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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 07:27
"Les trois grâces" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1990

"Les trois grâces" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1990

Préambule

                     Enfin l’été faisait honneur à lui-même. Cependant j’allais voir mon frère qui coulait des jours bien vides dans une maison de retraite des environs. Les visites auraient pu continuer régulièrement jusqu’à la rentrée si l’idée ne lui était venue tout à coup de quitter la partie. De replier bagage après une vie consacrée à l’éducation des enfants qu’il aimait. Sa mission d’instituteur étant accomplie il avait ensuite cultivé son jardin et ses roses. Et voilà qu’il s’en est allé. Le texte qui suit a été rédigé un peu avant ce dénouement. Le voici tel quel. Sans retouche.

 

                                                                 La Brosse Conge le16 juillet 2016

 

Le déambulateur

 

             C'est dur mais il le faut car le but est ultime. Se prouver à soi-même qu'on est encore capable… De quoi ? Mais de se redresser dans le fauteuil roulant ! D'abord glisser ses fesses bien endolories par la stagnation et toutes percluses d'immobilité. Pencher ensuite un peu le buste, galvaniser ses forces, prendre son élan ...et retomber. Premier essai raté ! Alors on serre les mâchoires, on se concentre sur l'essentiel et en crispant les poignes  on se redresse par saccades puis on détend le superflu.

             C'est comparable à l'haltérophile qui a réussi à élever ses disques de fonte au niveau du thorax avant de les propulser dans les airs au -dessus de sa tête dans un effort ultime. Semblable aussi au sauteur à la perche qui transforme son élan horizontal pour s’élancer vers le ciel. Détente, ajustement, rebond et le corps se fait oiseau ou plutôt félin se détendant comme un ressort, enfin libéré de la pesanteur accablante.

             N'allez pas sourire. Tout est relatif. Ainsi les premiers pas de l'enfant même acharnés dans leur incertitude et très château branlant, sont une victoire enivrante. Et voilà qu'en fin de course, dans la dernière ligne droite de l'existence, tout se répète. A nouveau la pesanteur, l'ankylose, la maladresse accablante sans issue et culpabilisante… Tout cela pour retrouver l'émoi de jadis, l'effort qui menait vers un avenir progressant sans cesse.

             Autour il y a les hors-d’âge, les éclopés vétustes. Tous ceux qui finissent leur vie aux bons soins d'une société où l'on n'abandonne jamais complètement à leur triste sort les survivants qui sont au bout du rouleau. Ceux qui régressent avant de s'éclipser en toute discrétion. Ceux qui abandonnent la partie parce qu'elle a assez duré et qu'il est temps d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte dans les Jardins du Seigneur.

             Au long des couloirs ils progressent en béquillant ou en propulsant les roues de leur fauteuil avec les mains. A moins que, luxe technologique, ils ne disposent d'un engin électrique autonome, silencieux, efficace et facilement manipulable, répondant au doigt et à l’œil à de discrètes impulsions digitales. C'est simple il suffit d'appuyer sur le bouton. Encore faut-il que ce soit le bon...

             Voilà pour le corps, le matériel biodégradable de base, la machine qui s'use et oublie ses performances anciennes. Mais aux commandes reste l'esprit, caché dans la matière grise et le système nerveux central. Bien sûr il fait partie du corps et à ce titre en subit les atteintes et les insuffisances. Si la force musculaire décroît, si les articulations perdent leur mobilité, il faut bien constater que le cerveau, lui non plus n'est plus capable de donner les ordres et surtout de les transmettre avec diligence. Alzheimer et Parkinson, ces deux compères complices en décrépitude se chargent de modifier le scénario et de transmettre des ordres incertains, peu cohérents et velléitaires. C'est à dire sans suite et sans logique fonctionnelle. Ou si l'on préfère pleins de fantaisie et d'approximations ludique. C'est selon l'optique de chacun.

             Mais dans un établissement public géré avec l'argent du contribuable, futur utilisateur potentiel, tout est prévu pour le réconfort de l'assisté qui fait ce qu'il peut avec les moyens dont il dispose. Ainsi des fauteuils sont habilement disposés aux endroits stratégiques pour accueillir le promeneur un peu las, le déambulateur épuisé ou la victime du coup de pompe qui a présumé de ses forces. Il va pouvoir récupérer et ce sera encore mieux s'il y a des copains ou des copines prêts à échanger des propos encourageants tout chargés de chaleur humaine. Car le moral est essentiel et beaucoup se laisseraient aller sans vergogne s'il n'y avait de la compagnie  pour les encourager à faire bonne figure.

             Je le sais, je l'ai vu à la télé : dans le Tour de France qui vient de commencer, on sait bien à quel point les encouragements des spectateurs, même maladroits, même excessifs peuvent donner le coup de fouet qui fera gagner des centièmes de secondes sur les autres, les adversaires acharnés, ceux qui voudraient aussi s'imposer à tout prix, on se demande pourquoi d'ailleurs… Mais attention ! En voulant pousser pour aider on peut faire tomber et provoquer l'irréparable.

             Ici c’est la même chose. Et seul le retraité ultime peut sentir où il en est et de quoi il reste capable. Encore qu’une  appréciation incorrecte de son propre état soit toujours possible et le pousse à se sur ou sous-estimer.

             Mais on voit de tout au hasard des couloirs et des services depuis le fatigué chronique qui va quand même récupérer un peu, jusqu’au cas extrême où tout est joué et achevé et qui n’aspire plus qu’au repos pour atteindre la perfection du « Ici repose » qu’une sagesse ancienne faisait figurer sur maintes pierres tombales.

             Mais l’humanité sénile ne manque pas de pittoresque tant qu’elle s’obstine à se maintenir en vie. La perte d’un œil, la surdité cotonneuse bien gérée, le tremblement convulsif interdisant de boire un verre d’eau sans dommage collatéral, tout cela fait partie du lot commun. Mais il y a plus grave ou plus définitif. Ainsi cette femme d’un âge plus qu’incertain véhiculant sa frêle silhouette dans son fauteuil roulant poussé par une pensionnaire plus alerte, révèle qu’à côté d’une jambe maigre réduite à l’os et au tendon  et repliée soigneusement en un demi-lotus très méditatif il n’y a plus que le vide d’une amputation. Ou cette autre à la silhouette plus complète mais tassée, voutée plus que de raison et se déplaçant avec une lenteur pourtant très mécanique.  C’est Breughel et sa « Dulle Griet », sa «  Folle Marguerite » qui vient hanter le bout du couloir, à moins qu’elle ne se soit échappée d’un outre-monde fantomatique  où s’agitent les fantasmes crépusculaires de Jérôme Bosch, Hiéronimus pour les intimes et ceux qui ont de l’instruction.

             J’arrêterai  pour aujourd’hui. De toute façon les habitués des lieux seront encore là cet été et je vous donnerai de leurs nouvelles, si le Bon Dieu me prête vie et s’il ne voit pas d’inconvénient à ce que je rende compte de ce que le destin me permet d’observer.

Permettez cette facilité mais je ne peux m’empêcher de conclure en paraphrasant la citation bien connue, même si elle est moquée par les infidèles  « Car c’est ainsi qu’Allah est grand ! » ou comme dirait notre tradition plus chrétienne les Voies du Seigneur sont décidément impénétrables…

 

                                                                La Brosse Conge le 5 juillet 2016

                                                                Copyright Christian Lepère

 

            

 

"Les trois grâces" - détail

"Les trois grâces" - détail

"Les trois grâces" - détail

"Les trois grâces" - détail

Enfin!

Après six ans de convivialité

le 300 ème

épisode de ce blog

vous attendra ici la semaine prochaine.

Bonne canicule en attendant!

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 09:31
"Halte incertaine" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1989

"Halte incertaine" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1989

Aléas du destin

 

              Le nez au vent il baguenaudait. La cheville souple, le mollet fringant il allait la tête vide et le cœur léger. La rue qu'il longeait n'était pas très encombrée, ni par les véhicules répandant des miasmes toxiques, ni par la présence de semblables tellement semblables mais pleins d'idées et de projets personnels risquant d'entrer en conflit avec ses propres souhaits. L'air était léger et en ce beau jour de juin il ne s'inquiétait guère pour un avenir à priori plutôt propice, voire bénin, sauf complications inattendues.

              Il allait donc, croisant quelques passants discrets et jetant un coup d’œil oblique aux vitrines qui tentaient d'attirer le chaland et de l'induire en tentation. A quelque distance mais se rapprochant résolument venait un homme. Pas très grand, pas très remarquable, sans caractéristiques particulières. Bref, un de ceux qu'on croise sans s'en apercevoir. Et pourtant ce n'était pas n'importe qui mais un vieux copain d'école qu'il avait revu au fil des années et qui lui servait de point de repère pour ponctuer la fuite du temps et le confirmer dans son histoire. Je veux dire celle dont il était le héros.

              Pourquoi fallut-il qu'au moment précis où il passait devant le kiosque à journaux, celui-là même où il achetait jadis ses Pif gadgets, son attention fut retenue par un gros titre. S'agissait-il d'un attentat ? D'une révélation crapuleuse sur un ténor de la politique ? Ou de quelque autre drame apte à interpeller le bon peuple et à lui donner envie de s'insurger? Peu importe ! Toujours est-il que c'est à ce moment que son ami passa dans son dos, sans d'ailleurs s'en apercevoir. Pourtant ils auraient eu des nouvelles à échanger, voire des informations remettant leurs destins respectifs en cause. Mais voilà c'était raté. Enfin pas tout à fait car gêné dans sa progression par une poubelle dégorgeant de détritus, il eut une hésitation et faillit retourner en arrière,  là où il aurait sans doute rattrapé son ami que, même de dos, il aurait identifié immédiatement.

              Mais l'obstacle qui l'avait freiné était contournable. Il le contourna donc et poursuivit son chemin. Une jeune personne en short aperçue du coin de l’œil faillit à nouveau ralentir son rythme. Mais elle portait des baskets, ce qu'il trouvait particulièrement vulgaire. Allez-vous vous laisser détourner par une créature un peu replète et plutôt souriante mais faisant preuve d'un tel manque de goût ? Ah, si elle avait eu un jean lacéré laissant des fragments de chair bronzée vous faire de l’œil entre des lambeaux de tissu bleuté… Avouez que c'eut été aussi efficace que les dentelles des belles de jadis laissant entr’apercevoir le satiné d'une cuisse innocente.

              Donc il poursuivit. Toujours décontracté, toujours ignorant du rendez-vous manqué que le destin lui avait mijoté.

              La journée passa et enfin il réintégra son chez-lui. Mais au lieu d'enlever ses mocassins et de se mettre en tenue plus négligée pour goûter un repos bien légitime ne voilà-t-il pas qu'il consulta sa messagerie. Justement l'ami qu'il venait de rater lui avait envoyé le matin un courriel. Le sujet en était vital puisqu'il y était question d'un emploi avec cdi correspondant à ses capacités. Voilà qui aurait pu séduire le chômeur de longue durée qu'il était devenu depuis les beaux jours d'antan. Hélas ! Il, en prenait connaissance avec un peu trop de retard. Et même en s'activant il était douteux que la place n'eut pas été prise entre-temps. Car c'était urgent.

              Mais j'en reviens à la jeune fille en short. Certes il aurait pu l'aborder et entrer en relation. Dans ce cas il aurait appris qu'elle connaissait aussi son vieux camarade d'école qu'elle avait, elle, fréquenté au lycée et avec qui elle avait eu des relations sensuelles mais sans passion excessive. D'ailleurs elle en conservait un bon souvenir et elle aurait pu servir d'intermédiaire pour mettre au clair certaines ambiguïtés du passé. Le sien bien entendu mais aussi celui de tous ceux avec qui il avait été en contact.

              Mais la vie continue. Dans l'effarante toile d'araignée du quotidien tous les destins s’entre-tissent et se complètent. Rien n'est véritablement laissé au hasard. Même si nous pataugeons dans la perplexité au sein de situations qui nous échappent

              Je vais m’arrêter  là en m'abstenant de tout commentaire. Aujourd'hui le destin a cafouillé mais sans doute n'a-t-il fait que se réserver pour mijoter quelque projet plus grandiose. L'ami d'école va-t-il retrouver la jeune fille en short pour finir par vivre avec elle de belles années en concubinage ? A moins qu'il ne la quitte au plus tôt pour profiter lui-même de l'offre d'embauche en c.d.i…. Après tout il n'y aurait pas mort d'homme ! Et de toute façon il faut bien reconnaître que mon héros y a mis du sien en se laissant bêtement attirer par un gros titre sur un tabloïd dont le seul but est de faire du fric en attisant les penchants les plus bas, ceux qui font flamber le box-office et assurent la promotion des best- sellers.

 

                                                                         La Brosse Conge le 1 juillet 2016

                                                                         Copyright Christian Lepère

 

 

"Halte incertaine" - détail

"Halte incertaine" - détail

"Halte incertaine" - détail

"Halte incertaine" - détail

Après une halte incertaine

L'histoire redémarre et le long fleuve tranquille de l'existence

reprend son cours vers l'aval...

Affaire à suivre.

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 08:15
"Marionnettes" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1987

"Marionnettes" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1987

Le jour des corneilles

 

              Ce jours-là j'étais amer et désabusé avec ce sentiment de manque que rien ne saurait combler. Pourtant le temps venait de se rétablir et après un printemps bien arrosé le soleil, illuminait la Bourgogne, ses collines et ses vallées. Mais quand l'âme est triste rien n'y peut porter remède.

              Pour parfaire le tableau la télévision que je regardais pour me tenir informé et ne pas perdre le contact avec mes semblables déployait sans fin ses turpitudes, de la lutte intestine au conflit armé sur fond d'incompréhension militante. Partout les intérêts particuliers les plus immédiats s'opposaient à d'autres, chacun défendant son os toutes griffes dehors et les crocs en avant. On sait bien qu'en politique il n'y a pas d'amitiés, simplement des alliances tactiques et que les complices d'aujourd'hui sont prêts à trahir les plus nobles causes pour s'adapter au jeu des circonstances. On appelle ça le pragmatisme ou comment se montrer réaliste en profitant de tout ce qui se présente.

              Mais parfois un miracle arrive. Exceptionnel comme il se doit et soigneusement non prémédité. Je ne sais pourquoi mais toujours est-il que ce soir j'ai zappé sur ARTE au moment où commençait la projection d'un film d'animation. Ce genre de réalisation intéresse le graphiste et le peintre que je suis. Mais au-delà de l'intérêt professionnel j'ai vite constaté que le propos était plus profond qu'à l'ordinaire. Certes les grandes réalisations de Walt Disney n'étaient pas si enfantines qu'on aurait pu le croire. Mais enfin cela restait assez conventionnel et bien-pensant.

              Depuis beaucoup se sont lancés dans des recherches et des innovations, parfois avec succès, en utilisant toutes les ressources des technologies actuelles. Et il est vrai qu'à cet égard d'énormes possibilités se sont découvertes. Comme en bande dessinée on peut utiliser des prises de vue réelles de paysages ou de personnages, les passer dans des filtres pour leur donner un aspect graphique et retravailler le tout pour y déployer une vision personnelle. Mélangeant les techniques avec tact on peut même donner une unité de style à ce qui ne serait qu'un patchwork rafistolé.

              Mais j'en viens au fait. Le film intitulé « Le jour des corneilles » traite d'un sujet vieux comme le monde montrant les fonctionnements de base de l'âme humaine avec le déploiement des passions.

              Dans la forêt vit le père Courge, sorte d'ogre terrifiant qui domine son très jeune fils qu'il appelle « Fils » tandis que celui-ci l'appelle « Père » tout simplement. Il lui interdit de sortir du bois car au-delà il n'y a rien. Mais vraiment rien si ce n'est le néant...Or son rejeton découvre qu'au-delà il y a quand même quelque chose. Et c'est tout un monde ordinaire plein de choses habituelles et de gens comme vous et moi.

              Le fils vit naturellement en accord avec les mystères du monde. Pour lui les morts continuent de hanter sa forêt comme d'étranges animaux humains muets mais qui n'en pensent pas moins. Et parmi eux il y a « Mère », biche hiératique vêtue d'une longue robe, muette mais pleine d'amour et de tendresse.

              Je vous épargnerai les péripéties et les rebondissements. Sachez plutôt que Fils rencontre Manon, fille du médecin local et qu'une complicité va réunir le sauvageon brut de décoffrage et la fillette bien élevée mais pas si naïve que ça. Les intervenants indispensables seront les habitants du village, les bons et les très méchants. Quelques soldats aussi qui font régner un ordre bête et discipliné (enfin dans une certaine mesure…) avec leurs gueules de truands.

              Mais tout se terminera bien. Cherchant l'amour de son père sous la carapace de brutalité le fils finira par le trouver au moment où ce dernier écrasé dans sa cabane en feu perdra un corps bien encombrant pour devenir lui-même un fantôme délivré de son désir de vengeance. Enfin quitte du poids énorme qui l'a réduit à l'état de bête sauvage ne songeant qu'à oublier son malheur en agressant tout ce qui bouge.
              La conclusion conviendrait à un bouddhiste ou à toute personne s'étant un peu penché sur les mécanismes de la destinée humaine. Notre nature fondamentale parfaitement bonne et compatissante est cadenassée sous les couches de passé qui ne nous ont pas épargnés. Assoiffé d'amour le jeune, identifié à sa personne se prend pour l'animal qu'il est biologiquement. Et l'animal humain n'a que deux options pour survivre. Soit fuir le danger en négligeant  toute prétention, soit décréter que le monde est méchant et injuste, ce qui justifie tous les comportements agressifs. Ceux des grands dictateurs mais aussi ceux de la plus innocente des créatures car l'illusion peut conduire aux excès les plus abominables dans la mesure où l'on est viscéralement certain d'avoir raison.

              Tout cela tombe sous le sens et c'est pourtant le principal moteur de toutes les turpitudes qui mettent le monde à feu et à sang. De la guerre en Syrie aux attentats  terroristes les plus odieux. L'ignorance de notre vraie nature, l'identification à une « petite connerie d'insecte biodégradable » qui n'aura jamais le dernier mot et qui se prend inévitablement pour le centre du monde. Comme vous et moi, comme tout ce qui vit et palpite à la surface de la planète bleue.

              Alors pitié ! Ressaisissons-nous. Cessons de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Cela permettra peut-être de voir enfin les autres tels qu'ils sont sous leur carapace d'aveuglement et délivrés de leur peur de se faire avoir en passant pour de gros naïfs.

 

                                                                   La Brosse Conge le 23 juin 2016

                                                                   Copyright Christian Lepère

"Marionnettes" - détail

"Marionnettes" - détail

"Marionnettes" - détail

"Marionnettes" - détail

Enfin le soleil brille

sur les bons

comme

sur

les méchants!

A bientôt pour de nouvelles aventures...

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 07:38
"Vent de folie" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1983

"Vent de folie" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1983

 

Le dépotoir

Suite et fin

 

 

 

               Le « dépotoir » était un lieu-dit le long de la Cure, cours d’eau affluent de l’Yonne puis de la Seine et traversant d’abord le village. C’était à côté de l’abreuvoir où les vaches du père Ravatin venaient s’abreuver en fin d’après-midi avant de remonter à l’étable. Là une butte artificielle composée de tout ce dont on souhaitait se débarrasser s’engraissait au fil du temps en accumulant les restes de la vie moderne locale. Ce n’étaient que vieilles cuisinières, bouteilles vides, machines à coudre vétustes et outils de jardinage usés à la peine. Quelques vieux pneus et des bidons d’huile à moteur prouvaient que c’était un dépôt récent, impossible à confondre avec les sites gallo-romains des environs. Et pourtant Dieu sait s’ils sont nombreux dans cette partie de Bourgogne pleine d’un passé glorieux. Le camp de Cora n’est pas bien loin et au-delà de Vézelay on peut encore visiter les Fontaines Salées.

               Après ces considérations générales j’en arrive à mes souvenirs d’enfance vécus sur le tas, le tas de détritus ci-dessus mentionné, bien entendu. On connaît les forces obscures poussant les enfants à explorer leur environnement avec l’audace et l’inconscience de leur belle jeunesse. Cela leur permet de découvrir le vaste monde et de s’y confronter pour acquérir force et sagesse. Comme tout animal  commençant sa vie l’enfant découvre, expérimente et s’approprie, surtout si le lieu est désert et à sa discrétion. Il va prendre possession, au moins de façon symbolique d’un territoire de jeu où il se sentira chez lui. Souvenez-vous des cabanes de votre enfance construites au fond du jardin, si ce n’est au cœur des grands bois morvandiaux.

               Si cela se fait souvent en groupe avec les copains de l’école, du village ou avec une bande de gamins qui se sont cooptés, il arrive aussi que ce soit plus solitaire. C’était mon cas car je passais mes vacances dans un hameau où les petits camarades n’abondaient pas. S’ il m’arrivait de bénéficier de la complicité d’un ou deux qui partageaient mes jeux, le choix était réduit entre le fils du ferrailleur qui investissait les environs immédiats ou l’un ou l’autre des petits campagnards des environs. Pour les filles c’était encore plus réduit, la maman de l’unique représentante de cette espèce un peu mythique à mes yeux lui conseillant vivement de ne pas traîner avec les gamins pour la préserver ainsi de toute promiscuité. Bien sûr on a confiance mais on n’est pas naïf…C’est donc de ma propre initiative et sans aide que je me lançais dans des explorations merveilleuses ou déprimantes selon le jour et le temps qu’il faisait. Parfois j’abandonnais mon vélo dans l’herbe du bas- côté et parfois c’est par hasard que je m’arrêtais au cours de flâneries le long de la rivière. J’y allais alors, attiré par la prolifération d’objets que l’on venait d’accumuler. Je m’engageais  hardiment, risquant la glissade sur des matières humides plus ou moins corrompues ou même de m’embourber comme dans un marécage plein de trous cachés et de chausse-trappes.

               Mais c’était aussi stimulant que de s’aventurer dans une grange ou la paille accumulée peut cacher des trous béants dans un plancher pourri soutenu par des poutres vétustes prêtes à rendre l’âme. Les enfants adorent se faire peur et la prise de risques hasardeux est tellement stimulante. A chacun son petit plus d’adrénaline surtout quand on est à l’orée du mystère et de l’inconnu.

               Je m’aventurais donc dans les profondeurs des bas-fonds, plein de curiosité et prêt à faire face. Parfois c’était l’émerveillement devant des objets encore récupérables et charmants tels qu’un vieux poupon en celluloïd ou des rideaux brodés de fleurettes d’un bleu pastel entourées de guirlandes de roses. On y trouvait de tout. Un vieux seau rouillé plein de cartes postales anciennes, un jeu de cartes presque complet, des cruches cassées se reflétant dans les débris d’un vieux miroir. Tout cela me faisait rêver, réveillant de très anciens souvenirs d’un temps révolu que je ne connaissais que par ouï-dire. C’était du second degré, de l’oral transmis par les grandes personnes sans garantie d’authenticité. Mais à cet âge on est naïf et l’on fait naturellement confiance à l’autorité en attendant l’adolescence où tout sera remis en cause de façon parfois excessive. Mais aussi souvent salutaire.

               Pour lors j’étais un nostalgique, un rêveur impénitent, une usine à fantasmes

Et tout m’était bon pour divaguer aux confins du vérifiable. En un mot j’étais un enfant pour le meilleur et pour le pire, prêt à accorder une confiance aveugle à qui ne la méritait guère mais sauvegardant son jardin secret en se racontant à soi-même des histoires à dormir debout. Je crois bien qu’en cela j’étais tout à fait « normal » quoique un peu excessif quand je me compare rétrospectivement avec mes petits camarades de l’époque. Étaient-ils plus raisonnables ? Je ne le crois guère… Mais il semble qu’ils se pliaient plus facilement aux injonctions de l’entourage et s’apprêtaient à devenir normaux dans le sens où ils s’adaptaient au consensus mou qui permet à tout un chacun de faire semblant d’être normal et sans histoire. D’ailleurs il m’arrive de côtoyer encore des survivants de ces temps anciens. Ils ont vieilli comme moi, du moins pour ceux qui ne résident pas en permanence au cimetière communal sous une pierre tombale plus ou moins réglementaire. Mais dans le cas contraire le temps les a rendus un peu plus raisonnables en calmant les ardeurs enfantines, tout au moins en apparence car allez donc savoir ce qui se cache dans une caboche humaine, qu’elle soit de la ville ou bien des champs.

                                                             La Brosse Conge le15 juin 2016

                                                             Copyright Christian Lepère 

   

 

 

 

 
"Vent de folie" - détail

"Vent de folie" - détail

"Vent de folie" - détail

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Attendons

que la bourrasque

soit passée

après

on

verra

plus posément...

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 07:26
"Souvenirs" - huile sur toile - 50 x 61 cm - 1987

"Souvenirs" - huile sur toile - 50 x 61 cm - 1987

Le dépotoir

 

               Quand j'étais petit je n'étais pas grand. Et si c'était évident sur le plan corporel, ça ne l'était pas moins dans ma petite tête dont la maturité psycho-socio-culturelle restait à améliorer. J'étais donc petit et naïf et plein de fraîcheur. Plutôt rêveur et porté sur les divagations intérieures. On compense comme on peut ce que l'on ne peut réaliser dans le monde des grandes personnes. Mais je n'en restai pas moins un infatigable prospecteur des alentours et de tout ce qui s'offrait à ma curiosité. J'étais là un peu seul et le monde m'entourait de toute part.

               C'était à la campagne, la vraie, la verdoyante, celle où l'on va prendre un bon bol d'air pour échapper aux miasmes parisiens. Mais tout n'était pas totalement écologique et après-guerre dans cette région douce et vallonnée on avait un peu de mal à gérer les retombées du progrès qui nous comblait de ses bienfaits et nous poussait droit vers les lendemains qui chantent.

               C’est ainsi que l’on ne savait trop que faire des déchets et des objets manufacturés mis au rebut. Pour tout ce qui était biodégradable il n’y avait pas de problème. Le premier tas de fumier venu pouvait accueillir ce que l’on voulait laisser revenir à l’état de nature sans se compliquer la vie outre mesure. Tout ce qui était alimentaire pouvait se décomposer tranquillement sans attirer l’attention. D’ailleurs un tas de petites bêtes se chargeaient du nettoyage et de la remise à disposition des éléments vitaux. Divers  nécrophages particulièrement serviables s’empressaient de faire place nette. Ainsi les fleurs des champs témoignaient d’une belle vitalité encouragées par la qualité nutritive de sols généreusement engraissés.

               Mais pour les objets manufacturés c’était une toute autre affaire. Une vieille brouette en bois peut pourrir au fond du jardin et seuls quelques boulons métalliques mettront plus de temps à se laisser ronger par la rouille. Mais qu’allez-vous faire de ce qui s’avère moins digeste pour les moisissures et autres micro-organismes ? Le retour à la case départ peut se montrer plus long et plus aléatoire. Ainsi un panneau d’aggloméré résiste bien mieux qu’un honnête objet en bois blanc, surtout s’il est protégé par une couche de Formica thermodurcissable. Et que dire des objets en plastique dont le petit seau et la petite pelle de Popaul sont le prototype et qui vont perdurer sous le sable de la plage bretonne en défiant l’inexorable écoulement du temps ?

               Donc le progrès était en marche et même si les techniques pour organiser l’obsolescence programmée n’étaient pas encore performantes, il n’en restait pas moins qu’après de longs et loyaux services les objets modernes finissaient par rendre l’âme et devenirs encombrants. Alors que faire du vieux réchaud à gaz, du chauffe-eau vétuste ou du tuyau d’arrosage percé ?

               Dans la commune on avait résolu le problème de façon économique et simple, sinon élégante. Mais à l’époque on faisait encore confiance à la nature pour tout recycler. D’ailleurs la présence de la rivière et de son courant inlassable entraînant tout vers la mer, la matrice primordiale était un gage à long terme d’anéantissement définitif. Et irrévocable. On n’avait pas encore bien vu que la biodégradabilité ne s’applique avec succès qu’au périssable et beaucoup moins à l’industriel. Ainsi l’on faisait confiance au flux qui passe pour venir à bout des ustensiles les plus coriaces.

 

                                                                                       à suivre

 

 

 

 

"Souvenirs" - détail

"Souvenirs" - détail

"Souvenirs" - détail

"Souvenirs" - détail

"Souvenirs" - détail

"Souvenirs" - détail

A bientôt

pour une visite complète

de souvenirs 

anciens

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 07:30
"Figure de proue" - huile sur panneau - 32 x 45 cm - 1985

"Figure de proue" - huile sur panneau - 32 x 45 cm - 1985

Mes jeunes années au grand air

 

                C'est à Paris que je suis né pendant la guerre. Compte tenu des circonstances ma mère a préféré nous emmener mon frère et moi à la campagne. C'est donc au grand air de Bourgogne que nous avons été élevés. A l'époque la France profonde n'avait pas encore bénéficié des progrès qui se répandaient dans le monde. Le modernisme restait discret et si l'électricité était arrivée, ce n'était pas encore le cas pour l'eau courante. Ainsi on allait puiser le précieux liquide au puits communal situé à quelque distance et l'on en revenait avec un seau dans chaque main pour assurer l'équilibre et limiter les déplacements.

                Mon père, modeste artisan qui continuait à fabriquer des tuyaux de poêle dans une arrière-cour du passage Ménilmontant, au cœur du onzième arrondissement faisait des aller-retour à vélo pour assurer la subsistance familiale sans se couper des siens. La route était longue mais peu fréquentée et dans l'ensemble assez plate. Donc en partant de bonne heure et en arrivant tard une expédition de 211 km n'avait rien d'exceptionnel pour les braves de cette époque incertaine.

                Depuis le cœur de Paris en passant par la porte d'Italie avant de traverser Melun, Montereau, Sens et Auxerre puis la vallée de la Cure on finissait par arriver à Sermizelles, charmante bourgade complétée par le hameau de La Brosse Conge, situé sur l'autre rive de la rivière. Le but atteint et après un repos réparateur, il n'y avait plus qu'à reprendre son courage à deux mains, saisir le guidon et mobiliser ses mollets pour remonter à Paris.

                Ainsi passait le temps, cahin-caha et sans surprise notoire. Pas de drame en ces temps difficiles ou le monde se convulsait partout ailleurs, jusqu'aux confins de la planète. Bien que rude c'était quand même le bon vieux temps, celui dont on se souviendrait avec nostalgie.

                Un beau jour mon père a décidé de ne plus dépendre de la commune pour étancher notre soif et assurer notre propreté corporelle au quotidien. Après avoir demandé conseil à un expert local il a demandé à un puisatier de creuser dans le jardin, à côté de la maison. Mais cet homme d'expérience, après avoir déblayé la première couche de terre meuble s'est retrouvé face au soubassement calcaire, beaucoup moins accueillant et devant la résistance de l'obstacle, il a décidé de ne pas insister. C'est qu'il n'était pas certain de finir par atteindre une eau dont la présence lui restait hypothétique. Pour lui c'était peut-être, mais pas bien sûr...Enfin ça ne lui paraissait pas jouable.

                A cette époque les clients de l'artisan tôlier parisien ne se pressaient pas. Leurs ressources étaient maigres et l'on préférait bricoler soi-même plutôt que d'investir dans des tuyaux neufs faits sur mesure. L'époque était à la sobriété. C'est ce qui décida mon père à venir creuser le puits dont il ne pouvait déléguer la réalisation à l'homme de l'art. Avec ses modestes moyens, c'est à dire un marteau, des burins et de grandes quantités d'huile de coude il s'est mis au travail. Mais il n'était pas seul ! Pour remonter les déblais  ma mère tournait la manivelle. Sans hâte mais avec opiniâtreté...C'était dur mais en prenant son temps…

                Enfin petit à petit le trou s'approfondissait et l'effort se faisait plus rude car l'espoir restait incertain. Allait-on voir la fin de ce travail de bête fouisseuse qui creuse son trou dans la matière hostile ? Enfin c'est au onzième mètre que l'eau s'est mise à sourdre. D'abord modeste filet elle a rapidement trouvé et élargi son cours pour se transformer en ruisseau souterrain au débit régulier bien suffisant pour subvenir à tous nos besoins. Et ce pour de longues années.

                Mais le progrès nous a rejoints et un jour l'eau de la commune nous est arrivée par des canalisations réglementaires. Finies les corvées pour tirer l'eau du puits ! D'ailleurs le progrès continuait, sûr de son fait puisque ne rien ne peut l'arrêter. Et c'est ainsi qu'une pompe performante m'a permis d'arroser le jardin pendant des années jusqu'à ce que le jardinier qu’était mon frère cesse de s'occuper de ses radis et de ses tomates pour se reposer après une vie bien laborieuse.

 

                                                                      La Brosse Conge le 29 mai 2016

                                                                      Copyright Christian Lepère

                

"Figure de proue" - détail

"Figure de proue" - détail

"Figure de proue" - détail

"Figure de proue" - détail

Il pleut sur la Bourgogne 

et la nature verdoie...

Attendons la suite qui ne saurait tarder.

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 09:20
"Scaphandrier" - huile sur panneau - 22 X 27 cm - 1993

"Scaphandrier" - huile sur panneau - 22 X 27 cm - 1993

Fantaisies climatiques

 

              D'habitude c'est plus loin, plus exotique. La télé nous a appris la vastitude du monde et la diversité de tout ce qui s'y passe. Alors on est blasés ! Éruptions volcaniques, typhons, tornades, incendies monstrueux prolifèrent à qui mieux mieux sans oublier les chevauchements de plaques continentales provoquant des fissures dans la croûte terrestre et libérant l'énergie du magma en fusion.

              Ce monde n'est pas paisible. Il ne l'a jamais été. Mais force est de constater qu'en ce moment la mode est à l'effervescence. Y a-t-il un rapport direct ?  Il se trouve que l'humanité investissant la surface de la planète partage ce surcroît d'activité pour le moins désordonné. L'une agissant sur l'autre qui s'empresse d'en rajouter une louche pour faire bonne mesure. Le défi est maintenant posé : serons-nous capable de prendre du recul pour ne pas perdre les pédales ?

              Depuis peu, voilà que ça se rapproche. Bien sûr la Chine n'était pas paisible et la banquise fondait avec enthousiasme. Une région entière était dévastée au Canada  par de monstrueux incendies encouragés  par des températures anormalement élevées. Et ce dans une région où l'on extrait le gaz de schiste sans se soucier des effets éventuels sur le climat…

              Mais voilà que nous sommes atteints aussi dans notre bonne vieille Europe et même au cœur de l'hexagone si ce n'est dans le Jardin de la France, là où la nature a coutume de faire la trêve et de  nous prodiguer la bienveillance de son équilibre. Douce France que t'arrive-t-il ? Pourquoi ces spasmes et ces excès ? Ainsi un dérègle ment de l'anticyclone vient, par un jeu de forces contraires, de provoquer des pluies plus qu'excessives. Comme le sol était déjà gorgé et les nappes phréatiques bien approvisionnées il ne restait plus à l'eau du ciel qu'à ruisseler en surface en faisant des misères aux riverains de cours d'eau plus paisibles à l'ordinaire.

              Ainsi la Seine généreusement approvisionnée par ses affluents menace Paris. Certes nous n'en sommes pas à la crue mythique de 1910 et le zouave du pont de l'Alma semble garder son sang-froid. Mais voilà quand même qu'on interdit les voies sur berge, qu'on bloque le R.E.R. qui longe la Seine et qu'on ferme le Louvre et le musée d'Orsay aux touristes qui viennent pourtant de fort loin. Certains même de régions où la nature ne se gêne pas pour intervenir dans les affaires humaines de façon plus qu'effrontée.

              Le problème est que ça se passe chez nous. Chez des braves gens comme vous et moi, nos semblables qui ont fait confiance à des promoteurs leur proposant de construire  leur futur petit paradis sur des terrains reconnus comme inondables. Mais qu'on oubliait de présenter comme tels. Comme d'habitude on a fait confiance. La situation était sous contrôle. Le cours de la Seine régularisé par de vastes surfaces de stockage des eaux on a pu bétonner et créer des parkings d'une étanchéité presque parfaite sans se soucier de suites éventuelles. On a totalement oublié que les petits ruisseaux font les grandes rivières et que les affluents, même discrets, peuvent devenir paranoïaques, tout gonflés de leur importance inattendue.

              Enfin le pire semble passé. On est loin de la catastrophe de 1910 mais l’économie va souffrir. Tant de lieux à nettoyer. Tant de dégâts à réparer. Tant de véhicules transformés en sous-marins sans en avoir les capacités. Et puis tous les manques à gagner… Les bateaux-mouches, le tourisme battant son plein à cette époque et les inénarrables péripéties de l’autoroute transformée en canal avec de longues files de camions perdant tout espoir de livrer leur cargaison périssable avant qu’elle ne se gâte. Enfin tous ces utilisateurs quotidiens des transports collectifs déjà bien perturbés par les grèves d’opposition à la loi travail.

              Mais tout va se rétablir. Tout va redevenir normal après les délais nécessaires. Tout ? Mais oui tout ! A part ce qui n’est pas prévu bien que des suppositions crédibles nous prédisent qu’une inondation centennale reste toujours envisageable et qu’elle serait sans doute bien pire que ce qui nous affecte en ce beau mois de juin un peu humide.

 

                                                                  La Brosse Conge le 5 juin 2016

                                                                  Copyright Christian Lepère

"Scaphandrier" - détail

"Scaphandrier" - détail

293 - Fantaisies climatiques
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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 08:04
"Les nomades" - huile sur toile - format 6 F - 1985

"Les nomades" - huile sur toile - format 6 F - 1985

 

Du profane au plus vaste

et réciproquement

 

           J'étais devant ma télé. Le spectacle était somptueux, énorme, inénarrable. La parole était aux politiques, hommes et femmes alternés, tous aussi sincères, tous aussi convaincants. Chacun prouvant, preuve à l'appui et de source sûre  et certaine que tout allait très mal, que tout partait à la dérive et que la catastrophe nous attendait,  hideuse et béante au détour de l'actualité, résultat effroyable et mathématique de la conjoncture mondialisée. Catastrophe tellement prévisible et tellement prévue qu’elle en était incontournable. Car, bien sûr, chacun avait tout compris et avec l'acuité visuelle de l'aigle avait su discerner où étaient les erreurs d'appréciation, les choix partisans, les intérêts égoïstes qui nous rendent aveugles. Mais Dieu soit loué, qu'il soit de droite, de gauche, du centre ou même d'ailleurs, chacun en était sûr et certain, fier de sa lucidité et prêt dans un élan de générosité admirable à éclairer les autres pour éviter à tous ces aveugles de se laisser mener par des borgnes victimes d'un champ visuel malencontreusement réduit.

           Nous vivons en démocratie. Le citoyen de base  a la parole et peut exprimer ses vues les plus pertinentes et son intime conviction. Chacun peut tenter de se convaincre pour convaincre les autres. Alors pourquoi s'en priver ?

           Une seule chose me gênait dans tout cela, c'est qu'on ne peut être juge et partie. Or l'admirable sincérité de tous ne me semblait pas exempte de toute arrière- pensée d'intérêt personnel à défendre et ce, de manière on ne peut plus naturelle. Évident pour le P.D.G. d'une multinationale ou le Grand Distributeur de biens consommables, c'était quand même un peu plus subtil pour d'autres plus ouvertement idéalistes. Mais chacun a son fonds de commerce à faire prospérer et si certains ne jurent que par les paradis fiscaux leur permettant de mieux gérer leur activité, d'autres n'envisagent que des projets philanthropiques, hélas peu applicables, si ce n'est par la contrainte, donc avec l'appui de forces convaincantes plus ou moins policières voire militarisées.

           J’en étais là dans mes réflexions quand le soleil a percé entre les nuages. Par la baie vitrée il inondait la pièce où je m’attardais. Jouant avec les objets, faisant miroiter les matières et organisant des jeux d’ombres pleins de fantaisie sur le tapis. Il allait jusqu’à caresser les statues de Bouddha veillant sur les lieux avec un petit sourire plein de compassion. Et tout cela se répondait dans les échanges entre miroirs et les reflets des vitres leur servant de relais. C’était somptueux, d’une créativité délirante pleine de charme et de saugrenu. C’était d’une gratuité totale et sans le moindre soupçon d’intention. C’était et ça se suffisait comme le clin d’œil de l’astre qui nous éclaire et nous réchauffe sans préméditation. La lumière inondait la pièce de ses extravagances en surgissant d’entre les cumulus vagabonds chevauchant des stratus libres comme l’air.  Et le tout voguait dans l’azur sans fin.

           Je me levais du canapé et prenant à gauche je passais dans l’entrée. Le spectacle y était époustouflant. Des lumières diffractées  rebondissaient, se croisant en tous sens, se télescopant ou se conjuguant en un apparent désordre plein d’énergies éclatées et de rencontres improbables. Des milliards de photons espiègles se précipitaient de ci-de là se brisant sur la porte palière ou rejaillissant dans le miroir d’une petite vitrine pleine de souvenirs fanés et de bibelots au charme ancien. Le monde était en fête. Il célébrait la lumière printanière qui le lui rendait bien.

           Mais je poursuis mon chemin pour tourner encore à gauche. C’est la cuisine pleine d’objets chargés d’un passé déjà lointain. Elle est toute étincelante de rayons répercutés à l’infini. Tout vibre de la porte du frigo jusqu’aux murs couverts de traces accumulées en couches multicolores. Etiquettes et décalcomanies. Rubans et emballages. Graffitis et traces  accumulées depuis des lustres, au fil du temps des souvenirs…Résurgences passées ravivées par d’improbables rappels. Opposition des ombres exaltant des lumières ou douceur d’un tissu illuminé de contre-jour.

           Mais juste en face, au mitant du milieu et par- delà les bâtiments des résidences s’impose une silhouette familière. C’est la Chapelle Royale qui domine le Domaine de Versailles. Le toit de cet édifice couronne le château et affirme bien haut que Dieu est au-dessus du roi.

           Je ne suis pas bigot et les églises ne m’ont pas laissé que de bons souvenirs. Certes l’émerveillement m’a bien saisi parfois devant le jaillissement des colonnes ou la splendeur des voutes. De Chartres à Vézelay il m’est arrivé de me sentir plus vertical en cheminant le long des bas-côtés ou en contournant un transept. Il m’est même  arrivé de me sentir profondément pacifié ou au contraire exalté par le déchaînement passionnel des grandes orgues proclamant la Puissance et la Gloire.

           Mais là c’est d’un autre ordre. C’est plus lointain et plus discret. La chapelle vogue au-dessus des immeubles comme la haute nef de Vézelay dérivant à l’horizon d’un plateau bourguignon sous des cieux toujours changeants. Ici il n’y a pas de vallée comme là-bas où elle s’étend paisible et accueillante dominée par la basilique du haut de son éternité.

           Mais je me laisse aller. Il est temps d’opérer le zoom arrière et de revenir du plus-loin. A 150 mètres passent les autobus et les voitures empressées. Les piétons sont plus discrets, cachés par des haies qui pétillent de petites fleurs printanières. Et puis encore plus près c’est le stade et sa population enfantine qui s’agite joyeusement à moins qu’elle ne se querelle pour assurer son bon droit et se faire respecter. Enfin tout est plus ou moins codifié et ne devrait entraîner des désagréments graves. Quelqu’un court autour du stade, à l’aise dans ses baskets et le soleil brille sur ce spectacle paisible que je contemple parce que je n’ai rien d’autre à faire. Du moins pour le moment. Et jusqu’à nouvel ordre…

 

                                                            Le Chesnay le 15 avril 2016

                                                            Copyright Christian Lepère


 

"Les nomades" - détail

"Les nomades" - détail

Il pleut sur la Bourgogne inlassablement.

A Paris la Seine monte.

Et ailleurs

c'est

encore pire!

Patience...Après la pluie reviendra le beau temps!

 

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 09:20

Une dysfonctionnement malencontreux m'a empêché de mettre en ligne cet article à la date prévue.

Mais tout est rétabli et le long fleuve tranquille de l'existence va pouvoir reprendre son cours...

Du moins jusqu'à nouvel ordre.

" Le passeur" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1984

" Le passeur" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1984

Le maître du monde

 

              Devenir maître du monde ! S'élancer tel Alexandre le grand à la conquête de tout ce qui bouge et frémit et s'étend à perte de vue jusqu'à l'Est de l'Orient mystérieux ! Aller au-delà du par-delà des plus lointaines contrées du mythe, bien plus loin que le bout du bout du monde…

             Hélas la terre est ronde. Il faut s'y faire. Des satellites en permanence nous en informent en nous inondant de données irréfutables. Le monde est clos, on en a fait le tour. Tout est mondialisé, globalisé et tout appartient déjà à l'un ou à l'autre, en fait au premier venu qui a su planter son drapeau et décréter que dorénavant et jusqu'à nouvel ordre, bien improbable d'ailleurs, c'est sa propriété la plus inaliénable. Donc jusqu'à preuve irréfutable du contraire. Non mais !

             Dans ce contexte un peu saumâtre le besoin de toute-puissance qui habite toute âme humaine normalement constituée ne sait plus trop où diriger sa légitime ambition. Maîtriser le dernier jeu vidéo totalement virtuel ? Passer le week-end de la Pentecôte sur mars à moins que ce ne soit sur quelque astéroïde permettant de s'isoler un peu plus… Inonder le « cloud » de ses images fétiches les plus émouvantes : mon chien devant mon garage sautant de joie devant ses croquettes survitaminées qui lui font le poil si soyeux et le moral si exubérant ? Ou quoi d'autre encore ?

           Alors que nous reste-t-il à nous autres pauvres citoyens ? Mais...vous avez dit citoyens ? Voulez-vous dire que nous faisons partie d'un plus ? D'un ensemble qui nous englobe et nous confère dignité et importance ? Tout juste ! Et en plus cela nous octroie des droits pouvant tourner à notre avantage. Vous pouvez voter ? C'est merveilleux ! Et vous pouvez même vous faire élire, avec un peu d'ambition et de savoir-faire et en rameutant vos copains et relations assujetties.

             Voilà ! Nous y sommes. La France va connaître les émois des grandes remises en question. Un quinquennat va s'achever, le suivant attend en piétinant dans les coulisses. Donc, à nouveau, c'est parti pour un grand tour. Les délais nécessaires étant passés l'un ou l'une d'entre nous sera pour un avenir glorieux devenu le centre rayonnant de toute autorité au moins hexagonale. Certes ce n'est pas la présidence des États Unis. Laissons cela à des personnages douteux employant des méthodes promotionnelles plus que suspectes. Qui pourrait prendre au sérieux un Donald Trump ? Personne ! A part ceux qui, nostalgiques d'un bon vieux temps qui a fait ses preuves espèrent encore pouvoir vivre les fantasmes de leur petite enfance. Ceux où papa était le Bon Dieu et maman la Sainte Vierge et où les immigrés savaient se rendre discrets.

             Donc la course va être lancée. Tous sont dans les starting-blocks. Les jeunes, les moins jeunes et les toujours jeunes jusqu'à l'issue fatale. Les  voilà qui se pressent. Sont-ils trop nombreux ? Le risque est réel mais il suffit d'organiser des primaires pour déblayer le terrain. Et petit à petit par élimination on ne conservera que l’élite, le gratin, ceux qui sauront en découdre pour réjouir nos soirées en attisant nos passions les plus viscérales. Enfin il n’en restera plus qu’un ! Ou une … Car nous vivons des temps modernes où la parité se doit d’être assurée jusqu’au plus haut niveau. Celui où la femme est un homme comme les autres puisqu’elle peut périr d’un infarctus et se tapisser les bronches de substances cancérigènes. Car tous y ont droit ! Tous peuvent en profiter !

             Déjà de nombreux candidats se pressent. D’abord les deux Emmanuel, Macron et Valls qui s’épient d’un  œil soupçonneux en se léchant les babines. C’est qu’en bons carnassier ils s’allient avec leur meilleur ennemi. Mais c’est valable à tous les niveaux, à gauche, à droite et à la périphérie. Jusqu’au centre où le juste milieu n’empêche pas de vouloir faire triompher son point de vue sur d’autres très semblables mais négligeant les subtilités sur quoi on peut chipoter et que seul chacun sait apprécier à leur juste valeur.

             Vous parlerai-je de Melenchon et de la petite Marine qui n’en finit pas avec un acharnement tout psychanalytique de tuer son papa pour pouvoir enfin prendre la relève ?

             Je ne vous parlerai pas des autres, les anciens, les vétérans, les vieux de la vieille, ceux qui ont sué sang et eau et avalé tant et tant de couleuvres pour continuer à se mettre au service de la nation. Ceux qui connaissent toutes les ruses, les ficelles et s’adonnent aux plaisirs délictueux de la communication. En un mot tous ceux qui sont capables et qui vont tous échouer, Tous, sauf un ou une…Puisque c’est la loi et que nul n’est censé l’ignorer.

 

                                                               Le Chesnay le 17 mai 2016

                                                               Copyright Christian Lepère

             

"Le passeur" - détail

"Le passeur" - détail

Ces réfléxions profondes méritent une suite.

C'est évident!

Alors

vous l'aurez

la prochaine fois si tout se déroule selon les prévisions...

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 07:27
"Le vol des sorciers" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1983

"Le vol des sorciers" - dessin aquarellé - 28 x 39 cm - 1983

 

 

« Les pouvoirs du cerveau »

Suite et fin

 

                   Le film parle aussi des états de conscience altérés, notamment à la suite de traumatismes graves atteignant le cerveau dans sa substance ou dans son fonctionnement. Et là encore on peut localiser très précisément les zones qui n’accomplissent plus ou mal leurs fonctions.

            On y expose aussi  l’apparition du rêve, fabrication purement mentale sans utilisation de stimuli extérieurs et même du rêve lucide où le rêveur sait qu’il rêve et peut donc orienter ce qui lui arrive. Mais  j’ai un doute, car on peut se demander si tout se déroule bien dans la boîte crânienne et si l’émetteur-récepteur dont nous sommes gratifiés ne jouit pas d’autres possibilités. Celles mêmes dont le plus stupide des ordinateurs est gratifié en allant glaner sur internet. De là à supposer qu’on peut si l’on est doué pirater l’inconscient collectif…

            Un autre point qui me chagrine est celui de la vision matérialiste dans le sens réducteur que les scientifiques s’obstinent souvent à entretenir, par prudence bien sûr , ce qui est tout à leur honneur tant qu’on a pas de preuves incontestables que la réalité est bien plus subtile que tout ce que l’on s’imagine pour se rassurer. Ainsi on persiste à envisager que la conscience est « créée » par le degré d’organisation de la matière, donc détruite si les structures se décomposent. A l’opposé la pensée orientale depuis bien longtemps envisage au contraire que la conscience n’est pas contenue dans le corps, mais que c’est le corps qui évolue au sein de la conscience. Ce qui change tout. Et si un beau jour la conscience semble surgir c’est simplement qu’elle peut enfin utiliser un support qui lui permet de devenir manifeste. Après tout c’est exactement ce qui arrive aux ondes informant nos téléphones portables. Totalement invisibles et insoupçonnables pour nos sens grossiers, voilà qu’elles nous permettent de demander à tonton Gustave si sa santé est bonne et si il n’a pas oublié d’offrir le dernier jeu vidéo à son petit neveu.

            Je vous avouerai que la notion de conscience individuelle commence à me paraître suspecte et pourrait bien n’être qu’une illusion fort ancienne des temps naïf où, l’on se prenait vraiment pour le personnage social que l’on incarne et qui est tellement convaincant pour nous même et pour les autres puisqu’il justifie tous les rapports sociaux, tous les jeux de rôles dont nous sommes si friands.

            Je m’arrêterai là pour le moment. Après tout la science qui a fait d’énormes progrès avec une accélération de plus en plus manifeste et de plus en plus rapide n’en est sans doute qu’à ses premiers balbutiements. L’humanité est encore très juvénile.

Enfin au train où vont les choses on peut penser que les scientifiques vont trouver des moyens de plus en plus sophistiqués pour débusquer et comprendre des aspects du monde de plus en plus subtils remettant en cause l’image que nous nous faisons de nous- même et de ce qui nous a produits.

            Mais j’en reviens au film. Voici maintenant des expériences portant sur le pouvoir de décision et sur le libre- arbitre. Pouvons-nous choisir librement ? Non, bien sûr puisque tout choix repose sur des raisons, bonnes ou mauvaises, conscientes ou pas et est donc de fait totalement déterminé. Des tests simples enregistrés prouvent d’ailleurs que la prise de décision est d’abord inconsciente, purement organique et qu’ensuite elle surgit dans la conscience claire toute prête et devenant « volontaire ». Mais qui peut prétendre être réellement l’auteur de ses pensées ? La plupart surgissent sans crier gare et on ne sait trop d’où…C’est comme pour nos désirs et nos peurs qui font souvent preuve d’une autonomie bien gênante. Toutes mes excuses pour les libre-penseurs, mais ce n’est pas librement qu’ils ont choisi de l’être.

            Nous arrivons maintenant à la fin, particulièrement importante à mon sens. On y interroge le psychiatre Christophe André qui paraît disposer d’un excellent équilibre mental et affectif, ainsi que d’un détachement qui permet de ne pas se laisser entraîner par les passions ou les obsessions qu’il observe. J’ai le sentiment de pouvoir lui faire confiance tout en restant vigilant et lucide dans la mesure de mes moyens.

            Enfin, et c’est là que je voulais véritablement en venir, le moine bouddhiste Matthieu Ricard, qui a à son actif au moins 30.000 heures de méditation assise et silencieuse et qui dispose par ailleurs d’un esprit scientifique particulièrement aiguisé, n’hésite pas à servir de cobaye entre les mains des scientifiques.

            Le crâne couvert de capteurs il se soumet à l’analyse et sous l’œil de la machine il entre soit en état de méditation profonde, c’est-à-dire de vigilance clairvoyante, soit en état d’ « opacité auto-induite » où il se laisse sombrer plus bas qu’un  être humain ordinaire accablé par ses croyances et ses illusions. Alors les enregistreurs le notent, son cerveau passe d’un niveau à un autre de façon flagrante. Les courbes montent ou descendent, s’inversent. On a enfin la preuve manifeste de l’action de l’esprit sur l’organe. Il est vrai qu’arriver à cette maîtrise n’est pas à la portée du premier venu, même si il a passé ses derniers loisirs dans quelque ashram exotique à réciter des mantras après s’être rasé le crâne.

            Ainsi il n’y a pas que le culturisme ou le sport qui permettent d’améliorer nos performances. Le silence et le recueillement peuvent aussi affiner la matière cérébrale pour la rendre plus souple, plus subtile et favoriser un comportement un peu moins crispé sur soi-même. En un mot devenir altruiste. La suite est bien connue depuis la plus haute antiquité et la sagesse grecque ne saurait qu’approuver. Soyez ouvert et attentif aux autres, ils auront moins tendance à vous agresser. Faites leur un  peu confiance et ça deviendra peut-être réciproque. Au moins jusqu’à un certain point, car il n’y a pas de miracle et qu’on ne peut changer le fond des choses.. C’est que, voyez-vous un chat est un chat avec une vie et un instinct de chat. Alors à bon entendeur…

 

                                                             Le Chesnay le 28 avril 2016

                                                             Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

"Le vol des sorciers" - détail

"Le vol des sorciers" - détail

Portez-vous bien!

Même si ce n'est pas facile

car tout là-haut 

le soleil

brille.

Sur les bons comme sur les méchants...

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