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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 07:59
"Zone de non droit" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2011

"Zone de non droit" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2011

Le déconographe

 

              A cet instant Nicolas Sarkozy est en train de se brosser les dents. Avec le soin méticuleux qu’on lui connaît il a d’abord fait usage du fil dentaire avant de saisir sa brosse électrique. Modèle hyper rotatif à fréquence modulable et pour lors il s’attaque à la plaque dentaire qui s’accumule sournoisement derrière ses molaires au fond à droite.

               Mais d’où vous viennent ces informations que vous nous assénez avec assurance ? Qui vous permet d’être aussi affirmatif me direz vous ? Ma réponse sera rapide et imparable : « C’est que, voyez vous, je suis bien informé. J’ai mes sources en haut lieu et je peux vous affirmer que si Nicolas n’est pas en train d’accomplir les actions précitées, c’est que quelque événement fortuit et international l’en a empêché. Un malencontreux appel téléphonique de Poutine qui vient de lui révéler des détails sur les pratiques sexuelles d’Angela Merkel qui, bien que mariée n’en reste pas moins femme. Ce qui peut laisser perplexe si l’on néglige la qualité d’informations récoltées par le K.G.B. dont il bénéficie en temps réel et qui, même si elles sont confidentielles n’en restent pas moins lourdes de conséquences sur le plan international.

              Ou bien Barack lui a confirmé que pour le 14 juillet c’était O.K. et qu’il viendrait accompagné de son épouse, première dame irremplaçable des Etats-Unis remettre les médailles du Concours International de la Ligue des Eleveurs Bio et Associés en Poitou Charente.

              Pendant ce temps Poutine après avoir perturbé l’emploi du temps de Nicolas est en train de se faire pardonner en entretenant sa forme pour le plus grand bien et l’édification des masses populaires. Entamant son vingt troisième tour de la place Rouge vêtu de son jogging de même couleur, il progresse sans peine en écartant avec autorité la foule de ses supporters enthousiastes. Mais c’est la rançon de la gloire qu’il accepte avec simplicité. Car quelques grands qu’ils fussent, les grands hommes sont toujours restés avant tout des hommes.

              Mais pendant ce temps que fait donc Margaret Thatcher ? Hélas ! Elle n’est plus ! Elle s’est éteinte ! Veuillez m’en excuser mais il est vrai qu’après une longue carrière ferme et définitive au cours de laquelle elle a sauvé l’Angleterre de ses douteux penchants libertaires, elle a fini par s’incliner devant le destin. Et c’est avec courage qu’elle a accepté son statut de créature biodégradable, manifestant cependant une détermination exemplaire devant l’irrémédiabilité lui signifiant que tout était fini. Tout ? Mais non car il reste la gloire et le souvenir des foules enivrées qui lui doivent de ne pas s’être laissé subvertir par la démagogie populiste, source de toutes les faiblesses. Péché impardonnable pour qui assume le rôle de guide et de tête pensante dans cette jungle qu’est le milieu politique international…

              Mais assez parlé de ceux qui nous ont quittés. Place aux vivants et à leur présent plein d’ardeur. Mélenchon se fâche comme d’habitude. Pour de justes raisons, c’est certain. D’ailleurs que deviendrions nous sans lui ? Des béni oui oui ! Des faibles ! Des manoeuvrables ! Taillables et corvéables à merci ! Des pions interchangeables qui se laissent marcher sur les pieds sans faire valoir leurs droits syndicaux les plus élémentaires ! Mais Marine est là et elle va aussi leur montrer, aux autres, aux attardés, à tout ceux qui n’ont rien compris et qui ignorent frileusement l’appel de l’avenir.

              Car il est là l’avenir, droit devant nous. Il nous attend, il nous éclaire. Mais attention si nous ne réagissons pas il pourrait bien déraper, glisser vers l’erreur fatale, le déclin et la récession…

              Alors réagissons, unissons nos forces, relançons la croissance. Faisons progresser le CAC 40. Faisons remonter le niveau de la mer ! Au moins il y aura du changement et des créations d’emploi : conducteur d’engins pour surélever des digues contre les marées extrêmes, recrutement massif de sapeurs pompiers et de maîtres nageurs, sans oublier les services à la personne en difficulté.

              Dans ce monde uni et fraternel conjuguons nos efforts, surpassons nous ! Ce n’est pas sûr mais peut être que l’amélioration de la conjoncture nous permettra enfin de ramener l’âge de la retraite à soixante et un ans et six mois, tout au moins pour ceux qui ont cotisé au maximum, méprisant la pénibilité et prêts à tout pour obtenir gain de cause.

              Alors, tous solidaires ? Oui tous !

              Il ne nous reste plus qu’à attendre la semaine prochaine en fourbissant nos armes, je veux dire nos arguments pour qu’enfin un monde meilleur advienne. Un monde où nul ne sera plus privé de son portable et de sa tablette interactive.

 

                                                                 Le Chesnay le 18 octobre 2013

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

 

 

"Fureur homicide" - Eau-forte imprimée sur Arches, format demi-Jésus - 1982

"Fureur homicide" - Eau-forte imprimée sur Arches, format demi-Jésus - 1982

 

La prochaine fois ?

 

Devant l’urgence j’ai changé d’avis

Après avoir vu un film

Je me sens tenu de vous en rendre compte.

« La danza de la réalidad »

De Jodorovsky

Me semble beaucoup plus important que les considérations oiseuses

que je réserverai pour plus tard…

 

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 06:36
"Le voyage intérieur" - huile sur toile - 51 x 45 cm - 2005

"Le voyage intérieur" - huile sur toile - 51 x 45 cm - 2005

L’usure des jours

 

              Voilà que les jours raccourcissent. Chaque soir le couvercle se referme un peu plus tôt. Chaque matin il tarde à s’entrouvrir. Et il le fait avec une telle discrétion, comme en hésitant, qu’on ne saurait lui en faire grief. Il a des pudeurs d’entre chien et loup. Ce qui ne l’empêche pas de finir par sombrer dans les nuits où tous les chats sont gris.

              Certains n’aiment pas. Il en est même qui s’en désolent. Ceux là regrettent les clameurs du grand beau temps estival qui vous exaltent ou vous accablent, c’est selon l’humeur et la complexion. A chacun ses paradis, a chacun ses rythmes circadiens et saisonniers.

              Dommage qu’on fasse semblant d’être d’accord pour faire croire à un consensus. Mais celui-ci est nécessaire. Il est le moteur de notre monde d’hyper consommation ou tout ce qui engendre un besoin et exalte la croissance est de toute façon bon à prendre. Mais nous sommes dans un tel univers de faux semblants et de conformisme…Alors pourquoi contester ? La majorité à raison, surtout si elle est absolue, si elle dépasse les cinquante pour cent fatidiques. Mais que dit le hit-parade ? Donc le beau temps nous rend heureux et les jours les plus longs sont les plus gratifiants. Ceux où le commerce se dévergonde et où, quand le bâtiment va, tout va!

              Je me souviens de mes dix ans. J’émerge de l’enfance où nous vivons d’instant en instant les sensations qui nous assaillent. Sans le moindre recul le plus souvent. Mais voici que maintenant je me surprends à réfléchir, à me poser des questions, à faire des bilans.

              En gros je cesse de tout prendre pour argent comptant. D’acteur spontané qui croit dur comme fer aux péripéties qui lui adviennent voilà que je deviens un observateur un peu méfiant. Un juge qui se permet de faire la moue. Un opposant au nom des grands principes.

              Mon Dieu, ne serai-je pas en train de simplifier pour me rassurer, en train de croire à des images d’Epinal ? Tout ce que je viens de dire n’est que vérité officielle, généralisation abusive. Ainsi le jeune enfant d’avant dix ans que je fus ne se serait pas posé les questions qui fâchent ? Et voilà que des souvenirs me reviennent…Balbutiants et fugaces ils peuvent quand même se préciser. Alors j’avoue : à cinq ans j’avais déjà des reculs curieux, des mises à distance, des doutes sur moi-même et sur les autres. Il m’arrivait de porter des jugements moraux et de désapprouver les grandes personnes autrement qu’avec des cris de frustration et des réflexes de survie immédiate. Autrement qu’en trépignant. Je me souviens même qu’il m’arrivait de prendre de grandes décisions, de me jurer de ne plus avoir de conduite indigne…Ainsi quand le maître nous avait fait honte, à la fin du mois, en traitant ceux qui n’avaient pas réussi de fainéants. Et il avait bien précisé : « Fait néant », celui qui ne fait RIEN parce qu’il n’est qu’un paresseux, un ingrat, un fils indigne et qu’il a eu une mauvaise note qui va peiner ses pauvres parents. Donc je m’étais promis que «  plus jamais ça… »

              Promis, juré, je ne le ferai plus. Facile à dire dans un élan de repentir et de piété filiale. Plus difficile à respecter et à mettre en œuvre. Que les adultes qui promettent d’arrêter de fumer au premier janvier me jettent la première pierre. Mais ce grand élan de probité morale nous éloigne du sujet.

              Donc les jours passent, les saisons se succèdent et les jours s’obstinent à raccourcir. Petit à petit la nuit se fait plus longue, plus sombre et semble devoir nous engloutir. Mais nous vivons dans l’artificiel, dans le spectacle du monde moderne. La lumière continue d’illuminer nos nuits et la télé toujours omniprésente et riche en drames sordides et en hauts faits épiques nous sauve de l’engourdissement hivernal. Nous ne sommes pas des marmottes, que diable ! Et comme chantait Guy Béart, jadis : « Il nous faut des amants et des enterrements ! Tournez, tournez rotatives…pour les âmes sensitives… ».

              Ainsi, si vous faites partie de ceux que l’hiver accable, les choses finiront bien par s’arranger. Et la descente de s’inverser. Alors patience ! Mais pour le moment tout nous invite à rentrer en nous-mêmes, à nous immerger dans les profondeurs où parait-il nous nous attendons nous-mêmes depuis belle lurette. Et ça n’est pas très habile de se priver de soi-même. C’est même d’une maladresse métaphysique impardonnable. Car pour s’évader d’une prison, je veux dire de son ego, il faut au préalable l’avoir inspectée, visitée de fond en comble, avant de décider de l’endroit où l’on va tenter de creuser un tunnel sous le mur, armé de sa fourchette ou de son Opinel, si par chance il a échappé à la fouille des gardiens.

              L’enjeu serait de retrouver l’air pur et la liberté. Mais peut-être que dans le fond on préfère rester au chaud : nourri, pas très bien, logé à la dure mais entouré de la sollicitude des surveillants qui ne sont pas de si mauvais bougres malgré le règlement tatillon qu’on leur impose de nous imposer.

 

 

                                                           Le Chesnay le 16 octobre 2013

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

"Caverne accueillante" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2008

"Caverne accueillante" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2008

 

 

La prochaine fois

 

« Le déconographe »

vous tiendra au courant  des dernières nouvelles du monde.

Tout vous sera dévoilé sur les puissants qui règlent notre destin

Vous comprendrez enfin les dessous de l’affaire.

Enfin !

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 06:33
160 - Le retour d'Anatole

 

Le retour d’Anatole

 

                 Souvenez vous. La dernière fois (Il y a trois semaines) je vous ai parlé du trépas et comment Anatole, quittant cette vallée de larmes, avait joué un rôle non négligeable bien qu’involontaire dans la vie d’une âme sensible. Il lui avait fait découvrir à son insu les grandes énigmes de la vie.

                 Mais peut-être êtes vous un grand lecteur, un drogué de la littérature ou plus simplement quelqu’un qui à un certain âge s’est réfugié dans les rêves des autres pour supporter la banalité de son quotidien. Dans ce cas, sans doute avez-vous lu Conan Doyle et son Sherlock Holmes. Ces histoires ingénieuses et bien ficelées, propres à distraire un esprit maussade reposaient sur les recettes bien éprouvées du roman feuilleton. Et surtout sur le rebondissement propre à réveiller l’intérêt. Ainsi le héros laissé pour mort pouvait ressurgir à seule fin de se venger du traître ou de l’assassin. C’est ainsi qu’après avoir mis fin aux aventures dudit Sherlock Holmes, parce qu’il était las d’écrire à son sujet, Conan Doyle l’avait ramené sur le devant de la scène, après un temps convenable, sollicité par ses lecteurs en état de manque. Non ! Le héros n’était pas mort englouti dans un gouffre abominable et tourbillonnant dans les gorges du massif Suisse de la Rosenlaui tout près de Grindelwald.

                 Tendant ses membres tétanisés, bandant ses muscles et sa volonté farouche, accrochant ses doigts crispés à quelques touffes d’herbe, il avait réussi à remonter la pente fatale tandis que son ennemi juré basculait dans le vide. Ce qui n’est que justice !

                 Mais je ne suis pas là pour distraire un vain lecteur avec les rebondissements d’un roman populaire. Mais pour vous éclairer sur les dessous de ce qui fait notre quotidien.

                 Ainsi Anatole après un léger évanouissement dû sans doute à une baisse de tension s’était mis à flotter, mort en apparence. Mais son taux de glycémie enfin rétabli il avait repris du poil de la bête. A tel point que personne dans les environs n’avait fait cas de l’incident.

                 Tel le malheureux victime d’un arrêt cardiaque que l’on remet sur pied avec quelques massages et peut-être une réanimation plus technique nécessitant l’intervention du Samu, Anatole avait récupéré et pouvait s’élancer vers de nouvelles aventures.

                 Parmi ses compagnons d’aquarium, de toutes formes et de toutes couleurs, l’un d’eux attirait l’attention. Grand, un peu maigre, le crâne rasé de près il se tenait hiératique derrière un rocher. Intrigué Anatole lui tournait autour. Sans succès. Car l’autre était indifférent au monde. D’ailleurs on avait enquêté à son sujet et l’on avait appris qu’il se disait membre d’une Association (à but non lucratif) de type loi de 1901…Mais qu’il vérifiait en ce moment quelques informations métaphysiques qu’il avait trouvées dans des livres d’origine asiatique. En bref il se présentait comme un grand méditant.

                 Anatole d’abord surpris et déboussolé avait fini par trouver de l’intérêt à la démarche. Après tout c’est un peu lassant de tourner en rond en agitant la queue pour chercher sa nourriture sans même  avoir à lutter contre ses semblables. Ca manque un peu de stress ! La lutte pour la survie est sans nul doute le sel de l’existence. Au moins on a un but ! Au moins on a une mission à accomplir ! Survivre coûte que coûte ! Sauver sa peau ! C’est plus exaltant que de calculer ses points de retraite.

                 Ici tout était prévu et à portée de main. Et comme dans les époques de décadence on pouvait sombrer dans l’oisiveté qui est la mère de tous les vices. Des plus ordinaires aux plus pernicieux que sont l’attrait pour la dissolution dans un ennui existentiel et son cortège de tentations suicidaires. Mais se jeter à l’eau n’était pas la solution et le gaz n’était pas installé. Quand aux barbituriques il n’y fallait pas songer dans ce milieu clos et mal approvisionné.

                 Dieu merci Anatole avait trouvé une nouvelle motivation à son existence. Sans aller jusqu’aux excès des grands mystiques qui sont quand même des excès quel que soit leur héroïsme, il avait trouvé sa voie du juste milieu.

                 Après quelques assouplissements et une préparation psychologique adéquate il pouvait s’installer en demi lotus sur un tapis de petites algues. Les nageoires détendues, le souffle apaisé il pouvait laisser passer ses pensées les plus saugrenues et même les moins avouables sans y prêter attention outre mesure. Au sein des eaux profondes il pouvait enfin se laisser couler dans son intériorité.

                 Et si quelque gamin effronté venait le taquiner, il considérait que c’était de bonne guerre : Une mise à l’épreuve ne peut qu’aiguiser une âme à la détermination farouche.

                 Sa pratique dura longtemps. Longtemps il reposa aux limites de l’introspection.

                 Et puis un jour…

                 Mais rendons grâce à Conan Doyle qui nous a averti du danger. Si vous souhaitez conserver un lecteur il faut savoir s’arrêter à temps, quand l’attente à son paroxysme va l’empêcher de dormir, de se nourrir et d’assumer son devoir normal de citoyen.

                 Allons, je ne vais pas vous sous-estimer et j’espère que vous ne m’en voudrez pas si d’aventure il n’y a pas cette fois ci de suite…Ni de happy end !

 

                                                       Le Chesnay le 1 octobre 2013              

                                                         Copyright Christian Lepère

                

 

160 - Le retour d'Anatole
"Les doux zinzins" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

"Les doux zinzins" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

Les plaisanteries les plus courtes

étant les meilleures

nous pourrons

enfin

passer

à autre chose !

 

 

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 06:24
"Automne" - gravure à l'eau forte imprimée sur Arches, format demi-raisin - 1978

"Automne" - gravure à l'eau forte imprimée sur Arches, format demi-raisin - 1978

 

La semaine dernière

Je vous ai promis une surprise…

Il faudra l’attendre.

Le souvenir s’impose à moi et je vais donc me soumettre.

Voici donc :

 

 

Michèle

 

          Il y a un an que mon épouse m’a quitté. Sans doute lasse de se heurter toujours aux mêmes limites, hantée par un déraisonnable besoin d’absolu, elle n’a rien fait pour se raccrocher. Rien fait pour faire durer. Pour elle son histoire semblait se transformer en impasse.

          Le besoin d’aller voir plus loin la hantait de longue date et la sagesse lui proposait  d’accepter sans résister. C’est ainsi qu’elle a plié bagage sans vraiment protester.

          Au dehors le temps était de saison. Le monde suivait son cours et me laissa régler toutes les formalités inévitables. Les obsèques et la succession.

          Par chance notre fils était présent et des amis proches nous ont honorés de leur présence et de leur soutien. C’est vrai que ne pas être seul facilite l’acceptation de l’inévitable.

          Depuis j’assume une solitude bien entourée et je peux assurer que je vais bien. Mais mon âme est triste.

          Perdre sa complice après quarante deux années de vie commune n’est pas chose aisée surtout si l’on a partagé les mêmes recherches de l’ailleurs et du caché profond.

          Enfin c’est plus facile si l’on a l’intime conviction que la vie n’est pas absurde et qu’elle fait sens derrière ses apparentes incohérences. Surtout si l’épisode qui se termine n’est qu’un moment dans un cheminement de plus longue durée.

          Mais quand même, perdre son âme sœur…

          Je sens bien que mes propos peuvent vous plonger dans des pensées grises et des sentiments de peine. Je n’insisterai donc pas. La vie continue. Elle suit son chemin sans se soucier de nos préférences et c’est sans doute très bien ainsi.

 

                                              -----------------------------

 

"Les rivages du zen" - gravure à l'eau-forte imprimée sur demi-Jésus - 1990

"Les rivages du zen" - gravure à l'eau-forte imprimée sur demi-Jésus - 1990

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 Après cet hommage rendu au passé  encore présent occupons nous donc maintenant d’une autre personne qui pourrait être notre sœur ou notre fille ou simplement une amie. Ou la voisine de palier. Voici donc son destin, c’est tout cru qu’il vous est livré.

 

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Eglantine ou la vie facile

(Et sans relâche on positive !)

 

              Ce matin là…

              Ce matin là elle s’était levée du pied droit. A moins que ce ne soit du gauche... C’est d’ailleurs sans importance puisqu’elle ne  s’en souvenait plus. Et qu’il n’est pas bon d’être superstitieux. Car c’est bien connu ça porte malheur ! Donc ce n’était pas un vendredi treize et sortant de son immeuble elle n’avait pas été contrainte à passer sous une échelle pour éviter un chat noir.

              Tout allait pour le mieux. Après un délicieux petit déjeuner : thé à la bergamote, tartines finement enduites de beurre bio, allégé en matières grasses mais finement enrichi des fines saveurs du sel de Guérande pour la subtilité du goût. Ensuite confiture de myrtilles sauvages récoltées à la main dans les sous bois de conifères du massif Alpin par des saisonniers venus tout exprès d’Europe centrale.

              Enfin la journée se préparait sous d’heureux auspices. D’abord la douche à jet pulsé hydro énergisante, puis le bain chaud relaxant et moussant parfumé aux extraits d’eucalyptus, suivi d’un raffermissement des tissus à l’aide d’un vibromasseur à variateur électronique pour préserver la douceur de l’épiderme. Enfin tout ce qu’il faut pour restaurer votre tonicité et recharger votre potentiel énergétique.

              A la radio les nouvelles n’étaient pas mauvaises : Un attentat islamiste mais sans prise d’otages, un hold up dans une bijouterie niçoise mais sans destruction de la vitrine qu’on aurait pu fracasser à la voiture bélier… Un Sarkozy discret, un pape bienveillant et un Ben Laden définitivement mort constituaient un contexte humain acceptable.

              Sortant de chez elle, son sixième sous les toits, elle avait pris l’ascenseur sans y trouver de cadavre gisant derrière la porte palière. Et tout en bas, dans l’arrière cour il n’y avait pas le moindre rongeur derrière les poubelles. Pas de chat non plus car elle était allergique au poil de ces félins et se réjouissait de leur absence.

              Passé la porte cochère elle eut la bonne surprise de constater que le trottoir était vide. La grève des éboueurs enfin terminée nul immondice ne venait souiller les abords. Ne restaient que quelques tracts jetés par des passants négligents. Ceux la ne s’étaient pas laissés séduire par l’invitation qui leur était faite d’aller en boîte à Pigalle la nuit prochaine. Mais le résultat était plutôt joli. Les couleurs exaltées, le graphisme contemporain et les photos suggestives  de ravissantes créatures en bas résille et dessous affriolants qu’aucun dessus ne venait masquer apportaient une touche primesautière à la grisaille du trottoir. C’étaient comme de grands confettis venant égayer de leur chatoiement les étendues d’asphalte que seules quelques crottes de chien venaient animer de leur présence olfactive et visuelle.

              Un peu plus tard le métro l’accueillit. Qu’il était doux par ce temps frisquet de s’aller blottir dans les profondeurs utérines et accueillantes de ces souterrains où la chaleur humaine vient renforcer celle du thermomètre en vous frottant à vos semblables.

              De correspondance en correspondance (Que ce mot est doux qui nous fait sentir l’unité et la complicité du monde…) elle arriva enfin à ses fins. Son poste de travail n’attendait plus qu’elle. Elle allait pouvoir se consacrer à sa mission et de son standard téléphonique répondre inlassablement, avec bienveillance, aux questions de tout ceux qui, lui faisant confiance, allaient lui exposer leurs griefs les plus légitimes. Mais elle méritait bien ça, car ce n’est pas sans raisons qu’on se consacre au service après vente d’une grande marque. Evidemment  il faut gagner sa vie ! Mais si on peut le faire en apportant un réconfort à ses semblables soumis aux vicissitudes du monde moderne, alors là on se sent vraiment utile.  On participe au monde. Et comme il n’est pas ingrat il saura bien vous le rendre le moment venu.

 

                                                Le Chesnay le 11 octobre 2013

                                                Copyright Christian Lepère                         

 

"Bain de Cléopâtre" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus - 1970

"Bain de Cléopâtre" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus - 1970

 

 

Enfin la prochaine fois

vous aurez droit à la suite

de ce qui a précédé : « le cri du poisson rouge » !

 

Vous bénéficierez donc d’ un effet littéraire bien connu

Que Conan Doyle a utilisé sans vergogne !

 

Donc place aux bonnes vieilles recettes !

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 06:01
Détail d'une peinture ancienne adaptée avec Photoshop

Détail d'une peinture ancienne adaptée avec Photoshop

Le cri du poisson rouge

Chapitre deux

 

            Ce matin quelle ne fût pas ma surprise de me surprendre à songer à  nouveau à Anatole. Ce petit poisson rouge visitant mes pensées avait surgi la semaine dernière, sans tambour ni trompette. Au moment précis où perplexe je me demandais quelle idée saugrenue allait pouvoir alimenter mon blog et me fournir prétexte à noircir du papier. Car c’est ainsi, nul plan ne me guidait, nulle intention mercantile, nul désir de capter l’attention d’autrui.

            Non, simplement une idée qui passe et semble devoir s’imposer  dans la mouvance des reflets faisant palpiter les vitres froides d’un aquarium.

            Donc Anatole dont le joli nom chrétien m’était venu comme ça, bien qu’il y eut sans doute des raisons, mais fort obscures et cachées à ma conscience lucide, Anatole dis-je, venait d’éprouver à la fin de l’épisode un choc sans précédent, une sorte de révélation.

            Flottant jusqu’à ce jour dans un bonheur médiocre mais sans soucis, il n’avait jamais mis en doute son statut de base. Poisson rouge il était, poisson rouge il resterait, jusqu’à plus soif, si la familiarité de l’expression ne vous choque pas trop.

            Hélas ! Nulle transcendance ne visitait son quotidien. Nourri, logé, il ne se remettait pas en cause. Son statut de petite créature autosuffisante et ne doutant pas d’être le centre du monde le rassurait pleinement.

            Mais le destin veillait. Il attendait son heure et tout à coup frappa les trois coups sans sommation.

            Anatole était donc aux bons soins de madame Michu. De cette excellente personne vous ne savez que ce que je vous ai dit. Ce qui est un peu court. Alors complétons. Non seulement elle prenait grand soin de son pensionnaire, mais elle cherchait à améliorer son confort. Ainsi chaque semaine elle changeait totalement l’eau du bocal, pourtant régénérée en permanence par un dispositif à bulle assez sophistiqué. Anatole était alors transféré dans un saladier pour peu de temps, fort heureusement car il aurait pu faire un bond pour se retrouver gisant sur le carreau de la cuisine.

            Et c’est pourtant ce qui advint. Madame Michu maniant le balai brosse heurta tout à coup le saladier. Celui-ci bascule et se brise. Et son occupant se retrouve suffocant dans une petite flaque. Flaque qui s’amenuise à vue d’œil, aspirée par la serpillière. Dieu merci le chat n’est pas là avec ses griffes acérées, ni le chien avec sa dentition canine.

            Peu de temps après tout est rentré dans l’ordre. Madame Michu peut enfin aller remplir sa mission d’entretien journalier…Tout le monde est content : « La concierge est dans l’escalier »

            Mais Anatole vient de connaître son second traumatisme. Le monde est un endroit dangereux et même entouré de la bienveillance attentive de ses proches on peut être anéanti à tout instant. Réduit à l’état de débris organiques souillant le sol de la cuisine.

            Mais la veuve Michu n’était pas complètement solitaire. Son époux lui avait fait de beaux enfants qui eux-mêmes avaient procréé. Elle était donc mamie et accueillait ses petits enfants à l’occasion. Bien sûr qu’ils aimaient mamie Michu et ses confitures et ses tartes au pommes, mais quand même, la perspective de venir visiter une vieille dame un peu âgée habitant une loge exiguë et pas très aérée ne les enthousiasmait que modérément. Alors il y avait Anatole. Mais il était solitaire et tournait tristement dans son petit bocal.

            A force de cris et d’implorations ils avaient convaincu leurs parents d’offrir à mamie Michu un aquarium pour son anniversaire. Plus grand, plus rutilant, il pourrait accueillir de la compagnie.

            C’est ainsi qu’Anatole ne fût plus seul. D’abord il put fréquenter des semblables un peu plus gros ou plus enjoués mais de même espèce. Puis vinrent des exotiques, des atypiques, des étrangers. Certains étaient minuscules mais rutilants comme des pierres précieuses. D’autres très grands et plats, rayés comme des zèbres promenaient leur silhouette triangulaire dénuée d’épaisseur. Tandis que d’autres enfin se paraient de couleurs fluorescentes luisant même dans l’obscurité et vous empêchaient de sommeiller paisiblement la nuit, comme tout le monde se doit de faire.

            Anatole découvrit donc avec stupeur que tous n’étaient pas comme lui, qu’il n’était pas lui-même la norme universelle régissant tout. Et il en eut du chagrin. Parce qu’enfin, si je suis normal, tout ceux qui diffèrent de moi ne le sont sans doute pas tout à fait… En un mot il découvrit l’autre et que cet autre est différent.

            Cela comportait cependant un avantage : la diversité. Et il en profita pour s’enchanter de leurs couleurs bariolées, de leurs formes extravagantes et de leurs comportements dont l’inattendu mettait un grain de sel dans son eau, un peu fade à la longue…

            Comme il n’était pas sot il remarqua aussi que dans une même espèce il y avait des différences. Certains spécimens plus brutaux dans leurs ébats ne s’occupaient que d’eux-mêmes sauf pour combattre leurs congénères. Alors que d’autres plus gracieux avec de longs cheveux et des formes plus enveloppantes passaient beaucoup de temps à se peindre les ongles des orteils en rouge. Ce qui n’était pas pour lui déplaire car il le ressentait comme un hommage à sa couleur native. Et puis ces créatures plus douces semblaient assurer l’avenir de l’espèce. Car il y avait des décès. Quelle que fût la qualité de la nourriture et la constance de la température, on retrouvait parfois l’un des occupants flottant le ventre en l’air entre deux eaux avant de remonter à la surface. Puis sa dépouille se dissolvait pour retourner au milieu nourricier qui lui avait donné vie.

            Fin observateur Anatole en tira bien des conclusions sur la marche du monde et les créatures qui le peuplent. Il en arriva même à la notion d’impermanence chère au Bouddha dont pourtant il ignorait tout.

            Ainsi se déroula sa vie. Car tout a une fin et un beau jour ce fut à son tour de flotter inerte au fil de son eau familière. A quoi sa vie avait-elle servi ? Il ne se le demandait point, n’ayant pas vu venir le trépas. Alors à quoi bon toutes ces histoires ? Et ces complications sans fin ? Sans doute y avait-il trouvé du plaisir…Mais tout passe, lasse ou trépasse… Sans doute avait-il entrevu la relativité, mais il n’était pas Einstein et puis ce n’est pas d’un intérêt immédiat au sein d’un aquarium…

            Allons ! Pas de pessimisme ni de conclusions bêtement logiques. Vous n’y êtes pas ! Car parmi les petits enfants de mamie Michu l’un d’eux, un peu bizarre et moqué par ses frères et sœurs l’avait observé avec passion et avait compris bien des motivations de cette modeste créature. En son âme et conscience, en bon observateur, ce bipède omnivore avait envisagé les grandes questions sur notre destin. Et il en avait tiré bien des conclusions. Je crois même qu’il était arrivé à quelques certitudes, de celles qu’on peut garder pour soi si elles n’intéressent pas les autres.

            Espérons simplement que l’âge venu il ne se montrera pas ingrat et que c’est avec reconnaissance qu’il se souviendra d’Anatole, pauvre créature impuissante mais qui, sans le vouloir aura été pour lui un oupa-gourou non négligeable. Mais le terme d’oupa-gourou vous fait sursauter ? Il est nouveau et exotique ? Peut-être mais il ne fait que désigner dans la tradition indienne celui ou celle, ou ce qui nous a aidé à devenir un peu plus perspicace. Ce qui nous a aidé à devenir moins opaque. Ce qui nous a éclairé dans notre ignorance crasse.

En gros, ce qui le moment venu nous permettra de ne pas mourir idiot. Si du moins on le souhaite… Mais il me semble que Lao Tseu est bien d’accord avec cet avis. Et ça me rassure.

 

                                                      Le Chesnay le 28 septembre 2013

                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

Détail revu et adapté par Photoshop

Détail revu et adapté par Photoshop

 

La semaine prochaine ?

 

SURPRISE !

 

 

   

 

 

La semaine prochaine ?

 

SURPRISE !

 

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 07:07
Détail d'une peinture ancienne revu sur Photoshop

Détail d'une peinture ancienne revu sur Photoshop

 

Le cri du poisson rouge

le soir au fond des bois

 

 

              Il s’appelait Anatole. C’est un beau nom pour un poisson rouge. Enfin rouge c’est vite dit car si cette couleur fondamentale comporte de nombreuses nuances, il ne s’était pas fait faute d’en profiter. Ainsi si ses flancs étaient d’un rouge vif écarlate d’une belle intensité, ses flancs en revanche étaient un peu saumonés et sa queue, toute diaphane et diaprée comportait même des nuances de rose rehaussées de magenta. Il n’était donc ni banal, ni bêtement convenu. Il avait même sa personnalité.

              D’ailleurs son nom n’était p as une vaine fantaisie. Non ! Si madame Michu la concierge du 125 bis rue de Vaugirard l’avait ainsi baptisé c’est qu’elle avait de solides raisons. D’abord elle était veuve, ce qui est compatible avec la mission de veiller sur les locataires d’un immeuble parisien. Ensuite la solitude lui pesait car elle vivait seule après avoir connu les joies et les peines du mariage avec Anatole Michu. Cet excellent homme, retraité de la Compagnie du Gaz avait passé ses derniers beaux jours en compagnie de sa fidèle épouse à s’occuper de son poisson rouge. Car la responsabilité ne lui faisait pas peur et chaque jour, avec persévérance il procurait à son petit compagnon tout l’indispensable : l’eau régénérée par un système adéquat, les daphnies pour la subsistance du corps et l’affection pour les besoins relationnels.

              Anatole avait donc une vie plutôt douce. Depuis tout petit il tournait en rond dans son bocal, se permettant parfois l’improvisation d’un huit ou d’une montée en spirale. Mais dans l’ensemble il s’en tenait à son répertoire de base et son comportement rassurait pleinement celle qui, un beau jour, l’avait fait transiter de son aquarium rectangulaire natal que lui avait imposé le marchand pour le faire arriver dans un bocal rond. Il y avait quand même eu la transition par un sac en plastique plein d’eau, assez traumatisante, mais il s’en était remis et sa jeunesse lui avait fait tout oublier. Il était donc passé du 118 au 125 bis rue de Vaugirard car c’était son destin.

              Si on l’avait questionné sur sa conception du monde, il aurait répondu sans hésiter que certainement celui-ci était rond et plein d’eau tiède avec quand même un petit rocher en bas, quelques algues anémiées et une étoile de mer en plastique. Plus loin parfois on apercevait de vagues formes qu’un autre plus expérimenté et instruit aurait peut-être identifiées comme étant le nez ou l’index de madame Michu ou même la moustache de son époux. Mais il n’en avait cure. Nourri, logé et dénué de désirs compulsionnels il poursuivait son existence sans problème majeur.

              Or, voici qu’un beau jour, enfin peut-être pas si beau que ça, dérivant un peu vite et  négociant mal le virage, il vînt à heurter la paroi du bocal. L’incident ne s’était jamais produit, aussi imaginez sa stupeur en prenant conscience d’une limite. Quoi ? Il y a autre chose et je ne connais pas tout ?

              Dans son angoisse il tenta de pousser un cri pour évacuer le stress. Hélas son gosier n’en était pas capable. Il ne pût pas. Il dût se résigner à faire une bulle. Imaginez un sourd muet réduit à communiquer avec les autres par le seul langage des mains, vous aurez une faible idée de son sentiment d’impuissance. Mais pour symbolique qu’il restait ce cri avorté ne perdit rien de son intensité. Même inaudible et invérifiable avec des instruments de mesure perfectionnés, c’était un cri du cœur. Un de ceux dont l’importance est vitale. Un cri primal diront certains.

              Mais vous allez me reprocher d’avoir mis un titre à ce beau témoignage en parlant du « soir au fond des bois ». J’avoue m’être laissé aller un peu en forçant sur la métaphore. Mais que voulez-vous seule cette image chère au poète était capable de restituer toute l’intensité de la douleur d’Anatole. Alors qu’importe ! Il y a vérité et vérité et l’on sait bien que celle des rapports de gendarmerie ne rend pas compte de toute la subtilité du réel et de l’angoisse métaphysique qui parfois étreint notre âme.

 

                                                            Le Chesnay le 22 septembre 2013

                                                            Copyright Christian Lepère

 

157 - Le cri du poisson rouge

 

Y aura-t-il une suite ?

Par les temps qui courent

allez donc savoir…

 

 

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 06:10
"Dans l'azur éperdu" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1993

"Dans l'azur éperdu" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1993

Liberté bien encadrée

 

                 Ainsi l’Absolu est absolu. Rien ne saurait lui échapper. Certes, depuis des temps immémoriaux on a essayé de trouver des portes de sortie. De se mettre en marge. D’emprunter des itinéraires bis. De découvrir des échappées. Hélas ! Rien n’y fait ! Ou bien on admet que le monde est unitaire et cohérent et que rien ne peut être hors de ses lois ou bien on commence à délirer gentiment en cherchant d’improbables interstices dans l’enchaînement des causes et des effets.

                 En gros on se croit libre. Il est vrai que c’est tentant parce qu’on nous l’a affirmé et qu’on en a déduit qu’on était responsables. Dès tout petit on nous a fait comprendre qu’on pouvait bien ou mal faire. Dans le pot ou à côté…Et donc qu’on avait le choix en toute circonstance. Toutes ? Oui, on peut préférer la glace à la vanille à cette autre à la pistache. On peut dire bonjour à la dame ou lui tirer la langue. On peut faire pipi sur le gazon quitte à importuner les coccinelles, plutôt que dans un urinoir Jacob Delafon beaucoup plus hygiénique et réglementaire mais aussi plus contraignant.

                 Nul ne saurait faire obstacle à notre liberté de choix, si ce n’est par des moyens condamnables. Personne, pas même le plus coercitif des tyrans ne peut nous interdire tout choix personnel. Et après tout si nous préférons finir la tête sur le billot plutôt que d’obéir à ses injonctions paranoïaques, c’est bien la preuve qu’en dernière analyse nous pouvons décider. Fort bien ! Jusque là ça va !

                 J’ajouterai que non seulement nous pouvons préférer la plage à la montagne et la tête de veau à l’escalope milanaise. Nous pouvons même décider de dilapider nos économies au jeu plutôt que de chercher à faire fructifier notre modeste pension de retraite en la confiant à des spéculateurs bienveillants dans des paradis fiscaux. Je suis libre, que voulez vous ! Ou alors prouvez moi le contraire.

                 D’accord ! C’est assez simple…

                 En bonne logique, si l’on obéit à une motivation c’est qu’on n’est pas libre puisqu’on est contraint par une raison. Or, quel que soit notre choix il repose toujours sur une appréciation des données. Que cette appréciation dépende de nos goûts, de notre caractère et de notre passé familial, éventuellement traumatisant, c’est indiscutable. Mais qu’y pouvons nous ? Si une éducation bien pensante jointe à une allergie au sucre et renforcée par des aperçus sur les effets néfastes du cholestérol m’amènent à dédaigner les sucreries, il est possible aussi qu’un manque affectif puissant ou libidinal soit compensé par un besoin de chatteries et de confitures. C’est subtil et seul un psy particulièrement averti pourrait démêler les tenants et les aboutissants.

                 Mais mon choix est déterminé pour le meilleur et pour le pire. C’est aussi vrai pour les grandes que les petites choses. Pour mes choix politiques et la couleur de mes chaussettes. Et également vrai pour mes proches et leurs amis et leurs relations. Même pour le chat, le chien et le canari dans sa cage.

                 Mais élargissons le débat. Si le monde a été créé ce ne peut être que par un créateur. Ce serait donc lui le grand responsable, lui qui en décidant des attributs de toutes choses et en déterminant les suites de leurs interactions a décidé de toute l’histoire du monde, de l’implacable déroulement des faits.

                 Alors je le vois d’ici se frotter les mains ! Son plan est bon. Ca marche ! Et c’est tellement performant que le déroulement naturel des choses nous amène de façon logique et contraignante à croire que nous sommes libres. Puis, à partir de cette conviction à nous livrer à toutes sortes d’actions que nous n’aurions jamais envisagées sans cette croyance. Notamment celles qui nous permettent de nous affirmer pour prouver aux autres qui nous sommes. Des gens qui ne vont pas se laisser marcher sur les pieds.

                 Car c’est bien pour cette raison que Néron, Jules César et Bachar el Assad ont commis tous leurs méfaits. Alors que bien d’autres, animés de sentiments humanitaires ont inlassablement œuvré pour réparer les dégâts. Mais de toute façon il n’y a pas à s’en faire car tout est sous contrôle.

                 « Et ainsi va la vie dans la vallée des castors ». C’est sur cette phrase émouvante que se terminait un film de Walt Disney dont le souvenir m’émeut encore alors que bien des décennies se sont écoulées depuis. Mais c’est le destin qui m’a fait comme je suis, veuillez m’en pardonner.

 

                                                           Le Chesnay le 14 septembre 2013

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

"Danse de Shiva" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1993

"Danse de Shiva" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1993

Et la semaine prochaine ?

 

C’est une histoire belle et triste qui vous attend

cependant

comme elle débouche sur l’essentiel

il est possible que, sait-on jamais,

son mystère vous semble

bien familier…

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 08:12
"L'amie des gastéropodes" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 1996

"L'amie des gastéropodes" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 1996

Les escargots du temps passé

 

        Tout petit j’étais fasciné par ces étranges bêtes. Au cœur de la Bourgogne où je passais les vacances leur prolifération était impressionnante. Car c’est leur domaine d’élection et le royaume des gastronomes.

          Au long des chemins creux envahis d’herbes folles ou sur les amas de vieilles pierres moussues et branlantes qui avaient jadis formé des murs d’enceinte, il n’y avait qu’à se baisser pour faire la récolte. Il suffisait d’une bonne averse un peu longue et pénétrante et voilà qu’aux papillons succédaient ces gastéropodes itinérants sans domicile véritablement fixe. Certes leur coquille  ingénieusement conçue était une excellente protection contre les prédateurs à la dent acérée et les rigueurs du climat.

          Mais comment font donc les limaces ? Elles qui n’ont pas de carapace protectrice, dont la chair est tendre  et la couleur d’un beau rouge orangé idéal pour attirer les gourmands. Ne seraient-elles pas comestibles ? En tout cas elles ne nous font pas saliver, allez savoir pourquoi…Il est vrai qu’en matière d’us et coutumes, nous qui sommes prêts à faire des dépenses somptuaires pour des cuisses de grenouilles voyons nos amis anglais, traditionnellement nous désapprouver avec condescendance.

          Qu’un temps morose survienne, le moment était venu d’aller aux escargots. On enfilait un imperméable, on mettait des bottes et clopin clopant on ratissait les environs. Il n’y avait pas à aller bien loin : sur la route du cimetière assez caillouteuse et pleine de flaques où tout au long de la rivière là où l’herbe est plus verte et sent bon la menthe sauvage.

          Ecartant les ronces, se gardant des orties dont le piquant est encore plus redoutable sous la pluie, on cheminait lentement pour repérer les proies. Délicatement saisies  elles repliaient leurs cornes et se calfeutraient dans leur coquille. Et bien vite on remplissait son sac qui gonflait, se boursouflait et trahissait par des ondulations l’agitation affolée des prisonniers. Dans cette pénible proximité les malheureux sortaient la tête, dépliaient leurs antennes et tentaient par tous les moyens de trouver une issue. Parfois ils réussissaient, car bien que lents dans leurs mouvements, leur opiniâtreté et leur nombre faisaient de nous des gardiens vite dépassés par la révolte de leurs victimes.

          Ensuite, triomphalement, on revenait à la maison où l’on déversait le contenu des sacs dans un saladier ou un faitout recouvert ensuite d’un couvercle. De préférence assez lourd celui-ci n’empêchait pas nos escargots d’arriver à s’immiscer par le plus petit interstice et à réussir des évasions qui nous chagrinaient fort.

          La récolte était mixte. Entre les « petits gris » plus élégants et plus fins de goût et les « gros Bourgogne »  dodus et potelés, plus aptes à satisfaire un solide appétit, on pouvait répondre à la demande de chacun. Qu’importe d’ailleurs puisque c’est bien connu personne ne connaît vraiment la saveur de ces bestioles, la puissante sauce à l’ail qui les nappe s’imposant sans vergogne à nos papilles.

          Pour ne pas quitter ce registre, je me souviens de mon père qui adorait le ragoût de lapin, mais surtout pour les petits lardons qui mijotaient dans la sauce. Dans ce cas c’était clair, l’essentiel n’était pas là où il aurait du être.

          Mais avant de passer à table, il faut un peu de patience. Nos gastéropodes qui ont vécu leur vie en se nourrissant de tout ce qu’ils ont rencontré au cours de leur vagabondage doivent d’abord être mis à la diète. Puis on les fait dégorger avec du sel et je ne sais trop quoi. Enfin on leur fait des misères et c’est un spectacle bien affligeant pour les jeunes enfants. Du moins pour certains. Là encore d’autres souvenirs me reviennent. Notamment celui où descendant à la cave j’avais surpris mon grand père qui venait d’assommer un lapin en lui faisant le coup du même nom et qui, après l’avoir dépouillé avait laissé traîner les boyaux dans une bassine. J’avoue ce jour là n’avoir pas eu beaucoup  d’appétit.

          Mais la jeunesse est inconstante et oublie bien vite. Depuis j’ai repris goût au lapin  et ai cessé de me poser trop de ces questions qui fâchent.

          Ah ! J’oubliais encore, l’escargot consommé n’est plus qu’une coquille. Banale aux yeux de beaucoup mais cependant fascinante pour qui s’intéresse aux productions de dame Nature pour  résoudre les problèmes de croissance du vivant. Comment développer une forme en expansion ? La spirale est une solution universelle. Depuis les galaxies jusqu’aux formes les plus microscopiques du végétal et de l’animal, cette solution a été testée sous toutes ses formes avec toutes ses variantes. Dans le cas du gastéropode cette spirale a une belle ampleur et une rondeur de forme. D’ailleurs, même si le gros Bourgogne manque un peu de fantaisie, d’autres espèces sont plus finement décorées. Le petit gris  qui est d’ailleurs plutôt brun avec des nuances ocrées reste encore bien sobre si on le compare à ses petits frères colimaçons dont les minuscules coquilles se parent de teintes raffinées, du jaune citron au roux  avec de fines lignes noires  et même des nuances de gris froid…Mais ceux la ne sont guère comestibles… Du moins  ils n’attirent pas notre attention alors que l’on fait grand cas des bigorneaux, même si il faut une épingle pour les extraire de leur petite coquille noire, tout cachés qu’ils sont sous leur opercule de même couleur.

          Tout cela paraît à ce jour relever des us et coutumes. Mais nous sommes des êtres de conformisme et l’on sait bien qu’il serait difficile de convaincre un honnête français moyen de manger des insectes, alors qu’il n’a aucun problème avec les crevettes. Ou, encore pire, quelque serpent familier de nos contrées, couleuvre verte ou vipère aspic alors que l’anguille, pourtant visqueuse, est un met fort prisé.

 

                                                    Le Chesnay le12 septembre 2013

                                                        Copyright Christian Lepère

 

 

"Fière monture" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2003

"Fière monture" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2003

INFORMATION

 

           Mon ami peintre Michel Dubré expose ses œuvres à Paris à l’Ecole Estienne dont il fût jadis l’élève. Intellectuel de haut de gamme mais très méfiant à  l’égard de l’intellectualisme, il nous livre inlassablement ses fantasmes picturaux. Sa technique est impeccable, son inspiration vaste comme le monde et son imagination délirante. Si ce cocktail vous convient vous pouvez passer par l’Ecole Estienne :

  • 18 boulevard Auguste Blanqui – Paris 13°
  • du 3 au 27 septembre
  • du lundi au vendredi de  9 à 19 heures
  • et c’est gratuit…

 

Michel Dubré - "L'île cathodique de Cécile" - peinture - 50 x 50 cm

Michel Dubré - "L'île cathodique de Cécile" - peinture - 50 x 50 cm

Mais il serait temps de s’occuper de choses sérieuses…

La prochaine fois :

« Liberté bien encadrée »

Vous parlera de notre situation

actuelle…

 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 08:25
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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 08:14
"Les masses laborieuses" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1994

"Les masses laborieuses" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1994

Un français moyen

 

              C’est au cœur de la France profonde. Un petit café de province avec quelques habitués. En face de moi, à deux mètres, un vieux monsieur seul. Sympathique à première vue. Un beau visage buriné par les ans sous sa casquette de retraité et un regard un peu lointain. Une tête de médecin de campagne, de ceux qui ont consacré leur vie au soulagement de la misère physique. Peut-être même a-t-il fait plus en apportant un secours moral à ses patients ? Mais la fille du patron vient lui servir son petit café. Poli il a remercié en hochant la tête. Mais voilà qu’au moment où elle lui a tourné le dos il m’a semblé percevoir un regard un peu appuyé sur sa chute de reins. Allons c’est humain et ça pourrait le rendre plus proche…

              Mais voici qu’il déplie son journal. Hum…Plutôt de droite et plein de gros titres racoleurs. Voilà qu’il se met à lire et je vois son visage trahir d’infimes nuances d’appréciation ou de critique. Serait-il pour une justice moins laxiste ? Ou au contraire pour une libéralisation de la répression ? L’état des choses en Syrie semble le préoccuper mais là aussi, quel camp est-il en train de désapprouver ? Le penchant dictatorial de Bachar el Assad ou les manœuvres perfides des islamistes qui ne rêvent que de châtier les infidèles en leur imposant la charia.

              Au fil des pages je vois maintenant d’autres sentiments percer discrètement. Les faits divers c’est fait pour ça, titiller les profondeurs. Et les exploits sportifs ont mission de réveiller les passions et de permettre à la bête de compenser ses faiblesses. Dis moi sur qui tu te projettes, je te dirai ta névrose et de quoi on t’a frustré quand tu étais gamin…

              Mais il progresse de page en page, passant de l’enthousiasme discret à l’abattement de bonne compagnie, de l’affirmation machiste à l’anéantissement des espoirs les plus fous.

              Mais d’autres habitués arrivent, des copains, des complices de comptoir. Vont-ils lui proposer de jouer à la belotte ? Ou lui faire part de tous les petits potins de la bourgade. Ou l’informer de l’avenir grisâtre de nos pensions de retraite non indexées sur l’inflation et ne tenant aucun compte de la pénibilité ? A coup sûr il va me livrer d’autres aspects de sa personne.

              Mais au fait il a un passé ? Forcément ! Alors au juste quel bambin a-t-il été ? Enfant de cœur ou engagé dans les jeunesses communistes à douze ans ? Sincère et exalté ou contraint par la famille qui cherchait à l’empêcher de nuire ? Ou par désoeuvrement ? Ou simplement pour se faire des copains ?

              Et sa vie sentimentale dans tout ça ? Pour qui s’est-il ému, avec qui a-t-il partagé les méandres de son existence ? Et maintenant est-il veuf, célibataire ou divorcé pour la troisième fois après des tentatives de recomposition si prisées par les temps qui courent ? Est-il enfin un grand papa gâteau ou un solitaire définitif ?

              Voila que je me suis laissé prendre comme d’habitude et que à la vue de ce simple français moyen je me suis permis de supposer, de compléter, d’ inventer et même de broder des hypothèses assez gratuites. Pourtant je ne sais rien. Et comme tout un chacun je classe tout ce qui me tombe sous les yeux en bon et en mauvais, sympa ou pas, présentable ou à jeter aux chiens…

              Alors ce vieux monsieur est-il un très brave type ? Un serial killer calmé par l’âge ? Un ancien déporté ou un inventeur primé au concours Lépine pour avoir révolutionné le concept de base de l’ouvre-boîte ? Mais au fait n’a-t-il pas été un peu tout ça. A moins qu’il n’ait rien fait, comme « Le baron perché » ce héros d’Italo Calvino dont la vie s’était usée en vain à vivre dans les arbres de son domaine, pour n’en redescendre que contraint et forcé par l’âge après une vie d’oisiveté tout à fait indigne de son rang et de sa naissance. Alors que ses pairs menaient de justes guerres et géraient leur domaine pour le bien de leurs sujets.

              Mais aujourd’hui il est là, assis, et je suis en face. J’ai terminé mon café en compagnie de mon fils avant de ressortir au grand air. Ainsi la vraie vie va continuer, celle ou replongés dans l’épaisseur du quotidien on va s’occuper de choses sérieuses. Mais peut-être êtes vous dans le même cas ? Je vais donc vous laisser vaquer et faire face aux obligations qui vous incombent. En attendant le prochain épisode.

 

                                                           Le Chesnay le 6 septembre 2013

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

"Le gros timide" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1993

"Le gros timide" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1993

Le prochain épisode…

 

nous fera quitter l’instant présent

pour nous replonger dans

le monde fabuleux

de l’enfance

avec :

 

« Les escargots du temps passé »

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