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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 07:35
"Délire crépusculaire" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1983

"Délire crépusculaire" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1983

Gontran

 

               Gontran se jeta un regard torve dans le miroir. Ce qu'il avait en face de lui ne lui souriait guère. Plutôt bien bâti et le mollet vigoureux il se tenait droit dans ses baskets. Et pourtant le compte n'y était pas. C'est qu'à l'étage supérieur là où l'âme affleure derrière le masque il n'était pas très satisfait de son allure de gros macho.

               Si sa mâchoire était puissante et en état de broyer les plus tendres proies et que son nez s'affirmait par une courbe décidée qui lui donnait de l'assurance et lui permettait de dominer toute créature un peu falote, le reste laissait un peu à désirer. Certes son regard était assuré sous des sourcils broussailleux prompts à se durcir et à foudroyer l'adversaire de façon péremptoire. Mais son front était soucieux. Car si c'est rassurant d'être un battant, une bête de ring, un qui ne tolère pas qu'on lui manque, encore faut-il pouvoir goûter les douceurs de la vie. Et ce, sans trop se poser de questions. Sinon à quoi bon être le chef ?

               Mais voilà, le doute l'assaillait et sous sa superbe s'infiltrait une angoisse sournoise. En bref il ne suffit pas d'être un cadre moyennement supérieur capable d'imposer ses lubies si l'on n'est pas en mesure d'en tirer tout le suc et les délices inhérents aux avantages établis.

               Dès le saut du lit il s'était senti un peu chose et même tout déréglé. D'abord il avait eu du mal à s'extraire de ses draps tout mouillés de ses sueurs nocturnes. Un véritable nid de chien dont il s'était arraché comme d'un bourbier. Ensuite, traînant la patte il s'était heurté le petit orteil sur le coin de la porte de la salle de bain. Sans provoquer de fracture irrémédiable le choc avait été bien douloureux et humiliant pour cette âme sensible honteuse de sa maladresse. Puis, son petit déjeuner vite expédié il s'était brossé les dents. Enfin il était sorti pour se diriger en R.E.R. vers son bureau au 28ème étage d'une des tours de la Défense. Sorte de menhir prodigieux tout de verre et d'acier poli jaillissant depuis les sous-sols pleins de véhicules alignés comme des parpaings dans les profondeurs à niveaux multiples vers les hauteurs vertigineuses d'un ciel de croissance infinie globalisée au monde entier.

               C'est là qu'il avait eu un petit choc, une joie furtive. Non seulement Salim Abdeslam, terroriste notoire et hideur des banlieues belges avait été intercepté, mais en plus vivant et même en bonne santé. Donc utilisable au regard de la justice après une implacable enquête internationale. C'est sûr on allait le faire parler sans trop de peine, ce lâche, ce minable qui s'était éclipsé en jetant sa ceinture d'explosifs aux orties, je veux dire dans une poubelle qui n'en avait que faire. Enfin on le tenait et en un seul morceau, s'il vous plaît !

               Après ce rayon de soleil dans son quotidien de tous les jours il s'était senti plus léger. C'est d'un pas assuré qu'il franchit le portail automatique sécurisé de son building ou s'étalait en lettres géantes la puissance du complexe multinational qui l'employait à une place modeste mais susceptible de promotion exponentielle pour récompenser ses capacités futures. N'importe quel fantassin de base a dans sa musette la possibilité rêvée de son bâton de maréchal. Il suffit d'un peu de chance et d'être reconnu enfin à sa juste valeur, celle de son exigence naturelle  aussi vaste qu'un avenir ultralibéral libéré de toute hésitation frileuse.

              C'est à la pause déjeuner devant son hamburger frite qu'il avait eu une seconde éclaircie. La télé lui avait appris qu'Abdeslam avait un avocat à la hauteur. Du nom de Sven Mary ce dernier était non seulement belge et flamand, ce qui est somme toute normal et légitime, mais aussi acrobate du barreau, contorsionniste du prétoire, défenseur du criminel fanatique et du délinquant radicalisé. Ce qui est déjà plus remarquable quand on ne peut se satisfaire de la banalité ordinaire de la justice mais qu'en plus il y ajoutait des performances plus rares : maîtrise des ambiguïtés du code pénal et interprétation sans état d'âme d'un flou sémantique inhérent à toute codification un peu subtile. Donc cet avocat allait nous divertir avec un spectacle gratuit, télévisé, et sans doute très instructif.

               Mais, me direz-vous, Gontran se montrait-il cohérent ? Vouloir châtier un monstre et applaudir celui qui est prêt à le défendre bec et ongle au nez et à la barbe des magistrats ? Vouloir anéantir le mal et applaudir celui qui prend la défense du bourreau et du tortionnaire. C'est que rien n'est simple. Et que tout se complique. Car tout se tient et que le délinquant et celui à qui il porte préjudice sont bien représentants d'une  même humanité. C'est bien sur quoi jouent certains qui tel maître Vergès savent se faire l'avocat du diable sans déclencher de représailles contondantes à leur égard de la part des braves gens. Mais je vous en avais prévenu, Gontran est humain, comme vous et moi,  et peut-être n'est-il pas très cohérent au moins comme moi. Mais c'est ainsi et si je vous en cause c'est sans doute parce que toute simplification dans l'observation de ce qui se produit ne peut résulter que d'un manque d'information du à l'insuffisance de nos sources de références. Et j'ai bien peur que ni la télé, ni internet  ni nos journaux favoris ne sont capables de nous en dire suffisamment pour éviter nos erreurs d'interprétations. Allons, je m'arrête là avant  de m'avancer plus et d'avoir peaufiné  toutes ces réflexions avec mes neurones qui auraient bien besoin d'un peu de repos pour améliorer leurs performances et me permettre de conserver tout mon sang-froid et toute ma dignité. Pour vivre heureux vivons couché ? Allons, une petite sieste ne peut pas faire de mal...

 

                                                        Le Chesnay le 29 mars 2016

                                                        Copyright Christian Lepère

"Délire crépusculaire" - détail

"Délire crépusculaire" - détail

"Délire crépusculaire" - détail

"Délire crépusculaire" - détail

Après toutes ces turpitudes

un peu de rêve.

Un petit

poème de mon cru.

sympa et bucolique, gentiment déjanté

vous attendra au détour de ce blog dès que faire se pourra.

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 07:35
"Extrême confusion" - dessin aquarellé - 28 x 59 cm - 1983

"Extrême confusion" - dessin aquarellé - 28 x 59 cm - 1983

Joseph Goebbels

 

 

               J'étais dans la salle d'attente de mon médecin traitant et je farfouillais dans la pile de vieilles revues empilées en un tas branlant sur une petite table basse. Que du vieux, que du périmé. Apprendre les dernières nouvelles de décembre 2012 ou les scoops de janvier 2013 ne me semblait pas primordial.

               Pourtant je tombais sur un article qui pour je ne sais quelle raison parlait des dirigeants nazis en fin de seconde guerre mondiale. Notamment de Joseph Goebbels. L'approche paraissait sérieuse et bien documentée. C'est donc avec surprise et intérêt que j'appris que ce fidèle d'Hitler lui était resté fidèle jusqu'à la fin. Ainsi à la mort du Führer, l'échec total et définitif du Reich étant confirmé, il avait décidé de mettre fin à ses jours pour ne pas survivre à l'anéantissement de son idéal.

               Sa fidèle épouse, Magda, qu'il avait passé le plus clair de ses loisirs à tromper avec n'importe qui lui montrait bravement l'exemple en commençant par administrer du cyanure à leurs six enfants avant de se supprimer elle-même. Avouez que ce n'est pas rien ! Quelle que soit l'opinion que l'on a de ce genre de personne, il faut bien reconnaître une cohérence intellectuelle et morale et qu'au moins les conséquences de leurs convictions étaient assumées.

               D'ailleurs j'ai noté récemment que certains fanatiques djihadistes font preuve des mêmes caractéristiques. Les deux qui poussaient leur chariot dans le hall de l'aéroport de Bruxelles sans attirer l'attention de la foule témoignaient aussi d'un sang-froid et d'une détermination assez remarquable. Ce qui n'excuse rien et n'altère pas l'horreur de ce qu'ils ont commis. Mais ce ne sont ni des lâches ni des opportunistes, ni même des fous furieux mais des gens pleinement convaincus de la justesse de leurs vues au point de se faire exploser. Voilà qui est troublant. Comprenne qui pourra.

               Mais revenons à Joseph Goebbels. Pas très grand, boiteux et très brun il incarne fort mal l'idéal du grand blond aryen doté d'un corps athlétique irréprochable. Autant que son Führer il est vrai.

               Par ailleurs très intelligent, mais comme un ordinateur qui calcule tout très vite et peut jongler avec les données qu'une mémoire performante met à sa disposition, il semble aussi totalement dépourvu de toute intelligence du cœur, la seule qui permette de ne pas s'en tenir qu'aux données statistiques et de témoigner d'un peu de compassion.

               Là n'est pas son propos. Comme beaucoup d'idéalistes révolutionnaires, il veut tout ramener à des stratégies efficaces et pense que la fin justifie tous les moyens. Comme Lénine, Trotsky et bien d'autres il est prêt aux pires horreurs au nom du réalisme politique. Comme d'autre part il a des vues aussi simplistes que celles d'Hitler, il ne lui reste plus qu'à décréter que tout ce qui ne lui plaît pas est Mauvais et que tout ce qui lui permet de s'affirmer est Bon et souhaitable.

               Il commence par être de gauche et assez soupçonneux à l'égard d'Adolf. Mais bientôt l'idéal antisémite de ce dernier va le convaincre et l'aider à perdre ses apriori d'anticapitaliste. Il va passer à l'extrême droite comme beaucoup de penseurs et d'intellectuels qui vont changer de casquette, d'ailleurs dans les deux sens, au fil de l'évolution de leurs convictions. Après avoir critiqué vertement la propriété privée qui n'est qu'une forme de vol selon certains, il va devenir l'ennemi juré du communisme.

               Mais ses convictions sont appuyées sur un cynisme sans faille qui lui permet d'utiliser toutes les ressources de l'information soigneusement manipulée. Aussi fort que Staline ou Mao il sait tirer parti de toutes les argumentations. On cite d'ailleurs un de ses slogans passés à la postérité : « Plus le mensonge est gros, plus il passe. ». Pas mal pour un ministre de la Propagande !

               Mais faut-il s’appesantir encore sur ce personnage ? J'ignorais à peu près tout de lui et voilà que des circonstances anodines m'amènent à m'y intéresser.

               Fort bien, mais après tout ce n’est qu’un cas particulier. Même si ce peut être aussi un modèle de comportement pour certains ou un sujet d’horreur pour d’autres. Seulement voilà je ne peux m’empêcher de me gratter l’oreille. Comment un humain, surtout intelligent, peut-il en arriver à ce point ? Je ne crois guère au hasard mais plutôt aux enchaînements de faits multiples et non linéaires. Ou comme l’a si bien dit le Bouddha : « Ceci étant, cela en découle. » Or le « ceci » désigne l’état du monde dans son ensemble  à l’instant même,  résultat de tout ce qui a eu lieu depuis le big bang et au-delà. En tenir compte c’est commencer à admettre qu’un être humain en est le résultat inévitable. Et que donc il n’a aucun  choix. Exit le libre arbitre…

               Si l’on se donne la peine de s’explorer on est bien forcé de constater qu’on est beaucoup plus complet que prévu et qu’on est un condensé d’humanité capable de tous les possibles. Le meilleur du meilleur et le pire du pire sont bien là, planqués dans nos profondeurs les plus intimes. Et chez chacun sans exception. En tout cas pour moi… Serais-je une exception ? Permettez-moi d’en douter. Il me semble simplement que les circonstances m’ont enfermé dans une petite partie de mes possibilités, me cachant tout le reste. C’est ce qui fait que je suis un personnage identifiable, d’ailleurs assez fréquentable dans l’ensemble. Bien sûr…bien sûr…

               Comment la vie s’y est-elle prise pour faire de nous un gauchiste ? Ou un ultra-libéral ? Un fanatique du Prophète ou un athée militant ? Comment devient-on Hitler ou saint François d’Assise, Jeanne d’Arc ou Marie Curie ? De toute façon chaque cas est un cas particulier. Et que serait devenu de Gaulle sans le nazisme ? Pasteur sans le virus de la rage et Roméo sans Juliette ? Dans toute bonne tragédie le traître est aussi indispensable que le héros et songez à l’avenir du Christ si Judas avait eu des scrupules.

               Voilà c’est dit ! La vérité est toujours infiniment plus complexe que tout ce qu’on peut subodorer et le spectacle du monde se déroule sous nos yeux ébahis comme au théâtre, même si nous sommes sur la scène déguisés en prince charmant ou en sorcière, en jeune irresponsable ou en vieillard chenu qui perd la boule. A chaque instant suffit son rôle mais la moindre des prudences serait de ne pas trop y croire, de ne pas trop se prendre réellement pour le personnage. D’ailleurs nous en avons déjà tellement joué depuis celui du nouveau-né et de tout ce qui a suivi, de gré ou de force, au fil des péripéties de notre existence en attendant d’être peut-être un jour dans celui de Jeanne Calment, mais je divague, le rôle n’est plus disponible. Alors tant pis…

 

                                                  Le Chesnay le 7 avril 2016

                                                  Copyright Christian Lepère

"Extrême confusion" - détail

"Extrême confusion" - détail

Seriez-vous las de tant de turpitudes?

Allons

avouez-le

que serait le quotidien

sans toutes ces sortes de choses?

fade et inintéressant?

dénué de tout

intérêt?

Rassurez-vous. Je vous entretiendrai la prochaine fois de Gontran dont les aventures ne vous seront peut-être

pas si étrangères que cela...

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 07:14
"Tricyclettes" - Huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2003

"Tricyclettes" - Huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2003

Patinettes

 

             De ma fenêtre je domine le stade. C'est un espace fort calme quand il n'est pas envahi par les enfants. Or la municipalité dans sa grande mansuétude en a fait un endroit de rassemblement convivial et ludique. C'est là que les pré-ados viennent s'éclater sur les rampes de skateboard qui y ont été installées. Tout est dans les normes et parfaitement réglementaire. On ne rigole pas avec la sécurité. D'ailleurs non loin de là, sur la contre-allée qui conduit au collège tout un alignement de barrières métalliques canalise les foules juvéniles et empêche le stationnement des voitures de mamans d'élèves venant chercher leur progéniture à la sortie des cours. C'est que la situation est grave et que la menace terroriste plane sur tous les lieux on l'on se rassemble pour la bonne cause. Le plan Vigipirate est donc appliqué avec vigilance. Voire avec excès. Mais il faut bien rassurer les retraités des environs, au moins ceux qui coulent des jours paisibles dans les résidences réservées à cet effet et qui souhaitent aller faire leurs courses au Super U voisin. Car ils le font chaque jour et  sans prendre le risque de participer à l’explosion d'un djihadiste enthousiaste las de vivre dans la promiscuité avec des infidèles. Chacun a ses raisons et certains arguments, radicaux, ne sauraient être discutés raisonnablement.

             Mais la jeunesse est insouciante et rien ne  l'empêchera de venir s'ébattre. Si les skates sont un peu passés de mode, les patinettes les remplacent efficacement. L'endroit est donc envahi de cohortes de bambins manipulant avec brio des trottinettes de tailles et de conformations variées. Qui aurait pu prévoir jadis que ces sympathiques moyens de locomotion réapparaîtraient au top de la modernité ?

             Beaucoup font leurs premiers pas et s'essayent d'abord timidement puis avec de plus en plus d'assurance. Enfin ils deviennent des pros et enchaînent les glissades et prennent leur élan pour remonter les pentes sans efforts. L'inertie et la vitesse acquise les font jaillir toujours plus haut, toujours plus loin. Tellement qu'il peuvent s'affranchir de l'obstacle et libérés du pesant support exécuter des salto d'abord simples, puis doubles puis complexes. Mais il y a des limites à tout et les installations locales ne permettent guère plus. Pour faire des sauts périlleux doubles avec retournement il faudrait pouvoir prendre un peu plus de vitesse. Ce n'est pas grave, les acharnés et les perfectionnistes iront voir ailleurs, quand ils ne seront plus en 6° ou pour les attardés encore en 5°.

             D'ailleurs la chose est frappante et me laisse toujours perplexe. C'est que les acteurs ne vieillissent pas. Ce sont toujours les mêmes gamins de 11 ou 12 ans, avec les mêmes silhouettes juvéniles  que l'on retrouve d'année en année à la rentrée des classes. C'est comme les étudiants qui défilent pour protester contre la dernière réforme inique des universités et qui au fil des années ont toujours le même âge. Échappant à la loi implacable ils ne vieillissent pas. Tout au moins pour l'observateur qui les voit de loin brandissant des pancartes identiques ou scandant des slogans déjà bien rodés par leurs ainés. Mais les exaltés d’hier ont eu le temps de se calmer à part quelques irréductibles. Cohn Bendit est toujours vivant et quelques vieux syndicalistes ne veulent  pas encore lâcher le morceau.

             Mais tout cela me replonge dans ma jeunesse. L’été j’étais à la campagne où je sillonnais les rues du village sur mon vélo. Pas question de faire du patin à roulette, l’état des  rues non goudronnées ne le permettait pas et par ailleurs la simplicité du matériel confinait au rustique. Les roulettes étaient en ferraille massive et aucun amortisseur ne venait adoucir le contact direct avec un sol très raboteux souvent inondé de flaques boueuses. Mais la bicyclette avait des pneus caoutchoutés, gonflables, ce qui pouvait entraîner la crevaison fatale. Accident difficile à réparer sur le tas. Il fallait alors revenir à pied en traînant le vélo jusqu’à la maison familiale où mon grand-père qui avait fait 14 et en avait vu d’autres se chargeait de réparer les dommages. D’abord il utilisait les démonte-pneus puis avec une grande conscience il recherchait le trou en gonflant la chambre à air avant de la plonger dans une cuvette pour voir d’où les bulles surgissaient. Cela permettait ensuite d’extraire le clou ou toute autre cause de fuite. Enfin on arrivait à la phase cruciale, la pose de la rustine. Après grattage du caoutchouc et application de dissolution on pouvait coller la pièce rapportée. Enfin le test ultime consistait à regonfler et plonger la chambre dans l’eau de la cuvette pour voir si tout était bien obturé et si aucune bulle suspecte ne s’obstinait à apparaître sournoisement.

             Mais sans doute tout cela vous rappelle-t-il quelques souvenirs personnels. Je vais donc m’arrêter là en vous laissant à vos pensées nostalgiques du bon vieux temps passé. Profitant de cette occurrence les générations montantes vont pouvoir continuer à venir s’ébattre sous mes fenêtres tout occupées qu’elles sont à se fabriquer des souvenirs inoubliables pour plus tard. Chacun son tour me direz-vous ! Bien sûr et c’est ainsi que le monde perdure et que les traditions subsistent par-delà tous les bouleversements de notre monde qui n’en finit pas d’innover.

 

                                                       Le Chesnay le 25 mars 2016

                                                       Copyright Christian Lepère

 

"Jardin enchanté" - Huile sur toile - détail - 1992

"Jardin enchanté" - Huile sur toile - détail - 1992

Attention!

La prochaine fois 

nous aborderons des choses

sérieuses...

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 08:10
"Chevalier servant" - Dessin aquarellé vernis acrylique- 30 x 42 cm - 1984

"Chevalier servant" - Dessin aquarellé vernis acrylique- 30 x 42 cm - 1984

Petit lapin

 

Petit lapin, petit lapin

tout parfumé de romarin

qui gambades en les herbes folles

Tu frémis du museau, courant

le long des sentiers serpentant

pour oublier ce qui t'affole.

 

Ah que n'ai-je attendu au loin

quand tu claquais des mandibules

tout escorté de libellules

et de scarabées vrombissants

dans la splendeur du soir couchant

qui déclinait sans préambule.

 

En ces lumières de fin d'automne

je suis triste et las et pesant.

Ah que n'ai-je au fil de mes ans

su profiter de la moiteur

de ces palpitantes odeurs

de lilas et de chèvrefeuille

que vous ne vouliez que je veuille

accueillir en me languissant.

 

Petit lapin, petit lapin

ivre de tant de lourds parfums.

 

Mais hélas tout s'est déroulé

au long des champs, au creux des blés

et la saison s'en est allée

abandonnant ses oripeaux,

ses colifichets, ses chapeaux

et son vain avoir incertain

qui s'étiolait dans le lointain.

 

Petit lapin, petit lapin

tout parfumé de romarin

 

Mais le chasseur aura ta peau

aura tes os petit lapin

qui te croyais le plus malin

et qui finira c'est certain

en gibelotte ou en civet

sans autre forme de procès

et bien avant la saint Glinglin.

 

 

                                                        Le Chesnay le 26 mars 2016

                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

"Chevalier servant" - détail

"Chevalier servant" - détail

Le temps passé

n'est plus ce qu'il était

mais on peut se le remémorer.

Rendez-vous la prochaine fois avec "Patinettes".

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 07:17
 "Souvenir gris" - eau-forte imprimée sur papier  Arches format demi-Jésus - 1963

"Souvenir gris" - eau-forte imprimée sur papier Arches format demi-Jésus - 1963

Ambivalence problématique

et concept à la carte

 

               Le monde est infiniment vaste et subtil et complexe et enchevêtré. Zappez sur votre télé, vous m'en direz des nouvelles. Mais cela laisse-t-il place à un soupçon de hasard ou à une indétermination qui permettrait de faire changer le cours des choses ? Je vous entends déjà rétorquer que justement votre libre arbitre le permet puisque entre plusieurs solutions disponibles il vous permet de choisir et pas uniquement entre la peste et le choléra. Non ! Vous pouvez aussi choisir de vous goberger ou de sombrer dans la fainéantise ! C'est indéniable. Cependant...votre choix est-il libre ? Peut-il échapper à toute détermination, être libre de toute contrainte acceptée ou rejetée avec force. D'ailleurs pourquoi allez-vous refuser ce qu'un autre accepterait avec empressement ? Êtes-vous plus libre en luttant jusqu'à la mort sur les barricades qu'en acceptant de vous rallier à la majorité bien-pensante ?

               Soyons honnêtes. Même nos vœux les plus chers, les plus strictement personnels et les plus intimes dépendent de ce que l'on est devenu en suivant le cours de la vie qui nous a façonnés. L'hérédité qui détermine la morphologie et le caractère, les formatages de l'éducation reçue, l'influence du milieu et le besoin vital de conformisme font de nous ce que nous sommes et qui continue d'évoluer jusqu'à la fin de la pièce, jusqu'au final avant de s'éclipser dans les coulisses de la vie.

               Tout cela nous conduit irrémédiablement à prendre des décisions. A opter pour des positions infiniment variées et contradictoires comme la complexité de ce qui les détermine.

               Le monde est multiple et tout s'y passe de façon souvent surprenante, je veux dire inattendue au regard de nos modestes tentatives de prévision et de contrôle.

               Un conducteur alcoolisé grille un stop. Ce n'est pas une fantaisie ou une initiative délibérée de sa part, c'est le résultat de toute sa vie, celle qu'il vient de mener dans les minutes, les heures, voire les années qui ont précédé. Le problème est qu'il va heurter un car de ramassage scolaire qui passait par là chargé de collégiens  dont l'avenir va être compromis, voire supprimé. Mais c'est aussi le résultat sinon logique, du moins implacable, d'enchaînement de causes et d'effets. Le problème est que tout cela n'est pas linéaire, car dans ce cas on pourrait prévoir plus aisément. Mais c'est comme pour la météo dont les prévisions les plus probables ne sont jamais certaines, jamais pile-poil. Et ce, quel que soit le nombre de paramètres entrant dans les calculs prévisionnels.

               Aucun ordinateur au monde ne pourra jamais prévoir le battement d'aile du papillon dans la forêt Amazonienne qui, de fil en aiguille, de proie en prédateur et de moustique tigre en femme enceinte contaminée finira par déclencher une pandémie qui a son tour va provoquer une panique augmentant le nombre de long courriers traversant l'Atlantique et contribuant à réchauffer le climat, même si c'est de façon discrète.  C'est pourquoi l'anticyclone des Açores va subir de légères distorsions jouant directement sur l'abondance de neige et donc le taux de fréquentation des stations alpines pendant les vacances de février. Et bien entendu c'est pour ne pas vous lasser que je vais m'arrêter là car la vie continue sans relâche, sans marquer ni trêve ni repos

               Mais revenons-en au quotidien. Bertrand a rendez-vous avec sa copine. Il doit la retrouver au troquet du coin. Sans trop savoir pourquoi il s'est installé commodément non-loin de l'entrée. Il peut ainsi surveiller la rue et tout ce qui s'y passe à travers la vitrine, mais aussi profitant du jeu des reflets voir aussi ce qui se passe à l'intérieur. Il a vue sur le bar et en se penchant légèrement à droite contrôle à la fois  la caisse et la caissière. A gauche il sait qui va aux toilettes et qui est en train de faire son loto. Il occupe donc une place privilégiée d'où rien ne saurait lui échapper. Rien, sauf l'imprévisible.

               Quand Marie-Adélaïde sa petite amie sténodactylo bilingue est arrivée toute essoufflée après avoir raté son bus et poursuivi  en courant sur sa lancée elle n'était pas d'humeur paisible. Pourtant elle venait avec de bonnes intentions. Son horoscope lui avait prédit du positif, un favorable ascendant scorpion  et une auspicieuse conjonction  d'autres signes auxquels je ne comprends rien, sauf que le second décan lui serait bénéfique sur le plan de l'affectivité.

               Mais en arrivant elle trébuche et manque de s'étaler sur un sol douteux parsemé de mégots dont certains sont pleins de rouge à lèvres, sous les yeux impuissants de Bertrand. Adepte de kung-fu celui-ci réagit avec promptitude. Son bras jaillit tel l'éclair. Hélas ! Il n'a pas maîtrisé tous les paramètres et il renverse son expresso ! Son tee shirt fuchsia est tout taché et ses mains sont maculées. La conséquence en sera des empreintes digitales suspectes sur le col du chemisier de la dactylo bilingue. Dieu merci les conséquences ne seront pas fatales. Marie-Adélaïde en sera quitte pour une bouffée d'adrénaline plutôt revigorante. Mais songez qu’elle ait eu une attaque, que son tendre cœur de midinette n’ait pas supporté le choc, qu’elle soit tombée raide morte. Et voilà Bertrand soupçonné d’avoir mal agi, d’être la cause du drame. Ses empreintes font de lui un suspect de première ligne. Mais le garçon qui venait de le servir sera peut-être témoin à décharge. Car il a tout enregistré d’un coup d’œil professionnel. Ce n’est pas comme ce malheureux chômeur qui à quelques tables cherchait des offres d’emploi dans les petites annonces et que l’effervescence a fait sursauter. Lui au moins a vu dans le reflet de la glace sur la vitrine et il est certain. Le visage de Bertrand au moment où Marie-Adélaïde est tombée a eu un rictus de cruauté qui en dit long…En fait sans en avoir l’air le monstre attendait son heure. D’évidence il avait attiré sa victime dans un guet-apens, Dieu sait par quel subterfuge et pour assouvir quel désir de vengeance, passionnel évidemment. D’ailleurs les empreintes, les siennes, pas celles d’un tiers anonyme, maculaient le col du chemisier là précisément où il est facile de serrer très fort jusqu’à ce que mort s’ensuive.

               Naturellement tout s’est passé très vite. Pas assez cependant pour que la cervelle enfiévrée du chômeur n’ait le temps d’être submergée par des images subliminales issues de ses films noirs favoris. Certes il n’avait jamais lui-même perpétré de crime mais il en avait vu tant et tant sur le petit écran qu’on ne pouvait le soupçonner de candeur naïve. Ce qu’il n’avait pas vu, il le subodorait, il en était sûr et certain. Sa conviction était faite et prête à devenir opérationnelle dans un procès d’assises.

               Mais tout cela importe peu car ça s’est très bien terminé et qu’après s’être lavé les mains aux toilettes Bertrand a pu offrir un excellent expresso à sa copine en en profitant lui-même pour se requinquer.

               Et tout est bien qui finit bien. A ce détail près que rien n’est jamais terminé et que bien d’autres péripéties peuvent toujours faire suite à ce qui n’a jamais été qu’un épisode d’une très,  très longue histoire.

 

                                                        Le Chesnay le 5 mars 2016

                                                        Copyright Christian Lepère

"Souvenir gris" - détail

"Souvenir gris" - détail

"Souvenir gris" - détail

"Souvenir gris" - détail

Et la prochaine fois nous continuerons            

de régresser

si votre subconscient n'y voit pas d'inconvénient.

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 09:16
"Vol de papillons" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1988

"Vol de papillons" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1988

Petits potins du quotidien

 

            Le fond de l'air était frais mais l'atmosphère ensoleillée. De doux rayons tamisés par un léger brouillard vous réjouissaient l'âme  et assouplissaient vos articulations guettées par un soupçon d'arthrite sournoise. C'est d'un pas assuré et maniant d'une main ferme sa poussette de marché qui le suivait docilement qu'il se dirigeait vers le supermarché tout proche. C'est qu'on a à assurer sa survie et qu'il faut faire le nécessaire pour fournir à un corps un peu trop sollicité tous les nutriments indispensables à sa régénération ! L'esprit a ses exigences mais la biologie a besoin de sa ration de protéines et d'oméga 3.

            C'est la fin de semaine à moins que ce ne soit le début du week-end. Tout dépend de votre look, un peu plan- plan et familial ou audacieusement orienté vers une modernité plus cool si ce n'est délibérément branchée. Avez-vous après le dur labeur envie de vous évader et de vous élancer vers les champs neigeux alpins ? Ou au contraire de partir vers votre résidence secondaire en Normandie ou dans le Perche? Tout dépend de votre statut, cadre moyen ou supérieur, ou technicien de surface immigré assurant sa mission de maintien de la propreté au Super U.

            Peut-être préférerez-vous rester « at home » et profiter du repos dominical en vous canfouinant devant la télé pour y zapper à l'aise en vous gobergeant de menus plaisirs buccaux arrosés ou non de petites bières. Les meilleurs, je veux dire les plus dignes de considération, vont aussi en profiter pour se cultiver la tête. Outre quelques bons vieux films au charme nostalgique tout nimbé de noir et de blanc vous pourrez voir sur Arte les dernières innovations de l'Art Contemporain finissant de mettre à bas ce qui subsiste encore des idéologies désuètes hostiles à la modernité la plus incontournable.

            Enfin tout le monde va recharger les batteries avant de replonger dans le dur combat de de la vie active, sur fond d'emploi précaire, de convulsions économiques et de conflits sociaux à n'en plus finir.

            Mais toutes ces considérations indispensables sur la complexité de la situation ne sauraient nous faire oublier celui qui nous y a amené. Il est donc là traînant sa poussette ce qui n'est pas si facile puisque, son nom l'indique, elle est conçue pour être poussée. C'est évident qu'on ne l'a pas appelée une « traînette ». Pourtant ce serait plus en accord avec son efficacité pratique.

            Mais voici que vient à sa rencontre un vieux copain. Un copropriétaire de base, aussi ancien que lui dans la résidence, un ancien bien incrusté dans le décor. Traînant la patte, accablé par son arthrose, il chemine aussi avec sa petite carriole. Ses emplettes terminées il rentre chez lui, là où l'attend son épouse, guère plus véloce et tout autant blanchie sous le harnais. Ce sont de braves gens, pas pointilleux, plutôt ouverts car ils en ont vu d'autres. Alors, bon mal an, clopin-clopant ils s'acheminent vers la fin de leur histoire sans en faire tout un plat.

            Il s'arrête un moment pour échanger l'indispensable « Alors ça va ? »  suivi de l'inévitable « On fait aller... ». De là on peut affiner un peu les vues sur l'immédiat et élargir le dialogue vers des sujets plus vastes et conviviaux. Que penser des fuites d'eau sur les canalisations souterraines ? Et de la construction d'une nouvelle résidence pour le 3ème âge assisté ? Ah ! bien sûr le maire fait ce qu'il veut. Il a autorisé la construction du Temple National Mormon sur le territoire communal. A la place de logements sociaux d'ailleurs très discutés. Songez quel type de population ils auraient attiré ! Que du superflu, du pas rentable ! Au moins les adeptes de « l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours » ont les moyens d’assurer. D’ailleurs le bâtiment est en béton extrêmement solide et paré d’un revêtement de pierre très Grand Siècle. De quoi satisfaire les sensibilités les plus classiques et ne pas déparer le Domaine Royal.

            Après ces menus échanges ils vont se séparer. Et tout à coup c’est la panique. Au moment de dire au-revoir il ne se souvient plus du nom de son interlocuteur. Pourtant c’est un vieux copain sur qui il pourrait narrer bien des anecdotes. Oui mais voilà il manque l’essentiel de l’état-civil. Ça vous est sans doute déjà arrivé et c’est fort gênant mais l’ordinateur cérébral a de ces petits dysfonctionnements quand le courant ne passe pas ou qu’un logiciel pirate en perturbe un autre. Ce n’est pas Alzheimer. Ce n’est pas de la démence. Ce n’est pas grave mais cela montre à quel point nos câblages neuronaux sont à la merci de minuscules variations de potentiel. A quel point cela dépend de la chimie la plus fine, d’échange d’électrons baladeurs et sans doute de causes encore plus subtiles au niveau quantique. Dieu merci l’expérience le prouve c’est passager. En étant cool et en pensant à autre chose on va permettre au logiciel de recherche d’accomplir sa mission. Il va pouvoir inspecter les données, les analyser et trouver un autre chemin d’approche pour enfin cerner l’information et la ramener triomphalement sur la scène. Et tout est là dans cette investigation. Ce n’est pas le souvenir précis qu’on a perdu mais l’accès à cette donnée indispensable. En fait rien ne disparaît véritablement. C’est simplement comme si l’on avait perdu la clé de l’immense bibliothèque où tous les volumes figurent bien alignés sur leurs étagères.

            Cela veut-il dire que rien ne disparaît jamais véritablement ? Après tout ça se pourrait. D’ailleurs c’est le fonds de commerce de la psychanalyse. Tout ce qui est refoulé s’enfouit dans les profondeurs pour ressurgir bien après dans les moments les plus inopportuns. Tout ce qui est aimé et apprécié également mais les conséquences en sont plus sympathiques. Alors gardons-nous bien de nous affoler. Tout ce qui a eu lieu a eu lieu…et c’est définitif. Irrévocable diraient les pessimistes et autres pisse-vinaigre. A nous d’en assumer les conséquences ou si vous préférez, de faire avec. Ce qui n’empêche pas d’envisager que «  demain est un autre jour » et qu’il sera grand temps de se remettre en route pour de nouvelles aventures comme disait Tintin le petit reporter.

 

                                             Le Chesnay le 29 février 2016

                                             Copyright Christian Lepère 

"Vol de papillons" - détail

"Vol de papillons" - détail

"Vol de papillons - détail

"Vol de papillons - détail

Restons dans le quotidien

mais

en cherchant

à y voir plus clair...

"Ambivalence problématique"

vous en dira

plus!

si vous le souhaitez...

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 09:08
"La locomotive" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1988

"La locomotive" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1988

Après la fin du monde

 

 

           Je sais, je vous ai déjà parlé de la fin du monde il y a peu et je ne saurais revenir sur des affirmations étayées avec des preuves incontournables. Pourtant je persiste car si tout est bien terminé et de façon définitive, depuis les effets du caramel mou qui colle aux dents jusqu’au sacrifice du djihadiste en route pour le 7ème ciel,  il n’empêche qu’une suite est ontologiquement nécessaire. Ne serait-ce que par politesse ou par considération pour les besoins courants de mes semblables depuis la nécessité de troquer son smartphone contre le tout dernier hyper intuitif jusqu’au remboursement des préservatifs pour tous y compris les cochons-d’inde. Car sinon qu’allons-nous devenir ? Comment assumer le quotidien ? C’est bien beau le néant mais saurions-nous nous en contenter ? Je vous le demande…

 

 

 

 

           La fin du monde avait bien eu lieu. Et il se retrouvait tout seul. C'est que, voyez-vous il ne restait plus rien. Rien ! Mais rien de rien ! Ni dans les alentours. Ni dans les confins. Pas même dans le plus intime de sa personne. Plus de substrat, plus de substance, plus d'apparences. A peine quelques réminiscences vagues, clapotis insignifiants sur les rivages de l'amnésie. Ressac de menus faits oubliés derrière la porte du placard ou sur le rebord de la tablette du cagibi entre de vieilles brosses à dents perdant leurs poils.

           Persistaient quelques volitions sans objet, sans queue ni tête, totalement dénuées de sens ou d'intérêt mnésique. Enfin plus rien n'était. A perte de vue c'était le vide à profusion, le néant à couper au couteau, la déréliction exponentielle, le manque le plus abscons.

           Pourtant il devait bien rester quelque chose. Un fragment azuré, un lambeau chatoyant, une lueur infinitésimale s'obstinant à palpiter. Non ! Le néant n'aurait pas le dernier mot ! Il n'était que temps de réagir, de s'insurger, de remonter les bretelles d'un sort si inique qu'il en frôlait le mauvais goût. Non ! Le défaitisme ne passera pas !

           Doutant de tout il s'était retourné vers son passé mais celui-ci s'effilochait. Il perdait consistance et toute dignité. Pourtant dans la chaleur douce de sa petite enfance il avait cru retrouver une exaltation, des vibrations intimes de sa substance onirique. Mais voilà...c'était sans suite. A tirer sur le fil on le faisait casser. A vouloir évoquer ce qui s'absente on se retrouvait exsangue sur les rives asséchées des marées basses de l'oubli. Et tout cela lui faisait peine et le poussait à se morfondre.

           Mais la fin du monde venait d'avoir lieu. Et tel Robinson échoué sur son île déserte, il lui restait à prendre pied, à explorer les environs puis à s'organiser en conséquence.

           S'adonner aux mots croisés pour cultiver une agilité d'esprit et enrichir son vocabulaire était envisageable. Pratiquer la gymnastique avait son utilité quand on songe à la sclérose guettant tout organisme non sollicité quotidiennement. S'auto-célébrer pouvait renforcer son moral et lui redonner confiance, ce qui est la base de toute satisfaction légitime. De plus il ne fallait pas négliger un équilibre psychique devenu bien aléatoire. Sans challenge social, sans affirmation sur d'autres qui n'étaient plus, sans contreparties sentimentales qui évitent un repli sur soi exagérément narcissique.

           Plutôt pragmatique il se mit donc à œuvrer. D'abord en traçant des signes sur le sable, mais le vent effaçait tout. Puis en alignant des cailloux selon ce qu'il voulait exprimer. Mais personne n'était là pour percevoir le message et y répondre de façon adéquate. Enfin en agissant sur l'environnement de façon plus vaste, mais cela faisait penser à du Land Art  de qualité médiocre.

           Alors un peu désabusé il se laissa aller à ses penchants. Et c’est pourquoi depuis il regarde à heures fixes le journal télévisé avant de suivre assidument ses séries favorites. Peu importe qu’elles soient policières ou franchement scabreuses. Après tout l’essentiel est de laisser le temps passer. Ce que ce dernier ne manque jamais de faire puisque c’est sa seule occupation. Activité qu’il exerce depuis toujours ou du moins depuis que le monde est ce qu’il est sans manifester le moindre souci de changer ses habitudes.

 

                                                           Le Chesnay le 13 février 2016

                                                           Copyright Christian Lepère  

 

                                                     

'La locomotive" - détail

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Rendez-vous la prochaine fois

pour

"Les petits potins du quotidien"

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 06:54
"La balance" - dessin aquarellé - 28 x 40 cm - 1988

"La balance" - dessin aquarellé - 28 x 40 cm - 1988

Histoire

d'un français moyen

 

 

                     D'abord sa boîte crânienne contient cent milliards de neurones plus les cellules gliales intermédiaires. A raison de sept mille dendrites par neurone voilà déjà un réseau câblé satisfaisant. Mais je schématise. En réalité ses cellules nobles sont peut-être un peu moins nombreuses, car il faut tenir compte d'autres caractéristiques très personnelles. C'est sans doute ce qui justifie son Q.I. relativement moyen mais cependant bien suffisant pour subvenir aux aléas du quotidien. J'oubliais...il y a encore cinq cent millions de neurones dans son intestin. Ce qui est réglementaire.

               Si l'on considère que cent mille milliards de cellules diverses sont à gérer dans toute sa personne avec en plus dix fois plus de bactéries, nous pouvons à cet instant constater que c'est un français moyen parfa   itement normal. Strictement de série.

               Pourtant il s'appelle Maximilien et mène une vie fantasque frôlant parfois la licence, au-delà du simple laisser-aller. Ainsi ce matin après avoir pris son petit déjeuner, croissants surgelés trempés dans  un café au lait de qualité moyenne mais chaud et sucré, il est sorti de chez lui. Sans but précis. Le nez au vent.

               D'abord il a louvoyé entre les poubelles dans l'arrière-cour de son immeuble de type Haussmann puis, ayant atteint la porte cochère et l'ayant poussée sans problème il a débouché à l'air libre. Là où le vaste monde l'attend en accord avec les médias qui ont tout fait pour le prévenir : « Vous voulez prendre un taxi ? Attention ces derniers sont en train de manifester devant le Palais des Congrès.. ». Mais n’en faisant qu’à sa tête il a passé outre. Et le voilà bien embêté. Donc pas de taxi. Ces derniers sont en train de protester contre la concurrence déloyale des particuliers sans licence Uberisés jusqu’à la fibre. Qu’importe ! Le métro va l’accueillir dans ses chaudes entrailles là où la flore des usagers entretient une vie organique tellement conviviale.

               Et puis il y a la musique. Celle de ces professionnels issus du conservatoire qui jouent des fugues de Bach dans les couloirs de faïence blanche des correspondances à Réaumur Sébastopol. Ou de ces autres qui dans les rames vous remuent l’âme avec des blues ou des tangos qu’ils accompagnent à l’harmonica. A moins que ce ne soit avec du matériel Hi-Fi ambulant pour les plus branchés, les nantis de la culture underground

               Mais voilà qu’il trébuche sur un obstacle qui proteste en gémissant. Normal, la masse est située sous sa ligne d’horizon, aux marges de son champ visuel. Alerté il baisse les yeux. A ses pieds gît une masse amorphe emballée dans un patchwork de tissus bariolés assemblés à la hâte de façon approximative. A première vue c’est de sexe féminin et c’est affalé le long du couloir au mépris des règlements préfectoraux. Ca obstrue le passage. Pourtant il s’en doute, derrière ce regard lointain sont bien tapis environ 100 milliards de neurones, sans compter les cellules gliales. Et si l’on estime à sept mille le nombre de dendrites tissées en un réseau complexe autour de chaque, ça fait du monde. Mais la créature encore jeune et pas si vieille que ça l’interpelle d’une voix plaintive. C’est qu’elle a faim ! Et que l’on ne saurait vivre de l’air du temps, fût-il celui du métro riche en exhalaisons organiques denses mais pauvre en calories et dénuée des nutriments indispensables.

               Après s’être excusé platement et avoir fait don de quelques euros il s’éloigne  poussé par la foule compacte qui l’entraîne Dieu sait vers quelle destination échappant à son bon vouloir. Un peu plus loin c’est un aveugle qui le sollicite. Puis un réfugié venu on ne sait d’où  à moins qu’il ne soit natif de la Garenne Colombes et cherche à usurper une appartenance qui inspirerait plus de pitié ou de compassion dans l’âme du passant à qui les dernières informations sur les réfugiés syriens ont donné mauvaise conscience…A chacun son fonds de commerce.

               Mais saturé de chaleur humaine voilà qu’il émerge des souterrains. Echappant de justesse au portillon automatique qui claque des dents après l’avoir laissé sortir, lui seul et pas celui qui le suit et qui n’a pas une tête à avoir composté un hypothétique titre de transport.

               Le voilà dans l’air frisquet quoique lourdement pollué qui donne à la rue du Temple des allures de vieux Londres fin de siècle, façon Conan Doyle. L’endroit est nappé dans un smog épais où le crime peut se perpétuer à l’abri du regard de la justice, dans les profondeurs glauques de l’infamie. Mais nous sommes dans la ville lumière et le cauchemar ne saurait durer. Voici donc que le soleil pointe de l’œil, que le brouillard se lève et que la vie se fait plus rose.

               Un peu plus loin des militaires en tenue, réglementairement vêtus de leurs treillis circulent avec leurs armes, peins de bonhomie et l’air affable. Plus personne ne leur prête attention. Ni les gamins à roller, ni les cyclistes, ni même les vieilles mémés qui reviennent du marché en traînant une carriole pleine de poireaux et de tubercules.

               Pourtant sous chaque béret  rouge ou vert il y a environ 100 milliards de neurones, sans compter les cellules gliales et le tout relié à des nerfs optiques, à des conduits auditifs et à tout un système élaboré de commandes nerveuses qui pourraient provoquer la crispation d’un index sur une gâchette libérant une puissance de feu facilement mortelle.

               Mais c’est ainsi, on se fait à tout et le premier moment d’effervescence passé on s’accoutume. D’ailleurs les jeunes militaires, plutôt biens de leur personne savent se rendre discrets. Point d’allure de Matamore, pas de Zoro justicier ! Non ! De braves types professionnels qui sans leurs armes seraient comme tous les autres jeunes, un peu désœuvrés.

               C’est ainsi qu’en suivant les méandres du quartier du Marais il est revenu chez lui dans sa mansarde d’où il aperçoit, derrière les cheminées, le Génie de la Bastille qui domine la vaste cité de son glorieux envol. Et c’est tellement beau qu’on en est tout rasséréné bien qu’il soit totalement dépourvu des milliards de neurones nécessaires pour accomplir toute tâche salvatrice un  peu complexe.

               Mais il vit sa vie de symbole. Ethéré, rayonnant il domine la rumeur et les miasmes de la capitale, fruits d’un vain tumulte. Profitons-en tant qu’il est là pour veiller et surveiller car lui, au moins n’a pas besoin de sa kalashnikoff pour faire respecter la loi, qu’elle soit du Prophète ou de la République.

 

                                                                  Le Chesnay le 1 février 2016

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

'L'escalier" - dessin aquarellé - 28 x 40 cm - 1986

'L'escalier" - dessin aquarellé - 28 x 40 cm - 1986

Je préfère vous prévenir

avant...

"Après la fin du monde"

vous dira tout

sur 

l'essentiel !

Alors bonne semaine !

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 08:40
"L'orée des bois" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

"L'orée des bois" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

A nous deux Paris !

 

                Ce matin-là il sortit de chez lui. Tout était calme et reposait dans un épais brouillard qui noyait tout le voisinage. Un blanc linceul recouvrait un monde figé. Certes la vie n'était  pas absente mais simplement et en toute discrétion elle marquait la pause. Elle se recueillait sans doute en vue de préparer de printanières exubérances. C'était ainsi. La marmotte se prélassait en son terrier et les graines reposaient sous l'humus tandis que de lents processus végétaux s'acheminaient vers leur éveil.

                C'est à pas lents qu'il s'achemina en direction du parc. Sous un édredon de couleur blanc écru, parmi les taillis ou patientait une végétation en attente. Le monde était sans bruit et comme minéralisé. Tout se tenait coi.

                De rares passants surgissaient de la brume pour s'y dissoudre à nouveau, fugitives apparitions, fantômes flottants dont seul le bruit de pas trahissait la présence. Une silhouette se dessinait, d'abord diffuse puis prenant forme et consistance. Débouchant du vide floconneux un passant venait à sa rencontre. Paisible promeneur ? Retraité du gaz ? Ou jeunesse aguichante emmitouflée dans sa parka ? A moins que ce ne fut un djihadiste se hâtant vers le lieu de ses méfaits où il pourrait déclencher sa ceinture d'explosif avec le maximum d'efficacité, celle qu'on apprécie au nombre d'infidèles neutralisés de façon définitive. Mais en ces temps de frima où tout est emballé dans du polaire, allez donc savoir qui vous croisez... Seule une explosion lointaine pourrait vous avertir du danger que vous venez de côtoyer, à moins qu'au contraire ce ne soient  les effluves d'un air fredonné par une âme limpide et joyeuse vous confirmant que le bonheur existe et qu'il se promène aussi dans le parc.

                Mais lui-même ne faisait que passer et son âme était en accord avec la brume paisible en attendant de se voir plongée dans des activités plus utilitaires, plus strictement contemporaines et même plus aptes à relancer la croissance qui s'obstine à  marquer le pas honteusement. Sans tenir compte des sondages et des statistiques pourtant alarmants.

                Maintenant il se dirigeait vers la gare qu'il vit enfin surgir du brouillard. Voilà qui allait changer l'ambiance. Du rêve cotonneux on débouchait sur le monde hyper actif de l'efficacité et de la prévision. Celui des trains qui vous font monter à Paris, lieu de toutes les activités et de tous les stress. Terre de progrès exubérant et de compétition acharnée. Lieu de tous les délires paroxystiques conduisant droit au burnout, au crash, à la déprime mais aussi à la fortune et à la gloire !

                Pour prendre le train il faut prendre un ticket afin de le composter. Devant cette exigence bureaucratique il fit profil bas et s’apprêtât à se conformer. Un guichet était ouvert offrant le réconfort d'une présence humaine pour l'acquisition du titre de transport. Bien ! Mais une file assez longue laissait présager une attente déraisonnablement longue. Au risque de rater le départ.  Mais tout est prévu ! Trois distributeurs automatiques sont à la disposition des usagers. Cependant le premier était en cours d'utilisation par une dame qui semblait avoir des problèmes. Elle finit par renoncer décrétant que ça ne marchait pas. A son tour il essaya et en effet ça ne marchait pas. Le mécanisme se bloquait. Qu'importe ! Il se dirigea vers le second distributeur devant lequel se trouvait maintenant la première dame. Et à nouveau elle s'énervait car à nouveau ça continuait à dysfonctionner...Ce qu'il put vérifier derechef avant de se retrouver devant le troisième appareil derrière toujours la même personne qui enfin obtint satisfaction ! Lui aussi d'ailleurs et il en fut tout content.

                Mais cela avait pris beaucoup de temps pendant lequel le train était sans doute parti. Mais les horaires peuvent être changés et il n’eut pas à attendre les 30 minutes réglementaires. Ensuite le train prit ses aises. Il s’arrêtait à toutes les stations mêmes les plus négligées ordinairement. Ainsi il fit halte à Pont Cardinet ! Et pour accentuer ses effets il se déplaçait à un rythme paisible avoisinant la nonchalance, démarrant tout en douceur et freinant avec suavité pour éviter tout heurt et ne blesser personne. C’était doux et reposant mais bien indigne d’un accès triomphal à la capitale  dont rêve toute âme bien née.

                « A nous deux maintenant ! » clamait Rastignac débarquant à Paris, ainsi que le décrit Balzac dans sa « Comédie humaine ». Mais ce n’est pas dans cet état d’esprit positif qu’il débarqua avant de se laisser engloutir par le métro qui l’emmènerait au boulot avant de revenir au dodo comme tout ancien soixante-huitard qui connaît ses classiques. Mais il eut entre-temps bien des aventures et des occasions de se faire valoir. Je ne vous importunerai donc pas avec ces menus faits et gestes qui n’intéressent personne d’autre que lui-même. D’ailleurs vous les devinez aussi bien que moi, fréquentant la même époque moderne où tout est possible sans que tout soit forcément souhaitable.

 

                                                                     Le Chesnay le 14 janvier 2016

                                                                     Copyright Christian Lepère

 

"L'orée des bois" - détail

"L'orée des bois" - détail

"L'orée des bois" - détail

"L'orée des bois" - détail

Et le rêve dans tout ça?

Patience!

Il nous attend au loin dans l'au-delà du par-delà.

Mais 

en attendant

il faut gérer le quotidien.

"L'histoire d'un français moyen"

vous en dira tant et plus sur l'humain de base.

 

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 08:33
"Où allons-nous?" - Eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus - 1961

"Où allons-nous?" - Eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus - 1961

Dernières nouvelles

de la Grande Pyramide

 

 

               J'avais du vague à l'âme. Un aller-retour dans l'ouest de la région parisienne en passant par la Francilienne m'avait conduit jusqu'au Plessis-Pâté, charmante bourgade très contemporaine dont les lotissements sont regroupés autour d'une vieille église au charme discret. Mon expédition avait pour but d'aller consulter mon implantologue, habile praticien qui m'a doté de dents sur pivot. Bien que performante la technique a des lacunes. Les couronnes sont vissées sur des tiges  plantées directement dans l'os maxillaire et peuvent donc prendre du jeu, ce qui nécessite une intervention. Mais pourquoi ne les fixe-t-on pas plus solidement ? Et de façon définitive ? Mais pour la simple raison qu'on implante dans du vivant qui bouge et continue d'évoluer. Comme toute structure biologique la mâchoire se déforme au fil des ans. L'os est malléable et soumis à de multiples pressions et interactions énergétiques. Et bien sûr la matière en est sans cesse renouvelée. Mais je vous épargnerai les commentaires bouddhistes sur l'impermanence du monde.

               L'intervention s'est bien passée, merci ! Et a même été gratuite… Je revenais donc chez moi sous un beau soleil. Dépassant les poids lourds, respectant les limitations de vitesse aux approches des radars et m'insérant harmonieusement dans une circulation intense mais d'une fluidité acceptable. J'avais donc traversé l'agglomération de Versailles à l'aller avec tous ses ralentisseurs, chicanes  et feux multiples canalisant des hordes de piétons se précipitant vers la gare Chantiers pour atteindre la capitale. Pendant ce temps d’autres allaient en sens inverse vers des établissements scolaires  administratifs ou même conviviaux. Mais maintenant c'était le retour et le jour du marché sur la place du même nom. Enfin après les incidents de parcours inévitables j'arrivai chez moi.

               C'est ainsi qu'un peu plus tard je m'installai devant mon ordinateur. Je ne sais quelle pulsion m'a alors amené à consulter un site proposant des vidéos sur la grande pyramide, celle de Khéops. Depuis quelque temps un livre m'y avait préparé : « L'univers décodé » d'un certain Nassim Haramein. Ce dernier, physicien, enclin à la rigueur mathématique et expert en géométrie  est par ailleurs très informé dans des domaines qui vont de l'histoire des religions à l'intérêt pour les aspects non-conventionnels des civilisations anciennes. Ajoutez à tout cela une attirance pour tout ce qui dérange, les sujets qui fâchent en remettant en question nos certitudes les plus  « rationnelles » et sans doute les moins fondées. Je rangerai dans ces catégories contestées tous les témoignages sur d'éventuels ovnis ou l'observation, elle très concrète, de crop-circles un peu partout dans le monde. Sans oublier d'autres faits bizarres qui s'obstinent à se manifester sans vergogne et sans nous demander notre avis, ni même celui des « experts » qui sont là pour nous rassurer.

               J'entrepris donc de visionner les vidéos sur « La révélation des pyramides ». Vidéos que j'avais déjà vues et qui m'avaient fait dresser l'oreille.

               Comme tout un chacun je n'ignore pas les dissensions qui peuvent exister entre les multiples interprétations de faits bizarres qui pourraient expliquer le passé de l'humanité. Dans tous les domaines tous les spécialistes  sont issus d'une culture et d'un système de références servant à étayer leur vision du monde. Par ailleurs ils ont eu des maîtres, ils ont gravi des échelons dans des hiérarchies, ils ont été cooptés par leurs pairs. Bref ils ont fait carrière et se sont intégrés dans un système. Dès lors comment leur reprocher d'y tenir et de refuser de remettre en question les fondements sur lesquels ils se sont construits ? Devenir anti-stalinien après avoir cru dur comme fer aux mérites du petit père des peuples pose sans doute quelques problèmes de réajustement. Peu y parviennent et tant pis pour les autres.

               Or, « La révélation des pyramides » qui me semble être une réalisation claire et bien documentée, remet en cause  les dogmes de l’Égyptologie classique. Pour cette dernière issue de la pensée et des connaissances du 19ème siècle les choses paraissaient simples. Les anciens Egyptiens disposant de techniques très rudimentaires avaient fait ce qu'ils pouvaient avec les moyens dont ils disposaient. Comme ils étaient nombreux, infiniment patients et que la main d'œuvre était gratuite ou presque on en déduisait qu'un obscurantisme religieux implacable et tyrannique les avait mis en demeure de réaliser des exploits stupéfiants. Ce qu'ils avaient fait au prix d'efforts insensés.

               Fort bien ! Mais il y a quand même quelques petits détails qui gênent. D'abord la taille puis la conception et enfin les  moyens simplement techniques pour réaliser la 7ème merveille du monde.  On peut envisager des foules innombrables d'esclaves fouettés et mourant comme des mouches sur le chantier. Mais cela suppose même pour le plus odieux des tyrans d'arriver à résoudre de menus problèmes d'intendance. Comment gérer les foules, les nourrir, les contraindre et faire accomplir à des ouvriers hautement non-qualifiés des tâches fort subtiles et exigeant bien autre chose que de la simple compétence artisanale. L'enjeu ici n'a rien à voir avec ce qui s'est passé à la grande époque des cathédrales où des œuvres prodigieuses ont été élaborées avec des moyens techniques et artisanaux très suffisants. Dans ce cas pas de mystère. La foi et l'enthousiasme permettaient d'élever les plus hautes cathédrales, celles où l'on a été jusqu'au bout des possibilités quitte à ce que tout s'écroule comme à Beauvais.

               Je reste béant devant les témoignages d'un certain spécialiste des vues traditionnelles affirmant benoîtement que si les Égyptiens ont pu réaliser des exploits avec des moyens simples et limités, cela prouve qu'avec des moyens simples et limités on peut réaliser des exploits. C'est la preuve, vous dis-je...Comme cela est affirmé devant les colosses de Memnon dont la démesure serait un défi pour les possibilités de la  technologie actuelle de très haut de gamme,je ne peux m'empêcher d'être perplexe. Mais enfin puisque les anciens l'ont fait, c'est que c'est faisable avec les moyens dont ils disposaient.

               Mais il y a bien d'autres énigmes dans la pyramide de Khéops. D'abord la stupéfiante précision d'assemblage de blocs énormes de tailles et de formes variées. Ensuite que la pyramide comporte huit faces au lieu des quatre réglementaires. Chaque grande face étant divisée par le milieu avec une différence d'orientation très subtile qui n'est visible qu'avec l'éclairage frisant d'un jour d'équinoxe. Ensuite ce « tombeau » ne semble jamais avoir contenu de momie. Elle a été volée par des pillards nous dit-on... Certainement !  Pourtant on ne sait comment ils ont réussi à s'introduire alors que les premiers chercheurs ont dû employer la dynamite pour se frayer une entrée avant de découvrir la chambre haute. Le« tombeau » était scellé avec une dalle énorme. Ils l'ont soulevée, pris la momie (pour en faire quoi?) avant de refermer l'objet en y remettant les scellés. Enfin ils ont tout nettoyé et bien remis en place avant de refermer la porte soigneusement (enfin la porte...introuvable par la suite…). Voilà ce que nous dit Nassim Haramein dans son livre avec la touche d'humour qui ne le quitte jamais.

               Et puis il y a la Chambre Haute, celle du Roi avec ses cent blocs de granits de 70 tonnes taillés à la perfection, s'ajustant avec une précision parfaite et où la verticalité et l'horizontalité sont restés parfaits alors que la région a connu bien des tremblements de terre, notamment celui qui a détruit entièrement la ville du Caire, juste à côté.

               Je ne voudrais pas déflorer totalement le sujet ni y glisser une part dommageable de subjectivité. Je ne saurai donc conseiller à tous ceux qui ne sont pas trop crédules d'aller se renseigner directement sur internet ou de voir les vidéos de Nassim Haramein dont une, datée de 2015, est en français d'origine car l'auteur s'exprime fort bien dans notre langue.

 

                                                        Le Chesnay le 11 février 2016

                                                        Copyright Christian Lepère

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