Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 07:26
"Les migrateurs" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1990

"Les migrateurs" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1990

Nono court toujours !

 

               Nono la Gidouille reprit son souffle. Après avoir grimpé la butte en petites foulées voilà qu'il abordait un faux plat plus reposant. De quoi récupérer pour redémarrer avec toute la vélocité nécessaire. Sa montre connectée hyper-performante lui indiquait son rythme cardiaque, son taux d'oxygénation, sa glycémie ainsi que la distance en miles déjà parcourue pour accomplir son jogging matinal. De plus les chiffres affichés lui confirmaient une carence légère en sucres lents et un effet de vasodilatation au niveau des chevilles, mais sans caractère vraiment préoccupant.

               Il parcourait donc comme chaque matin son circuit préféré dans les bois de Fausse Repose. Mais cela n'expliquait pas son surnom. Pour Nono c'était facile, Norbert étant son nom de baptême véritable jugé un peu trop noble bien que, comparé à Godefroid  qui vous a une autre allure, même s’il est «  de Bouillon ». Il restait donc simple et discret.

               Pour « La Gidouille » je suis plus perplexe. Peut-être faisait-on allusion à un soupçon de mollesse, à une légère tendance à l'embonpoint pourtant impitoyablement réprimée par une volonté farouche.

               Certains surnoms sont plus parlants. Ainsi « Dédé la Saumure », fréquentation et pourvoyeur de Dominique alors patron puissant et incontesté du F.M.I. Il est vrai qu'il ne s’embarrassait pas trop de subtilités et avait même été jusqu'à baptiser son 5ème bar à prostituées le « D.S.K. »…

               Mais revenons dans les sous-bois où chantent les petits oiseaux. Nono s'y refait une santé mais comme il est bien de son époque moderne il ne saurait gaspiller un temps précieux sans enrichir son information. Il a donc ses écouteurs et reçoit en direct les dernières nouvelles. A la Mecque ça ne s'arrange pas. Au cours d'un rassemblement de 2 millions de fidèles une grue s’est abattue sur la foule. D’abord 87 morts selon l’A.F.P., puis 310 et enfin 717, sans compter 863 blessés. Bien sûr il n’y a que demi-mal car toutes les victimes  vont bénéficier d’un traitement de faveur post-mortem. Leurs chances d’accéder au paradis d’Allah sont grandement augmentées. C’est presque aussi efficace que l’achat massif d’indulgences sous certains papes qui l’étaient de père en fils.

               Mais il y a plus préoccupant. Voilà que Volkswagen, « Das Auto » est pointée du doigt. L’irréprochable firme, garante de toute l’excellence germanique et du sérieux le plus professionnel aurait triché… Allons donc ! On n’ose y croire ! Des véhicules diesel hautement surveillés et mis aux normes se permettraient de camoufler les véritables résultats des examens techniques et rejetteraient, dans les conditions normales, 40 fois plus d’oxyde d’azote qu’il n’est permis. D’ailleurs le P.D.G. a démissionné. Et pendant ce temps certains se demandent si d’autres constructeurs…

               Enfin pas d’affolement, les pires scandales finissent par se tasser. Après l’amiante qui subsiste encore ici et là. Après le sang contaminé. Après…Après…

               Donc Nono la Gidouille poursuit sa course salutaire en respirant le bon air. Celui qui stagne entre l’autoroute de Normandie et la plaine de Versailles, il est vrai assez dépourvue d’usines et délestée de sa circulation aérienne par de prodigieux souterrains   qui permettent à l’A 86 d’encercler la région parisienne.

               Et Nono court toujours. On lui susurre à l’oreille maintenant   des nouvelles  du pape François. C’est qu’il a rendu visite à Fidel Castro avant de rencontrer Obama. Tiens les nouvelles sont bonnes ! Non content d’être ouvert et sympa voilà que le dernier pontife prend des libertés avec le protocole. Il embrasse une petite fille qui a franchi les barrières pour lui remettre une lettre de supplique puis tient des propos assez fermes à ses grands interlocuteurs. Sans leur tirer les oreilles, il se laisse même aller à leur signifier qu’ils n’ont pas toujours raison et qu’ils pourraient mieux faire. Sans doute parce qu’à son âge et étant donné son état de santé, il sent qu’il n’a plus grand-chose à attendre mais qu’il a encore le temps d’être sincère.

               Enfin tout cela ne saurait arrêter Nono dans son élan. Le voici maintenant à l’orée de la forêt. De retour dans la civilisation. Prêt à assumer son rôle d’homme moderne amélioré par les prothèses et les procédures d’assistance. Certes il n’en est Qu’à ses débuts mais la croissance doit redémarrer. Il le faut car c’est nécessaire, inévitable et primordial. D’ailleurs il suffit de baisser les salaires, de ramener les protections sociales au niveau du raisonnable et d’encourager la surconsommation de fuel. On peut aussi rétablir les frontières pour empêcher des hurluberlus irresponsables de s’introduire massivement là où ils n’ont que faire. Enfin tous les espoirs sont permis puisque notre grand pays vend des navires de guerre à l’Egypte en compagnie des Rafales qui lui permettront de dissuader les méchants qui ne lui veulent pas du bien.

               Vous voulez la paix ? L’attaque est la meilleure des défenses. C’est ainsi que voulez-vous !  Et si vous avez du vague à l’âme il vous suffit d’aller dans les bois de Fausse Repose pour vous refaire une santé. Vous habitez trop loin ? Allons un petit effort ! Il faut mériter ce que l’on souhaite et y mettre du sien. Oui mais si tout le monde suivait ces sages conseils ? Ce serait la cohue ? N’en croyez rien, en semaine c’est très calme et le dimanche  vous risquez tout au plus d’y rencontrer des bandes de scouts très bien éduqués et peut-être même en quête d’une B.A. journalière à accomplir. Et vous pouvez en être bénéficiaire. Alors pourquoi hésiter !

 

                                                                        Le Chesnay le 25 septembre 2015

                                                                        Copyright Christian Lepère    

"Les migrateurs" - détail

"Les migrateurs" - détail

Cours camarade!

Le vieux monde est derrière toi!

(comme on disait en 68 pendant le joli mai...)

Mais

reprends

ton souffle!

 

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 08:37
"Étrange rencontre" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1985

"Étrange rencontre" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1985

 

Le canon de la République

 

                   Voilà qu'en ce jeudi 10 septembre 2015 mes pas m'ont mené vers le musée du Jeu de Paume de Versailles. Je savais que Sir Anish Kapoor y avait fait des siennes. Il a investi les lieux pour y installer le « Canon de la République » dont l'ingénieux mécanisme peut envoyer des projectiles sanglants. En l’occurrence de gros blocs de cire molle et rouge sang qui, après une courte trajectoire vont s'écraser dans l'angle des murs opposés, éclaboussant avec enthousiasme tout ce qui est à leur portée.

                   L'effet est surprenant et peut soit faire horreur, soit déclencher des fous rires compensateurs, soit faire sourire les plus blasés, habitués qu'ils sont aux facéties les plus débiles de l'Art Contemporain Officiel.

                   Par chance l'entrée était gratuite. J'avoue que ma pingrerie naturelle m'aurait interdit de m'acquitter d'un droit d'entrée même modique, car cela m'aurait rendu complice de cette plaisanterie d'un infantilisme somme toute assez naïf.

                   Je savourais donc le spectacle bien que le canon soit resté au repos. Puis, découvrant émerveillé la présence d'un livre d'or, je ne pus m'empêcher d'en prendre connaissance. Dans l'ensemble c'était plutôt critique. Depuis le simple « C'est pas beau ! » jusqu'à des commentaires plus élaborés et parfois assez perspicaces. Cependant quelques avis étaient enthousiastes. Rédigés dans le langage pour initié qui permet aux adeptes de l'Art Contemporain de se conforter mutuellement, ils reprenaient les poncifs de base : L'art n'est pas fait pour plaire, il est là pour interroger, pour provoquer et mettre mal à l'aise...Fort bien ! Cela me rappelle le projet d'un stagiaire cherchant à se faire titulariser comme professeur d'arts Plastiques et qui expliquait que son propos était de délivrer la peinture de sa séduction. Ce qu'il avait parfaitement réussi en peignant en vert une boîte en carton abîmée d'où sortaient des fils électriques ne servant à rien donc dénués de toute vaine prétention utilitaire. D'où la merveilleuse gratuité de son acte créatif authentique.

                   Je n'irai pas contre l'esprit du temps et ne me crisperai pas sur des concepts un peu anciens. Toutefois l'ancien professeur  que je fus continue d'être un peu sceptique sur le courant actuel qui voudrait que tout soit libéré. C'est que j'ai longuement fréquenté les jeunes de 11 à 16 ans et que j'ai pu observer leurs attentes et leurs besoins.

                   Assez déboussolés par l'évolution galopante du monde où ils vivent, privés de certaines connaissances élémentaires jugées désuètes, plus ou moins ignorants du passé, le moins qu'on puisse dire est qu'ils manquent de repères sérieux. Leur problème serait plutôt un besoin de structures et de points d'appui. Pardonnez-moi la parenthèse. Si des jeunes à la dérive se laissent séduire par une propagande islamiste au point de partir s'entraîner en Syrie pour faire les choux gras de Daesh, c'est sans doute qu'ils cherchent une branche pour se raccrocher ou un idéal pour combler d'énormes besoins affectifs. Ce n'est pas pour les excuser, encore moins pour les encourager mais notre belle société libérale et consommatrice y est sans doute pour quelque chose.

                   Donc ce dont les jeunes ont besoin n'est certainement pas d'être encouragés à tout contester, à tout remettre en question et à cultiver l'autodérision systématique. Cela ils sont bien capables de le faire eux-mêmes à l'adolescence. C'est naturel et spontané. Et totalement inévitable pour devenir adulte.

      

"Le Canon de la République"

"Le Canon de la République"

 

                   Mais voilà que les tenants de l'Art Contemporain se veulent les sauveurs du monde. Ils veulent être les promoteurs du progrès en libérant l'art de toute contrainte pour que tout soit permis. Aux débuts du 20ème siècle les mouvements de contestation tels que le dadaïsme et le surréalisme avaient leur justification même s'ils étaient bien souvent excessifs. Après la formidable remise en cause des valeurs traditionnelles par l'absurdité de la guerre de 14 la révolte était inévitable, violente et convulsive comme la beauté selon André Breton. Elle partait d'un immense ras-le-bol et elle cherchait des solutions radicales, donc un idéal. Que celui-ci ait pris des formes diverses et contradictoires était inévitable autant que toutes les dérives qui ont suivi. C'est ce qui a donné le communisme russe, le nazisme et toutes les autres idéologies totalitaires, toutes issues au début d'un désir de liberté et de revanche sur l’Ennemi, l’Odieux Capitaliste, le Juif Rapace ou à l’inverse le Boche et le fanatique du Führer.

                   Tout ceci étant posé, le problème véritable n’est pas dans l’excès et la surenchère. Il est plutôt dans le « vide de sens » dont font preuve les douteuses plaisanteries qui se veulent à la pointe de la contestation. La contestation de quoi d’ailleurs ? Mais de tout…et du reste ! Ne serait-ce pas ce qu’on désigne sous le terme générique de nihilisme ? Non ! Bien sûr parce que les héros du mouvement croient encore très fort en quelque chose, leur propre gloire et leur importance essentielle. Ils sont des Artistes, des Créateurs. En témoigne leur égo surgonflé comme le plug anal (Pardon, je voulais dire le sapin de Noël) que Paul  Mac Carthy avait fait installer sur la place Vendôme et qui a été vandalisé par des médiocres, probablement intégristes. Que dire de la fange, de la lie, des misérables larves qui se vengent sur les valeurs reconnues au plus haut niveau de la République ? Et qui ne respectent même pas un gadget gonflable pourtant de dimension impressionnante.

                   Mais le vandalisme est prêt à tout. C’est trop affreux, mais c’est ainsi. Hélas ! Accablés nous pourrions verser des larmes sur les malheurs d’Anish Kapoor. Mais j’ai peur qu’elles ne fassent rouiller un peu plus la ferraille dont il a orné la Grande Perspective. Et ce serait dommage pour une réalisation qui a coûté aussi cher et que tout le monde n’a pas encore pu aller contempler.

 

                                                  Le Chesnay le 12 septembre 2015

                                                  Copyright Christian Lepère 

"Étrange rencontre" - détail

"Étrange rencontre" - détail

Encore plus de turpitudes?

Pas d'inquiétudes!

J'en ai sous

le coude.

La semaine prochaine vous aurez droit 

à

"Nono court toujours"

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 08:16
"La cohorte du yang" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2003

"La cohorte du yang" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2003

« Dirty corner »

(Coin sale)

 

               Après un dur labeur j'ai rangé mes pinceaux. Et pour me rafraîchir l'esprit je me suis dirigé vers le parc de Versailles. Le temps était beau et un petit souffle de vent rendait l'ambiance agréable. Je commençai par me diriger vers le fond du parc, là où les touristes japonais s'aventurent rarement, plus attirés par la magnificence des appartements royaux ou l'exaltation des vastes perspectives qu'on découvre du haut des terrasses.

               Pour ma part j'ai un faible pour les parties plus cachées. Je ne dirais pas sauvages, ce serait très exagéré, mais un peu moins assujetties à une géométrie implacable. J'allais donc le nez au vent et l'esprit assez vacant, profitant de l'ombre des grands alignements d'arbres. Cela me ramena au Grand Canal vers des lieux plus fréquentés.

               Enfin parmi les touristes je remontai l'allée centrale me dirigeant droit sur le château. J'aperçus alors une silhouette étrange. Un repère visuel inattendu. Reprenant mes esprits je pensais aussitôt qu'il s'agissait de l'installation qui avait fait scandale,  œuvre d'Art Contemporain qui avait réussi à investir ces lieux frileusement préservés par la tradition.

               Me rapprochant je constatai que c'était bien la production de Sir Amish Kapoor, génial plasticien et grand installateur à la renommée internationale convié ici pour remettre en question le consensus dont bénéficie encore Le Nôtre aux yeux de quelques attardés nostalgiques des anciens temps. Il était donc là pour témoigner et ouvrir les yeux des malheureux constituant les foules bigarrées qui se pressent et s'obstinent  à venir révérer un vain passé. Beauté, harmonie, vastitude des perspectives sur le Grand Canal. Toutes valeurs obsolètes qui nous maintiennent à un niveau lamentablement humain. Que diable nous sommes à l'ère du numérique et du virtuel, à l'ère de la déstructuration et de la remise à plat. Il reste des tabous ? Abattons-les et piétinons ces traditions de petits boutiquiers retraités qui nous interdisent tout renouveau.

               D'emblée j'ai été impressionné par la taille, puis par la masse, puis par la quantité de matériaux entassés à grand renfort de bulldozers, de pelleteuses et autres engins de terrassement dignes de chantiers pharaoniques. Sans doute n'a-t-on pas lésiné sur les moyens. D'abord j'ai découvert une sorte d'énorme tuyau fermé à son extrémité, en métal un peu rouillé, de 60 mètres de long si l'on en croit des documents sérieux et environné de gros rochers disséminés sur la pelouse. Ensuite de faux rochers d'un rouge sang très énergétique, encore plus gros, encore plus indigestes. Enfin en abordant la façade tournée résolument vers le château, une sorte d'énorme pavillon en métal, fort laid et assez inquiétant. J'ai appris par la suite sur internet qu'on l'avait appelé « Le Vagin de la Reine » après qu'il eut été nommé par son concepteur « Dirty Corner » ce qui veut dire « Coin sale » en bon français. Ce dernier a d'ailleurs reconnu qu'on pouvait y voir une allusion sexuelle, si l'on y tient, bien sûr…

               Or, à notre grande et légitime stupéfaction tout cela a été vandalisé décoré de tags à la peinture blanche. Des inscriptions énormes, bâclées et délivrant un message confus plein de sous-entendus racistes et antisémites. En tout cas sans rapport évident avec l'objet de l'intervention.

               Bref, le spectacle est suffisamment scandaleux et croustillant pour attirer les âmes qui aiment s'émouvoir ou qui souhaiteraient en découdre. S'indigner pour se sentir exister ! Prendre parti pour ou contre ! Enfin lutter contre le Mal et contre ses suppôts !

               Que dire de tout cela ? Que la laideur arrogante et gigantesque de l’œuvre a attiré irrésistiblement une réaction de même niveau. Aussi inepte et violente. Aussi dénuée de signification autre que la recherche du scandale à tout prix et la provocation malsaine.

               Mais la problématique de Kapoor a d'autres facettes. Devant le château il a installé un grand miroir courbe qui reflète les touristes qui s'approchent, la tête en bas. Çà pourrait être rigolo et digne du musée Grévin où l'on m'avait emmené quand j'étais petit. J'avoue qu'à l'époque ça m'avait beaucoup plu, autant que certaines attractions de la Foire du Trône, train fantôme, autos-tamponneuses et barbe à papa. Il est vrai que les miroirs étaient nombreux et variés et vous renvoyaient de votre personne des aspects assez désopilants. Et puis ça ne cachait pas le château de Versailles qui se suffit à lui-même.

               Enfin je venais aussi de contempler une sorte de soucoupe volante orientée vers le ciel, dressée sur des supports métalliques rigides et disgracieux. Là aussi les visiteurs pouvaient s’y contempler et se photographier comme tout le monde le souhaite.

               Que conclure de tout cela ? Peu de chose sans doute…Que nous vivons une époque exaltante où le n’importe quoi sévit à qui mieux mieux. Où tout a le droit de s’exprimer et de tenter sa chance pour séduire le plus grand nombre. Chacun peut y délirer comme bon lui semble et imposer ses élucubrations aux autres, dans la mesure où les autres, il est vrai, ayant aussi ce droit ne souhaitent pas s’en priver.

               Notre premier ministre désapprouve l’antisémitisme. C’est son rôle et on l’approuve. D’ailleurs étant politiquement correct comment pourrait-il se comporter autrement ? En revanche il n’a pas réagi à l’installation de l’ineptie monumentale. C’était beaucoup trop risqué. Se mettre à dos « l’artocratie » dominante et la finance internationale, sans oublier les autorités culturelles et quelques grands patrons mécènes éclairés et sachant rester tellement simples. En gros tout ce qui s’est développé grâce au culte de la libre entreprise et de la liberté totale en art.

               Nous en sommes là. Un trublion pas spécialement doué peut en toute impunité venir investir un des ensembles architecturaux les plus illustres de notre histoire, reconnu comme patrimoine de l’humanité. Certes on n’est pas forcé d’aimer la rigueur et la pompe de Versailles. On peut lui préférer la fantaisie sinueuse des jardins anglais ou les extravagances baroques d’Europe centrale. Il en faut pour tous les goûts. Mais on peut ressentir aussi un profond malaise devant l’intrusion abusive. En architecture comme en aménagements paysagers l’unité de style sans rigidité dogmatique est souhaitable. Elle reste possible entre des formes proches comme le roman et le gothique dont la conjugaison au sein des cathédrales est souvent harmonieuse parce que la transition a été progressive et naturelle. Mais trop c’est trop ! La fausse note nous agresse et la cacophonie n’est pas bonne pour notre équilibre nerveux et viscéral.

               Que voulez-vous, j’allais au parc de Versailles pour me détendre et me ressourcer. Pas pour y être agressé par une énormité racoleuse issue d’une personne qui n’a pas encore fini sa crise d’adolescence. Ni par les réactions exacerbées de tagueurs frénétiques qui ne rêvent que plaies et bosses. Je sais je suis vieux jeu  et je n’aime pas trop être perturbé. C’est très bourgeois même pas bobo mais c’est ainsi. Et je crois que je ne suis pas le seul.

               Enfin ! Dormez en paix braves gens car tout est sous contrôle. Rassurez- vous les coupables seront poursuivis et châtiés. En tout cas tout le nécessaire sera fait. C’est promis. C’est juré.

 

                                                                  Le Chesnay le 10 septembre 2015

                                                                  Copyright Christian Lepère

"La cohorte du yang" - détail

"La cohorte du yang" - détail

Alors?

C'est cool?.

Réjouissez vous !

Il va y avoir une suite!

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 08:52
"Les lendemains qui chantent" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

"Les lendemains qui chantent" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

 

Destins entrecroisés

(suite et fin)

 

         En fin d’ascension la cabine s’arrête. La porte palière s’ouvre. Un pas rapide martèle le couloir, une porte est ouverte puis claquée. Enfin il peut faire venir à lui l’ascenseur qui n’a plus d’autre obligation. Il appuie sur le 0, descend sans encombre et passe devant la loge du gardien.

         Courtois et disponible celui-ci lui fait signe d’entrer. Il a un colis à lui remettre. Voilà donc notre jeune ethnologue se voyant remettre un précieux colis. Un de ses anciens professeurs lui envoie des documents très rares  sur une tribu d’aborigènes qu’on a réussi à contacter afin de connaître leurs mœurs. C’est fort utile par les informations nouvelles que cela apporte et par les pistes qui s’ouvrent et les questions nouvelles que cela entraîne. Voilà l’avenir qui se remet en marche vers des horizons inespérés

         Passionné par les perspectives qui s’ouvrent il ne fait plus très attention à ce qui l’entoure. Dommage ! Car après avoir fait le nécessaire sa voisine inconnue vient de redescendre par l’ascenseur avec la conscience plus tranquille. Un peu pressée elle passe devant la loge sans jeter un coup d’œil alors qu’il est en train de prendre connaissance du contenu de son colis. D’ailleurs ils ne se connaissent pas et n’ont pas le moindre soupçon de leur existence réciproque. Si ce n’est celle d’une vague silhouette aperçue à travers les reflets de la porte palière d’un ascenseur dont les comportements sont plutôt frustrants quoique justifiés par les contraintes techniques.

         Enfin il peut remonter son colis, cette fois-ci sans encombre. Son paillasson est toujours bien aligné et la porte s’ouvre sans problème. Il va pouvoir ressortir pour se rendre à la Grande Bibliothèque. Elle, pour sa part, vient de passer à l’agence où on lui a proposé une offre alléchante. Un autre logement moins cher, de surface identique et avec vue sur les toits de la capitale. Au loin on distingue même le Sacré-Cœur et en se penchant un peu dangereusement, entre de hautes cheminées l’ultime sommet de la colonne de la Bastille. De quoi faire rêver pour pas cher et alimenter les commentaires quand on invite des amis à venir contempler la vue.

         Elle peut donc maintenant se rendre à la Grande Bibliothèque, lieu de ses espoirs et de sa fascination, tellement riche d’enseignements pour sa future carrière. C’est là qu’elle va à nouveau le croiser. Cette fois-ci ils vont se frôler dans un vaste couloir où la foule s’empressant dans les deux sens va les rapprocher de façon insistante mais purement aléatoire. D’ailleurs ce sera très bref et il n’y aura pas le plus petit échange de regard. Pas même un battement de cil. Faire partie d’un groupe compact ne pousse pas à s’intéresser outre mesure à qui l’on croise.

         Un peu plus tard il y aura quand même une approche plus effective à la cafétéria. Mais à nouveau, quand on piétine devant la caisse au sein d’une longue file d’attente on n’a pas forcément envie de dire autre chose que « Pardon ! »  et « Après-vous… ». Donc, pas de suite, pas d’enchaînement, pas de glissement vers des sujets un peu plus intimes ou compromettants. Rien qui puisse mettre en évidence des affinités et des points communs.

         Ah ! S’ils s’étaient retrouvés à la même table, face à face ! Là peut-être y eut-il eu une amorce, un soupçon de connivence derrière les banalités, au-delà de la pluie et du beau temps. Sans oublier les réflexions mi-figue mi-raisin sur les aléas des transports en commun et les pertes de temps donc d’argent que cela entraîne. Peut-être auraient-ils parlé d’aborigènes et à partir de ce préambule émis quelques considérations sur les profondeurs de l’âme animiste ?

         Mais le destin était tout autre. D’ailleurs ni l’un ni l’autre ne saura jamais à quel point deux univers se sont côtoyés  séparés par la vitre anonyme de la porte palière de l’ascenseur. Celle de l’immeuble bourgeois d’une petite rue paisible du 15ème arrondissement, en plein cœur de Paris, ville lumière, ville de rencontres et d’échanges. Haut lieu de la convivialité.

 

                                                      La Brosse Conge le 29 août 2015

                                                      Copyright Christian Lepère

 

"Les lendemains qui chantent" - détail

"Les lendemains qui chantent" - détail

La prochaine fois

je vous parlerai de turpitudes.

C'est un peu éprouvant

mais tellement agréable quand ça s'arrête...

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 07:45
"L'escalier" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"L'escalier" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

Destins entrecroisés

 

      Ce matin-là il sortit de chez lui. Refermant précautionneusement la porte puis vérifiant l'alignement du paillasson et sûr d'avoir fait tout le nécessaire, l'âme tranquille il se dirigea vers l'ascenseur. Une longue journée de recherche l'attendait. C'est qu'il devait se rendre à la Grande Bibliothèque pour y collecter des informations sur sa tribu d'aborigènes préférés.

         Ethnologue averti il poursuivait ses recherches pour élaborer sa thèse. L'affaire était bien avancée et il ne lui manquait que des détails pratiques pour prouver le bien fondé de ses vues sur l'âme tribale et ses pratiques magiques. Si son concept n'était pas totalement révolutionnaire, il n'en demeurait pas moins d'une nouveauté surprenante. Ah ! On allait voir ça dans les médias ! Quand tout serait publié ! Quelle remise en cause de nos certitudes les plus enracinées ! Quel bouleversement dans les mentalités les plus poussiéreuses et bien pensantes ! Quel coup fatal porté aux dogmes institutionnels ! Son cœur s'exaltait déjà à l'avance et c'est avec confiance qu'il appuya sur le bouton d'appel…

         Pas de réponse. Rien ne se passe. Il appuie à nouveau. En vain ! Enfin des bruits se produisent. Oui ! Ça vient du dessus. Il est au 5ème et au 7ème l'ascenseur commence à descendre. Le jeu des câbles et du contrepoids l'atteste. Ça va s'arrêter pour l'accueillir et le mener tout en bas, vers la sortie de l'immeuble. Vers l'avenir qui lui sourit en lui ouvrant les bras.

         Mais non ! L'ascenseur ne s'arrête pas. Il continue sa descente. Ah ! Bien sûr, il y a quelqu'un à l'intérieur qui a appuyé sur le bouton avant qu'il ne le fasse lui-même. Manque de coordination. Ordres contradictoires donnés à une seconde d'intervalle. Et l'électronique suit son cours, accorde la priorité à qui de droit. C'est d'une logique implacable. On ne peut que s'incliner.

         Mais il a eu le temps d’entr’apercevoir une silhouette féminine jeune et conforme à ses fantasmes. Oh ! Ça n’a été que fugace et son imagination a sans doute complété une information lacunaire. Mais enfin l’impression correspondait à ses attentes d’image subliminale toute enrobée de mystère. Car il faut l’avouer, malgré un avenir brillant et une situation pleine d’espoir, il ne se sent pas si bien que cela. Un peu seul à vrai dire. En manque de complice pour partager sa recherche et confirmer ses attentes.

         Pendant ce temps elle a atteint le rez-de-chaussée. Jeune étudiante très attirée par l’anthropologie, elle est un peu indécise. Va-t-elle plutôt s’orienter vers l’ethnologie ? Peut-être même vers l’étude de tribus aborigènes ? Il y a hésitation. L’avenir est si vaste, si ouvert. Mais aussi si incertain. Alors on verra bien…

         Déjà elle a eu la chance de pouvoir se loger au 7ème étage de cet immeuble bien sous tous rapports du 15 ème arrondissement. Elle ne connaît personne dans le bâtiment mais son séjour n’est que provisoire. D’ailleurs elle a autre chose en vue et devrait quitter l’endroit très vite. Elle doit même se rendre dès aujourd’hui à l’agence immobilière pour visiter d’autres logements.

         Arrivée en bas, elle sursaute. Une idée inquiétante vient de lui traverser l’esprit. A-t-elle bien fermé le robinet du gaz avant de sortir ? Mieux vaut vérifier. On ne sait jamais. A moins qu’on ait envie de faire connaissance avec les pompiers ou de voir son nom dans le journal. Donc une demi-seconde avant qu’il n’appuie à nouveau sur le bouton d’appel, elle a déjà appuyé sur le 7 et l’ascenseur, docile et bien élevé la propulse vers les hauteurs. A nouveau le locataire du 5ème la voit passer, mais de dos. D’ailleurs il n’est pas très attentif, un peu contrarié par ces allées et venues. Il sent pointer la désapprobation.

                                                                               À suivre

 

 

"L'escalier" - détail

"L'escalier" - détail

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 06:46
"Ténèbres resplendissantes"  - (abstrait visité par du figuratif) - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

"Ténèbres resplendissantes" - (abstrait visité par du figuratif) - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

 

Le peintre

soumis à la question

(suite et fin)

 

              Breughel et Hiéronymus m’ont donc ouvert une voie que je n’ai jamais cessé de suivre depuis. Mes vues se sont élargies et des estampes japonaises aux masques africains en passant par les couchers de soleil de Claude Gellé dit le Lorrain j’ai intégré d’autres mondes pour finir par me considérer comme un peintre abstrait. Paradoxe ? Non ! Et cela mérite explication. Après tout une œuvre picturale est avant tout un ensemble de lignes, de surfaces et de couleurs qui se doivent d’avoir un intérêt en elles-mêmes. Comme la musique qui, sauf exception, ne ressemble à rien de reconnaissable dans le monde extérieur mais qui témoigne malgré cela d’une beauté et d’une harmonie inhérentes. Beauté basée sur des rythmes en accord avec ceux de notre biologie et des rapports de fréquences d’une rigueur toute mathématique. Et c’est vrai pour toutes les sortes de musiques, qu’elles soient d’une rigueur très intellectuelle ou d’une exubérance populaire. C’est vrai de Jean-Sébastien Bach, du jazz sous tous ses aspects, du rock et des chants Grégoriens.

              Je suis donc un peintre abstrait, indéniablement figuratif, certains diraient même anecdotique et plutôt porté sur le petit détail rigolo. Ce serait rater l’essentiel qui est, sous le pittoresque apparent, une recherche d’harmonie et d’unité dans l’organisation. Le reste étant donné par surcroit et pas totalement indispensable. Tant pis pour ceux qui voient avec leur seul intellect ce qui s’adresse directement à la sensibilité comme toute musique visuelle digne de ce nom.

              Si je m’affirme en tant que peintre abstrait, c’est aussi pour la raison évidente qu’il suffit de zoomer sur mes peintures et d’en extraire de petites zones pour que, isolés du contexte, les détails perdent toute signification figurative et ne soient plus que de la peinture pure dénuée de références au monde connu et reconnu où nous fait vivre notre vision étriquée et utilitaire. Celle-là même qui permet qu’après un vague coup d’œil nous puissions nous empresser de « reconnaître » notre petit monde familier. Ce qui nous dispense d’une enquête plus approfondie et nous permet de passer à autre chose. Car c’est bien là le problème, celui de la vision ordinaire incapable de voir le monde dans son renouvellement incessant et préférant authentifier au jugé ce qu’elle a déjà enregistré et validé. C’est pourquoi nous vivons dans une grisaille de routine et de convention qui se veut rassurante. Et qui l’est. Mais en nous coupant irrémédiablement de la réalité concrète qui n’a que faire de notre besoin de sécurité et de certitudes conventionnelles.

 

                                                                    La Brosse Conge le 22 août 2015

                                                                    Copyright Christian Lepère

 

 

 

"Microcosme"  (abstrait visité par du figuratif) - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

"Microcosme" (abstrait visité par du figuratif) - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

A

la

semaine prochaine

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 08:09
"Vert paysage" - huile - toile marouflée sur bois - 23 x 16 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

"Vert paysage" - huile - toile marouflée sur bois - 23 x 16 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

 

Le peintre

soumis à la question

(suite)

 

 

              Breughel me convenait par l’ampleur de sa vision. Ses vastes paysages composés de multiples lieux et accidents de terrain qu’il avait observés au cours de son voyage vers l’Italie m’ouvrait aux horizons lointains. Contrairement aux autres artistes de son 16ème siècle, il ne prenait pas prétexte des hauts faits de l’Antiquité ou de l’Histoire Sainte pour faire étalage de références culturelles qui vous donnent l’impression de faire partie de l’élite des gens cultivés ou même de ceux qui seront sauvés par leurs croyances. Son but n’était pas de dramatiser pour frapper les esprits par des mises en scène spectaculaires noyées de clair-obscur. Rien de spectaculaire. L’essentiel était souvent discret, même s’il occupait le centre de la composition comme dans le « Portement de croix » où le Christ est au cœur de la foule, tout petit. Et cela était fait avec un tel tact, une telle discrétion que pendant longtemps il fût peu apprécié. Breughel le Drôle, peintre des petites gens et de l’anecdote campagnarde n’avait rien pour séduire le 17ème siècle et sa folie des grandeurs. La monarchie absolue ne pouvait y condescendre. Il lui fallait de la pompe et des oraisons funèbres. De la gloire et de la vanité. Il fût donc oublié ou moqué. Avant que l’histoire ne revienne sur ce jugement hâtif.

              Qu’il soit Allemand, Andalou ou Nippon le touriste basique pénétrait il y a encore peu le Domaine Royal sous le regard souverain du Grand Roi fièrement campé sur son cheval, sûr de son fait, indiscuté… Par une curieuse évolution des perspectives voilà maintenant que cette noble statue accueille les visiteurs du vaste monde à l’entrée de la place d’Armes, dominant tout un moutonnement d’autocars convergeant depuis les confins de l’Europe et faisant de Versailles un pôle d’attraction planétaire. La perspective a changé. Excusez-moi de cette petite digression qui en dit long sur l’état d’esprit actuel.

              Revenons maintenant à Breughel. Pour le Grand Siècle il faisait tache. C’était un amuseur. Mais déjà je pressentais sous le détail pittoresque, dans l’attitude pataude et la silhouette engoncée de ses paysans toute la profondeur d’un esprit pour qui le relatif est une expression de l’absolu.

              Dans un autre registre Jérôme Bosch m’avait séduit. Là c’était au contraire toute la profondeur d’un subconscient débridé qui profitait de la complicité du peintre pour faire surface. D’ailleurs ce sont les surréalistes qui l’ont signalé à notre attention. Ce grand ancêtre les avait devancés. Décadenassant les ténèbres flamboyantes des couches profondes du psychisme, il s’était permis ce que nul avant lui n’avait osé avec une telle audace et une telle imagination. Certes les fresques moyenâgeuses étaient riches en scènes infernales et en diableries naïves et rouées mais cela restait assez conventionnel. C’étaient des œuvres spontanées soumises aux attentes des fidèles et des bons pasteurs en charge d’âmes. Il fallait donc que quelqu’un ose enfin aller voir tout au fond s’il y était. Etant de plus un peintre à la technique irréprochable et disposant de tout son temps il pouvait aller au bout de ses fantasmes. D’ailleurs beaucoup l’ont ensuite suivi mais hélas pas toujours avec la même rigueur et l’inimitable fantaisie créatrice. Ce ne furent souvent que des suiveurs.

 

                                                                        A suivre…

 

"Neige" - huile - toile marouflée sur bois - 25 x 35 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

"Neige" - huile - toile marouflée sur bois - 25 x 35 cm - 1960 - Réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel et de Jérôme Bosch

Le temps passé

s'est 

écoulé

et les saisons

tournent en rond

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 12:53
"Vagabond" - huile - toile marouflée sur bois - 1960 - 50 x 30 cm - Peinture réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel

"Vagabond" - huile - toile marouflée sur bois - 1960 - 50 x 30 cm - Peinture réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Breughel

Le peintre

soumis à la question

 

              C'est la question piège, le guet-apens que l'on vous tend innocemment quand on veut en savoir plus. Et c'est somme toute assez légitime. Devant vos œuvres peintes, qu'elles soient belles, laides ou carrément insignifiantes la personne qui s'y intéresse ou prétend y porter attention en arrive bientôt à vouloir vous cerner. Après l'incontournable : « Combien de temps vous faut-il pour faire ça ? » et la très évidente réponse : « Mais, tout le temps nécessaire... » qui laisse perplexe et peut réduire l'interrogateur au silence, on en arrive bientôt aux motivations. « Quelles sont vos sources d'inspiration ? » et surtout : « Comment avez-vous commencé ? ». Sous- entendu : « Avez-vous fait les Beaux-Arts ? ». Si les œuvres en question paraissent inhabituelles et n'entrent pas dans les catégories courantes : abstrait, naïf, figuratif  ou autres, on tente alors d'affiner

              Je vais donc répondre aux questions que l'on va ou que l'on m'a déjà posées depuis ma plus tendre enfance. Cela m'a pris tout petit, je l'avoue, mais comme bien des bambins j'ai pendant mes jeunes années copié inlassablement ce qui me tenait à cœur. C'était dans l'air du temps, c'était ma culture et je baignais dans l'univers de Walt Disney comme le petit poisson dans les eaux mystérieuses d'un étang mirifique. Monde de légendes et d'archétypes où tout parle à l'âme enfantine et l'entraîne dans des rêveries sans fin. Blanche Neige illuminait la maison des sept nains. Bambi gambadait dans la prairie pleine de fleurs. Mais la méchante sorcière veillait en ricanant et un crocodile de cauchemar traquait le capitaine Crochet qui ne méritait pas mieux. Les oreilles de Mickey me plaisaient immodérément et les petits cochons me charmaient de leurs facéties. Tout cela me servait de modèle et inlassablement je reproduisais mes héros préférés au crayon, à l'aquarelle et parfois par des moyens plus sophistiqués. J'avais même réussi à faire des dessins suggérant le relief avec la technique des anaglyphes. A l'aide d'un crayon rouge et d'un crayon vert, en décalant plus ou moins ces deux couleurs j'arrivais, en regardant à travers des lunettes colorées à faire surgir le volume. Ça n'était pas la 3 D, mais ça marchait !

              Bien sûr l'univers des dessins animés ne suffisait pas et l'astronomie, la paléontologie et d'autres sciences tout aussi mystérieuses me fascinaient. Il m'arrivait de reproduire des squelettes de dinosaures découpés ensuite aux ciseaux à ongles ou de reproduire des fossiles que je récoltais au long des chemins creux bourguignons. J'allais même jusqu'à copier la Joconde, au crayon noir sur papier Canson avec une précision photographique. Je m'acharnais aussi sur des copies de timbres postes français dont les originaux gravés sur acier étaient d'une précision de détail qui m'émerveillait. Je finis d'ailleurs par m'en envoyer un par la poste qui me revint à domicile dûment tamponné par les services postaux. Mais je n'étais pas un  faussaire, tout employé soupçonneux aurait pu constater en le scrutant à la loupe que j'avais remplacé le nom du graveur par le mien propre. Déjà, j'avais des préoccupations éthiques...

              Mais ma véritable nature ne se révéla que plus tard. Breughel et Jérôme Bosch m’attendaient patiemment sur les rayonnages un peu poussiéreux de la bibliothèque de l’école des Arts Appliqués. C’est là que je les débusquais en compagnie de Dürer et de Botticelli. Et c’est là que je me détachais véritablement du monde de Walt Disney qui dès lors ne pouvait plus suffire, même si par la suite il m’est arrivé de doter quelques personnages fantastiques d’oreilles de Mickey plus ou moins incongrues ou de faire figurer d’autres héros enfantins parmi les tags et les affiches lacérées recouvrant des palissades de lieux interlopes, sujets de certaines de mes peintures.

                                                                    A suivre…

"Paysage érotique" - huile - toile marouflée sur bois - 1960 - 25 x 35 cm - Peinture réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Jérôme Bosch

"Paysage érotique" - huile - toile marouflée sur bois - 1960 - 25 x 35 cm - Peinture réalisée à l'âge de 18 ans sous l'influence de Jérôme Bosch

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 08:11
"Les admirateurs" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

"Les admirateurs" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

« A la recherche du temps perdu »

par Nina Companeez

 

           J'avoue m'être encore laissé piéger. Après avoir allumé la télé j'ai zappé sur Arte. Dans l'étrange lucarne voici que sont apparues des images qui me séduisent. Harmonieuses, équilibrées, parfaitement adaptées, elles ont le charme désuet d'un passé cher à Marcel Proust. Les couleurs sont subtilement nuancées. Ce ne sont qu'harmonies de beiges, de gris bleutés, de brun Van Dyck, de jaune de Naples et de blancs savamment déclinés. Du beau travail en vérité et parfaitement adapté au propos. Il s'agit d'une série réalisée par Nina Companeez et qui s'intitule tout simplement « A la recherche du temps perdu ».

             J'ai lu jadis cette œuvre fleuve ou tout au moins les parties qui me semblaient essentielles. Car j'avoue ne pas toujours m'être vautré avec délices dans les complexités psychologiques de la noblesse et de la haute bourgeoisie qui fleurissaient  encore en 1900. Mais c’est tout le paradoxe. Comment dans cette époque encore lourdement conventionnelle où l'on avait du mal à appeler un chat un chat, ces gens cultivés, bardés de références, sûrs de leur fait et de leurs prérogatives arrivaient-ils à vivre leurs passions ? Car ils y arrivaient, avec toutes les conséquences dramatiques ou loufoques que cela implique.

             Par chance un témoin était là, posté aux aguets et se trouvant impliqué dans les méandres des conventions. Voici donc au premier plan le narrateur. Grand jeune homme un peu pensif encore plein d'illusions mais doté d'une intelligence et d'un sens de la subtilité assez exceptionnels. Un peu oisif comme il se doit, ne s'étant pas encore consacré à l'élaboration de son œuvre, le voilà qui se retrouve au Grand Hôtel de Cabourg. Face à la mer infiniment changeante et à ses états  d'âme soumis aux variations atmosphériques et aux rencontres inévitables. Car nous sommes dans un monde de convention où tout est réglé par l'étiquette et les obligations convenables. Par ce qui se fait et par ce qui est grossièrement inopportun.

             Le narrateur va donc vivre sa jeunesse. Voir disparaître sa grand-mère qu'il aimait tant. Se laisser fasciner par la petite bande de jeunes filles en fleurs qui font la nique aux conventions pesantes et se permettent des fou-rires irrévérencieux en sautant les barrières ou en rendant visite à un peintre impressionniste majeur mais qui est resté si simple…

             Il va aussi rencontrer des personnages plus étranges ou simplement plus ambigus. Le jeune Robert de Saint Loup va devenir son ami. Puis il aura des démêlés avec le très contourné baron de Charlus, monstre d'ambivalence habité par un orgueil délirant et se complaisant dans la déchéance mais avec noblesse.

             Il va aussi admirer jusqu'à la déraison la duchesse de Guermantes et tout faire pour connaître son monde aristocratique qui lui paraît si mystérieux. Jusqu'au jour où il va être invité dans le Saint des Saints par son idole et réaliser que tout cela est beaucoup plus plat, anecdotique et convenu que ce qu'il avait rêvé avec exaltation.

             Le voilà donc qui petit à petit retombe de haut, réalisant à quel point il s'est menti à lui-même en se concoctant de grandes passions amoureuses, puis en les voyant s'éteindre sans bruit comme les fleurs qui se fanent.

             Tout cela est bien connu, surtout depuis que Proust nous l'a montré. C'est ce qui fait qu'à la fin du premier film j'ai éteint la télé. La seconde partie allait commencer séance tenante mais j'avais eu ma ration d'esthétique et de turpitudes. Et puis la suite je la connaissais. D'ailleurs ce qui m'intéresse véritablement c'est l'aboutissement ou comment un certain Proust, Marcel de son prénom a réalisé une percée métaphysique non négligeable avec l'aide bénévole de sa petite madeleine ou en trébuchant sur les dalles disjointes de l'église Saint Marc à Venise. Ou comment un snob un peu fat a découvert ses propres profondeurs qui sont aussi sans doute les nôtres.

 

                                                 La Brosse Conge le 31 juillet 2015

                                                 Copyright Christian Lepère

"Les admirateurs" - détail

"Les admirateurs" - détail

"Les admirateurs" - détail

"Les admirateurs" - détail

"Les admirateurs" - détail

"Les admirateurs" - détail

Temps estival !

Mais ne ferait-il pas un peu chaud?

Et les normales de saison sont-elles bien respectées

au moins selon la moyenne statistique?

La question se pose !

Mais comme disait tonton Raymond

un oncle à moi :

"Tout ça n'est pas suivi..."

Et c'est parfois bien ennuyeux !

Enfin

pas d'affolement

on verra bien après le 15 août...

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 20:31
"La tribu" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"La tribu" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

Bicentennial man  

 

 

             J'avoue m'être laissé piéger. C'est qu'il faisait chaud et lourd et qu'aucune amélioration n'était prévue aux informations. Alors j'ai zappé. Après les turpitudes habituelles me voici sur Arte et c'est le début d'un film de science-fiction « Bicentennial man ». Je vais me laisser faire et le voir pour la seconde fois. C'est que la première m'avait laissé perplexe et en tout cas m'avait interpellé dans mes profondeurs les plus obscures.

             L'histoire est simple. Un brave homme achète un robot  pour aider son épouse dans les tâches ménagères. On lui livre la chose  et toute la famille se trouve réunie autour du nouveau venu. Les réactions sont diverses, attirance, admiration mais aussi méfiance, peur et sentiments inavouables. L'ambivalence est à son comble. Le côté humain tellement bien imité et des comportements d'une précision électronique font du robot un serviteur fidèle. Serviable jusqu'à l'excès sa devise est : « L'on est heureux de pouvoir servir ». Il est admirablement programmé.

             Autour il y a des humains qui ne peuvent s'empêcher d’anthropomorphiser, surtout quand ils sont d'un âge tendre. « Petite fille » et « Grande fille » ne vont pas s'en priver. La plus âgée va même tenter de se débarrasser de l'intrus en lui demandant d'ouvrir la fenêtre, puis de se pencher...Ce qu'il fait obligeamment n'y voyant pas malice. Un peu plus tard il va frapper à la porte d'entrée en bien piteux état. Cabossé, sali, plein de tics informatiques et de dégradations de logiciels qui le font ressembler à un vieillard atteint de Parkinson.

             Mais rien n'est simple et très vite l'androïde va sembler s'attacher à ses maîtres. Attentif il saisit leurs états d'âme et souhaite combler tous leurs souhaits. Il n'est pas programmé pour mentir...sauf si un pieux mensonge est ressenti comme un moindre mal. Son éthique est plus fiable que celle de bien des humains.

             Mais c'est une sorte de mutant. Ses désirs outrepassent ses limites mécaniques. Sa programmation a des failles et laisse la place à des improvisations. Tel un enfant il prend conscience du monde et de lui-même. Il est en train de s'humaniser en développant ses capacités diverses. Il se lance dans le bricolage, la réparation d'objets, la fabrication d'artefacts dont les qualités esthétiques surprennent évidemment. Le voici qui commence à gagner de l'argent ce qui nécessite un compte en banque...Le chef d'entreprise, responsable de sa fabrication pense que ces facéties sont dues à de petits  défauts de programmation, des insuffisances de logiciels et qu'on pourrait y remédier facilement par un peu de chirurgie électronique. Mais l'intéressé ne l'entend pas de cette oreille. Son avocat  non plus !

             Soutenu par plusieurs membres de la famille qui l'ont intégré et le ressentent comme un proche, si ce n'est un semblable il va finir par avoir envie d'être libre. Oui mais libre de quoi ? C'est la question…

             Pendant ce temps la vie s'écoule. Les humains vieillissent suivant les lois biologiques. Certains meurent et notre robot croyant retrouver « Petite fille » qui est devenue grand-mère entre temps se retrouve avec la représentante de la 3ème génération. Mais les jeux de la ressemblance génétique  font qu'il va s'attacher à cette nouvelle version désormais plus vraie que l'ancienne. L'art et l'esthétique vont faire maintenant partie de sa vie, puis les passions humaines et l'amour, même physique.

             Il faut dire qu'entre temps il a rencontré un chercheur génial qui a poussé l'étude de la robotique jointe à des recherches en biologie expérimentale au point de pouvoir conjoindre les deux. Petit à petit Andrew va se retrouver pourvu d'organes, donc de sensations, d'affects, voire de sentiments avant de se voir vivre dans un corps biologique complet. C'est de la science-fiction me direz-vous ! Certes ! Mais quand même...A l'heure qu'il est au moins deux hommes ont vécu pendant un certain temps avec un cœur artificiel. Il est vrai qu'en sens inverse nos ordinateurs n'ont pas encore d'yeux ou d'oreilles qu'on pourrait leur tirer quand ils ne sont pas sages. Et encore moins d'organes vitaux qui viendraient assouplir leur rigueur mathématique. Mais au train où vont les choses  on peut se demander ce que nous réservent les chercheurs de pointe qui de toute façon tenteront tout ce qui peut être tenté. Par exemple insérer des puces électroniques dans le cerveau ? C'est fait ! Ou permettre aux neurones de commander une main artificielle ? Pas de problème ! C'est déjà du passé. Alors ?

             Mais si ce film m'a marqué profondément c'est parce qu'il pose des questions ultimes. « Qui suis-je ? » demandait Ramana Maharshi. Ou plutôt «  Que suis-je ? ».

C'est ce qui préoccupe ce brave Andrew. Après avoir voulu passionnément devenir humain pour pouvoir partager sa vie avec la compagne chère à son cœur, voilà qu'il est confronté au problème basique. Elle est mortelle et lui ne l'est pas. La fin du film approche. Pour assumer son destin il ne lui reste plus qu'à devenir biodégradable. Son ami bricoleur de haute technologie bio électronique a aussi la solution qui lui permettra de vieillir et de se dégrader en même temps que celle qu'il accompagne. Pour faire bonne mesure la cour suprême va enfin lui reconnaître un plein statut humain. Il va donc pouvoir s'éteindre paisiblement juste avant son âme-sœur qui n'a plus aucune raison de s'attarder.

             C'est la fin du film. C'est la fin d'une histoire inventée à l'origine par Isaac Asimov. Fictive autant qu'on veut mais peut-être plus vraie que les infos de notre chaîne favorite. Car la fable peut nous en apprendre long sur ce qu’on n’est pas. Mais ce à quoi l’on croit dur comme fer parce qu’on nous a formatés dans ce but, croire aux vérités conventionnelles rassurantes et aux apparences que nul ne saurait discuter.

                                                                                                                            

                                                                  La Brosse Conge le 17 juillet 2015

                                                                  Copyright Christian Lepère

   

"La tribu" - détail

"La tribu" - détail

"La tribu - détail

"La tribu - détail

A bientôt

pour une nouvelle rencontre

estivale!

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article