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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 09:03

224 Dans l'azur éperdu 73 x 60 cm-copie-1

                    "Dans l'azur éperdu" - huile sur toile - 73 x 60 cm- 1993

 

Dans l’azur éperdu

Paralleles

            Il est six heures trente. Assis sur mon tapis je contemple le ciel. En face un grand peuplier cache à moitié les immeubles de la résidence. Au-delà le soleil se lève et illumine un bel azur. La journée va être chaude.

            Déjà de multiples lignes blanches sillonnent en tout sens l’atmosphère. Deux d’entre elles se font la course. Leurs trajectoires sont impeccables. Leur coordination irréprochable. Mais je me méfie, je ne connais que trop les illusions de la perspective. A cette distance il est fort possible que les lignes divergent et que l’un des Boeing soit plus rapide, mais aussi plus éloigné. Ca n’est pas pour rien qu’aux courses on départage les chevaux sur photo. Il est tellement facile d’être leurré par les apparences, surtout lorsqu’on a de légitimes intérêts à défendre. La méprise est possible, heureusement d’ailleurs car si je me fie à ce que je vois deux autres trajectoires se dirigent résolument l’une vers l’autre. Le choc, frontal, va être abominable, dantesque. Swissair contre Lufthansa ! Enfin un beau drame en direct ! Et je pourrais même dire que j’y étais, que j’ai assisté impuissant au choc fatal. Ah, si j’avais un portable pour pouvoir témoigner et vendre les images à Paris Match…On peut rêver…Mais non, déception ! Les deux lignes se rencontrent, se confondent puis continuent leur vol dans la plus totale indifférence.

            Autour c’est un ballet incessant. J’use de ce mot parce que les lignes droites se transforment souvent en courbes gracieuses aussi légères que celles des patineurs mais plus utilitaires. A cours de carburant des jets vont faire escale ou échanger un lot de chinois de Hong Kong contre une cargaison de gabonais venus des Maldives. Mais le spectacle, gratuit pour des yeux d’esthète est aussi enivrant que les évolutions des surfeurs sur la côte landaise et tellement plus utile.

            Pendant ce temps la petite sonde Curiosity poursuit sa mission avec vaillance. Malgré son poids modeste et son absence de prétention égotique, bien qu’elle soit en partie française, elle continue d’investiguer et de nous transmettre sans attente des informations vitales sur la planète rouge. Vitales ? Oui j’ai bien dit vitales puisque à partir des données on va peut-être enfin savoir si il y a eu de la vie sur Mars. Ne soyons pas naïfs, on sait bien que pour les petits hommes verts il n’y a plus d’espoir. C’était une illusion. Mais sait-on jamais ? Si on ne les avait pas trouvés parce qu’ils sont en réalité bleus ou même noirs ? Voilà qui ferait plaisir à Obama ! Et chagrinerait ses opposants.

            Triomphe de la science et menace pour l’humanité sont en train de cohabiter et de se chamailler comme des enfants turbulents. Pourtant on le sait bien : la pollution est exponentielle, le climat se réchauffe (hier je suis revenu des courses au Super U en sueur, c’est vous dire !) du pôle à l’Himalaya les glaces fondent sans se soucier du niveau des océans, des régions entières de l’Asie du Sud Est, inondées depuis toujours à la fin de la mousson sont en train de battre des records historiques de sauvagerie malveillante. Mais les politiques ne veulent pas l’entendre de cette oreille. Dans l’immédiat une seule solution s’impose. On n’a pas le choix, il faut que la croissance redémarre à tout prix. Sinon les syndicats et le Cac 40 vont nous faire les gros yeux et même de vertueuses agences de notation vont nous clouer au pilori. Honte à nous ! Shame on you ! Et nous ne voulons pas finir comme ce malheureux Strauss Kahn ! Ca non ! Alors Angela et François s’en occupent. D’ailleurs l’opposition saurait bien les y contraindre si ils manifestaient le moindre doute.

            Ainsi va la planète : surpopulée, exploitée, mise à sac avec acharnement elle semble bien mal partie. Et pourtant toutes sortes d’événements nous ont montré qu’elle finit toujours par réagir. Brutalement il est vrai. Comme si elle voulait nous signifier que trop c’est trop et que l’arrogante espèce humaine qui la colonise devrait comprendre enfin que « le mieux est l’ennemi du bien » et que le progrès matériel finira toujours, à son heure, par être compensé, équilibré par un autre progrès un peu plus subtil mais beaucoup moins unilatéral pour qu’enfin tout rentre dans l’ordre (cosmique, évidemment…).

            Mais serons-nous toujours là pour le voir ?

 

                                                                       Le Chesnay le 21 août 2012

                                                                       Copyright Christian Lepère

 

   COURSE

 

 

PROCHAIN SUJET

 

              Je sais, c’est un peu tard pour parler des J.O. de Londres. Mais l’importance planétaire du sujet mérite que je l’aborde. Vous pourrez donc lire en ces lieux et place : « L’essentiel est de participer »

 

                          Portez vous bien en attendant              

                                                              Le plumitif de service

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 07:04

A00

 

LA GROTTE

  

              C’était il y a longtemps. Aimablement on m’avait offert des pierres plates, sortes de dalles naturelles qu’on trouve dans les champs labourés, sur les plateaux dans la région d’Auxerre. Plates et d’épaisseur moyenne elles étaient excellentes pour réaliser des allées ou une terrasse. J’optai pour les allées car le jardin en avait besoin. Je me mis donc au travail et petit à petit je commençai à élever de petits murs en ajoutant des pierres plus massives. Je passai ensuite à des murs plus conséquents, d’abord pleins puis comportant des ouvertures. Avec un cintre en bois on peut même faire une voûte. Et pourquoi pas un pont ? Ce qui fut fait. Entre temps j’avais construit un bassin hors-sol, surplombé par des arches. L’eau y coulait et des petits poissons s’y ébattaient gaiement.

              Mais si l’homme propose, il est fréquent en revanche qu’il ne dispose pas. Ainsi l’année suivante le bassin s’est mis à fuir et malgré diverses tentatives de colmatage rien n’a pu arrêter le processus d’assèchement. C’est ainsi que le bassin est devenu une sorte de bac à fleurs pour les ronces et les orties. Un paradis pour les escargots et l’enfer pour qui veut contraindre la nature à respecter ses souhaits.

    A0.gif

              Le temps a continué de s’écouler comme d’habitude. Bien des années plus tard l’idée m’est venue de transformer cet endroit en grotte artificielle, comme à Versailles ou dans un château de Louis II de Bavière. Excusez du peu mais le projet restait modeste. Il m’a fallu d’abord détruire pour ménager une entrée permettant d’accéder à cet espace ouvert vers le haut qui allait devenir couvert et obscur. A nouveau des cintres en bois puis des armatures en ferraille et du grillage m’ont permis de maîtriser la pesanteur naturelle des pierres. Et puis de façon toute naturelle le projet a pris forme et importance dans l’improvisation la plus complète. Des escaliers se sont révélés nécessaires pour accéder à la petite terrasse qui domine le jardin. Des creux sont apparus où il était possible de planter ensuite des fleurs, par exemple des œillets d’Inde dont les teintes chaudes animent agréablement cet ensemble un peu rustique. Enfin, dernièrement, de lieu de passage l’endroit s’est transformé en cul-de-sac plus ou moins assombri et un peu plus frais en été. Il ne reste maintenant plus qu’à fignoler et à décorer. Des terres cuites émaillées vont donc être installées progressivement. Puis on avisera.

       A1

              Voilà où j’en étais il y a peu. Mais le destin veillait et ne voulait pas me permettre d’en finir aussi vite. D’ailleurs on sait bien où mène l’oisiveté…Il s’est donc arrangé pour nous forcer à réintégrer la région parisienne au lieu de couler des jours paisibles en Bourgogne en attendant la rentrée.

              Donc nous en sommes là. Et je ne peux conclure qu’en disant : à suivre…Si Dieu le veut ! Et si le diable n’y voit pas préjudice pour ses intérêts !

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              Après avoir jeté tout ça sur la feuille blanche j’ai été me reposer. Le lendemain je suis frais et dispos mais  habité par une interrogation. A quoi suis-je donc en train de jouer ? Faire des allées, creuser un bassin, construire un pont, voilà qui est positif. En grandissant l’enfant prend possession du monde. Après son petit nid douillet où rien ne l’inquiète il commence à explorer les alentours puis, résolument, se dirige vers l’horizon qui recule sans cesse. En même temps il commence à s’assurer un territoire, un chez soi où il sera peinard. Et bien sûr il veut laisser sa trace et prouver qu’il a vécu. Comme Louis quatorze ou comme n’importe quel retraité du gaz dont la modeste villa « Ca m’suffit » domine l’étendue marine du haut du monticule qui jouxte son petit bourg normand. Mais le temps le traque et il sait bien que tout est provisoire, cyclique et impermanent comme disait le Bouddha…Comme le constate un dicton sans doute moderne et joyeusement pessimiste : « La vie est une maladie sexuellement transmissible dont l’issue est toujours fatale ».

     A3.gif

              Alors ne serait-ce pas un symbole digne des archétypes de Carl Gustav Jung que ce retour à la matrice, à l’espace clos et accueillant de la grotte ? A ce havre de paix un peu sombre où l’on jouit d’un repos bien mérité avant de retourner  se jeter à nouveau dans la bataille ?

              A toi de voir mon semblable, mon frère (pardon ma sœur ce n’est pas machiste…). A toi de voir où tu en es. D’ailleurs j’aimerais bien savoir ce qui se passe dans la tête de l’autre. Après tout il est peut-être comme moi.

 

                                                             Le Chesnay le 7 août 2012

                                                             Copyright Christian Lepère


                                            A4.jpg

 

 

LA SUITE

      

              L’article prévu pour la prochaine fois portera sur un fait contemporain et portera ce titre : « Dans l’azur éperdu ». Il  se demandera : « pour qui sont ces avions qui sifflent sur nos têtes ? » et en tirera des conclusions modestes mais définitives.

                                          Ainsi vous serez prévenus…Alors à bientôt


                                       Adresse du site officiel

link 

 

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 07:19

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                                                           "Visite guidée" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2003

 

 

AVERTISSEMENT

Le document suivant ne va pas intéresser tout le monde

Mais au moins

ceux qui ont fréquenté l’ecole

(En tant qu’élève ou en tant qu’enseignant)

et à qui

L’ART CONTEMPORAIN

donne de l’urticaire

 

 

 

 

RAPPORT D’INSPECTION

Madame Meyer Inspectrice Pédagogique Régionale

Le 11 mai 1982

 

         Avec 21 élèves de 5em Monsieur Lepère conduisait un exercice au crayon, sur le thème « Le monde et l’industrie ».

         Très méthodologiquement la procédure de travail était exposée. Dans un cadre de 1 ou 2 cm du bord de la feuille, on inscrivait la mise en place au crayon :

               -     Les bâtiments assez simples.                                                                       

On pouvait ajouter des éléments mobiles : véhicules etc…

Puis des objets plus petits et si l’on jugeait bon, des personnages.

Afin de mieux préciser ce qu’il était souhaitable de faire, le professeur avait réalisé le travail et le montrait aux élèves : une vue frontale de dock et autres éléments industriels avec un camion au premier plan.

         Cette étude ainsi que des documents photographiques étaient accrochés au tableau pendant la séance et les élèves avaient le droit de puiser des informations dans leur livre de géographie.

         Lorsque la mise en place serait terminée on aborderait à la séance suivante les valeurs au crayon et dans une 3eme heure le problème de couleurs aquarellées. Pendant que les élèves se sont mis en place avec de nombreux rappels au silence, Mr Lepère a relevé les exercices de la semaine précédente « travaux d’application d’une perspective cavalière ».

 

         La pédagogie de Mr Lepère basée sur l’acquisition des moyens, le soucis de réinstaurer la concentration et le savoir-faire est cohérente dans les objectifs qu’elle sous-tend et la directivité du travail rend opérationnelle l’action mise en œuvre. Tout est pensé, prévu et gradué. Les exigences techniques sont assez clairement imposées pour que les résultats soient sinon gratifiants, au moins dans la ligne du projet de l’enseignant.

         Si l’on peut apprécier la stricte méthodologie d’une pédagogie directive on est en droit de s’interroger sur l’opportunité d’une telle procédure dans le cadre d’une discipline d’Eveil où les objectifs tendent justement à élargir la capacité de libre choix de l’élève et la divergence des productions dans des démarches expérimentales et d’investigation. Ces démarches visent à mettre en évidence les potentialités sensibles de l’adolescent et le « vécu » dans ce projet a au moins autant d’importance que le résultat. Mr Lepère extrêmement soucieux de la formation de ses élèves réalise avec eux des travaux élaborés, mais on aimerait le voir délaisser le souci du « référent ». Qu’il soit personnel ou culturel, celui- reste toujours « normatif » et restrictif. Il serait souhaitable que le professeur laisse un peu le registre des acquisitions et polarise son action sur des objectifs plus conformes aux projets éducatifs actuels. On peut aussi conseiller à Mr Lepère d’ouvrir sa pédagogie aux problèmes contemporains posés par l’Image et ses mécanismes. Qu’il s’agisse de publicité, de télé, de B.D., un éducateur, à fortiori un plasticien, ne peut ignorer ce fait contemporain même si il garde le droit de le déplorer.

         C’est en dominant ce qui fait partie intégrante de la vie des adolescents que l’on peut, non seulement provoquer la motivation et l’intérêt de ceux-ci pour l’Ecole mais, mieux encore, les aider à maîtriser un fait de société et à ne pas être submergé par lui.

         Mr Lepère trouverait intérêt à suivre l’an prochain les séances de formation continue qui se tiendront dans l’Académie de Versailles , le jeudi matin. Par des échanges avec ses collègues et des informations sur « les pédagogies » appliquées aux Arts Plastiques ; il pourrait élargir sa pratique et mesurer mieux ce qui, pour l’instant, rend son enseignement limité.

 

Commentaire de ce jour : 20 août 2012

           

         Tout va bien ! L’Inspectrice est dans son rôle. Elle fait remarquer très justement à Mr Lepère qu’il pourrait améliorer son enseignement. Ce dont il est certainement tout a fait conscient. Cependant il a un doute. Il hésite. Et il ne se rend pas aux réunions d’information qu’on lui propose et dont des collègues lui parlent.

         Puis le temps passe. Il côtoie de nouveaux collègues formés à la pédagogie nouvelle. Ce sont des manipulateurs de concepts. Ils ne savent pas dessiner (on ne leur a pas appris…). Et leur optique est parfois un peu inquiétante. Ainsi un jeune, père d’une ancienne élève de Mr Lepère qui lui explique avec conviction que l’art n’est surtout pas fait pour plaire mais pour provoquer. Si une œuvre d’art ne vous met pas mal à l’aise en vous inquiétant elle est nulle et non avenue. Inutile. Donc on confie à ce nouveau collègue non encore titularisé la noble mission d’épanouir la jeunesse.

                                                                                             A suivre…

 

SUITE en AVRIL 1994

 

         L’Académie de Versailles, soucieuse d’aider les enseignants leur fait parvenir des bulletins d’information.

         Voici des extraits du numéro 3 de Mai 1994

Dans le cadre de leur formation, l’Inspection a réuni des stagiaires pour une journée. On leur a donné des consignes et fourni tout un bric à brac pour réaliser leurs projets, puis on leur a demandé de juger d’un œil critique les divers résultats, y compris le leur.

 

DOCUMENT 1

 

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DOCUMENT 2

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DOCUMENT 3

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DOCUMENT 4

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         Aujourd’hui, 20 août 2012, totalement dépassé et maladivement incapable d’expliciter les concepts, je lance un appel au secours. C’est une bouteille jetée à la mer…

Eclairez moi par pitié

Je ne veux pas mourir idiot !

                                                                                Christian Lepère retraité

 

                                    ____________________________

 

EN PREVISION

 

             Après hésitation le prochain article ne s’intitulera pas : « Y a-t-il une vie avant la mort ? » et traitera d’un sujet sans aucun rapport. Il sera montré comment l’auteur cédant à ses folles pulsions s’est lancé sur les traces du Facteur Cheval sans parvenir à le rejoindre.

 

                                                                              

A bientôt !

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 09:40

110-Correspondance

                                                          "Correspondance" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1971

 

 

Avertissement

 

         Chose promise, chose due. Le prochain chapitre, numéro 102 devant traiter d’un sujet bien précis, un rapport d’inspection datant de 1982,  paraîtra comme prévu. Mais l’actualité, sans me demander mon avis, m’a amené à écrire un 101 bis pour rendre compte d’un épisode de mon quotidien qui ne peut attendre sans perdre de son actualité.

 

Le voici donc.

 

«Transports en commun »

 

            En ce matin du 17 août 2012 je me dirige joyeusement vers la gare Rive Droite de Versailles. Je viens de quitter mon domicile et comme d’habitude j’ai prévu mes horaires : Une demi- heure pour atteindre la gare, un train à 11 heures 35. Un itinéraire que je connais par cœur.  Ensuite c’est la gare St Lazare et après un petit intermède souterrain  le métro va me débarquer à Montparnasse, là où j’ai rendez- vous avec un vieil ami. Nous ne nous sommes pas vus depuis un certain temps et nous allons pouvoir refaire le monde avec enthousiasme à la terrasse d’une brasserie. Fustigeant les méchants et tressant des couronnes à ceux qui nous sont sympathiques. C’est une façon de passer le temps qui ne coûte rien, ou si peu, et qui permet de faire le point avant la rentrée.

 

« Le ciel est bleu, la route est large

Et le clairon sonne la charge ! »

 

            La vie est belle quoique un peu chaude. Fièrement dressée dans son style noble et classique la gare Rive Droite m’accueille. Ah ! Les distributeurs automatiques de tickets refusent les billets, ils n’acceptent que la monnaie. Pas grave ! Une personne humaine, quand même planquée derrière une vitre, va faire le nécessaire. Puis l’escalator me hisse jusqu’au tourniquet où je peux composter mon billet. Le train est là à quelques mètres.

            Une petite sonnerie discrète, les portes se ferment sans hâte et le train démarre paresseusement…Raté ! Je suis là les bras ballants mais la cervelle est active. Voyons voir…Le prochain train dans une demi-heure ? Ou une demi-heure à pied pour aller chercher ma voiture ? Suis-je bête, il y a des taxis devant la gare. Je ressors donc. La place est ensoleillée et agréablement vide. La station de taxi aussi hélas ! Des passants questionnés avec insistance avouent qu’ils ne savent pas et la brasserie à côté est fermée pour cause de mois d’août. Il y a bien des arrêts de bus à proximité, mais les lignes d’intérêt local vont refuser de m’aider à atteindre la capitale. Leur ambition est beaucoup plus limitée. Elles ne dépasseront pas Ville d’Avray.                     

            Une idée germe dans mon esprit. L’autre gare, Versailles Rive Gauche est à dix minutes en marchant d’un pas décidé. Je vais l’atteindre et là pas de problème. C’est la principale voie d’accès des touristes qui de Paris viennent à Versailles voir le château. Des Espagnols, des Allemands, des Anglais perdus au sein de la multitude japonaise se déversent de la gare et vont soit à pied, soit en bus atteindre la splendeur du Grand Siècle.

            Hélas ! Trois fois hélas ! A ma grande honte je constate que ce lieu que je fréquente depuis quarante cinq ans, que j’ai parcouru à pied, de jour comme de nuit des centaines de fois est dénué de stations de taxis. Tout au long de la vaste avenue, ni à droite ni à gauche. Peut-être derrière la station routière ? Apparemment pas. Un s.d.f. à qui je ne demande rien répond à la place d’un autre que j’ai sollicité. « Si !Si ! Taxis ! Là bas …Là bas… » Et de me désigner la direction d’où je viens. Je passe outre et j’achète mon billet. Ah oui …sur ce parcours les trains circulent avec une lenteur digne du Grand Siècle. Pas d’affolement. Les démarrages sont lents, la progression circonspecte et l’on s’arrête prudemment à toutes les stations. Au loin la capitale où le rythme sera celui d’un honnête métro, sans plus.

            Je vais vous épargner la suite. Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Sachez cependant que j’ai retrouvé mon ami et que nous avons pu refaire le monde en abordant les questions essentielles. Mais c’est encore les vacances et je ne voudrais pas vous importuner avec des sujets sérieux. Simplement prenons date, ce sera pour plus tard.

 

                                                                               Le Chesnay le 18 août 2012

                                                                               Copyright Christian Lepère

 

 

197-Transhumance.jpg

                             "Transhumance" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1974

 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 06:43

123-Lumiere-au-bout-du-coul.jpg

                                                               "La lumière au bout du couloir" - dessin aquarellé - 50 x 65 cm

 

 

On n’arrête pas le progrès…

ni Matthieu Ricard

 

 

            Il m’arrive de lire « Sciences et Vie ». Cette revue fort sérieuse, réalisée par des gens bien informés se tenant soigneusement au courant de tout ce qui bouge dans le domaine scientifique m’inspire confiance. Certes les vues qui y sont exposées ne me satisfont pas totalement. Considérer que la réalité se limite à tout ce qui est observable, enregistrable, analysable, quantifiable et reproductible est un peu limitatif. Le monde réel réduit aux simples apparences, fussent-elles subtiles, hors d’atteinte de nos sens et immensément lointaines dans le temps et l’espace me semble un peu timide. Mais enfin la croyance au Big Bang et à l’expansion universelle semble confortée par des preuves scientifiques non négligeables.

            Mais voici que, ô stupeur,  dans le numéro 1139 d’août 2012 le titre de la couverture nous saute aux yeux : « Nous ne sommes pas seuls ! ». Donc on envisage sérieusement que la vie ne soit pas  une exclusivité terrestre. Viennent ensuite des articles très étayés illustrés très abondamment avec de vives couleurs. A partir de là la preuve semble faite, tout au moins pour une bonne part de la communauté scientifique. Désormais nos connaissances « prouvées » sont suffisantes. On peut les résumer. D’abord l’univers (en expansion) est infiniment plus vaste que tout ce que l’on pouvait supposer. Ses limites sont celles de notre capacité d’observation qui est en train de devenir colossale avec l’apport des nouveaux radio-téléscopes. Ceux-ci, reliés par des ordinateurs peuvent additionner leurs données et fonctionner en réseaux. Déjà « Hubble » nous fournissait des images d’une finesse inégalée, à partir de son orbite située bien au-delà des perturbations atmosphériques qui rendent les images plus ou moins floues. Ensuite le nombre d’exo planètes où la vie a pu trouver les circonstances nécessaires à son apparition n’a cessé de croître depuis la découverte de la première cependant assez récente. Enfin il semble que la plupart des étoiles possèdent un cortège de planètes dont un bon nombre  gravitent à la distance favorable. Pour rappel notre galaxie, la Voie Lactée comporte des milliards d’étoiles et n’est qu’une formation modeste parmi les milliards d’autres galaxies qui lui tiennent compagnie. Voilà qui relativise…

            Donc j’ai été vivement intéressé et cela m’a replongé dans un passé pas très lointain. C’était en 1970 et j’avais vingt huit ans. Très attiré par la métaphysique mais cependant fort prudent, voire un peu sceptique, je cherchais des sources d’information sérieuses. Ainsi un livre avait attiré mon attention : « Le hasard et la nécessité » écrit par un certain Jacques Monod. Cet éminent biologiste, directeur de l’Institut Pasteur  s’était vu, avec son complice François Jacob attribuer le prix Nobel de physiologie pour leurs travaux dans le domaine de la biologie moléculaire. Ils venaient de faire des découvertes décisives sur l’a.r.n et le code génétique. C’était leur tasse de thé, ils avaient tout misé dessus et de ce point de vue ils étaient irréprochables. Or la vision du  « monde selon Jacques… » était simple et péremptoire. Athée et matérialiste le monde lui apparaissait comme le résultat d’enchaînements implacables de causes et d’effets (jusque là le Bouddha est d’accord…) mais sans aucune justification, sans plan directeur et surtout sans aucune transcendance (là le Bouddha commence à faire la moue…). Tout cela était fort bien expliqué dans « Le hasard et la nécessité » où il concluait par cette sentence définitive très existentialiste : «  L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers, d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. » Alors, ça vous plaît ? A moi pas trop, mais si il avait raison ?

            Donc je me méfiais car il n’était pas indispensable de remonter à des époques obscurantistes pour constater à quel point les esprits les plus évolués et les plus avertis ont pu se mettre le doigt dans l’œil et conclure hâtivement.

            Ainsi quelqu’un avait dit à propos d’aérolithes : « Il ne peut pas tomber de pierres du ciel pour la simple raison qu’il n’y a pas de pierres dans le ciel ! ». Entre parenthèse je confirme puisque je n’ai personnellement jamais vu tomber de pierres du ciel. Et vous au fait ? Ensuite un éminent savant avait prouvé devant la Royal Académie de Londres qu’il serait à tout jamais impossible de faire voler un plus lourd que l’air. Puis d’autre scientifiques avaient prédit vers les années cinquante qu’une fusée ne pourrait jamais s’arracher à l’attraction terrestre, la masse de carburant nécessaire la clouant au sol irrémédiablement.

            Les exemples sont donc nombreux et variés. D’ailleurs qui avait prévu la télévision numérique, le téléphone portable et la transplantation cardiaque ? Personne à part quelques illuminés et de doux rêveurs.

            Donc dans ce monde de fou qui nous sert de cadre de vie, tout est en train de changer. Euh…enfin…excusez moi…je m’égare. En fait rien ne change véritablement. C’est simplement notre vision du monde qui s’approfondit et devient plus objective. Les ondes électro magnétiques ont toujours existé et le génome avec son code génétique était bien présent chez l’homme de Cro Magnon qui d’ailleurs pouvait déjà mourir d’un cancer, même si le sida n’avait pas encore été in venté ( ?).

            Revenons enfin à « Ici - aujourd’hui – maintenant - tout de suite… » . La science progresse de façon exponentielle et si l’humanité ne se suicide pas le processus va se poursuivre. Modifiant radicalement notre vision du monde et de nous-même elle va nous contraindre à perdre quelques illusions. La physique commence à explorer la métaphysique qui n’est que la partie cachée de l’iceberg et qui lui revient de plein droit. Mais tout cela a une limite absolue que seuls le Christ, le Bouddha et  les koans zen peuvent franchir car ils ne sont pas du domaine de l’observable.

            Pour terminer je ne peux m’empêcher de vous faire part de ce petit clin d’œil du destin : Jacques Monod, athée et matérialiste a eu un « disciple ». Un certain Matthieu Ricard, fils de Jean François Revel qui, pour sa part était un philosophe athée  mais très intègre dans sa démarche et nullement crispé sur ses convictions. Brillant élève Matthieu a pu poursuivre des études puis des recherches en biologie moléculaire à l’institut Pasteur. Un jour à vingt ans il a rencontré un sage lama tibétain de haut rang, Dilgo Kientsé Rimpoché au cours d’un voyage en Inde. Intéressé par la méditation il a cependant continué ses recherches biologiques et ce n’est qu’à l’âge de trente ans, après l’obtention de son diplôme qu’il a tout quitté. Hélas Jacques Monod et François Jacob s’étaient occupé de lui en pensant qu’il était comme eux-mêmes un futur prix Nobel. Leur sentiment a été bien amer quand ils ont réalisé que son but ultérieur était de pouvoir « se consacrer enfin à la science véritable » c'est-à-dire les enseignements ésotériques tibétains de haut niveau.

            Depuis, Matthieu Ricard moine bouddhiste est devenu célèbre en tant que photographe, ce qui lui fait gagner de l’argent qu’il redonne à une association tibétaine pour respecter son vœu de pauvreté. Enfin il est devenu aussi tout à fait « par hasard » interprète français du Dalaï Lama et apparaît de temps à autre à la télévision. Mais vous pouvez aussi vérifier sur internet au cas où je n’aurais pas tout compris.

 

                                                                     Le Chesnay le 5 août 2012

                                                                     Copyright Christian Lepère 

 

 

 

PREVISIONS METEOROLOGIQUES

           

            Si l’anticyclone des Açores n’attire pas notre attention vigilante entre temps, le prochain article paraîtra sur ce blog la semaine prochaine et traitera d’un sujet qui peut vous laisser indifférent. Il s’agit d’un rapport d’inspection adressé à l’auteur en juin 1982. Il sera quand même accompagné de quelques documents sur la pédagogie moderne qui ne sont pas tristes et méritent d’être enfin diffusés.

                                                      Sincères congratulations

 

 

139-Lever-de-rideau-R.jpg

                                         "Lever de rideau" - dessin aquarellé - 47 x 35 cm - 1995

 

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 07:40

100°-BLOG copie

 

417-Procession-à-roulettes-

                                                      "Procession à roulettes" - huile sur panneau - 81 x 22 cm

 

               Depuis le 17 avril 2010 le « Blog de l’imaginaire »a été alimenté régulièrement.

Il atteint sa centième édition. Les textes sont variés, exposant des vues subjectives sur l’actualité la plus brûlante, traitant de méta et de pataphysique, fustigeant les dérives les plus contemporaines et dépeignant naïvement des émois poétiques. Tous les articles sont ornés de reproductions de peintures, de gravures, de terres cuites et de maçonneries. Y figurent même des images numériques réalisées avec l’aide aimable de Photoshop.

 

               Alors, si cela vous tente allez donc y faire un tour. On peut même s’abonner pour être tenu au courant. C’est gratuit mais ça ne peut pas, hélas,  rapporter gros.

 

www.christian-lepere-peintre.over-blog.com

 

 

HISTOIRE D’UN BLOG

 

 

            J’avais onze ans et j’étudiais au lycée Voltaire. Un jour mon frère qui en avait dix sept revint tout excité du collège Arago. « J’ai un copain qui écrit des poèmes, en vers ! » et il me brandit les preuves sous le nez. C’était bien écrit, irréprochable selon les règles et c’était de l’humour scolaire. Mon frère se lance dans des essais. Moi aussi. Et je constate que je possède la mécanique du vers. C’est inné et ça n’attendait qu’une occasion pour surgir. L’inspiration n’est pas toujours transcendante. A vrai dire c’est plutôt digne de l’Almanach Vermot qu’il m’arrive de feuilleter. Mais enfin ça tient la route. Ma pratique de l’écriture va ensuite se limiter à quelques lettres au style assez fleuri avec pas mal d’auto dérision. Puis le temps passe. Devenu professeur d’arts plastiques j’assiste avec une surprise peinée à l’arrivée et à la prise de pouvoir de l’Art Contemporain qui a réussi à séduire les élites et est hautement considéré par Jack Lang, ministre de l’Education nationale et de la Culture ! La visite de quelques expositions va me pousser à réagir par écrit. Mais il n’est pas encore question  de blog. Je vais donc me limiter à envoyer quelques lettres manuscrites à mon inspectrice (voir exemple plus loin). Politiquement incorrect je vais être sommé d’emprunter la voie hiérarchique officielle. Puis l’on va attendre patiemment que je sois atteint par la limite d’âge. Le temps continue de passer et enfin,  alors que je suis retraité depuis huit ans on m’apprend qu’on peut ouvrir un blog, gratuitement, et que ça offre de splendides occasions de faire passer des messages. Jusque là j’avais été un adepte des bouteilles jetées à la mer dont les chances d’arriver quelque part sont plus qu’aléatoires.

 

Enfin je peux m’exprimer et l’on peut me répondre et rebondir.

La porte est ouverte, vous pouvez entrer !

 

www.christian-lepere-peintre.over-blog.com

 

 

 

 

            Le cinq avril 1995                                                                                             


S/c du chef d'établissement 

à l'attention de Monsieur LEPERE professeur d'arts plastiques 


                                  Monsieur, 

Vous m'avez en décembre adressé une lettre qui justifie, même tardivement, une réponse de ma part, au plan institutionnel, du fait de votre fonction de professeur d'arts plastiques de l'éducation nationale. 

Votre conviction de faire votre métier avec rigueur est honorable, mais vos certitudes vous conduisent à prendre des positions rigides à l'égard du champ artistique contemporain et de la pédagogie qui me font douter de vos capacités à vous saisir du sens de l'art actuel et à faire preuve de tolérance. L'art, que vous l'appréciiez ou non, constitue une partie du savoir de notre enseignement. Quels que soient vos choix personnels, vos goûts, votre pratique, vous devez, au nom de l'intégrité, et dans le cadre de la mission qui vous est confiée, permettre aux élèves d'accéder à une culture ouverte, respectueuse des autres, en les rendant capables de s'interroger sur les signes de leur temps sans préjugés. Hors vos propos sur l'art moderne et l'art contemporain, votre mépris à l'égard de ceux qui l'apprécient, "les snobs, les spéculateurs et les névrosés" démontrent votre ignorance"sur la question et sont dangereux pour les élèves; Je déplore par ailleurs que votre jugement, sur Tapies par exemple, ne s'élabore qu'à partir de reproductions de Paris Match. La visite de l'exposition vous aurait sans doute permis de saisir une dimension qui vous échappe et que de ce fait vous ne pouvez enseigner. 

Je me permets également de vous faire remarquer qu'il n'est pas très valorisant pour vous de chercher une caution auprès de non spécialistes de votre discipline, parents, collègues. Leur "commisération", "leur haussement d'épaules", "leur franche rigolade" à l'égard de notre enseignement prouvent que le travail que nous avons à faire est considérable, ne relève pas de la simple doxa (pour renforcer l'opinion commune) et exige de l'enseignant un très haut niveau de compétence. Que le professeur véhicule lui-même le mépris a de quoi inquiéter. Heureusement persuadée que, comme vous le dites en conclusion, ces positions vous sont très personnelles, je me permets de vous convier à plus d'ouverture, de réflexion afin de répondre au contrat d'enseignement qui est le vôtre dans le service public. 

Je vous remercie de tout ce que vous ferez en ce sens, non comme "amateur de ce type de pratique" mais comme professeur instruit de sa discipline. 

 

NB: Tout courrier doit m'être adressé par la voie hiérarchique 

 

RECTORAT 

Esplanade Grand Siècle    -    78O1 7 VERSAILLES Cedex Téléphone (1) 3O 83 44 44    -    Télex 696571   F    -    Télécopie (1) 39 50 02 47 

 

Veuillez croire, Monsieur, en l'assurance de ma sincère considération.

                                                       ____________________

                                              

                           (Courrier manuscrit communiqué par la voie hiérarchique)

                                                                                Le Chesnay le 10 avril 1995

 

                        Madame l’inspectrice,

 

              J’ai lu attentivement votre réponse à ma lettre du 6/12/1994. Vous y attirez mon attention sur plusieurs points et je vous en remercie. Il est vrai que le non respect des règles et procédures officielles n’est aucunement souhaitable. Il est vrai aussi que certaines de mes argumentations sont un peu faciles et donc discutables. J’admets même qu’on puisse y déceler un peu de démagogie à propos d’un supposé bon sens populaire et d’un avis éclairé de non spécialistes.

              Ceci étant, je voudrais maintenant exposer quelques arguments pour justifier mon attitude et dissiper d’éventuels malentendus. L’enseignant que je suis est très « ouvert » et s’efforce de se tenir au courant de ce qui s’élabore dans l’actuelle « post-modernité ». Petit à petit, au fil des ans j’ai intégré des notions nouvelles ou prétendues telles. En fait il m’est apparu qu’en dehors de l’apport de technologies nouvelles : ordinateur, image de synthèse, rien de très inattendu n’apparaissait. L’art contemporain semble redécouvrir et défendre à grand renfort de justifications sémantiques des notions bien connues.

              Par ailleurs mon souci de véracité me condamne à une certaine rigueur. Ainsi je n’enseigne pas « ce que j’aime » mais ce qui me paraît indispensable à l’éveil et à la structuration progressive d’un enfant. Et quand je note, je mets soigneusement ma subjectivité de côté, m’efforçant de juger selon des critères objectifs bien définis. Ainsi, si par exemple, la précision est à mes yeux une qualité indiscutable dans certains domaines, une approche globale plus holistique et très floue est tout aussi nécessaire dans d’autres. Elargir la vision et la rendre plus abstraite est pour moi un point essentiel qui peut et doit être enseigné. Inciter les enfants à perdre leurs habitudes, leurs références sclérosantes (l’arbre est vert, le ciel est bleu…) et les préjugés qui leur tiennent lieu d’opinion n’est certes pas chose facile et l’expérience m’a appris qu’il fallait avancer prudemment, de façon lente et méthodique sous peine, sans cela, de voir les wagons décrocher très vite.

              La pratique des élèves de 3° est à c et égard très instructive. Cette année même, après quatre heures de cours consacrées à l’élaboration d’une peinture abstraite, beaucoup n’avaient toujours pas compris que le point de départ (plan de voirie avec fléchage et marques sur le sol.) n’était qu’un prétexte pour les aider à démarrer avant de jouer plus librement avec des éléments géométriques, tout en conservant une structure.

              Vous dirais-je qu’il m’arrive souvent de mettre de bonnes notes à des productions qui  ne me plaisent nullement, mais qui prouvent au moins qu’une notion a été comprise et maîtrisée. Ajouterais-je qu’il m’arrive fréquemment de condamner le détail et l’anecdote, voire même la figuration ?

              De toute manière je n’ai rien contre telle ou telle forme d’art à priori. Simplement j’ai constaté qu’à toutes les époques et dans toutes les cultures il y a eu autour de quelques chefs-d’œuvre une masse de productions moyenne et puis, bien sûr, le reste. Or, ce qui me chagrine est qu’actuellement « le reste » tende à devenir majoritaire. Ce que je conteste ce n’est pas telle ou telle orientation, toutes ayant leur intérêt, mais la médiocrité des résultats. La plupart d nos contemporains se contentent de fort peu.

              Je n’ai rien contre l’abstrait, j’en fais faire. Je n’ai rien contre le détournement et l’utilisation de matériaux de récupération, mes élèves de cinquième viennent de réaliser d’excellents photomontages. Enfin je n’ai rien contre l’ordinateur. Les images de synthèse réalisées par des artistes doublés de  techniciens chevronnés peuvent être admirables et même poétiques. Mais de grâce avant d’en arriver là commençons donc par maîtriser crayon, gomme et gouache. Un peu d’humilité ne saurait nuire à qui veut viser haut.

              A partir de là, si le mépris à l’égard des autres n’est certainement pas la voie vers l’ouverture et la progression, en revanche l’absence d’esprit critique risque de favoriser toutes les dérives et l’ouverture, dans ce cas, pourrait se révéler tristement béante.

 

 

              Je vous prie de croire Madame l’Inspectrice  en l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

 

                                                                           Christian Lepère   

 

427-Course-d'amateu------81

                                  "Course d'amateur" - huile sur panneau - 81 x 22 cm                 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 07:42

325-Le-grand-déballage         " Le grand déballage" - gravure à l'eau-forte -1983 - imprimée sur Arches : 38x 57 cm


 

 

Ce texte a été rédigé en 1991, il y a donc vingt et un ans.

J’ai bien peur qu’il ne soit, hélas, encore totalement d’actualité.

Le cancer de l’Art Contemporain n’a pas cessé depuis de croître,

il est l’ART OFFICIEL

 

 

 

 

PROPOS SUR L’ART N’ENGAGEANT QUE LEUR AUTEUR

 

 

Enseignant les arts plastiques j’ai, au cours de réunions avec les parents d’élèves, pris la parole pour critiquer le « champ de l’Art Contemporain ». Or des directives officielles nous recommandent d’en faire l’apologie…J’expliquai donc sobrement que, le temps nous étant chichement mesuré, je n’avais que faire de l’évolution démente d’un art conceptuel coupé de toute humanité et que je préférais,  pour ma part, enseigner aux élèves des notions sérieuses, bien que parfois sous des dehors ludiques car il s’agit d’enfants.

            C’était très succinct et il me vint l’envie de justifier un peu plus un point de vue aussi « réactionnaire ». Prenons donc date en ce mois d’octobre 1991 où j’écris dans une campagne paisible.

            C’est en début d’été que nos pas nous portèrent en Bretagne, fascinés par ce bout du monde hanté par les mythes et les légendes. Passant par Morlaix, nous y fîmes halte. Au hasard des ruelles des affiches bariolées attirèrent nos yeux. De loin plutôt joyeuses elles se révélèrent de près fort décevantes : gribouillages de singes pas même savants. Elles annonçaient haut et fort une exposition d’Art Contemporain où Restany présentait ses amis et relations au public provincial convié à venir d’émerveiller. Le titre en était beau : ‘Le Cœur et la Raison » mais la déception d’autant plus rude, car le cœur se révélait bien sec et la raison, effarée sans doute, s’était enfuie au loin.

            Mais nous étions venus, il nous restait à voir. Une compression de César tristement cubique nous accueillit. Lui succédèrent une affiche génialement lacérée par Rotella, des laideurs multiples d’Andy Warhol à la gloire de Mao et de Marilyn, un Arman, sans doute et un probable Yves Klein et bien d’autres œuvres destinées à éduquer les foules provinciales désuètes et attardées.

            Le temps était maussade, quelques visiteurs visiblement perplexes contournaient l’inénarrable urinoir de Marcel Duchamp, accompagné  de l’indispensable porte-bouteilles métallique, gris et bête à pleurer. Lassés nous avons fui ces lieux désertés  par l’esprit pour aller rendre visite à quelques artistes plus locaux mais dotés d’un réel talent et libres de toute subvention du Ministère de la Culture.

            Depuis j’ai remué le problème en tout sens, pour vous livrer maintenant mes conclusions sans ambages ni circonvolutions, ainsi qu’il sied entre gens de bien, libres de toute pression parce qu’ils n’ont pas d’intérêts sociaux ou politiques à préserver, ni de score à maintenir à l’audimat.

            Le snobisme et la spéculation ont toujours fait bon ménage depuis que Picasso a montré comment s’y prendre. Cynique et enjoué il a suscité de nombreuses vocations et ce fût ensuite à qui arriverait à taxer le plus lourdement  la naïveté du bourgeois prêt à s’épater…et à gober les plus tristes improvisations. Mais voilà que l’Art Contemporain le plus officiel vit maintenant aux frais du bon peuple : vous et moi payant  des impôts devenons les mécènes bien involontaires d’une gigantesque manipulation internationale politico spéculative. Car enfin, qui a souhaité voir les colonnes de Buren défigurer le Palais Royal ? Qui supporte le nauséeux rideau de scène peint à la serpillière et au balai brosse par Olivier Debré à la Comédie Française ? Qui souhaite voir le long de l’autoroute, à hauteur du péage de Fleury en Bière un gigantesque panneau orné de dégoulinures (de qui ?) (Voir note 1). Qui est condamné, comme tant d’innocents voyageurs de banlieue à côtoyer chaque jour les sinistres valises d’Arman devant la gare St Lazare ? Contribuables mes frères vous assurez par vos dons,  généreux bien qu’involontaires, la pérennité de l’art de la post-modernité. Quelle gloire !

            Et pendant ce temps des créateurs authentiques suivent leur chemin, imperturbables, tels Claude Verlinde qui, à l’écart de toutes les modes, peint somptueusement ses fantasmes avec une rigueur de maître du Quattrocento. Partout des peintres, des graveurs, des sculpteurs oeuvrent sans tapage, cherchant par leur talent et leur maîtrise à nous communiquer un peu de leur émerveillement.

            Mais Jack Lang a bien d’autres chats à fouetter et de concepts à promouvoir. Il est lui un pur produit de notre temps. Merveilleusement contemporain.

 

                                                                         Sermizelles – Toussait 1991

                                                                         Copyright Christian Lepère

 

- note 1 : Je viens de constater en ce mois d’Août 2012 la disparition de cette œuvre  réalisée avec des matériaux qui auraient du ne pas se dégrader. L’aurait-on  fait disparaître volontairement ? Je n’ose y croire…

 

 

194-Joyeux-bricolage.jpg

             "Joyeux bricolage" - gravure à l'eau-forte - 1973 - imprimée sur Arches 38 x 57 cm

 

 

Avis-a-la-population.jpg

 

La prochaine édition du Blog de l’Imaginaire sera

La centième

Depuis le 17 avril 2010

Date de sa création.

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De chaque parution.

Et c’est gratuit, même si ça ne peut pas rapporter gros !

 

 

 


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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 13:35

       

326-Interplanétaires----100

                                                                         "Les interplanétaires" - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

HIGGS !

 

              Enfin on le tient ! C’est lui ! On l’a repéré ! Pourtant il était indispensable et seule son insoutenable légèreté jointe à une modestie phénoménale l’avaient poussé à se cacher à nos yeux. Pourtant tous les calculs étaient cohérents, les équations irréprochables et cependant on était encore en attente de sa confirmation.

              Comme une grande coquette le boson de Higgs a fini par surgir des coulisses pour se révéler sous les acclamations de la foule incrédule Il était temps qu’enfin on comprenne pourquoi la matière a une masse et est donc de ce fait réputée matérielle ! Jusque là c’était simple supposition, croyance non vérifiée mais que le bon sens populaire ne songeait à mettre en cause.

              Pourtant on n’avait pas lésiné sur les moyens. Dans un élan sublime vers la connaissance pure les nations avaient joué gros en investissant dans l’anneau d’accélération du C.E.R.N, non loin de Genève, également appelé « Large Hadron Colliser ».  Vingt cinq ans de mise en chantier, sept mille chercheurs, des travaux gigantesques pour construire un anneau souterrain de vingt sept km de circonférence, cent mètres sous terre avec de place en place des collimateurs énormes : Titan avec ses  vingt cinq mètres de haut et quarante six de long surpassant encore Alice avec ses seize mètres de haut et ses vingt six de long mais affichant quand même dix mille tonnes sur la balance.

              Et tout cela pour quoi ? Pour piéger une particule infinitésimale. Car si le proton mesure un millième de milliardième  de millimètre, il est encore constitué de quarks « collés » entre eux par des gluons, le tout étant irrémédiablement quantique  donc à ce jour pour notre modeste compréhension, indéterminé. Voila où nous en sommes mais l’aventure est loin d’être finie, car tout cela n’est que la matière constituant le cosmos. En réalité si l’on en croit quelques super spécialistes malgré tout un peu hagards devant la révélation ce ne seraient que cinq pour cents du tout, je veux dire de l’univers ou de l’Absolu. Le reste (quatre vingt quinze pour cents) dont on ne sait à peu près rien serait de la matière noire, du rayonnement sombre dont on prendra peut-être un jour conscience, comme le béotien qui avec son modeste téléphone portable rend manifestes des ondes physiques qui sans cela n’existeraient tout simplement pas pour son organisme biologique      Mais enfin ils ont réussi et il faut dire que, mis à part quelques rationalistes purs et durs, ils commencent quand même à se poser des questions. Oubliant que le Bouddha sans accélérateurs de hadrons, sans télescope orbital, sans même une calculette de poche avait déjà envisagé l’essentiel. Ainsi dans sa grande prudence il lui arrivait de dire qu’il y a bien « un non-né, non-fait, non-devenu, non-composé… » qui par ce simple fait devait échapper à tout jamais a toute observation extérieure. Quels que fussent les moyens employés même issus de la high tech la plus résolument innovante.

              Enfin pour calmer un peu l’enthousiasme des scientifiques victorieux, il faut ajouter que dans quelque temps on sera sans doute en mesure de capter des particules cosmiques dont pour l’instant l’atmosphère nous protège et qu’à ce moment là on pourra peut être aussi vérifier directement l’existence du boson de Higgs ou d’autres particules fantômes sans avoir besoin d’un « collisionneur » au prix de revient exorbitant et au coût de maintenance onéreux au-delà du raisonnable.

              Qu’en fera- t-on quand il sera obsolète ? L’aménagera-t-on en parkings souterrains ? En salle de spectacle virtuels ? En éros center ? En futuroscope recyclé ? En abri anti-atomique ? Ou tout simplement en H.L.M. d’un genre tout à fait innovant qui enthousiasmeraient sans doute quelques snobs très tendance.

 

                                                                          Le Chesnay le 25 juillet 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

334-Aux-confins-du-monde-co

                                "Aux confins du monde connu" - eau-forte imprimée sur Arches -   50 x 65 cm331---Futur-antérieur

                            "Futur antérieur" - eau-forte imprimée sur papier Arches - 50 x 65 cm         

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 14:01

476-Apres-la-pluie----------copie-1.jpg

                                                                                   "Après la pluie" - huile sur panneau - 27 x 22 cm

 

 

Y a plus de saisons ma bonne dame …

 

         Pourtant on nous avait bien prévenus. Après la sagesse populaire les spécialistes s’y sont mis et n’ont cessé de nous prédire un avenir assez incertain. A grand renfort d’observations, de statistiques et de déductions ils ont envisagé l’évolution et déduit des enchaînements implacables à l’œuvre dans la nature que la situation allait s’aggraver. Et pour le moment ils ont vu juste.

         D’abord rien n’est fixe, rien n’est définitif et qu’un état de fait ait perduré pendant des siècles, des millénaires, voire même depuis des périodes antédiluviennes n’y change rien. Le monde semble bien avoir eu un début et l’hypothèse du Big Bang, la seule envisagée sérieusement par ceux qui cherchent à comprendre n’est pas à cet égard la plus rassurante. Passant par un long processus d’expansion et de structuration l’inconcevable énergie originelle s’est transformée en soupe cosmique, avant de se condenser pour se regrouper en formant des particules. Et voilà, le tour est joué. De l’unité a surgi la diversité,  de l’absolu le relatif, de l’invraisemblablement neutre le positif et le négatif. Enfin l’observable et le mesurable si vous voyez où je veux en venir.

         Comment s’étonner ensuite de l’apparition des fluctuations énergétiques, notamment thermiques. La vie est apparue quand les circonstances favorables se sont présentées et ont pu coopérer. Circonstances favorables ? En tout cas pas celles qui nous paraissent évidentes à notre petite échelle humaine où nous ne sommes satisfaits qu’avec nos 21° dans le séjour, 25° dans la salle de bain mais aussi un petit 19° plus revigorant pour la chambre à coucher.

         Pourtant la nature nous livre petit à petit ses secrets et ses possibilités extrêmes. Depuis qu’on observe la terre et ses confins il a bien fallu admettre que la vie arrivait à se débrouiller avec des conditions inenvisageables pour nous mêmes. Depuis l’antarctique où le défi d’un froid extrême est constant, jusqu’aux sources d’eau chaude des grands fonds où l’eau ne peut pas bouillir parce que soumise à des pressions énormes. Pourtant des organismes se sont adaptés et d’étranges créature pas forcément rudimentaires non seulement y vivent, s’y reproduisent mais ne pourraient s’adapter à un autre milieux. Ainsi certains vers géants qui jetés dans de l’eau bouillante mourraient immédiatement mais de froid…

         Mais restons dans le quotidien qui nous importe plus. Donc le réchauffement climatique est en cours. Hypothèse qui semble se vérifier à l’échelle mondiale. Même si quelques opposants qui n’ont pas fini leur crise d’adolescence persistent à nier qu’il y ait réellement problème. D’ailleurs disent-ils le phénomène est naturel et notre planète a alterné les périodes de glaciation et de désertification. C’est vrai mais à une tout autre échelle. Certains plus méfiants diront qu’il y a bien un dérèglement du climat mais que par ailleurs on sait bien que tout excès finit par engendrer son contraire. Enfin les plus pointus avancerons même l’hypothèse qu’un réchauffement mondial pourrait  tout aussi bien entraîner une période de glaciation. D’ailleurs personne n’en sait rien. Personne ne connaît tous les paramètres et les spécialistes, gens éminents ont quand même la fâcheuse caractéristique d’être spécialisés…et donc de tout observer avec leur paire de jumelles personnelles qui leur fait un peu oublier des vues plus englobantes.

         Depuis quelque temps l’anticyclone des Açores nous joue de bons tours. Le dernier est de s’obstiner à se tenir bêtement au large de l’Europe. Par chance les services météo ont tout compris du mécanisme et peuvent même nous expliquer comment ça se passe. De là à savoir pourquoi…de là à en déduire un avenir prévisible au  delà du prochain week end, voilà qu’ils avouent leur perplexité. Seraient-ils en train de devenir raisonnables ?

         Il a donc plu sur la Bourgogne, comme partout ailleurs, à part la Côte d’Azur et la Corse. Chaque jour de fines bruines bretonnes ont alterné avec des averses violentes. Avec quand même quelques accalmies. Que voulez-vous rien n’est parfait ! Le temps a fraîchi, on a remis sa laine. Et les marchands de crème à bronzer ont versé des larmes amères pendant que les fabricants de parapluies se frottaient les mains mais pas uniquement pour se réchauffer. Déjà dans mon enfance j’avais été enchanté par une chanson des Frères Jacques dont le titre m’échappe mais dont le sujet me réjouissait « A la saint Médard, mon Dieu qu’il a plu… »

Ah nostalgie ! Donc l’eau du ciel est tombée obstinément, faisant reverdir la nature, gorgeant d’eau des nappes phréatiques qui demandaient grâce. Faisant aussi pourrir quelques belles récoltes qui avaient déjà un peu souffert du manque de froid et de gel à la saison convenable. Mais les agriculteurs connaissent bien ces problèmes récurrents. Et pour nous qui ne faisons que consommer leurs productions, jusque là tout va bien ! Ou à peu près. Souhaitons simplement que les masses laborieuses nous reviennent toutes bronzées de leur séjour sur la côte Varoise pour qu’enfin elles se remettent au travail. C’est indispensable si l’on veut que la croissance redémarre avec ses petits problèmes de pollution et de gaspillage négligeant. Ainsi tout sera parfait dans le meilleur des mondes possibles.

         Dormez en paix braves gens tout est sous contrôle et l’opposition s’oppose, ce qui est la moindre des choses.

 

                                                               La Brosse Conge le 20 juillet 2012

                                                               Copyright Christian Lepère

 

Erratum : dans l’article précédent « les accros du portable » j’ai cité Madame Taboui lui attribuant par mégarde le prénom de Germaine. Un ami attentif me l’a signalé . Je rends donc à Geneviéve ce qui la nomme légitimement et lui permettra de reposer en paix.

 

 

543-L'orgueil-de-Babel---65

                                                  "L'orgueil de Babel" - huile sur toile - 65 x 54 cm

                                                      

                         61-L-equipage--------------.jpg                                                                            "L'équipage" - huile sur toile - 46 x 38 cm    

           

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 07:30

INFORMATION

 

            Je m’apprêtais à publier mon dernier écrit quand l’idée m’est venue d’aller faire un tour sur le site de mon ami peintre Michel Barthélémy.

 

WWW.mon-louvre.be

 

            Ce site qu’il a judicieusement appelé « mon Louvre » est un de ceux que j’aime à fréquenter. D’abord parce que l’imaginaire y occupe une large place, ensuite parce que, ancien professeur d’arts plastiques ce peintre de talent est aussi un excellent pédagogue.

            Ainsi il met à la disposition de tous un manuel de peinture dans lequel il expose les principes de base que tout un chacun se devrait de posséder avant de s’emparer d’un pinceau.

            Mais j’attire votre attention surtout sur le fait que le dernier chapitre de ce manuel est consacré à l’ Art Contemporain le plus pesamment officiel. D’emblée Michel Barthélémy avoue que tout ce qu’il a expliqué et transmis sur le plan technique ne s’applique en aucune façon aux tenants du conceptuel. Ceux-ci n’ayant besoin ni de savoir dessiner ou peindre, ne souffrant aucune limite dans l’expression de leur néant créatif et revendiquant très haut le droit au n’importe quoi ne peuvent en effet être jugés sur des critères aussi désuets. Par ailleurs leur but est de choquer et de déstabiliser. Or depuis l’aube des temps on n’a jamais rien trouvé de mieux que la laideur et la vulgarité pour arriver à cet idéal.

            Alors, si cela vous tente allez donc faire un tour sur « mon Louvre ». C’est gratuit et c’est par ailleurs bourré de choses excellentes. Enfin, cerise sur le gâteau, vous y trouverez de nombreux liens sur le meilleur de l’art fantastique et imaginaire qui perdure aujourd’hui.

                                                                              Christian Lepère

 

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                          "Nonnalisa"                                                                "Le voisin"

 

                                                                                       

 

Les accros du portable

 

              A chaque instant, à chaque seconde, à chaque milliardième de seconde des ondes innombrables se propagent dans l’espace en vibrant inlassablement. Chacune issue d’un  émetteur particulier se répand en ondes concentriques et comme à la surface d’un étang se dilate et se propage en se précipitant vers les autres.

              La collision paraît inévitable. Mais non, vibrant sur des fréquences différentes chacune d’elles va superbement ignorer les rencontres et continuer son chemin sans la moindre interférence avec celles qui ne partagent pas son  mode vibratoire personnel. C’est d’une précision effarante et ça dure depuis le Big Bang, c’est dire si ça a fait ses preuves. De plus l’émission est incessante. A l’inverse du caillou qui trouble la surface de la mare une bonne fois pour toute en effrayant les grenouilles chaque onde ne cesse de rayonner et pourrait le faire à tout jamais, bien que sa puissance ne cesse de diminuer en s’éloignant à l’infini de son émetteur. Une onde peut-elle mourir ou au moins disparaître ? Seule la grossièreté de nos techniques nous incite à le croire.

              Donc à tout instant l’espace, notre espace, celui où nous prenons le métro, celui où nous mangeons des hot dogs vibre de milliards de messages qui s’entrecroisent, se chevauchent et finissent par se perdre dans le vide intersidéral, après nous avoir traversé de part en part sans dommages ( ?). Et nous n’en savons rien. D’ailleurs notre ignorance est crasse. Qui pourrait soupçonner qu’il a une rate et une vésicule biliaire si on ne l’en avait scolairement informé ? Qui même saurait qu’il a un cœur et à quoi diable il peut bien servir ? L’animal, lui, ne se pose pas la question. Il ne sait pas pourquoi il mange, il ignore pourquoi il respire. Simplement il le fait sans problème guidé par cet instinct infaillible qui permet au nouveau-né d’aborder la vie extra utérine en toute innocence sans se poser la moindre question sur le pourquoi du comment.

              Il y a peu pour fêter la victoire d’une élection présidentielle dix mille personnes ont convergé vers la place de la Bastille et aux abords. Chacune d’elles sans doute avait son portable. Et voici qu’en cet instant de communion                     chacune va recevoir son message. Pas celui du voisin. Grands dieux non ! Ce serait intolérable cette atteinte à la vie privée, cet amalgame indécent. On a sa dignité quand même ! Et pourtant ce n’est qu’une question de micro réglages. Ah l’électronique ne manque pas de finesse !

              D’ailleurs Georges dit Jojo  qui vient d’apprendre que sa belle-mère vient d’être hospitalisée à Carpentras sait bien qu’il aurait été informé de la même façon si il avait été ailleurs. Sur le quai de Réaumur Sébastopol ou devant la vitrine d’une sex-shop, à moins que ce ne soit sur un promontoire battu par les vagues déchaînées au large des côtes bretonnes ou quelque part ailleurs, planqué dans un paradis fiscal.

              Totalement dépassés par le miracle nous en usons et abusons sans vergogne. D’ailleurs le mécontentement est grand quand ça ne marche pas ou qu’il y a de la friture dans l’écouteur. Enfin, qu’est-ce que c’est que ce machins qui a encore besoin de piles pour fonctionner et dont les photos enregistrées avec trois millions de pixels sont d’une qualité bien décevante, même pas dignes du net où pourtant par un souci d’économie mesquine on se contente de fichiers légers et d’un bas débit pour contrées un peu attardées.

              Hier l’impensable a eu lieu. Le réseau Orange a connu son premier bug d’envergure. Enorme, imprévu si ce n’est imprévisible…Sur toute la France ses fidèles ont été privés de portable. Et pourtant ils avaient été sages. Ils avaient bien fait tout le nécessaire. Mais voilà le sort était contraire. Et c’est ainsi que madame Michu, Ivanovna née Rostopchine, ménagère de moins de cinquante ans est passée par les affres d’un choix crucial. Arrêtée devant les pots de crème fraîche allégée, elle n’a pas pu demander à son mari laquelle était la moins nocive pour son cholestérol. Décision lourde de conséquences. C’est que, même si son Gaétan lui pèse parfois, elle ne souhaite pas se retrouver veuve, même avec une pension de réversion. Et puis, si elle veut le quitter pour pouvoir enfin s’épanouir, elle préfère le faire de son propre chef. Recomposer soi-même sa famille ça fait quand même plus sérieux.

              En cet instant historique de frustration collective des milliers de rendez-vous n’ont pas eu lieu, des milliers de sms conviviaux n’ont pas été échangés. Des insultes n’ont pas été proférées. Des accidents ont eu lieu. D’autres ont été évités. Et Albert n’a pas pu réaliser le casse du siècle qu’il avait pourtant préparé minutieusement avec ses copains « termites » comme lui. Dix mètres de galeries avaient déjà été creusés pour atteindre le siège  de la Société Générale …En pure perte !

              Et pendant ce temps la bourse s’est effondrée, à moins qu’elle ne soit repartie à la hausse. De toute façon c’était l’inverse à Francfort. Et le Japon n’a pas bronché. Cependant le soleil a continué de faire des siennes en refusant de respecter les prévisions pourtant soigneusement élaborées par les spécialistes les plus performants.

              Enfin, depuis ce bug les responsables du groupe ont avoué avoir été dépassés. Ils ont failli et le regrettent. Aussi pour se faire pardonner ils vont accorder généreusement une journée entière de sms gratuits ! Et en plus une place de cinéma. De quoi faire rêver les plus insatisfaits.

              Ah  nous vivons dans un  monde  formidable où le bilan  se doit d’être envers et contre tout  globalement  positif. C’est le progrès  que  voulez-vous. Et depuis belle lurette on sait que rien ne peut l’arrêter. A moins que de lui-même il ne devienne raisonnable.

 

                                                                   La Brosse Conge le 9 juillet2012
                                                                            copyright Christian Lepère

 

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                                                      "Les accros du portable" - huile sur toile " 65 x 54 cm

 

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                               "Explosion démographique" - dessin aquarellé - 47 x 62 cm

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