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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 12:58

 

147-La-ronde---------------

                                                                                                        "La ronde" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

 

Passé pas si simple

 

                   Comme un train de marchandise lourdement chargé le passé s’ébranle. Les roues grincent en patinant sur les rails, les aiguillages gémissent, rouillés jusqu’à l’os, perclus d’ankylose. Et sous la bruine de septembre qui tombe interminablement le convoi progresse et avance avec lenteur. Pas à pas ou plutôt de quart de roue en quart de roue. Il y avait tant de temps que le train s’était immobilisé. Tant de temps qu’il s’était figé sur sa voie de garage.

                   Il était là parmi d’autres voies envahies d’herbe et rongées de mousse. Entouré de débris étranges, de tas de ferrailles accumulées. Cerné de remparts de parpaings, de caisses vermoulues enveloppées de bâches plastiques béantes sur d’improbables accumulations. Assemblages hétéroclites.

                   Couche après couche le passé s’est déposé et, dans l’arrière fond d’un terrain vague il forme des monticules. Sortes de taupinières sans taupes. Tombeaux du passé. Caveaux enfermant des momies desséchées, des squelettes qui s’effritent, qui lentement se réduisent en poudre. Un peu plus tard on aura de quoi remplir un sablier qui leur redonnera au moins un semblant d’utilité.

                   Mais l’humanité a besoin de remettre un peu d’ordre. De temps en temps elle se doit de faire le vide.                                                                      

                    Le cantonnier après avoir déblayé le plus gros et ratissé le reste met le feu à un tas de vieilleries. Puis il étanche sa soif au gros rouge avant de se cracher dans les mains et d’empoigner à nouveau sa pelle. Comme le fossoyeur qui doit creuser son trou dans la journée pour satisfaire monsieur le maire qui est tellement humain mais aussi tracassier car il doit ménager la chèvre et le chou que sont l’employé communal, solide et laborieux, mais aussi la famille éplorée qui fait partie de l’électorat. La fosse sera donc prête en temps et en heure. Le mort sera rangé proprement, authentifié par la belle inscription en lettres dorées. Et tout le monde sera content, enfin soulagé…

                   Maintenant la nuit est noire, elle est sans fond. Dans ce néant ouaté de vagues lueurs commencent à émerger, à se préciser. Ce n’est plus du noir absolu, définitif, mais quelque variété de noir plus clair…vous savez, de celui qui devient enfin perceptible à nos yeux en perdant sa noirceur. Jadis enseignant, face à des jeunes encore ouverts et curieux je tentais parfois une approche des mystères du monde. Ainsi la perspective me permettait d’ébranler les certitudes usuelles en matière d’infini qu’on peut matérialiser avec son crayon et atteindre sans problème avec une règle. Pour l’éternité c’est plus délicat parce que ça échappe à l’approche visuelle. Il m’arrivait donc d’émettre des vérités un peu inattendues. « Non ! le noir n’est pas une couleur, c’est une absence de lumière, donc de couleur. C’est un trou dans la vision. D’ailleurs peut-on voir un trou ? Non, mais ce qui le borde. D’ailleurs il n’y a pas de trou dans le vide… ». Et dans la foule des enfants qui étaient censés m’écouter, il me semble que parfois le message passait. A mon insu bien sûr et sans doute à la leur aussi.

                   Mais la vie est étrange. Elle déploie ses arabesques aléatoires enchevêtrées et ne fonctionne que si rarement en mode linéaire. La traçabilité n’est décidément pas de son goût. Pour nous, pauvres humains qui souhaiterions tant maîtriser notre destin, la leçon peut être salutaire. Nul ne pouvant prévoir vraiment la suite, il ne nous reste plus qu’à être attentifs et vigilants pour voir comment les choses se trament, comment la révolution des lumières va permettre  l’apparition de l’arrogant Napoléon Bonaparte qui en arrivera à s’auto proclamer empereur des français, avant d’être rattrapé par son destin et expédié dans une petite île pour y terminer sa trajectoire de façon beaucoup moins glorieuse.

                   Donc mes élèves m’écoutaient ou faisaient semblant. Comment savoir devant toutes ces frimousses orientées dans la même direction ? Que pouvait-il se cacher derrière ces regards ? Me voyaient-ils ou passaient-ils au travers pour fixer des lendemains qui chantent ? Les prochaines vacances ? La sortie du bahut avec la mob, le casque et la copine ? Quoi d’autre encore ?

                   Et pourtant, bien des années plus tard, retraité depuis deux lustres, il m’arrive d’en rencontrer flânant dans le centre commercial ou attendant à la caisse du Super U, à moins que ce ne soit au coin de la rue ou au hasard des contacts sur internet. Parfois c’est la surprise. Ainsi les plus doués et les plus prometteurs peuvent  être maintenant enlisés dans la routine et regretter le bon vieux temps. D’autres plus obscurs se sont petit à petit révélés et ont maintenant des vues plus vastes. Mais que s’est-il passé depuis vingt ans, trente ans, ou plus… ? Quelles occurrences, chance ou malchance, rencontres éblouissantes et échecs cuisants  ont pu jalonner leur route ? Pourquoi celui-ci est-il devenu jardinier, celle-là caissière à Monoprix, cet autre embarqué à bord d’un sous-marin nucléaire et cette dernière enfin devenue mère de famille, avec des enfants qui ont été ensuite mes élèves et  s’est mise par ailleurs à collectionner mes peintures, alors qu’un autre aussi doué pour les arts est devenu prêtre en Bourgogne ? Plusieurs sont  morts, aussi définitivement et radicalement que la plupart de mes anciens professeurs pour qui c’était beaucoup plus prévisible. Ou moins choquant. Mais la vie n’en a cure, elle suit son bonhomme de chemin sans aucun égard pour nos attentes les plus légitimes. Pas de quartier, place nette pour la suite du feuilleton. Ainsi j’ai vu de près des jeunes ayant apparemment réussi à atteindre leur but et dont le suicide pouvait paraître particulièrement absurde et improbable. Et pourtant…notre folle époque en libérant les mœurs et en permettant ce qui était inconcevable il y a peu encourage toutes les dérives et supprime tous les garde-fous. Qui peut prétendre tout assumer ? Qui a une structure intérieure suffisante, une colonne vertébrale à la fois souple et solide pour se permettre de remettre, en cause la morale traditionnelle, aussi bourgeoise et castratrice qu’elle ait pu être ? Qui est capable de se tenir droit à l’aplomb de ses pieds quand tout est fait pour nous maintenir dans l’infantilisme ? Jetez donc un coup d’œil aux médias. Regardez bien la campagne pour les prochaines élections et les héros qui briguent nos suffrages. C’est assez rigolo. Guignol en permanence et en boucle sur des chaînes spécialisées. Tant qu’à faire, ne lésinons pas.

                   Voilà que je me laisse aller. Sous prétexte de remémoration et de résurgence du passé me voilà amené à me poser des questions sur l’avenir. C’est humain, sans doute. Et c’est tentant.

                   Non, ce n’est pas si grave, la fin du monde est dans moins d’un an. Un nouveau président (ou présidente, excusez moi…) va être élu pour cinq ans.

Le climat continue bêtement à se réchauffer (sauf exception…) et sous peu des puces électroniques greffées dans le cerveau nous libérerons enfin des contraintes insupportables du téléphone portable qui en ayant  bêtement besoin d’être tenu à la main nous empêche de faire autre chose  donc nous fait perdre notre temps. D’ailleurs je sais que celui ci est précieux et je ne voudrais pas vous le faire perdre avec mes divagations et mes questions oiseuses de philosophe à la petite semaine.

 

                                                                          Le Chesnay le 7 février 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère


 

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                                  "Un monde fou" - huile sur toile - 46 x 38 cm

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 08:38

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                                                                              "Le raidillon" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

UNE AFFAIRE QUI MARCHE (suite)

 

 

              Tout passe et tout s’use. Après de longues périodes de déambulation en ville ou dans la campagne bourguignonne, j’ai connu des années de replis plus frileux. Etrangement j’étais devenu esclave de la voiture, fût-elle une modeste 2 CV ou une 4 L strictement de série. Après Versailles j’habitais au Chesnay qui en est la banlieue et donc fort proche. Déjà préoccupé par l’état pléthorique de la circulation urbaine je me rendais à Paris par les trains de banlieue. Le problème était d’atteindre l’une des gares environnantes. Le bus étant aléatoire, pas très direct et parfois bondé, il ne restait que la voiture. Oui mais où la laisser ensuite ? Les abords des gares étant saturés et les grands parkings dûment munis de leurs tickets et autres parcmètres gloutons pas assez conviviaux à mon goût.

              En fait c’était très simple, comme tout un chacun je vivais sur l’idée tenace et incrustée que c’était au-delà du coin de la rue, donc hors de vue, donc lointain, donc inatteignable sans la voiture.

              Et puis un jour, miracle, plusieurs médecins et soignants me conseillent pour diverses raisons de marcher chaque jour. Ah oui ? Mais alors peut-être peut-on mêler l’utile et l’agréable ? Peut-être peut-on atteindre l’horizon sans véhicule ? J’ai donc essayé. Ca marche ! Et ce qui me paraissait infiniment lointain se révèle souvent plus proche, si proche même que je n’ai pas pu m’empêcher de rallonger le parcours, d’essayer des variantes pour finir par explorer systématiquement les environs. Non pas pour vraiment les connaître et en parler, d’ailleurs ça n’intéresse personne, mais pour me livrer à l’errance. Le monde est vaste et beau. Sa variété est infinie. Et si l’on y prête attention les choses les plus banales, la grisaille la plus quotidienne révèlent des abîmes de mystère et d’étrangeté. Seule notre certitude de connaître (ça, je le connais comme ma poche…) nous interdit ce minimum d’attention qui révèle la nouveauté permanente et l’originalité irremplaçable des détails.

              On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. On n’arpente jamais deux fois la même rue, même si elle porte toujours le même nom. Parce que tout change, y compris soi-même et que de toute façon le personnage qui se promène n’est plus celui d’hier, même si la copie semble conforme.

              Hélas, cela peut amener à douter de sa petite personne, du personnage social bien étiqueté et si rassurant pour les autres, alors même qu’il est insupportable à bien des égards. Mon Dieu, si les autres disparaissaient…tous…les odieux, les pisse-vinaigre, les pimbêches, les confits en dévotion et les traîtres, les fourbes, les lâches, les faux jetons…Non ! Pas ça, alors il faut bien que je sois aussi un personnage identifiable qui joue le jeu, qui tient son rôle. Peintre maudit ou poinçonneur des Lilas, peu importe pourvu qu’on me reconnaisse.  En refusant ma diversité, en me coupant les ailes, en me prenant pour…je me ferme au monde, je me sclérose. Déni de réalité. Tant pis pour moi.

              Alors la marche, cheminement, errance, vagabondage, peut y remédier. A condition toutefois de ne pas en faire un sport, un entraînement, une recherche de record. Ou tout bêtement une justification aux yeux des autres qui aimeraient tant pouvoir nous enfermer dans une boîte avec une étiquette : « Ci-gît Machin (Jules Auguste) Bon fils – Bon père – Homme intègre. Paix à son âme »

 

                                                               Le Chesnay le 14 janvier 2012

                                                               Copyright Christian Lepère

 

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                                                    "Lassitude" - huile sur toile - 65 x 54 cm

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 14:22

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                                                                                    "Le renouveau" - huile sur toile - 81 x 65 cm

 

 

        

UNE AFFAIRE QUI MARCHE

 

 

                 Marcher, déambuler, aller par les monts et les plaines, en bref se déplacer. Voilà ce qui m’a toujours été nécessaire. Bougeotte ou besoin d’aller voir ailleurs ? Vérifier que l’herbe est plus verte au-delà de la rivière dans le pré d’à côté ? Pas seulement. D’abord il y a la marche en elle-même. Le simple fait de se mouvoir naturellement avec plus ou moins d’aisance en laissant le monde s’ouvrir devant vous et vous accueillir. Et puis la masse énorme d’informations qui vous comblent à chaque instant. Quand tout va bien, que le corps est dispos, le mollet alerte, le souffle assuré et l’âme sereine c’est tout à fait satisfaisant. Il n’est même pas besoin d’avoir un but.

                 Certains ne se déplacent que si ils ont à faire. Aller chercher le journal, se rendre à la messe ou réapprovisionner la famille en victuailles. Cela reste strictement raisonnable et utilitaire mais n’empêche pas forcément d’élargir la vision et d’y prendre plaisir. Aller à la boulangerie du coin chercher des croissants frais n’est pas une ennuyeuse obligation.

                 Dans ma jeunesse j’ai beaucoup marché. Traversant Paris en long et en large, en droite ligne par les  artères principales dues aux visions autoritaires d’Haussmann, en courbes négociées autour des Buttes Chaumont et parfois en errements labyrinthiques dans les ruelles torses des vieux quartiers de Ménilmontant, de la Bastille ou du Marais.

                 Souvent le soir je revenais du quartier Latin où après quelque séance d’illusion cinématographique je reprenais contact avec l’épaisseur de la ville, sa densité et sa chaleur. Alors quittant ces lieux d’animation nocturne, je remontais par le boulevard de Sébastopol et m’enfonçais progressivement dans le silence de voies plus désertes. Mon pas résonnait sur l’asphalte du trottoir entre les blocs géants d’immeubles endormis. L’atmosphère gagnait en mystère tout ce qu’elle perdait en familiarité rassurante. La ville n’était plus la ville mais redevenait l’énigme des lieux assoupis qui s’engloutissent dans le silence. Naufrage des apparences. Au fond d’un puits une lueur vacille et palpite. Au plus profond de la noirceur nocturne l’aube se profile. Se pourrait-il qu’enfin, sans crier gare, le jour se lève ?

                 Mais l’opacité est grande et nous entoure de toute part. Enfermés dans notre abri anti-atomique, claquemurés dans nos illusions nous refusons de laisser la lumière s’infiltrer et commencer à révéler l’état des lieux. Il est vrai qu’au premier abord le spectacle ne serait pas vraiment exaltant. Un invraisemblable dépôt de souvenirs : situations révolues, paysages figés, êtres chers empaillés ou conservés dans le formol. Tout ce à quoi nous tenons tant. Tous ces instants accumulés, peuplés de vieille brocante. Tout notre cher passé, en somme.

                 Mais je remonte l’avenue de la République en direction du Père Lachaise. Large voie et vastes perspectives, avant de retrouver les petites rues désertes du onzième arrondissement et ma chambre au deuxième étage d’un immeuble bourgeois, solide et plutôt confortable, avec vue sur le square où j’ai tant aimé jouer aux billes et aux osselets en revenant de l’école.

                                                                                                A suivre…

 

                                                                        Le chesnay le 13 janvier 2012

                                                                        Copyright Christian Lepère

 

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                                                            "Pélerinage hélicoïdal" - huile sur toile - 100 x 81 cm

                 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 09:55

 

Erasmy photo Dieuzaide

                                                                                                         Roger Erasmy

 

 

            Le texte suivant a été écrit par Roger Erasmy, écrivain et fervent admirateur 

          de Salvador Dali. In teressé par le propos je lui laisse la parole.

 

                                                       ___________________

 

 

        « Pour ce qui est de FaceBook, je partage votre opinion (voir note en bas). Les "réseaux sociaux"sont l'expression la plus éloquente du vide de notre époque, dominée par l'ignorance, le superficiel et le paraître. Les gadgets de la modernité numérique permettent à des millions de gens insignifiants et bornés

d'exister  enfin à travers des pseudo-échanges sans intérêt. Selon une

enquête américaine, FaceBook a atteint en 2011 mille milliards de pages.

Personnellement, je suis saturé des messages stupides de "faux "amis", qui

envoient des photographies d'eux-mêmes, de leur copine du moment, de leur

chat, des fois de leurs "créations". Horrible ! En France, le phénomène de

la "communication sociale" a connu dans la nuit de la Saint Sylvestre un

nouveau pic de bêtise avec un milliard de SMS envoyés par voie de téléphone

mobile. La génération "Playstation" trouve dans ces nouveaux supports une

manière ludique de couper l'ennui. Embarqués dans ce tourbillon narcissique

encouragé par l'industrie électronique et la publicité médiatique, les ados

du XXIe siècle préparent - dans une large majorité - une société immature en

mal de futilités.

 

La très grave crise économique et financière du moment va très probablement

remettre les choses à leur place en amenant une prise de conscience tardive

des vraies valeurs d'une société en mal d'identité. En attendant de

redécouvrir les fondamentaux, il faudra faire preuve de patience en

subissant les dérives du moment. L'effondrement des bourses pourrait

signifier la fin des marchés spéculatifs du soi-disant "art contemporain".

La nature humaine ayant horreur du vide, la peinture de l'imaginaire est

forcément promise à un resplendissant avenir.

 

Heureusement, l'Art perdure, mis au service de la beauté. La contemplation

des galeries d'Art de votre très beau site Web constitue un immense plaisir.

Tous mes compliments !

 

Votre Blog ne suscite que peu de retours. On peut le regretter. Peut-être le

concept choisi est-il trop philosophique ? Notez que mon blog personnel :

www.dali-visions.dali-code.com fonctionne très bien avec 17.000 à 20.000

visiteurs mensuels, selon les saisons. Les multiples réactions m'ont fait

comprendre que les "clients bloggeurs" s'intéressent surtout à l'œuvre de

Salvador Dali ! Je n'ai que peu de mérite.

 

Le succès des "Héritiers de Dali" au salon Art-en-Capital 2010 nous a amené

beaucoup de sympathies Je croule sous les demandes émanant de peintres

européens assez peu connus. J'ai du mal à gérer +50 artistes, mais je ne

vous oublierai pas. Je joins une information concernant la salon SAFE 2012

du Mont-Dore.

 

                                                         Copyright Roger Erasmy

 

Note de Christian Lepère :        FACEBOOK : Après réflexion je vais discrètement me retirer de Face book. L’aspect instantané et « universel » des réseaux sociaux a quelque chose de fascinant et il ouvre de vastes perspectives. Mais justement celles ci sont tellement vastes que l’on risque de se disperser en y passant le plus clair de son temps. Les aspects négatifs assez nombreux se révèlent  vite. D’abord ce qui est rapide et foisonnant a peu de poids et laisse peu de traces, sauf celles totalement inattendues qui risquent de revenir en boucle au moment le plus inopportun. Par ailleurs ce qui est trop facile nous pousse vers l’improvisation  le démagogique et le n’importe quoi. Toutes ces caractéristiques « contemporaines » m’inspirent de la méfiance. Je considère donc Internet comme un outil extraordinaire mais qui peut favoriser aussi bien le meilleur que le pire. Or le pire est souvent beaucoup plus amusant et excitant.

                 A tout cela nous ne pouvons rien ou si peu. Je préfère donc avoir des contacts plus consistants avec des personnes choisies que j’estime et partager ce qui est important à mes yeux par le moyen de courriels accompagnés de pièces jointes.

          

 

 

Pour en savoir plus sur Roger Erasmy :  Web : www.erasmy-dali.com

                                                                 Blog: www.dali-visions.dali-code.com

 

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 10:24

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                                                                                                                                                          Audessus du Chesnay

 

 

ENFIN LE JOUR SE LEVE

 

 

              Enfin le jour se lève. Un soleil radieux illumine ce beau matin d’hiver anormalement doux. Derrière les immeubles dans le parc de Versailles de vastes allées paisibles mènent au Grand et au Petit Trianon. Tout est calme et serein. Rien ne bouge.

              Il arrive cependant qu’on lève la tête et alors on voit. De toutes les directions des lignes blanches se propagent, se chevauchent, se coupent brutalement selon des angles variés transformant le ciel pur en une composition abstraite quelque peu incongrue en ces lieux. Certaines traînées sont d’une netteté métallique luisantes et acérées, sabrant le vide, tandis que d’autres un peu plus anciennes commencent à s’estomper, à se ramollir avec langueur et dérivent selon des courbes évanescentes avant de se résorber sans laisser de traces. Le spectacle est grandiose, magique et absurde.

              Cependant cette abstraction cosmique, cette création incessante, ce spectacle idiot et gratuit ne sont pas le fruit d’un hasard miraculeux, d’une fantaisie débridée de la nature. Ils sont le fait de notre humanité et de son activité compulsive. Pris d’une frénésie de déplacements, incapables de rester à leur place des gens comme vous et moi sont en train de rallier Mexico ou les Maldives, Hong-Kong ou Zanzibar. Bien calfeutrés dans la boîte métallique volante, sécurisés par une technologie attentive qui leur garanti chaleur et air pressurisé. Ils peuvent faire leurs mots croisés  ou lire les inepties scabreuses de VSD sans problème. A moins qu’ils ne soient immergés dans l’hyper violence d’un western spaghetti embarqué avec eux dans leur ordinateur portable.

              Pour tout le monde tout est normal. Comme d’habitude. Mais l’inconcevable peut se produire à tout moment. Songez qu’il suffit que des idées saugrenues surgissent dans quelque cervelle échauffée. Si celle-ci appartient à un quelconque quidam, ce n’est pas trop grave. Il va se monter le bourrichon tout seul, se faire son cirque et se raconter des histoires qui lui permettront de se remonter le moral et de compenser. Il va refaire le monde. Mais si c’est celle d’un syndicaliste secrétaire de cellule qui mis hors de lui par les dernières mesures prises par la direction, effaré devant la perspective de catastrophe sociale que serait une perte de salaire ou tout au moins une absence de réajustement  sur l’indice des prix à la consommation et qu’il risquerait de voir son pouvoir d’achat se réduire de 0,45 %, alors là ça devient intolérable ! La grève va éclater. Roissy sera paralysé, le journal télévisé investi et sommé de rendre compte. A partir de là les gens vont attendre et attendre encore, avec leurs bagages qu’enfin on daigne les laisser embarquer à bord de leur long courrier, qu’enfin on les laisse s’envoler vers l’azur et planer dans les espaces infinis. C’est qu’ils doivent aller se faire bronzer à Miami  et entretenir des mélanomes qui pourraient faire des cancers dignes d’attention. C’est qu’ils en ont besoin. C’est qu’il faut en profiter en attendant le pire. En attendant d’être rattrapé par la crise, embarqué dans un plan social qui risque de supprimer tous les inutiles. Ceux qui sont trop payés pour pas grand-chose, ceux qui ont vu leur salaire augmenter de seulement 45 % alors que leur patron a été mis à la retraite anticipée avec un parachute doré qui ne lui permettra même pas de changer son vieux yacht obsolète pour un modèle décent où chacun à son jacuzzi personnel avec hydro massage.

              L’injustice est flagrante, elle est universelle. Elle est accablante. Et l’on ne peut s’empêcher de rêver au jour béni où enfin tout le monde pourra bénéficier du progrès. Prendre l’avion quand ça lui plait. Consulter Internet sur son Ipad enfin étanche tout en faisant de la plongée sous-marine et voir de merveilleux poissons sur son écran au lieu d’en être réduit à observer les vrais à travers des lunettes de plongée fort contraignantes.

 

                                                                   Le Chesnay le 16 janvier 2012 

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 09:11

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                                                                                 "Tour de guet" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

VAGUE A L’ÂME

 

                 Paris ville lumière…J’avoue que dans mon enfance je n’étais pas très convaincu. La capitale alors m’apparaissait dans toute sa grisaille, par un jour pluvieux, au fil de rues désertes, noyées de tristesse provinciale.

         Pour moi l’année comportait deux périodes. D’abord celle du labeur quotidien, du devoir impératif et du sérieux inexorable. Je vivais sous le regard vigilant d’un surmoi attentif et contraignant et l’hiver se déroulait à Paris parce

qu’il fallait bien aller à l’école et se plier à la rigidité de ce qui se fait. Pour mes parents, gagner sa vie avec les moyens modestes dont on dispose, accomplir son devoir et supporter vaille que vaille l’ennui et la pollution de la grande ville en attendant les vacances et le grand air de la campagne étaient l’unique horizon concevable.

                 Donc c’était clair la vie était quotidienne et pas très gaie. Mais c’était la vie et en attendant des jours meilleurs et même à un horizon lointain la retraite, il fallait faire avec en rongeant son frein. D’ailleurs le Bon Dieu veillait et nous serions un jour récompensés, à condition d’y croire ou de faire semblant. Le bon élève s’y employait sous l’œil vigilant de  son surmoi attentif et soupçonneux. Donc l’année se déroulait avec des hauts et des bas. Des hauts assez modestes et des bas forts longs constitués d’interminables fins d’après  midi où je macérais  dans des lectures peu adaptées à l’âge qui était le mien selon l’état civil. Soit très au dessus de mes capacités intellectuelles du moment, soit assez bêtement subversives, journaux amusants pour adultes pleins de sexe et de violence, enrobés dans de l’humour pour almanach Vermot et les annonces matrimoniales du Chasseur Français. Ah, j’oubliais « Sélection du Reader Digest » qui abordait de vastes sujets de fond, politiques, philosophiques et même sociaux culturels et qui me permettait de découvrir Theilard de Chardin et les méfaits du communisme, l’horreur nazie et les mystères du sexe expliqués aux bien pensants.

                 Mais j’avais froid à l’âme. Souvent seul dans l’appartement, doté d’une vie intérieure autonome, c'est-à-dire n’ayant pas trop besoin de chiens, de chats et de petits camarades, je pouvais me laisser aller à des rêveries parfois exaltées, mais aussi nostalgiques et débilitantes. Un penchant pour la solitude et l’auto observation ne sont pas les caractéristiques principales d’un bon vivant jovial, comme on les aime dans les cours de récréation ou les repas d’anniversaire.

                 Cependant je n’étais pas rejeté et mes petits camarades les plus turbulents appréciaient aussi le poète  qui se tient à l’écart et observe les choses de loin sans vouloir s’imposer. Un statu quo existait et quelques uns appréciaient même les minéraux rares et les fossiles trouvés à la campagne qu’il m’arrivait d’extraire de mes poches pour enrichir la culture des béotiens en culotte courte.

                 Le reste de l’année se passait à la campagne, bourguignonne et paisible, champêtre et bucolique. Elle correspondait aussi à la saison chaude, aux longues soirées lumineuses et aux débordements de la nature qui verdoie, fleurie et s’épanouit dans les pommiers qui donnent ces pommes aigrelettes dont on faisait du cidre de qualité indécise mais somme toute écologique.

                 J’avoue cependant que vers les dix ans il m’arrivait aussi d’y connaître des périodes de repli. Par les journées embrumées de septembre, quand la nature perdue dans le brouillard se laisse doucement glisser vers un sommeil hivernal et surtout à Pâques ou le froid et l’humidité pouvaient s’attarder plus que de raison, il m’arrivait de ne plus mettre le nez dehors. Calé contre le vieux poêle ou les pieds dans le four de la vieille cuisinière déglinguée et fumante, je tentais de me réchauffer l’âme en me laissant glisser dans des rêveries alimentées par tout ce qui me tombait sous la main. Et là encore ce n’était pas toujours très recommandable : bandes dessinées débiles, polars malsains mais aussi sujets de fond et de haute volée intellectuelle, mais traités par des intégristes fanatiques. Tout cela noyé de sexe et de violence. Enfin tout ce qui provoque l’excitation des neurones et déverse dans le sang adrénaline et autres substances sécrétées par le système glandulaire pour assurer, en principe, la survie biologique dans un milieu naturel hostile.

                 Mais nous ne sommes plus à l’âge des cavernes et les réactions viscérales du cerveau reptilien ne sont plus tout à fait indispensables dans les conditions de vie actuelles.

                 Dieu merci je lisais trop vite et je dévorais sans discernement, papillonnant d’un sujet à l’autre, ne cherchant nullement à approfondir. En fait la lecture était pour moi une sorte de drogue, un stupéfiant qui entretient une excitation mentale désordonnée et permet d’avoir l’impression de dominer le monde ou tout au moins ses représentations symboliques. C’était une façon d’échapper à l’ennui, une évasion hors du réel et une façon de faire la nique au quotidien.

                 En fait tout se passait comme si j’avais à patienter. Le constat était simple et amer : j’ai tout à apprendre et à redécouvrir  et je sens que plus tard j’aurai des choses à dire, mais pour le moment je manque cruellement de moyens et on ne me prend pas au sérieux. Et c’est très injuste. Quand va-t-on enfin reconnaître mes mérites et s’incliner devant mes réalisations exceptionnelles ?

                 Un peu paranoïaque et surtout immensément naïf j’étais comme beaucoup, quoique avec un peu d’avance très sur de mon fait. C’était la pré adolescence, l’âge ambigu où l’on commence à passer du statut d’enfant qui a tout à apprendre et à découvrir à celui d’adulte qui a atteint sa vitesse de croisière. Celui qui croit maîtriser sa vie et pourquoi pas aussi celle des autres…

                 J’étais alors dans les égarements de l’ego qui se ressent comme le centre et le moteur du monde, à vrai dire ce qu’il y a de plus important sur cette terre, le reste n’étant que le décor indispensable au bon déroulement de la pièce.

Je souffrais donc de ne pas être reconnu à ma juste valeur. Doit-on en déduire que j’étais fou ? D’un point de vue logique et rationnel, certainement. Mais après tout pas plus qu’un autre. Mon délire n’était en rien différent de celui de millions d’adolescents qui, de par le monde, passent nécessairement par cette étape. Le seul problème étant qu’ensuite, refusant d’assumer leurs prétentions, ils se mettent à faire profil bas en imitant ce qu’ils croient être des comportements plus sages. Mais ne faut-il, pas mettre de l’eau dans son vin pour se faire accepter par ses semblables ? La paranoïa qui est amusante chez Salvador Dali et entraîne l’enthousiasme fanatique pour idolâtrer Hitler ou le Petit Père des Peuples, devient carrément insupportable de la part d’un surnuméraire au service des impôts ou d’un modeste enseignant du second cycle n’ayant pas dépassé le niveau licence pour oser envisager l’agrégation dont il n’a que faire.

                 Mais foin de toutes ces considérations. Le retraité de l’Education Nationale que je suis devenu, avec satisfaction je dois l’avouer ne regrette pas son cher passé  et commence à envisager l’éternel présent avec sérénité.

 

                                                                   Le Chesnay le 10 janvier 2012

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

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                                   "Souvenirs" - huile sur toile - 61 x 50 cm

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 12:32

 

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                                                                    "Sur la lande fleurie" - huile sur panneau - 46 x 38 cm

 

 

COUPLE IDEAL

 

 

                   Il s’appelait Jean-Paul. Elle s’appelait Noémie. Ils se connaissaient depuis toujours. Voisins de palier, puis élèves dans la même école, poursuivant leurs études côte à côte et passant le bac la même année pour accéder enfin aux études supérieures.

                   Voilà qu’on vient de leur offrir à chacun un ordinateur pour Noël. Et il se trouve que c’est le même, de la même marque, du même modèle et pourvu des mêmes perfectionnements  ultra sophistiqués avec lecteur de dvd dual double-layer, wireless protocols compliant, compréhensive multi-média suite et user-friendly control centre. Le top du top. Enfin  pas pour longtemps…

                   Ils commencent donc à s’en servir et devraient en tirer à peu près les mêmes résultats époustouflants. Mais le destin veille qui va rompre cette belle harmonie dans les meilleurs délais.

                   D’abord ils découvrent la machine, son maniement de base et ses subtilités électroniques, les sautes d’humeur de la souris et l’imprévisibilité du double clic. Déjà leur façon d’explorer le système et de se l’approprier n’est plus semblable. Ils hésitent, procèdent par tâtonnement, commettent des erreurs, mais tant qu’ils échangent des informations ils se réajustent et maintiennent le cap. A deux on s’épaule et on se réconforte.

                   Très vite ils constatent qu’on leur a fait don d’un matériel évolutif dont les lacunes techniques peuvent être complétées. Les logiciels de base sans doute d’excellente qualité révèlent leurs limites. Des extensions compatibles aussi bien avec Microsoft qu’avec Mac  dont ils pourront télécharger les compléments vont venir heureusement y remédier.

                   Maintenant les voilà équipés et prêts à écrire leurs mémoires avec le traitement de texte, à fixer leurs souvenirs en des photos numérisées au nombre de pixels dépassant leurs plus folles espérances. Comme en plus ils ont Photoshop qui permet de palier aux imperfections de prise de vue à la volée, ils vont pouvoir fabriquer des images dignes des fantasmes de leurs prétentions égotiques les plus légitimes. Au moins ils ne risquent pas d’apparaître sous un jour peu favorable. Finis les yeux rougis par le flash, les effets de perspective grotesques du zoom qui vous font un gros nez et mettent en valeur les plus infimes détails : petits poils érigés, acné de la jeunesse, cernes accentués par un mauvais réglage du contraste. Enfin on peut se voir avec les yeux du retoucheur professionnel. Enfin on peut ne plus envisager l’implant de prothèses mammaires à la silicone industrielle. Un discret remodelage  avec l’outil « fluidité » et voilà qu « Image Ready » vous permet d’avoir la poitrine de rêve à laquelle votre naissance à cette époque de progrès devrait vous donner droit automatiquement. Et c’est instantané. Et vrai puisque la photo le prouve.

                   Pour Jean-Paul c’est un peu différent mais le principe reste le même. Simplement il aura plutôt tendance à accentuer les contrastes et à durcir les traits pour affirmer sa virilité.

                   Revenons en à l’harmonie idyllique du départ. Tout être humain se ressent en gros comme normal à part certaines particularités jugées regrettables comme d’être borgne ou affligé d’une maladie génétique rare. Mais enfin pour le reste chacun se considère comme normal. De là à se dire que ceux qui ne sont pas comme moi ne le sont pas tout à fait, il n’y a qu’un pas que l’on franchit avec naturel sans même s’en rendre compte. C’est aussi vrai pour les groupes et pour les peuples, évidemment. Si les Français sont normaux, comment les Anglais ou les Italiens pourraient-ils l’être ? Sans même parler des Aborigènes ou des Zoulous qui, étant des sauvages, sont (Dieu merci) sans aucune ressemblance avec nous.

                   Donc nous sommes normaux et logiquement les autres devraient avoir les mêmes vues que nous sur le monde. Or, et c’est là que tout se complique, Jean-Paul et Noémie tout en étant normaux se révèlent différents. Bien sûr les inévitables différences liées au sexe sont évidentes. Un petit chromosome x ou y en plus ou en moins (à vérifier) et le tour est joué, nous voilà orientés vers un rôle biologique précis. Cependant la nature a parfois des hésitations, des balbutiements et amène certains à avoir des doutes fort gênants sur leur identité.

                   Dieu soit loué la chirurgie a fait des progrès, certains disent même des miracles et avec quelques injections d’hormones, d’habiles interventions d’as du bistouri, peut-être même un jour ou l’autre des greffes d’organes…on va enfin pouvoir signifier à la nature qu’elle s’est trompée et rétablir ce que le bon sens exige. Nous n’en sommes pas bien loin et rassurez vous on progresse.

                   Donc Jean-Paul est un homme et Noémie une femme. Comme ils sont de vieux amis, sans plus, il leur reste à trouver leur complément biologique naturel dans une autre direction. Et revoilà l’ordinateur providentiel. Pour une somme modique bien que mensuelle et répétitive, ils peuvent se brancher sur internet. Et le monde se déploie sous leurs yeux.

                   Nous vivons dans un monde imparfait, mais qui ne cesse de s’améliorer. Ainsi les âmes en peine de chaque sexe ont enfin la chance de pouvoir combler leur manque biologique de base. Finies les annonces vieillottes du «  Chasseur Français » même si la formule magique du « …et plus si affinités…) pouvait éveiller les espoirs les plus légitimes. Maintenant tout est sous contrôle  et maîtrisé avec l’aide des derniers acquis des sciences humaines de pointe. Avec l’étude comparative (et exhaustive) des paramètres des thèmes planétaire, l’astrologie scientifique grâce aux simulations aléatoires et aux calculs anticipés des conjonctions  et des influences planétaires va enfin pouvoir vous faire entrer dans une normalité prévisionnelle  et rendre compte de votre avenir probable, voire certain. Laissez vous faire, votre fiche est prête et si on la compare avec toutes les autres de l’autre sexe nul doute qu’on ne déniche au plus vite ce qu’il vous faut impérativement puisque la nature l’exige. En tout cas cela élimine tout risque d’erreur. Et si par malheur vous êtes amené à vous séparer  de l’élue ou de l’élu au bout de six mois, c’est que d’autres facteurs totalement non maîtrisables seront venus s’immiscer, tels que le temps qu’il fait, la mort de Ben Laden ou le résultat des primaires socialistes. Le monde est vaste et cruel et ne tient pas toujours compte de nos aspirations les plus légitimes. Donc avec l’aide de clubs de rencontre employant des méthodes d’une rigueur scientifique mais non dénuées de chaleur humaine et de compréhension attentive vous allez certainement trouver l’âme sœur idéale au moins pour les trois mois suivants, en attendant de partir au ski.

 

                                                                     Le Chesnay le 1 janvier 2012

                                                                     Copyright Christian Lepère

 

 

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                            "Chevaux de bois" - huile sur panneau - 46 x 38 cm                        

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 12:46

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                                                                       "Créature chimérique" - huile sur toile - 46 x 38 cm 

 

 

RIEN C’EST RIEN

 

                 Avant il n’y avait rien. Et tout à coup l’improbable, l’inédit survient. Le Big Bang éclate, surgissement insensé. Le monde commence à se déployer.

                 La vision est grandiose, dantesque et à ce jour avérée, au moins au yeux d’éminents spécialistes qui se congratulent en se tapant dans le dos, fiers de leurs prix Nobel et de la confiance de leurs semblables.

                 Admettons qu’ils ont raison. Accordons leur la reconnaissance qu’un vain peuple peu informé éprouve pour ceux qui révèlent le fond des choses et dévoilent les mystères insondables.

                 Donc Big Bang il y a eu. Oui, mais avant ? Avant diront certains toujours prêts à douter et à ratiociner, à refroidir les enthousiasmes les plus légitimes ? Avant ? Avant quoi, au fait ? Eh bien avant… Avant l’explosion, logiquement il y a eu compression. Cela tombe sous le sens. A moins de croire aux miracles, ce qui n’est ni logique, ni rationnel et nous ramène bien des lustres en arrière. Au bon vieux temps de l’opium des peuples. Mais la recherche était là, elle a progressé et à coup de microscopes électroniques et de  cyclotrons de plus en plus performants voila que les particules élémentaires, mais peut-être pas si élémentaires que ça, se sont mises à tourbillonner sous nos yeux effarés.

                 Restait à trouver une explication. Car si la science observe et scrute de plus en plus attentivement et avec une efficacité sans cesse accrue, elle omet soigneusement de répondre à la question du « pourquoi ». Ce n’est pas qu’elle y voit malice ou qu’elle s’esquive, mais elle subit les limites logiques de sa démarche. Pouvant de mieux en mieux nous dire comment les choses se passent, et souvent avec une finesse d’observation admirable, elle n’en bute pas moins sur le mystère absolu : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » (J’avoue ne plus savoir de qui est cette pensée, mais elle m’a toujours accablé par son évidence et je ne m’en suis jamais remis.)

                 Bien sûr les scientifiques purs et durs ont toujours évité la question et même un prix Nobel aussi éminent que Jacques Monod n’a pas hésité à tout expliquer par le « Hasard » en y ajoutant il est vrai, par mesure de prudence, la « Nécessité ». Sans doute a-t-il à cette heure réintégré le néant dont il était convaincu d’avoir surgi. Par hasard évidemment.

                 Alors,  paix à son âme. En attendant faisons la fête car une Nouvelle Année 2012 pleine de promesses délicieuses nous attend avec impatience au détour des jours qui passent.

 

                                                             Le Chesnay le 27 décembre 2011

                                                             Copyright Christian Lepère

 

 

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                                            "Les coulisses" - huile sur toile - 81 x 60 cm

                

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 13:00

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TRACES DE MEMOIRE

 

      J’ai six ans et je ferme les yeux. La balançoire m’entraîne dans son mouvement alternatif, ample et puissant. De l’ombre à la lumière, de la lumière à l’ombre mes paupières laissent filtrer des lueurs. Rouge sang s’éclaircissant côté soleil. Douceur fruitée pour l’ombre. Tout est simple et l’instant éternel. Le monde n’est qu’un immense cœur qui bat, palpitant d’allégresse.

      Des lettres d’argent ciselées sur fond violet, de ce violet mystique où l’âme s’engloutit. Les lettres forment des mots : « Regrets…ses amis… ». Les roues du corbillard cahotent dans les ornières et la pluie s’obstine. Derrière, les autres sont tristes.

      De longs nuages rosés frangés d’or et de nacre dérivent lentement vers l’ouest et le couchant. Vers les pays d’ailleurs. La gloire du soleil sombrant les accueille. Ils sont légions et l’univers s’embrase.

      C’était il y a bien longtemps. C’était ici, c’était ailleurs et le monde rayonnait son mystère.

 

                                                           le Chesnay - mars 2004

 

                                                                                                 copyright Christian Lepère               

 

 

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 08:05

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                                                                  'Accident ferroviaire" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

DRAME EN LIEU CLOS

 

 

              Avec un léger grincement la grille de protection palière coulissa. Alors il ouvrit la porte. L’ascenseur n’était pas vide. Blême, une main au bout d’un bras s’était brusquement rabattue comme un diable surgit d’une boîte. Les doigts repliés semblaient crispés en une ultime protestation. Son regard remonta, suivit la ligne brisée du bras, puis l’épaule. C’est alors qu’il vit dans son entier le corps recroquevillé, tassé dans l’espace exigu.

              « Mon Dieu » s’exclama-t-il d’une voix sourde. Car rien ne l’avait préparé à semblable occurrence.

              Comme chaque matin il s’était levé, avait enfilé ses chaussettes et un peu barbouillé  s’était rendu à la salle de bain. Jusque là tout était normal. Un bon bol de café au lait, quelques tartines beurrées avec un peu de confiture de fraise lui avaient fourni les calories nécessaires. Son capital énergétique reconstitué il pouvait vaquer comme d’habitude. Tout était normal. La vie quotidienne l’attendait pour son planning habituel.

              Alors pourquoi fallait-il que cela lui arrive à lui ? A lui Qui n’avait rien fait. A lui qui payait ses impôts et même ses contraventions pour stationnement illicite sans rechigner. Enfin pourquoi ?

              Il se pencha. Le visage du mort était mal rasé. Les yeux mi-clos voilaient en partie des pupilles glauques, un regard déserté par la vie. Avec répugnance il repoussa le corps peu encombrant de par sa corpulence réduite. Et lui-même, tassé dans un coin il parvint à cohabiter. Le mort était discret, anonyme et en fait sans histoire. Mais quand même il était là. Et ce n’était pas normal. Que faire ? Alerter la police ? Aller au bureau comme d’habitude en prenant le métro à Barbès ? A moins qu’aller à Pigalle à pied lui permette de reprendre ses esprits dans l’air frais du matin.

              D’abord, quelqu’un l’avait-il vu ? Devenait-il un témoin dont les dires figureraient dans quelque rapport officiel classé dans un dossier ultra confidentiel ? Et ne serait-il pas soupçonné ? De quoi au fait ? Car le crime n’était qu’une vague supposition. Peut-être l’inconnu avait-il eu une simple crise, un arrêt du cœur banal quoique fatal ? Mais allez donc savoir…La prudence s’imposait. D’abord ne toucher à rien, ensuite n’en parler à personne. Puis faire comme si de rien n’était.

              Avec un peu de chance, personne n’ayant rien remarqué il pourrait sortir de l’immeuble et tourner à gauche pour remonter la rue Lepic en se dirigeant vers le Sacré-Cœur. Et là dans l’ambiance feutrée du saint lieu il pourrait se recueillir et prier la divine providence.

              Au vu de cette perspective il se sentit mieux. Et dans une vague de soulagement temporaire mais appréciable, il se dit qu’après tout la vie était belle et méritait d’être vécue.

              C’est ainsi que sa journée passa, que sa vie se poursuivit et que son destin continua à le guider. Mais maintenant, en plus il sait de façon patente et prouvée qu’après tout le pire n’est jamais certain.

 

                                                         La Brosse Conge le 4 novembre 2011

                                                         Copyright Christian Lepère

 

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                                 "Voyageur au soleil couchant" - huile sur toile - 46 x 38 cm

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