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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 15:26

                         615-Les-bas-fonds-detail-2.jpg       615-Les bas fonds- détail 3  

                                                                         "Les bas-fonds" - huile sur toile - détails - 2012    

 

 

    Dis moi qui tu tagues

(première partie)


              A droite c’est la forêt de Fausse Repose. Bien aménagée et accueillante au promeneur. Habitée de grands chênes qui dressent fièrement leurs fûts dominant broussailles et arbustes. A gauche des petites maisons, certaines un peu délabrées, d’autres beaucoup plus pimpantes. Les styles sont divers. Tout cela s’est bâti au hasard, suivant les goûts et les fantasmes de chacun, mais l’ensemble est plutôt agréable. Paisible et reposant en tout cas.

              Mais voici qu’entre les deux est apparu un espace interlope, une sorte de no man’s land vertical, occupant la surface des murs d’enceinte enfermant les propriétés. Parfois en brique ou en meulière, parfois crépis ceux-ci ont paru alléchants à des artistes spontanés saisis par des pulsions protestataires ou enthousiastes, sportives ou xénophobes. Tout est bon pour s’exprimer sur un mur, des opinions politiques rudimentaires à l’affirmation tribale de groupuscules néo punk ou hard rock, en passant par la proclamation d’une sexualité désinhibée. Pipi, caca, facho, dodo…

              Enfin le fait est là, accablant. Une surface vide ne saurait le rester. Les murs sont là pour prendre la parole ou servir de média à une vitalité exacerbée. L’humanité libérée de bien des tabous hurle son impuissance à assumer sa liberté.

              Donc tout cela est fort laid. Comme un Dubuffet ou quelque autre œuvre d’Art Contemporain Officiel. Mais je me reprends, je vais quand même rendre hommage à l’inventeur de l’Art Brut. Car sans lui bien des œuvres sauvages faites par des artistes amateurs bricolant sur un coin de table de cuisine ou dans leur garage seraient morts à tout jamais négligés. Obscurs et ignorés. Car il est vrai que parmi tout ce bric à brac, il y a des choses étonnantes. Pas forcément très habiles ou raffinées mais témoignant d’un enthousiasme et d’une créativité sauvage qui ont aussi leur prix.

              Mais mon errance aux lisières du bois a fini par m’amener à la gare Rive Droite, celle qui ouvre le chemin de la capitale en vous débarquant à Saint Lazare. La ligne est secondaire et l’ambiance paisible, tout au moins à cette heure où les foules qui sont parties travailler à Paris ne vont refluer que plus tard vers leurs résidences banlieusardes.

              Doucement le train s’ébranle. Il a tout son temps. S’infiltrant dans des tranchées, passant sous des ponts et des souterrains, longeant des jardinets de banlieue et des entrepôts déserts. Il va s’arrêter ponctuellement à chaque gare, avant de repartir sans hâte jusqu’à la station suivante. Le temps semble immobile. Il est froid et pluvieux. Il a un arrière goût de province.

              Tout serait calme et paisible, mais voila que sur chaque pan de mur qui défile derrière les vitres sales surgissent des flashes visuels violents et agressifs. Des tags sauvages souvent énormes, gratuits, totalement injustifiés. Et tout y a droit : une cabane pour ranger les outils du technicien de surface, un poteau indicateur solitaire et non concerné, les toilettes au bout du quai et même une camionnette de dépannage. Seuls les feuillages des marronniers y échappent, mais pas leurs troncs qui depuis longtemps ne sont plus gravés de cœurs et de prénoms entrelacés.

                                                                                 à suivre…

 

                                                          Le Chesnay le 11 février 2013

                                                          Copyright Christian Lepère

 

615-Les-bas-fonds--detail.jpg

                                                "Les bas fonds" - huile sur toile - détail - 2012

                                       

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 08:22

65-Amazone-------------------46-x-38-cm.jpg

                                                                          "Amazone" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

 

 

Au cœur de nos poubelles

 

            Oui, c’était bien une chaîne de vélo qui s’échappait de la poubelle. Pendant négligemment de sous un couvercle remis à la hâte, elle semblait faire un clin d’œil au chercheur solitaire qui explorait ce lieu désert. Ce n’est pas qu’elle fût rutilante ou qu’elle tentât de le séduire par sa finesse. Non, elle était plutôt terne, un peu rouillée, pas en possession de tous ses maillons, mais c’est justement cette modestie non feinte qui l’accrocha. Enfin de l’authentique ! Du quotidien qui a vécu, du condensé de vraie vie avec de vrais gens. De quoi enrichir l’œuvre de sa vie, ou au moins d’une tranche de sa vie qui était loin d’être terminée et qui s’annonçait féconde.

            Voilà bientôt six mois qu’il hantait les arrières cours et leurs sinistres couloirs d’accès, six mois qu’il s’introduisait au pied des immeubles les plus vétustes et les plus grisâtres. Ceux justement où il n’y a pas de portier avec code pour en interdire un hypothétique accès.

            Il tira sur la chaîne avec douceur, peut-être pour l’apprivoiser ou comme on fait avec un chat méfiant. Elle ne résista pas. Maillon après maillon elle se révéla à ses yeux faisant surgir à sa suite d’autres trouvailles. D’abord ce fût un lambeau d’étoffe grossière mais bordé d’un fin lacis de dentelle qui lui faisait comme une collerette. Puis un vieux préservatif exténué baignant dans son jus…Puis un porte-clé orné d’une vieille photo jaunie, dernier souvenir d’un ancêtre fauché jadis à Verdun à la fleur de l’âge. Puis une clé. Puis une brosse à dents qui malgré son âge avait encore presque tous ses poils.

            Il n’en attendait pas tant. Il était comblé. Son œuvre pourrait s’enrichir en se diversifiant avec tant d’apports, de témoignages et de preuves de l’infinie richesse des accumulations aléatoires dont seul le gaspillage effréné de la croissance a le secret. Le destin lui souriait, son projet se réalisait et c’est toute sa vie qui avait repris sens. Enfin, las des errances, il avait un but : créer son œuvre, donner chair à un concept et qui sait, un jour, voir sa démarche reconnue et authentifiée par les élites ou au moins leurs représentants les plus respectés. Un jour, prochain peut être, il pourrait installer son accumulation dans quelque galerie cotée, non loin de l’aura prestigieuse du Centre Pompidou ou des foules du monde entier pourraient venir se recueillir en hommage. Ivresse du créateur. Triomphe de la modernité. Beaubourg était son but. Beaubourg était sa joie.

            C’est que sa démarche ne manquait pas d’ampleur. Après avoir envisagé les grandes questions philosophiques : la vie, la mort, le vide et le plein et avoir vainement tenté de les maîtriser par l’intellect, il avait enfin compris que le plus sûr était de laisser parler les choses elles-mêmes. L’art chosal, le document brut, l’irréfutable quotidien, celui que tout le monde fréquente en le foulant aux pieds. Lui au moins saurait réparer l’injustice et donner la parole au banal négligé. Car enfin l’objet le plus humble est un témoin accablant de ce qui nous attend : la naissance et la mort, la gloire et le déclin, l’être et le néant.

            Sa récolte terminée il s’en retourna chez lui en prenant l’autobus, laissant derrière lui tout le fond de la poubelle où gisaient encore, obscurs et ignorés un rasoir à lames interchangeables, un pot de confiture au contenu moisi, quelques vieux numéros de Playboy définitivement hors d’âge et, tout en dessous, deux serpillières mal séchées et une quantité de petits objets en plastique de formes, de couleurs et de textures variées, mais tous à moitié fondus pour d’obscures raisons.

            Mais il fallait rentrer, reprendre son souffle et faire le point avant de revenir demain. D’ailleurs, qui sait ? Le contenu de la poubelle serait peut-être entièrement réactualisé, remplacé par d’autres accumulations tout aussi riches, tout aussi proustiennes avec leur charges affectives et leur puissance d’évocation d’un passé obsolète et jetable.

            Mais c’était sans compter sur Hermeline. A peine était-il sorti qu’elle arriva. Fraîchement diplômée des Beaux-Arts de Carpentras, elle aussi était arrivée dans la capitale avec des projets flamboyants. Rompre avec le passé. Repartir sur des bases plus exaltantes et explorer avec audace la permissivité contemporaine. Tout est possible ! Pourquoi tergiverser et se mouler dans le conformisme d’avant-gardes sclérosées. Tout a été fait donc tout reste à faire. Place à la créativité.

            Son projet à elle était plus féminin, tout en parfums languides et fragrances enivrantes. Ce qu’elle récupérait n’était ni plastique, ni visuel, mais beaucoup plus évanescent. Un vieux coton plein de mercurochrome distillant ses relents de pharmacie. Des pelures de pommes pourries dont les sucres s’alcoolisent. Des vieux tapis caoutchouteux à l’odeur de fourgonnette. Voilà ce qui comblait ses narines et faisait chavirer son âme. Elle récoltait donc inlassablement tout ce qui pouvait se humer. Ses trouvailles enfermées dans une multitude de petits sacs en plastique pour éviter tout mélange malencontreux    et préserver la pureté initiale.

            Son projet était grandiose. Investir un haut lieu de L’Art Contemporain pour y construire un labyrinthe de tôles ondulées formant des successions de volumes aléatoires à géométrie variable. Ensuite y installer tout un système de glissières permettant de faire coulisser des tiroirs de taille adéquate suivant les caractéristiques des contenus et enfin par ce biais  de permettre au visiteur attentif de se noyer dans les effluves et les émanations qui en profitaient pour s’exhaler librement. Le tout interactif comme il se doit dans notre post modernité militante. Le côté artisanal et désuet du choc affectif de la petite madeleine de Proust appartenait bien à un passé révolu, même si l’on ne pouvait qu’honorer la mémoire de ce précurseur qui avait bien compris l’importance des saveurs et donc aussi des parfums dans l’élaboration de nos fantasmes nourris d’un passé qui nous est cher. Hermeline était là et il n’y avait plus qu’à attendre qu’elle prenne les choses en main, libérant l’amateur béotien de ses pesanteurs affectives et de ses conditionnements sociologiques.

                   Donc, sans le savoir elle chassait sur le même terrain que son  possible complice involontaire et ignorant de ce que le destin était en train de tramer.

            Mais comment cela va-t-il évoluer ? Votre inquiétude est légitime et j’en prends bonne note ! Mais l’avenir est toujours indécis, tant qu’il ne s’est pas réalisé. Alors, vont-ils se rencontrer ? Au détour des poubelles leurs destins vont-ils se croiser ? Y aura-t-il rencontre, choc frontal ou coopération harmonieuse ? Complicité et réalisation de projets plus vastes, plus multi disciplinaires ? J’avoue n’en rien savoir. Mais le hasard sait ce qu’il fait ou en tout cas fait semblant de le savoir et arrive à nous en convaincre.

            Alors à quoi bon s’inquiéter ? Le monde est vaste et mystérieux. Et il s’y passe des choses étranges. Attendons donc. D’   ailleurs les Hautes Autorités Compétentes ne laisseront certainement pas passer un tel amalgame de convergences significatives. Nous voilà bien loin de l’urinoir de Marcel Duchamp, honnêtement révolutionnaire en son temps. Mais un peu dépassé pour lors. Au-delà du concept déconceptualisé, au-delà de l’abstraction la plus irrémédiable revenons avec bonheur au concret, à ce qui sent, à ce qui mijote, à ce qui remplit nos poubelles, enfin en un mot au quotidien de notre humanité. Pour l’art et la culture on avisera par la suite, quand la crise sera terminée et qu’on aura les moyens de faire des choses plus rassurantes, voire plus politiquement correctes. Mais, comme disent nos amis anglais : « demain est un autre jour ».

 

                                                                     Le Chesnay le 27 janvier 2013

                                                                     Copyright Christian Lepère

 

 

La suite...

 

Le progrès fait rage

Les murs prennent la parole

Et leur clameur devient assourdissante !

La prochaine fois je vous dirais :

« Dis moi qui tu tagues ? »

 

 

61-Les-marionnettes.jpg

                                                                        "Marionnettes" - dessin à la mine de plomb - 27,5 x 39,5 cm - 1984

 

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 09:47

                            140-L-ame-du-monde--jpg

                                                    "L'âme du monde" - dessin aquarellé - 47 x 35 cm - 1995

                                                                   

 

Perte de repères

 

            Après avoir perdu ses illusions, voilà qu’il commençait à perdre ses dents. Pourtant il s’y attendait. C’est à un âge encore vert que la vérité lui avait été dévoilée sans grand ménagement par son dentistes puis par un stomatologue et d’autres spécialistes tous plus spécialisés les uns que les autres.

            « Eh bien vous n’avez pas de chance, vos gencives se résorbent attaquées par le tartre, cernées par des micro-organismes proliférants et pathogènes. Elles se défendent tant bien que mal. Elles gonflent. Elles se débattent. Elles font de la résistance. Hélas le mal est filtrant et petit à petit elles perdent du terrain. Non protégé l’os sous-jacent qui les supporte se résorbe à son tour. Vous n’avez pas de veine et c’est sans doute congénital. Vous êtes programmé pour… Dans quelque temps il vous faudra des appareillages amovibles et puis à terme un dentier. Mais vous savez on en fait de très performants et esthétiques. Et au moins vous n’aurez plus de problèmes ». C’est dur à trente cinq ans de s’entendre dire ça, mais il faut faire avec.

            Trente cinq ans plus tard et après de nombreuses péripéties, car bien entendu des solutions alternatives s’étaient révélées, même si elles n’étaient pas trop connues et même si elles étaient soigneusement occultées par les praticiens du tout venant, le voici qui commence enfin à perdre ses dents. Tout cela est anecdotique car on peut très bien vivre sans ou décider de se livrer à un implantologue qui au prix fort vous installera de discrètes prothèses plus vraies que nature.

            Pour l’anecdote je vais me permettre maintenant une petite digression qui en dit long sur les progrès techniques, ainsi que des mentalités dans ce domaine. La voici toute crue : Un très vieil ami à moi, un de ceux qu’on a presque connus en culottes courtes m’a récemment révélé une vérité inattendue. Ses parents que j’ai bien connus pendant de longues années, personnes joviales et accueillantes portaient des dentiers. Et je n’en avais jamais eu le moindre soupçon. L’histoire était simple et d’une logique accablant. Monsieur M., le père avait une dentition exécrable. Il décida donc vers la quarantaine de tout faire arracher. Solution courageuse et définitive. Mais comme il avait des principes et de la suite dans les idées, il avait décidé séance tenante que les dents de son épouse, bien qu’encore de qualité acceptable risquaient d’entraîner des complications  sans fin dans un avenir indéterminé. Il lui suggéra donc d’imiter son exemple et de tout faire remplacer par une prothèse. C’est ce qu’elle fit, car à cette époque une bonne épouse, mère au foyer, tenait encore compte des souhaits de son seigneur et maître.

            Par la suite monsieur M. était mort, mais son épouse fidèle, envers et contre tout, continue son chemin de vie à un âge plus que respectable et peut continuer à mastiquer paisiblement.

            Mais le destin suit son cours. Imperturbablement. Pour votre édification il se charge d’organiser un habile parcours d’obstacles dans le but louable de vous aguerrir en vous testant. Donc, après ses dents  et quelques autres détails négligeables, voilà qu’il venait de perdre son âme sœur.

            Âme, vous avez dit âme ? Qu’allez vous donc chercher là ? La science nous l’a bien dit et démontré preuves à l’appui, rien de tel ne saurait exister ! Il serait temps de perdre ces croyances obscurantistes en quelque réalité éthérée et impalpable survivant à notre anéantissement. Sorte de placebo pour lutter contre l’horreur du néant qui attend notre personne biologique.

            Certes, mais malgré tout d’autres scientifiques tout aussi savants, respectables et nobélisables au courant des dernières avancées dans leurs disciplines de pointe commencent à montrer des signes de perplexité. C’est que la matière, si solide et si rassurante dans notre quotidien n’est peut-être pas tout à fait aussi sûre et prévisible que ce dont on voulait se persuader. En réalité elle se dérobe sournoisement et plus on l’observe moins on la trouve. De scanner en microscope à balayage électronique, d’investigations par résonance magnétique en micro chirurgie au laser  on est en train de découvrir la terrifiante subtilité de ce qu’on prenait pour du concret palpable et consommable, de la viande et des os. Et puis au fait, nous disposons d’un corps biologique indéniable, mais n’avons-nous pas aussi une vie intérieure ? Des pensées ? Des émotions ? Des souvenirs ? Et tout cela est bien difficile à constater objectivement en disséquant un cœur ou en pénétrant une boîte crânienne même par les moyens les plus inattendus et miniaturisés. Enfin on peut toujours observer. C’est d’ailleurs ce que font les scientifiques dans leurs laboratoires avec des outillages d’une ingéniosité sidérante Ce qui devrait permettre de dévoiler des phénomènes au moins aussi subtils qui  avaient, jusqu’à présent, échappé à notre entendement grossier.

            Je ne sais si vous me suivez, mais vous pouvez toujours faire semblant. Je parlais donc d’âme sœur. J’entends par là le complément d’un être humain qui en s’incarnant et en devenant ainsi homme ou femme a en quelque sorte perdu l’autre moitié de lui-même qu’il est désormais condamné à rechercher inlassablement à l’extérieur pour se retrouver complet et content de l’être. L’incomplétude est le moteur des relations humaines.

            Certes le corps est fort utile pour cette recherche et cet accomplissement, mais il a tout à y gagner car sans cela il ne serait qu’un cadavre tiède, une masse de protoplasme toute occupée à se maintenir en vie et à proliférer. Qui a dit : « L’homme est un animal, capable de transcendance… » Je suis prêt à offrir un porte clé orné de ma photo à toute personne qui pourrait m’éclairer. Car ma culture a des lacunes. Donc, d’avance merci.

            Maintenant, si vous ne savez pas et n’êtes pas capable de m’apporter quelques lumières, ce n’est pas trop grave. Car nul n’est parfait et je ne saurais vous en tenir grief.

            Allez en paix ! Une excellente semaine à vous et à vos proches.

 

                                                           Le Chesnay le 18 janvier 2013

                                                           Copyright Christian Lepère

 

150-L-annonciation.jpg

                                     "L'annonciation" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1987

 

 

Et après ça ?


Place à la créativité !

Les limites du possible reculent sans cesse

comme l’horizon qui semble fuir

à mesure qu’on s’en rapproche.

Nous avons tous les droits,

même celui d’être idiot

et débile !

De quel droit voudriez vous m’en empêcher ?

Non mais !

« Au cœur de nos poubelles »

attendra votre visite

la prochaine fois.

 

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 12:13

555-Traces-de-palette-61-x-

                                                            "Traces de palette" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2008

 

 

Confidences d’un électron libre

 

          Le texte suivant correspondant toujours à mes convictions actuelles n’a subi aucune modification, bien que je ne sois plus enseignant d’arts plastiques depuis quelques années.

 

            Circulant entre les cimaises d’une exposition à laquelle je participe, il m’arrive parfois de plonger mon interlocuteur dans la perplexité. Inévitablement l’honnête homme (ou femme) qui est en train de contempler l’un de mes tableaux finit par me poser quelques questions, d’abord sans en avoir l’air, puis de façon plus ouverte. Pertinentes ou naïves ces interrogations méritent réponse et suivant l’humeur je m’y emploie soit avec un sérieux professoral, soit de façon plus ludique.

            La première des préoccupations de l’amateur d’art est de classer ce qu’il voit dans le registre de ses connaissances. Face à une œuvre il se demande très légitimement à quoi on peut la rattacher. Quel courant pictural ? Quelle forme de créativité ? Quelle école ? Qui donc l’artiste fréquente-t-il et quels sont ses tenants et ses aboutissants ? A quoi rêve-t-il et que veut-il me signifier qui puisse intéresser le contemporain que je suis, avec le bagage culturel qui est le mien ?

            Dans mon cas, tout naturellement, devant la bizarrerie des sujets représentés, on commence par parler de surréalisme, d’imagination, de délire et de rêve. On me parle de Salvador Dali, on me questionne sur Jérôme Bosch et l’on me presse d’avouer une connivence avec Gustave Doré et une complicité avec Breughel. Honnêtement, je commence par acquiescer car je ne saurais nier la dette  due à ces créateurs d’envergure, à ces rêveurs de haut vol dont l’altitude me rend très humble.

            Parfois, cependant, plongeant au cœur du sujet et faisant fi de toute anecdote, je me présente comme un peintre abstrait. Stupeur, consternation, surprise amusée… L’honnête homme est-il en présence d’un farceur, d’un contestataire soixante-huitard encore convalescent ou de quelqu’un qui tout simplement déraille et se libère des concepts en les renvoyant à leur néant ?

            Je me dois de vous rassurer. Si mes tableaux représentent bien un monde magique avec une grande précision, ce que je ne saurais nier, il n’en reste pas moins que je suis avant tout un peintre. C'est-à-dire un artisan qui ne se veut ni illustrateur, ni naïf descripteur porté sur l’anecdote. A mes yeux la peinture est avant tout musique visuelle, harmonie de formes, de couleurs et de rythmes et pour cela elle n’a en principe nul besoin de se référer au monde « réel » si cher à nos sens.

            Quelque peu porté sur la métaphysique, il me convient d’envisager le monde non pas comme une collection d’objets et d’êtres, mais comme l’infinie mouvance d’un esprit qui « imagine » les formes et les situations. Si j’étais croyant, j’irais jusqu’à dire que Dieu n’a pas créé le monde mais qu’il est en train de le rêver. De toute éternité.

            Cette vision n’est ni naïve, ni idéaliste et je ne connais que trop, par expérience, la dureté du sol en cas de chute à vélo et la douleur cuisante éprouvée par le maladroit qui s’écrase le doigt à coup de marteau après avoir raté son clou.

            L’eau mouille, le feu brûle et les trains n’arrivent pas tous à l’heure, pour des raisons qui leur sont propres, tout à fait contingentes et indiscutables. Je vis comme tout un chacun dans un monde déterministe où les causes produisent des effets, heureux ou pas, selon mon appréciation du moment. Il me reste d’ailleurs quelques factures à régler et je crains bien qu’un joint de robinet ne soit à changer dans la salle de bains. Mais mon propos est sérieux et je ne voudrais pas m’en laisser détourner par quelque boulon mal serré.

            De tous temps et en tous lieux l’art a été considéré comme une recherche d’harmonie, de beauté et de cohérence. Magique, religieux ou profane, il n’a jamais été gratuit et a toujours répondu au besoin humain de transcender la mort et l’absurdité. Même si les styles et les techniques ont varié énormément. Même si certains arts anciens nous paraissent de prime abord déroutants ou effrayants ! Il n’en reste pas moins que leurs auteurs avaient des intentions positives.

            De tous temps et en tous lieux ? Sauf au 20° siècle où l’esprit humain atteint de mégalomanie galopante a voulu affirmer sa liberté en faisant systématiquement le contraire et en recherchant la laideur et l’incohérence avec un acharnement admirable.

            Hors temps et loin de l’agitation du siècle j’ai suivi mon chemin. Je ne sais si le résultat est convaincant, mais mon intention a toujours été d’atteindre un plus haut degré d’organisation, de cohérence et d’harmonie et à cet égard, l’équilibre d’un tableau est infiniment plus important que les détails qui le composent. Les scientifiques savent bien qu’il y a des émergences inattendues et que, notamment en biologie, une entité organique à partir du niveau cellulaire est beaucoup plus que la somme de ses parties.

            L’utilité d’une œuvre est donc d’être un « organisme vivant » témoignant d’un ordre supérieur. C’est aussi vrai pour la musique que pour l’architecture qui peuvent être des formes d’art sacré. Vrai également pour la plupart des productions humaines qui ne soient pas strictement utilitaires. Si une oeuvre n’indique pas la direction de la transcendance, elle est tout à fait vaine et se situe au niveau de l’élucubration, du gadget et de l’installation chère à nos élites actuelles.

            Donc abstrait je suis et resterai. Mais la complémentarité onde –particule qui seule peut actuellement rendre compte aux yeux des physiciens de la nature « ultime » de la matière, m’autorise  a être à la fois esprit et matière, rigueur et fantaisie, abstraction et vie foisonnante. Tout en conservant en prime la légèreté facétieuse de l’électron libre.

 

                                                                      Le Chesnay le 27 mars 2000

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

556-Au-pays-des-taches-61-x

                                                                                              "Au pays des taches" - huile sur toile - 61 x 50 - 2008

 

 

Affaire à suivre

 

Après ces affirmations péremptoires et définitives

laissons place au doute :

« Pertes de repaires »

Vous renseigneras à ce sujet

                                                   la prochaine fois.

 

 

                                                                    

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:50
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 09:05

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                                                                "Lolita" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2004

 

 

Marilou et Zarathoustra

  

              « Je ne suis pas d’ici. Je ne suis pas d’ailleurs ! Le monde est ma patrie et je parcours mes terres inlassablement. Foin des autres et de leurs prétentions. Je suis ici chez moi ! ». Ainsi parlait Zarathoustra. Non ! Non ! Pas l’ancien, pas le personnage mythique, pas le héros dont le père est mort fou après avoir tué Dieu … Celui-ci est plus modeste, issu de la classe moyenne, doté de talents discrets et cultivé comme tout un chacun, c'est-à-dire fort peu. Pourquoi se cache-t-il derrière ce pseudonyme éblouissant ? Lui seul le sait. Pourtant sa modestie est manifeste et il n’attire guère l’attention. Son vrai nom est Jean-Pierre selon l’état civil  et Martin son nom de famille. Malgré tout ce jour là, la fin du monde s’étant passée pour le mieux, il se retrouva désoeuvré.

              Ainsi les bras ballants et la démarche aisée il allait le nez au vent. Evitant les voitures en traversant la rue, se gardant de marcher sur les excréments canins, lorgnant les rondeurs tressautantes de quelque jeunesse pratiquant son jogging matinal, dépassant la progression tremblante d’un retraité louvoyant d’un bord à l’autre du trottoir guidé par son chien, il atteignit les grands boulevards. De là il pourrait continuer à traverser Paris, passant d’un quartier à l’autre, d’une atmosphère paisible à une agitation vaine, d’un sérieux provincial à une fébrilité de ville  hyper active.

              Installée à une terrasse Marilou sirotait son petit café. Face à la gare Saint Lazare d’où sa copine devait surgir pour la retrouver afin de lui confier ses dernières confidences sur les péripéties de son prodigieux destin. Le terminal des voies de banlieue se dressait dans toute sa splendeur imposante ; masse de pierre de taille et de métal toute consacrée aux départs et aux arrivées depuis les plus lointaines banlieues. Parfois l’endroit était désert ou presque, si ce n’est un ou deux s.d.f. installés dans leur misère. Et parfois c’était la foule, compacte, bariolée, surgissant comme un troupeau de buffles affolés. A y regarder de plus près la masse se diversifiait et chacun révélait sa nature, ses préoccupations et l’urgence plus ou moins grande des raisons de sa présence en ce lieu de passage obligé. Certains même traînaient la patte ou bloquaient avec leurs valises l’impétuosité du flot. Qu’importe il fallait passer coûte que coûte pour ne pas rater le bus ou voir un taxi vous échapper.

              Et Marilou simple spectatrice se laissait submerger par l’énormité du spectacle. Certes ses pensées sérieuses ou futiles venaient bien interférer avec les sons et les couleurs qui l’assaillaient sans cesse. Mais il lui suffisait de fermer les yeux pour y mettre un terme ou de se brancher sur son portable pour quitter ce monde échevelé. Soumise au spectacle elle pouvait quand même y échapper, mais sans y rien changer.

              Pendant ce temps, de boulevard en boulevard, Jean-Pierre finit par se retrouver dans la proximité de la gare Saint Lazare. Coupant court par quelques ruelles, évitant le flot des grandes artères, il finit par passer devant la terrasse d’une brasserie. Parmi les touristes installés, une jeune personne très contemporaine appelait sur son portable en regardant la gare juste en face d’un œil distrait. Attendait-elle quelqu’un ? Jean-Pierre n’était pas concerné et passa outre en se dirigeant résolument vers. le terminal ferroviaire. C’est qu’il était temps de rentrer chez lui.

              Arrivé enfin à son studio et à son pseudonyme, Zarathoustra se brossa les dents, bu une tasse de thé au jasmin et alla s’installer sur son zafu. Adepte de la méditation à tendance transcendantale il consacrait une partie de ses loisirs à l’investigation intérieure. Voulant en savoir plus sur le pourquoi du comment il se laissa donc couler dans ses propres profondeurs. Comme d’habitude il y parvint. Un court instant. Puis le cirque mental reprit avec son zapping incessant. Des pensées surgissaient, futiles, des émotions et des états d’âme, inopportuns, des images, subliminales et le carrousel des associations sémantiques les plus débiles  telles que : « J’en ai marre – marabout – bout de ficelle – selle de cheval… »

En gros le tout venant, comme d’habitude. Trahi par l’hyper activité de ses neurones il avait beau se dire : « Je ne dois pas penser…Je ne dois pas penser…Je ne dois… » Force lui était de constater qu’il pensait qu’il ne devrait pas penser…

              Marilou commençait à s’impatienter. Déjà de nombreuses cohortes avaient surgi de la sortie de la gare. D’importance et de composition variée, elles trahissaient peut-être la provenance de ceux qui les composaient. Mais le monde est tellement mêlé, comment s’y reconnaître à coup sûr ? Alors : la Garenne Colombe ? La Celle Saint Cloud ? Ou plus loin ? Sa copine venait d’Asnières. Ou plutôt ne venait pas en tout cas dans l’immédiat.

              Désoeuvrée elle était forcée de constater que ni ses pensées, ni ses désirs n’étaient à son service. En fait elle les subissait. Et si par mégarde une opinion politique ou un fantasme fripon se manifestait elle ne pouvait que constater sa présence, comme on constate l’infinie variété des programmes en zappant sur la t.n.t. Du moins peut-on choisir sa chaîne si l’on connaît les programmes. Hélas dans sa tête il n’y avait pas de programmes, pas de « Télé 7 Jours » imprimé sur du papier, indiscutable et concret. Soumise à l’improvisation sauvage de ses circuits neuronaux elle ne pouvait que les voir passer…

              Sur son zafu Zarathoustra s’impatientait. Au lieu de se calmer ses pensées les plus anodines devenaient obsessionnelles, ses pulsions de timides devenaient impératives. C’est clair, il n’était pas maître en sa demeure. A quoi bon continuer ? On ne lutte pas contre un tsunami. On fait le mort ou on se lance à la recherche de quelques distractions. Aller au cinoche ? Ca coûte cher ! Ecouter Léonard Cohen ? C’est sombrer dans la nostalgie… Alors quoi, l’alcool ? Play boy ? Le loto ? L’évasion vers des cieux plus cléments ? Il décida de repartir à Paris. La grande ville saurait bien le prendre dans ses bras.

              C’est ainsi qu’il débarqua à nouveau à Saint Lazare. D’un pas ferme et décidé il traversa le parvis, contourna la coupole translucide qui abrite l’entrée du métro, jeta un vague coup d’œil aux grisâtres valises empilées sur ce lieu par Arman pour égayer l’endroit et donner aux foules des références contemporaines avec la bénédiction du Ministère de la Culture. Puis il traversa la place, évitant de justesse un autobus avant de passer devant la brasserie où il glissa malencontreusement sur un sac en plastique. Déséquilibré il se raccrocha comme il put à l’une des petites tables qu’il entraîna dans sa chute.

              Marilou sursauta violemment, son portable lui avait échappé. Juste au moment où sa copine lui apprenait que le petit chat était mort et que cette triste occurrence avait bouleversé ses projets. Non, elle n’irait pas à Paris et elle le regrettait vivement. « Enfin à un de ces jours, à plus… ».

              Marilou aida Zarathoustra à se relever, ignorant qui il était. Non, rien n’était cassé, plus de peur que de mal… « Allez je vous offre quelque chose pour vous remettre ! » Il accepta tout confus puis entama la conversation. Des points communs se révélèrent bientôt. Une certaine sensibilité écologique et peut-être des préoccupations communes quand à l’avenir de la sociologie analytique et des conséquences néfastes du néo-libéralisme.

              Allons, pour le moment tout va bien. Laissons les faire plus ample connaissance. C’est au destin de donner suite si il le juge souhaitable. Dans l’immédiat laissons les devenir bons amis et puis qui sait, avec  le sage conseil des annonces matrimoniales du « Chasseur Français » peut-être en arriveront-ils au stade du « Et plus si affinités… ».

 

                                                          Le Chesnay le 29 décembre 2012

                                                          Copyright Christian Lepère

 

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                                            "Propos choisis" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2003

 

 

La semaine prochaine

 

Quelques considérations sur la créativité

et l’élaboration d’œuvres d’art.

Ecrit en mars 2000 ce texte ne m’a pas paru devoir être modifié.

Le voici donc tel quel :

« Confidences d’un électron libre »

 


 

 

 

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 16:40

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                                                     "Serial killer en activité" - huile sur toile - 51 x 45 cm - 2012

 

 

L’amer destin du serial killer

 

            Lui il était serial killer. Chacun son truc que voulez vous. C’est tout petit qu’il avait commencé à trouver sa voie. D’abord de façon discrète, par approches successives il avait progressé à petits pas, lentement et sûrement. Comme tous les grands destins le sien avait pris son temps pour se dessiner et s’affermir.

             D’abord le joyeux poupon potelé qu’il était à l’époque s’était montré coopératif. Il avait faim ? On le nourrissait. Il avait besoin de contacts physiques, qu’on l’embrasse et qu’on lui fasse des papouilles ? Pas de problème, maman était là et y pourvoyait. Et toute la famille formait un cercle rassurant et amical. C’est quand même mieux de ne pas être seul face à l’adversité.

            Mais il avait ensuite grandi et découvert le vaste monde, les objets inertes qu’on peut manipuler, les animaux plus réticents à se laisser faire et enfin les humains décidément moins coopératifs. Il avait donc exploré et expérimenté ce qui était bon signe si l’on veut un jour pouvoir assumer son destin en adulte responsable. Surtout il s’était penché sur ce qui était à sa portée. Encore petit il avait donc découvert le monde fascinant des insectes, juste à sa hauteur.

            Avouez que c’est amusant d’arracher une patte à une sauterelle. Et instructif. Comment va-t-elle se débrouiller avec celle qui lui reste ? Il est évident que si je lui arrache les deux il ne se passera plus rien. Le résultat sera donc décevant. De même si je plonge des cancrelats dans de l’eau chaude. Les voilà qui agitent leurs petites pattes en tout sens en s’agglutinant et s’entrechoquant. Bien sûr certains sont déjà morts et inertes, mais au moins le spectacle est vivant, plein de mouvement et d’exubérance. Si l’eau avait été bouillante le spectacle aurait été beaucoup plus court. Intense peut-être mais tellement frustrant. Quoi c’est déjà fini ?

            Les empereurs chinois, gens avisés et pleins d’une sagesse immémoriale avaient tout compris. Si vous exécutez un condamné à mort (condamné par vos soins, il va de soi.) séance tenante et sans préavis, la chose n’est guère intéressante. Pas de spectacle, c’est l’ennui assuré. Mais non, rassurez vous on peut avec un peu d’ingéniosité et de savoir faire prolonger le divertissement .D’abord on sait que le corps humain résiste aux agressions de façon peu raisonnable et qu’il faut insister. Si pour provoquer le trépas une seule flèche suffit, il faut qu’elle soit ajustée en plein cœur. Sans ça c’est moins efficace et ça peut durer. Ainsi donc, si vous vous y prenez bien, vous pouvez enlever au coupable, ou au supposé tel, un tas de choses qui dépassent sans engager son pronostique vital. Vous pouvez lui couper le nez, les oreilles, les ongles avec des tenailles et même lui ouvrir le ventre si les conditions d’aseptie sont respectées scrupuleusement. Vous pouvez même dans un grand élan de compassion le soigner, lui permettre de récupérer pour pouvoir le lendemain poursuivre vos expériences scientifiques qui vont faire progresser  la connaissance médicale et enrichir le savoir humain. On le fait bien avec des rats, avouez qu’avec quelque chose de plus complexe et de plus sophistiqué vous allez en apprendre plus. C’est tout bénéfice pour l’avenir de la domination du bipède vertical sur tout ce qui est moins évolué. Et les retombées collatérales peuvent être positives. Au moins on connaîtra les point faibles de l’ennemi et l’on pourra combattre les prédateurs qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes. Aux larmes citoyens !

            Mais je m’égare…Le sujet est si vaste et le temps passe si vite.

            Donc il était devenu expérimentateur et curieux de tout. Mais il commençait à se poser des questions. « Qu’est- ce que je fais ici ? » « Pourquoi j’existe ?» « Et après tout qu’est-ce qui m’intéresse ? ». Il y a des bonnes et des mauvaises choses, c’est sûr ! Les bonnes ? Celles qui me procurent des satisfactions ! Les mauvaises ? Celles qui m’ennuient…Il avait donc remarqué très vite que dominer ses semblables, leur faire peur, en un mot les manipuler  pouvait être grandement distrayant. Comme, en plus, les autres ont souvent horreur de ça le jeu n’en devient que plus amusant. C’est donc vers le crime et les sévices qu’il s’orienta tout naturellement.

            D’abord commençons par le commencement. Malmener ses petits camarades c’est banal. Maltraiter les animaux, enfermer le chat dans le four de la cuisinière ? On s’en lasse assez vite. Ah ! Violer les petites filles ? Intéressant ! Mais difficile avant la puberté. Pas grave…on attendra. Mais en attendant on peut toujours leur tirer les cheveux et leur pincer les fesses. Au moins on aura l’air normal.

            Puis il avait grandi et forci et était devenu plus savant. Donc plus apte à réaliser ses desseins Assez ouvert et dénué de préjugés sclérosants il avait donc pu se laisser aller à l’improvisation. D’abord il avait remarqué que la victime peut se présenter d’elle-même, aimablement. La joggeuse qui court dans les sous-bois, le jeune toxicomane totalement défoncé sont des bénédictions, des pousse-au-crime délectables. Il n’y a qu’à se baisser pour ramasser. C’est comme si ils le faisaient exprès. De même la mère de famille qui rentre tard le soir parce que les circonstances l’ont amenée à aller chercher du secours pour ses enfants. Je n’insisterai pas sur le cas des s.d.f. parce que vraiment ils le cherchent. Coucher sous une tente en plein hiver le long du périphérique et aller ensuite se plaindre parce qu’on vous a planté un canif rouillé entre les omoplates et que sans l’intervention du SAMU vous auriez attrapé le tétanos…Voyons soyons sérieux !

            Certains cas se révélèrent plus pittoresques. Ainsi cette concierge (eh oui, il y en a encore…) sauvagement agressée derrière les poubelles et qui n’avait survécu que par la grâce d’un chien chasseur de rats qui en hurlant avait réveillé tout l’immeuble. Ou la péripatéticienne qu’il aurait pu égorger tranquillement si elle ne s’était pas cassé un talon aiguille qui s’était coincé dans une plaque d’égout, provoquant ainsi sa chute qui avait attiré un promeneur nocturne  totalement indésirable pour la réalisation de ses vœux.

            Mais j’ai l’air pessimiste. Je dois donc dire pour respecter pleinement la vérité que à part quelques échecs ses projets avaient été souvent couronnés de succès. A trente ans son palmarès était plus qu’honnête et l’on songe à tout ce qu’il aurait pu faire si le destin ne l’avait pas trahi.

            Un jour donc il s’est fait prendre en flagrant délit. La police l’avait rejoint. Il passa en jugement. Il fut condamné car son avocat, timoré, n’avait pas compris toute la grandeur de sa motivation : devenir le centre du monde, prouver qu’il était le plus grand criminel que la terre ait jamais porté. Plus grand que Landru, plus grand que le docteur Petiot, plus grand même que Fantômas !

            Et c’est ainsi qu’il termina sa vie à Fleury-Mérogis, à un âge avancé. Totalement oublié par les médias. Amer et déçu. Alors si vous n’êtes pas une brute insensible macérant dans sa bonne conscience de petit bourgeois étriqué ne l’oubliez pas complètement. Même si il est redevenu anonyme après avoir auparavant porté un nom à coucher dehors.

 

                                                                 Le Chesnay le12 août 2012

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

                621-Serial-killer-retraite-46x38.jpg

                                  "Serial killer retraité" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2012

 

 

La semaine prochaine

 

Etrange époque que la nôtre.

Certains voudraient le mariage pour tous

alors que cette institution semble en grand péril

et atteinte d’obsolescence.

Pourtant

le masculin et le féminin continuent

De se rencontrer

et parfois de coopérer…

 Mais vous en saurez plus avec : « Marilou et Zarathoustra »

 

 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 17:17

 

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                                                                "Palais fracassés" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2000

 

 

La fin du monde

et autres aléas

 

            La fin du monde n’a pas eu lieu. Pourtant le 12/12/2012 paraissait assez propice, sinon favorable. En tout cas ça sonnait bien ! Mais Paco Rabane nous avait déjà déçus après nous avoir fait miroiter un beau cataclysme, grand public et démagogique à souhait, méritant pour le moins un honnête succès d’estime. Enfin, c’est partie remise. Le 21 décembre 2012 sera-t-il plus favorable ? Les Mayas c’est du sérieux, de l’ésotérique. On devrait pouvoir leur faire confiance.

            Hélas ! Eux aussi se sont plantés. C’est à désespérer de tout. Alors qu’on touchait au but, qu’enfin on allait voir la fin de la crise par annihilation totale et définitive. Une solution élégante et sans bavure. Mais le destin n’aime pas la simplicité. Il ne peut s’empêcher de tout compliquer et d’emberlificoter des solutions inadéquates et pleines de suites complexes et à rallonge. C’est le karma universel diraient les esprits distingués. Et après tout c’est nécessaire si l’on souhaite que la belle histoire des « Mille et une nuits » ne s’arrête pas prématurément. Encore un peu, encore un petit peu…Encore une belle histoire grand-mère…C’était au temps jadis, au temps du vieux vieux temps, bien avant le déluge, quand les loups hantaient la forêt profonde…

            Marilou était contente. Délurée et satisfaite elle avait pu mener à bien sa petite virée parisienne. De sa banlieue verte et dorée, à l’ouest, elle avait tout prévu. D’abord prévenir ses amis et prendre date pour jouir du comité d’accueil puis prévoir son parcours et les horaires adéquats.

            A l’aube une petite marche à pied salutaire et revigorante dans les rues au charme désuet et provincial de Versailles. Puis le train de banlieue qui de halte en halte chemine le long de la vallée entourée des bois de Fausse Repose. Après Saint Cloud la vue devient panoramique et c’est tout Paris et ses abords qui s’étendent  en moutonnant vers d’autres banlieues, d’autres lieux ou la vie s’écoule dans son quotidien. Au loin la tour Montparnasse dresse son béton vertical en écho à la tout Eiffel, fière silhouette au métal acéré. Et c’est le moutonnement des toits et l’étendue des entrepôts. Un cimetière aligne ses tombes au long du quadrillage de ses allées. Ici repose. Ici repose. Ici repose… Enfin on l’espère car le train surplombe bruyamment l’endroit en longeant des murs tagués à mort, des hangars désaffectés voués à la célébration de rites néo contemporains, squattés par des S.D.F. et décorés d’hommages convulsifs à Elvis ou au salafisme. Enfin la Défense et à nouveau des murs tagués et surtagués. Plombés à mort. Des murs qui ont pris la parole mais qui hurlent en bégayant. Des surbookés de la communication. Des informateurs véhéments d’une effroyable ambiguité contradictoire. Des porte- paroles du chaos.

            Enfin Marilou atteint la capitale. Après avoir retrouvé ses amis et déjeuné chinois elle va pouvoir papoter et refaire le monde. Savoir enfin si son projet de tatouage discret et tendance sur la cheville est valable ou déplorablement has been. Si il lui convient de se recomposer avec son ex qui vient de réemerger après un stage d’entraînement quelque part en Afghanistan. Bronzé et prêt à imposer les justes vues de la charia à une humanité décadente infidèle au Prophète.

            Avouez que tout cela mérité réflexion, qu’il faut peser le pour et le contre et que l’action impulsive peut déboucher sur des lendemains qui ne chantent guère.

            Enfin Marilou décide de réintégrer son havre de paix, sa résidence haut de gamme avec portier électronique. Adepte des transports en commun elle décide de revenir par un autre trajet. Du plateau de Vanves ont peut rejoindre Versailles Chantier, comme si l’on venait de Montparnasse.

            La voilà donc devant le distributeur automatique. Elle introduit les pièces nécessaires et le billet tombe. D’un pas assuré elle se dirige vers le portillon automatique et introduit le billet. Tiens, il est refusé ? Nouvel essai. Nouveau refus. Essayons à côté… Refus également ! Le billet n’est pas valable ! Elle aborde des jeunes un peu désoeuvrés qui ne comprennent pas trop. Mais si ! Le plus vieux vient d’examiner la chose de près et a constaté que c’était un  billet de grande ligne. Elle retourne au distributeur, voit un billet qui attend et constate que c’est le bon. Voilà, le précédent avait été oublié par quelqu’un. Elle peut donc retourner vers le portillon composteur. Et ça marche ! Dans l’enthousiasme elle se dirige vers le quai sans même vérifier les horaires des trains prévus.

            La direction est bonne. Le prochain train ira à Sèvres Rive Gauche. Ce n’est pas le bon. Patientons. Le suivant va aussi à Sèvres. Pas grave ! Ah !  « Le prochain train ne s’arrête pas, éloignez vous du quai ! Danger ». Oui, mais le suivant également ! Et le suivant ! Encore un pour Sèvres Rive Gauche. Et le temps passe et il fait froid. En sens inverses les trains se succèdent. Tous vont à Paris Montparnasse pour la plus grande satisfaction des usagers.

            Après une très longue attente Marilou commence à douter. Certes c’est une petite gare qui n’est pas desservie par tous les trains, mais quand même…Elle se résout donc à ressortir, annulant son billet et perdant 2 € 80. Un rapide coup d’œil en coin lui confirme l’horreur, au panneau d’affichage aucun train n’est prévu dans l’heure qui suit pour Versailles Chantiers. La preuve est accablante : en fin d’après midi les trains pour cette direction partent tous de Montparnasse et ignorent superbement la petite gare du Plateau de Vanves. Et, ironie du sort, sous ses yeux sont passés plusieurs trains trop pressés d’arriver là où elle voulait aller.

            Il ne lui reste plus qu’à aller à pied à la lointaine station de métro qui lui permettra d’atteindre la gare St Lazare avant d’être emmenée à Versailles Rive Droite, comme elle l’avait fait en sens inverse le matin même. A nouveau petite promenade dans les petites rues provinciales de Versailles, noyées d’une obscurité hivernale.

            Et c’est ainsi que Marilou, bien lasse et pas très gaie se retrouve dans son appartement résidentiel. Après un repas léger elle va pouvoir se blottir devant sa télé, la toute puissante télécommande à la main. Enfin elle va pouvoir avoir des nouvelles du monde et de ses aléas. En tout cas une seule chose est certaine, ni pendant son déplacement ni pendant son absence la fin du monde n’a eu lieu parce qu’enfin, même si il lui arrive d’être un peu distraite et même si les informations ne sont pas complètes il reste invraisemblable qu’un semblable événement ait pu être occulté ou ignoré délibérément par des médias qui, il est vrai ne nous disent pas toujours tout.

           

                                                                 Le Chesnay le 22 décembre 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

181-En attendant la rouille                "En attendant la rouille" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1973

 

Et la suite… ?

 

Le crime et l’abomination, ça vous tente ?

Le temps est grisâtre.

L’hiver traîne son ennui.

Un peu d’adrénaline ça ne se refuse pas…

Alors à bientôt pour :

« L’amer Destin du Serial Killer »

 

 

 

 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 08:35

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                        "Jean qui grogne, Jean qui rit et Paulette qui s'en fout" - Huile - 46 x 38 cm - 1999

 

 

L’AMI  MITTERRAND

 

            Il se prénommait François et Mitterrand était son patronyme. Et c’était un brave homme comme vous et moi. Partageant notre commune nature humaine nous ne pouvons qu’éprouver de la fraternité pour le sept milliardième d’humanité qu’il était et qui nous tendait un miroir pour nous voir tout nus.

            Excellente occasion de démêler le vrai du faux et de réaliser l’ambivalence de notre propre nature. Pourtant l’homme politique qu’il était semble illustrer une partie seulement de ce qui nous constitue. Après tout nous ne sommes pas tous assoiffés de pouvoir et prêts à toutes sortes de compromis pour avoir l’illusion de tirer les ficelles du jeux. C’est que nous nous connaissons fort mal et que nous n’avons de nous qu’une vision étroite et quelque peu idéalisée. Dès les premiers balbutiements nous apprenons à négocier, à faire semblant et à marchander à l’insu de notre plein gré comme disait Coluche. C’est qu’il n’est pas facile de s’identifier à une modeste personne physique, en l’occurrence un bébé vagissant, tout en conservant l’indéracinable certitude d’être ce qu’il y a de plus important au monde. L’ambivalence n’est certainement pas confortable et va nous pousser ensuite à bien des acrobaties pour ne pas perdre la face.

            Mais revenons en à François Mitterrand homme politique. En tant que tel et ayant été distribué dans le rôle du « Sauveur du Monde élu au Suffrage Universel » (Quand même !) il ne lui restait plus qu’à faire profiter les autres de ses lumières, quitte ensuite à tenir compte des aléas. Ni plus ni moins que le général de Gaulle ou Nicolas Sarkozy ou même le très « normal » François Hollande. Et puis il y a le pouvoir et la douce ivresse de se dire que c’est grâce à nous que les choses iront mieux et que l’erreur funeste sera dissipée.

            Donc Mitterrand était humain pour le meilleur et pour le pire. Il s’est donc beaucoup menti à lui-même avant de mentir aux autres. Comme vous et moi, ni plus ni moins. Tous égaux à cet égard. Tous irrémédiablement égarés dans le labyrinthe du monde et prenant notre vessie pour une lanterne.

            Mais après cet un peu long préambule, je voudrais vous faire part d’une réflexion que je dois au susnommé François. Je ne sais plus où j’ai pris connaissance de cette phrase qui lui était attribuée et qui prouvait sa perspicacité mais je sais qu’elle m’a plongé dans de profondes réflexions. Il aurait donc dit ce jour là : « Les hommes ne sont ni noirs, ni blanc, ils sont gris… ». C’est évident mon cher Watson, comme aurait dit Sherlock Holmes ! Cependant après réflexion je n’ai pas pu m’empêcher de compléter. Voici donc ma version, provisoire et non définitive : Les hommes sont parfois blancs, parfois noirs, le plus souvent gris et en plus il leur arrive d’être rouges ou verts, quand ce n’est pas indigo, vous savez cette nuance entre le bleu et le violet que seul un œil attentif  et sensible aux nuances identifiera sans hésitation.

Ainsi tout est relatif, complexe, enchevêtré et contradictoire. Je me souviens du jour où sur France Inter j’ai entendu l’interview de la fille de Staline qui est encore vivante. Reconnaissant honnêtement les crimes de son père et les déplorant, elle avait quand même ajouté que de sa petite enfance elle conservait le souvenir attendri et émerveillé de la petite fille que son papa moustachu faisait sauter sur ses genoux. Ca ne s’invente pas et j’ai eu assez récemment la révélation des peintures d’Adolf  (Hitler, vous voyez de qui il s’agit ?). J’ai aussi appris qu’après avoir tenté vainement d’entrer aux Beaux-Arts, intéressé par la peinture et l’architecture, il avait été profondément dépité de n’être pas admis. Quand à ses peintures, de petites aquarelles ma foi assez habiles, comme on en faisait tant à une époque où un peintre était supposé savoir peindre, elles étaient plutôt sympathiques. Le genre de choses qu’on peut avoir au dessus de sa table de chevet sans faire de cauchemar et qui peut même être agréable à l’œil.

            Et Mitterrand dans tout ça ? Et bien, savez-vous ? Il est mort ! Comme les milliards d’êtres humains qui l’ont précédé sur cette planète. Sans compter tout ceux qui vont suivre et qui présentement sont en train de se livrer à des activités diverses, certains manipulant leurs semblables et d’autres manipulés, à moins que ce ne soit l’inverse. Mais comme l’a dit un scientifique : « si, il y a eu Big Bang il y a bien longtemps on n’a plus qu’à attendre le Big Crunch qui suivra inévitablement et qui mettra fin à tous nos petits problèmes ». En attendant faites bien attention, le temps commence à fraîchir, même si c’est normal à cette époque de l’année.

 

                                                                   Le Chesnay le 22 septembre 2012

                                                                   Copyright Christian Lepère  

 

               236-Le-yin-regarde-passer-le-yang--27-x-22.jpg

                "Le yin regarde passer le yang" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 1993   

 

 

ET LA SUITE…

 

Mais je crois que le sujet vous accroche

« La fin du monde », ça mérite attention !

Alors c’est promis

La semaine prochaine

Vous saurez tout (ou presque) sur cet événement

Qui nous concerne tous.

 

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:50

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                                             "Métamorphoses" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1961

 

 

PROPOS CHOISIS SUR UN SUJET DE LONGUE HALEINE

Texte écrit pour la Médaille d’Honneur de Gravure

Salon des Artistes Français 1991

 

 

               Intégrer le détail à l’ensemble : voilà un grand projet dont je n’étais pas très conscient quand je m’appliquais vers les onze ans sur de patientes miniatures. Le nez collé sur le papier,  la respiration bloquée, je m’acharnais à mettre au point des réalisations dignes de mes rêves. Bien sûr je copiais quelque peu tout ce qui me tombait sous les yeux : Mickey, la Joconde, Blanche-Neige et les sept nains. Mes vues étaient vastes, frôlant l’universel…J’allais jusqu’à faire de faux timbres, aux dentelures découpées avec des ciseaux à ongle et dont l’un que je n’hésitais pas à m’expédier à moi-même fut authentifié par le cachet de la poste qui fait foi, comme on sait. Puis je perdis un peu cette belle candeur. C’est vers seize ans que, alors élève aux Arts Appliqués j’ouvris par hasard quelques livres sur l’estampe. Je connaissais déjà vaguement Dürer et Breughel et soudain je découvris véritablement leurs œuvres. Mon horizon s’en trouva déployé. Il ne restait plus qu’à passer à la réalisation technique. Le matériel, somme toute assez simple, ne posa pas de gros problèmes. Mon père, fabricant de tuyaux de poêle put me fournir de l’acier. Je m’habituais si bien à ce matériau que trente trois ans plus tard je l’utilise encore exclusivement.

               J’avais une plaque vernie, un clou soigneusement affûté, je pouvais commencer à graver. Après quelques tentatives sur le vif, je m’orientais rapidement  vers l’imagination pure. En cela je n’ai guère changé et, si il m’arrive d’ouvrir un dictionnaire ou une encyclopédie pour vérifier à toutes fins utiles la silhouette de le tour Eiffel ou le nombre de pattes d’un crabe, le plus souvent les sujets fantastiques permettent de compléter ce que l’on ignore.

               Après avoir découvert Bresdin et Piranèse et bénéficié des conseils de Jacques Houplain, graveur dont le mérite égale la discrétion, je commençais à mieux connaître les graveurs fantastiques actuels : Mohlitz, Brigitte Solberg, Desmazières  et bien d’autres dont l’esprit est proche et la technique parfaitement maîtrisée.

               Depuis je n’ai jamais cessé de pratiquer un domaine qui me convient si bien. Avec le temps, bien sûr, viennent quelques modifications. Ainsi l’aquatinte n’apparut qu’au bout d’une quinzaine d’années, apportant un moelleux, une atmosphère qui m’intéressaient d’autant plus que je commençais à imprimer chez moi.

               Ceci dit, il est temps maintenant de revenir au préambule où je parlais de façon un peu abrupte d’intégrer le détail à l’ensemble. Mais quel détail et quel ensemble ?

               Toute réalisation graphique est le résultat d’un équilibre entre d’une part : une composition, une structure, ce qui correspond au squelette d’un animal, et d’autre part ce qui va habiller, compléter,enrichir cette structure de base. Tout est là dans la subtilité de cet équilibre mouvant, insaisissable, imprévisible dans son perpétuel remaniement. Un peu trop de détails et c’est la surcharge gratuite. Pas assez et c’est la sécheresse, le manque de sève, d’inspiration. Entre les deux il y a l’œuvre vivante, celle qui allie la rigueur de la croissance végétale à la gratuité de son débordement.

               Mais tout cela ne s’explique guère. Entre la richesse et la surcharge, entre la simplicité et la pauvreté, l’écart est infime et seul l’instinct s’y reconnaît.

 

                                                                         Le Chesnay septembre 1991

                                                                         Copyright Christian Lepère  

 

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                                                        "Crépuscule vénitien" - Eau-forte imprimée sur Arches 32,5 x 50 cm - 1972

 

 

ET LA SUITE?

 

Revenons aux choses sérieuses

les affaires du monde nous attendent

des drames se nouent

puis se dénouent.

Rendons hommage à ceux qui tentent d’y mettre bon ordre !

Rendons hommage à « L’ami Mitterand ».

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