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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 07:27

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                                                          "Le bon pasteur" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

VACHE A LAIT ET DEMOCRATIE

 

 

            Tachées de noir et de blanc, formant une sorte d’échiquier baroque qui se serait ramolli au soleil et tapisserait les prairies normandes ou bretonnes. Blanches mais d’un blanc un peu cassé fleurissant sur les flancs des collines bourguignonnes. Mais aussi fauves en Auvergne, d’un ocre tirant sur le brun roux. Voilà de quoi égayer les vastes étendues vertes qui finiraient sans cela par devenir monotones. Mais la couleur importe peu. Sous la robe plus ou moins sobre ou pimpante c’est toujours la même bête, le même calme bovin, la même vache laitière et pacifique.

            Depuis toujours, depuis la nuit des temps, les vaches sont nos compagnes fidèles, nos animaux les plus domestiques, à part chiens et chats qui sont plus acceptables en nos demeures. Leurs besoins aussi simples et essentiels que naturels ne vont pas bien loin. De l’herbe, encore de l’herbe et brouti-brouta la sainte journée sera remplie. Car que fait d’autre une vache que brouter ? Ah bien sûr elle s’arrête parfois pour ruminer, paisiblement installée sous un pommier, alors qu’elle passe le reste de son temps à arpenter les  ondulations du terrain et les bordures de haies. Mais dans l’ensemble elle passe sa vie à se nourrir pour produire du lait inlassablement. C’est une sorte d’usine et la main de l’homme judicieusement remplacée par la trayeuse automatique suffit tout juste à vidanger une production peu raisonnable. Que la machine tombe en panne et l’éleveur va s’inquiéter car ses mains ne suffiront pas. C’est que la vache à a assurer l’avenir de l’espèce en nourrissant son rejeton. Et ça tête un petit veau ! Mais la nature a prévu largement et le prédateur humain peut s’emparer du superflu à des fins multiples et délectables.

            Pendant ce temps la campagne électorale bat son plein sur tous les écrans plats de France et de Navarre.,  Une horde de candidats au poste suprême s’est mise en ligne pour tenter d’atteindre les commandes du pouvoir. De façon démocratique mais déterminée. Pensez donc, devenir Président de la République…Pouvoir enfin dominer la mêlée de façon légale et mijoter les lois qui vont formater la société et imposer une harmonie sociale. Il y a de quoi s’exalter. Surtout que la chose n’est pas en principe inatteignable.

            Avec un peu de chance et une équipe solide et bien rodée, des conseillers informés et astucieux, des appuis occultes et bien placés et une stratégie médiatique communicante utilisant les moyens sophistiqués les plus pervers, on a sa chance.

            Alors chacun se lance, à sa façon, avec sincérité ou avec ruse. Pour la beauté du geste ou pour pouvoir enfin assouvir son besoin névrotique de pouvoir. Il y a les sincères et ceux qui le sont moins. Les idéalistes, parfois dangereux et les opportunistes encore bien pires. Mais il faut de tout pour titiller un corps électoral un peu blasé gavé d’informations pléthoriques et cependant lacunaires. Alors tous les moyens sont bons ou jugés tels. De la démagogie à la séduction. De l’usage perfide de la peur à la manipulation des enthousiasmes.

            On peut jouer sur l’essentiel mais surtout sur le superflu. Ah, si la nature humaine était logique et rationnelle…ce serait beaucoup moins excitant ! Et puis pourquoi faire simple ?

            Revenons maintenant à nos moutons, je veux dire à nos paisibles ruminants. Privés de télévision, insensibles aux messages subliminaux des médias, isolés dans leur mutisme campagnard, totalement dénués d’ambition, ils continuent à brouter comme si de rien n’était.

            Est-ce indifférence de leur part, ingratitude à l’égard des humains qui pourtant leur permettent de couler des jours paisibles, loin des prédateurs naturels, en attendant d’être conduits à l’abattoir ? Mais ce n’est pas leur problème et la verte nature  leur suffit.

            Pas d’exigence pour la retraite anticipée, pas de pont à la Toussaint, pas besoin de sans plomb à 1€ 66 le litre. Les voilà à l’abri des promesses démagogiques et des approches cajoleuses. Dans le sens du poil évidemment.

            Mais il y a les machinations politiques. Sans doute, pour porter remède à ces manœuvres indignes il suffirait que je me présente moi-même. En candidat libre et non affilié. Alors tout occupé à me promouvoir, je pourrais faire fi des manœuvres des autres. Hélas ma nature est trop passive et l’effort pour  convaincre mes semblables me fatigue. Je n’ai donc aucune chance. Alors je vais, si cela vous tente vous laisser la place, bien qu’il soit trop tard pour obtenir les indispensables signatures  des maires. Il vous faudra donc attendre 2017. C’est un peu loin, mais le temps nous talonne. Il n’en finit pas de passer et si nous n’y prenons garde nous n’arriverons jamais à temps sur la ligne de départ. A cet endroit béni où nous attendent au loin les lendemains qui chantent.

 

 

                                                              Le Chesnay le 11 avril 2012

                                                               Copyright Christian Lepère

 

 

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                                       "Paisible campagne" - huile sur panneau - 27 x 22 cm

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:56

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                                                                                    "Bientôt la nuit" - huile sur toile - 73 x -à cm

 

 

L’AGE DU CAPITAINE 

 

                       Prenons la grande pyramide, celle de Kheops. Sa base, bien qu’usée, a des dimensions irréfutables. Multiplions sa largeur par le carré de l’hypoténuse du triangle formé par l’intersection des diagonales qui lui sont propres.  Nous obtiendrons à coup sûr un nombre indiscutable puisque mathématiquement déterminé. Si ensuite nous le multiplions par la racine cubique de la distance terre-lune avant de lui soustraire le 1/10° de la même distance, le résultat ne peut-être que, sauf erreur, l’âge du capitaine du Titanic au moment du naufrage de ce dernier (qui a eu lieu a une date qui n’est certainement pas anodine puisque divisé par la racine cubique de 3,14116 elle permet de prévoir à son tour la date d’anniversaire du président Moubarak dont le rôle clé dans le monde actuel ne saurait être sous-estimé.

                    Au fait, si vous n’avez pas trouvé le bon chiffre, c’est que,  par manque de rigueur vous n’avez pas tenu compte de la dérive des continents due à la tectonique des plaques elle-même influencée par la précession des équinoxes.

                   Je suis sérieux, (mortellement) le monde est infiniment vaste, subtil, enchevêtré et pourtant le hasard n’existe pas. Que nous ne puissions prévoir la suite est très ennuyeux du point de vue pratique, mais est du aux limites de la petite entité autogérée que nous nous obstinons à considérer comme notre nature ultime. Tout nous dépasse et comme me l’a rappelé un ami peintre, belge de surcroît « Nos connaissances ne sont jamais que des lacunes dans notre ignorance.» J’avoue avoir été traumatisé par l’incontournabilité du propos. Sans doute parce qu’elle m’a cloué le bec.

                    Mais revenons à nos moutons. Des savants illustres, tels Jacques Monod auteur du « Hasard et la nécessité » veulent à tout prix croire au hasard. Car sans cela, disent-ils adieu à notre autonomie et à notre libre-arbitre. Toutes nos prétentions égotistes anéanties, il n’y aurait plus qu’à laisser le monde suivre son cours…Mais au fait, fait-il autre chose ? Sans nous demander notre avis ? Et si il semble nous le demander, sommes nous libres d’y répondre sans être guidé irrémédiablement vers la réponse ?

                   Il se trouve qu’actuellement, guidé par le « hasard », je lis les romans de Bernard Werber, jeune auteur talentueux à la plume prolixe. Par ailleurs, le fait qu’il ait une tête bien pleine ne l’empêche pas de l’avoir aussi bien faite. Ce qui ne gâte rien. Il se trouve qu’il a un penchant pour les jeux d’esprit, les énigmes et les paradoxes. Très souvent il propose des jeux où l’on a tellement le sentiment d’être libre de choisir que le fait que la réponse puisse être devinée nous plonge dans la perplexité. Or à chaque fois, comme dans les tours de prestidigitation, tout vient du fait qu’on attire notre attention à droite pendant que le lapin disparaît à gauche. Tout est truqué, la manipulation nous échappe et le résultat nous stupéfie. Donc l’illusion du choix est la clé de l’énigme. En réalité tout se passe « comme si » il y avait plusieurs possibilités.

                   Tout ce préambule pour en arriver à notre vie quotidienne. Sans arrêt nous sommes placés devant des choix, sans arrêt nous hésitons, nous soupesons, nous nous livrons à des estimations et nous élaborons des scénarios vraisemblables. Par ailleurs la vie nous prouve inlassablement que nous pouvons nous tromper, nous fourvoyer, regretter nos erreurs et nous promettre de ne plus jamais recommencer. Ce qui en général n’empêche pas la récidive puisque par nature nous sommes tous des multirécidivistes. Pour le meilleur et pour le pire. Cependant notre prétention à être libres, autonomes et responsables de nos choix persiste contre toute preuve du contraire. D’ailleurs, pour prouver que « tout n’est pas écrit » on va invoquer le passé. Bien sûr Adolf Hitler a marqué les mémoires et son rôle n’a pas été anodin. Alors imaginons, et c’est facile avec des « si ». Allons-y, c’est gratuit. Adolf a été une calamité, bien sûr, oui mais si…sa mère avait glissé sur une peau de banane deux heures avant sa naissance…si il avait eu une enfance paisible à la campagne…et si, peintre amateur doté d’une certaine habileté et féru d’architecture il avait pu entrer aux Beaux-Arts au lieu d’être humilié par deux refus…Hélas, il était ce qu’il était et nul ne pouvait en prévoir les conséquences.

                        Loin de moi l’idée de vous accabler. Je ne suis pas plus intelligent ou informé que l’honnête lecteur qui a la patience de me lire. En aucune façon. Mais enfin on peut aussi constater que la réflexion est possible. Alors pourquoi s’en priver ? Des physiciens, scientifiques incontestables, rigoureux et méthodiques s’obstinent à vouloir croire au hasard. Selon eux la preuve réside dans le principe d’incertitude d’Heisenberg selon lequel il est impossible de connaître à la fois la position et la vitesse d’une particule, parce que l’intervention de celui qui observe modifie ce qui est observé. Fort bien, mais cela prouve simplement que ce n’est pas possible avec nos moyens actuels et d’ailleurs cela n’empêche pas la particule d’avoir simultanément une vitesse et une position quantifiables, même si elles nous échappent. D’autres vont jusqu’à affirmer qu’à des niveaux encore plus subtils il n’y a plus aucune lois permettant une quelconque prévision et que là règne la « gratuité » la plus absolue, ce à quoi des chercheurs plus prudents et moins arrogants, tels David Bohm  se permettent de suggérer qu’il existe peut-être des « variables cachées » qui resteraient à découvrir. Au moins la question reste prudemment ouverte et cela sans doute encore pour un certain temps…

                       En attendant on peut continuer à vivre sa vie avec ses joies, ses peines, ses espoirs et ses déceptions et continuer de prendre son petit café plus ou moins sucré, suivant ses goûts avant de retourner vaquer aux tâches qui nous incombent.

 

                                                                               Le Chesnay le13 février 2011

                                                                               Copyright Christian Lepère

 

 

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                       "Les grandes cités blanches" -  huile sur panneau - 61 x 50 cm

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 08:59

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                                                              "Baptème de l'air" - acrylique sur panneau - 40 x 61 cm

 

 

ETRANGES INSECTES

 

 

            C’est durant l’adolescence que j’ai découvert les univers magiques des peintures de Breughel et de Jérôme Bosch. Déjà, à cet âge tendre, j’étais obsédé par le mystère du monde. L’exubérant déploiement des formes naturelles, la créativité délirante de la vie me fascinaient. Et les questions essentielles surgissaient : « Mais au fond, que suis-je réellement ? et quel est le sens de toute cette agitation ?

          Si le paradoxe est stimulant pour tout esprit un peu curieux, celui-là était de taille à m’émouvoir. Car enfin, c’est bien joli les fleurs, les petits oiseaux et l’éveil printanier, mais à quoi bon toute cette magnificence puisque en fin de compte tout est périssable ?

          Certes la science s’efforçait de répondre, à sa manière, mais elle ne pouvait qu’expliquer comment l’évolution s’était déroulée. Sur le pourquoi elle ne soufflait mot, étant bien incapable d’aller au-delà des apparences, fussent-elles subtiles.

          Breughel et Bosch eux, au moins parlaient de transcendance car derrière la prodigieuse diversité des formes du monde, ils pressentaient l’unité de l’origine unique. Taoïstes sans le savoir, ils faisaient confiance à leur intuition pénétrante et portaient un regard aigu sur la nature. Parmi tous leurs sujets d’étude figuraient, bien sûr, les insectes. Comment n’auraient-ils pas été fascinés par ce petit monde qui, après nous avoir précédés, nous entoure de toute part, investissant nos demeures des caves aux greniers. Et se mêlant sans vergogne à toutes nos activités ?

          L’étrangeté des formes, la bizarrerie des comportements ne pouvaient qu’enchanter ces esprits curieux. Ainsi dans leurs créations fantasmagoriques ont-il utilisé à profusion tout ce que ce petit peuple a pu inventer pour se propulser, se nourrir ou se reproduire. Antennes, mandibules, élytres et pattes articulées, sans oublier les yeux à facettes, les rostres et les dards.

          Etant moi-même intéressé par tout ce qui bouge, se meut, palpite et vibre, il était inévitable que l’insecte ne devienne une source particulièrement féconde dans l’élaboration des formes étranges dont je me plais à parsemer mes délires picturaux.

          Certes les insectes n’en constituent qu’une petite partie, car tout m’intéresse, depuis les formations géologiques du paysage,en passant par les constructions humaines et ceux qui y vivent entourés de leurs animaux familiers , sans oublier la parure végétale et les nuages dérivant dans le ciel de Bourgogne…

          Mais ces aimables figurants que sont les diptères, coléoptères et autres cédoines dorées m’ont toujours stimulé dans l’élaboration de formes extravagantes mais pourvues d’une logique viscérale.

          A mes yeux une peinture est un organisme vivant dont toutes les parties sont en symbiose. Si ses organes sont bien reliés entre eux, si l’énergie vitale circule librement, si le métabolisme peut s’effectuer sans heurt, alors l’œuvre vivante peut rayonner. Pour moi peindre est une forme un peu subtile de yoga qui m’aide à me structurer.

          Mais revenons à nos insectes. Si leurs formes sont étonnantes, leurs comportements ne le sont pas moins. Non contents d’inventer diverses formes de société, ainsi que les règles de bonne conduite nécessaires à leur maintien, ils ont anticipé un grand nombre d’activités humaines. Ainsi, les observant, c’est nous-mêmes que nous regardons comme au moyen d’un microscope. Et cette activité pourrait nous en apprendre long sur nos comportements stéréotypés et la lourdeur de nos réflexes conditionnés. Mais bien sûr nous ne sommes pas que cela et l’évolution nous a dotés de bien d’autres facultés nous permettant de les observer et de les comprendre. Et cela ils ne sauraient le faire à notre égard, car malgré leurs stupéfiantes possibilités, il manque aux insectes la conscience réfléchie et la mise à distance qu’elle permet.              

 

                                                              Sermizelles – décembre 2004

                                                              Copyright Christian Lepère    

 

-Ce texte est paru dans la revue « Insectes » n° 136-1° trimestre 2005 

 

 

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                                                      "Les entomologistes" - huile sur toile - 130 x 97 cm   

 

 

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                                                        "Priorité à droite" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

 

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                                                         "Vertes contrées" - huile sur toile - 130 x 97 cm   

 

 

203-Vertes-contrees---------copie-1.jpg                                                          Détail de 'Vertes contrées"                

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 07:08

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                                           "Le feu sous la cendre" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

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        "Le sommeil du sphinx"             "La rivière des songes"                 "La fleur du désir"

 

 

MICHEL OGIER

 

                 Il y a de cela des années un galeriste grand amateur de peinture imaginaire et fantastique organisait des salons. C’est à St Germain en Laye, dans le cadre prestigieux du Manège Royal que j’ai vu les œuvres de Michel Ogier pour la première fois et depuis j’ai pu suivre son évolution. Mais dès l’abord l’attrait était évident et n’a pas faibli. Je vais donc essayer d’en rendre compte.

                 D’emblée Michel Ogier ne se soucie guère de l’exactitude anatomique, fût-elle féminine. Dans la lignée de Léonor Fini il fait partie de ces esprits indépendants et fantasques qui fonctionnent plus sur le mode du rêve que de la lucidité rationnelle. Ou plutôt sur celui de l’endormissement c'est-à-dire de ces passages intermédiaires un peu flous et peuplés d’images hypnagogiques qui nous servent de transition. Intermèdes crépusculaires où tout semble se dissoudre et dériver vers des contrées lointaines. Ces moments sans nom et sans durée où l’on a l’impression de couler en soi-même pour retrouver sa nature primordiale, au-delà des apparences, des conventions pesantes et des identifications massives.

                 C’est dans cette voie qu’il s‘est engagé résolument. Peut-être est-il sans le savoir un complice de Marcel Proust qui dans un moment privilégié a fait connaissance avec les parties les plus enfouies de lui-même grâce à une petite madeleine et une gorgée de thé. L’épisode est significatif. Comment un simple biscuit, même si il est devenu mythique depuis, a-t-il pu déclencher un processus aussi subtil chez l’écrivain ? Peu importent les modalités. Toujours est-il que le résultat fût bouleversant. Et bien sûr il n’y a pas que des sensations gustatives, même très fines, pour provoquer cela. Des parfums, des musiques et des accords de couleurs peuvent être aussi efficaces.

                 Donc Michel Ogier prend de grandes libertés avec l’anatomie féminine. Loin de l’esprit d’investigation d’un Léonard de Vinci, disséquant des cadavres à la lueur de la bougie dans des caves obscures et ce loin du regard des inquisiteurs qui soupçonnent toute personne qui souhaite en savoir plus comme un hérétique voué aux flammes de l’enfer. Le voici qui au contraire s’obstine à prendre son rêve pour la réalité. Comme si le Bon Dieu s’était trompé en créant ce corps qui vieillit, qui sue et excrète mais a quand même la bonne idée, en fin de compte, de se décomposer pour éliminer les traces de sa matérialité.

                 A l’instar des surréalistes, Michel Ogier éprouve plus de penchant pour les poupées et autres mannequins de mode qui dans les vitrines nous présentent une version soft et non biodégradable de l’image humaine jeune et pimpante. Il prend donc de grandes libertés avec l’anatomie clinique et médicale. Chez lui point de repère osseux, pas de squelette pour assurer la verticalité, pas de malléole pour conforter l’équilibre du pied, pas même de creux sus claviculaire ou d’attaches ligamentaires. Pas même de tibia ou de péroné. Absence totale de tuyauterie interne, de viscères, d’hormones et de synapses entre les neurones. Donc des poupées, comme chez Hans Bellmer  Léonor Fini ou Michaël Parkes. Et c’est là que gît le paradoxe. Plus on supprime plus on se rapproche de la forme fantasmatique de base et plus le trouble est grand chez le spectateur. C’est que nous ne sommes pas très rationnels et que, de loin, nous préférons nos fantasmes. Nous touchons là d’ailleurs à l’essence de l’érotisme : le mystère et le secret. Or si l’extrême complexité peut être mystérieuse, la simplicité totale l’est encore plus parce qu’elle semble nous cacher quelque chose. Le vide est le mystère absolu.

                 Alors Michel Ogier déforme, simplifie, masse doucement les volumes et efface tout ce qui pourrait blesser l’œil. Et ce faisant il gagne en efficacité parce que l’érotisme provient souvent plus du suggéré que du trop précis qui tue le rêve.

                 Encore un point : Cet univers est positif et musical. Plein d’harmonies ineffables et d’accords presque parfaits. Tout n’y est que luxe, calme et volupté. Cela ne veut pas dire que d’autres se trompent en présentant le côté noir de l’humanité. Les formidables peintures de Beksinski prouvent qu’on peut atteindre le sublime avec les plus atroces représentations de corps brisés et martyrisés, avec des scènes de camp d’extermination.

                 Mais Dieu merci pour équilibrer il y a aussi l’autre face et dans le cas présent elle est pleine de créatures jeunes et lascives, de Lolitas et de filles perverses, jouvencelles ingénues et créatures de rêve appétissantes comme des fruits confits. Elles expriment beaucoup plus les débuts que les bilans de fin de vie. A peine écloses, à peine sorties de l’œuf elles ouvrent avec candeur un œil sur un monde enchanté  où la couleur se répand en cascades harmoniques. A perte de vue ce ne sont que des bleus pâles, des mauves, des parmes et des magentas, mais aussi des jaunes de Naples et des gris d’une subtilité très fine. Juste un peu de noir et de blanc pour éviter la mièvrerie.

                 Voilà pour le descriptible. Voilà pour ce qui peut être désigné avec des mots. Reste maintenant l’essentiel, la rencontre avec la peinture, l’immersion dans le jeu mouvant des formes et des couleurs. Dans la matérialité de la toile et la caresse du pinceau sur celle-ci

                 Alors il ne reste maintenant qu’à savourer les œuvres sur Internet avant d’avoir peut-être un jour le plaisir de les contempler directement dans l’atelier du peintre, là-bas au bord de la mer, sous un soleil propice.

 

                                                                                  Le Chesnay le 8 mars 2012

                                                                                 Copyright  Christian Lepère

 

 

 

Après lecture de ce texte Michel Ogier m’a fait connaître son sentiment par écrit. Sa réponse apportant un complément d’information essentiel sur le sens de sa création je lui laisse bien volontiers la parole :

 

Cap d’Agde ce jeudi 15 mars 2012

 

                   Drapée dans son mystère, souvent empêtrée, une œuvre a besoin de vents pertinents pour soulever les voiles pudiques dont elle se pare. J’ai bien apprécié le vent Christian Lepère. Merci à toi.

                   L’affiliation avec la pâtisserie de Proust est effectivement fort judicieuse. La sensation éprouvée par Marcel en dégustant une petite madeleine amollie dans du thé chaud, ne nous est pas étrangère, bien au contraire, qu’on en soit conscient ou pas. Cette sensation dépourvue de toute volonté surgit brusquement en nous, sans crier gare, sans le plus petit signe prémonitoire, sans raison apparente issue d’une préparation spécifique, sans le moindre mérite, et s’en va aussi mystérieusement qu’elle est venue. Cet instant d’indicible bonheur vaque librement dans les circonvolutions de notre cerveau, et on reste là, la tête dans les étoiles, à attendre son retour en implorant un supplément d’âme. Si ces sensations nous ouvrent les portes de notre enfance, donnant accès à la conscience d’être, elles nous emmènent, pour peu que l’on soit en disponibilité, vers des souvenirs infiniment plus anciens, vers une mémoire intra-utérine, dans les arcanes du temps et peut-être même vers les réminiscences du néant duquel nous avons chu ! Un néant comme un trou noir au cœur de notre galaxie où nous trempons notre pinceau en essayant, tant bien que mal, de traduire l’ineffable lumière …

                   Tu vois, je passe tout doucement de l’autre côté du miroir… Les anciens diraient, « il retourne en enfance ». Mais en suis-je réellement sorti ?...

                   Effectivement, je peins des poupées, des lolitas, des Alices métaphysiquement lisses. Sans squelette ni os ni glandes sudoripares et hormonales, vidées de leurs viscères depuis longtemps, vent debout en total déséquilibre… Etres quasi surnaturels, hélas, non dépourvus de synapses entre les neurones… Le mental est un mythe encombrant même pour les plus éthérés d’entre nous. Mannequins figés comme des stylites derrière leur vitrine, elles regardent le monde des envies, des consommations, le monde social et politique, le monde des prédateurs, celui des douleurs… Elles reprennent avec Aragon, « Ce qu’on fait de vous hommes femmes – O pierre tendre tôt usée – Et vos apparences brisées – Vous regarder m’arrache l’âme. »

                   Leur érotisme est plus sacré que profane. Il est celui du retour aux sources. Le retour vers la symbolique Madeleine de Proust aux allures de coquille saint Jacques qui n’est pas sans rappeler la charmante petite porte par laquelle nous sommes arrivés et qu’inlassablement nous recherchons comme l’abri le plus sûr de notre espace. Cette survenue du néant c’est le mystère qui nous fait poètes malgré nous.

                   Je ne connaissais pas le mot hypnagogique. Je le trouve fort bien approprié. Merci encore, Christian, et à bientôt sur les chemins ensoleillés de l’imaginaire.

                                                                             Copyright Michel Ogier

 

 

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                    "Le gros bébé" - 92 x 73 cm                      "Une nuit sur le Mont Chauve" - 73 x 54 cm

 

              "L'Atelier de Michel Ogier"       WWW.michelogier.blogspot.com

 

                      

 

 



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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 13:10

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BRIGITTE SOLBERG

 

Médaille d’Honneur de Gravure

au

Salon des Artistes Français 1986

 

 

         L’art de Brigitte Solberg est confidentiel. D’abord par les dimensions, ensuite par la technique et si quelques planches s’imposent par la vigueur, les autres séduisent par une grande délicatesse. Une référence vient à l’esprit : Rodolphe Bresdin, mais celui-ci a vécu au dix neuvième siècle et Baudelaire n’est plus là pour apprécier…

         Voici donc un monde magique et enchanté, une sorte de paradis terrestre où le végétal, livré à sa seule loi de croissance, prolifère dans la plus grande liberté. Les tiges poussent, les bourgeons éclatent et les arbres étendent leur ramure sur des sous-bois d’herbe, de ronces et de fougères. Au loin des chaînes de montagnes se reflètent dans quelque lac primordial ou dans l’éternité de l’océan. C’est un monde où l’homme n’apparaît guère. Est-ce délibéré ? Mais la nature est bien vivante, pleine de petites bêtes, d’oiseaux, de rongeurs et d’insectes qui s’ébattent avec insouciance. Ici une famille de singes se serre sous des feuilles, plus loin une belette se faufile, tandis qu’un chat (sauvage ?) se poste. Et tout cela prolifère et fourmille dans la plus grande innocence. Nous sommes à l’aube de la création du monde et le Bon Dieu satisfait de son œuvre peut enfin prendre un repos bien mérité en observant tout ce petit monde vaquer à ses occupations favorites.

         Que demander de plus ? Cernés de toute part par le monde contemporain où l’affolement et la surenchère le disputent au goût frénétique du scandaleux, il est bien agréable de se retremper aux sources en retrouvant dans un instant d’éternité nos plus lointaines racines.

         Hors des circuits balisés pour touristes débarquant des quatre coins du monde de leurs jets et de leurs Pulmann, entrons un instant dans ce jardin secret que Brigitte Solberg à longuement gravé pour notre plus intime contentement.

 

                                                                    Le Chesnay, mai 1986-mars 2012

                                                                    Copyright Christian Lepère

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 08:07

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                                                                                   "Sur le motif" - huile sur panneau - 46 x 38 cm


 

 

JE ME SOUVIENS  (suite et fin)

 

               J’étais un peu étrange, je ne saurai le nier, mais le monde de l’art comblait mes aspirations et me permettait de réaliser quelques fantasmes. C’est pourquoi je me retrouvai à l’Ecole des Arts Appliqués, au lieu de poursuivre des études secondaires de base.

                 Hélas j’étais plus que déçu. Noyé dans la masse et installé de force devant des nature mortes et des plâtres dont je n’avais que faire, je m’ennuyais un peu et à nouveau je me réfugiais dans mes rêves. A part la perspective et l’histoire de l’art où j’avais le sentiment d’apprendre quelque chose le reste était supporté. Enfin un beau jour du nouveau, l’étude du modèle nu pour apprendre la morphologie humaine, plus spécialement féminine. Voilà qui peut attirer un adolescent, aussi bien fille que garçon d’ailleurs. Je précise ici ce point que j’ai souvent vérifié par la suite : si les hommes sont naturellement attirés par le sexe opposé et complémentaire on peut remarquer que beaucoup de femmes sont souvent plus stimulées dans leur créativité par la douceur des courbes féminines que par les exhibitions des musculatures culturiste, bien qu’il y ait aussi des femmes adeptes d’un body building brutal et machiste. Rien n’est simple et en notre époque d’extrême confusion tous les cas de figure sont revendiqués. Il n’en reste pas moins que je pourrais citer bien des noms de femmes peintres, souvent des amies que j’estime et dont j’admire les œuvres, qui célèbrent la sensualité féminine avec beaucoup de douceur et de délicatesse

                 Donc le nu m’attirait. Hélas, très vite l’enthousiasme était retombé. D’abord parce que le spectacle d’un modèle professionnel figé dans une pose conventionnelle pendant des séances interminables n’entretient pas vraiment la ferveur. Ensuite parce que les modèles étaient souvent quelconques, ni très gracieux, ni très typés, enfin un peu le tout-venant.

                 Le point essentiel était quand même mon besoin viscéral d’invention et de créativité. Devant le spectacle de la vie stoppée net et figé dans une immobilité forcée mon élan naturel ne pouvait s’épanouir. Déjà pour moi l’intérêt essentiel de la féminité résidait moins dans l’épiderme que dans tout ce qui l’accompagne en le voilant, le rendant ainsi plus secret et plus mystérieux. Je ne suis pas le seul d’ailleurs et depuis les temps les plus immémoriaux la parure de la femme a été une préoccupation essentielle autant pour celle-ci que pour ses admirateurs. Parures, bijoux, coiffures ont toujours été les compléments indispensables d’un des attraits de la nature en l’enrichissant de variations, d’harmoniques et de floraisons extravagantes.

                 J’admets bien sûr que l’étude de la nature est indispensable et que sans son apport on ne peut faire que du figuratif schématique et stéréotypé. Mais j’avoue que recopier telle quelle l’anatomie d’une jeune personne posée sur une sellette ne pouvait me suffire. Cela n’empêche pas de constater que même parmi les jeunes, nombreux sont encore ceux qui viennent et parfois de fort loin, parfois d’au-delà des mers,  pour venir étudier à Paris dans des académies comme la Grande Chaumière les bases du savoir faire et de l’observation. Car, au-delà des traditions et du folklore, même si certains veulent simplement jouer les artistes pour frimer, les autres ressentent le besoin d’acquérir des bases avant de laisser libre cours à leur inspiration.

                 Mais où voulais-je donc en venir ? Après vous avoir entretenu d’états d’âme juvéniles puis de philatélie et de petites manies ressenties comme gratifiantes. Par exemple collectionner des petits morceaux de papier dentelés et gommés et ainsi  s’emparer de l’image symbolique des choses pour, contre toute logique, persister à se ressentir comme étant le maître du monde. Incontesté  dans son discret anonymat. Me voilà donc maintenant amené à livrer mon sentiment sur la féminité avant de finir par conclure sur l’indispensable maintien de certaines traditions.

                 Pourtant je n’ai pas « fait » les Beaux-Arts et je suis par nature plus un franc-tireur qui délire caché dans son coin qu’un adepte de la transmission intégriste des traditions. Ainsi la nature humaine est complexe et contradictoire et il semble bien que j’en soit un quelconque représentant, conforme aux normes statistiques, bien que doté de particularités uniques et irremplaçables. Comme tout un chacun, penserez-vous ? Et là je crois bien que vous aurez le dernier mot.


                                                                          Le Chesnay le 28 janvier 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

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                                                                     "Le petit lapin" - huile sur panneau - 46 x 38 cm

 

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 08:13

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                                                             "Le temps qu'il fait" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

JE ME SOUVIENS  (première partie)

 

                 Je me souviens de ce temps gris, plombé comme le mur d’en face d’une arrière cour parisienne, triste et trop long comme des jours qui n’en finissent pas. Pourtant j’étais jeune et j’avais obtenu ce que j’avais souhaité. Bien sûr, mais sait-on vraiment ce que l’on veut ?

                 Débilité par un enseignement secondaire où j’avais l’impression d’apprendre de l’inutile, je continuais de me réfugier dans mes rêves. A dix ans j’avais émis un souhait un peu étrange pour Noël. A ma mère j’avais demandé si il ne serait pas possible de me faire offrir le premier volume d’une histoire de l’art vue dans la vitrine de la devanture qui faisait face au lycée Voltaire. C’est là que je passais chaque jour pour me rendre dans les lieux de savoir et de discipline. Et à chaque fois je m’arrêtais, fasciné par un visage de femme hiératique et morcelé par la mosaïque qui le composait. S’agissait-il de Théodora, impératrice de Byzance ou d’une de ses suivantes ? Peu importe, mais c’était beau et mystérieux. En se penchant on apercevait au dos du volume une vierge de Van Eyck. La noblesse étrange peinte avec la minutie et le raffinement de l’inventeur de la peinture à l’huile me faisait rêver.

                 Je parvins donc à me  faire offrir le premier tome où je découvris Lascaux, le Sourire de Reims et la Victoire de Samothrace… en attendant le second volume où se tenaient l’art de la Renaissance et les premières incongruités de l’art moderne, accompagnées il est vrai  de quelques chef-d’oeuvres d’Afrique et de  Polynésie que l’on n‘admirait pas encore en tant qu’Arts Premiers mais à qui on reconnaissait une certaine spontanéité si ce n’est des qualités dignes de les faire voisiner avec les merveilles de l’art occidental civilisé.

                 C’est à cette époque que j’ai commencé à diversifier mon inspiration. Jusque là cantonné dans les Mickey, Minnie et autres Trois Petits Cochons je m’employais à célébrer ce qui m’enthousiasmait avec les moyens du bord. Crayon et aquarelle. Mais déjà la créativité émergeait avec la création de dioramas e t de cartes dépliantes… J’allais jusqu’à agrandir démesurément une carte postale  où des flots déchaînés  se lançaient à l’assaut de la pointe du raz sous un ciel échevelé. Mais mon ambition était sans limite et je m’attaquais désormais à de plus vastes sujets. La Joconde était un défi. Je m’y attaquai donc. Avec un crayon à papier, une gomme et du papier Canson. Après des heures d’effort patient le résultat était d’une justesse assez photographique. Je faisais de l’hyper réalisme sans le savoir et mes parents étaient contents. Ils pouvaient montrer ça aux amis et à la famille.

                 Un caractère plutôt timide et renfermé m’avait amené à collectionner les timbres avec passion. J’étais fasciné par ces petites vignettes multicolores qui, issues des quatre coins du monde et ornées de sujets aussi divers que variés peuvent vous donner le sentiment d’être, non pas le maître du monde, ce qui est quand même pathologique au yeux des gens  «  normaux »  mais tout au moins d’en maîtriser la représentation symbolique. Ce qui est tout à fait satisfaisant puisque là au moins on ne prend pas le risque d’être contesté par des jaloux.

                 Après la simple collection, il me fallait pour affirmer mon pouvoir passer à la réalisation d’albums. A nouveau le papier Canson me vint en aide et avec acharnement je me mis à tracer des cases susceptibles d’accueillir mes timbres. Comme il se doit le tracé devait être impeccable, le nombre et la taille savamment calculés. Enfin j’y passais le temps nécessaire, négligeant sans doute d’autres priorités, ce qui plaisait moins à la famille.

                 Enfin je réalisai le fantasme suprême : faire des timbres moi-même. Non pas en créer de nouveaux, mais au moins reproduire ceux qui à mes yeux étaient particulièrement admirables. C’était l’époque où tous les timbres français étaient gravés sur acier, donc d’une finesse inégalable. Un matériel adapté était alors indispensable. Un porte-plume à dessin et des encres de couleur ou plutôt de l’aquarelle convenaient amplement. Je me mis au travail et très vite le résultat fût convaincant. Seule une observation à la loupe pouvait révéler que le nom du graveur auteur de la vignette avait été remplacé par le mien. Pour les dents du timbre il me fallait les ciseler avec des ciseaux à ongle, ciseaux polyvalents qui me permettaient aussi bien, à l’occasion, de découper dans du papier mince un squelette de dinosaure admiré dans le dictionnaire.

                 Ma principale réussite philatélique fût à l’époque une reproduction fidèle de la cathédrale de Quimper, de couleur violette et que je réussi à m’expédier à moi-même, la récupérant ainsi avec  l’oblitération de la poste qui fait foi…

                

                                                                                A suivre…

                                                                       copyright Christian Lepère

 

 

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                                    "Fête commémorative" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

                

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 12:30

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                                                                "Le macho" - huile sur panneau - 27 x 22 cm

 

 

PROBLEMES DE MUSE

 

Il était un peintre et c’était sa muse

Mais au temps nouveau tout est perverti

Et lui, le génie qui n’a rien compris

N’a pas vu qu’avec un soupçon de ruse

Elle prenait sa place, elle tenait son rang

Et rivalisait avec son talent.

Le peintre s’emmêle avec ses pinceaux

Car si de tout temps il ne fut manchot

En toute innocence il était macho

… et ça n’est pas beau

 

 

382-La-belle-et-la-bête----

"La belle et la bête" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

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"Carnage pictural" et "Le génie" -huile sur panneau - 27 x 22 cm

 

402 Cubisme 27 x 22 cm

"Cubisme" - huile sur panneau - 27 x 22 cm


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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 12:58

 

147-La-ronde---------------

                                                                                                        "La ronde" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

 

Passé pas si simple

 

                   Comme un train de marchandise lourdement chargé le passé s’ébranle. Les roues grincent en patinant sur les rails, les aiguillages gémissent, rouillés jusqu’à l’os, perclus d’ankylose. Et sous la bruine de septembre qui tombe interminablement le convoi progresse et avance avec lenteur. Pas à pas ou plutôt de quart de roue en quart de roue. Il y avait tant de temps que le train s’était immobilisé. Tant de temps qu’il s’était figé sur sa voie de garage.

                   Il était là parmi d’autres voies envahies d’herbe et rongées de mousse. Entouré de débris étranges, de tas de ferrailles accumulées. Cerné de remparts de parpaings, de caisses vermoulues enveloppées de bâches plastiques béantes sur d’improbables accumulations. Assemblages hétéroclites.

                   Couche après couche le passé s’est déposé et, dans l’arrière fond d’un terrain vague il forme des monticules. Sortes de taupinières sans taupes. Tombeaux du passé. Caveaux enfermant des momies desséchées, des squelettes qui s’effritent, qui lentement se réduisent en poudre. Un peu plus tard on aura de quoi remplir un sablier qui leur redonnera au moins un semblant d’utilité.

                   Mais l’humanité a besoin de remettre un peu d’ordre. De temps en temps elle se doit de faire le vide.                                                                      

                    Le cantonnier après avoir déblayé le plus gros et ratissé le reste met le feu à un tas de vieilleries. Puis il étanche sa soif au gros rouge avant de se cracher dans les mains et d’empoigner à nouveau sa pelle. Comme le fossoyeur qui doit creuser son trou dans la journée pour satisfaire monsieur le maire qui est tellement humain mais aussi tracassier car il doit ménager la chèvre et le chou que sont l’employé communal, solide et laborieux, mais aussi la famille éplorée qui fait partie de l’électorat. La fosse sera donc prête en temps et en heure. Le mort sera rangé proprement, authentifié par la belle inscription en lettres dorées. Et tout le monde sera content, enfin soulagé…

                   Maintenant la nuit est noire, elle est sans fond. Dans ce néant ouaté de vagues lueurs commencent à émerger, à se préciser. Ce n’est plus du noir absolu, définitif, mais quelque variété de noir plus clair…vous savez, de celui qui devient enfin perceptible à nos yeux en perdant sa noirceur. Jadis enseignant, face à des jeunes encore ouverts et curieux je tentais parfois une approche des mystères du monde. Ainsi la perspective me permettait d’ébranler les certitudes usuelles en matière d’infini qu’on peut matérialiser avec son crayon et atteindre sans problème avec une règle. Pour l’éternité c’est plus délicat parce que ça échappe à l’approche visuelle. Il m’arrivait donc d’émettre des vérités un peu inattendues. « Non ! le noir n’est pas une couleur, c’est une absence de lumière, donc de couleur. C’est un trou dans la vision. D’ailleurs peut-on voir un trou ? Non, mais ce qui le borde. D’ailleurs il n’y a pas de trou dans le vide… ». Et dans la foule des enfants qui étaient censés m’écouter, il me semble que parfois le message passait. A mon insu bien sûr et sans doute à la leur aussi.

                   Mais la vie est étrange. Elle déploie ses arabesques aléatoires enchevêtrées et ne fonctionne que si rarement en mode linéaire. La traçabilité n’est décidément pas de son goût. Pour nous, pauvres humains qui souhaiterions tant maîtriser notre destin, la leçon peut être salutaire. Nul ne pouvant prévoir vraiment la suite, il ne nous reste plus qu’à être attentifs et vigilants pour voir comment les choses se trament, comment la révolution des lumières va permettre  l’apparition de l’arrogant Napoléon Bonaparte qui en arrivera à s’auto proclamer empereur des français, avant d’être rattrapé par son destin et expédié dans une petite île pour y terminer sa trajectoire de façon beaucoup moins glorieuse.

                   Donc mes élèves m’écoutaient ou faisaient semblant. Comment savoir devant toutes ces frimousses orientées dans la même direction ? Que pouvait-il se cacher derrière ces regards ? Me voyaient-ils ou passaient-ils au travers pour fixer des lendemains qui chantent ? Les prochaines vacances ? La sortie du bahut avec la mob, le casque et la copine ? Quoi d’autre encore ?

                   Et pourtant, bien des années plus tard, retraité depuis deux lustres, il m’arrive d’en rencontrer flânant dans le centre commercial ou attendant à la caisse du Super U, à moins que ce ne soit au coin de la rue ou au hasard des contacts sur internet. Parfois c’est la surprise. Ainsi les plus doués et les plus prometteurs peuvent  être maintenant enlisés dans la routine et regretter le bon vieux temps. D’autres plus obscurs se sont petit à petit révélés et ont maintenant des vues plus vastes. Mais que s’est-il passé depuis vingt ans, trente ans, ou plus… ? Quelles occurrences, chance ou malchance, rencontres éblouissantes et échecs cuisants  ont pu jalonner leur route ? Pourquoi celui-ci est-il devenu jardinier, celle-là caissière à Monoprix, cet autre embarqué à bord d’un sous-marin nucléaire et cette dernière enfin devenue mère de famille, avec des enfants qui ont été ensuite mes élèves et  s’est mise par ailleurs à collectionner mes peintures, alors qu’un autre aussi doué pour les arts est devenu prêtre en Bourgogne ? Plusieurs sont  morts, aussi définitivement et radicalement que la plupart de mes anciens professeurs pour qui c’était beaucoup plus prévisible. Ou moins choquant. Mais la vie n’en a cure, elle suit son bonhomme de chemin sans aucun égard pour nos attentes les plus légitimes. Pas de quartier, place nette pour la suite du feuilleton. Ainsi j’ai vu de près des jeunes ayant apparemment réussi à atteindre leur but et dont le suicide pouvait paraître particulièrement absurde et improbable. Et pourtant…notre folle époque en libérant les mœurs et en permettant ce qui était inconcevable il y a peu encourage toutes les dérives et supprime tous les garde-fous. Qui peut prétendre tout assumer ? Qui a une structure intérieure suffisante, une colonne vertébrale à la fois souple et solide pour se permettre de remettre, en cause la morale traditionnelle, aussi bourgeoise et castratrice qu’elle ait pu être ? Qui est capable de se tenir droit à l’aplomb de ses pieds quand tout est fait pour nous maintenir dans l’infantilisme ? Jetez donc un coup d’œil aux médias. Regardez bien la campagne pour les prochaines élections et les héros qui briguent nos suffrages. C’est assez rigolo. Guignol en permanence et en boucle sur des chaînes spécialisées. Tant qu’à faire, ne lésinons pas.

                   Voilà que je me laisse aller. Sous prétexte de remémoration et de résurgence du passé me voilà amené à me poser des questions sur l’avenir. C’est humain, sans doute. Et c’est tentant.

                   Non, ce n’est pas si grave, la fin du monde est dans moins d’un an. Un nouveau président (ou présidente, excusez moi…) va être élu pour cinq ans.

Le climat continue bêtement à se réchauffer (sauf exception…) et sous peu des puces électroniques greffées dans le cerveau nous libérerons enfin des contraintes insupportables du téléphone portable qui en ayant  bêtement besoin d’être tenu à la main nous empêche de faire autre chose  donc nous fait perdre notre temps. D’ailleurs je sais que celui ci est précieux et je ne voudrais pas vous le faire perdre avec mes divagations et mes questions oiseuses de philosophe à la petite semaine.

 

                                                                          Le Chesnay le 7 février 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère


 

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                                  "Un monde fou" - huile sur toile - 46 x 38 cm

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 08:38

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                                                                              "Le raidillon" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

UNE AFFAIRE QUI MARCHE (suite)

 

 

              Tout passe et tout s’use. Après de longues périodes de déambulation en ville ou dans la campagne bourguignonne, j’ai connu des années de replis plus frileux. Etrangement j’étais devenu esclave de la voiture, fût-elle une modeste 2 CV ou une 4 L strictement de série. Après Versailles j’habitais au Chesnay qui en est la banlieue et donc fort proche. Déjà préoccupé par l’état pléthorique de la circulation urbaine je me rendais à Paris par les trains de banlieue. Le problème était d’atteindre l’une des gares environnantes. Le bus étant aléatoire, pas très direct et parfois bondé, il ne restait que la voiture. Oui mais où la laisser ensuite ? Les abords des gares étant saturés et les grands parkings dûment munis de leurs tickets et autres parcmètres gloutons pas assez conviviaux à mon goût.

              En fait c’était très simple, comme tout un chacun je vivais sur l’idée tenace et incrustée que c’était au-delà du coin de la rue, donc hors de vue, donc lointain, donc inatteignable sans la voiture.

              Et puis un jour, miracle, plusieurs médecins et soignants me conseillent pour diverses raisons de marcher chaque jour. Ah oui ? Mais alors peut-être peut-on mêler l’utile et l’agréable ? Peut-être peut-on atteindre l’horizon sans véhicule ? J’ai donc essayé. Ca marche ! Et ce qui me paraissait infiniment lointain se révèle souvent plus proche, si proche même que je n’ai pas pu m’empêcher de rallonger le parcours, d’essayer des variantes pour finir par explorer systématiquement les environs. Non pas pour vraiment les connaître et en parler, d’ailleurs ça n’intéresse personne, mais pour me livrer à l’errance. Le monde est vaste et beau. Sa variété est infinie. Et si l’on y prête attention les choses les plus banales, la grisaille la plus quotidienne révèlent des abîmes de mystère et d’étrangeté. Seule notre certitude de connaître (ça, je le connais comme ma poche…) nous interdit ce minimum d’attention qui révèle la nouveauté permanente et l’originalité irremplaçable des détails.

              On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. On n’arpente jamais deux fois la même rue, même si elle porte toujours le même nom. Parce que tout change, y compris soi-même et que de toute façon le personnage qui se promène n’est plus celui d’hier, même si la copie semble conforme.

              Hélas, cela peut amener à douter de sa petite personne, du personnage social bien étiqueté et si rassurant pour les autres, alors même qu’il est insupportable à bien des égards. Mon Dieu, si les autres disparaissaient…tous…les odieux, les pisse-vinaigre, les pimbêches, les confits en dévotion et les traîtres, les fourbes, les lâches, les faux jetons…Non ! Pas ça, alors il faut bien que je sois aussi un personnage identifiable qui joue le jeu, qui tient son rôle. Peintre maudit ou poinçonneur des Lilas, peu importe pourvu qu’on me reconnaisse.  En refusant ma diversité, en me coupant les ailes, en me prenant pour…je me ferme au monde, je me sclérose. Déni de réalité. Tant pis pour moi.

              Alors la marche, cheminement, errance, vagabondage, peut y remédier. A condition toutefois de ne pas en faire un sport, un entraînement, une recherche de record. Ou tout bêtement une justification aux yeux des autres qui aimeraient tant pouvoir nous enfermer dans une boîte avec une étiquette : « Ci-gît Machin (Jules Auguste) Bon fils – Bon père – Homme intègre. Paix à son âme »

 

                                                               Le Chesnay le 14 janvier 2012

                                                               Copyright Christian Lepère

 

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                                                    "Lassitude" - huile sur toile - 65 x 54 cm

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