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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 09:08

316-Fureur-homicide.jpg

                                   "Fureur homicide" - eau-forte imprimée sur papier Arche - 38,5 x 28 cm

 

 

Histoires de gènes

 

              Chacune de nos cellules, et elles sont fort nombreuses, contient la totalité de notre code génétique. C’est ce qu’affirment les biologistes et cela permet entre autres exploits de pourchasser d’affreux criminels qui pensaient avoir été oubliés et coulaient des jours paisibles en jouant à la belote avec les copains. Car le code se conserve. Intact. Même dans un cheveu ou un poil de barbe. Après quelques savantes analyses on a la quasi certitude de bien tenir le coupable. Cela a une autre conséquence non négligeable qui est de nous éclairer sur l’élaboration de notre machine biologique.

              Voyons cela de plus près : un œuf fécondé se divise, on obtient deux cellules semblables, puis quatre, puis huit mais voila que des mécanismes sélectifs se révèlent et petit à petit, non contentes de proliférer, voila nos cellules qui commencent à se différencier. A ce petit jeu elles vont finir par devenir  os, chair, neurones et même, ô merveille, cellules photosensibles de la rétine. Comment tout cela se passe et reste d’une cohérence effarante, voila de quoi occuper  pendant quelques générations nos chercheurs infatigables. Faisons leur confiance. Si on leur en donne les moyens ils comprendront de mieux en mieux les processus de différenciation. De là à savoir pourquoi ça se passe et si il y a une intelligence à l’œuvre il y a un pas et il est métaphysique. A tout jamais hors de leur portée  puisqu’ils ne s’intéressent qu’à ce qui est observable, mesurable et vérifiable à volonté, c'est-à-dire aux apparences.

              Mais en tout cas cela fonctionne et en neuf mois un bébé entièrement constitué va se former (sans les dents). Même si il a besoin d’une aide non négligeable, il peut quand même crier, respirer, digérer et commencer à apprendre.

              Mais j’en viens maintenant à ce qui m’intrigue. On a souvent comparé l’humanité à un immense organisme vivant dont chacun de nous serait une cellule. C’est comme pour une fourmilière, chaque fourmi paraît indépendante et autonome, mais il est clair que seule elle est perdue. En réalité elle n’est qu’un fragment d’un complexe biologique qui la transcende tout en ayant besoin d’elle et dont elle  dépend complètement.

              Pour l’humain que nous sommes c’est très clair la vie solitaire est totalement impossible. Sans sa mère, biologique ou pas, l’enfant n’a aucune chance de survivre. Et sans son père, biologique ou pas, non plus. Il a tout à apprendre pour devenir humain. D’abord à parler français, chinois ou javanais, ensuite à communiquer selon des codes, des rites, des habitudes tribales ou des conventions sémantiques d’un monde plus virtuel. Il a besoin aussi de croyances, de références, de conventions, de tabous et de notions fermes et définitives sur le Bien et le Mal. En fait il est humain pour le meilleur et pour le pire.

              Dépendant totalement de son code génétique qui va lui faire les yeux bleus, l’obliger à une tendance à l’embonpoint à partir de la trentaine et même à piquer des crises de fou rire pendant l’adolescence. Ensuite il va être marqué par sa naissance, facile ou pas, puis par l’accueil chaleureux ou non  de ceux qui l’entourent, puis par une éducation d’un protestantisme austère ou d’une permissivité baba cool. Enfin les événements, traumatiques ou enchanteurs de la petite enfance qui vont le marquer profondément et lui faire voir les choses en noir ou en rose bonbon le rendant résolument optimiste ou carrément suicidaire.

              Tous ces conditionnements accumulés vont former petit à petit un personnage unique et irremplaçable, un cas particulier comme nul n’en avait jamais vu. Et c’est ainsi que sont apparus Hitler et saint François d’Assise, Jeanne d’Arc et madame Thatcher. Sans oublier la petite Marine et le Grand Méchant Mélanchon. Chacun, chacune avec  ses enthousiasmes, ses phobies, son Johnny à idolâtrer ou ses sous-hommes qu’il faudra anéantir jusqu’au dernier pour que règne enfin la paix el la fraternité entre gens de bonne compagnie. God save mein Führer !

              Et c’est prodigieux que malgré tout nous persistions à nous prétendre libres et autonomes. Le libre arbitre a même une excellente réputation, pas seulement chez les professionnels que ça arrange bien, philosophes égocentriques et politiciens magouilleurs, mais chez le plus modeste des manutentionnaires à la chaîne dont la mission est de trier des déchets ménagers.

              Seulement voilà, si, l’on y regarde de près il devient de plus en plus ardu de déceler un acte libre dans ce qui occupe nos journées. Un acte libre, c'est-à-dire une actions qui ne s’expliquerait pas complètement par des enchaînements de causes et d’effets irrémédiables. On doit donc constater que si certains nuisent gravement à leurs semblables (pour leur bien, sans doute…) alors que d’autres leur sont secourables sans profit visible, c’est toujours pour d’excellentes raisons justifiées à leurs propres yeux. Chacun fait donc le bien, mais à sa façon, selon sa compréhension, mais pas toujours en toute bonne conscience. Le doute et le remord font aussi partie du déterminisme.

              Mais j’en reviens enfin au début. Si chacune de nos cellules contient tout le patrimoine génétique, ne se pourrait-il pas que par le simple fait d’être une cellule de  l’humanité, chacun de nous ne contienne en puissance tout ce qui au cours de sa vie va rester caché, non exploité. C’est comme si chacun contenait potentiellement toute l’humanité, mais en n’étant capable d’en actualiser qu’une part modeste. Staline et Marie Curie, Guy Lux et Madonna, Laurel et Hardy, chacun ne vit qu’une infime partie de ses possibilités cachées. Mais bien sûr un processus se déroule de la naissance à la tombe et nous enchaînons une multitude de rôles bien involontaires. Depuis celui du nourrisson au stade de pipi-caca jusqu'à celui d’ancien déporté, héros de la résistance à qui la patrie rend un hommage solennel au Panthéon. En passant il est vrai à dix ans par le stade de fanatique de patin à roulettes, puis de collectionneur de porte-clés avant de devenir un amoureux transi puis un obsédé sexuel à la petite semaine qui ne s’intéresse au nu que si il est artistique et culturel. Peut-être y a-t-il eu aussi une période de scoutisme un peu longue pour continuer à fréquenter la religion, ses pompes et sa magnificence tout en portant des culottes courtes.

              Ainsi donc tout être humain, vous, moi, la concierge et même le coach de l’équipe de foot sans oublier le serial killer est un représentant de l’Humanité complète. Il pourrait donc dans des circonstances extraordinaires révéler des aspects extrêmes et totalement contradictoires de ses possibilités mais tout cela serait encore conditionné et ne prouverait sans doute pas grand-chose.

              Le plus grisâtre des surnuméraires peut un beau jour se comporte en héros. Et le plus merveilleux des idéalistes se surprendre à commettre des bassesses inexcusables, coincé dans le guet-apens d’une conjoncture aussi vicieuse que machiavélique. Héros ou ennemi public numéro un ? Ca dépend et c’est même parfois les deux en même temps mais sans doute pas aux yeux des mêmes appréciateurs.

              Alors que faire, que conclure ? Que nous sommes dépassés ! Puisque le fait même d’être dépassé fait encore partie de ce qui nous arrive qu’on le veuille ou non et quelle que soit notre opiniâtreté à vouloir malgré tout prétendre le contraire.

                 Portez vous bien et  « à bientôt pour les dernières nouvelles de demain. » comme disait jadis dans le poste madame Taboui (Geneviève).

 

                                                            La Brosse Conge le 30 juin 2012

                                                            Copyright Christian Lepère

                          

 

 

332---Et-c'est-ainsi-qu'All

         "Et c'est ainsi qu'Allah est grand" - Eau-forte imprimée sur papier Arche 50 x 65 cm

 

 

  336-Trafic-d-enfer.jpg

                              " Trafic d'enfer" - Eau-forte imprimée sur papier Arche  50 x 65 cm

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 11:51

299-Le-landeau-magique--46-.jpg

                                                                                      "Le landeau magique" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

 

La poutre et le caïman

 

C’était un caïman si lent

Qu’il en était débilitant.

Survint une poutre de bois

Dérivant au fil du courant.

Et c’est à son corps défendant

Sans préméditation ma foi

Qu’elle vint heurter le caïman.

 

En sursaut et sans à-propos

Le caïman se réveilla

Et comme il était mécontent

Ouvrant la gueule, montrant les dents

Avec fureur il éructa :

« Que vient faire cette poutre ici ?

Que vient faire cette poutre là ? »

 

Mais la poutre en mal éduquée

Passa sans relever la tête.

Alors le caïman se dit…

Ne se dit rien, il était bête.

 

Vous passants qui passez par là

N’oubliez pas qu’en votre vie

Qui coule et s’écoule sans bruit,

Où rien ne vaut, où rien ne va

Le jour où rien ne restera

Que tout passe au fil du courant

Sans fin et indéfiniment…

 

                                                                            Le chesnay le 4 février 2012

                                                                            Copyright Christian Lepère

 

 

308-Soutien-de-famille----4.jpg                                                         " Le soutien de famille" - huile sur toile - 46 x -38 cm 

 

 

165-Petites-betes-vertes--6.jpg

                                                                  "Petites bêtes vertes" - huile sur toile - 65 x 54 cm

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 06:15

 

12-Virage-dangereux--------.jpg

                                                                             "Virage dangereux" - dessin et acylique - 30 x 42 cm

 

 

Le petit voyant rouge

 

              C’était il y a sept ans, en 2005 précisément. Au volant de ma Kangoo d’un bleu profond et presque neuve je traversais les bois de Fausse Repose. Tout allait bien quand tout à coup une petite lumière rouge attire mon attention. Là, au milieu du tableau de bord un voyant s’est allumé. De quel dysfonctionnement veut-il m’avertir ? Dessus un symbole bizarre est visible. Une sorte de petit tortillon. Le garage Renault n’est pas loin. Je m’y dirige résolument pour en savoir plus. Pas très amène le chef d’atelier qui m’accueille m’apprend que ça correspond à la bobine…mais que c’est sans doute autre chose…Sûrement une facétie électronique. Vous savez ce genre de cafouillage provenant d’une mémoire parasite qui s’est formée accidentellement et a été dûment enregistrée. De celles qui peuvent saper le moral de quiconque voudrait croire à l’infaillibilité de la technique. Mais au moins ça peut s’arranger.

              Avec son ordinateur portable le spécialiste fait disparaître l’ennui. Parfait ! Enfin presque. Car très vite le petit voyant va récidiver. Et rebelote. J’y retourne  mais je sens bien qu’il y a une gêne et que sur place, débordé de travail, on ne sait trop quoi faire de plus pour le moment.

              Par chance nous nous apprêtions à partir prendre nos quartiers d’été à la campagne. En bourgogne on va peut-être s’occuper de nous de façon plus suivie. En effet on m’accueille gentiment et en plus il y a dans l’équipe des mécanos un spécialiste qui a acquis de l’expérience sur le tas. Il teste, il observe, il déduit et finit par m’apprendre que c’est un peu complexe mais que c’est très probablement le capteur de la pédale d’accélérateur qui transmet des indications erronées, à moins que ce ne soit le site récepteur qui ne sait plus gérer. Donc il va falloir changer le capteur en question. Car, ne soyons pas naïfs, ne nous imaginons pas que la pression d’un pied sur l’accélérateur entraîne un effet direct. On n’en est plus là ! L’action sur l’accélération résulte d’un savant calcul dont les paramètres vous échapperaient sans doute autant qu’à moi et qui comme tout calcul comporte une part d’approximation qui peut avoir des conséquences fâcheuses.

              Dans les délais prévus la réparation a lieu. Elle coûte cher et prend du temps mais après les essais en rase campagne le problème semble résolu. C’est vrai. Car tout va aller bien pendant un an. Et puis un beau jour mais sous une météo plus que maussade, et alors que je suis en Ardèche, voila le petit voyant qui s’allume ! Je m’arrête. Je redémarre. Cinq cent mètres plus loin il se rallume…et ainsi de suite. Je ne suis pas chez moi, mon état physique est déplorable et les reins à moitié bloqués je me traîne lamentablement. Et il va falloir remonter en Bourgogne. La cerise sur le gâteau c’est que quand çà s’allume (sans raison ?) un système de sécurité bloque l’accélération. On ne peut plus dépasser les 60 km à l’heure. Et sur autoroute ça fait désordre car il faut s’arrêter pour redémarrer le moteur. Jusqu’à la prochaine réapparition du signal.

              Me voici à nouveau au garage Renault d’Avallon. C’est convivial, j’y suis connu. Après examen et concertation il est décidé de remplacer le faisceau de câbles qui relie le capteur à la boîte papillon. Ce nom très poétique se réfère à la forme de l’objet par ailleurs aussi tristement électronique que le potentiomètre d’accélérateur. On m’apprend aussi que dans ce câble les informations sont échangées dans les deux sens ce qui peut expliquer parfois des interactions inopportunes. « Avec ça vous devriez être tranquille » m’assure-t-on. Mais je suis devenu méfiant et après une année de tranquillité le petit voyant va se remettre à manifester sans qu’on le sollicite. A nouveau on va pouvoir me contrôler le câblage et ce sera reparti pour un grand tour.

              Enfin en 2010 ça recommence avec insistance. Pour le spécialiste plein de compassion pour son infortuné client tout n’est pas perdu : il reste encore à changer la boîte papillon elle-même. Ce qui est fait sans hésitation malgré le prix. « Maintenant tout est à neuf ! Ca devrait aller. » m’assure l’intervenant en me souhaitant bonne route. Mais je sens bien que notre relation amicale a des chances de se poursuivre.

              Donc un an plus tard, à nouveau le petit voyant me fait de l’œil. Peut-être qu’il s’ennuie ? A nouveau vérification gratuite et là on m’apprend  qu’en cas de récidive il n’y aurait plus qu’une solution ultime, changer la centrale elle-même. Son prix est exorbitant et l’on m’avoue honnêtement que la disparition totale des symptômes ne serait pas totalement assurée…

              On me conseille donc d’attendre. L’attente sera comme à l’accoutumée d’un an avant qu’au mois de Juin, comme d’habitude le petit voyant recommence ses facéties. Au début discrètement puis avec une insistance de plus en plus pressante.

              Me voici à nouveau à Avallon. Après deux heures d’attente on m’explique qu’on peut encore vérifier les connexions du câblage qui sont soudées d’origine. Mais qu’on peut quand même les dessouder avant de les relier à nouveau. Gros travail mais l’intervention est gratuite.

              En ce jour pluvieux du 9 juin 2012 je prends congé du personnel du garage en leur souhaitant une bonne année mais en pensant que ce n’est peut-être qu’un au revoir.

              L’avenir est incertain, tous les spécialistes vous le diront, qu’ils se fient à la rigueur des prévisions scientifiques ou qu’ils fassent confiance à leur intuition profonde ou à leurs dons de voyance. D’ailleurs il me souvient d’avoir entendu un futurologue déclarer sur France Culture « qu’il est difficile de faire des prévisions, surtout en ce qui concerne l’avenir… ».

              Accablé par l’évidence je vais me résoudre à vous quitter pour aujourd’hui en vous souhaitant un excellent séjour sur cette planète pleine de merveilles électroniques dont les multiples progrès ne peuvent que nous aider à mener une existence paisible.

                                                              La Brosse Conge le 12 juin 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

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                                                   "Panne malencontreuse" - acrylique sur panneau - 40 x 61 cm

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 11:28

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                                       "Et les vaches seront bien gardées" - huile sur panneau - 41 x 24 cm

 

 

Insouciante jeunesse

 

              Les voilà, elles sont revenues ! Ce matin en ouvrant les volets je les ai vues en contrebas, émergeant du brouillard matinal. Tout un troupeau. De belles génisses blanches. Enfin d’un blanc un peu cassé car les petits soins de la toilette leur sont assez étrangers. Malgré cela, pleines d’ardeur et animées d’une farouche volonté de vivre.

              Depuis ma position en surplomb rien ne peut m’échapper. Le petit déjeuner attendra. Sous mes yeux vingt masses de muscles enveloppant une charpente puissante et gorgée d’énergie ont investi le pré parsemé de boutons d’or. Pas méchantes, elles sont cependant prêtes à tout pour trouver leur pitance. Enfin après les pluies récidivistes de ces derniers jours il n’y a pas disette et toutes peuvent brouter tout leur saoul. Elles ne sont pas méchantes, juste un peu jeunes avec des comportements spontanés pleins d’exubérance. Que l’une d’entre elles se mette à courir, aussitôt l’enthousiasme se propage et c’est toute la horde qui se précipite, Dieu sait vers quoi, à moins que ce ne soit pour se mettre à tourner en rond dans un rodéo aussi endiablé qu’éphémère. Puis tout se calme.

              Dans leur belle insouciance elles ne s’inquiètent guère des autres créatures. Limaces et escargots sont superbement ignorés. Et tant pis pour eux si ils sont là au mauvais endroit au mauvais moment. D’ailleurs ces génisses strictement herbivores doivent bien ingurgiter par mégarde quelques protéines animales. On ne saurait leur en faire grief. Elles sont comme le Bon Dieu les a faites et c’est très bien comme ça, comme aurait dit la Mistinguett. Mais au moins elles n’ont pas besoin d’une ceinture de bananes pour rester pudiques. C’est en toute simplicité qu’elles assurent leur état de nature. Agitant sans répit les oreilles et balançant la queue. Même si à cette heure matinale encore un peu fraîche il n’y a nul insecte piqueur pour les importuner.

 

                                                        La Brosse Conge le 30 mai 2012

                                                            Copyright Christian Lepère

 

 

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                                 "Vaches folles bien gardées" - huile sur toile - 61 x 50 cm

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 19:03

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                                                "Le grand canyon" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

VOUS AVEZ DIT DIPLOMATIE ?

 

            Alors, Sarkophobe ou Sarkolâtre ? Les deux mon adjudant-chef. Complexe et versatile l’humain oscille sans cesse entre diplomatie et grands principes intangibles. Entre idéal et petites magouilles.

            Barak était copain avec Nicolas et ça faisait plaisir à voir. Le voilà à tu et à toi avec François et c’est fort sympathique. C’est mieux que de se vilipender ou de se faire des croche-pattes.

            Angela avait un complice et ils s’entendaient comme larrons en foire dans une optique sarkolibérale. Avec évidemment quelques arrières pensées plus ou moins avouables et des rapports de force amicaux mais difficilement négociables.  Comme d’habitude la conjoncture évolue, les cartes se redistribuent et voilà qu’avec François le jeu peut reprendre dans un registre plus sobre mais pas forcément édulcoré.

            Avec les beaux jours me revoilà maintenant en Bourgogne. Terre de gens bien enracinés et de sens plutôt rassis. Du solide et du traditionnel. C’est là que la petite Marine a fait un gros score dernièrement, alors que le Grand Méchant Mélenchon était jeté aux orties. Mais voici qu’une seconde échéance approche avec les législatives qui vont infléchir ou conforter la tendance actuelle. Donc plus question de rigoler. Qui va faire la loi ?

            Tel père, telle fille, comme il se doit la dynamique candidate inonde la région de son portrait souriant cent fois placardé. Partout, le long des routes nationales et secondaires, au dos des panneaux son air avenant rappelle qu’elle existe et qu’elle veut le faire savoir.

            Hélas, trahie par les intempéries et la qualité médiocre des pigments colorés employés,  ses affiches pâlissent et déteignent. Pour le peintre c’est un enchantement ! Au côté clinquant des couleurs brutes d’impression voici que succèdent des gris bleutés et des beiges tirant sur le mauve à moins que ce ne soit sur le gorge de pigeon ou même le gris souris. Loin d’agresser le paysage, une symphonie de nuances délicates enrichit les bas-côtés et les abords des routes, d’un intérêt souvent restreint quand ces dernières traversent des lotissements et des zones commerciales pleines de stations service et de Mammouth qui écrasent les prix.

            Mais l’ambiance politique n’est pas de tout repos. Comme toujours quand il s’agit d’arriver au pouvoir ou de disposer de moyens efficaces pour l’orienter. Les ambitions personnelles se réveillent a droite comme à gauche, sans oublier le centre.

            Mais voilà que me reviennent en mémoire des souvenirs de ma jeunesse studieuse. En ce temps là j’étais élève professeur, fonctionnaire stagiaire à l’ENSET et je m’efforçais d’acquérir toutes les connaissances nécessaires à mon futur sacerdoce d’enseignant. Pour nous orner l’esprit on nous parlait de civilisation et d’histoire de l’art. Et pour ma promotion on avait jugé opportun de nous enseigner les merveilles et les turpitudes de cette époque féconde et chaotique qu’avait été le Quattrocento italien. Car c’est de là que tout était parti pour un renouveau éclatant. Enfin la Renaissance mettant fin à des siècles d’obscurantisme et de stagnation allait se lancer à la conquête du Monde et assurer la promotion de l’Homme. Cette optique triomphaliste était cependant un peu simple, si ce n’est simpliste. En fait le Moyen-âge n’avait pas été si obscur et l’irrationnel et ses vues ne reposaient pas toujours sur une foi naïve et crédule. C’était une autre approche, traditionnelle,  et qui avait l’immense qualité d’être ouverte à la transcendance.

            Cependant soyons juste, la Renaissance a été une période de créativité débordante où le talent et la maîtrise de beaucoup a permis l’apparition de quelques chef-d’œuvres notoires. Aussi bien à Florence que dans les Flandres avant de se répandre dans toute l’Europe pour finir par fleurir dans la douceur angevine du Val de Loire.

            Donc tout a déjà été fait. Cependant notre époque a quand même innové sur un point et de façon grandiose : la production de déchets industriels et l’incapacité à s’en débarrasser ou tout au moins à les gérer. Jadis on était malpropre, tout au moins dans la douce France, mais même en jetant le contenu du pot de chambre par la fenêtre dans la ruelle en contrebas, on ne pouvait nuire qu’à ses proches voisins, ceux contre qui on a des griefs. On ne pouvait donc pas nuire durablement à la nature. D’ailleurs tout ou presque était biodégradable.

            Depuis on a inventé des nuisances beaucoup plus efficaces. Et si certains pays se montrent vertueux en rétrogradant sur le nucléaire, le journal télévisé nous apprend incidemment que cela peut aussi les amener à intensifier l’exploitation de mines de charbon à ciel ouvert. Et à massacrer le paysage, supprimer des terres arables et  condamner des villages entiers à une prochaine expropriation. Dieu merci ces populations beaucoup plus disciplinées que nous  font contre mauvaise fortune bon cœur.

            Mais ne soyons pas pessimiste. Dans peu de temps les affiches de la petite Marine auront disparues sous les effets du soleil et de la pluie. Dans le bleu d’un beau ciel d’été les papillons pourront voleter de fleur en fleur, si les pesticides leur en laissent le loisir. Mais nous ne sommes pas des insectes bien que certaines substances prodiguées largement par les firmes internationales les plus attentives à notre bien-être puissent aussi avoir pour nous quelques effets secondaires. Enfin avec un peu de chance…

 

                                                                La Brosse Conge   le 28 mai 2012

                                                                   Copyright Christian Lepère 

 

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                                                   "Où allons nous?" - gravure à l'eau forte - 1961      

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 07:21

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                                                                      "Les forces rouges" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

 

APRES LA BATAILLE

 

               A peine arrivé au sommet de la gloire,  François a failli être foudroyé à bord de son bel avion présidentiel. Dieu merci il en avait un de rechange. Angela a du patienter avec beaucoup de dignité. A l’arrivée ni fleurs ni bises. C’est qu’on n’est pas là pour deviser aimablement entre gens de bonne compagnie. Non ! Le destin du monde attend. Il s’impatiente. L’avenir est incertain et souhaite qu’on le rassure. Des décisions cruciales doivent être prises dans les meilleurs délais.

               Mais la nature humaine est faillible et c’est d’un geste discret mais impératif qu’Angela a signifié à François que l’impressionnant tapis rouge qui les conduisait vers leur destin tournait à angle droit. Pas facile à négocier. Ah, avec Nicolas l’enthousiasme aurait été plus communicatif et la démarche plus aisée. C’est donc d’une façon moins fluide mais plus sûre que son successeur a gravi les marches du pouvoir. Tout au moins selon les apparences. Le point reste à vérifier.

               Mais voici que le brouillard se lève enfin discrètement sur la Bourgogne.        Après une période incertaine où des températures peu raisonnables nous ont contraint à un appoint de chauffage voici que le frère Soleil illumine les champs de boutons d’or et fait verdoyer la nature dans d’infinies nuances printanières. Dans un ciel d’un bleu apaisé de petits nuages pommelés dérivent lentement tels de grands troupeaux de moutons.

               La journée s’annonce paisible. Enfin la fièvre médiatique s’est apaisée. Après les affrontements sanglants quoique strictement verbaux, les meetings « spontanés » coalisant des foules délirantes soulevées par l’enthousiasme citoyen et l’invraisemblable marée déferlante des étendards brandis dans un maelstrom de couleurs échevelées, la fièvre s’apaise. Pourtant c’était beau cette symphonie tricolore ou s’opposaient en se complétant le bleu Marine et le rouge Mélanchon réconciliés par le blanc des bulletins du même nom. Le tout étant accompagné des effluves d’une Marseillaise où sans répit les plus braves font face aux hordes déferlantes qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes…Aux armes citoyens ! Formez vos bataillons et luttons sans répit pour qu’enfin, après qu’un sang impur ait abreuvé nos sillons, la croissance puisse enfin reprendre un juste essor !

               Ainsi vont les choses. Grandeur et décadence. Nicolas est parti par la grande porte avec la dignité des vaincus qu’un sort adverse et injuste empêche de continuer à se sacrifier pour le bien public. Déjà il venait d’accepter l’indifférence du destin en n’étant pas reconduit aux marches du palais par un François correct et bien élevé tournant immédiatement les talons pour aller s’occuper de choses sérieuses.

               Mais l’affaire ne va pas s’arrêter là. Marine et Mélanchon vont encore bien nous divertir. Dommage qu’il n’y ait plus Poutou. Parce qu’enfin en dépit des sondages et des vœux pieux que demande le peuple ? Sans doute comme à son habitude le nécessaire et l’indispensable. En gros du pain, des jeux et la fin des privilèges  pour tous les autres que soi-même et son chien et son chat et ses proches

 

                                                                   La Brosse Conge le 18 mai 2012.

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

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                                                   "Dies irae" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

                                                                                                                                   

 

                                                                                                                      

 

                                                                                                                                   

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 12:05

 

 

Pardonnez-nous--pauvres-pec.jpg

                        "Pardonnez-nous, pauvres pêcheurs..." - huile sur toile - 100 x 81 cm (détail)

 

 

 

Vierge Marie

 

Vierge Marie soyez bénie

Vous qui dans le déhanchement

De votre jeunesse alanguie

Portez l’enfant

 

Vous qui n’avez jamais pêché

Pas même avec une épuisette

Et qui n’avez conté fleurette

En public ou en aparté

Les jours de fête

 

Vierge Marie soyez bénie

Vous qui n’avez jamais lorgné

Sur le torse ou sur les mollets

De quelque éphèbe endimanché

Et pas trop laid

 

Même les propos enjôleurs

Du plus beau loubard de banlieue

N’auront jamais pu à cette heure

Vous faire oublier le Seigneur

Qui toujours au plus haut des cieux

Ne vous en veut

 

Jamais les propos infamants

Des séducteurs, des gros machos

Mentant comme arracheurs de dents

Pour justifier leur libido

N’auront pu par acharnement

Vous faire ciller.

 

 

                                                                    Le Chesnay le 5mars 2012

                                                                    Copyright Christian Lepère

 

 

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                                          "Concert angélique" - huile sur panneau- 46 x 38 cm

 

 

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                                                                         "L'état de grâce" - eau-forte -

 

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 07:47

Petits pois rouges

 

 

« LES PETITS POIS SONT ROUGES »

 

 

            Pourtant le poète nous l’avait bien dit : « La terre est bleue comme une orange. » Mais les poètes sont des gens bizarres et dénués de toute objectivité. Sans doute mais le bon sens populaire nous en avait aussi averti : « Les petits pois sont rouges ! » Il est vrai que le dérapage sémantique y entrait pour un part et que nul ne saurait affirmer que les petits poissons ne peuvent pas être rouges eux aussi. C’est tellement plus joli.

            Après ce court préambule abordons la chose de façon plus strictement scientifique. Depuis toujours nous sommes persuadés de voir le monde tel qu’il est. Ne parle-t-on pas de couleurs naturelles, appartenant donc intrinsèquement à la nature ? Ainsi tout bon élève vous le confirmera, le ciel est bleu et les tomates sont rouges, du moins quand il fait beau pour le premier et que les rayons du soleil ont fait mûrir les secondes.

            Mais la science s’en est mêlée. Sans vergogne elle a observé et analysé et ses conclusions sont accablantes. D’abord ce n’est pas le monde extérieur que nous observons directement, mais des messages transmis depuis celui-ci par l’intermédiaire d’ondes électromagnétiques. C’est comme pour le pilote d’avion incapable de discerner l’obstacle avec ses yeux et usant d’un subterfuge. Il envoie des ondes radar qui en ricochant sur tout ce qui est contondant le renseignent sur la présence d’objets plus ou moins identifiés. Ainsi la catastrophe est évitée. Et si le vol Rio Paris se perd corps et biens au dessus de l’Atlantique ce sera du à une regrettable défaillance des systèmes.

            Mais ouvrons les yeux et observons. Inlassablement le soleil nous inonde de ses rayons. De diligents petits photons vibrant selon des cadences précises quoique infernales vont ainsi entrer en collision  avec tout ce qui se présente. Mais la nature n’est pas simple, elle a ses préférences. Ainsi certaines longueurs d’ondes entrant en  harmonie avec la structure atomique d’un objet seront acceptées, intégrées, transformées en chaleur. Alors que d’autres jugées moins sympathiques seront rejetées et rebondiront en tout sens, pour éventuellement venir frapper notre rétine. Soit dit en passant, les rayons lumineux ainsi sélectionnés sont ceux que l’objet rejette, dont il ne veut pas. Et si la perception finale est bleue c’est parce que justement il est à l’opposé. Donc le bleuet serait plutôt orange, si il avait une couleur. Dieu merci il n’en a pas et c’est à la suite d’opérations chimiques et électrique fort complexes qu’une longueur d’onde excitant un récepteur particulier dans la rétine va créer un influx nerveux qui après quelques péripéties va permettre de créer dans le cerveau une sensation colorée. Je dis bien une sensation parce qu’il est certain qu’il n’y a pas d’image dans notre aire visuelle. Pas plus que sur l’écran plat du téléviseur d’ailleurs.

            Donc au final l’ultime observateur, la conscience, va prendre conscience (je sais la redondance est lourde, mais tant pis…) d’une image. Image inexistante apparaissant à un observateur qu’on serait bien en peine d’observer.

            Nous voilà devant le mystère ultime : qui voit et que suis-je réellement ? Rassurez-vous on peut très bien continuer à vivre sans se poser ces questions oiseuses que la science ne pourra d’ailleurs jamais résoudre puisqu’elle n’envisage que l’observable et le mesurable, de préférence répétitif.

            Alors rassurez-vous braves gens. La terre est ronde…et pourtant elle tourne. Le soleil brille, quand ça lui plaît, et inlassablement les petits poissons rouges ou gris saumoné continueront eux aussi de faire le tour de leur bocal. Pour la plus grande joie des enfants que nous sommes restés, malgré tout.

 

                                                                     La Brosse Conge le 9 mai 2012

                                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

301-Crevettes-en-folie-----.jpg                                                "Crevettes en folie" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

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                                                         "Rencontre au désert" - huile sur toile - 61 x 50 cm

           

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 11:54

319-La-belle-saison-.jpg

                                                                         "La belle saison" - gravure à l'eau-forte - 28 x 39 cm

 

 

Le temps qui prend son temps

 

 

Myosotis et campanules

Pâquerettes endimanchées

Du bleu, du blanc, du mordoré

Tapissent le flanc du fossé.

 

Bien jeune et un peu neuf

À ce qu’il me semblait

Je hantais la campagne

Sous des cieux bourguignons.

 

J’errais ainsi sans but

J’étais dans mon jeune âge

Naïf et sans malice

Mais pas sans illusions.

 

Parmi les liserons, les mauves et les roses

Parmi les pissenlits jaunissant la prairie

Parmi les herbes vertes en la nature éclose

Léger et incertain je cheminais sans bruit.

 

Un battement de cils

Quelques extrasystoles

Un clin d’œil à la vie

Un soupir qui s’envole.

 

Mais un avion passait, ronronnant tout en haut

Dans l’azur éperdu comme un coléoptère

Et voilà que déjà et voilà qu’à propos

Ici en cet instant, sans nulle ambiguïté

Le temps vibrait tout nu, immobile et sans voix.

Avouant qu’il n’était pas et ne s’écoulait guère

Et que depuis toujours, de toute éternité

Il avait fait comme si, il avait laissé faire

Il nous avait sans fin laissé tout inventer.

 

Ainsi tenant son rôle et mentant sans vergogne

Il ne cesse jamais de tisser son filet.

N’hésitant devant rien et jurant sur parole,

Sur nous et nos amis, nos proches, nos cousins

Il brode sans répit des histoires de brigand

Et nous berne de contes à dormir éveillés.

 

Mais le temps prend son temps

A nous de nous méfier

 

Myosotis et campanules

Pâquerettes endimanchées

Du bleu, du blanc, du mordoré

Tapissent le flanc du fossé.

 

 

                                                              Le Chesnay le 16 septembre 2011

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

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                                                 "Le long du sentier" - gravure à l'eau-forte - 28 x 39 cm

 

 

 

 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 07:41

464-Fin-du-Kali-Yuga-jpg

                                                                                    "Fin du Kali Yuga" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

 

TITANIC ATTITUDE

 

 

            Et revoilà le Titanic. Enfoui d ans les profondeurs abyssales de l’Atlantique, il attendait son heure. Reposant noble et brisé en deux sur des fonds obscurs où rien ne bouge, où le temps paraît figé et où la vie se tient coite dans le silence de l’éternité, il se rappelle à nos mémoires.

            Cent ans déjà ! Cent ans depuis que la science et la technique triomphantes, ivres de leurs découvertes et d’un élan irrésistible ont persuadé l’homme qu’il était le maître du monde. Où tout au moins en passe de le devenir en attendant la guerre de 14 qui n’allait pas tarder à devenir préoccupante.

            Donc tout avait été prévu. C’était le plus grand, le plus beau, le plus impressionnant. C’était l’invincible doté de tous les perfectionnements sécurisants imaginables. Pensez donc ! Une coque renfermant des caissons étanches, une coque in fracturable…Le top du top. On avait même été, dans un élan d’enthousiasme jusqu’à sous-estimer le nombre et la contenance des canots de sauvetages. Pourquoi s’encombrer de tels gadgets à bord d’un insubmersible ?

            Et puis l’inenvisageable s’est produit. Quelques mètres à gauche la rencontre était évitée et le monstre aurait à peine incliné légèrement sa trajectoire. Un peu à droite il aurait heurté plus franchement l’iceberg, provoquant un choc spectaculaire mais sans graves conséquences humaines. Au fait, si le départ de Southampton avait eu lieu cinq minutes plus tard, le commandant ayant oublié sa casquette sur le quai ? Ou même trente secondes plus tôt, un léger vent arrière ayant augmenté imperceptiblement la vitesse ?

            Voilà où nous en sommes. Tout événement, minuscule ou grandiose, insignifiant (en apparence) ou lourd de conséquences dans l’immédiat dépend d’un nombre incalculable de causes. Si le pain est trop cuit c’est que le boulanger l’a laissé un peu trop longtemps dans le four, parce que le téléphone a sonné et qu’il a répondu à sa femme qui, ayant oublié ses clefs et ne pouvant pas aller chercher le petit dernier à la crèche a du lui demander d’envoyer le commis pour l’aider à résoudre le problème et que ce dernier n’a pas pu faire démarrer sa mobylette parce qu’il en avait un peu négligé l’entretien. Et c’est pourquoi madame Michu, Germaine, dont les vieilles dents toutes gâtées n’ont pas encore été remplacées par un dentier va passer une mauvaise journée. Ayant du mal à mastiquer elle va se résoudre à enlever la croûte pour ne manger que la mie. Et au prix où est le pain, c’est une charge supplémentaire quand on n’a qu’une très modeste pension de surnuméraire au service contentieux d’une petite entreprise de province. Mais en revanche son petit fils sera content. Enfin le pain quotidien va ressembler à du pain grillé qui croquille sous la dent. Ah les petits plaisirs de la vie !

            Et voilà que le Titanic ressurgit dans nos mémoires comme un appel des profondeurs où se cachent les grandes images symboliques. Même si l’on connaît bien l’attrait d’un vain peuple pour les beaux drames et les catastrophes sublimes, rien en apparence ne peut justifier une aussi puissante attirance. Le nombre de catastrophes humaines et de cataclysmes naturels qui ont frappé l’humanité depuis est véritablement effarant. De tous les côtés le destin a frappé. Hiroshima, Tchernobyl, le tsunami, le 11 septembre, sans oublier deux guerres mondiales, la révolution bolchevique, le Grand Bond en Avant et de multiples soubresauts de la croûte terrestre dérivant sur du magma en fusion.

            A chaque fois l’impact est énorme et le nombre de morts en progression. Mais le Titanic reste exemplaire. C’est le symbole parfait de l’arrogance humaine ridiculisée par le destin. C’est la fin d’un monde qui dans sa suffisance  se prend pour l’absolu. Serait-ce une tour de Babel flottant sur les eaux de l’Atlantique nord ? Ou l’affirmation brutale du troisième Reich qui devait durer mille ans ? L’immense empire d’Alexandre le Grand n’a guère duré, pas plus que celui de Napoléon.

            Il se pourrait bien que la fascination pour le Titanic soit celle de notre inconscient, infiniment plus profond et perspicace que notre petit conscient de surface, tout confit de ses petites exigences personnelles et de son importance supposée. Ainsi au fin fond de nous-mêmes quelque chose veille qui nous avertit de notre méprise. Car notre désir d’absolu est bien légitime mais très mal orientée. En réalité nous sommes bien le centre du monde mais pas du tout de la façon primaire que l’on croit aveuglément. Pas au niveau du relatif en tout cas car tout y est absolument et définitivement relatif. J’espère que le paradoxe ne vous donne pas des boutons…

            Depuis, des exemples plus récents, plus actuels auraient pu prendre la relève et remplacer le mythe du Titanic. Il n’en est rien. Rien ne fait le poids.

            Ainsi récemment le Costa Concordia a fait naufrage. On s’est ému, on en a parlé. Mais la mayonnaise n’a pas pris. C’est qu’il s’agissait d’un navire de croisière de luxe, un palace flottant où de braves gens après avoir laborieusement économisé, ou pas, vont se faire dorloter dans un décor de rêve d’un luxe indécent. Totalement pris en charge, du moins ils l’espéraient, anticipés dans leurs désirs, comblés d’images, de sons et de friandises ils n’avaient plus qu’à se laisser bercer. Et puis voilà que tout se gâte. Le commandant, joyeux hurluberlu se permet un comportement ludique. Oh rien de bien grave ! Simplement épater les copains en venant saluer les populations locales éberluées. L’intention est sympathique. Mais voilà qu’un mauvais récif planqué dans l’eau et même pas signalé sur la carte ( ?) vient faire chavirer le beau navire. Evidemment c’est moins noble qu’un iceberg solitaire et glacé en plein Atlantique Nord et l’ampleur du drame reste beaucoup plus raisonnable. D’ailleurs les croisières similaires ne se sont pas arrêtées pour autant. Quelques jours plus tard on a pu voir un navire gigantesque de même allure parader dans la lagune de Venise à une encablure de la place Saint Marc. Je le sais, je l’ai vu à la télé et même dans Paris Match !

            Concluons, et comme diraient les anciens, de mon temps c’était quand même autre chose…Et c’est parfois vrai puisqu’ après un siècle révolu le Titanic continue de hanter notre mémoire collective et revient, tel le monstre du Loch Ness réveiller nos peurs et nos espoirs. Sans doute parce qu’au-delà de l’histoire qui fait rêver et qui fait peur nous sentons bien qu’il est une image symbolique de notre belle civilisation moderne et performante arrivant en fin de parcours pour laisser place à un autre épisode de l’évolution sur cette planète qui elle ne peut pas sombrer, du moins dans un avenir envisageable à l’échelle humaine.

 

                                                                        Le Chesnay le 17 avril 2012

                                                                        Copyright Christian Lepère

 

 

187-Le-dernier-refuge

                                                                         "Le dernier refuge" - gravure à l'eau-forte

           

 

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