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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 08:41
"Verte campagne" - huile sur toile - 73 x 60 cm

"Verte campagne" - huile sur toile - 73 x 60 cm

Verte prairie

 

           En bas dans la prairie, sous mes fenêtres, s’étend l’herbe verte toute gorgée d’eau. La couleur est somptueuse et printanière jonchée de petites fleurs des champs, pâquerettes et boutons d’or qui éclosent sur le tapis végétal comme en une tapisserie médiévale aux mille fleurs. Il ne manque plus qu’une Dame à la Licorne, hiératique et paisible pour donner une âme à la campagne qui m’est chère. Et coutumière depuis l’enfance car elle perdure comme moi-même.

           Mais semblable lieu ne saurait rester désert bien longtemps. Voici donc qu’arrivent mes copines les vaches. Sans hâte elles vont broutant de -ci de –là, au gré de leur démarche débonnaire. C’est qu’elles sont à leur aise sans nul horaire impératif. Pas de stress ou d’emploi du temps. Personne ne viendra les presser à rentrer au bercail. Du moins pour le moment et le moment est éternel pour ces sages créatures. Bien sûr on viendra les chercher en temps opportun et Dieu sait avec quelle intention pour leur avenir. Mais de cela elles n’ont pas le moindre soupçon, pas le plus petit pressentiment. Alors elles broutent puisque c’est leur rôle et qu’elles le tiennent avec un inaltérable naturel. Sans relâche et sans nul arrêt si ce n’est pour se reposer. Et ruminer comme il se doit.

           Balançant du col, roulant doucement les mécaniques elles vont d’un bout à l’autre de l’espace dont elles disposent. Moins régulières qu’une faucheuse au parcours programmé et maîtrisé par l’homme aidé d’un g.p.s., elles se laissent un peu aller à l’improvisation. Evitant un creux, pliant la patte pour franchir une bosse elles s’adaptent aux aléas. Contournant une taupinière ou allongeant le col pour se repaître d’une touffe d’herbe jugée plus savoureuse. Ou plus fleurie. A moins que le terrain glissant ne les détourne du droit chemin.

           Mais elles ne sont pas seules. Leurs petits veaux les suivent. Moins solides et plus facétieux ils n’ont pas encore la belle allure des grands mammifères qui broutent sans relâche. La force tranquille leur fait encore défaut. Il suffira qu’à leur tour ils prennent possession des lieux avec l’autorité indiscutée du bovin que nul prédateur ne saurait agresser en ces contrées paisibles. Alors ils pourront régner à leur tour sur ce domaine verdoyant plein d’herbe tendre et de petites fleurs printanières.

                                                         La Brosse Conge le 14 mai 2017

                                                         Copyright Christian Lepère

 

"Au bord de l'étang" - détails

"Au bord de l'étang" - détails

342 - Verte campagne
342 - Verte campagne

Et pendant ce temps

des hordes d'hallucinés hypnotisés par leur smartphone

sont tassés dans le métro

en quête des dernières nouvelles du dernier attentat frappant notre monde médiatique

plein de bruit et de fureur et raconté par un idiot comme disait William

qui en connaissait un rayon...

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 08:10
"Entrelacs" - huile sur toile - 46 x 38 cm

"Entrelacs" - huile sur toile - 46 x 38 cm

Ce que je veux et que je n’obtiens guère

Suite et fin

 

                 Comme je vous l’ai dit précédemment toute la société fonctionne sur le principe de base qu’on ne saurait être heureux que si on a tout pour l’être. Ce qui fait que l’important n’est pas de se sentir vraiment bien  mais d’affirmer qu’on a de solides raisons de le proclamer. C’est vrai aussi pour le malheur. Comment donc oser remettre en cause des bases jouissant d'un tel consensus? Et c'est pourtant ce que d'autres me firent découvrir. Leur explication était simple et méritait d'être soumise à vérification.

                 La voici donc en quelques mots. Si l'homme veut être heureux, assurément, c'est à la condition expresse et indiscutable que ce bonheur soit assuré par tout ce qu'il considère subjectivement comme indispensable. Etre heureux, certes, mais pas par n'importe quel moyen. On a sa dignité et l'on préfère être malheureux plutôt que de se résoudre à un bonheur non justifié par les préjugés en cours dans la période envisagée. Par exemple aller skier à Courchevel avec son jet privé  ou posséder une résidence de rêve au bord la mer d’où l’on peut contempler son yacht digne d’Onassis où l’on va sabler le champagne avec des top model plus que sublimes.

                 Or, dans ces conditions le bonheur ne peut être que dépendant. Pour l'un ce sera l'argent, pour l'autre la gloire ou la notoriété et pour beaucoup les satisfactions des rapports sociaux gratifiants. Avoir des amis, une famille, une descendance qui vous fait honneur, sans oublier l'amour et la sensualité. Voilà pour le commun.

                 Pour les êtres d'exception il faudra des conditions un peu plus originales. Etre le champion du monde du dix mille mètres ou le plus grand collectionneur de porte-clés. Enfin certains se plairont à considérer que seule la Présidence de la République sera capable de leur procurer toutes les joies nécessaires.

                 Mais voici qu'on m'assène maintenant l'affirmation contraire et que l'on vient me dire que le bonheur véritable ne dépend de rien. Et que d'ailleurs s’il dépendait de quoi que ce soit il serait tellement menacé à chaque instant que la jouissance qu'il procure s'en trouverait perpétuellement minée par la crainte de sa disparition. Interloqué par la logique de l'argumentation je n'en ai pas moins continué à faire comme si, malgré tout, telle ou telle chose pouvait quand même me rendre heureux, ou au minimum un peu moins insatisfait. Et je me suis acharné vers des buts divers qui, à mon avis devaient m'apporter quelques joies. Comme il se doit cette obstination a perduré et je n'ai pu y renoncer petit à petit que sous l'effet de l'accablement ressenti devant les échecs réitérés s'accumulant pour ma plus grande édification. Mais le temps est implacable et même mon opacité ne saurait y résister indéfiniment. J'en suis donc arrivé à ne plus croire à ce qui m'était apparu indispensable. J'ai cessé tout doucement de poursuivre mes chimères favorites. Je n'ai plus cru que les vacances, le beau temps et l'opinion des autres sur mes faits et gestes étaient nécessaires à mon bonheur quotidien. En un mot je me suis détaché.

                 Ai-je atteint par ce moyen un état stable et définitif? Je dois avouer que pour l'instant rien ne serait plus mensonger. Car perdre ses références, point d'appuis et croyances diverses n'est pas une mince affaire. C'est que l'on s'est identifié à tant de choses…Aussi nos habitudes invétérées sont-elles amplement suffisantes pour maintenir l'optique habituelle coûte que coûte.

                 Passer sans coup férir de la croyance en la responsabilité des causes extérieures à la pratique beaucoup moins naturelle de la remise en  question de nos prétentions les moins fondées relève carrément de l'ascèse et je crois bien d'ailleurs que s'il n'en était pas ainsi le monde tel qu'il perdure en prendrait séance tenante un sacré coup dans l'aile. Mais il suffit d'ouvrir Paris- Match pour se convaincre qu'il n'en est rien et que la poursuite effrénée du bonheur par les moyens habituels a encore beaucoup de beaux jours devant elle.

                                                                    Le Chesnay le 20 avril  1996

                                                                    Copyright Christian Lepère

                

"Entrelacs" - détails

"Entrelacs" - détails

341 - Ce que je veux et que je n'obtiens guère - suite et fin

Jusque-là ça va?

Alors

à bientôt !

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 06:37
"La dame en vert" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1986

"La dame en vert" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1986

Ce que je veux et que je n'obtiens guère

 

                 Demandez-leur, ils vous le diront tous qu'ils veulent être heureux. Et cela paraît à première vue assez légitime. D'ailleurs pourquoi se priver si une occasion de bonheur se présente? Comment se fait-il alors que la suite soit si décevante? En cet instant je crois, en admettant que les comptes soient corrects, que plusieurs milliards de nos semblables recherchent le bonheur. Avec assez peu de succès me semble-t-il. Car dans le cas contraire le nombre de chercheurs devrait diminuer peu à peu. Et ça finirait par se remarquer…

                 Or la situation n'est pas nouvelle et ne semble en tout cas pas évoluer de façon significative. Il est donc admis une bonne fois pour toute que l'espèce humaine est faite pour rechercher le bonheur sans jamais réussir à s'y établir. Devant cette étrange situation on peut s'interroger: ces cohortes de malheureux opiniâtres s'y prendraient-elles de façon maladroite? Je me suis donc comme tout un chacun évertué à atteindre un état satisfaisant et comme tout le monde je n'y ai guère réussi. Constatant que comme pour tout ceux qui m'entourent et que je côtoie, cette quête ne réussissait que rarement et en tout cas de façon très momentanée, chaque satisfaction étant suivie de complications et de remises en cause on ne peut plus pénibles pour qui croyait toucher au but

                 La chose est devenue intéressante lorsque j'ai enfin rencontré des gens heureux. Pas de ceux qui affirment et qui proclament leur bonheur avec une énergie un peu suspecte et voudraient à tout prix vous convaincre de monter à bord de leur bateau. Non, pas non plus des raisonneurs logiques qui nous prouvent de façon péremptoire que, puisque ils ont tout pour être heureux, ils ne peuvent que l'être. Non, des gens qui non seulement avaient l'air heureux mais de plus n'éprouvaient nul besoin de vous le prouver ou d'aller le crier sur les toits. Je me suis donc approché pour y voir d'un peu plus près. Quoique discrets ces étranges personnages étaient capables de s'expliquer. Et même de fournir des arguments dignes d'être écoutés. Ce n'étaient ni des naïfs, ni des idiots de village. Il se révéla même qu'ils n'avaient pas fait de découvertes miraculeuses et spontanées, mais qu'ils avaient bénéficié eux-mêmes de conseils avisés. On leur avait dit que…et ils avaient tenu à vérifier par eux-mêmes ces conseils transmis au fil des siècles. Leurs sources, lointaines et dûment testées à chaque génération semblaient être crédibles et capables de mener au but.

                 Venu pour m'enquérir, je ne tardais pas à me voir préciser les points essentiels de toute recherche adéquate.

                 J'appris donc ainsi que si tout le monde souhaite le bonheur, bien peu se livrent à des investigations logiques et réfléchies pour y parvenir. Aussi chacun va-t-il chercher à sa façon, ce qui est bien sûr tout à fait légitime, mais hélas sans tenir compte de la dure réalité. Chacun partira donc très naïvement de son propre point de vue et des sages conseils que lui prodiguèrent jadis papa, maman, sans oublier l'oncle Emile et la concierge.

                 Or tous ces braves gens lui ont fait comprendre, preuves pédagogiques à l'appui, qu'on ne pouvait être heureux qu'en obtenant ce que l'on désire. Ce qui est évident puisque dans le cas contraire on est soumis au déplaisir.

                 Ainsi comme chacun a pu le constater dans son enfance, si j'ai une sucette et si on me la retire, je crie, je pleure et je me sens lésé. De là a conclure que l'obtention de confiserie est indispensable à mon bonheur il n'y a qu'un pas bien vite franchi avec l'appui souriant des adultes qui en profitent sournoisement pour établir des stratégies à leur avantage. Chantage et démagogie. Négociation. Je te donne, tu me donnes et tout le monde est content. Enfin presque tout le monde.

                 Je vous en dirai donc un peu plus la prochaine fois afin de dissiper d’éventuels malentendus.

                                                                             A suivre

 

 

 

"La dame en vert" - détails

"La dame en vert" - détails

340 - Ce que je veux et que je n'obtiens guère

En attendant portez-vous bien

et soyez

gais!

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 08:36
 315 - " Le cercle de famille" - eau-forte imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1982

315 - " Le cercle de famille" - eau-forte imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1982

Albert, citoyen intègre

Suite et fin

 

          

           La soirée précédente Albert avait regardé la télé pour y jouir d’un film sur Bonaparte et la campagne d’Egypte. La chose n’était pas déplaisante à regarder. L’histoire y déployait son effervescence à l’aide d’images numérisées, trafiquées et pleines d’effets très spéciaux rendant compte de réalités  anciennes devenues depuis des légendes dont l’enfance est friande. L’équivalent des images d’Epinal en version enrichie et corrigée pour Smartphone de dernière génération dispensant la 4 G. Un bon spectacle pour se détendre avant d’aller remplir son devoir de citoyen. En tout cas suffisant pour toute âme ayant conservé sa fraîcheur enfantine et voulant discerner les bons des méchants.

           Le général Bonaparte était donc le héros qui se lance dans une folle aventure militaire mais avec la meilleure conscience. C’est qu’après avoir combattu victorieusement pour l’idéal révolutionnaire il veut maintenant apporter la civilisation et le progrès à tous ces malheureux qui après leur heure de gloire hélas très ancienne, ont sombré sous des dominations adverses pendant des éternités. Il veut donc retourner aux sources pour les revivifier. Le projet est beau et exaltant. Ne reste plus qu’à le concrétiser ou, comme on dit familièrement, « Y a plus qu’à… ». Il lance donc sa flotte sur les mers, réussit à déjouer la vigilance des Anglais et permet à des artistes, des scientifiques et des penseurs de parvenir en Egypte. Là ils pourront s’instruire, s’ouvrir à des pratiques inconnues et en retour apporter tous leurs savoirs et leurs compétences. Tout ce que l’Europe a développé depuis la Renaissance avec l’apothéose du siècle des lumières. Il s’agit donc de redécouvrir le passé pour se propulser vers l’avenir. Ce n’est pas dit mais clairement on se dirige vers des lendemains qui chantent.

           Hélas, trois fois hélas ! Les Anglais arrivent inopinément et font le coup de Trafalgar. Voilà notre général Bonaparte amputé de sa flotte, coincé en Egypte. Mais qu’importe il est prêt à tout. Y compris lancer son armée à travers le désert pour atteindre le Caire. C’est marche ou crève pendant que quelques-uns artistes et chercheurs se la coulent douce à Rosette au bord de la Grande Bleue. Mais les hommes sont félons et les autochtones ne veulent pas trop se laisser envahir. Pourtant Bonaparte a fait part de bonne volonté. Non content d’admettre les coutumes religieuses voilà qu’il les encourage et se sent des velléités musulmanes. Mais les foules sont versatiles et le premier enthousiasme passé elles se mettent à exprimes des doutes. La situation se renverse. Les féroces mamelucks attaquent puisque c’est leur métier. Il les repousse. Ils s’esquivent et l’entraînent au loin vers le Sud. Comment s’entendre avec des gens qui ne jouent pas franc-jeu ?

           J’avoue qu’Albert, mon héros, bien que séduit par les péripéties se lasse un peu de ces histoires vieilles comme le monde. Guignol c’est bien mais à consommer avec modération comme toutes les bonnes choses. Il est donc allé reposer ses membres un peu las pour se réfugier dans un sommeil apaisant.

           Donc Albert après une nuit réparatrice a pu aller accomplir son devoir, ce qui vous a été dûment relaté. Il a de plus sur le chemin de l’aller et du retour croisé quelques amis et connaissances qui s’apprêtaient à faire comme lui. Et cela l’a réconforté de ne pas se sentir seul. C’est donc la conscience tranquille qu’il a pu revenir chez lui, point de ralliement d’où il repartira comme d’habitude vers de nouvelles aventures, comme Tintin, comme Bonaparte. En attendant le second tour des élections où enfin l’aventure de la France éternelle pourra se poursuivre dans les meilleures conditions. Enfin souhaitons-le car plusieurs candidats, selon des sources bien informées quoique contradictoires sont prêts à nous entraîner vers le chaos et la déchéance. Mais le pire n’est jamais certain même s’il reste toujours possible. Enfin, comme l’avait dit je ne sais plus trop qui mais qui avait de l’expérience : « Nous étions face à l’abîme, nous avons fait un pas en avant ! »

 

                                                         Le Chesnay le 23 avril 2017

                                                         Copyright Christian Lepère

"Le cercle de famille" - détails

"Le cercle de famille" - détails

339 - Albert, citoyen intègre - suite et fin

Le soleil

brille à nouveau!

laissons- le accomplir sa mission

en attendant les dernières nouvelles du vaste monde où il éclaire

 les bons comme  les méchants.

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 06:38
"The Jolly Joker" - huile sur toile " 52 x 45 cm - 2006

"The Jolly Joker" - huile sur toile " 52 x 45 cm - 2006

Albert, citoyen intègre

 

 

Albert se sentait tout chose après une bonne nuit passée en son chez-soi. Il venait de s’éveiller à un jour nouveau. Jour de gloire, radieux et plein d’un joyeux soleil. Pourtant son âme était triste. Allez savoir pourquoi…

           Par la grande baie vitrée il voyait le vaste ciel déployer sa splendeur au -dessus des résidences. Au loin la ville, les bois, le parc de Versailles et ses nobles frondaisons. Enfin le Grand Trianon au charme ancien avec ses colonnades roses au parfum suave.

           Sur tout cela et formant couvercle se déployait l’immensité azuréenne d’un ciel limpide pourtant lacéré des traces croisées des jets emportant ses semblables aux quatre coins du monde. Ce n’étaient que balafres rectilignes  se heurtant ou se chevauchant à moins qu’elles ne s’infléchissent en courbes gracieuses préparant un atterrissage soigneusement prévu. Pourtant chaque petit point engendrant une nouvelle ligne tendue vers l’avenir était plein d’humanité, bondé de ses semblables alignés dans leurs sièges low cost ou classe affaire au confort accru. Là-haut dans une coque métallique les isolant de l’inconfort de l’altitude ses semblables, ses frères et sœurs et leur progéniture se laissaient emporter vers leur destin. Qu’ils soient d’Asie, du Nouveau Monde ou de la banlieue lyonnaise, peu importe. Chacun allant où il devait aller. Du moins tant qu’un terroriste fanatique ne tenterait pas de détourner la trajectoire de la puissante machine vers des buts moins louables aux yeux des infidèles que je suis, que vous êtes, que nous sommes. Mais qui ont bien le droit de ne pas être privés de leur devenir légitime.

           Après ces pensées grandioses inspirées par l’état du ciel il s’alla brosser les dents, puis se peignit et se vêtit. C’est qu’il avait son devoir de citoyen à accomplir. Car il lui incombait de voter pour choisir celui ou celle qui allait devenir le chef et le guide de la nation. Ce qui n’est pas peu. Ce qui est même beaucoup car l’enjeu moral est de taille. Comment choisir alors que tous, prêts à tous les sacrifices sont décidés à tout consacrer au bien commun pour faire profiter de leur expérience et de la sagesse de leur réflexion  un vain peuple abusé par la démagogie des autres. De tous les autres, toutes tendances confondues et qui ne songent qu’à vous leurrer en vous abreuvant de bêtises et d’inepties grossières. De contre-vérités opaques assénées comme parole d’évangile.

           Après avoir lu les programmes, soupesé les arguments et séparé le pour et le contre. Après avoir tenté de démêler le vrai du moins vrai et de l’approximatif. Après avoir démasqué les faux-semblants et les invraisemblances et les compromis inévitables, il avait enfin  décidé de choisir. Oui ! Mais pour qui ? Voter à droite ? Voter à gauche ? Au centre ? Ou plus ou moins à la gauche du centre d’une droite tempérée ?  Fallait-il saisir une occasion d’alternance ou ménager la chèvre et le choux à condition qu’ils fussent bio ? Longtemps il avait contemplé les petits candidats, petits mais dignes d’estime bien que leur obscurité, toute relative d’ailleurs, ne les empêchassent pas de profiter de l’aubaine pour monter à la tribune défendre leurs intimes convictions. Il avait donc porté son attention sur les obscurs et les sans-grade, ceux qui s’immiscent tous les cinq ans dans la cour des grands, profitant de l’aubaine démocratique. Il avait même été jusqu’à envisager ceux qui renonçant à toute prétention ne souhaitent pas réussir et vont  se présenter dans leur simplicité foncière. Au moins ceux-là n’ont pas de magouilles derrière les prétentions, pas de stratégie sournoise, pas de plan B. Ils frôlent le lâcher-prise cher aux adeptes du zen et aux sages qui ont tout largué.

           Il s’était donc rendu à la mairie pour déposer son bulletin dans l’urne et participer à la grand-messe. Puis, fier du devoir accompli il avait regagné ses pénates. Une longue journée l’attendait encore. Comment allait-il la consommer ? Cuite à point ou encore moelleuse à cœur ? Allait-il regarder la télé en attendant fébrilement sinon des résultats, du moins des tendances, des approximations, voire des commentaires sur l’abstention ou le vote blanc ? Enfin tout ce qui aide à patienter en se rongeant les ongles dans l’attente fébrile du verdict final. D’ailleurs même celui-ci ne serait que partie remise à l’issue d’un premier tour en préparant un deuxième.

 

                                                          La suite au prochain numéro…

 

"The Jolly Joker" - détails

"The Jolly Joker" - détails

338 - Albert, citoyen intègre
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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 07:06
"Babel au fil du temps" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1998

"Babel au fil du temps" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1998

 

Le blog de l’Imaginaire fête son 7ème anniversaire !

avec

 

Néron  le tournoyant

 

           C’est sur le Mont Palatin que se dressait la salle à manger tournante de Néron. Dans sa folie celui qui se prenait pour un dieu avait eu l’idée grandiose de placer ses convives sur orbite. Etait-ce pour leur faire tourner la tête ? A moins que ce ne soit par compassion pour les malheureux inférieurs dont sa grandeur d’âme lui permettait de supporter la présence en ces lieux augustes. Avouez que l’idée est grandiose et mérite attention de la part des pauvres béotiens que nous sommes.

           Découvert en 2009 tout le soubassement a permis de comprendre la logique du mécanisme qui animait la partie mobile de cet édifice, par ailleurs d’une stabilité toute classique. D’abord un aqueduc proche fournissait l’eau en abondance. Celle-ci faisait tourner une roue de moulin dont le mouvement circulaire était transmis vers les hauteurs par d’ingénieux mécanismes et finissait par animer une charpente mobile   sur laquelle prenait appui un plateau. Ce dernier couvert d’un dallage taillé dans le marbre le plus noble pouvait enfin accueillir tout le mobilier adéquat. Enfin on pouvait convier les invités à  festoyer dans cet espace sublime digne de l’Olympe.

reconstitution du mécanisme

reconstitution du mécanisme

C’est alors que l’ensemble pouvait se mettre à tourner dans un rythme lent et solennel entrainant les convives dans sa giration, tels des astres autour du soleil ou, mieux encore, tels des satellites rendant hommage à la divinité.  On atteignait ainsi au plus haut des cieux habité par le maître des lieux à l’exact Centre du Monde.

           J’admets que c’est un peu compliqué. Et indirect. Mais que voulez-vous n’est pas Néron qui veut. Et si l’on n’a pas eu cette chance à la naissance, du moins peut-on se rapprocher de Celui qui l’a eue tout naturellement quand il était petit.

 

                                                 Le Chesnay le 1er mars 2017

                                                 Copyright Christian Lepère

"Babel au fil du temps" - détails

"Babel au fil du temps" - détails

337 - Néron le tournoyant

Et

le monde

continue de tourner

inlassablement

et sans

fin

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 07:28

 

J’ai le plaisir  d’exposer

dans une galerie parisienne

 

« concept Store Gallery »

18, rue Dauphine 75006 Paris

(métro Odéon)

 

Du 20 avril au 3 mai 2017

Y figureront 9 de mes peintures.

 

Il y aura deux vernissages :

Le jeudi 20 avril et le jeudi 27 avril à partir de 18 heures.

 

Par ailleurs la galerie est ouverte tous les jours

De 11 à 20 heures, sauf le lundi.

 

Bonne visite dans ce quartier accueillant

dédié à la culture !

 

 

"La vie au grand air" - huile sur toile - 100 x 81 cm -

"La vie au grand air" - huile sur toile - 100 x 81 cm -

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 08:03
"Les temps accomplis" - huile sur toile - 130 x 97 cm - 2002

"Les temps accomplis" - huile sur toile - 130 x 97 cm - 2002

Dernière ligne droite

 

           C’est reparti pour un petit tour. Le but approche à grands pas et il va bien falloir choisir. Alors les candidats se galvanisent et redressent le torse. Tous veulent y croire. Tous comme un seul homme sans oublier les femmes qui après tout sont aussi des hommes comme les autres.

           Ils vont donc à nouveau s’opposer, se traiter de moins que rien et de pas grand-chose tout en gardant le contact en sous-main, parce que dans le fond on ne sait jamais. L’adversaire honni peut toujours redevenir un appui tactique pour venir à bout d’encore pire que lui.

           La partie est serrée, l’issue incertaine et pour rallier les indécis  il faut au minimum faire semblant d’y croire et le clamer haut et fort. Voilà où nous en sommes. En cette époque moderne où tout est numérisé, où les sentiments humains les plus viscéraux et les plus volatils se doivent d’être traduits  en prévisions basées sur des données statistiques  d’une rigueur accablante. Mais c’est bien connu, peu de gens fonctionnent de façon aussi rigoureuse, mais plutôt au jugé et à l’affectif, pour ne pas dire selon des convictions irrationnelles.

           Hélas le progrès se mord la queue. Et plus on peaufine les stratégies, plus on prétend être habile, plus on intègre les contraires mine de rien et plus on introduit le doute chez les électeurs de base qui finissent bien par subodorer les magouilles, même s’ils ont tellement envie de croire en des thèses simplistes où l’on sait au moins discerner les bons des méchants.

           C’est qu’à trop vouloir convaincre on finit par n’être plus crédible. A trop louvoyer on finit par être suspect d’opportunisme.

           Enfin tout se passe comme si la multiplication des sources d’information et des statistiques officielles s’auto détruisait en installant le doute. Car à des chiffres  établis selon une procédure qui se veut rigoureuse on peut toujours en opposer d’autres obtenus avec des paramètres un peu différents. Ce qui permet de clouer le bec à l’adversaire avec des chiffres aussi péremptoires qu’accablants. A ce petit jeu c’est le plus habile qui gagne, celui dont «l’ordinateur » cérébral est le plus performant et le plus riche en données tenues pour indiscutables.

           A ce stade on peut d’ailleurs remarquer que les candidats actuels sont de grands professionnels capables de haute voltige. Avec l’aide bien sûr de leurs conseillers en communication et de psychologues connaissant parfaitement les points faibles du psychisme humain pour le manipuler sans vergogne. Comme les grands publicitaires et autres marchands de soupe et de poudre aux yeux. Mais avec les réseaux sociaux l’opinion se laisse moins facilement convaincre par « le système », tout en prêtant l’oreille aux rumeurs les plus folles…Savez-vous que les Américains n’ont jamais été sur la lune mais ont fait semblant, ce qui Dieu merci ne les a pas empêchés de détecter des restes de base extra-terrestre sur la face cachée… C’est le revers de la médaille, ce qui prouve que tout excès se retourne tôt ou tard contre lui-même.

           Enfin revenons au bon peuple et à ses désirs les plus légitimes. Que souhait-t-il ? Etre heureux bien sûr ! Et par quel moyen s’il vous plaît ? Mais en réalisant ses désirs évidemment. Que certains soient basiques et incontournables est certain, mais les autres ? Ceux qui ne dépendent pas de données objectives pour tout le monde. Ceux qui dépendent d’une subjectivité qui fait toute notre humanité ? On voudrait croire  l’humanité raisonnable, logique et cohérente. Or elle ne l’est guère. On fait semblant d'être convaincu qu’elle sait ce qu’elle veut. C’est déjà faux pour une seule et même personne en proie à ses contradictions. Et encore plus pour des groupes qui s’opposent.

           Un rapide coup d’œil sur les grands mouvements de foule du 20ème siècle prouve que les rebondissements imprévus dépendent de pulsions obscures, collectives et non préméditées qui nous entraînent dans des revirements sans fin. Sans fin ? Non ! Bien sûr tout finit toujours par disparaître quitte à revenir sur la scène un  peu plus tard sous des formes déguisées. De l’Empire romain au 3ème Reich qui devait durer mille ans jusqu’au  Grand Bond en Avant qui transformerait  la Chine en modèle d’un communisme radical et définitif. Mais l’histoire continue de s’écouler et les réactions s’enchaînent en s’opposant nous menant d’un extrême à l’autre avant de revenir à la case départ un peu chamboulée. Mais au fait, une révolution est bien un tour complet à 360° ?

           L’histoire a toujours procédé ainsi et le petit jeu des montagnes russes se poursuit pour nous divertir en nous procurant un bon shoot d’adrénaline. Sans cesse nous balançons d’un extrême à l’autre comme à la foire du trône où l’on jouait à se faire peur dans les manèges ou en s’engouffrant dans le train fantôme pour en ressortir hilare et soulagé.

           Il faut bien constater que le processus s’est accéléré et que notre monde s’ingénie à nous distraire par tous les moyens. Jadis le mouvement du balancier était beaucoup plus lent et discret. On pouvait même croire dur comme fer à l’idéologie dominante. D’ailleurs on avait tout intérêt à s’en convaincre si l’on ne voulait pas finir prématurément sur le bûcher ou tout au moins aller croupir dans un cul de basse-fosse jusqu’à ce que mort s’ensuive. L’argument était convaincant et mettait un frein efficace à la contestation des certitudes en vigueur. Qu’elles soient religieuses ou réputées plus scientifiques.

           Mais nous n’en sommes plus là et certains petits candidats peuvent se permettre une critique de base de la société actuelle sans se faire lapider. J’avoue que ceux-là ont ma sympathie mais bien sûr ils n’ont aucune chance de passer. Et d’ailleurs ce n’est pas ce qui les intéresse. Mais au moins ils peuvent attirer notre attention sur d’autres fonctionnements possibles de notre monde en attendant que les mentalités évoluent. Ce sera long ? Peut-être… Mais au train où vont les choses le pire et le meilleur pourraient bien nous attendre un peu plus loin après avoir passé quelques carrefours, contourné quelques ronds-points et bifurqué sur des bretelles qui permettraient enfin de sortir de l’autoroute où veulent nous maintenir les joyeux candidats actuels.

 

                                                                Le Chesnay le 10 avril 2017

                                                                Copyright Christian Lepère

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 08:14
"Orgueil de Babel" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2008

"Orgueil de Babel" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2008

               Ce texte a été rédigé en 1999 à l’occasion d’une exposition sur le thème de la tour de Babel. Ses conclusions me paraissant plus que jamais d’actualité je vous le soumets sans y apporter le moindre changement.

 

 

 

LE MYTHE DE BABEL

 

            Aussi vieux que l’humanité, le mythe de la Tour de Babel est essentiel dans l’inconscient collectif. Au même titre que le défi prométhéen dont il est une variante, il est l’illustration parfaite des débordements de la folie humaine perdant tout sens de la mesure. La sagesse universelle, des rives du Gange aux abbayes du Haut Moyen-âge, du Bouddha à Socrate et du Christ à Krishnamurti  n’a cessé d’enseigner quelques vérités essentielles. Pour elle, l’homme est caractérisé par une pathologie particulière, celle de l’obsession de la puissance absolue. Dans une optique religieuse on pourrait dire que la créature de Dieu n’a de cesse qu’elle n’ait égalé son créateur. Il arrive même qu’une sorte d’absolu soit atteint lorsque des penseurs proclament froidement la mort de ce dernier

            Le mythe de Babel est donc à ce titre parfaitement actuel. Il est le modèle et le moteur du monde occidental depuis la Renaissance. C’est en effet à cette époque que la mentalité religieuse est devenue profane et que l’homme s’est attribué deux missions : d’abord étudier les lois de la nature, avec efficacité et sans états d’âme, ensuite pour en tirer parti en favorisant systématiquement l’humanité au détriment de tout le reste. C’est une longue histoire, très progressive mais qui a été en s’accélérant de façon foudroyante durant le 20° siècle.

            Nous sommes maintenant au bout du processus où l’homme « tout puissant » en arrive à jouer avec le matériel génétique, après avoir trouvé le secret de l’annihilation de la matière (ce n’est pas le néant, mais ça y ressemble…). D’Auschwitz à Hiroshima la créature est devenue Dieu, capable d’anéantir la création.

            Pour les peintres présents dans cette exposition, l’enjeu n’est pas aussi grave. Conscients des risques de notre époque et de la folie qui la mène, ils jouent plutôt sur le registre de la dérision et de l’humour. Le discours moral n’étant pas ici de mise, ils préfèrent caricaturer le délire actuel et faire sourire plutôt que pleurer. Cette attitude très actuelle est sans doute plus efficace pour toucher nos contemporains et les inciter à de salutaires réflexions. Mais tout dans cette exposition ne relève pas de la critique. Certaines œuvres sont des constructions audacieuses à la limite du délire, bien faites pour exalter le rêve, tandis que d’autres expriment la mélancolie des ruines d’époques de légende. Enfin certains artistes se sont permis des fantaisies surréalistes où l’absurde et la poésie se conjuguent dans d’étranges compositions délirantes.

            Mais revenons au mythe d’origine. Après avoir bravé le ciel, les hommes y sont punis de façon effrayante. Se mettant à parler des langues incompréhensibles aux autres, ils ne peuvent plus « s’entendre » avec leurs semblables. C’est très précisément ce qui nous arrive à ce jour. Les moyens de communications les plus performants et les plus admirables d’un point de vue technique sont en train de compliquer à plaisir les rapports humains, sous couvert de les rendre plus faciles. Plus on communique et moins on se comprend. Ils réussissent aussi le prodige d’amener un nivelage universel, très visible notamment dans l’enseignement. On égalise, bien sûr, mais par le bas, par le plus petit dénominateur commun.

            On se doute que toute cette évolution était inévitable car, comme disent les braves gens : « on n’arrête pas le progrès ». Sans doute, mais sans être trop pessimiste, on peut penser qu’ils n’y a plus qu’à attendre que les retombées s’autodétruisent pour qu’enfin on revienne au « juste milieu » cher au Bouddha et à Lao-Tseu. Si c’est le prochain épisode de l’aventure humaine, celui qui nous attend sous peu, sans doute vaudrait-il mieux s’y préparer.

                                                                         le Chesnay le 20 octobre 1999

                                                                         Copyright Christian Lepère

 

 

"Orgueil de Babel" - détails

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335 - Le mythe de Babel
335 - Le mythe de Babel

Donc

je persiste et signe 

en attendant de savoir qui va diriger

d'une main de fer mais avec la plus grande bienveillance

notre beau pays.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 08:20
"Effervescence d'un ciel changeant" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2009

"Effervescence d'un ciel changeant" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2009

Clovis ou l’appel du large

 

           « Un jour je mourirai sans avoir vu Machu Pichu… ». Voilà la triste conclusion qui s’était imposée à son esprit accablé dans sa fraîcheur enfantine. Pourtant Clovis présentait encore bien. Le cheveu grisonnant mais le mollet nerveux et la mâchoire toujours carnassière alors que le temps continuait de s’écouler irrémédiablement piétinant ses illusions à coup d’occasions manquées.

           Pourtant il avait été un jeune homme plein d’allant affamé de découvrir le vaste monde. Mais voilà, qu’après l’ivresse des découvertes dejadis  la vie s’était affadie. Pleine d’obligations convenues et de comportements qui ne l’étaient pas moins.

           Mais remontons hardiment le cours du temps. Replongeons- nous dans les origines de sa jeune sensibilité. Depuis sa naissance dans le 11°, cet arrondissement peu connu de la capitale parce qu’un peu excentré sans être franchement périphérique. Un quartier vaguement anonyme mais riche en découvertes pour qui sait déambuler les bras ballants et l’âme vacante.

           Remontant dans son enfance il se souvenait avec émoi de ses attentes et de ses désirs de vastitude quand, au détour des pages glacées d’une revue de bonne tenue, il découvrait des contrées lointaines au parfum exotique. De la mer noire dont le nom  lugubre le faisait frémir au désert de Gobi de meilleure réputation. Des étendues sableuses cernant les pyramides aux côtes escarpées du Péloponnèse. Du cours majestueux de l’Amazone aux pics altiers des Sierra Nevada de l’Ancien et du Nouveau Monde.

           Parfois on l’emmenait au cinéma. Alors, au détour d’un documentaire, le lent roulis des caravanes berçait son âme et le plongeait dans des torpeurs enivrantes. Les mélopées, les transes d’étranges autochtones se livrant à des rituels mystérieux lui faisaient entrevoir un au-delà de son quotidien.

           Bien sûr cette nostalgie de l’ailleurs, cet appel vers les lointains azurés l’avait entraîné à aller voir plus loin que le bout de son nez ou les murs pourtant joliment décorés de sa petite chambre.

           Déjà tout petit quand sa famille habitait au second étage d’un immeuble de bel aspect, un peu Haussmannien mais sans plus il lui arrivait de céder à la tentation d’aller voir plus loin et plus haut. De poursuivre l’escalade et de finir par atteindre le 5° étage. Etrange expédition ! La spirale obscure de l’escalier devenait plus claire au point d’éclater dans une lumière intense en arrivant en haut. Mais ce n’était pas tout car la topologie des lieux changeait. D’abord le palier était plus étroit, les portes plus serrées. C’est que sous les toits un balcon bordait tout le long de la façade empiétant sur la surface habitable. Mais si les lieux étaient plus petits, ils étaient aussi plus lumineux. Ce n’était pas le paradis mais au moins ses abords. Et il en redescendait dans un état tout imprégné d’une douce exaltation.

           Pour aller à la petite école il avait le choix entre plusieurs parcours. D’abord la voie directe, sûre et approuvée par l’autorité parentale. Ou alors le chemin des écoliers et ses diverse variantes. Ainsi on pouvait longer le square et ses vertes frondaisons, surtout à la belle saison. Mais on pouvait aussi couper entre des immeubles grisâtres et passer par une petite rue dérobée se terminant en impasse. Mais il suffisait d’en sortir par un pas de côté en bifurquant à gauche.  De toute façon c’était l’aventure avec son lot d’inattendu, son exaltation aventureuse ou son morne accablement suivant l’état de ses pensées.

           Quel qu’il fût le trajet permettait aussi de longer quelques devantures, la papeterie où se cachaient des livres étranges parlant d’astronomie ou de sciences très occultes pour une âme puérile. Tout cela pour vous dire que Clovis qui n’était pas né de la dernière couvée s’était toujours senti attiré  par les contrées lointaines où siégeaient avec majesté Machu Pichu et la cordillère des Andes. Celles qui nous promettent monts et merveilles à la vitrine des agences de voyage, mais aussi celles qu’une éducation religieuse de bon ton lui faisait entrevoir. Emporté il rêvait de Jeanne d’Arc la sainte pucelle et autres saints anachorètes perchés sur des colonnes au milieu du désert le plus hostile. Les meilleurs restant en équilibre sur un pied du matin au soir, voire plus pour les plus exaltés. Le Golgotha le terrifiait mais la gloire de Jérusalem au soleil couchant le faisait fondre en actions de grâce. Enfin Rome, lieu de tous les supplices de tous les saints et de leurs camarades d’agonie lui arrachait des larmes de compassion attendrie.

           A l’adolescence il commença à s’émanciper, en profitant pour aller plus loin que la station de métro qui pourtant était le début d’explorations sans fin menant même jusqu’au trajet aérien qui permet de dominer Paris et sa multitude empressée. Et de descendre à Barbès où une foules multicolore et interlope vous plonge dans des ambiances de souk au cœur d’un Orient rêvé, pouilleux et rutilant, digne de Shéhérazade.

           Mais l’air pur de la campagne l’attirait. C’est ainsi que dépassant les abords du hameau où sa famille avait une petite maison qui l’abritait pendant les vacances il  aborda le village qu’il atteignit en vélo. Puis poussant l’audace et reculant sans cesse les limites du possible il fit irruption dans d’autres communes où il découvrit des autochtones bourrus bien qu’ils fusent de race blanche comme lui. Enfin presque tous car la guerre qui les avait poussés vers une terre plus accueillante avait amené des réfugiés sous divers prétextes  qui depuis s’étaient fondus dans le paysage. Ainsi le cordonnier et l’ouvrier agricole étaient-ils devenus des citoyens sans histoires, gaulois comme tout un chacun même s’ils se prénommaient Ibrahim ou Melchior.

           Enfin n’y résistant plus il partit vers les lointains brumeux, les monts du Morvan dont la ligne bleutée l’appelait vers cet horizon qui ne cesse de reculer à mesure qu’on croit s’en rapprocher.

           Mais sa passion était farouche, sa détermination assurée. C’est ainsi qu’il visita l’Europe, du moins celle limitrophe de sa patrie qui restait à ses yeux le centre du monde civilisé.

           Cependant la télévision soutenue par la complicité des autres médias ne cessait d’ouvrir des meurtrières dans les frontières du monde connu de lui. Ainsi il découvrit d’autres cultures et d’autres façons d’envisager notre présence au monde. Tout cela était étrange et bien déroutant. Mais vaille que vaille il finit par acquérir un ordinateur et se retrouva branché sur le Web qui l’entraîna dans sa ronde en le surinformant.

           Et voilà pourquoi il se retrouvait en ce jour de bilan s’avouant qu’il ne verrai jamais Machu Pichu qui pourtant mérite le détour si l’on en croit les personnes bien informées. Je ne peux que compatir avec sa tristesse mais j’espère en sa compréhension. Peut-être arrivera-t-il  enfin à l’évidence que Machu Pichu n’est pas ailleurs, ni plus loin, ni au-delà mais au-dedans au plus profond de son for intérieur et que le chercher ailleurs est tout à fait vain. Si ce n’est désopilant.

 

                                                       Le Chesnay le 5 mars 2017

                                                       Copyright Christian Lepère

"Effervescence d'un ciel changeant" - détails

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334 Clovis ou l'appel du large
334 Clovis ou l'appel du large

Laissons Clovis à son destin

et en attendant poursuivons le nôtre

dont nous sommes irrémédiablement responsable...

...................................................................?

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