Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 08:01
"Ainsi va la vie" - détail - huile sur toile - 54 x 65 cm - 1993

"Ainsi va la vie" - détail - huile sur toile - 54 x 65 cm - 1993

Drame au quotidien

 

        Par ce beau jour de mai Bébert vient de buter Julot. Normal ! Il lui avait gravement manqué…

           L'affaire avait pourtant démarré sous de bons auspices. C'étaient de bons copains, vieux chaînons de la même filière. Déjà tout petits ils avaient traîné leurs baskets dans les mêmes caniveaux des mêmes impasses du vieux Belleville. Ils avaient joué aux billes ensemble et s'étaient gavés de « Mistral gagnant » avec l'argent issu de la vente de scoubidous multicolores volés à l'étalage de la mère Michu qui tenait son petit commerce avec dignité mais sous surveillance approximative.

           Puis ils s'étaient perdus de vue avant de se retrouver adolescents. Avec de nouvelles ambitions et des mœurs plus délurées. Ils avaient niqué les mêmes copines, en tout bien tout honneur. Il faut bien assumer ses pulsions et ça n'enlève rien à la chaleur des relations entre potes émancipés. Ça crée même une connivence.

           Enfin, le temps ayant passé ils s'étaient retrouvés copains de régiment appartenant à la même classe. Ils partageaient à cette époque la même chambrée où ils subissaient les humiliations de leur adjudant-chef, un étranger qu'ils classaient d'office dans la catégorie des pisse-vinaigre pour la raison qu'il s'appelait Gaétan, ce qui n'est pas trop grave mais se complique quand il s'agit d'un Gaétan de l'Angélus de Pointe-à -Pitre. Car à leurs yeux c'était impardonnable.

           Ensuite, bon an mal an leur vie s'était déroulée sans anicroche. Mariés et pères de famille ils s'étaient assagis, payaient leur impôts sans trop rechigner et respectaient le code de la route sans rigueur excessive car on sait bien où peut mener un respect trop strict des lois. Bébert devint même délégué syndical bien qu'il s'abstint d'envoyer Popaul son aîné au catéchisme comme Marie-Christine sa maman l'aurait souhaité. Il est vrai qu'étant de sexe féminin elle avait des excuses.

           Tout cela pour dire qu'il était normal et sans histoire. Mais le ver était dans le fruit et le temps passait discrètement sans attirer l'attention. Or, voilà que tout à coup, sans crier gare Popaul de délicieux bambin qu'il avait toujours été s'était transformé en un charmant jeune homme comme son père l'avait été dans des circonstances semblables. Ce faisant il se mit à plaire aux filles et, c'est bien excusable, à se laisser entraîner à des actes délictueux pour les épater. En fait il se mit à rouler les mécaniques.

           Caché sous des porches obscurs il fumait des joints, avant de passer à des stimulants plus efficaces. L'engrenage implacable était lancé. De petits délits en turpitudes plus conséquentes il glissa sur la pente de la déchéance. De plus en plus vite. De plus en plus loin. Et c'est là que le drame se noua. Bébert conscient de cette infamie avait tenté de sermonner son fils. Il lui avait fait honte mais au lieu de s'écraser mollement celui-ci s'était rebiffé. Il avait même été jusqu'à traiter son progéniteur de facho et de petit bourgeois rétrograde. Lui au moins était libre et osait dire leur fait aux amortis de la génération précédente.

           Envisageait-il de partir pour le Jihad? On s'interroge... Mais il est de fait qu'il en menaça son pauvre père. Celui-ci accablé se réfugia chez son pote Julot. Là, devant un match de foot à la télé ils s'enfilèrent des petites bières en se bourrant de pop corn et de merguez jusqu'à une heure avancée. Puis, titubants de fatigue ils s'apprêtèrent à se séparer quand Julot pris d'une vertueuse indignation commença à suggérer à Bébert qu'il était peut-être responsable de la déchéance filiale. Que son laxisme aveugle avait fait de lui un enfant gâté, un irresponsable dangereux, une graine de terroriste, une épave de banlieue.

           C'en était trop ! Atteint au plus profond de sa dignité de géniteur Bébert avait saisi le tisonnier et en avait asséné des coups furieux à son copain jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ou tout au moins que l'intervention de police secours ne soit plus d'aucune utilité pour le malheureux.

           On emporta les restes afin de les autopsier et de déterminer les causes exactes du décès. Gravité des contusions portées avec un lourd objet contondant ? Accident cardiaque dû à la surprise et à l'effroi ou effondrement moral consécutif à une perte d'estime de soi ? Tout cela sans doute, accumulé, ce qui est trop pour un seul homme.

           Mais tant de turpitudes méritent une minute de silence  et je vais donc conclure.

 

           Cette histoire est bien triste et je me demande si on pourra la raconter aux enfants à la veillée. J'ai bien peur d'avoir à me rabattre sur les aventures autrement plus édifiantes de Blanche Neige et des sept nains. Avec les grands classiques on sait au moins où on met les pieds et l'on ne risque pas de se vautrer dans la fange où fleurissent tous les excès, où s'épanouissent tous les vices.

 

                                                         Le Chesnay le 20 novembre 2015

                                                         Copyright Christian Lepère

"Ainsi va la vie" - détail

"Ainsi va la vie" - détail

"Ainsi va la vie" - détail

"Ainsi va la vie" - détail

OUI

c'est affreux

mais il faut voir

la réalité en face!

Rien ne vous sera épargné

avec

"Manger ou être mangé"

Portez-vous bien en attendant

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 08:27
"Le brasier" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1988

"Le brasier" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1988

 

Le réveil de l'ombre

 

          Donc Daesh a encore frappé. C'est l'horreur et la stupéfaction. L'impression d'être plongé dans un cauchemar qui fait suite à celui de Charlie Hebdo.

          Avec l'aide de la télé j'essaie de m'informer. Et petit à petit les événements se précisent, les enchaînements sont mis à jour et une certaine cohérence apparaît.

          Mais attention aux émotions et aux réactions à chaud. Attention aussi aux amalgames réducteurs. On se calme ! Et l'on réfléchit… La première réaction, viscérale, est de crier aux fous furieux. Bien sûr. Seulement voilà, les témoignages s'accumulent. Des malheureux comme vous et moi étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Ils ont côtoyé les terroristes de très près jusqu'à leur servir d'otages. Et comme l'an dernier ils sont formels. Les meurtriers sont jeunes, calmes, organisés, prêts à se sacrifier et apparemment en excellente santé, on peut même dire en pleine forme.  Mais ce sont des fanatiques, des jusqu'au boutistes, des fous ! Des fous ? Sans doute mais le propre de ce genre de folie est d'être malgré tout logique et cohérent, à partir de données de base franchement délirantes. Et tout en découle…

          L'affaire n'est pas nouvelle et l'humanité a toujours adoré jouer à ces jeux pervers où, au nom d'un idéal, on en arrive aux pires aberrations. J'exagère ? Pensez au Grand Inquisiteur, celui qui envoie les hérétiques au bûcher pour le salut de leur âme. pensez également à Hitler avec sa solution finale antisémite. Et aussi à Lénine n'hésitant pas à provoquer une famine pour des raisons stratégiques très personnelles. Et à tant d'autres au cours de cette histoire pleine de bruit et de fureur si bien décrite par Shakespeare. Que ne feraient pas des idéalistes pour faire progresser l'humanité, éradiquer le Mal et faire triompher la Bonne Cause , la leur évidemment… ?

          Rien ne peut excuser des actes de barbarie tels que ceux qui sont advenus à Paris à des terrasses de café ou au Bataclan. Mais on peut tout au moins chercher à comprendre les enchaînements implacables qui y ont conduit.

          En réalité le pire dans tout cela est que les plus radicaux des terroristes ne sont pas foncièrement différents de nous. Ils ont même été formés par notre société et nos bons soins. Leur seule différence est de révéler notre part d'ombre, notre face cachée, celle que nous refoulons à juste titre pour pouvoir pratiquer le « vivre ensemble ». Mais nul n'en est complètement libre. C'est simplement caché dans nos oubliettes où même les psychanalystes les plus performants ont bien du mal à la débusquer. Car c'est en plus interminable, coûteux et aléatoire.

          Alors parfois les circonstances permettent que l'horreur ressurgisse sans crier gare. Mais sommes-nous totalement innocents de ces circonstances ? On sait bien maintenant que d'inutiles vexations infligées à l'Allemagne à l'armistice de 1918 ont nourri un puissant désir de revanche qui nous a conduits tout droit à la seconde guerre mondiale. Ce n'était pas suffisant en soi mais avec l'aide du chômage, de la récession et de la grande crise de l'économie, il ne restait plus qu'à attendre l'arrivée de l'homme providentiel, ce cher Adolf sauveur de la patrie.

          On peut trouver de nombreux autres exemples parmi les justes guerres terminées de façon triomphales. Toujours momentanément et en attendant la suite qui se fait un devoir de rétablir l'équilibre.

          La seule chose certaine est que la violence engendre la violence et que l'anéantissement apparent d'un ennemi n'a jamais fait disparaître ce qui l'animait. Les principaux chefs nazis ont été pendus après le procès de Nuremberg. Cela n'a pas empêché leur idéal de continuer à ressurgir même s'il portait d'autres noms et se cachait derrière de toutes autres justifications un peu partout à la surface de la planète.

          Serais-je pessimiste ? Pas tant que ça car l'inverse de ces cercles vicieux est toujours possible. D'ailleurs l'horreur actuelle amène bien des gens à réfléchir en profondeur. Et déjà on peut noter que la douleur extrême n'engendre pas automatiquement la haine. J'ai d'ailleurs été intéressé par les réactions des proches de certaines victimes qui, matériellement accablés, n'en conservent pas moins un calme et une dignité  qui ne sont pas que de surface.

          Non ! Le pire n'est jamais  certain et même si les manifestations de masse pour Charlie Hebdo n'ont été que des flambées réactionnelles, des vagues d'émotion bien pensante, elles annoncent quand même une évolution profonde dans les mentalités. L'ennui est que nous ayons besoin de l'excès du mal pour commencer à envisager son contraire qui lui n'est en rien excessif.

 

                                                            Le Chesnay le 17/11/2015

                                                            Copyright Christian Lepère

"Le brasier" - détail

"Le brasier" - détail

"Le brasier" - détail

"Le brasier" - détail

Après cette triste réalité

nous reviendrons 

au délire

idiot

celui qui

tisse nos vies

splendides et insignifiantes

Rendez-vous ici avec "Drame au quotidien"

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 08:45
Roger Erasmy sous des cieux tourmentés

Roger Erasmy sous des cieux tourmentés

 

Roger Erasmy

In mémoriam

 

            Roger nous a quittés. Erasmy n'est plus. Pourtant il lui restait bien des projets à réaliser, bien des livres à écrire, tant de semblables à fréquenter et tant de projets à rêver. Seulement voilà, le destin ne l'entendait pas de cette oreille. Tapi au plus profond de notre intimité il n'a que faire de nos souhaits et de ce qui nous motive au quotidien. Ses vues sont à plus long terme et l'immédiat ne saurait le satisfaire. Mais c'est ainsi et il n'a que faire des détails qui nous importent tant.

           Donc Roger n'est plus. Tout au moins sous l'apparence habituelle. Sa silhouette familière, sa bonhomie et sa présence souriante ne seront plus que dans nos souvenirs. Sa vivacité et ses oppositions farouches non plus. Bien sûr quelques documents enregistrés, des photos numérisées qui ne pâlissent plus comme naguère, des vidéos qui ont enregistré ses faits et gestes seront encore là pour nous le rappeler. Même sa voix pourra encore chercher à nous convaincre et nous pousser à poursuivre dans la voie qu'il s'était fixée et qui est chère aux Héritiers de Dali. Car son absence va laisser des traces.

            Infatigable rassembleur il a su regrouper autour de lui toute une mouvance qui convenait à sa nature sensible, familière de l'intériorité et des images qui hantent les tréfonds de l'âme.

            Ce n'est pas un hasard s’il a consacré une partie de sa vie à Salvador Dali. Il est clair que sous les dehors farfelus et parfois discutables de ce clown médiatique, par ailleurs merveilleusement doué pour peindre, il sentait un intérêt authentique pour tout ce qui transcende les apparences. Le surréalisme l'attirait en tant que voie privilégiée vers les fin fonds du tréfonds de notre humanité, les strates cachées du psychisme, tout ce qui échappe à la froideur de la raison et constitue notre moteur véritable.

            Ainsi avec une infatigable énergie Roger a su donner corps à ses rêves. Il a concrétisé ce qui n'aurait été que fugace volition, rêverie éthérée ou protestation de principe. Bref il a incarné ce qui serait resté dans le domaine des vœux pieux. Bien sûr il s'est heurté à la pesante idéologie de l'Art Contemporain Officiel. Mais peut-on lui en vouloir de n'avoir pas pu faire bouger le mastodonte pesamment installé au cœur de l'alliance de la finance et du pouvoir politique ? Pourtant il s'y est essayé avec vigueur !

            Mais la bête qui semble jouir d'une santé insultante est en train de s’essouffler. Il y a eu tant d'autres idéologies autrement plus puissantes qui ont fini par s'écrouler comme le mur de Berlin…

            Alors patientons encore un peu. Mais en attendant n'oublions pas celui qui a eu le courage et l'énergie de tenter une belle aventure qui ne saurait tourner court car elle fait partie de celle infiniment vaste de notre humanité s'acheminant malgré bien des péripéties vers son âge adulte.

 

                                                              Le Chesnay le 13 novembre 2015

                                                              Copyright Christian Lepère

 

Dali tel qu'en lui-même

Dali tel qu'en lui-même

Sous la rose de Dali

Sous la rose de Dali

Quelques documents qui ont aimablement servi à l'élaboration des images sur Photoshop

Quelques documents qui ont aimablement servi à l'élaboration des images sur Photoshop

Le wagon de Dali

Le wagon de Dali

En ces temps tourmentés Paris vient d'être la cible de la terreur fanatique.

Le choc est énorme.

La prise de conscience sera-t-elle à la hauteur?

En sortiront-nous un peu moins infantile? 

Mais le pire n'est jamais certain.

Affaire à suivre...

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 07:54
"Soir d'automne" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"Soir d'automne" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

Automne bourguignon

 

              C'est un temps radieux et un bel automne. Les petites routes serpentent entre champs et hameaux, taillis et fourrés. Mais voici que se profile le château de Bazoches, fief et demeure du Haut et Puissant Seigneur de Vauban. Sa silhouette de conte de fées dresse ses tours rondes coiffées de toits pointus. L'apparition est fugitive entre deux rangées d'arbres aux couleurs embrasées.

              L'envie m'est venue de profiter de ce week-end de Toussaint pour rendre visite à des cimetières anciens perchés en haut des collines. Rondes et isolées celles-ci veillent sur la contrée et meublent mes souvenirs.  Voici d'abord le mont Sabot dont l'église se dresse massive au milieu du cimetière. Les tombes sont vétustes pour la plupart et les dates gravées dans la pierre, rongées de mousses et de lichens témoignent d’un passé qui s’effiloche au gré des saisons. Le temps peut les dissoudre sans se presser car il a tout son temps.

              Dans l’ensemble c’est assez désert, pourtant quelques autochtones y cheminent le long des allées gravillonnées entre les concessions. Tout encombrés de pots de chrysanthèmes ils me saluent discrètement puis réalisant qu’ils ne me connaissent pas ils passent leur chemin pour aller se recueillir au chevet de leurs chers disparus. Simple touriste je déambule non sans prêter attention aux noms gravés sur les pierres tombales.   La plupart fleurent bon le terroir bourguignon mais il s’y mêle aussi des patronymes venus d’ailleurs. Et parfois de fort loin, d’Europe centrale ou de contrées plus ensoleillées. Echoués là au fil des aléas et des soubresauts de l’histoire ils mêlent donc des noms aux consonances improbables, inconnues du tout-venant, grecques ou croates, catalanes ou africaines.

              Je poursuis mon chemin pour atteindre Chalvron. Après un labyrinthe de petites routes d’intérêt local plus hantées d’engins agricoles que de sportives décapotables j’arrive dans ce village ancien où je me perds. Qu’importe, de braves gens à casquette, bottés de caoutchouc s’empressent pour me renseigner et m’indiquent comment atteindre l’église qui domine le vaste panorama. Là- haut elle veille telle une bergère bienveillante sur l’assemblée des tombes qui lui font comme une couronne. La vue sur les environs est fort belle. C’est un lieu qui vous pacifie l’âme et vous fait pardonner la vaine agitation du monde. Et puis on y bénéficie du bon air de la campagne qui peut vous aider à devenir centenaire si le Bon Dieu n’y voit pas malice. Enfin il y a de quoi patienter jusqu’au Jugement Dernier qui verra enfin séparer les bons des méchants. Et pour l’éternité, excusez du peu !

              Enfin d’autres petites routes, d’intérêt tout aussi local vont me conduire à Metz le Comte. C’est un autre village couronné par son clocher et reposant sous la garde vigilante de ses défunts.

              Mais si les jours sont beaux, ils n’en sont pas moins courts. Il me faut maintenant rentrer chez moi avant que la nuit tombe. C’est qu’il me reste à retraverser des villages déserts, des forêts profondes et des contrées silencieuses. Ainsi en cas de panne sèche il serait vain de partir à la recherche d’une station- service plus qu’hypothétique dans ces lieux oubliés. Je ne me vois guère arpentant le bas-côté chargé d’un jerrycan de secours dont d’ailleurs je suis cruellement démuni.

              Que voulez-vous on ne peut tout avoir, le charme bucolique, l’automne resplendissant et le retour aux sources, tout en voulant profiter de la sécurité matérielle du monde contemporain qui n’est jamais bien éloigné. Il y a à Avallon un magasin Casino plein de nourritures et de gadgets et l’on y trouve même des pompes à essence largement approvisionnées en sans plomb 95 venu sans doute des émirats. Et l’on peut se servir soi-même en introduisant sa carte de crédit et son code, à condition de ne pas l’avoir oublié… Ce qui compliquerait bien inutilement. Mais je vous fais confiance, cela n’arrive qu’aux insouciants qui négligent l’essentiel.

 

                                                                 Le Chesnay le 6 novembre 2015

                                                                 Copyright Christian Lepère

"Soir d'automne - détail

"Soir d'automne - détail

"Soir d'automne" - détail

"Soir d'automne" - détail

Tout passe...

et les feuilles mortes se ramassent à la pelle...

Il sera temps 

de parler d'autre chose

si vous n'y voyez pas d'inconvénients

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 16:48
"La locomotive bleue" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

"La locomotive bleue" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

La fin du monde

vient d'avoir lieu

 

 

               « La fin du monde a eu lieu hier à 18 heures30 ». Le message émanant des plus hautes autorités était là abrupt et définitif. Affiché sur son smartphone. Dûment enregistré. Accablant.

               D'un doigt fébrile il appuya sur la touche arrêt. L'information disparut. L'appareil se fit silencieux. Il resta seul avec lui-même sans plus rien pour le consoler.

               Pour inattendue qu'elle fût la nouvelle n'en était pas moins terrible et irrémédiable. Enfin, pourquoi ne l'avait-on pas prévenu dans de meilleurs délais ? Certes, cela n'y aurait rien changé mais il aurait eu le temps de s'y faire ! Bien sûr il n'était pas irréprochable et devait reconnaître sa propre insouciance. Pourquoi ne lisait-il pas les journaux que d'ailleurs il omettait d'acheter ? Pourquoi sur sa télé ne visionnait-il que le sport et encore à condition que ce soit du rugby, le ballon de foot lui semblant trop rond et la balle de tennis trop petite.

               Donc la fin du monde venait d'avoir lieu et il ne l'avait pas vu venir. Enfin cela lui avait évité bien des frayeurs, une attente fiévreuse et un malaise bien inutile puisque sans solution et peut-être même de la mauvaise conscience. Car après tout il n'était pas irréprochable même s'il n'était pas le seul dans ce cas. Même si toutes proportions gardées sa responsabilité dans la survenue du fait était infinitésimale. Bien sûr il avait participé par défaut, en traînant les pieds, en procrastinant comme une bête.

               Pourtant il y avait bien longtemps que les nouvelles se faisaient alarmantes. Du réchauffement climatique à la culture intensive des O.G.M., des dysfonctionnements de la ligne A du R.E.R. à l'engrenage des légitimes revendications du Hamas face à la fermeté vertueuse de Benyamin Netanyahou. De l'Afghanistan à la Lybie le monde n'était plus que convulsions et soubresauts apocalyptiques. Une belle jeunesse partait pour le Jihad faute d'avoir trouvé motif à s'exalter dans le métro- boulot-dodo. Et la ménagère de moins de 50 ans rêvait de devenir Femen pour jeter son soutien-gorge par-dessus les moulins.

               Ah elle était belle la France éternelle, accueillante aux réfugiés, et ouverte à toutes les modernités. Pleine de grâce et de fraîcheur. Rassurante par son passé, exaltante par son avenir.

               Et voilà que tout était terminé ! Fini ! Râpé ! La fin du monde venait d'avoir lieu…  On était bien avancé ! Et à qui présenter ses justes revendications maintenant ? Plus de juges, plus d'arbitres, plus de patrons à combattre, d'employés à licencier, de malades à soigner ni de chats à fouetter. Que faire ? Que devenir ?

               Il essaya bien de téléphoner à sa copine. Mais la ligne était coupée. D'ailleurs elle n'existait plus et n'aurait pu relier que du néant. Désespéré il voulut descendre s'acheter un croissant au beurre histoire de se conforter le moral. Enfer ! Plus d'escalier, plus d'étages, nul ascenseur en vue. La cage d'escalier n'était plus que vide flottant au milieu de nulle part. L'idée même de boulangerie révélait sa vacuité, son absence de concept et même, circonstance aggravante, de substance. Dans son souvenir embrumé où tout se disloquait de vagues lambeaux du passé persistaient en vapeurs de nostalgie inquiète. Mais leur annihilation totale n'allait pas tarder, ce n'était plus qu'une question de secondes avant le Big Crunch ultime.

               Alors il se ressaisit. Se redressa. Retrouva toute sa dignité. Et c’est avec une voix profonde et belle qu’il entonna le « God save the Queen » car il était anglais et qu’en son cœur il ne pouvait désespérer de tout. Et en tout cas pas de l’essentiel. De ce qui fait chaud au cœur et qui vous réconforte envers et contre tout.

 

                                                    Le Chesnay le 16 octobre 2015

                                                    Copyright Christian Lepère

"La locomotive bleue" - détail

"La locomotive bleue" - détail

"La locomotive bleue" - détail

"La locomotive bleue" - détail

J'avoue

qu'après la fin du monde 

les sujets de réflexion se font

plus rares.

Enfin  en cherchant  on finira bien par trouver quelque thème

qui pourra retenir toute votre attention.

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 08:16
"Soir de fête" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

"Soir de fête" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

 

La crotte de chien

au milieu du trottoir

 

          Mais que faisait-elle donc là ? Perplexe Gustave se grattait le crâne en soulevant sa casquette d'un index jauni par la nicotine. Étais-ce bien sa place ? Pourquoi se prélassait-elle là au soleil alors qu'elle aurait dû, en toute logique, baigner dans l'eau du caniveau.

            D'une part ce n'était pas propre et ça faisait désordre. Et d'autre part il y avait danger. Dans ce quartier populaire où de vieilles dames un peu bancroches venaient avec leurs cabas quérir de quoi se sustenter.  Leur but étant de prolonger leur espérance d'une vie peu utile mais à laquelle elles tenaient tant.  Sans négliger le fait qu'à leur âge une chute peut être fatale, au moins pour l'estime qu'on a de soi et accessoirement pour le col du fémur qui peut se laisser aller à des faiblesses coupables.. Et puis il y avait les enfants. D'abord les très jeunes, ceux qui viennent tout juste de faire leurs premiers pas et qui tout ébaubis de leur exploit se précipitent vers leur avenir sans la moindre retenue. Je ne parle pas non plus d'adultes plus conséquents et pleins d'expérience. Ni de ceux à qui on ne la fait plus. Par exemple le facteur qui porte les missives en temps et heure au risque de sa santé et de son intégrité. Ou bien l'artisan qui répond à un appel urgent et qui dans son zèle pour porter secours oublie de regarder ses pieds, tout préoccupé qu'il est par le lavabo bouché ou la fuite pernicieuse qui a déclenché un appel à l'aide. Également le courtier en assurances dont les revenus dépendent de la mise soignée, de l'impeccabilité de la cravate et du brillant irréprochable des chaussures vernies qu'aucune crotte ne saurait souiller.

            Enfin l'objet du délit était là et bien là. Un couple de s.d.f. prostrés sur un banc, non loin de là contemplait le spectacle d'un œil désabusé et un peu morne. Pourtant eux aussi ne jaugeaient pas bien le réel danger de cet excrément canin et des conséquences envisageables de sa présence inopportune.

            Pendant ce temps Gustave continuait de supputer. Les bras ballants, le regard évasif, la main grattant la nuque, il se demandait que faire. Prévenir quelqu'un? Oui ! Mais qui ? Et comment ? Les forces de l'ordre ont bien d'autres chats à fouetter. Elles ne peuvent se distraire de leur mission qui est d'assurer la fluidité de la circulation pour intervenir sur un sujet qui échappe à leurs prérogatives. Police-secours devait aussi, et pour de mêmes raisons, être écartée.

            Que restait-il donc ? Le Samu ? Non, il n'interviendrait que s’il y avait des suites, accident grave ou même mort d'homme. Dieu merci on n'en était pas là !

            Alors Gustave se remit en marche. Précautionneusement il contourna l'obstacle non sans déceler d'une narine sensible une odeur familière bien que discrète parmi le riche bouquet des gaz d'échappement et des relents exhalés par une poubelle entrebâillée. Enfin il tint bon et continuant son chemin il entreprit de remonter la rue. C'est alors qu'il vît, tout de vert vêtu et armé d'un balais et d'une pelle arriver un préposé à la propreté de la voie publique. Il en fut tout réconforté et fit un  écart pour laisser le passage au technicien de surface venant rétablir l'ordre et la décence.

            Je sais cette anecdote paraît banale et certainement elle l'est. Mais il n'empêche ! On se sent quand même mieux quand l'ordre qui vacillait se rétablit. Quand la tendance au n'importe quoi s'incline devant le retour à la salubrité publique. Quand en fait tout se déroule de façon normale, humaine et prévisible.

            Enfin n'en faisons pas un drame ! Cela arrivera tant qu'il y aura des chiens et que leurs maîtres feront preuve à leur égard d'une coupable indulgence et oublieront de leur apprendre le caniveau. Et tant pis pour les utopistes qui rêvent d'un monde idéal  où le déchet n'existe pas !

 

                                                     Le Chesnay le 1 octobre 2015

                                                     Copyright Christian Lepère

"Soir de fête" - détail

"Soir de fête" - détail

"Soir de fête" - détail

"Soir de fête" - détail

Rendez vous ici après ce beau week end

de la 

TOUSSAINT

!

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 07:36
"Vagabondage" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

"Vagabondage" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

Pourquoi faire simple

quand on peut faire plus compliqué ?

 

 

            Nous vivons dans un monde complexe où l'on s'ingénie à rajouter couche sur couche pour faire plus professionnel. Sans doute au nom du progrès. Sans doute pour augmenter ses parts de marché.

         J'avais demandé un contrat « Découverte » Internet pour ma résidence secondaire. L'avantage était de pouvoir le suspendre momentanément quand je n'y suis pas et donc de ne pas payer l'abonnement pendant ces périodes. Orange se devait de supprimer mon ancien contrat puis d'activer le nouveau. L'ennui est que par suite d'une fausse manœuvre les deux contrats ont été supprimés en même temps. Donc plus d'Internet pour la fin de l'été. Excuses plates de la part du service d'urgence. Enfin la situation est rétablie. Ça roule !

            Je ne pense pas retourner à la campagne pendant l'hiver. Donc je souhaite « suspendre » momentanément mon abonnement. Je téléphone. On m'écoute poliment et on m'assure que tout va être régularisé dans les meilleurs délais. Bien ! Très bien !

         Or ce matin je reçois un courrier d'Orange  ou un responsable m'annonce la résiliation (définitive) de mon contrat ! Tout en regrettant la perte d'un abonné qui lui est cher mais sera toujours le bienvenu si taraudé par le remord il se résout à revenir au sein d'une communauté chaleureuse. C'est dit de façon plus sobre mais la chaleur humaine y est.

         Accablé par la nouvelle j'appelle le numéro du service client. Après une attente raisonnable mon interlocuteur se révèle ouvert, sympathique quoique un peu stressé car il doit partir en stage de formation en fin de matinée… Il prend cependant le temps de m'expliquer en détail ce qui se passe. Il va même s'enquérir auprès d'autres services avant de me rappeler avec des informations plus précises. Enfin, cerise sur le gâteau il n'hésite pas à me donner son nom en plus de son prénom.

         C'est grâce à lui que je vais découvrir le sac de nœuds qu'est l'organisation d'Orange. Comme dans toute entreprise qui se veut moderne, tout est connecté et délocalisé. Ainsi en appelant le 39 00 on ne tombe pas sur un service situé dans un bâtiment mais sur un réseau. Et suivant l'embouteillage des appels vous êtes automatiquement redirigé sur d'autres centres affiliés qui peuvent se trouver à Tunis ou à Casablanca ou ailleurs dans ce vaste monde.

         Dans ces centres ceux qui vous répondent souvent avec un fort accent et une maîtrise du langage ordinaire perfectible (ce qui laisse de l'espoir pour l'avenir) ne sont pas au courant de tout. Ils sont là pour l'urgence, pas pour les subtilités dont d'ailleurs on ne les a pas trop informés. Pour ne pas les accabler sans doute car le perfectionnisme excessif est un vice donc une chose superflue et peu rentable… Par ailleurs ces privilégiés qui jouissent d'un emploi et gagnent leur vie sont rémunérés au plus juste pour ne pas les inciter à se laisser aller à une vie facile et dissolue. D'ailleurs dans leurs pays on  sait se contenter. Malgré tout la nature humaine est faible et ils sont stressés. Répondre à longueur de journée à des appels émanant de gens mécontents et pas toujours aimables n'est pas très épanouissant. Surtout qu'il s'agit de données techniques constamment remaniées et que, d'un conseiller à l'autre on peut obtenir des informations contradictoires. Nul n'est censé ignorer la loi mais les règlements et les procédures changent si vite…

         Pendant ce temps il fait beau. Le soleil brille et le fond de l'air reste assez frais pour notre plus grand agrément. Je vais donc faire un petit tour pour m'aérer les neurones avant de replonger dans ce monde opaque où il se passe tellement d'inattendu et d'arbitraire. Ce monde implacable régit par des lois tatillonnes et si provisoirement définitives.

 

 

                                                     Le Chesnay le 3 octobre 2015

                                                      Copyright Christian Lepère

"Vagabondage" - détail

"Vagabondage" - détail

"Vagabondage" - détail

"Vagabondage" - détail

De plus en plus simple!

La prochaine fois vous aurez droit à :

La crotte de chien

au milieu du trottoir

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 07:40
"Opéra comique" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

"Opéra comique" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1990

Nos amies les bactéries         

 

             J'émerge d'un  rêve étrange et d'un pas chancelant je vais préparer mon petit déjeuner. Des graines finement moulues, de la banane, du citron et de l'huile de colza. Le tout malaxé et additionné de corn flakes dans une boisson chaude. Ensuite je laisse reposer et pour cinq minutes je peux jeter un coup d’œil à la télé. Sait-on jamais ?

             Sur Arte c'est un documentaire sur les profondeurs du corps humain et tout ce qui s'y passe à notre insu. Car notre organisme, composé d'honnêtes cellules qui accomplissent leur tâche en bonne entente et réussissent, bon an mal an, à nous maintenir en vie a besoin d'aide. Des milliards de bactéries, virus et autres y font le nécessaire. Et si certains sont néfastes, voire criminels, d'autres coopèrent jusqu'à devenir indispensables.

             Ainsi notre digestion ne pourrait se faire sans leur présence. La perte de notre flore intestinale nous condamnerait à périr d'inanition et ce dans les plus brefs délais. Mais voilà que j'en apprends de belles. Les virus qui ont si mauvaise réputation et dont on se méfie à juste titre ne sont pas tous hostiles. Certains sont même au fil des âges devenus indispensables. C'est qu'ils ont réussi à s'intégrer jusque dans la structure en spirale de notre A.D.N. Autrement dit au sein du sein de notre identité la plus inaliénable. Et pourtant ils l'ont fait ! Il est vrai que d'autres micro-organismes ont réussi à se rendre indispensables jusqu'au cœur des cellules du vivant, participant à leur métabolisme. Ainsi les mitochondries qui assurent l'apport énergétique de la cellule et qui sont d'anciens organismes étrangers qui les ont envahies il y a deux milliard d'années, tout en conservant leur propre A.D.N. ! A partir de ces faits troublants on peut se poser des questions sur notre propre identité biologique, déjà bien malmenée par les greffes d'organes.

             Mais j'en reviens aux virus. Non contents d'avoir squatté notre propre A.D.N., ils sont devenus indispensables. Quand un ovule fécondé entreprend de devenir un futur être humain pour la plus grande joie de papa et maman, il est quand même un étranger. Avec un code génétique différent de celui de ses géniteurs il devrait être impitoyablement rejeté par l'organisme maternel. C'est qu'il n'est ni conforme ni réglementaire. Le système immunitaire devrait lui régler son compte vite fait et faire disparaître les traces du délit. Mais il y a dans le corps des « sanctuaires » où il ne peut intervenir. C'est comme dans les églises du Moyen-Age  ou le pire criminel pouvait trouver asile et échapper momentanément au bras armé de la justice. Et cela est dû aux virus endogènes qui dorment inactifs dans le génome et peuvent reprendre du service pour activer des fonctions inattendues. Admettons-le ! Ces traîtres infiltrés nous sauvent la mise en déjouant les procédures ordinaires. Ce qui est quand même assez sympa !

             D'une infinie complexité, d'un enchevêtrement  incroyable, notre corps biologique, grossier et biodégradable, n'est pas aussi unitaire que ça. Cette entité n'en est pas vraiment une, même si elle fait illusion au premier abord.
             Mais au fait notre âme, je veux dire notre psychisme, n'est-il pas formé de la même manière ? Avec en plus une subtilité beaucoup moins palpable. Nous voudrions tellement nous prendre pour des objets fixes, stables et rassurants auxquels on pourrait dresser une statue au Père Lachaise après un décès toujours injuste et prématuré. Nous sommes tellement enclins à nous prendre pour notre biographie réelle ou fantasmée.

             En réalité nous sommes une collection de tendances et de caractéristiques. Certaines étant codées dans l’A.D.N. et à nous transmises par nos géniteurs directs ou plus lointains. Ainsi on peut avoir les moustaches de son arrière-grand-père ou une tendance au surpoids qui aurait menacé une tante éloignée dont on ignore tout. De la forme des sourcils à la passion pour le chocolat praliné un tas de détails nous ont été légués à notre insu. Et il arrive même que certains caractères n'apparaissent que tardivement, sans crier gare, même après l'âge de la retraite qui est pourtant celui d’un repos bien mérité. Enfin n'oublions pas l'éducation et l'exemple donné par nos aînés, ainsi que le formatage médiatique qui viennent introduire toutes sortes de principes et de concepts qui n’ont rien à voir avec notre nature biologique programmée.

             Voilà c’est dit, nous sommes complexes et ambivalents et contradictoires. Comme notre propre corps que de zélés chercheurs sont en train d’étudier de façon de plus en plus fine avec leurs microscopes à balayage électronique et leurs analyses aidées par les prodigieuses capacités de calcul de nos supers ordinateurs.

             Mais petit à petit l’âme et le corps se rapprochent. Déjà des chercheurs soumettent des méditants bouddhistes à des expériences de laboratoire en garnissant leur crâne d’électrodes d’un effet décoratif très contemporain mais certainement efficace pour la détection de réalités subtiles. Et de nouvelles pistes de recherche apparaissent. On voit ainsi apparaître des flux nerveux, des polarisations, des transferts d’influence de synapse en synapse, des zones d’activation dans le cortex ou dans l’amygdale. Et tout cela nous branche sur  l’hyper complexité de la matière qui n’est jamais que de l’énergie qui tourne en rond. Je délire ? J’extrapole ? Le risque n’est jamais nul de se dorer la pilule ou de prendre sa vessie pour une lanterne. Comme disait Francis Blanche, incorrigible mauvais plaisant mais qui savait si bien nous divertir. Alors par pitié ne me faites pas confiance. Allez-y ! Vérifiez ! Arte et Wikipédia vous attendent sur vos médias favoris. Et il y en a bien d’autres…Le monde se déploie sous nos yeux pour le meilleur et pour le pire. A nous de choisir, il est encore temps.

 

                                                               Le Chesnay le 30 septembre 2015

                                                               Copyright Christian Lepère

 

                                       

"Opéra comique" - détail

"Opéra comique" - détail

 

La prochaine fois je vous dirai

"Pourquoi faire simple?"

(quand on peut faire compliqué)

 

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 07:26
"Les migrateurs" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1990

"Les migrateurs" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1990

Nono court toujours !

 

               Nono la Gidouille reprit son souffle. Après avoir grimpé la butte en petites foulées voilà qu'il abordait un faux plat plus reposant. De quoi récupérer pour redémarrer avec toute la vélocité nécessaire. Sa montre connectée hyper-performante lui indiquait son rythme cardiaque, son taux d'oxygénation, sa glycémie ainsi que la distance en miles déjà parcourue pour accomplir son jogging matinal. De plus les chiffres affichés lui confirmaient une carence légère en sucres lents et un effet de vasodilatation au niveau des chevilles, mais sans caractère vraiment préoccupant.

               Il parcourait donc comme chaque matin son circuit préféré dans les bois de Fausse Repose. Mais cela n'expliquait pas son surnom. Pour Nono c'était facile, Norbert étant son nom de baptême véritable jugé un peu trop noble bien que, comparé à Godefroid  qui vous a une autre allure, même s’il est «  de Bouillon ». Il restait donc simple et discret.

               Pour « La Gidouille » je suis plus perplexe. Peut-être faisait-on allusion à un soupçon de mollesse, à une légère tendance à l'embonpoint pourtant impitoyablement réprimée par une volonté farouche.

               Certains surnoms sont plus parlants. Ainsi « Dédé la Saumure », fréquentation et pourvoyeur de Dominique alors patron puissant et incontesté du F.M.I. Il est vrai qu'il ne s’embarrassait pas trop de subtilités et avait même été jusqu'à baptiser son 5ème bar à prostituées le « D.S.K. »…

               Mais revenons dans les sous-bois où chantent les petits oiseaux. Nono s'y refait une santé mais comme il est bien de son époque moderne il ne saurait gaspiller un temps précieux sans enrichir son information. Il a donc ses écouteurs et reçoit en direct les dernières nouvelles. A la Mecque ça ne s'arrange pas. Au cours d'un rassemblement de 2 millions de fidèles une grue s’est abattue sur la foule. D’abord 87 morts selon l’A.F.P., puis 310 et enfin 717, sans compter 863 blessés. Bien sûr il n’y a que demi-mal car toutes les victimes  vont bénéficier d’un traitement de faveur post-mortem. Leurs chances d’accéder au paradis d’Allah sont grandement augmentées. C’est presque aussi efficace que l’achat massif d’indulgences sous certains papes qui l’étaient de père en fils.

               Mais il y a plus préoccupant. Voilà que Volkswagen, « Das Auto » est pointée du doigt. L’irréprochable firme, garante de toute l’excellence germanique et du sérieux le plus professionnel aurait triché… Allons donc ! On n’ose y croire ! Des véhicules diesel hautement surveillés et mis aux normes se permettraient de camoufler les véritables résultats des examens techniques et rejetteraient, dans les conditions normales, 40 fois plus d’oxyde d’azote qu’il n’est permis. D’ailleurs le P.D.G. a démissionné. Et pendant ce temps certains se demandent si d’autres constructeurs…

               Enfin pas d’affolement, les pires scandales finissent par se tasser. Après l’amiante qui subsiste encore ici et là. Après le sang contaminé. Après…Après…

               Donc Nono la Gidouille poursuit sa course salutaire en respirant le bon air. Celui qui stagne entre l’autoroute de Normandie et la plaine de Versailles, il est vrai assez dépourvue d’usines et délestée de sa circulation aérienne par de prodigieux souterrains   qui permettent à l’A 86 d’encercler la région parisienne.

               Et Nono court toujours. On lui susurre à l’oreille maintenant   des nouvelles  du pape François. C’est qu’il a rendu visite à Fidel Castro avant de rencontrer Obama. Tiens les nouvelles sont bonnes ! Non content d’être ouvert et sympa voilà que le dernier pontife prend des libertés avec le protocole. Il embrasse une petite fille qui a franchi les barrières pour lui remettre une lettre de supplique puis tient des propos assez fermes à ses grands interlocuteurs. Sans leur tirer les oreilles, il se laisse même aller à leur signifier qu’ils n’ont pas toujours raison et qu’ils pourraient mieux faire. Sans doute parce qu’à son âge et étant donné son état de santé, il sent qu’il n’a plus grand-chose à attendre mais qu’il a encore le temps d’être sincère.

               Enfin tout cela ne saurait arrêter Nono dans son élan. Le voici maintenant à l’orée de la forêt. De retour dans la civilisation. Prêt à assumer son rôle d’homme moderne amélioré par les prothèses et les procédures d’assistance. Certes il n’en est Qu’à ses débuts mais la croissance doit redémarrer. Il le faut car c’est nécessaire, inévitable et primordial. D’ailleurs il suffit de baisser les salaires, de ramener les protections sociales au niveau du raisonnable et d’encourager la surconsommation de fuel. On peut aussi rétablir les frontières pour empêcher des hurluberlus irresponsables de s’introduire massivement là où ils n’ont que faire. Enfin tous les espoirs sont permis puisque notre grand pays vend des navires de guerre à l’Egypte en compagnie des Rafales qui lui permettront de dissuader les méchants qui ne lui veulent pas du bien.

               Vous voulez la paix ? L’attaque est la meilleure des défenses. C’est ainsi que voulez-vous !  Et si vous avez du vague à l’âme il vous suffit d’aller dans les bois de Fausse Repose pour vous refaire une santé. Vous habitez trop loin ? Allons un petit effort ! Il faut mériter ce que l’on souhaite et y mettre du sien. Oui mais si tout le monde suivait ces sages conseils ? Ce serait la cohue ? N’en croyez rien, en semaine c’est très calme et le dimanche  vous risquez tout au plus d’y rencontrer des bandes de scouts très bien éduqués et peut-être même en quête d’une B.A. journalière à accomplir. Et vous pouvez en être bénéficiaire. Alors pourquoi hésiter !

 

                                                                        Le Chesnay le 25 septembre 2015

                                                                        Copyright Christian Lepère    

"Les migrateurs" - détail

"Les migrateurs" - détail

Cours camarade!

Le vieux monde est derrière toi!

(comme on disait en 68 pendant le joli mai...)

Mais

reprends

ton souffle!

 

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 08:37
"Étrange rencontre" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1985

"Étrange rencontre" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1985

 

Le canon de la République

 

                   Voilà qu'en ce jeudi 10 septembre 2015 mes pas m'ont mené vers le musée du Jeu de Paume de Versailles. Je savais que Sir Anish Kapoor y avait fait des siennes. Il a investi les lieux pour y installer le « Canon de la République » dont l'ingénieux mécanisme peut envoyer des projectiles sanglants. En l’occurrence de gros blocs de cire molle et rouge sang qui, après une courte trajectoire vont s'écraser dans l'angle des murs opposés, éclaboussant avec enthousiasme tout ce qui est à leur portée.

                   L'effet est surprenant et peut soit faire horreur, soit déclencher des fous rires compensateurs, soit faire sourire les plus blasés, habitués qu'ils sont aux facéties les plus débiles de l'Art Contemporain Officiel.

                   Par chance l'entrée était gratuite. J'avoue que ma pingrerie naturelle m'aurait interdit de m'acquitter d'un droit d'entrée même modique, car cela m'aurait rendu complice de cette plaisanterie d'un infantilisme somme toute assez naïf.

                   Je savourais donc le spectacle bien que le canon soit resté au repos. Puis, découvrant émerveillé la présence d'un livre d'or, je ne pus m'empêcher d'en prendre connaissance. Dans l'ensemble c'était plutôt critique. Depuis le simple « C'est pas beau ! » jusqu'à des commentaires plus élaborés et parfois assez perspicaces. Cependant quelques avis étaient enthousiastes. Rédigés dans le langage pour initié qui permet aux adeptes de l'Art Contemporain de se conforter mutuellement, ils reprenaient les poncifs de base : L'art n'est pas fait pour plaire, il est là pour interroger, pour provoquer et mettre mal à l'aise...Fort bien ! Cela me rappelle le projet d'un stagiaire cherchant à se faire titulariser comme professeur d'arts Plastiques et qui expliquait que son propos était de délivrer la peinture de sa séduction. Ce qu'il avait parfaitement réussi en peignant en vert une boîte en carton abîmée d'où sortaient des fils électriques ne servant à rien donc dénués de toute vaine prétention utilitaire. D'où la merveilleuse gratuité de son acte créatif authentique.

                   Je n'irai pas contre l'esprit du temps et ne me crisperai pas sur des concepts un peu anciens. Toutefois l'ancien professeur  que je fus continue d'être un peu sceptique sur le courant actuel qui voudrait que tout soit libéré. C'est que j'ai longuement fréquenté les jeunes de 11 à 16 ans et que j'ai pu observer leurs attentes et leurs besoins.

                   Assez déboussolés par l'évolution galopante du monde où ils vivent, privés de certaines connaissances élémentaires jugées désuètes, plus ou moins ignorants du passé, le moins qu'on puisse dire est qu'ils manquent de repères sérieux. Leur problème serait plutôt un besoin de structures et de points d'appui. Pardonnez-moi la parenthèse. Si des jeunes à la dérive se laissent séduire par une propagande islamiste au point de partir s'entraîner en Syrie pour faire les choux gras de Daesh, c'est sans doute qu'ils cherchent une branche pour se raccrocher ou un idéal pour combler d'énormes besoins affectifs. Ce n'est pas pour les excuser, encore moins pour les encourager mais notre belle société libérale et consommatrice y est sans doute pour quelque chose.

                   Donc ce dont les jeunes ont besoin n'est certainement pas d'être encouragés à tout contester, à tout remettre en question et à cultiver l'autodérision systématique. Cela ils sont bien capables de le faire eux-mêmes à l'adolescence. C'est naturel et spontané. Et totalement inévitable pour devenir adulte.

      

"Le Canon de la République"

"Le Canon de la République"

 

                   Mais voilà que les tenants de l'Art Contemporain se veulent les sauveurs du monde. Ils veulent être les promoteurs du progrès en libérant l'art de toute contrainte pour que tout soit permis. Aux débuts du 20ème siècle les mouvements de contestation tels que le dadaïsme et le surréalisme avaient leur justification même s'ils étaient bien souvent excessifs. Après la formidable remise en cause des valeurs traditionnelles par l'absurdité de la guerre de 14 la révolte était inévitable, violente et convulsive comme la beauté selon André Breton. Elle partait d'un immense ras-le-bol et elle cherchait des solutions radicales, donc un idéal. Que celui-ci ait pris des formes diverses et contradictoires était inévitable autant que toutes les dérives qui ont suivi. C'est ce qui a donné le communisme russe, le nazisme et toutes les autres idéologies totalitaires, toutes issues au début d'un désir de liberté et de revanche sur l’Ennemi, l’Odieux Capitaliste, le Juif Rapace ou à l’inverse le Boche et le fanatique du Führer.

                   Tout ceci étant posé, le problème véritable n’est pas dans l’excès et la surenchère. Il est plutôt dans le « vide de sens » dont font preuve les douteuses plaisanteries qui se veulent à la pointe de la contestation. La contestation de quoi d’ailleurs ? Mais de tout…et du reste ! Ne serait-ce pas ce qu’on désigne sous le terme générique de nihilisme ? Non ! Bien sûr parce que les héros du mouvement croient encore très fort en quelque chose, leur propre gloire et leur importance essentielle. Ils sont des Artistes, des Créateurs. En témoigne leur égo surgonflé comme le plug anal (Pardon, je voulais dire le sapin de Noël) que Paul  Mac Carthy avait fait installer sur la place Vendôme et qui a été vandalisé par des médiocres, probablement intégristes. Que dire de la fange, de la lie, des misérables larves qui se vengent sur les valeurs reconnues au plus haut niveau de la République ? Et qui ne respectent même pas un gadget gonflable pourtant de dimension impressionnante.

                   Mais le vandalisme est prêt à tout. C’est trop affreux, mais c’est ainsi. Hélas ! Accablés nous pourrions verser des larmes sur les malheurs d’Anish Kapoor. Mais j’ai peur qu’elles ne fassent rouiller un peu plus la ferraille dont il a orné la Grande Perspective. Et ce serait dommage pour une réalisation qui a coûté aussi cher et que tout le monde n’a pas encore pu aller contempler.

 

                                                  Le Chesnay le 12 septembre 2015

                                                  Copyright Christian Lepère 

"Étrange rencontre" - détail

"Étrange rencontre" - détail

Encore plus de turpitudes?

Pas d'inquiétudes!

J'en ai sous

le coude.

La semaine prochaine vous aurez droit 

à

"Nono court toujours"

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article