue qui savait de quoi il parlait : « Il est très difficile de faire des prévisions, surtout en ce qui concerne l’avenir… »

                                                              Le Chesnay le 6 avril 2013

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

     358-Tout-tourne-autour--65-x-54-cm.jpg

                                                   "Tout tourne autour" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2001

 

 

Et la semaine prochaine ?

 

Enfin de quoi vibrer et s’émouvoir

Du sang et de la passion !

Portez vous bien en attendant !

 

 

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 07:21

         264-Mandala.jpg

                                                            "Mandala" - gravure à l'eau-forte - imprimée sur Arches demi-Jésus - 1978

 

 

  Nous ne sommes pas au monde...

suite

 

 

 

                     Mais si j’ai abordé ces sujets qui m’occupent depuis pas mal de temps, c’est que l’actualité la plus chaude m’en a fourni l’occasion.

            Il se trouve que depuis quelque temps j’ai pris connaissance de livres édités sous l’égide du Dalaï Lama depuis environ trente ans. D’esprit curieux et pragmatique ce dernier a cherché a confronter les vues du bouddhisme dont il est le grand spécialiste avec celles de la science expérimentale qui a à ses yeux l’immense mérite de s’efforcer à l’objectivité et de n’avoir de cesse qu’elle n’ait vérifié ses hypothèses avant de les considérer comme établies. Comme le bouddhisme qui a toujours fait preuve d’exigence dans ce domaine.

            Dans ce but le Dalaï Lama a pris l’habitude de réunir des scientifiques de haut niveau, à Dharamsala ou ailleurs dans le monde pour leur permettre d’exposer leurs vues sur les recherches de pointe, avant d’exposer les vues bouddhiste puis de chercher par la discussion à voir les différences mais aussi les  convergences de plus en plus nombreuses à ce jour. Après ces informations un peu théoriques, il ne manque pas de les encourager à expérimenter sans peur et sans préjugés. Ainsi des lamas tibétains et des moines zen se sont laissé installer des électrodes sur la tête avant de se recueillir en méditation. En d’autres circonstances c’est leur sommeil et ses états de rêve qui ont été testés. L’observation a permis de constater qu’il se passait bien des phénomènes inhabituels.

            Dans cette direction je viens d’enregistrer sur France Culture et France Inter quelques témoignages de personnes d’exception. D’abord Corine Sombrun. Jeune musicienne et pianiste virtuose cette française qui commence a être connue a découvert au cours d’un voyage en Mongolie qu’elle était « chamane ». Fort surprise elle  s’est ensuite fait initier au chamanisme  et a découvert le monde étrange des rites et des croyances traditionnels. Mais son esprit étant aussi rationnel qu’occidental elle a décidé de se faire tester par des scientifiques, neuropsychologues et autres spécialistes. L’affaire a donc quitté le domaine de l’irrationnel naïf pour aborder des rivages plus scientifiques où l’observation dûment contrôlée peut servir de preuve. Si le sujet vous intéresse Google se fera un plaisir de vous guider sur internet. Il suffit alors de consulter Wikipédia et quelques autres sites accueillants.

            Dans le même ordre d’idée il y a aussi Jéromine Pasteur qui dans sa cinquantaine assume un long passé de chercheuse et d’exploratrice. Après une jeunesse passée dans le Jura il lui vint l’idée étrange de se construire un voilier puis de traverser l’Atlantique en solitaire avant de faire connaissance avec les Ashaninkas, indiens de l’Amazonie. Sa vie semble bien remplie et elle aussi est dotée d’un esprit de recherche méthodique qui ne s’en laisse pas conter. Mais vous pouvez approfondir le sujet sans moi. Je ne fais que le signaler et serais d’ailleurs bien aise si vous me signaliez d’autres sources d’information aussi sérieuses. Si vous fréquentez Internet le problème sera plutôt de ne pas se laisser déborder par le racoleur et le non prouvé et surtout d’élaguer soigneusement tout ce qui est douteux. Enfin tout cela est gratuit et wikipédia vous ouvre les bras…

            Je voudrais maintenant retenir de tout ce qui précède que nous vivons une époque étrange. Après une phase d’assurance triomphante et d’une naïveté confondante à la fin du 19° siècle, époque où l’on croyait sinon tout connaître, du moins disposer des informations essentielles sur toutes choses, la science actuelle est en train de se remettre en question. De plus en plus de spécialistes admettent que leurs connaissances, bien que croissant de façon exponentielle sont encore bien lacunaires et incertaines. D’abord on a perdu la matière solide à laquelle on croyait jusque là dur comme fer. Einstein et quelques autres ont lancé le pavé dans la mare. Et si tout n’était pas comme on le croit ? Et si tout n’était qu’apparence déterminée par notre propre niveau de perception ? Et si le spectateur n’était que celui qui par son regard est en train de fabriquer un spectacle destiné à son propre usage ? Voilà qui est bien dérangeant et qui ne nous plait guère !

            Pourtant de nombreuses recherches, savantes et méthodiques, ont permis de répondre de façon de plus en plus précise et l’on a découvert quelle énorme part de subjectivité et d’interprétation personnelle était nécessaire pour s’imaginer vivre dans un monde solide, bien définissable et où tout peut être nommé avec assurance, prouvé et expérimenté par toute personne dotée de bon sens. Mais des gens un peu plus profonds, un peu plus curieux, ayant un peu moins besoin de se rassurer l’ont toujours su. La sagesse est sans doute aussi vieille que l’humanité. Le monde est infiniment plus subtil, enchevêtré et contradictoire que tout ce que l’on peut concevoir. Et surtout dès qu’on ose l’observer de plus près il se révèle paradoxal…Toutes les traditions sérieuses nous l’on dit, la raison ne peut jamais aller jusqu’au bout de ses recherches. Elle ne peut pas conclure. Vient toujours un moment où elle doit avouer son impuissance, face à la transcendance. Fort utile et indispensable à notre niveau de perception  elle se révèle insuffisante au-delà pour la simple raison qu’elle est limitée dans un monde qui ne l’est pas.

 

                                                                 Le Chesnay le 27 mars 2013

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

 

      225-Monts et merveilles

                                         "Monts et merveilles" - eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus ' 1975

 

 

Ce qui va suivre…

 

Pour le moment je n’en sais rien.

Patientons…On verra bien.

Tant qu’on a la santé !

 

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