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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 08:35

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                                                    "Au coin du feu" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1986

 

 

La petite feuille de papier gris

 

              Ce matin là j’étais maussade. Mal réveillé je descend mes quatre étages avec ma petite carriole pour aller au ravitaillement. La vie a ses contraintes mais, Dieu merci le Super U n’est pas bien loin et une petite marche dans la fraîcheur matinale va m’être salutaire. Mais le destin veille. Il est prêt à tout pour me rappeler que le monde n’est pas un havre de paix. J’arrive en bas et sous mes yeux atterrés il y a au milieu du hall, propre comme il se doit car nous payons des charges, un papier gras froissé. Ce n’est pas une crotte de chien, mais quand même… Du bruit dans le local aux ordures signale la présence du technicien de surface. J’ai avec lui de bons rapports et nous nous saluons poliment. Devant le fait il m’explique que dès qu’il a le dos tourné des irresponsables en profitent. Il en a pris son parti et se baisse pour ramasser l’objet du scandale.

              Au verso c’est une publicité qui nous apprend que Mamadou Ben Machin, homme puissant, se fait fort d’assurer votre fortune au loto par des moyens infaillibles ou bien ramener votre épouse infidèle dans un délai de trois jours. Par ailleurs il peut aussi vous remettre en état sexuellement, ce qui sera indispensable sous peu. Très bien ! Voyons maintenant le dos. C’est tout gris et inintéressant. L’homme d’entretien en convient, ainsi que l’intendant de la résidence qui fait sa tournée de vérification matinale et deux voisines que leur destin a fait passer par là.

Mais voilà que Sherlock Holmes débouche de l’ascenseur. Après avoir rendu visite à sa cousine, celle la même qui l’a aidé dans l’enquête sur « Les mystères de la chambre jaune… ou rouge… excusez moi… et qui habite dans le studio du quatrième, porte face droite. Un peu désoeuvré mais toujours aux aguets il sort sa loupe pour examiner l’objet. Le côté «  Mamadou Ben Machin » le laisse indifférent. Il connaît. Mais en revanche le vide de la surface grise l’intrigue. Il scrute et après un temps un peu long il s’exclame : Mais c’est une trame d’imprimerie ! Trompés par nos sens ce que nous avions pris pour du gris est en réalité une surface blanche parsemée de petits points noirs. Aiguisant son regard il continue : « Par ailleurs ces points ne sont ni ronds ni carrés, ni de forme indécise…Ils semblent au contraire plus complexes et d’infimes différences les rendent comparables mais pas semblables. Peut être s’agit-il d’un alphabet ? Passant à la vitesse supérieure et aiguisant sans relâche son attention et sa perspicacité il sait qu’il approche du mystère. Ses yeux lancent des éclairs. Son souffle est plus court.

              Bien entendu les gens du commun se sont éclipsés. Le balayeur, l’intendant et les voisines ont à faire. Ils doivent assumer leur quotidien.

              Seul avec Sherlock Holmes je vais suivre son enquête. Armé d’une loupe surpuissante il distingue maintenant des lettres au cœur de chaque point. Ces lettres forment des phrases qui s’assemblent et se complètent. Et tout cela a un sens, transmet un message. Sherlock est formel : « Mon cher Watson, nous sommes en présence d’une version un peu ancienne du Coran et je vois à quelques modifications que ce n’est pas l’original. C’est une version remise au goût du jour pour permettre à Al Qaïda de justifier son activité. La Guerre Sainte c’est sérieux et si l’on donne la version soft, celle rédigée par le Prophète on ne va pas pouvoir pousser les adeptes au pire. Leur enthousiasme pour se faire exploser au milieu d’un car de ramassage scolaire risque de ne pas être à la hauteur de la noblesse de leur mission ».

              Alors il faut convaincre. Ainsi en notre époque post-moderne tous les moyens sont bons. Tous sont utilisables. Mais Mamadou Ben Machin est-il au courant ? Sait-il que ses innocents prospectus destinés à réconforter et à soulager les peines de ses contemporains servent aussi à prêcher la Guerre Sainte ? Pour légitime que soit cette dernière, il n’en reste pas moins qu’il est manipulé. De son plein gré ? C’est à voir. C’est aux experts d’en décider après analyse  psycho déductive tenant compte des facteurs sociologiques inhérents.

              Heureusement Sherlock est là et l’enquête est sa passion. Nul doute qu’il n’arrive à connaître les dessous de l’affaire.

              Je vais donc, le cœur tranquille pouvoir poursuivre mon chemin qui va me conduire tout droit au Super U pour y faire provision de filets de sole, de yaourts au fruits et de boîtes de langue de bœuf sauce madère.

              Mais je vois que vous avez l’air déçus. Comment ! on ne connaîtra pas le fin mot de l’énigme ? On ne saura pas si une fatwa a été lancée contre le technicien de surface qui par son zèle imbécile a condamné l’action terroriste la plus légitime à finir à la poubelle avec d’autres papiers gras ? J’en suis désolé mais après tout ce n’est pas mon problème. Et puis, peut-être qu’en écoutant Jean Pierre Pernaut sur TF 1 vous finirez par en savoir plus sur cette lamentable histoire. Heureusement nous sommes en démocratie et l’information circule librement même si elle n’est pas politiquement correcte.

 

                                                             Le Chesnay le 13 septembre 2012

                                                             Copyright Christian Lepère

 

      301-Landru-et-les-joyeux-ludions.jpg

                "Landru et les joyeux ludions" - eau-forte imprimée sur Arches 32,5 x 50 cm - 1981

 

 

ET LA SEMAINE PROCHAINE…

Rien ne vous sera caché!

Enfin un scoop sur l’actualité la plus brûlante !

Pouvoir et turpitudes

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 08:37

                              208-Vertige.jpg

                               " Vertige" - gravure à l'eau-forte - imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1974

 

 

Je n’en crois pas mes yeux

 

              C’est pendant mes études à l’Enset qu’on m’a piégé. On m’a tendu une feuille de papier sur laquelle figuraient deux schémas : un cercle et un rectangle en me précisant qu’il s’agissait de deux vues d’un seul et même objet. D’abord perplexité et tout à coup révélation ! C’est un cylindre ! Vu en bout et vu de profil à contre-jour…

              C’était tellement évident. Et voilà pourquoi l’humanité se débat dans des querelles fratricides sans cesse remises au goût du jour. Et cela depuis que le singe s’est fait homme. Ainsi deux scientifiques vont pouvoir se mesurer,  s’opposer, se contredire, lutter à mort, au moins symboliquement, opposant des arguments péremptoires et accumulant des preuves. Ils peuvent même faire des photos, documents irréfutables si il en est. « Vous voyez bien que c’est un rectangle ! » « Absolument pas, c’est un rond » (Pourtant ce n’est quand même pas un ovale, ce rond qui n’est pas carré…). Hommes de bonne volonté ils vont cependant chercher à s’entendre et commencer à négocier. Loin d’eux l’idée de se lancer dans des querelles byzantines pour savoir combien d’anges peuvent s’asseoir sur la pointe d’une aiguille. Cherchant malgré tout un compromis acceptable ils vont peaufiner les concepts et arriver à des formulations subtiles. Peut-être parviendront-ils à la notion de rond rectangulaire ou de rectangle non-euclidien. Je ne sais ce qu’en diraient d’éminents théologiens mais on peut leur faire confiance pour mitonner une théorie. Celle-ci dûment authentifiée par les autorités compétentes sera proclamée en tant que dogme pour finir par provoquer quelque belle guerre de religion, pleine de bruit et de fureur, source d’inspiration de tous les Shakespeare du monde.

              Passons… Nos sens nous trompent, c’est certain. Les illusions d’optique, nombreuses et souvent bien analysées sont là pour nous le rappeler. Mais un fait reste troublant. Savoir qu’on est en présence d’une illusion ne dispense pas de continuer à la percevoir comme si elle était réelle. Je pense à celle bien connue où deux lignes parallèles coupant un réseau de lignes rayonnantes semblent s’écarter au milieu. Prenez une règle et vérifiez…Oui, elles sont droites ! Mesurez attentivement…Oui, elles sont parallèles ! Et pourtant vous continuez à les voir s’écarter puis se rapprocher. C’est pas possible,  y’a un truc ! Seuls des scientifiques étudiant savamment les structures du cerveau, les câblages entre les neurones de l’aire visuelle et aidés par des calculs logarithmiques arriveront peut-être à déceler l’erreur, à comprendre pourquoi l’ordinateur s’emmêle dans ses circuits. Mais vous continuerez quand même à vous laisser leurrer.

              Le problème est que, en plus des illusions d’optique décelables et vérifiables, il y a aussi des illusions psychologiques encore plus redoutables parce que plus subtiles. C’est que là il ne suffit plus de mesurer avec son triple décimètre ou un compas, ou de soupeser, ou de découper en morceaux pour déceler l’imposture. Non c’est infiniment plus grave puisque dans ce cas l’observateur est tellement persuadé d’avoir raison qu’il n’hésitera jamais à se mentir à lui-même et dans la foulée à ses amis et à ses proches.

              Ainsi la paranoïa d’Hitler n’était pas foncièrement différente de celle de Napoléon, le panache en moins (quoique les Grand Messes  du 3° Reich à Nuremberg avaient quand même de quoi éblouir et impressionner des âmes un peu simples, ou même pas si simples que ça mais soumises à la pression psychique de la foule en délire). Tiens ! Voila déjà une illusion  de taille : se prendre pour une entité libre, autonome et raisonnable et ne pas remarquer qu’au sein d’une foule on est momentanément à la merci de la vague d’enthousiasme ou de haine  coagulée à cette occasion. Et qui pourrait prétendre y échapper totalement ? Le Grand Soir et les Lendemains qui chantent ont de quoi faire tourner les têtes. Et quand on voit des athlètes plutôt pacifiques pleurer en écoutant la Marseillaise qu’ils apprécieraient de façon beaucoup plus sobre dans des conditions moins exaltantes et surtout moins gratifiantes pour un ego boursouflé, on peut se demander où est passée leur lucidité. Mais c’est humain, on n’est pas des bûches ou des pierres. On a une âme et elle est toute frémissante.

              Ainsi l’Homme, mon semblable, mon frère semble ne pas avoir encore atteint le niveau de la très simple lucidité. Ou, comme disait Francis Blanche dans une petite histoire à sa façon : « Vous savez ce qui arrive à celui qui prend sa vessie pour une lanterne ? Il se brûle ! »

              Que veut le peuple ! Du pain et des jeux, surtout si les jeux sont grandioses et un peu cruels. Avouez que c’est plus stimulant d’assister à un grand brûlement d’hérétiques en place de Grève plutôt que d’assister à la remise des prix de l’école communale de Clochemerle-en-Beaujolais. Ou comme disait Louis onze en se frottant les mains : « Dieu merci nous avons suffisamment de sorcières pour alimenter nos bûchers. ». L’essentiel est d’en rester le spectateur bienveillant  et cependant intéressé. Je terminerai donc ce petit texte par un hommage à Néron qui lui, au moins, assumait sa vocation avec flamme. Paix à ses cendres. Et une très bonne journée à vous.

 

                                                                      Le Chesnay le 14 septembre 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

      322-Les-palais-du-delire.jpg

                           "Les palais du délire" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1983

 

La semaine prochaine

 

C’est promis

Vous aurez droit à la toute dernière enquête de Sherlock Holmes

En exclusivité !

Cette nouvelle vous sera communiquée sous le nom de code de « La petite feuille de papier gris »…

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 07:56

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                                     "Voila l'Automne" - Eau-forte - imprimée sur Arches 32,5 x 50 cm - 1974

 

 

Au-delà du Champ du Feu

 

      Dix degrés ce matin au thermomètre. Après la canicule voici venir l’automne. La chaleur accablante après avoir fait place aux ondées a replié bagages. Tout au moins pour le moment. C’est l’accalmie et voici que m’assaillent de très anciens souvenirs.

      C’était jadis, l’enfance et au-delà sans doute. Avec les premières brumes et le soleil déclinant reviennent les éclairages d’arrière saison dont les nostalgies ont toujours été pour moi les prémisses d’un ailleurs, d’un bien plus loin, d’un très au-delà.

      C’est là-bas derrière la colline, plus loin que les vagues bleutées des monts du Morvan. Plus loin que le Bois Monsieur où nous allions chercher du muguet. Plus loin même que le Champ du Feu  où, me disait-on des gens vivaient seuls au milieu des bois… Te rends-tu compte ! Tout seuls !

      Et voilà qu’en ce milieu d’Août le temps a basculé et qu’au plus profond je retrouve ces pays émerveillés de fin de saison.

      Jadis, il y a bien longtemps, quand j’étais petit, la rentrée était le premier octobre et septembre étirait ses brumes dorées  sur les vendanges. Et déjà je me sentais chez moi dans cette fuite du temps, dans cette fin de chapitre. Les jours raccourcissaient, allongeant les crépuscules. Moment paisible et nostalgique où tout se calme et se retire. Où même le clapotis s’apaise, faisant place enfin au silence. Profond et insondable. Magique. Merveilleux et parfois terrifiant, mais d’une douceur si déchirante.

         C’est là sans doute que tout a démarré à nouveau. Que le nouvel épisode s’est orienté vers la profondeur, qu’avant les longues errances dans le labyrinthe gris du quotidien j’ai eu un aperçu de ce qui nous attend là-bas, derrière les collines, si loin et si présent, brillant au plus clair du plus profond de ma nostalgie. Infiniment présent.

 

 

                                                                      Sermizelles  août 1994

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

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                                                                                            "La porte" - huile sur toile - 27 x 22 cm - 2007

 

Et la suite… ?

 

La nostalgie a eu sa part,

Maintenant on se calme, on resserre les boulons et on laisse l’esprit critique redresser l’oreille.

Vous aurez donc droit à un article de fond,

De ceux qui posent les questions qui fâchent.

Tant pis pour vous, mais après tout vous n’êtes pas forcé.

 

Une très très bonne semaine et à plus…

 

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 09:28

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                                        "Aux confins du monde connu" - eau-forte sur Arches 50 x 65 cm - 1985

 

 

OUI, mais quelle est la question ?

 

              Ce matin là il se leva. Comme d’habitude, sans doute, mais sans grand enthousiasme. Accablé par le gris de ses pensées et l’absence de l’une de ses chaussettes il commença à tourner en rond. L’appartement était exigu. Passant d’une pièce à l’autre puis de l’autre à l’une, il sentit la colère monter, le submerger et le prendre à la gorge. Enfin il fut rassuré. Là, sous le fauteuil la seconde chaussette, noire avec trois liserés blancs attendait qu’on lui portât attention. Enfin il pouvait engloutir son petit déjeuner à la hâte car le temps en avait profité pour s’écouler furtivement.

              Enfin repu et abreuvé il put sortir de chez lui, tout frétillant et rasséréné. L’ascenseur n’était pas en panne. Aucune odeur de friture ne vint faire frémir ses narines. Assoupi l’escalier reposait paisiblement dans sa cage, blotti sous son tapis rouge un peu défraîchi. Les marches déployaient leur spirale en direction des profondeurs ultimes de la cave et la concierge n’était pas dans les étages. De l’intérieur de la cabine il pouvait voir défiler les murs, derrière le vitrage opaque et les grilles en fer forgé.

              Après l’entresol il sortit, passa devant la loge, pressa sur le bouton et la lumière d’un beau jour de printemps l’accueillit. Il était libre ! Sous ses yeux la ville s’étendait, nombreuse et prolifique, avec ses amoncellements d’immeubles, ses rues tortueuses, ses vastes avenues. Au loin le Panthéon rendait hommages aux grands hommes à qui la nation était reconnaissante. Notre Dame adressait sa prière aux cieux et vers Barbès la vie grouillait, multicolore et polymorphe, ethnique et bigarrée. Plus loin vers l’Ouest on pressentait les espaces infinis qui, au-delà des banlieues dorées, menaient vers les étendues incommensurablement plates de la Beauce. Avec les flèches de Chartres s’élançant vers l’azur. Plus loin encore c’était la Normandie et ses vaches paisibles, le Cotentin plus plat et la Bretagne aux confins mystérieux des terres occidentales. Plus loin encore, tout au-delà l’Amérique et son rêve enfiévré.

              Après avoir tourné à gauche, puis à droite, remonté la ruelle en face il arriva sur une petite place cernée de becs de gaz. Au milieu posé avec noblesse à côté de la fontaine Wallace se dressait le kiosque à journaux. Fouillant dans la poche gauche de son anorak il chercha son porte-monnaie. Il y était ! C’est alors qu’un titre lui sauta aux yeux. Pas très gros mais d’une évidence incontournable. Là, sur la couverture de « Science et Vie » il lut : « Y a-t-il une vie avant la mort ? ».

              Déjà d’autres badauds frappés par l’urgence de la question commençaient à se rassembler. Cernant le kiosque leur masse inquiète se coagulait et formait bloc. Jusque là leur vie avait été plutôt paisible. Les aléas de l’existence pourtant nombreux et parfois préoccupants ne les avaient jamais frappés de plein fouet. Ils avaient vécu dans leurs certitudes, dans un monde complexe mais rassurant où l’on sait appeler un chat un chat. Deux guerres mondiales, mai 68, Fukushima, Sarkozy congédié pour aller faire du fric ailleurs, tout cela avait perturbé leur quiétude pour un instant. Mais sans plus.

              Or, maintenant on ne rigolait plus. La question vitale était posée, on ne pouvait plus l’ignorer. Il fallait agir ! Et vite ! Déjà un comité de quartier s’était formé, un président désigné d’office, un secrétaire sommé d’établir un rapport. Et tout un chacun se devait d’apporter un soutient inconditionnel. Police secours arrivait ainsi que le Samu convoqué hélas par erreur.

              Devant l’événement il s’était arrêté, figé sur place, toute pensée anéantie, tout mouvement paralysé. Et cela commençait à durer. Allait- on revivre la Commune ? Allait-on à nouveau s’entre déchirer pour des querelles d’opinion ? Car après tout la réponse à la question restait indécise. C’était une question et chacun se devait d’y répondre en son âme et conscience après avoir soupesé le pour et le contre. Des divergences allaient apparaître et des oppositions se faire jour.

              Alors à bout de force, vacillant dans ses certitudes il réussit à reprendre pied. Toutes ses forces mobilisées, dans un sursaut de tout son être il mit un pied devant l’autre, puis un autre, puis un autre. Enfin il atteignit la boulangerie. Là, d’une voix forte et assurée il s’adressa à Mélanie, jeune personne charmante et délurée et lui demanda sans hésiter « Une baguette bien cuite et deux croissants, s’il vous plait ! ». Comme d’habitude ? Rétorqua-t-elle d’un air taquin. Puis de sa démarche souple et lascive elle alla quérir la demande.

              Après avoir payé il sortit. Au loin s’étendait la ville. Ici était son destin. Alors il put rentrer chez lui. Ouf ! Il l’avait échappé belle !

 

                                                        Le Chesnay le 15  septembre 2012 

                                                        Copyright Christian Lepère 

 

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                                        "Merci pour le détour" - eau-forte imprimée sur papier Arches - 1980

 

 

Prochain épisode

  

Les grandes questions se posent, obstinément,

  l’arrière saison en profite pour déployer sa nostalgie.

Excusez moi si j’ai du vague à l’âme.

Ca va passer.

Alors rendez-vous pour

«  Au-delà du Champ du Feu »

Avant de reprendre avec des thèmes plus primesautiers. 

 

 

 

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 08:15

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                       "Boddhisattva compatissant" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1994

 

 

 

PAPY  FREUD

 

              Papy Freud est un brave homme. Né à une époque de triomphalisme scientiste il a eu l’immense mérite de poser des questions qui fâchent. L’époque n’était pourtant guère propice, l’homme considéré comme une créature raisonnable et civilisée devait pouvoir maîtriser ses instincts et n’utiliser ses pulsions qu’à bon escient. Tout ceci afin de faire bonne figure en société.

              Parfait. Mais la bête en nous réclamant quand même son dû, il ne restait plus qu’à se rabattre sur une juste guerre ou une révolution salutaire  si ce n’est sur la propagation dynamique des bienfaits de la civilisation pour éviter des débordements condamnables dans les contrées civilisées. Cela devait évidemment s’appliquer à tous, par souci d’humanité, fussent-ils des brutes sauvages survivant dans la forêt vierge. Et vivant comme des bêtes.

              Papy Freud était donc un pionnier. Avec courage et acharnement il n’hésita pas à aller explorer les profondeurs, farfouiller dans les méandres du subconscient et y traquer les horreurs qui s’y cachent. Tout cela dans le but certes louable de guérir des malades. Car les maladies psychiques, déjà graves en elles-mêmes sont tout aussi néfastes pour le corps biologique que pour le corps social.

              L’ambition était donc de permettre à quelqu’un qui fonctionnait mal  de retrouver le fonctionnement ordinaire jugé plus sain. (Mon Dieu, j’allais dire politiquement correct…Excusez moi, je me reprends…). Donc, en un mot, on soignait un ego malade pour en faire un ego sain. Ou à peu près, la perfection n’étant pas de ce monde.

              Pendant ce temps, comme tout ceux dont la tête dépasse de la foule Papy Freud avait attiré des élèves. (Mon Dieu, j’allais dire « disciples », je me suis arrêté à temps.) Plus jeunes, donc plus souples, bénéficiant des découvertes de leur illustre prédécesseur, il était normal qu’ils allassent plus loin. Ils ne s’en sont pas privés et l’histoire a pu continuer. D’ailleurs Papy l’avait bien dit lui-même : «  Il faut tuer le père pour devenir adulte. »

              Tout cela est bel et bon, cependant il faut quand même rappeler que Papy Freud n’a pas vraiment innové. Il a retrouvé à grand peine et en payant de sa personne ce que tout un chacun un peu sage savait depuis belle lurette. Je veux dire depuis les aurores de l’humanité. Toujours il y a eu des sages. Toujours ils ont poussé l’investigation vers les profondeurs de l’âme humaine. Et toujours quelques uns d’entre eux ont découvert l’ultime profondeur du monde et de l’humain. Les plus en vue ont été le Bouddha et le Christ mais la liste serait longue de tout ceux qui arrivés au même niveau se sont discrètement laissé oublier, n’ayant plus besoin de se justifier aux yeux de quiconque. Ce qui était aussi le cas du Bouddha qui ne prit la parole pour enseigner qu’après avoir été amicalement sollicité par des dieux amis.

              Venons en au vif du propos. Papy Freud est un thérapeute. Il se doit donc de soigner l’âme. Ce qu’il fait  très consciencieusement. Mais il lui manque un petit quelque chose un peu négligé à l’époque et ce n’est  pas du tout de sa faute. De quoi peut-il s’agir ? De Dieu ? Il est mort ! Nietzsche a fait le nécessaire. Mais on fait encore semblant d’y croire ne serait-ce que pour maintenir un ordre social. L’opium du peuple est encore  utile. Quelques dictateurs vont encore en avoir besoin. Ce serait cruel de les en priver.

              Alors quoi ? Voilà le mot est lâché : la transcendance. Et c’est un mot terrifiant parce qu’instantanément il remet l’homme à sa place. Le maître du monde, l’orgueil de la création redevient subalterne. Utile, certes et même un peu indispensable, il n’est plus qu’un maillon de la chaîne et l’on se demande parfois si il n’est pas le plus faible…

              L’homme n’est donc plus tout à fait maître de son destin (désolé Jean-Paul c’est pas de ma faute ! (C’est de Sartre qu’il s’agit…). La nouvelle est mauvaise  et elle a encore bien du mal à faire reconnaître sa véracité en ce vingt et unième siècle délirant où l’humanité très fière d’elle- même est en train de se suicider en sciant la branche sur laquelle elle est perchée.

              Le puzzle s’assemble. Le texte prend corps. D’abord Freud redécouvre le subconscient. Il soigne des névroses. C’est un peu comme si il renforçait la coquille de l’œuf, je veux dire de l’ego, car c’est elle qui va permettre à l’embryon de poulet de croître en toute sécurité. Jusque là tout va bien. Mais va surgir un petit problème : la période d’incubation terminée le poussin arrivé à maturité doit impérativement s’échapper de la coquille. Après avoir été une protection celle-ci devient un piège mortel. Comme le ventre maternel. Il faut maintenant s’en évader pour affronter le vaste monde. Si la comparaison est valide, la conclusion est simple. Devenus adultes, il nous reste l’essentiel à accomplir. Il nous reste à nous ouvrir de toutes parts pour accueillir la transcendance. Car elle ne peut évidemment pas se conquérir. Un peu d’humilité est ici nécessaire. Comment s’emparer de ce qui nous dépasse et nous contient ?

              Comme il se doit la réponse nous a été donnée depuis fort longtemps. Trois mille ans ? Quatre mille ? Et au fait, à Lascaux ils n’étaient pas déjà au courant ? En fait elle a toujours été la même, il n’y a plus qu’a renoncer à ses prétentions paranoïaques, à accepter sa place dans la nature, à tenir compte de lois naturelles incontournables. Parlerais-je d’écologie ? Le mouvement est bien le même. On ne réalisera sa propre nature profonde, totalement transcendante, qu’en acceptant ses limites et en tenant compte de tout le reste dont nous faisons partie intégrante.

              Si ceci est vrai, il reste à le mettre en pratique et c’est une tout autre paire de manches…Mais enfin, même si c’est long, même si c’est ingrat  et parfois décevant il faut y aller, sortir de la coquille ou y crever.

              Alors merci Papy Freud de nous avoir indiqué la direction et de nous avoir aidé à descendre les premières marches qui conduisent à la cave. C’est à partir des bas-fonds que l’ascension peut commencer. Un jour, depuis la terrasse nous pourrons contempler le ciel et, qui sait sauter dans le vide enfin « lâcher prise » comme disent nos amis zen.

 

              Et maintenant, paix à ton âme, même si toi tu n’y croyais pas.

 

                                                           Le Chesnay le 22 août 2012

                                                           Copyright Christian Lepère

 

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                            "La bande à Bonnot" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2010

 

 

LA SEMAINE PROCHAINE

 

En grande exclusivité vous aurez enfin la réponse à :

« Oui, mais quelle est la question ? »

En attendant pas d’inquiétude,

tout est sous contrôle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 07:56

327 Le grand arbre

                                  "Le grand arbre" - eau-forte - papier Arches 38 x 57 cm - 1984

 

 

JUSTIFICATION

 

              Pourtant le sujet prévu il y a deux semaines  était beau : « Oui, mais quelle est la question ? ». Mais la vie ne nous demande pas notre avis. Elle suit son cours comme d’habitude. Et il ne reste plus qu’à lui obéir. D’ailleurs elle sait ce qu’elle fait et si elle nous dépasse pour se rabattre en queue de poisson ce n’est sans doute pas sans raisons.

              Donc, rattrapé par les événements je vous offre un petit poème anodin mais qui peut-être en dit long. Qui sait ?

 

 

 

Le temps qui fuit, si lent

 

Ce n’est que la pluie

Qui dans la gouttière

Sur la terre entière

Coule sans répit.

 

Ce n’est que la pluie

Qui jusqu’à l’ornière

Du chemin de terre

Ruisselle sans bruit.

 

Mais dans le vallon au-delà du champ

Plus loin que l’après où va sinuant

Le sentier herbu, le chemin rampant

Tout entrelacé de ronces et d’épines

Tout enchevêtré, tout plein de racines.

 

Parmi l’herbe verte et les graminées

Et d’éternité en temps qui s’étend

Tout au long des heures et de la journée

Et jusqu’à la nuit au soleil couchant

Ce n’est que le vent

Ce n’est que la pluie

Ce n’est que le temps

Qui fuit

 

                                                            Le Chesnay le14 octobre 2012

                                                      copyright Christian Lepère

 

184-Le-fond-du-jardin.jpg

                                                                           "Le fond du jardin" - eau-forte - papier Arches 32,5 x 50 cm - 1973

 


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            Et la prochaine fois retour aux sujets sérieux avec « Papy Freud »  (intermède culturel)

A bientôt

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 08:06

220-Aléas de la conjoncture  "Aléas                       "Aléasde la conjoncture" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1975

 

 

Au petit jeu de pile ou face

  

                Chacun connaît ce petit jeu. Confrontés à un problème qui nous turlupine, incapables de choisir entre la peste et le choléra et souhaitant avoir la conscience tranquille on s’en remet au hasard.

                Après bien des tergiversations on lance une pièce en l’air et on attend, pas longtemps il est vrai. Parfois elle tombe sur pile, parfois elle tombe sur face. Il arrive parfois que, ô surprise, mais c’est infiniment plus rare, elle retombe en équilibre sur la tranche et y reste contre toute attente. Mais qu’est-ce qui lui prend ? C’est pas possible… Je dirais même plus, ça n’est pas raisonnable !

                Et pourtant…Ma main qui fait partie de ma personne est composée d’os, de chair, de sang et de tendons. N’oublions pas les ongles et les petits poils sur le dos de la main et les phalanges. N’oublions pas les empreintes digitales qui par leurs aspérités rugueuses vont retenir la pièce plus ou moins. N’oublions pas non plus la canicule qui rend ma main moite et glissante et, enfin, le coup de téléphone de tout à l’heure qui m’a appris la mort du petit chat et confirmé que Bachar el Assad se porte plutôt bien. Tout cela conjugué m’a rendu un peu nerveux et a perturbé mon équilibre psycho somatique plutôt satisfaisant d’ordinaire.

                La liste des causes nécessaires et suffisantes pour justifier le résultat final est déjà assez longue mais toujours pas exhaustive. Donc celui-ci n’est toujours pas prévisible. Je ne connais pas encore tous les paramètres.

                Ca me rappelle  ma petite école communale de la rue St Maur (Paris – onzième). C’est là qu’on nous tourmentait avec des problèmes de robinets, de baignoires qui fuient et de trains qui doivent atteindre la Garenne Colombes en temps et heure de façon certaine. Mais là on trichait honteusement. On offrait à notre sagacité un faux problème, conçu par un pédagogue logicien dont le but était de nous tourmenter alors qu’il était l’heure du goûter ou d’aller jouer aux billes.

                Ainsi donc un fait n’est prévisible que si l’on possède toutes les données pour le prévoir. Or, ma main lance la pièce, c’est la mienne, pas celle de ma sœur. On a déjà noté  que nombre de ses caractéristiques entraient en jeu. A notre niveau macroscopique évidemment. Si l’on considère maintenant que ma main est un assemblage de cellules, que chacune de celles-ci est une monstrueuse usine biochimique dans laquelle un nombre invraisemblable d’échanges de molécules intervient à chaque microseconde et que au niveau atomique puis sub atomique c’est encore bien pire et infiniment plus rapide, on commence à se demander quel super-méga-giga ordinateur pourrait calculer tout ça et en déduire une probabilité statistique vaguement vraisemblable.

                Ah j’oubliais ! Ma main lance la pièce. Celle-ci lui échappe. La voilà maintenant soumise aux lois physiques : la vitesse, le coefficient de pénétrabilité de l’air, la densité hygrométrique, la chaleur ambiante (qui peut aussi jouer sur mon moral) toutes variables qui ont maintenant leur mot à dire. Veuillez m’excuser mais j’oubliais l’interférence non négligeable des courants d’air…

                Enfin la pièce retombe sur le trottoir ou sur la moquette. Et à nouveau une infinité de variables vont imposer leurs lois. Parce qu’enfin ma moquette ce n’est pas la vôtre, achetée à St Maclou et qui a des qualités très supérieures à celles du trottoir pour le confort de la voûte plantaire. Si tel est le cas le résultat va se trouver infléchi. Avec l’absence de rebond sur ce support moelleux  les chances pour la pièce de se stabiliser seront beaucoup plus importantes, même si elles restent infinitésimales.

                Enfin, ma main, la pièce, la moquette et celui qui lit ces lignes avec une patience admirable font partie intégrante du cosmos. Et c’est grand  le cosmos ! Mais quand même organisé et cohérent. La science affirme que les lois physiques sont identiques sur Bételgeuse et Alpha du Centaure. Et bien au-delà sans doute…

                Allons, bonnes gens, j’en ai terminé pour aujourd’hui. J’espère que ces quelques mots ne vous ont pas trop perturbés. Laissez moi donc vous souhaiter un prompt rétablissement en attendant la prochaine intervention d’un incurable inquiet qui ne peut s’empêcher de se compliquer la vie. Car après tout c’est son problème et pas le vôtre.

 

                                                                          Le Chesnay le 27 août 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

260-Groupe hétérogène

                                        "Groupe hétérogène" - eau-forte - papier Arches:28 x 57 cm - 1978          

 

 

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Prochain épisode : « Oui, mais quelle est la question ? »

 

Ce qu’il advint à un pauvre homme confronté à cette angoissante question sera exposé en détail, bien que de façon non exhaustive dans la prochaine chronique de ce blog.

En attendant faites de beaux rêves !

 

 

 

J’ai l’honneur de participer

a une exposition de gravures collective

avec 28 grandes eaux-fortes

et de nombreuses petites :

 

Manoir-du-Mad-oct-2012.jpg

 

 

 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 08:14

85 Douceur du soir 46 x 38 cm

                                                      " Douceur du soir" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

 

Le zèbre et le poisson rouge

                                             ( La faucille et le marteau)

  

              J’aurais aimé vous tenir des propos raisonnables vous incitant à la réflexion. J’aurais voulu vous apporter mon aide pour faire face aux multiples problèmes du quotidien. L’intention était bonne, excellente même, mais hélas irréalisable.

              C’est qu’il ne suffit pas de vouloir, encore faut-il pouvoir. Et pour l’instant, après une nuit peu réparatrice, je me sens tout disjoncté, à côté de mes pompes, donc impropre à porter secours même en cas d’urgence. Aujourd’hui encore je ne serai pas le Sauveur du Monde.

              Mais il y a un titre en haut de cette page. Or, comme on sait, tout écrit est autobiographique. On ne parle jamais que de soi-même. Alors pourquoi le zèbre ? Je ne cours pas bien vite et c’était souvent la honte dans la cour de récré de ma petite école. Donc pour le zèbre ce n’est pas gagné d’avance. Reste le poisson rouge. Ah c’est mieux ! D’abord la couleur est belle, exaltante puisqu’elle a servi de fond en son temps à la faucille et au marteau, ces merveilleux symboles du labeur humain nous conduisant vers des lendemains qui chantent. Ensuite le poisson dans son bocal est un symbole métaphysique de la plus haute importance. Contre toute attente il signifie. Il signifie quoi ? Ca dépend de vous et de votre optique. Peut-être est-il le chercheur qui fait semblant. Tournant sans cesse en rond pour trouver quoi ? Et butant sans arrêt sur son propre reflet. Mais peut-être est- il aussi celui qui pressent que derrière la paroi de verre du bocal il y a autre chose, que le monde est plus vaste et que en insistant on y rencontrera autre chose que soi-même…

              Pour le moment il tourne en rond, inlassablement. Mais une nostalgie l’habite. Son âme n’est pas en paix. Il se sent même un peu seul. Il se pose des questions. Peut-être  est-il en train de rêver à un monde fabuleux, mirifique où toute technique apprise et maîtrisée au prix d’efforts déraisonnables il pourrait enfin taper des messages sur sa machine à traitement de texte avant de les envoyer à d’autres poissons rouges qui avec bienveillance les liraient attentivement.

              Mais ne rêvons pas trop. Il a été averti par les autorités chargées de gérer sa messagerie que même si il envoie un message avec accusé de réception et que celui-ci est dûment validé cela ne signifie pas qu’en outre il a été  « lu et compris ». Mais quand même on peut rêver et se dire que…Allons, bonne journée et portez vous bien, ça sera toujours ça de pris.

 

                                                                            Le Chesnay le 24 août 2012

                                                                            Copyright Christian Lepère  

 

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                                                              "Menu fretin" - huile sur toile - 65 x 54 cm- 1992    

 

                                              La SUITE au prochain numéro 

Rien n’est simple et tout se complique. Et quand trop c’est trop, il ne reste plus qu’à s’en remettre au hasard.

 Enfin, si il existe…

Le prochain article s’intitulera donc : « Au petit jeu de pile ou face » 

N’oubliez pas de vous faire vacciner contre la grippe, c’est gratuit !

 

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 07:09

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                                                 "L'escorte" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

 

Moi et la toute puissance

-en toute simplicité-

  

         Excusez moi, ce n’est pas un scoop. Tout le monde le sait, l’enfant qui naît est innocent. Bien sûr il a déjà des souvenirs de sa vie intra utérine et peut-être même plus anciens. Il est aussi équipé pour sentir et ressentir mais il ne sait pas bien quoi…D’ailleurs quelle que soit sa frustration il se met à hurler : faim, soif, chaud, froid, épingle à nourrice sournoise,  la réponse est toujours la même, instinctive et totalement involontaire. Comme l’animal il ne veut pas mourir, mais sans comprendre de quoi il retourne. Totalement dénué de concepts, donc de symboles, ignorant les possibilités d’un langage articulé, il est à la merci de tout. Mais il ne le sait pas.

         Pourtant il est conscient. De quoi ? De tout. Comme l’animal au premier degré, brut de coffrage.  Surtout il ne sait pas qu’il est limité. Pour lui les notions d’ « autre » et de « moi » sont encore  des hypothèses qu’il serait bien incapable de formuler. Donc il « est ».

         C’est d’abord à ses dépens qu’il va découvrir la dure réalité. Après l’agression du monde extérieur (mais il n’y a pas encore d’extérieur) il va  commencer à envisager l’impensable « Mais alors je ne suis pas seul …» D’abord avec maman qui n’est plus le prolongement biologique de son propre corps et qui ne manifeste pas toujours son accord avec l’autre qu’il est devenu.

         Au début tant que le corps et les besoins affectifs sont satisfaits tout baigne dans un bonheur parfait, une extase permanente, un bonheur indicible (Evidemment indicible puisque sans mots pour le dire…). D’ailleurs cela se voit. Il n’y a qu’à regarder un bébé qui repose béat et satisfait. Ca n’est pas sans rappeler le sourire du Bouddha.

         Et puis progressivement, parfois très vite, la situation se dégrade. L’ « Autre » apparaît et en face le « Moi ». « Moi-Je ». L’ego en termes plus pédants. Alors la traversée commence. Le paradis est perdu. Le Bon Vieux temps s’en est allé. Avec l’autre voici la dualité et l’opposition. Parce que l’autre peut être sympa mais pas toujours. C’est selon son humeur. Et il peut même devenir carrément pénible, odieux, insupportable, bon à jeter par la fenêtre. Maintenant il y a un territoire à défendre, des frontières à préserver à tout prix. Alors, l’attaque étant la meilleure des défenses, il ne reste plus qu’à se procurer des armes et peaufiner des stratègies. Ce thème ayant été abordé de façon exhaustive, fine, documentée et complexe par de multiples stratèges je m’abstiendrai d’entrer dans des détails qui d’ailleurs me dépassent complètement. Si vous avez le temps rendez visite à Machiavel et à Clausewitz qui vous attendent sur Wikipédia. Ils savent de quoi ils causent. Ils ont bien étudié la question.

         Dès ce jour tout est joué, le destin de l’humanité est tracé irrémédiablement. Dès qu’il y a un autre il est un ennemi potentiel et le meilleur ou la meilleure amie (Encore plus, paraît-il si l’on fait confiance à des documents accablants tels que l’émission télévisuelle « Les feux de l’amour » qui depuis bien des lustres et sur la deuxième chaîne dénonce les turpitudes sentimentales. Avec d’ailleurs très peu de succès. Mais c’est normal, on n’est jamais prophète en son pays…

         Chacun et chacune connaît la loi du balancier. Si il va loin à droite, il ira aussi loin à gauche. Vous avez pu le remarquer même si vous n’êtes ni Napoléon ni Nicolas Sarkozy, ni le plombier qui sait bien que plus on répare plus on se rapproche de la catastrophe finale. Ainsi, plus la marée monte haut et plus elle redescendra dans les heures qui suivent. Plus dure sera la chute.

         Et la toute puissance dans tout ça ? Pas d’affolement, j’y arrive. Que revendique le nouveau-né ? D’être totalement satisfait, de ne souffrir d’aucune opposition, de baigner dans le positif absolu. Fort bien mais il va être déçu.

         Devenu plus grand il va constater qu’il est bourré de désirs : de glace à la pistache, de sacs de billes et autres babioles parce qu’il lui manque quelque chose. Comme il n’est pas idiot il va tout naturellement en déduire que pour être heureux il faut pouvoir satisfaire tous ses désirs et n’avoir plus peur de rien. Il va donc s’y mettre mais constater très vite  que c’est sans fin et qu’il n’y arrivera jamais. Il va alors avec finesse devenir « raisonnable » (A sept ans paraît-il) et commencer à se mentir à lui-même, donc aussi aux autres, ça va de soi. En un mot il vient de s’engager dans l’engrenage diabolique, dans la quête épuisante et sans espoir. Il va chercher jusqu’à l’épuisement l’Absolu dans le relatif. Comprenant malgré tout que c’est impossible, car il n’est pas si idiot que ça, il va trouver un merveilleux substitut : le symbole, le support de projection.

         Depuis la collection de timbres, jusqu’aux médailles d’or des J.O. en passant par la drague sur internet et en arrivant à la conquête de la présidence de la république, tous les moyens seront bons pour tenter de satisfaire son besoin d’absolu sur un support plus limité mais, qui sait, peut-être accessible. Faut voir…le dictateur n’en a jamais assez, pas plus que le Don Juan ni même le collectionneur de porte-clés.

         Alors c’est sans issue ? Ca dépend mais en réfléchissant bien il  semble n’y avoir qu’une porte de sortie. Et si c’était d’abandonner  la toute puissance et de ne plus vouloir être le Maître du Monde ? Reniant Furax et Fantômas, jetant madame Thatcher aux orties et renvoyant Sarkozy se faire du fric dans le privé. Bien, on en parlera à Bachar el Assad et à Poutine. Peut-être aussi au voisin qui nous enfume avec son barbecue et ses relents de merguez grillées. Peut-être même à nos rejetons et à nos collègues de bureau et au technicien de surface qui entretient les allées du Super U. Ah, j’oubliais aussi les caissières mais on ne peut pas penser à tout.

 

                                                                      Le Chesnay le 25 août 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

204 Axis mundi 73 x 60 cm

                                "Axis mundi" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1992

 

LA SUITE 

         La semaine prochaine sous le titre  « Le Zèbre et le Poisson Rouge » je vous parlerai de Moi-Même. Toujours en toute simplicité. Sait-on jamais peut-être que ça parlera aussi de vous ? Il y a parfois des coïncidences curieuses.

                                                                  Alors à plus…

 

             

 

 

 

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 07:55

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                                  "Course folle" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1992

 

L’essentiel est de participer

 

              Jean-Paul est fier, il vient de faire caca tout seul dans son pot. Tout seul ! C’est maman qui va être contente. Surtout si l’on pense que dans vingt cinq ans après avoir progressé, fait face à des défis et des opportunités, il sera champion du monde de saut à la perche. Faisant rêver la jeunesse il s’élancera dans une course victorieuse, tel les chevaliers d’antan dans les joutes médiévales, sa perche pointée résolument vers l’avenir.

              D’un seul coup d’un seul il se propulsera vers les hauteurs ultimes. Une détente fulgurante du bassin aux épaules, un coup de rein prodigieux, un instant de grâce presque immobile et il pourra se laisser retomber épuisé et ravi sous les acclamations. Ensuite il n’aura plus qu’à attendre patiemment l’avenir  qui lui ménagera bien d’autres occasions de se remonter le moral. Et puis un jour, dans son fauteuil roulant, affligé d’un Parkinson persistant il essaiera de se remémorer les jours glorieux. Mais son Alzheimer lui évitera d’avoir la grosse tête.

              En définitive les choses sont bien faites et le cours de la vie équilibré. La nature est plus raisonnable qu’il n’y paraît. Passons à autre chose…

              Par nature je suis plutôt contemplatif et porté sur la solitude. Depuis tout petit je bricole dans mon coin. C’est mon droit et j’en abuse. Ainsi en a décidé le code génétique inscrit dans mes chromosomes. La loi est dure mais c’est la loi.

Il y a donc des obligations auxquelles on ne peut se soustraire. C’est bien beau d’être un individualiste forcené mais il faut quand même négocier avec ses contemporains. Alors je regarde un peu la télé.

              Ces temps derniers c’étaient les Jeux Olympiques de Londres. Spectacle grandiose, mondial et planétaire emportant dans un enthousiasme collectif bien légitime des dizaines de millions de téléspectateurs et rapportant des sommes considérables aux rusés organisateurs, sponsors et assimilés, sans parler des médias.

              Mais l’important c’est de participer, de communier à cette Grand Messe enivrante. Toutefois les choses étant ce qu’elles sont et les Dieux du stade restant humains (les déesses aussi, pardon…) on a pu se livrer à quelques remarques.

              D’abord ils l’avouent tous, même sans être soumis à la torture, la médaille d’or c’est quand même mieux que le bronze. Et dépasser les autres d’une tête sur le podium justifie quelques menus efforts. Et puis on va pouvoir verser une larme en entonnant la Marseillaise.

              Une incurable absence de sensibilité me prive de ces délices et à ma grande honte je dois avouer que la platitude musicale du morceau jointe à la criminalité des propos qui y sont tenus me laisse mal à l’aise. Peut-être que dans le genre on n’a jamais fait mieux bien que, évidemment, je ne connaisse ou ne comprenne pas les hymnes nazis ou les chants révolutionnaires chinois. Sans doute sont-ils encore plus efficaces et porteurs d’enthousiasme. Plus peut-être que le délicieux « God save the Queen ».

              Toute médaille, même d’or, a son revers. Que restera-t-il du super champion d’aujourd’hui  dans vingt ans, si il est toujours vivant et en bonne santé ? Je me suis laissé dire que dans l’ensemble les anciens maillots jaunes du Tour de France avaient tendance à mourir plus jeunes que la moyenne et parfois dans des conditions peu satisfaisantes. Sans aller jusqu’à supposer qu’ils ont mis leur santé en danger en absorbant des substances illicites, on peut se demander si ils ont bien fait attention à mettre leur laine quand le temps fraîchissait ?

              Autre chose retient mon attention devant le poste. D’abord le destin est versatile et les plus grands champions connaissent des déboires, des moments creux. Parfois les vaches sont maigres. Qu’importe, la roue de la fortune va tourner ! Mais il arrive aussi un moment, de plus en plus tôt dans ce monde moderne trop pressé où il va falloir raccrocher. Atteint par la limite d’âge il, faut rentrer dans les coulisses ou devenir entraîneur. Mais c’est parfois bien amer. Ainsi une escrimeuse, championne bien sympathique, se présente aux J.O. avec un moral gonflé à bloc. Ses précédentes victoires sont indéniables, ses médailles nombreuses. Elle est là pour terminer en beauté. Et ne voila-t-il  pas qu’elle se fait éliminer en quart de finale. Même à la télé son accablement est patent. Foudroyée par un sort injuste elle sort avec dignité. Mais pour d’autres…Se prendre le pied dans le premier obstacle d’un cent mètres haies, être disqualifié par un faux départ, n’être que secondes parce que les juges ont préféré les nageuses espagnoles aux chinoises (ou l’inverse). Allez donc savoir pourquoi…Les ont-ils trouvées plus mignonnes ou ont-elles été victimes d’une discrimination raciale subtile ? Eux aussi ont un subconscient et un surmoi fort nuisibles pour l’objectivité rigoureuse. Allons, ça fait partie du jeu même si il est mondial et olympique ! Et à ce petit jeu, bien qu’on ne puisse le reconnaître sans passer pour un fou mégalomaniaque, chacun des athlètes, chacune des médaillées ne fonctionne qu’avec un seul moteur. Unique. L’affirmation de sa toute-puissance. Oui mais il s’agit de gens exceptionnels qui peuvent prétendre être au dessus du lot, qui vont entrer dans la légende. Que non braves gens, il n’y a pas d’autre motivation chez les autres dont je fais partie. C’est flagrant dans les cours d’école à la récré et ça l’est partout dans le particulier comme dans le collectif. Chaque nation est la meilleure, chaque parti est le seul à avoir raison. L’empereur de Chine siège dans la Cité Interdite, Centre du Centre du Royaume qui est le plus puissant d’Asie et qui est entouré de terres plus ou moins inconnues et peuplées de sauvages. J’exagère ? Je m’égare ? Non, quand même, pas le voisin retraité du gaz qui va taper la belote avec ses copains. Pas la ménagère de moins de cinquante ans qui demande à son compagnon sur son portable si les pâtes Panzani sont plus bio que les Lustucru ? Pas la petite fille timide qui fait pipi dans sa culotte parce qu’elle est terrorisée à l’idée d’oser demander à la maîtresse la permission ? Et Pourtant… toutes les petites filles sont des princesses et demandent  « Dis moi mon beau miroir quelle est la plus belle ? » Et tous les petits garçons seront des héros défiant Goldorak après le Grand Méchant Loup.

              Donc tous, même les vieillards cacochymes et les jeunes pleins de promesses atteints par un plan social inique. Tous vous dis-je ! Sans exception ! Tous. Mes semblables, mes frères.

              Venus de l’absolu, ce qui est mieux que le néant d’où surgissent les philosophes existentialistes, nous ne pouvons avoir qu’un seul désir, ô combien légitime : y retourner. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire durer ? Alors on invente d’innombrables stratégies et l’on fait semblant de chercher l’Absolu, mais dans le relatif. Ce qui, outre que c’est idiot, nous condamne à une quête incessante. Et là, ça devient carrément maladroit.

              Mais, si vous ne l’avez déjà fait, allez donc au cinéma voir  « le Seigneur des Anneaux ». Il paraît que c’est un conte pour enfants. C’est très bien pour se changer les idées. Sans cela allez aussi voir Harry Potter, peut-être que vous trouverez des similitudes avec votre propre cas. Mais n’allez pas dire que c’est de ma faute.

 

                                                                           Le Chesnay le23 août 2012

                                                                           Copyright Christian Lepère

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 "Joyeux enfants de la Bourgogne" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2000 

 

 

Prochain sujet

            Ce sera la suite en quelque sorte puisqu’il y sera question de « Moi et la toute puissance ».

                     Pas d’affolement. On se calme !

                                                                   A bientôt

              

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