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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 07:09

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                                                 "L'escorte" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

 

Moi et la toute puissance

-en toute simplicité-

  

         Excusez moi, ce n’est pas un scoop. Tout le monde le sait, l’enfant qui naît est innocent. Bien sûr il a déjà des souvenirs de sa vie intra utérine et peut-être même plus anciens. Il est aussi équipé pour sentir et ressentir mais il ne sait pas bien quoi…D’ailleurs quelle que soit sa frustration il se met à hurler : faim, soif, chaud, froid, épingle à nourrice sournoise,  la réponse est toujours la même, instinctive et totalement involontaire. Comme l’animal il ne veut pas mourir, mais sans comprendre de quoi il retourne. Totalement dénué de concepts, donc de symboles, ignorant les possibilités d’un langage articulé, il est à la merci de tout. Mais il ne le sait pas.

         Pourtant il est conscient. De quoi ? De tout. Comme l’animal au premier degré, brut de coffrage.  Surtout il ne sait pas qu’il est limité. Pour lui les notions d’ « autre » et de « moi » sont encore  des hypothèses qu’il serait bien incapable de formuler. Donc il « est ».

         C’est d’abord à ses dépens qu’il va découvrir la dure réalité. Après l’agression du monde extérieur (mais il n’y a pas encore d’extérieur) il va  commencer à envisager l’impensable « Mais alors je ne suis pas seul …» D’abord avec maman qui n’est plus le prolongement biologique de son propre corps et qui ne manifeste pas toujours son accord avec l’autre qu’il est devenu.

         Au début tant que le corps et les besoins affectifs sont satisfaits tout baigne dans un bonheur parfait, une extase permanente, un bonheur indicible (Evidemment indicible puisque sans mots pour le dire…). D’ailleurs cela se voit. Il n’y a qu’à regarder un bébé qui repose béat et satisfait. Ca n’est pas sans rappeler le sourire du Bouddha.

         Et puis progressivement, parfois très vite, la situation se dégrade. L’ « Autre » apparaît et en face le « Moi ». « Moi-Je ». L’ego en termes plus pédants. Alors la traversée commence. Le paradis est perdu. Le Bon Vieux temps s’en est allé. Avec l’autre voici la dualité et l’opposition. Parce que l’autre peut être sympa mais pas toujours. C’est selon son humeur. Et il peut même devenir carrément pénible, odieux, insupportable, bon à jeter par la fenêtre. Maintenant il y a un territoire à défendre, des frontières à préserver à tout prix. Alors, l’attaque étant la meilleure des défenses, il ne reste plus qu’à se procurer des armes et peaufiner des stratègies. Ce thème ayant été abordé de façon exhaustive, fine, documentée et complexe par de multiples stratèges je m’abstiendrai d’entrer dans des détails qui d’ailleurs me dépassent complètement. Si vous avez le temps rendez visite à Machiavel et à Clausewitz qui vous attendent sur Wikipédia. Ils savent de quoi ils causent. Ils ont bien étudié la question.

         Dès ce jour tout est joué, le destin de l’humanité est tracé irrémédiablement. Dès qu’il y a un autre il est un ennemi potentiel et le meilleur ou la meilleure amie (Encore plus, paraît-il si l’on fait confiance à des documents accablants tels que l’émission télévisuelle « Les feux de l’amour » qui depuis bien des lustres et sur la deuxième chaîne dénonce les turpitudes sentimentales. Avec d’ailleurs très peu de succès. Mais c’est normal, on n’est jamais prophète en son pays…

         Chacun et chacune connaît la loi du balancier. Si il va loin à droite, il ira aussi loin à gauche. Vous avez pu le remarquer même si vous n’êtes ni Napoléon ni Nicolas Sarkozy, ni le plombier qui sait bien que plus on répare plus on se rapproche de la catastrophe finale. Ainsi, plus la marée monte haut et plus elle redescendra dans les heures qui suivent. Plus dure sera la chute.

         Et la toute puissance dans tout ça ? Pas d’affolement, j’y arrive. Que revendique le nouveau-né ? D’être totalement satisfait, de ne souffrir d’aucune opposition, de baigner dans le positif absolu. Fort bien mais il va être déçu.

         Devenu plus grand il va constater qu’il est bourré de désirs : de glace à la pistache, de sacs de billes et autres babioles parce qu’il lui manque quelque chose. Comme il n’est pas idiot il va tout naturellement en déduire que pour être heureux il faut pouvoir satisfaire tous ses désirs et n’avoir plus peur de rien. Il va donc s’y mettre mais constater très vite  que c’est sans fin et qu’il n’y arrivera jamais. Il va alors avec finesse devenir « raisonnable » (A sept ans paraît-il) et commencer à se mentir à lui-même, donc aussi aux autres, ça va de soi. En un mot il vient de s’engager dans l’engrenage diabolique, dans la quête épuisante et sans espoir. Il va chercher jusqu’à l’épuisement l’Absolu dans le relatif. Comprenant malgré tout que c’est impossible, car il n’est pas si idiot que ça, il va trouver un merveilleux substitut : le symbole, le support de projection.

         Depuis la collection de timbres, jusqu’aux médailles d’or des J.O. en passant par la drague sur internet et en arrivant à la conquête de la présidence de la république, tous les moyens seront bons pour tenter de satisfaire son besoin d’absolu sur un support plus limité mais, qui sait, peut-être accessible. Faut voir…le dictateur n’en a jamais assez, pas plus que le Don Juan ni même le collectionneur de porte-clés.

         Alors c’est sans issue ? Ca dépend mais en réfléchissant bien il  semble n’y avoir qu’une porte de sortie. Et si c’était d’abandonner  la toute puissance et de ne plus vouloir être le Maître du Monde ? Reniant Furax et Fantômas, jetant madame Thatcher aux orties et renvoyant Sarkozy se faire du fric dans le privé. Bien, on en parlera à Bachar el Assad et à Poutine. Peut-être aussi au voisin qui nous enfume avec son barbecue et ses relents de merguez grillées. Peut-être même à nos rejetons et à nos collègues de bureau et au technicien de surface qui entretient les allées du Super U. Ah, j’oubliais aussi les caissières mais on ne peut pas penser à tout.

 

                                                                      Le Chesnay le 25 août 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

204 Axis mundi 73 x 60 cm

                                "Axis mundi" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1992

 

LA SUITE 

         La semaine prochaine sous le titre  « Le Zèbre et le Poisson Rouge » je vous parlerai de Moi-Même. Toujours en toute simplicité. Sait-on jamais peut-être que ça parlera aussi de vous ? Il y a parfois des coïncidences curieuses.

                                                                  Alors à plus…

 

             

 

 

 

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 07:55

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                                  "Course folle" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1992

 

L’essentiel est de participer

 

              Jean-Paul est fier, il vient de faire caca tout seul dans son pot. Tout seul ! C’est maman qui va être contente. Surtout si l’on pense que dans vingt cinq ans après avoir progressé, fait face à des défis et des opportunités, il sera champion du monde de saut à la perche. Faisant rêver la jeunesse il s’élancera dans une course victorieuse, tel les chevaliers d’antan dans les joutes médiévales, sa perche pointée résolument vers l’avenir.

              D’un seul coup d’un seul il se propulsera vers les hauteurs ultimes. Une détente fulgurante du bassin aux épaules, un coup de rein prodigieux, un instant de grâce presque immobile et il pourra se laisser retomber épuisé et ravi sous les acclamations. Ensuite il n’aura plus qu’à attendre patiemment l’avenir  qui lui ménagera bien d’autres occasions de se remonter le moral. Et puis un jour, dans son fauteuil roulant, affligé d’un Parkinson persistant il essaiera de se remémorer les jours glorieux. Mais son Alzheimer lui évitera d’avoir la grosse tête.

              En définitive les choses sont bien faites et le cours de la vie équilibré. La nature est plus raisonnable qu’il n’y paraît. Passons à autre chose…

              Par nature je suis plutôt contemplatif et porté sur la solitude. Depuis tout petit je bricole dans mon coin. C’est mon droit et j’en abuse. Ainsi en a décidé le code génétique inscrit dans mes chromosomes. La loi est dure mais c’est la loi.

Il y a donc des obligations auxquelles on ne peut se soustraire. C’est bien beau d’être un individualiste forcené mais il faut quand même négocier avec ses contemporains. Alors je regarde un peu la télé.

              Ces temps derniers c’étaient les Jeux Olympiques de Londres. Spectacle grandiose, mondial et planétaire emportant dans un enthousiasme collectif bien légitime des dizaines de millions de téléspectateurs et rapportant des sommes considérables aux rusés organisateurs, sponsors et assimilés, sans parler des médias.

              Mais l’important c’est de participer, de communier à cette Grand Messe enivrante. Toutefois les choses étant ce qu’elles sont et les Dieux du stade restant humains (les déesses aussi, pardon…) on a pu se livrer à quelques remarques.

              D’abord ils l’avouent tous, même sans être soumis à la torture, la médaille d’or c’est quand même mieux que le bronze. Et dépasser les autres d’une tête sur le podium justifie quelques menus efforts. Et puis on va pouvoir verser une larme en entonnant la Marseillaise.

              Une incurable absence de sensibilité me prive de ces délices et à ma grande honte je dois avouer que la platitude musicale du morceau jointe à la criminalité des propos qui y sont tenus me laisse mal à l’aise. Peut-être que dans le genre on n’a jamais fait mieux bien que, évidemment, je ne connaisse ou ne comprenne pas les hymnes nazis ou les chants révolutionnaires chinois. Sans doute sont-ils encore plus efficaces et porteurs d’enthousiasme. Plus peut-être que le délicieux « God save the Queen ».

              Toute médaille, même d’or, a son revers. Que restera-t-il du super champion d’aujourd’hui  dans vingt ans, si il est toujours vivant et en bonne santé ? Je me suis laissé dire que dans l’ensemble les anciens maillots jaunes du Tour de France avaient tendance à mourir plus jeunes que la moyenne et parfois dans des conditions peu satisfaisantes. Sans aller jusqu’à supposer qu’ils ont mis leur santé en danger en absorbant des substances illicites, on peut se demander si ils ont bien fait attention à mettre leur laine quand le temps fraîchissait ?

              Autre chose retient mon attention devant le poste. D’abord le destin est versatile et les plus grands champions connaissent des déboires, des moments creux. Parfois les vaches sont maigres. Qu’importe, la roue de la fortune va tourner ! Mais il arrive aussi un moment, de plus en plus tôt dans ce monde moderne trop pressé où il va falloir raccrocher. Atteint par la limite d’âge il, faut rentrer dans les coulisses ou devenir entraîneur. Mais c’est parfois bien amer. Ainsi une escrimeuse, championne bien sympathique, se présente aux J.O. avec un moral gonflé à bloc. Ses précédentes victoires sont indéniables, ses médailles nombreuses. Elle est là pour terminer en beauté. Et ne voila-t-il  pas qu’elle se fait éliminer en quart de finale. Même à la télé son accablement est patent. Foudroyée par un sort injuste elle sort avec dignité. Mais pour d’autres…Se prendre le pied dans le premier obstacle d’un cent mètres haies, être disqualifié par un faux départ, n’être que secondes parce que les juges ont préféré les nageuses espagnoles aux chinoises (ou l’inverse). Allez donc savoir pourquoi…Les ont-ils trouvées plus mignonnes ou ont-elles été victimes d’une discrimination raciale subtile ? Eux aussi ont un subconscient et un surmoi fort nuisibles pour l’objectivité rigoureuse. Allons, ça fait partie du jeu même si il est mondial et olympique ! Et à ce petit jeu, bien qu’on ne puisse le reconnaître sans passer pour un fou mégalomaniaque, chacun des athlètes, chacune des médaillées ne fonctionne qu’avec un seul moteur. Unique. L’affirmation de sa toute-puissance. Oui mais il s’agit de gens exceptionnels qui peuvent prétendre être au dessus du lot, qui vont entrer dans la légende. Que non braves gens, il n’y a pas d’autre motivation chez les autres dont je fais partie. C’est flagrant dans les cours d’école à la récré et ça l’est partout dans le particulier comme dans le collectif. Chaque nation est la meilleure, chaque parti est le seul à avoir raison. L’empereur de Chine siège dans la Cité Interdite, Centre du Centre du Royaume qui est le plus puissant d’Asie et qui est entouré de terres plus ou moins inconnues et peuplées de sauvages. J’exagère ? Je m’égare ? Non, quand même, pas le voisin retraité du gaz qui va taper la belote avec ses copains. Pas la ménagère de moins de cinquante ans qui demande à son compagnon sur son portable si les pâtes Panzani sont plus bio que les Lustucru ? Pas la petite fille timide qui fait pipi dans sa culotte parce qu’elle est terrorisée à l’idée d’oser demander à la maîtresse la permission ? Et Pourtant… toutes les petites filles sont des princesses et demandent  « Dis moi mon beau miroir quelle est la plus belle ? » Et tous les petits garçons seront des héros défiant Goldorak après le Grand Méchant Loup.

              Donc tous, même les vieillards cacochymes et les jeunes pleins de promesses atteints par un plan social inique. Tous vous dis-je ! Sans exception ! Tous. Mes semblables, mes frères.

              Venus de l’absolu, ce qui est mieux que le néant d’où surgissent les philosophes existentialistes, nous ne pouvons avoir qu’un seul désir, ô combien légitime : y retourner. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire durer ? Alors on invente d’innombrables stratégies et l’on fait semblant de chercher l’Absolu, mais dans le relatif. Ce qui, outre que c’est idiot, nous condamne à une quête incessante. Et là, ça devient carrément maladroit.

              Mais, si vous ne l’avez déjà fait, allez donc au cinéma voir  « le Seigneur des Anneaux ». Il paraît que c’est un conte pour enfants. C’est très bien pour se changer les idées. Sans cela allez aussi voir Harry Potter, peut-être que vous trouverez des similitudes avec votre propre cas. Mais n’allez pas dire que c’est de ma faute.

 

                                                                           Le Chesnay le23 août 2012

                                                                           Copyright Christian Lepère

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 "Joyeux enfants de la Bourgogne" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2000 

 

 

Prochain sujet

            Ce sera la suite en quelque sorte puisqu’il y sera question de « Moi et la toute puissance ».

                     Pas d’affolement. On se calme !

                                                                   A bientôt

              

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 09:03

224 Dans l'azur éperdu 73 x 60 cm-copie-1

                    "Dans l'azur éperdu" - huile sur toile - 73 x 60 cm- 1993

 

Dans l’azur éperdu

Paralleles

            Il est six heures trente. Assis sur mon tapis je contemple le ciel. En face un grand peuplier cache à moitié les immeubles de la résidence. Au-delà le soleil se lève et illumine un bel azur. La journée va être chaude.

            Déjà de multiples lignes blanches sillonnent en tout sens l’atmosphère. Deux d’entre elles se font la course. Leurs trajectoires sont impeccables. Leur coordination irréprochable. Mais je me méfie, je ne connais que trop les illusions de la perspective. A cette distance il est fort possible que les lignes divergent et que l’un des Boeing soit plus rapide, mais aussi plus éloigné. Ca n’est pas pour rien qu’aux courses on départage les chevaux sur photo. Il est tellement facile d’être leurré par les apparences, surtout lorsqu’on a de légitimes intérêts à défendre. La méprise est possible, heureusement d’ailleurs car si je me fie à ce que je vois deux autres trajectoires se dirigent résolument l’une vers l’autre. Le choc, frontal, va être abominable, dantesque. Swissair contre Lufthansa ! Enfin un beau drame en direct ! Et je pourrais même dire que j’y étais, que j’ai assisté impuissant au choc fatal. Ah, si j’avais un portable pour pouvoir témoigner et vendre les images à Paris Match…On peut rêver…Mais non, déception ! Les deux lignes se rencontrent, se confondent puis continuent leur vol dans la plus totale indifférence.

            Autour c’est un ballet incessant. J’use de ce mot parce que les lignes droites se transforment souvent en courbes gracieuses aussi légères que celles des patineurs mais plus utilitaires. A cours de carburant des jets vont faire escale ou échanger un lot de chinois de Hong Kong contre une cargaison de gabonais venus des Maldives. Mais le spectacle, gratuit pour des yeux d’esthète est aussi enivrant que les évolutions des surfeurs sur la côte landaise et tellement plus utile.

            Pendant ce temps la petite sonde Curiosity poursuit sa mission avec vaillance. Malgré son poids modeste et son absence de prétention égotique, bien qu’elle soit en partie française, elle continue d’investiguer et de nous transmettre sans attente des informations vitales sur la planète rouge. Vitales ? Oui j’ai bien dit vitales puisque à partir des données on va peut-être enfin savoir si il y a eu de la vie sur Mars. Ne soyons pas naïfs, on sait bien que pour les petits hommes verts il n’y a plus d’espoir. C’était une illusion. Mais sait-on jamais ? Si on ne les avait pas trouvés parce qu’ils sont en réalité bleus ou même noirs ? Voilà qui ferait plaisir à Obama ! Et chagrinerait ses opposants.

            Triomphe de la science et menace pour l’humanité sont en train de cohabiter et de se chamailler comme des enfants turbulents. Pourtant on le sait bien : la pollution est exponentielle, le climat se réchauffe (hier je suis revenu des courses au Super U en sueur, c’est vous dire !) du pôle à l’Himalaya les glaces fondent sans se soucier du niveau des océans, des régions entières de l’Asie du Sud Est, inondées depuis toujours à la fin de la mousson sont en train de battre des records historiques de sauvagerie malveillante. Mais les politiques ne veulent pas l’entendre de cette oreille. Dans l’immédiat une seule solution s’impose. On n’a pas le choix, il faut que la croissance redémarre à tout prix. Sinon les syndicats et le Cac 40 vont nous faire les gros yeux et même de vertueuses agences de notation vont nous clouer au pilori. Honte à nous ! Shame on you ! Et nous ne voulons pas finir comme ce malheureux Strauss Kahn ! Ca non ! Alors Angela et François s’en occupent. D’ailleurs l’opposition saurait bien les y contraindre si ils manifestaient le moindre doute.

            Ainsi va la planète : surpopulée, exploitée, mise à sac avec acharnement elle semble bien mal partie. Et pourtant toutes sortes d’événements nous ont montré qu’elle finit toujours par réagir. Brutalement il est vrai. Comme si elle voulait nous signifier que trop c’est trop et que l’arrogante espèce humaine qui la colonise devrait comprendre enfin que « le mieux est l’ennemi du bien » et que le progrès matériel finira toujours, à son heure, par être compensé, équilibré par un autre progrès un peu plus subtil mais beaucoup moins unilatéral pour qu’enfin tout rentre dans l’ordre (cosmique, évidemment…).

            Mais serons-nous toujours là pour le voir ?

 

                                                                       Le Chesnay le 21 août 2012

                                                                       Copyright Christian Lepère

 

   COURSE

 

 

PROCHAIN SUJET

 

              Je sais, c’est un peu tard pour parler des J.O. de Londres. Mais l’importance planétaire du sujet mérite que je l’aborde. Vous pourrez donc lire en ces lieux et place : « L’essentiel est de participer »

 

                          Portez vous bien en attendant              

                                                              Le plumitif de service

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 07:04

A00

 

LA GROTTE

  

              C’était il y a longtemps. Aimablement on m’avait offert des pierres plates, sortes de dalles naturelles qu’on trouve dans les champs labourés, sur les plateaux dans la région d’Auxerre. Plates et d’épaisseur moyenne elles étaient excellentes pour réaliser des allées ou une terrasse. J’optai pour les allées car le jardin en avait besoin. Je me mis donc au travail et petit à petit je commençai à élever de petits murs en ajoutant des pierres plus massives. Je passai ensuite à des murs plus conséquents, d’abord pleins puis comportant des ouvertures. Avec un cintre en bois on peut même faire une voûte. Et pourquoi pas un pont ? Ce qui fut fait. Entre temps j’avais construit un bassin hors-sol, surplombé par des arches. L’eau y coulait et des petits poissons s’y ébattaient gaiement.

              Mais si l’homme propose, il est fréquent en revanche qu’il ne dispose pas. Ainsi l’année suivante le bassin s’est mis à fuir et malgré diverses tentatives de colmatage rien n’a pu arrêter le processus d’assèchement. C’est ainsi que le bassin est devenu une sorte de bac à fleurs pour les ronces et les orties. Un paradis pour les escargots et l’enfer pour qui veut contraindre la nature à respecter ses souhaits.

    A0.gif

              Le temps a continué de s’écouler comme d’habitude. Bien des années plus tard l’idée m’est venue de transformer cet endroit en grotte artificielle, comme à Versailles ou dans un château de Louis II de Bavière. Excusez du peu mais le projet restait modeste. Il m’a fallu d’abord détruire pour ménager une entrée permettant d’accéder à cet espace ouvert vers le haut qui allait devenir couvert et obscur. A nouveau des cintres en bois puis des armatures en ferraille et du grillage m’ont permis de maîtriser la pesanteur naturelle des pierres. Et puis de façon toute naturelle le projet a pris forme et importance dans l’improvisation la plus complète. Des escaliers se sont révélés nécessaires pour accéder à la petite terrasse qui domine le jardin. Des creux sont apparus où il était possible de planter ensuite des fleurs, par exemple des œillets d’Inde dont les teintes chaudes animent agréablement cet ensemble un peu rustique. Enfin, dernièrement, de lieu de passage l’endroit s’est transformé en cul-de-sac plus ou moins assombri et un peu plus frais en été. Il ne reste maintenant plus qu’à fignoler et à décorer. Des terres cuites émaillées vont donc être installées progressivement. Puis on avisera.

       A1

              Voilà où j’en étais il y a peu. Mais le destin veillait et ne voulait pas me permettre d’en finir aussi vite. D’ailleurs on sait bien où mène l’oisiveté…Il s’est donc arrangé pour nous forcer à réintégrer la région parisienne au lieu de couler des jours paisibles en Bourgogne en attendant la rentrée.

              Donc nous en sommes là. Et je ne peux conclure qu’en disant : à suivre…Si Dieu le veut ! Et si le diable n’y voit pas préjudice pour ses intérêts !

     A2.gif

              Après avoir jeté tout ça sur la feuille blanche j’ai été me reposer. Le lendemain je suis frais et dispos mais  habité par une interrogation. A quoi suis-je donc en train de jouer ? Faire des allées, creuser un bassin, construire un pont, voilà qui est positif. En grandissant l’enfant prend possession du monde. Après son petit nid douillet où rien ne l’inquiète il commence à explorer les alentours puis, résolument, se dirige vers l’horizon qui recule sans cesse. En même temps il commence à s’assurer un territoire, un chez soi où il sera peinard. Et bien sûr il veut laisser sa trace et prouver qu’il a vécu. Comme Louis quatorze ou comme n’importe quel retraité du gaz dont la modeste villa « Ca m’suffit » domine l’étendue marine du haut du monticule qui jouxte son petit bourg normand. Mais le temps le traque et il sait bien que tout est provisoire, cyclique et impermanent comme disait le Bouddha…Comme le constate un dicton sans doute moderne et joyeusement pessimiste : « La vie est une maladie sexuellement transmissible dont l’issue est toujours fatale ».

     A3.gif

              Alors ne serait-ce pas un symbole digne des archétypes de Carl Gustav Jung que ce retour à la matrice, à l’espace clos et accueillant de la grotte ? A ce havre de paix un peu sombre où l’on jouit d’un repos bien mérité avant de retourner  se jeter à nouveau dans la bataille ?

              A toi de voir mon semblable, mon frère (pardon ma sœur ce n’est pas machiste…). A toi de voir où tu en es. D’ailleurs j’aimerais bien savoir ce qui se passe dans la tête de l’autre. Après tout il est peut-être comme moi.

 

                                                             Le Chesnay le 7 août 2012

                                                             Copyright Christian Lepère


                                            A4.jpg

 

 

LA SUITE

      

              L’article prévu pour la prochaine fois portera sur un fait contemporain et portera ce titre : « Dans l’azur éperdu ». Il  se demandera : « pour qui sont ces avions qui sifflent sur nos têtes ? » et en tirera des conclusions modestes mais définitives.

                                          Ainsi vous serez prévenus…Alors à bientôt


                                       Adresse du site officiel

link 

 

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 07:19

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                                                           "Visite guidée" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2003

 

 

AVERTISSEMENT

Le document suivant ne va pas intéresser tout le monde

Mais au moins

ceux qui ont fréquenté l’ecole

(En tant qu’élève ou en tant qu’enseignant)

et à qui

L’ART CONTEMPORAIN

donne de l’urticaire

 

 

 

 

RAPPORT D’INSPECTION

Madame Meyer Inspectrice Pédagogique Régionale

Le 11 mai 1982

 

         Avec 21 élèves de 5em Monsieur Lepère conduisait un exercice au crayon, sur le thème « Le monde et l’industrie ».

         Très méthodologiquement la procédure de travail était exposée. Dans un cadre de 1 ou 2 cm du bord de la feuille, on inscrivait la mise en place au crayon :

               -     Les bâtiments assez simples.                                                                       

On pouvait ajouter des éléments mobiles : véhicules etc…

Puis des objets plus petits et si l’on jugeait bon, des personnages.

Afin de mieux préciser ce qu’il était souhaitable de faire, le professeur avait réalisé le travail et le montrait aux élèves : une vue frontale de dock et autres éléments industriels avec un camion au premier plan.

         Cette étude ainsi que des documents photographiques étaient accrochés au tableau pendant la séance et les élèves avaient le droit de puiser des informations dans leur livre de géographie.

         Lorsque la mise en place serait terminée on aborderait à la séance suivante les valeurs au crayon et dans une 3eme heure le problème de couleurs aquarellées. Pendant que les élèves se sont mis en place avec de nombreux rappels au silence, Mr Lepère a relevé les exercices de la semaine précédente « travaux d’application d’une perspective cavalière ».

 

         La pédagogie de Mr Lepère basée sur l’acquisition des moyens, le soucis de réinstaurer la concentration et le savoir-faire est cohérente dans les objectifs qu’elle sous-tend et la directivité du travail rend opérationnelle l’action mise en œuvre. Tout est pensé, prévu et gradué. Les exigences techniques sont assez clairement imposées pour que les résultats soient sinon gratifiants, au moins dans la ligne du projet de l’enseignant.

         Si l’on peut apprécier la stricte méthodologie d’une pédagogie directive on est en droit de s’interroger sur l’opportunité d’une telle procédure dans le cadre d’une discipline d’Eveil où les objectifs tendent justement à élargir la capacité de libre choix de l’élève et la divergence des productions dans des démarches expérimentales et d’investigation. Ces démarches visent à mettre en évidence les potentialités sensibles de l’adolescent et le « vécu » dans ce projet a au moins autant d’importance que le résultat. Mr Lepère extrêmement soucieux de la formation de ses élèves réalise avec eux des travaux élaborés, mais on aimerait le voir délaisser le souci du « référent ». Qu’il soit personnel ou culturel, celui- reste toujours « normatif » et restrictif. Il serait souhaitable que le professeur laisse un peu le registre des acquisitions et polarise son action sur des objectifs plus conformes aux projets éducatifs actuels. On peut aussi conseiller à Mr Lepère d’ouvrir sa pédagogie aux problèmes contemporains posés par l’Image et ses mécanismes. Qu’il s’agisse de publicité, de télé, de B.D., un éducateur, à fortiori un plasticien, ne peut ignorer ce fait contemporain même si il garde le droit de le déplorer.

         C’est en dominant ce qui fait partie intégrante de la vie des adolescents que l’on peut, non seulement provoquer la motivation et l’intérêt de ceux-ci pour l’Ecole mais, mieux encore, les aider à maîtriser un fait de société et à ne pas être submergé par lui.

         Mr Lepère trouverait intérêt à suivre l’an prochain les séances de formation continue qui se tiendront dans l’Académie de Versailles , le jeudi matin. Par des échanges avec ses collègues et des informations sur « les pédagogies » appliquées aux Arts Plastiques ; il pourrait élargir sa pratique et mesurer mieux ce qui, pour l’instant, rend son enseignement limité.

 

Commentaire de ce jour : 20 août 2012

           

         Tout va bien ! L’Inspectrice est dans son rôle. Elle fait remarquer très justement à Mr Lepère qu’il pourrait améliorer son enseignement. Ce dont il est certainement tout a fait conscient. Cependant il a un doute. Il hésite. Et il ne se rend pas aux réunions d’information qu’on lui propose et dont des collègues lui parlent.

         Puis le temps passe. Il côtoie de nouveaux collègues formés à la pédagogie nouvelle. Ce sont des manipulateurs de concepts. Ils ne savent pas dessiner (on ne leur a pas appris…). Et leur optique est parfois un peu inquiétante. Ainsi un jeune, père d’une ancienne élève de Mr Lepère qui lui explique avec conviction que l’art n’est surtout pas fait pour plaire mais pour provoquer. Si une œuvre d’art ne vous met pas mal à l’aise en vous inquiétant elle est nulle et non avenue. Inutile. Donc on confie à ce nouveau collègue non encore titularisé la noble mission d’épanouir la jeunesse.

                                                                                             A suivre…

 

SUITE en AVRIL 1994

 

         L’Académie de Versailles, soucieuse d’aider les enseignants leur fait parvenir des bulletins d’information.

         Voici des extraits du numéro 3 de Mai 1994

Dans le cadre de leur formation, l’Inspection a réuni des stagiaires pour une journée. On leur a donné des consignes et fourni tout un bric à brac pour réaliser leurs projets, puis on leur a demandé de juger d’un œil critique les divers résultats, y compris le leur.

 

DOCUMENT 1

 

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DOCUMENT 2

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DOCUMENT 3

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DOCUMENT 4

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         Aujourd’hui, 20 août 2012, totalement dépassé et maladivement incapable d’expliciter les concepts, je lance un appel au secours. C’est une bouteille jetée à la mer…

Eclairez moi par pitié

Je ne veux pas mourir idiot !

                                                                                Christian Lepère retraité

 

                                    ____________________________

 

EN PREVISION

 

             Après hésitation le prochain article ne s’intitulera pas : « Y a-t-il une vie avant la mort ? » et traitera d’un sujet sans aucun rapport. Il sera montré comment l’auteur cédant à ses folles pulsions s’est lancé sur les traces du Facteur Cheval sans parvenir à le rejoindre.

 

                                                                              

A bientôt !

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 09:40

110-Correspondance

                                                          "Correspondance" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1971

 

 

Avertissement

 

         Chose promise, chose due. Le prochain chapitre, numéro 102 devant traiter d’un sujet bien précis, un rapport d’inspection datant de 1982,  paraîtra comme prévu. Mais l’actualité, sans me demander mon avis, m’a amené à écrire un 101 bis pour rendre compte d’un épisode de mon quotidien qui ne peut attendre sans perdre de son actualité.

 

Le voici donc.

 

«Transports en commun »

 

            En ce matin du 17 août 2012 je me dirige joyeusement vers la gare Rive Droite de Versailles. Je viens de quitter mon domicile et comme d’habitude j’ai prévu mes horaires : Une demi- heure pour atteindre la gare, un train à 11 heures 35. Un itinéraire que je connais par cœur.  Ensuite c’est la gare St Lazare et après un petit intermède souterrain  le métro va me débarquer à Montparnasse, là où j’ai rendez- vous avec un vieil ami. Nous ne nous sommes pas vus depuis un certain temps et nous allons pouvoir refaire le monde avec enthousiasme à la terrasse d’une brasserie. Fustigeant les méchants et tressant des couronnes à ceux qui nous sont sympathiques. C’est une façon de passer le temps qui ne coûte rien, ou si peu, et qui permet de faire le point avant la rentrée.

 

« Le ciel est bleu, la route est large

Et le clairon sonne la charge ! »

 

            La vie est belle quoique un peu chaude. Fièrement dressée dans son style noble et classique la gare Rive Droite m’accueille. Ah ! Les distributeurs automatiques de tickets refusent les billets, ils n’acceptent que la monnaie. Pas grave ! Une personne humaine, quand même planquée derrière une vitre, va faire le nécessaire. Puis l’escalator me hisse jusqu’au tourniquet où je peux composter mon billet. Le train est là à quelques mètres.

            Une petite sonnerie discrète, les portes se ferment sans hâte et le train démarre paresseusement…Raté ! Je suis là les bras ballants mais la cervelle est active. Voyons voir…Le prochain train dans une demi-heure ? Ou une demi-heure à pied pour aller chercher ma voiture ? Suis-je bête, il y a des taxis devant la gare. Je ressors donc. La place est ensoleillée et agréablement vide. La station de taxi aussi hélas ! Des passants questionnés avec insistance avouent qu’ils ne savent pas et la brasserie à côté est fermée pour cause de mois d’août. Il y a bien des arrêts de bus à proximité, mais les lignes d’intérêt local vont refuser de m’aider à atteindre la capitale. Leur ambition est beaucoup plus limitée. Elles ne dépasseront pas Ville d’Avray.                     

            Une idée germe dans mon esprit. L’autre gare, Versailles Rive Gauche est à dix minutes en marchant d’un pas décidé. Je vais l’atteindre et là pas de problème. C’est la principale voie d’accès des touristes qui de Paris viennent à Versailles voir le château. Des Espagnols, des Allemands, des Anglais perdus au sein de la multitude japonaise se déversent de la gare et vont soit à pied, soit en bus atteindre la splendeur du Grand Siècle.

            Hélas ! Trois fois hélas ! A ma grande honte je constate que ce lieu que je fréquente depuis quarante cinq ans, que j’ai parcouru à pied, de jour comme de nuit des centaines de fois est dénué de stations de taxis. Tout au long de la vaste avenue, ni à droite ni à gauche. Peut-être derrière la station routière ? Apparemment pas. Un s.d.f. à qui je ne demande rien répond à la place d’un autre que j’ai sollicité. « Si !Si ! Taxis ! Là bas …Là bas… » Et de me désigner la direction d’où je viens. Je passe outre et j’achète mon billet. Ah oui …sur ce parcours les trains circulent avec une lenteur digne du Grand Siècle. Pas d’affolement. Les démarrages sont lents, la progression circonspecte et l’on s’arrête prudemment à toutes les stations. Au loin la capitale où le rythme sera celui d’un honnête métro, sans plus.

            Je vais vous épargner la suite. Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Sachez cependant que j’ai retrouvé mon ami et que nous avons pu refaire le monde en abordant les questions essentielles. Mais c’est encore les vacances et je ne voudrais pas vous importuner avec des sujets sérieux. Simplement prenons date, ce sera pour plus tard.

 

                                                                               Le Chesnay le 18 août 2012

                                                                               Copyright Christian Lepère

 

 

197-Transhumance.jpg

                             "Transhumance" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1974

 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 06:43

123-Lumiere-au-bout-du-coul.jpg

                                                               "La lumière au bout du couloir" - dessin aquarellé - 50 x 65 cm

 

 

On n’arrête pas le progrès…

ni Matthieu Ricard

 

 

            Il m’arrive de lire « Sciences et Vie ». Cette revue fort sérieuse, réalisée par des gens bien informés se tenant soigneusement au courant de tout ce qui bouge dans le domaine scientifique m’inspire confiance. Certes les vues qui y sont exposées ne me satisfont pas totalement. Considérer que la réalité se limite à tout ce qui est observable, enregistrable, analysable, quantifiable et reproductible est un peu limitatif. Le monde réel réduit aux simples apparences, fussent-elles subtiles, hors d’atteinte de nos sens et immensément lointaines dans le temps et l’espace me semble un peu timide. Mais enfin la croyance au Big Bang et à l’expansion universelle semble confortée par des preuves scientifiques non négligeables.

            Mais voici que, ô stupeur,  dans le numéro 1139 d’août 2012 le titre de la couverture nous saute aux yeux : « Nous ne sommes pas seuls ! ». Donc on envisage sérieusement que la vie ne soit pas  une exclusivité terrestre. Viennent ensuite des articles très étayés illustrés très abondamment avec de vives couleurs. A partir de là la preuve semble faite, tout au moins pour une bonne part de la communauté scientifique. Désormais nos connaissances « prouvées » sont suffisantes. On peut les résumer. D’abord l’univers (en expansion) est infiniment plus vaste que tout ce que l’on pouvait supposer. Ses limites sont celles de notre capacité d’observation qui est en train de devenir colossale avec l’apport des nouveaux radio-téléscopes. Ceux-ci, reliés par des ordinateurs peuvent additionner leurs données et fonctionner en réseaux. Déjà « Hubble » nous fournissait des images d’une finesse inégalée, à partir de son orbite située bien au-delà des perturbations atmosphériques qui rendent les images plus ou moins floues. Ensuite le nombre d’exo planètes où la vie a pu trouver les circonstances nécessaires à son apparition n’a cessé de croître depuis la découverte de la première cependant assez récente. Enfin il semble que la plupart des étoiles possèdent un cortège de planètes dont un bon nombre  gravitent à la distance favorable. Pour rappel notre galaxie, la Voie Lactée comporte des milliards d’étoiles et n’est qu’une formation modeste parmi les milliards d’autres galaxies qui lui tiennent compagnie. Voilà qui relativise…

            Donc j’ai été vivement intéressé et cela m’a replongé dans un passé pas très lointain. C’était en 1970 et j’avais vingt huit ans. Très attiré par la métaphysique mais cependant fort prudent, voire un peu sceptique, je cherchais des sources d’information sérieuses. Ainsi un livre avait attiré mon attention : « Le hasard et la nécessité » écrit par un certain Jacques Monod. Cet éminent biologiste, directeur de l’Institut Pasteur  s’était vu, avec son complice François Jacob attribuer le prix Nobel de physiologie pour leurs travaux dans le domaine de la biologie moléculaire. Ils venaient de faire des découvertes décisives sur l’a.r.n et le code génétique. C’était leur tasse de thé, ils avaient tout misé dessus et de ce point de vue ils étaient irréprochables. Or la vision du  « monde selon Jacques… » était simple et péremptoire. Athée et matérialiste le monde lui apparaissait comme le résultat d’enchaînements implacables de causes et d’effets (jusque là le Bouddha est d’accord…) mais sans aucune justification, sans plan directeur et surtout sans aucune transcendance (là le Bouddha commence à faire la moue…). Tout cela était fort bien expliqué dans « Le hasard et la nécessité » où il concluait par cette sentence définitive très existentialiste : «  L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers, d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. » Alors, ça vous plaît ? A moi pas trop, mais si il avait raison ?

            Donc je me méfiais car il n’était pas indispensable de remonter à des époques obscurantistes pour constater à quel point les esprits les plus évolués et les plus avertis ont pu se mettre le doigt dans l’œil et conclure hâtivement.

            Ainsi quelqu’un avait dit à propos d’aérolithes : « Il ne peut pas tomber de pierres du ciel pour la simple raison qu’il n’y a pas de pierres dans le ciel ! ». Entre parenthèse je confirme puisque je n’ai personnellement jamais vu tomber de pierres du ciel. Et vous au fait ? Ensuite un éminent savant avait prouvé devant la Royal Académie de Londres qu’il serait à tout jamais impossible de faire voler un plus lourd que l’air. Puis d’autre scientifiques avaient prédit vers les années cinquante qu’une fusée ne pourrait jamais s’arracher à l’attraction terrestre, la masse de carburant nécessaire la clouant au sol irrémédiablement.

            Les exemples sont donc nombreux et variés. D’ailleurs qui avait prévu la télévision numérique, le téléphone portable et la transplantation cardiaque ? Personne à part quelques illuminés et de doux rêveurs.

            Donc dans ce monde de fou qui nous sert de cadre de vie, tout est en train de changer. Euh…enfin…excusez moi…je m’égare. En fait rien ne change véritablement. C’est simplement notre vision du monde qui s’approfondit et devient plus objective. Les ondes électro magnétiques ont toujours existé et le génome avec son code génétique était bien présent chez l’homme de Cro Magnon qui d’ailleurs pouvait déjà mourir d’un cancer, même si le sida n’avait pas encore été in venté ( ?).

            Revenons enfin à « Ici - aujourd’hui – maintenant - tout de suite… » . La science progresse de façon exponentielle et si l’humanité ne se suicide pas le processus va se poursuivre. Modifiant radicalement notre vision du monde et de nous-même elle va nous contraindre à perdre quelques illusions. La physique commence à explorer la métaphysique qui n’est que la partie cachée de l’iceberg et qui lui revient de plein droit. Mais tout cela a une limite absolue que seuls le Christ, le Bouddha et  les koans zen peuvent franchir car ils ne sont pas du domaine de l’observable.

            Pour terminer je ne peux m’empêcher de vous faire part de ce petit clin d’œil du destin : Jacques Monod, athée et matérialiste a eu un « disciple ». Un certain Matthieu Ricard, fils de Jean François Revel qui, pour sa part était un philosophe athée  mais très intègre dans sa démarche et nullement crispé sur ses convictions. Brillant élève Matthieu a pu poursuivre des études puis des recherches en biologie moléculaire à l’institut Pasteur. Un jour à vingt ans il a rencontré un sage lama tibétain de haut rang, Dilgo Kientsé Rimpoché au cours d’un voyage en Inde. Intéressé par la méditation il a cependant continué ses recherches biologiques et ce n’est qu’à l’âge de trente ans, après l’obtention de son diplôme qu’il a tout quitté. Hélas Jacques Monod et François Jacob s’étaient occupé de lui en pensant qu’il était comme eux-mêmes un futur prix Nobel. Leur sentiment a été bien amer quand ils ont réalisé que son but ultérieur était de pouvoir « se consacrer enfin à la science véritable » c'est-à-dire les enseignements ésotériques tibétains de haut niveau.

            Depuis, Matthieu Ricard moine bouddhiste est devenu célèbre en tant que photographe, ce qui lui fait gagner de l’argent qu’il redonne à une association tibétaine pour respecter son vœu de pauvreté. Enfin il est devenu aussi tout à fait « par hasard » interprète français du Dalaï Lama et apparaît de temps à autre à la télévision. Mais vous pouvez aussi vérifier sur internet au cas où je n’aurais pas tout compris.

 

                                                                     Le Chesnay le 5 août 2012

                                                                     Copyright Christian Lepère 

 

 

 

PREVISIONS METEOROLOGIQUES

           

            Si l’anticyclone des Açores n’attire pas notre attention vigilante entre temps, le prochain article paraîtra sur ce blog la semaine prochaine et traitera d’un sujet qui peut vous laisser indifférent. Il s’agit d’un rapport d’inspection adressé à l’auteur en juin 1982. Il sera quand même accompagné de quelques documents sur la pédagogie moderne qui ne sont pas tristes et méritent d’être enfin diffusés.

                                                      Sincères congratulations

 

 

139-Lever-de-rideau-R.jpg

                                         "Lever de rideau" - dessin aquarellé - 47 x 35 cm - 1995

 

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 07:40

100°-BLOG copie

 

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                                                      "Procession à roulettes" - huile sur panneau - 81 x 22 cm

 

               Depuis le 17 avril 2010 le « Blog de l’imaginaire »a été alimenté régulièrement.

Il atteint sa centième édition. Les textes sont variés, exposant des vues subjectives sur l’actualité la plus brûlante, traitant de méta et de pataphysique, fustigeant les dérives les plus contemporaines et dépeignant naïvement des émois poétiques. Tous les articles sont ornés de reproductions de peintures, de gravures, de terres cuites et de maçonneries. Y figurent même des images numériques réalisées avec l’aide aimable de Photoshop.

 

               Alors, si cela vous tente allez donc y faire un tour. On peut même s’abonner pour être tenu au courant. C’est gratuit mais ça ne peut pas, hélas,  rapporter gros.

 

www.christian-lepere-peintre.over-blog.com

 

 

HISTOIRE D’UN BLOG

 

 

            J’avais onze ans et j’étudiais au lycée Voltaire. Un jour mon frère qui en avait dix sept revint tout excité du collège Arago. « J’ai un copain qui écrit des poèmes, en vers ! » et il me brandit les preuves sous le nez. C’était bien écrit, irréprochable selon les règles et c’était de l’humour scolaire. Mon frère se lance dans des essais. Moi aussi. Et je constate que je possède la mécanique du vers. C’est inné et ça n’attendait qu’une occasion pour surgir. L’inspiration n’est pas toujours transcendante. A vrai dire c’est plutôt digne de l’Almanach Vermot qu’il m’arrive de feuilleter. Mais enfin ça tient la route. Ma pratique de l’écriture va ensuite se limiter à quelques lettres au style assez fleuri avec pas mal d’auto dérision. Puis le temps passe. Devenu professeur d’arts plastiques j’assiste avec une surprise peinée à l’arrivée et à la prise de pouvoir de l’Art Contemporain qui a réussi à séduire les élites et est hautement considéré par Jack Lang, ministre de l’Education nationale et de la Culture ! La visite de quelques expositions va me pousser à réagir par écrit. Mais il n’est pas encore question  de blog. Je vais donc me limiter à envoyer quelques lettres manuscrites à mon inspectrice (voir exemple plus loin). Politiquement incorrect je vais être sommé d’emprunter la voie hiérarchique officielle. Puis l’on va attendre patiemment que je sois atteint par la limite d’âge. Le temps continue de passer et enfin,  alors que je suis retraité depuis huit ans on m’apprend qu’on peut ouvrir un blog, gratuitement, et que ça offre de splendides occasions de faire passer des messages. Jusque là j’avais été un adepte des bouteilles jetées à la mer dont les chances d’arriver quelque part sont plus qu’aléatoires.

 

Enfin je peux m’exprimer et l’on peut me répondre et rebondir.

La porte est ouverte, vous pouvez entrer !

 

www.christian-lepere-peintre.over-blog.com

 

 

 

 

            Le cinq avril 1995                                                                                             


S/c du chef d'établissement 

à l'attention de Monsieur LEPERE professeur d'arts plastiques 


                                  Monsieur, 

Vous m'avez en décembre adressé une lettre qui justifie, même tardivement, une réponse de ma part, au plan institutionnel, du fait de votre fonction de professeur d'arts plastiques de l'éducation nationale. 

Votre conviction de faire votre métier avec rigueur est honorable, mais vos certitudes vous conduisent à prendre des positions rigides à l'égard du champ artistique contemporain et de la pédagogie qui me font douter de vos capacités à vous saisir du sens de l'art actuel et à faire preuve de tolérance. L'art, que vous l'appréciiez ou non, constitue une partie du savoir de notre enseignement. Quels que soient vos choix personnels, vos goûts, votre pratique, vous devez, au nom de l'intégrité, et dans le cadre de la mission qui vous est confiée, permettre aux élèves d'accéder à une culture ouverte, respectueuse des autres, en les rendant capables de s'interroger sur les signes de leur temps sans préjugés. Hors vos propos sur l'art moderne et l'art contemporain, votre mépris à l'égard de ceux qui l'apprécient, "les snobs, les spéculateurs et les névrosés" démontrent votre ignorance"sur la question et sont dangereux pour les élèves; Je déplore par ailleurs que votre jugement, sur Tapies par exemple, ne s'élabore qu'à partir de reproductions de Paris Match. La visite de l'exposition vous aurait sans doute permis de saisir une dimension qui vous échappe et que de ce fait vous ne pouvez enseigner. 

Je me permets également de vous faire remarquer qu'il n'est pas très valorisant pour vous de chercher une caution auprès de non spécialistes de votre discipline, parents, collègues. Leur "commisération", "leur haussement d'épaules", "leur franche rigolade" à l'égard de notre enseignement prouvent que le travail que nous avons à faire est considérable, ne relève pas de la simple doxa (pour renforcer l'opinion commune) et exige de l'enseignant un très haut niveau de compétence. Que le professeur véhicule lui-même le mépris a de quoi inquiéter. Heureusement persuadée que, comme vous le dites en conclusion, ces positions vous sont très personnelles, je me permets de vous convier à plus d'ouverture, de réflexion afin de répondre au contrat d'enseignement qui est le vôtre dans le service public. 

Je vous remercie de tout ce que vous ferez en ce sens, non comme "amateur de ce type de pratique" mais comme professeur instruit de sa discipline. 

 

NB: Tout courrier doit m'être adressé par la voie hiérarchique 

 

RECTORAT 

Esplanade Grand Siècle    -    78O1 7 VERSAILLES Cedex Téléphone (1) 3O 83 44 44    -    Télex 696571   F    -    Télécopie (1) 39 50 02 47 

 

Veuillez croire, Monsieur, en l'assurance de ma sincère considération.

                                                       ____________________

                                              

                           (Courrier manuscrit communiqué par la voie hiérarchique)

                                                                                Le Chesnay le 10 avril 1995

 

                        Madame l’inspectrice,

 

              J’ai lu attentivement votre réponse à ma lettre du 6/12/1994. Vous y attirez mon attention sur plusieurs points et je vous en remercie. Il est vrai que le non respect des règles et procédures officielles n’est aucunement souhaitable. Il est vrai aussi que certaines de mes argumentations sont un peu faciles et donc discutables. J’admets même qu’on puisse y déceler un peu de démagogie à propos d’un supposé bon sens populaire et d’un avis éclairé de non spécialistes.

              Ceci étant, je voudrais maintenant exposer quelques arguments pour justifier mon attitude et dissiper d’éventuels malentendus. L’enseignant que je suis est très « ouvert » et s’efforce de se tenir au courant de ce qui s’élabore dans l’actuelle « post-modernité ». Petit à petit, au fil des ans j’ai intégré des notions nouvelles ou prétendues telles. En fait il m’est apparu qu’en dehors de l’apport de technologies nouvelles : ordinateur, image de synthèse, rien de très inattendu n’apparaissait. L’art contemporain semble redécouvrir et défendre à grand renfort de justifications sémantiques des notions bien connues.

              Par ailleurs mon souci de véracité me condamne à une certaine rigueur. Ainsi je n’enseigne pas « ce que j’aime » mais ce qui me paraît indispensable à l’éveil et à la structuration progressive d’un enfant. Et quand je note, je mets soigneusement ma subjectivité de côté, m’efforçant de juger selon des critères objectifs bien définis. Ainsi, si par exemple, la précision est à mes yeux une qualité indiscutable dans certains domaines, une approche globale plus holistique et très floue est tout aussi nécessaire dans d’autres. Elargir la vision et la rendre plus abstraite est pour moi un point essentiel qui peut et doit être enseigné. Inciter les enfants à perdre leurs habitudes, leurs références sclérosantes (l’arbre est vert, le ciel est bleu…) et les préjugés qui leur tiennent lieu d’opinion n’est certes pas chose facile et l’expérience m’a appris qu’il fallait avancer prudemment, de façon lente et méthodique sous peine, sans cela, de voir les wagons décrocher très vite.

              La pratique des élèves de 3° est à c et égard très instructive. Cette année même, après quatre heures de cours consacrées à l’élaboration d’une peinture abstraite, beaucoup n’avaient toujours pas compris que le point de départ (plan de voirie avec fléchage et marques sur le sol.) n’était qu’un prétexte pour les aider à démarrer avant de jouer plus librement avec des éléments géométriques, tout en conservant une structure.

              Vous dirais-je qu’il m’arrive souvent de mettre de bonnes notes à des productions qui  ne me plaisent nullement, mais qui prouvent au moins qu’une notion a été comprise et maîtrisée. Ajouterais-je qu’il m’arrive fréquemment de condamner le détail et l’anecdote, voire même la figuration ?

              De toute manière je n’ai rien contre telle ou telle forme d’art à priori. Simplement j’ai constaté qu’à toutes les époques et dans toutes les cultures il y a eu autour de quelques chefs-d’œuvre une masse de productions moyenne et puis, bien sûr, le reste. Or, ce qui me chagrine est qu’actuellement « le reste » tende à devenir majoritaire. Ce que je conteste ce n’est pas telle ou telle orientation, toutes ayant leur intérêt, mais la médiocrité des résultats. La plupart d nos contemporains se contentent de fort peu.

              Je n’ai rien contre l’abstrait, j’en fais faire. Je n’ai rien contre le détournement et l’utilisation de matériaux de récupération, mes élèves de cinquième viennent de réaliser d’excellents photomontages. Enfin je n’ai rien contre l’ordinateur. Les images de synthèse réalisées par des artistes doublés de  techniciens chevronnés peuvent être admirables et même poétiques. Mais de grâce avant d’en arriver là commençons donc par maîtriser crayon, gomme et gouache. Un peu d’humilité ne saurait nuire à qui veut viser haut.

              A partir de là, si le mépris à l’égard des autres n’est certainement pas la voie vers l’ouverture et la progression, en revanche l’absence d’esprit critique risque de favoriser toutes les dérives et l’ouverture, dans ce cas, pourrait se révéler tristement béante.

 

 

              Je vous prie de croire Madame l’Inspectrice  en l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

 

                                                                           Christian Lepère   

 

427-Course-d'amateu------81

                                  "Course d'amateur" - huile sur panneau - 81 x 22 cm                 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 07:42

325-Le-grand-déballage         " Le grand déballage" - gravure à l'eau-forte -1983 - imprimée sur Arches : 38x 57 cm


 

 

Ce texte a été rédigé en 1991, il y a donc vingt et un ans.

J’ai bien peur qu’il ne soit, hélas, encore totalement d’actualité.

Le cancer de l’Art Contemporain n’a pas cessé depuis de croître,

il est l’ART OFFICIEL

 

 

 

 

PROPOS SUR L’ART N’ENGAGEANT QUE LEUR AUTEUR

 

 

Enseignant les arts plastiques j’ai, au cours de réunions avec les parents d’élèves, pris la parole pour critiquer le « champ de l’Art Contemporain ». Or des directives officielles nous recommandent d’en faire l’apologie…J’expliquai donc sobrement que, le temps nous étant chichement mesuré, je n’avais que faire de l’évolution démente d’un art conceptuel coupé de toute humanité et que je préférais,  pour ma part, enseigner aux élèves des notions sérieuses, bien que parfois sous des dehors ludiques car il s’agit d’enfants.

            C’était très succinct et il me vint l’envie de justifier un peu plus un point de vue aussi « réactionnaire ». Prenons donc date en ce mois d’octobre 1991 où j’écris dans une campagne paisible.

            C’est en début d’été que nos pas nous portèrent en Bretagne, fascinés par ce bout du monde hanté par les mythes et les légendes. Passant par Morlaix, nous y fîmes halte. Au hasard des ruelles des affiches bariolées attirèrent nos yeux. De loin plutôt joyeuses elles se révélèrent de près fort décevantes : gribouillages de singes pas même savants. Elles annonçaient haut et fort une exposition d’Art Contemporain où Restany présentait ses amis et relations au public provincial convié à venir d’émerveiller. Le titre en était beau : ‘Le Cœur et la Raison » mais la déception d’autant plus rude, car le cœur se révélait bien sec et la raison, effarée sans doute, s’était enfuie au loin.

            Mais nous étions venus, il nous restait à voir. Une compression de César tristement cubique nous accueillit. Lui succédèrent une affiche génialement lacérée par Rotella, des laideurs multiples d’Andy Warhol à la gloire de Mao et de Marilyn, un Arman, sans doute et un probable Yves Klein et bien d’autres œuvres destinées à éduquer les foules provinciales désuètes et attardées.

            Le temps était maussade, quelques visiteurs visiblement perplexes contournaient l’inénarrable urinoir de Marcel Duchamp, accompagné  de l’indispensable porte-bouteilles métallique, gris et bête à pleurer. Lassés nous avons fui ces lieux désertés  par l’esprit pour aller rendre visite à quelques artistes plus locaux mais dotés d’un réel talent et libres de toute subvention du Ministère de la Culture.

            Depuis j’ai remué le problème en tout sens, pour vous livrer maintenant mes conclusions sans ambages ni circonvolutions, ainsi qu’il sied entre gens de bien, libres de toute pression parce qu’ils n’ont pas d’intérêts sociaux ou politiques à préserver, ni de score à maintenir à l’audimat.

            Le snobisme et la spéculation ont toujours fait bon ménage depuis que Picasso a montré comment s’y prendre. Cynique et enjoué il a suscité de nombreuses vocations et ce fût ensuite à qui arriverait à taxer le plus lourdement  la naïveté du bourgeois prêt à s’épater…et à gober les plus tristes improvisations. Mais voilà que l’Art Contemporain le plus officiel vit maintenant aux frais du bon peuple : vous et moi payant  des impôts devenons les mécènes bien involontaires d’une gigantesque manipulation internationale politico spéculative. Car enfin, qui a souhaité voir les colonnes de Buren défigurer le Palais Royal ? Qui supporte le nauséeux rideau de scène peint à la serpillière et au balai brosse par Olivier Debré à la Comédie Française ? Qui souhaite voir le long de l’autoroute, à hauteur du péage de Fleury en Bière un gigantesque panneau orné de dégoulinures (de qui ?) (Voir note 1). Qui est condamné, comme tant d’innocents voyageurs de banlieue à côtoyer chaque jour les sinistres valises d’Arman devant la gare St Lazare ? Contribuables mes frères vous assurez par vos dons,  généreux bien qu’involontaires, la pérennité de l’art de la post-modernité. Quelle gloire !

            Et pendant ce temps des créateurs authentiques suivent leur chemin, imperturbables, tels Claude Verlinde qui, à l’écart de toutes les modes, peint somptueusement ses fantasmes avec une rigueur de maître du Quattrocento. Partout des peintres, des graveurs, des sculpteurs oeuvrent sans tapage, cherchant par leur talent et leur maîtrise à nous communiquer un peu de leur émerveillement.

            Mais Jack Lang a bien d’autres chats à fouetter et de concepts à promouvoir. Il est lui un pur produit de notre temps. Merveilleusement contemporain.

 

                                                                         Sermizelles – Toussait 1991

                                                                         Copyright Christian Lepère

 

- note 1 : Je viens de constater en ce mois d’Août 2012 la disparition de cette œuvre  réalisée avec des matériaux qui auraient du ne pas se dégrader. L’aurait-on  fait disparaître volontairement ? Je n’ose y croire…

 

 

194-Joyeux-bricolage.jpg

             "Joyeux bricolage" - gravure à l'eau-forte - 1973 - imprimée sur Arches 38 x 57 cm

 

 

Avis-a-la-population.jpg

 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 13:35

       

326-Interplanétaires----100

                                                                         "Les interplanétaires" - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

HIGGS !

 

              Enfin on le tient ! C’est lui ! On l’a repéré ! Pourtant il était indispensable et seule son insoutenable légèreté jointe à une modestie phénoménale l’avaient poussé à se cacher à nos yeux. Pourtant tous les calculs étaient cohérents, les équations irréprochables et cependant on était encore en attente de sa confirmation.

              Comme une grande coquette le boson de Higgs a fini par surgir des coulisses pour se révéler sous les acclamations de la foule incrédule Il était temps qu’enfin on comprenne pourquoi la matière a une masse et est donc de ce fait réputée matérielle ! Jusque là c’était simple supposition, croyance non vérifiée mais que le bon sens populaire ne songeait à mettre en cause.

              Pourtant on n’avait pas lésiné sur les moyens. Dans un élan sublime vers la connaissance pure les nations avaient joué gros en investissant dans l’anneau d’accélération du C.E.R.N, non loin de Genève, également appelé « Large Hadron Colliser ».  Vingt cinq ans de mise en chantier, sept mille chercheurs, des travaux gigantesques pour construire un anneau souterrain de vingt sept km de circonférence, cent mètres sous terre avec de place en place des collimateurs énormes : Titan avec ses  vingt cinq mètres de haut et quarante six de long surpassant encore Alice avec ses seize mètres de haut et ses vingt six de long mais affichant quand même dix mille tonnes sur la balance.

              Et tout cela pour quoi ? Pour piéger une particule infinitésimale. Car si le proton mesure un millième de milliardième  de millimètre, il est encore constitué de quarks « collés » entre eux par des gluons, le tout étant irrémédiablement quantique  donc à ce jour pour notre modeste compréhension, indéterminé. Voila où nous en sommes mais l’aventure est loin d’être finie, car tout cela n’est que la matière constituant le cosmos. En réalité si l’on en croit quelques super spécialistes malgré tout un peu hagards devant la révélation ce ne seraient que cinq pour cents du tout, je veux dire de l’univers ou de l’Absolu. Le reste (quatre vingt quinze pour cents) dont on ne sait à peu près rien serait de la matière noire, du rayonnement sombre dont on prendra peut-être un jour conscience, comme le béotien qui avec son modeste téléphone portable rend manifestes des ondes physiques qui sans cela n’existeraient tout simplement pas pour son organisme biologique      Mais enfin ils ont réussi et il faut dire que, mis à part quelques rationalistes purs et durs, ils commencent quand même à se poser des questions. Oubliant que le Bouddha sans accélérateurs de hadrons, sans télescope orbital, sans même une calculette de poche avait déjà envisagé l’essentiel. Ainsi dans sa grande prudence il lui arrivait de dire qu’il y a bien « un non-né, non-fait, non-devenu, non-composé… » qui par ce simple fait devait échapper à tout jamais a toute observation extérieure. Quels que fussent les moyens employés même issus de la high tech la plus résolument innovante.

              Enfin pour calmer un peu l’enthousiasme des scientifiques victorieux, il faut ajouter que dans quelque temps on sera sans doute en mesure de capter des particules cosmiques dont pour l’instant l’atmosphère nous protège et qu’à ce moment là on pourra peut être aussi vérifier directement l’existence du boson de Higgs ou d’autres particules fantômes sans avoir besoin d’un « collisionneur » au prix de revient exorbitant et au coût de maintenance onéreux au-delà du raisonnable.

              Qu’en fera- t-on quand il sera obsolète ? L’aménagera-t-on en parkings souterrains ? En salle de spectacle virtuels ? En éros center ? En futuroscope recyclé ? En abri anti-atomique ? Ou tout simplement en H.L.M. d’un genre tout à fait innovant qui enthousiasmeraient sans doute quelques snobs très tendance.

 

                                                                          Le Chesnay le 25 juillet 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

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                            "Futur antérieur" - eau-forte imprimée sur papier Arches - 50 x 65 cm         

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