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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:21

 

                      125-Le-temps-incertain----46-x-38-cm.jpg

                                                                   "Temps incertain" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

 

 

Au bon vieux temps jadis

 

                 C’était au bon vieux temps jadis, quand il y avait encore des saisons. Dans ces temps bénis les hivers étaient froids et les étés caniculaires. Mais au moins on savait à quoi faire face. On pouvait se préparer, mettre sa laine ou laisser choir de vains oripeaux quand on était tout suant et ramollis. Même la fin de l’école, le 14 juillet venu, nous accablait de chaleur et nous rendait moites en attendant les départs vers des cieux plus estivaux. En ce temps là la Toussaint était triste et le premier mai tout embaumé des senteurs du muguet.

                 En ce temps là…Bien sûr en y songeant un peu plus, il faut bien admettre que parfois il y avait de l’inattendu ! Mais c’était exceptionnel, donc pardonnable et d’ailleurs c’est ce qui mettait le reste en valeur et évitait l’ennui.

                 Ainsi il me souvient de vacances de Pâques où, blotti au cœur de la maison en Bourgogne, devant la cuisinière avec le four ouvert, les pieds réchauffés et l’âme exaltée je me berçais de lectures. Depuis de belles histoires, contes ou légendes jusqu’aux aventures de Pif le chien. Le soir venu on réintégrait les draps humides d’une chambre froide en attendant l’accalmie du lendemain qui parfois se faisait attendre…

                 Me reviennent aussi des souvenirs de 15 août tout inondés ou noyés de bruine persistante. Mais au moins ça faisait des souvenirs et c’était tellement agréable quand ça s’arrêtait.

                 Aujourd’hui la terre se réchauffe, le climat se dérègle, les conditions se font aléatoires. L’exception devient la règle et le bon sens est chamboulé. Tournoyant sans relâche et espionnant tout des batteries de satellites scrutent inlassablement les perturbations. Ils dénoncent l’anticyclone qui se permet des fantaisies inadmissibles , prévoient l’évolution des masses nuageuses, calculent avec une précision électronique le taux d’humidité, l’accumulation des charges électriques au sein des masses orageuses et l’arrivée perfide de courants d’air froid refoulés par l’atmosphère estivale de la banquise qui en fond de plaisir.

                 Nous sommes dans un monde globalisé où tout réagit sur tout. Où le battement d’aile d’un papillon dans la forêt amazonienne déclenche un mini tsunami quelque part en Thaïlande et détourne les baleines à bosse de leur voyage immémorial au fil des courants transocéaniques.

                 Or tout cela n’est pas nouveau. Et de tout temps les événements se sont enchaînés implacablement selon les lois de la nature, ainsi que de la culture, apparemment plus aléatoires mais tout aussi déterminés dans leur déroulement facétieux. Car après tout l’évolution des mentalités et le changement des mœurs semblent bien obéir à des lois aussi incontournables que celles de la matière pesante. Pourquoi le printemps du Quattrocento ? L’hystérie révolutionnaire de 1789 ?Le rouleau compresseur du 3° Reich ? Ou même de façon plus modeste l’effervescence de mai 1968 ?

                 Tout cela est observable, analysable, démontrable et les doctes peuvent ensuite constater que ça c’est passé comme ça parce que c’était inévitable. Même si d’autres doctes ne peuvent s’empêcher de rétorquer : « Oui, bien sûr, mais si… » et d’évoquer des hypothèses dont le péché originel est de reposer sur le désir de leur auteur qui voudrait tant que l’on remarque enfin son originalité dans un premier temps, avant d’admirer qu’il est au dessus de la mêlée et que le Bon Dieu aurait grand intérêt à tenir compte de ses conseils. « Ah ! Si on m’avait consulté… ». Mais le monde est immense, implacable et indifférent. Il n’a que faire de notre avis et n’en fait qu’à sa tête.

                 Voilà pour la marche générale. Mais depuis quelque temps le temps s’affole. Notamment avec des inondations. Non pas qu’on ait oublié celles parisiennes de 1910, plus que respectables, mais ces temps derniers l’Europe Centrale a été gâtée. Elle a pu s’ébattre et se rafraîchir. Des tas de gens, laborieux à l’ordinaire, ont occupé leurs loisirs à remplir et empiler de petits sacs de sable  le long des rives de leurs fleuves. Et le niveau de monter. Et les grands bâtiments de Prague de jouer les palais vénitiens au bord de la Moldau ou à Budapest sur les rives du beau Danube bleu.

                 Maintenant ce sont les Pyrénées qui font trempette. Sur les rives de l’Adour et de la Garonne un tas de bourgades voient avec effroi les suites de la fonte des neiges et des orages cataclysmiques qui se déchaînent. Comme souvent on constate que les prévisions ont été un peu sous estimées. Donc de petits torrents parfois à sec se mettent à gonfler, gonfler, emportant dans leurs flots tempétueux des matériaux d’érosion qui deviennent de dangereux instruments de sape. Car c’est par-dessous que les bases des ponts et des parapets se retrouvent rongées, provoquant l’effondrement de maisons riveraines et surtout de digues protectrices qui ne retiennent plus rien…

                 Encore une fois tout cela n’est pas nouveau. Mais la différence c’est que maintenant on est informés. Tout de suite et de façon détaillée. Les ondes nous font assister à ce qui se passe en direct et avec force témoignages humains. Ah ! Quelle chance nous avons ! Au moins nous sommes au courant et nous pouvons nous enorgueillir de l’être même si ça n’y change pas grand-chose…

 

 

                                                                  La Brosse Conge le 20 juin 2013

                                                                  Copyright Christian Lepère  

 

        188-Au-gre-des-vents----------61-x-50-cm.jpg

                                                                               "Au gré des vents" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1991

 

 

Avons-nous fait le tour du problème ?

Sans doute pas !

Alors à la semaine prochaine où nous aborderons

« Les espaces clos »

 

Et la claustrophobie q’ils induisent irrémédiablement…

 

 

VEZELAY-cimetiere.jpg

Humour noir

Dans le Vieux Cimetière de Vézelay

il y a quelques jours...

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 08:37

       375-Obscur-objet-du-desir--65-x-54-cm.jpg

                                                             "L'obscur objet du désir" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2002

 

 

La création du monde

 

 

            Immuable, l’Absolu reposait en lui-même. Un beau jour las de cet état de chose, il se fit deux, comme ça, pour voir, par pure espièglerie. Ainsi il put se faire peur et se séduire, se pourchasser et se rejoindre, se fuir et se réunir. Il ne lui restait plus qu’à nommer la femme, puis son compagnon. La pièce prête, le décor planté, l’histoire pouvait débuter. On ne sait que trop quelles en furent les suites…

            Mais les turpitudes ont leur bon côté et les peintres, réjouis de l’aubaine purent tirer de l’anatomie féminine une inspiration toute en courbes et sinuosités, tandis que la virilité fièrement érigée leur procurait l’exaltation d’une énergie revigorante.

            Certains, comme on pouvait s’y attendre n’en furent pas satisfaits et craignirent pour le salut de leur âme. Mais, bon an mal an, d’autres pensèrent que tout cela ne présentait en fait aucun caractère de réelle gravité. Ils laissèrent donc l’Absolu gérer la situation tout en vaquant pour leur part à leurs occupations habituelles.

 

                                                                             Copyright  Christian Lepère

 

                      Obscur objet du désir - détail 

 

 

                           Obscur objet du désir -détail 2               

 

 

La prochaine fois

Je vous parlerai

Du Bon Vieux Temps

Jadis…

------------------------------------------------

 

Et voici maintenant une lettre que je viens de recevoir,

Envoyée par le peintre Michel Ogier :

 

 

LETTRE OGIER

 

 

 

 

 

 

 

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 07:16

 

 

                   71-Voyageur-au-soleil-couchant--46-x-38-cm.jpg

                                             "Voyageur au soleil couchant" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

 

 

 

Yahne le Toumelin

suite

                                                                         

              Donc je n’avais pas cherché à voir les œuvres de Yahne le Toumelin. Et puis voilà que les rebonds du net m’ont amené à les découvrir. J’apprends d’abord qu’elle a été admirée par André Breton…mais celui-ci s’est souvent montré subjectif ou tout au moins habile à récupérer ce qui à ses yeux apportait de l’eau à son moulin et au rôle de maître qu’il assumait. Ensuite le photographe Henri Cartier Bresson qui a fréquenté le gratin des avant-gardes. Enfin, elle a côtoyé Pierre Soulages. Pour ce dernier j’aurais carrément une réticence. Consacrer sa vie à peindre en noir des toiles blanches est une occupation inoffensive qui ne peut nuire à personne. Prétendre ensuite que c’est le reflet d’une démarche intérieure…pourquoi pas ? Mais considérer qu’il s’agit d’œuvres picturales majeures me paraît très excessif. C’est comme pour le bleu Klein ou les éclaboussures de Pollock. Mais je ne voudrais en dégoûter personne.

              Donc mon mental s’agite bêtement, jusqu'à ce que les peintures pénétrant mon champ visuel s’imposent à mon attention. Alors tout change ! Certes c’est abstrait, mais pas toujours. Et même quand ça l’est carrément, c’est toujours un régal pour les yeux et le cœur.  Des compositions solides, structurées, équilibrées. Des enchaînements de formes comme seuls le biologique et le végétal savent en faire surgir. Des couleurs parfaitement harmonieuses, savamment ou plutôt instinctivement dosées. Des matières riches et variées. En faut-il plus pour satisfaire quiconque aime la peinture pour elle-même, négligeant toutes les autres raisons qu’il y a de faire semblant d’admirer : snobisme, spéculation  et peur panique de ne pas être « in » ? En gros ne pas se résigner à être un lamentable looser dépassé par le progrès culturel ?

              Nous sommes ici en présence d’œuvres authentiques et même si cela n’est nullement indispensable, il semble bien que l’orientation spirituelle de l’artiste lui ait permis d’aller plus loin. De réintégrer son centre vital pour y retrouver ses racines profondes et laisser jaillir les énergies subtiles qui n’attendent que ça.

              Si le sujet vous intéresse, laissez vous guider par Google. Il vous fera découvrir de nombreux aspects d’un parcours que peu connaissent et qui me semble exemplaire. De la périphérie vers le centre. Du banal et du quotidien vers la vie jaillissantes qui nous attend derrière, au-delà du par delà de l’au-delà.

              Mais je vais vous quitter car j’ai à faire. Un livre de Christian Bobin qui traînait depuis longtemps sur une table de chevet, poussiéreux et négligé, s’est ouvert en tombant sur le tapis. Je l’ai donc ramassé car ça faisait désordre et machinalement j’ai lu quelques mots…Me voilà accroché et je crains que cela ne perturbe un peu les prévisions que j’avais envisagées pour un avenir proche.

 

                                                                La Brosse conge le 26 mai 2013

                                                                Copyright Christian Lepère

 

 

Les peintures de Yahne le Toumelin,
la mère envers qui j'ai tant de reconnaissance,
ont peuplé mon enfance.
Leurs transparences lumineuses m'ont si souvent
emmené dans des voyages sans fin
au-delà des frontières de la réalité solide.

Matthieu Ricard

   

 Et la prochaine fois?

Un sujet grandiose et cosmique

"La création du monde" 

 

 

534-Le-vieil-arbre-22-x-27-cm.jpg

                ""Le vieil arbre" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 07:50

Paysage-amoncele.jpg

                                                         "Paysage amoncelé" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2000 

 

 

 

Yahne le Toumelin

 

              Dresser inlassablement des idoles pour les adorer ! Voilà ce que toute âme bien née est tentée de faire et la liste serait longue de ceux et celles qui se sont acharnés à atteindre en vain leur idéal. Hélas la nature humaine est complexe et choisir à tout prix le camp du Bien pour se faire une bonne conscience est plus qu’hasardeux. Si cela permet de vivre des tragédies grandioses, en revanche il est clair que nul n’y a trouvé le bonheur et la sérénité. Alors que souhaite-t-on vraiment ... ?

              Voici que me reviennent en mémoire les vers célèbres de Baudelaire :

 

 Je découvre un cadavre cher

Et sur les célestes rivages

Je bâtis de grands sarcophages.

 

              Passé l’adolescence, période d’effervescence et d’excès divers, il me semble avoir été plutôt raisonnable. Et si il m’est arrivé parfois d’admirer tel ou tel de façon un peu exaltée, il y avait quand même à cela quelques raisons. Ainsi tout imprégné des chansons de Brassens, de Jacques Brel ou de Léo Ferré, cela ne m’a jamais poussé à les rencontrer ou du moins à aller les applaudir sur scène. C’étaient leurs œuvres qui m’intéressaient, pas leur personne. C’étaient leurs messages et leurs mélodies, pas leur pipe ou leur accoutrement.

              Ces temps derniers la radio et internet m’ont amené à découvrir bien des sources pour alimenter une recherche sérieuse. Toutes les spiritualités, toutes les grandes traditions y sont désormais accessibles. Pour le meilleur et pour le pire…Tenons nous en au meilleur ce sera plus réconfortant. En suivant les liens numériques j’ai ainsi fait connaissance avec des aspects essentiels du bouddhisme. Notamment avec Matthieu Ricard, intellectuel de haute volée, chercheur rigoureux en biologie moléculaire, mais aussi mystique doté d’une intuition profonde qui l’a poussé à devenir moine pour se consacrer à la « science véritable » celle du dzogchen de la tradition tibétaine.

              Cherchant à en savoir plus, j’avais appris qu’il avait pour père Jean François Revel, philosophe athée et matérialiste et avait mené ses études et ses recherches scientifiques sous la conduite du prix Nobel Jacques Monod, chantre d’une philosophie existentialiste assez désespérante. C’était un peu étrange mais ressemblait assez aux tours et détours qu’utilise le destin pour arriver à ses fins.

              Malgré tout il manquait quelque chose, le puzzle était visiblement incomplet. Et voilà qu’un petit détail m’avait échappé. La mère de Matthieu Ricard, Yahne le Toumelin était devenue nonne bouddhiste, ce qu’elle est encore, après avoir entamé et poursuivi jusqu’à ce jour une carrière de peintre.

              Au premier abord je n’avais pas été tenté d’approfondir. On connaît tant de ces artistes intellectuels qu’une interrogation un peu poussée a amené à côtoyer la spiritualité et parfois à s’y égarer. En dépit de leur sincérité, les résultats picturaux ne sont pas toujours bien convaincants. Et je persiste à croire que l’abstraction, même si elle n’interdit rien, ne favorise en aucune façon  un approfondissement ou une recherche de l’essentiel. Le fait que le zen soit délibérément très dépouillé ne le rend pas plus bouddhiste que le tantrisme tibétain où des multitudes de divinités grimaçantes et courroucées brandissent des armes contondantes, environnées de squelettes  de damnés. Le « vide » qu’il y a à atteindre s’accommode fort bien de l’exubérance des débordements du samsara. D’ailleurs nirvana et samsara sont deux « aspects » ou plutôt deux visions d’un seul et même monde.

                                                                       à suivre...

 

 

              Voguer-vers-d-autres-cieux-copie.jpg

                        "Voguer vers d'autres cieux" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1999

 

 

 

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 07:10

       Sans-titre-1-copie-copie-1.jpg

                                                                               "Le masque" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1989

 

Le jour de la marmotte (suite)

 

            Maintenant, pour s’occuper il entreprend de séduire sa productrice. Cette jeune personne plutôt séduisante se laisse inviter au restaurant et la journée est ensuite meublée des distractions disponibles dans cette petite ville de province. Le soir venu il réussit à l’entraîner dans sa chambre d’hôtel et poursuit ses travaux d’approche. Mais il est trop pressé, trop sûr de lui et provoque la réaction prévisible. Il se fait gifler et congédier pour reprendre tout à zéro le lendemain à six heures.

            Comme il a de la suite dans les idées, il va revoir le           

  scénario en cherchant à l’améliorer à chaque fois. Après une bonne douzaine de gifles il finit enfin par arriver à ses fins. Il faut dire que tout cela lui a permis de devenir plus habile, mais aussi et surtout plus sincère. Sa productrice n’est plus la proie d’un collectionneur qui enrichit son tableau de chasse en traçant des croix sur le mur, il s’est pris de coeur pour elle. Il n’est plus un simple manipulateur, un obsédé du chiffre. Enfin il s’humanise et tient compte de l’autre. Cette excellente disposition va aussi l’engager à cultiver ses talents. Par exemple il se révélera sculpteur sur glace talentueux, pianiste d’un excellent niveau alternant classique et jazz et bienfaiteur du pauvre et de l’opprimé. Son ouverture devenant de  plus en plus sincère et non motivée par le bénéfice personnel, il arrivera même à séduire la jeune femme en se laissant séduire lui-même. De chasseur qui traque ses proies il est devenu partenaire attentif tenant grand compte des souhaits et des besoins réels de celle pour qui il penche.

            Et c’est ainsi qu’il va se réveiller une fois de plus à six heures, mais cette fois le lendemain matin. Et il n’est plus seul dans le lit. Le cercle infernal est brisé, le temps reprend son cours et la vie s’ouvre devant eux.

            L’histoire pourrait être simplement amusante et permettrait de distraire les copains en leur racontant les péripéties rocambolesques d’une histoire farfelue pas très crédible. Dans le genre comédie loufoque ça pourrait faire recette. Mais si ce film m’avait marqué, c’est sans doute pour des raisons plus subtiles. Peut-être bien qu’il nous parle de nous même et des pièges de l’identification que nous ne cessons de fabriquer pour nous y enfermer soigneusement.

            Après tout…Ne suffit-il pas d’observer bien des vies humaines, sans oublier la nôtre propre, pour constater à quel point nous nous répétons. A quel point nous revivons sans arrêt des scénarios à peine modifiés. Et cela en laissant tout au plus au « hasard » la possibilité d’introduire un peu d’inattendu. C’est tellement rassurant de savoir où l’on va, tellement confortable de continuer à suivre les rails habituels. Au moins on sait où l’on en est, on croit même savoir qui on est…on peut se justifier. On finirait même par se croire rationnel et raisonnable alors qu’on est simplement victimes de petites manies, souvent inoffensives, mais pas toujours…

            Je me souviens de l’époque où ma maman, ravie de voir son artiste de fils porter la barbe aurait été enchantée si je m’étais mis à fumer la pipe. Le personnage aurait alors été plus conforme à une certaine image qui fait rêver dans les chaumières. On aurait pu me décrire aisément et de façon valorisante. « Et vous savez, en plus, il a toujours des chemises noires et une écharpe rouge…Ne cherchez pas, c’est un artiste ! »

            Une originalité de bon ton, une identification immédiate, voilà ce qui peut rassurer les braves gens. Mais mon passé est de peu d’intérêt. D’ailleurs je porte toujours la barbe et souvent des chemises noires, mais la pipe a disparu du bric à brac et bien que continuant à peindre assidûment et de façon peu raisonnable je ne me prends plus trop pour un artiste. C’est devenu tellement banal dans notre monde contemporain où chacun peut se réaliser et affirmer son moi  le plus intime que mon souci maladif d’originalité me pousserait plutôt à me faire oublier. Mais c’est sans doute encore une ruse, une façon de n’être pas comme tout le monde, une forme d’orgueil particulièrement néfaste. Une façon de se démarquer. Mais comme l’a dit je ne sais plus trop qui (Un évêque parait-il…) : « Et en ce qui concerne l’humilité, je ne crains personne ! ».

            Alors, à bon entendeur…

 

                                                                          Le Chesnay le 9 mai 2013

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

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                                            "Pulsions bariolées" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1991

 

 

Et la suite…


Yahne le Toumelin, ça ne vous dit rien ?

A moi non plus, il y a peu,

mais je suis accro à internet !

Alors rendez-vous la semaine prochaine

Pour découvrir une nonne bouddhiste qui pratique la peinture à l’huile…

(c’est bien plus difficile, mais c’est bien plus beau…)

 

 

          

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 08:03

                     261-Etrange-equipage-------.jpg

                                                                     "Etrange équipage" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1996

 

 

Le jour de la marmotte

« Un jour sans fin »

 

 Ca faisait bien longtemps que je le cherchais en vain et enfin un jour, par hasard, j’ai retrouvé ce film qui de façon inattendue avait alors éveillé toute mon attention. Le titre en était sibyllin : « Un jour sans fin » et le propos, métaphysique, mais au second degré, traité avec humour et de façon surprenante. Le temps existe-t-il ? Ou n’est-il qu’une sorte de convention destinée à nous permettre de vivre le quotidien sans trop de difficultés ? La réponse est incertaine et sa recherche continue de faire les beaux jours  des philosophes à la petite semaine.

            Voici donc la chose. Un présentateur de télévision, plutôt bien de sa personne et très autosuffisant se rend comme chaque année au « Jour de la marmotte ». C’est une fête traditionnelle réunissant toute la population autour de cette charmante petite bête qui, au sortir de son sommeil hivernal,  va permettre de prédire l’évolution météorologique. Si elle voit l’ombre de ses pattes, donc si il fait beau, l’hiver n’est pas terminé mais va se poursuivre implacablement. Dans le cas contraire c’est le printemps qui va surgir, suscitant joie et liesse dans la population.

            Notre reporter accompagné de la jeune femme qui est sa productrice et de son fidèle cameraman va vivre toute cette journée après avoir passé la nuit dans un hôtel confortable. Mais au moment de partir il se retrouve bloqué par un blizzard inattendu et inopportun. Il doit donc se résoudre à passer la nuit suivante sur place.

            A six heures du matin, gros plan sur le réveil. Il émerge, se redresse et écoute les informations. Surprise ! Ce sont les mêmes que la veille ! Y a-t-il une erreur de programmation ? Une négligence humaine ? Une grève des services techniques ? Un bug informatique ? Bah ! On verra bien…Mais il ouvre les rideaux. C’est la même météo que la veille, la circulation est semblable… Descendant les escaliers il croise les mêmes personnes pour se faire proposer le même petit déjeuner par la dame de l’hôtel. Et ça continue. Il est en train de revivre la veille. Même mendiant au coin de la rue, même ami de jeunesse se précipitant pour se faire reconnaître après tant d’années et tenter de lui refiler des assurances vie en lui rappelant le bon vieux temps.

            La journée se termine. Il s’endort. Puis se réveille à six heures du matin pour entendre à nouveau les mêmes informations… Un peu hébété et connaissant la suite il commence à improviser, ne répondant pas la même chose à son interlocuteur. Et son interlocuteur réagit un peu différemment. Mais la suite est sur des rails.

            Et la chose se répète indéfiniment… Sentant sa raison vaciller il envisage le pire, mettre fin à ses jours pour échapper au piège infernal. Il va donc se jeter par la fenêtre, précipiter une voiture volée du haut d’une falaise, engager une autre voiture volée sur une voie de chemin de fer, poursuivi par la police  alors que le train surgit en face. Il va même remplir sa baignoire, se déshabiller soigneusement  puis s’immerger en tenant à deux mains un grille pain en marche provoquant un immense court-circuit dans tout l’hôtel.

            Et toutes ses tentatives sont réussies ! Il meurt à chaque fois et sombre dans l’inconscience. L’ennui est qu’il se réveille quand même le lendemain, je veux dire la veille, à six heures précises, allongé dans son lit et prêt à revivre l’inévitable.

                                                                  à suivre…

 

                                                             Le Chesnay le 9 mai 2013

                                                             Copyright Christian Lepère

 

 

       275-Entre-ciel-et-reve------------65-x-54-cm.jpg

                                                            "Entre ciel et rêve" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1997

 

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:16

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                                               "Le jour qui sombre" - huile sur toile - format 8P, 38 cm de haut - 1986

 

 

Cités espagnoles

 

Nuages, nuages blancs, cités, chant, contrepoint,

flèche d’or, or d’écume, déferlement d’oiseaux.

Dix cavaliers hargneux ont sabré les roseaux.

Dix cavaliers d’antan cuirassés de satin.

 

La lumière vibre au creux d’un épineux fourré.

Cieux de chanvre, de ronces, mouchoir qui s’effiloche.

La Beauce plate sonne comme un troupeau de cloches

et les granges peureuses ont cloué leurs volets.

 

Grinçant au vent qui claque l’arbre sec a cédé.

 

Castagnettes hypercutées.


Son ardeur grimaçante rampant sur les volets.

 

Ô cités espagnoles !

 

La flamme en ses rameaux

dans le ciel enflammé

crépite à crescendo !

 

Ciselures damasquinées.

 

L’ombre a gagné le toit et la nuit est tombée

 

Là haut la cheminée rougeoie.

 

Ô cités espagnoles !

 

Dur, absurde regret.

 

 

                          Paris, il y a bien longtemps – Le Chesnay 23 avril 2013

                                                 Copyright Christian Lepère

 

 

                 117-L-arriere-monde--------61-x-50-cm-copie-1.jpg

                                                          "L'arrière monde" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1989

 

 

La prochaine fois

Je vous parlerai d’un film étrange

« Le jour de la marmotte »

.

 

 

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:15

       419-Paysage-fantasque-73-x-60-cm.jpg

                                                               "Paysage fantasque" - huile nsur toile - 73 x 60 cm - 2004

 

 

Paysage baroque

 

Le soleil ivre mort a vomi des cieux roux.

Sous la plaine étendue et jusqu’à l’horizon

la terre ivre de sang, soûle ronronne en rond

et se vautre en berçant des champs clos d’arbres fous.

 

Spasmes d’accordéon redondant à genoux.

Le soleil ivre fou entonnant des bourrées

tangue par les chemins, roule par les fossés.

Rythme cuivré du sang, sursaut de lourd dégoût.

 

Maculé l’horizon fait le gros dos, jaloux,

sur les granges repues, lasses, goinfrées de paille

Qui vautrées dans leur coin tairont vaille que vaille

Les secrets de leur vie, de ce qui nous rend fous.

 

Couples tourbillonnants lourdement auvergnats,

et jusqu’au soir couchant sans trêve et sans repos,

Des paysans patauds valseront en beuglant,

s’épuiseront en vain, sans fin, hors de propos.

Un peu fous, un peu niais, allez savoir pourquoi…

 

Mais j’étais là béant. Mais j’étais là en vain.

Vide de tout élan et rongé d’incertain,

j’attendais que là bas, j’attendais qu’au lointain

il se fit qu’à nouveau le soleil se leva.

Enfin !

 

                                                      Sermizelles, il y a bien longtemps

                                                     Le Chesnay le 23 avril 2013

                                                    Copyright Christian Lepère

 

 

 

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                                                                                   "Le soir s'éveille" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992


 

Et la semaine prochaine ?

La suite évidemment…

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 07:47

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                                                               "Le retour des errants" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2000

 

 

 

Troc de cœurs

Héloïse et Abélard  (suite)

 

              Hélas nous vivons dans un monde moderne multiple et contradictoire et riche en possibilités diverses. Tous deux familiers d’Internet ne purent s’empêcher de créer des blogs et de s’y épancher. L’exaltation de tout dire et de ne rien cacher les entraîna à bien des confidences. Intimes elles suscitèrent des réponses et des commentaires. Et cela les amena à faire des rencontres, virtuelles d’abord puis plus concrètes. Ils étaient jeunes et se trouvèrent branchés à d’autres. Un jour Abélard avoua à Héloïse  qu’il avait rencontré une jeune personne qui avait voulu en savoir plus sur ce qu’ils avaient osé faire. Et naturellement il avait été amené à montrer concrètement les lieux de l’intervention, les traces des points de suture et, preuve suprême, la réalité des battements de son cœur. Cela supposait une certaine intimité et Héloïse en ressentit du chagrin. Comme elle n’était ni naïve ni soumise, l’idée lui vint non pas de récriminer et de contester, ce qui est pour le moins maladroit, mais d’en faire autant de son côté. Les réseaux sociaux aidant elle pu faire bénéficier bien des jeunes internautes du récit de ce qu’elle avait osé faire. Cela lui amena une bonne cote de popularité et bientôt elle fut submergée par les appels. Tous voulaient savoir, tous voulaient se documenter pour pouvoir peut-être réitérer ce haut fait et même, qui sait, l’améliorer.

              La nature humaine étant ce qu’elle est, quelles que fussent leurs hautes qualités morales et la hauteur de leurs vues, Héloïse et Abélard en vinrent à éprouver moins d’attrait l’un pour l’autre. Tant de considérations extérieures venaient compliquer la noblesse de leur passion qu’ils se surprirent à de la tiédeur, puis de l’agacement. Tous deux avaient changé. Ils avaient découvert le monde et ses complexités, Facebook et les échanges virtuels, les contacts multidirectionnels, sans oublier la polyvalence de nos sentiments et la force de nos passions.

            Raisonnables ils décidèrent de se séparer. Ce ne fut pas aisé car nous ne vivons pas que d’amour et d’eau fraîche. Il y a des traites à payer, des charges à supporter, le réservoir du 4 x 4 à remplir et l’emprunt pour passer ses vacances aux Baléares à rembourser par mensualités, frais d’assurance et de constitution de dossier en sus.

         Alors ce fut l’enfer de la séparation avec la mise au point des dossiers, la réunion des pièces à charge, le calcul des cœfficients de responsabilité. J’oubliais les tentatives de réconciliation en présence de l’avocat qui espère faire traîner un peu les choses pour étoffer ses honoraires.

         Découvrant les tréfonds de l’âme humaine et l’horreur de la situation ils firent le nécessaire pour ne pas faire trop durer et enfin, un beau jour, ils se séparèrent. Puis se perdirent de vue.

                   C’est bien plus tard qu’au hasard d’un club de rencontre pour célibataires ils se retrouvèrent face à face. Ni l’un ni l’autre ne s’y attendait, chacun ayant fourni de lui un portrait assez flatteur pour ne pas dépenser son argent en vain. Ils furent dons surpris et quelque peu déroutés. Enfin comme ils s’étaient assagis en prenant de l’âge, ils convinrent qu’après tout le destin ne se débrouillait pas trop mal. Peut-être pourraient-ils renouer et partager une vie paisible de retraités en meublant leur temps libre avec des croisières de luxe et des activités culturelles au sein de clubs faits pour cela.

         Avec persistance ils recommencèrent et purent à nouveau espérer entendre leur propre cœur battre dans la poitrine de l’autre. Mais rien n’est simple et c’est à ce moment qu’Héloïse dut avouer à l’amour de sa vie que ce qu’il entendait dans sa poitrine à elle n’était plus ce qu’il lui avait donné. Après des années de bons et loyaux services le cœur d’Abélard  s’était montré défectueux. Virus ? Germe ? Usure mécanique ? Suite d’abus de bouche ou tabagisme ? Le fait accablant est que pour résoudre son problème d’arythmie et de palpitations  on avait du l’opérer à nouveau. Et cette fois ci le donneur, décédé comme il se doit, lui était totalement inconnu.

         Alors Abélard accablé n’eut plus qu’une dernière ressource, faire chambre à part, ou alors encore pire, accepter dans les moments les plus intimes l’ingérence d’une tierce personne dont rien ne prouve qu’elle aurait eu la noblesse d’âme de nos deux héros.

 

                                                                      Le Chesnay le 17 avril 2013

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

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                                              "Anima Animus" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1992

                                     

 

 

La semaine prochaine …

 

                En ce temps là j’avais vingt ans à peine et je griffonnais des poèmes échevelés sur des bouts de papier. C’était illisible et flamboyant et cela se termina comme il se doit au fond d’un tiroir. Mais les tiroirs sont faits pour être ouverts. Et c’est ce qui advint il y a peu. Alors, l’âge aidant je repris les choses en main, remaniai le style, fit des ajouts et des coupes sombres et le résultat devint plus présentable, si ce n’est d’un rationnel plus rassurant. Donc, cinquante ans après voilà le résultat d’un cheminement profond, d’une résurgence inattendue.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 07:57

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                                                                   "Coeurs masqués" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2004

 

 

Troc de cœurs

Héloïse et Abélard

 

              C’était au temps jadis. Dans ces contrées moirées noyées de nostalgie. En ce temps là les hommes étaient nobles et les femmes rêvaient au sommet de la plus haute tour, juchées dans leur désir de plus haut vol, filant la laine et tissant leurs songes. Et le monde était vaste et l’horizon lointain.

              En ce temps là on pouvait partir en croisade ou même à la recherche de soi-même au plus profond de forêts obscures, là où se tapissaient les dragons gardiens du seuil. En ces temps de légende la fidélité était de mise. On s’engageait à tout jamais et pour ce faire on n’hésitait pas à conclure des pactes. Alors on ne lésinait pas sur les moyens. On mêlait son sang à celui de l’autre, on s’ouvrait les veines, on faisait couler le rouge liquide, on risquait le trépas et tout était dit. A tout jamais.

              Et puis le temps s’est écoulé. Comme toujours, comme d’habitude. Et l’on est devenus plus pratiques. Un peu moins noble mais tellement plus efficace.

              D’investigations en investigations, d’observations acharnées en analyses toujours plus fines et implacables on a cerné la réalité. On l’a traquée. On l’a prise à la gorge et on lui a fait avouer le pourquoi du comment. La science était née, elle allait nous permettre l’impensable, l’inenvisageable. On a donc cherché, peaufiné, découpé des cadavres, démonté les agencements organiques, exploré la biologie et l’on en a tiré les conséquences. Non seulement on peut mêler son sang, mais on peut en faire don. A n’importe qui, ou presque. La part la plus intime de nous-mêmes peut s’écouler dans des tuyaux, des éprouvettes et des poches avant d’être analysée, centrifugée et classée par affinités et par groupes.

              Dès lors c’est un produit, vital certes, mais ni plus ni moins que toute denrée courante nous permettant de poursuivre notre parcours en entretenant et réparant cet organisme biologique qui nous est bien utile.

              La transfusion sanguine était née et on lui doit de grands bienfaits. J’avoue même lui devoir la vie comme beaucoup d’autres qu’on a un jour étendus inanimés sur le billard avant de les ouvrir après avoir détourné leur circulation, puis arrêté le cœur afin de procéder à quelques réparations relevant de l’art de la plomberie. Réparation de soupapes, remise en état de clapets anti-retour, nettoyage de tuyaux engorgés selon les cas. Mais tout cela est bien connu de toute personne ayant eu des ennuis dans sa salle de bain.

              Donc la part la plus intime de notre corps, notre propre sang, pouvait être, manipulée, extraite, échangée et même régénérée au travers de filtres adéquats et d’adjonctions soigneusement calculées.

              Mais il restait le cœur. Ultime symbole, bastion inexpugnable de notre personne, centre absolu de notre affectivité, lieu où l’on se sent relié au reste du monde. Mais voilà que d’habiles bricoleurs, avec leurs mains expertes, leurs connaissances acquises au prix d’efforts universitaires insensés et  l’aide d’équipes performantes ont tenté l’impossible. Et si un cœur usé, déficient, battant la chamade pouvait être changé ? Remplacé ? La chirurgie s’est attaquée au problème et devant l’ampleur des moyens mis en œuvre l’impossible a été réalisé ! Oui on pouvait en prenant d’infinies précautions et en calculant d’innombrables paramètres arriver a remplacer un cœur…Depuis la chose est devenue plus banale et l’on cite le cas de l’heureux bénéficiaire de trois cœurs. D’abord le sien, d’origine, puis un second aimablement donné par quelqu’un qui venait de s’éteindre avec beaucoup d’à propos, puis un troisième devenu indispensable pour pallier à l’usure du second qui malgré tout n’était pas un article de première main.

              Héloïse était ravissante avec ses vingt deux printemps. Abélard n’était pas mal non plus, quoique un peu plus âgé. Le destin les a fait se rencontrer et d’emblée ils se sont plu. Beaucoup. A la folie ! Alors une idée démente a germé dans leurs cerveaux enfiévrés, nourris de littérature médiévale et de grands sentiments. Ils ont senti que l’exceptionnel était à leur portée. Une grande première leur tendait les bras. Comme leurs finances étaient bonnes ils ont pu envisager de passer du rêve à sa réalisation, tels ce milliardaire américain qui a réalisé son fantasme en devenant cosmonaute.

              Ils ont donc pris rendez-vous. Le chirurgien était content. De renommée mondiale il pouvait leur assurer un succès parfait. Il allait donc intervertir leurs cœurs et permettre à chacun de sentir battre dans sa poitrine l’organe de l’autre, palpitant et sensible.

              Après toute de préliminaires, interrogatoires serrés sur les antécédents et les habitudes de vie, assortis d’examens nombreux et de plus en plus intimes la preuve avait été faite. Ils étaient faits l’un pour l’autre et leurs viscères pouvaient passer d’un organisme à l’autre sans problèmes engendrant des conséquences funestes. Tout était compatible. D’ailleurs n’était-il pas l’homme de sa vie et elle la compagne prédestinée par le destin et le code génétique ? L’accord des chromosomes est un bienfait du ciel.

              L’opération eut donc lieu. Inutile d’insister sur les détails. Tout avait été prévu et planifié dans les moindres détails. Ainsi les tables d’opération étaient jumelles et si le chirurgien était seul, c’est qu’il bénéficiait de toute une équipe préparant et terminant ses interventions comme un seul homme. Tandis qu’une assistante ouvrait un thorax, son collègue sciait les os ou bouchait des artères, tandis qu’un troisième préparait les scalpels et qu’enfin d’autres s’empressaient de recoudre ce qui ne pouvait rester béant.

              Après les délais nécessaires Héloïse et Abélard se retrouvèrent donc frais et dispos. La convalescence n’avait pas été trop longue, les traitements post-opératoires pas trop traumatisants, les séances de rééducation joyeuses et pleines d’entrain.

              Désormais ils pouvaient partager la même couche et serrés l’un contre l’autre entendre les battements de leur propre cœur dans la poitrine qu’ils étreignaient.

                                        A suivre…la semaine prochaine.

 

                                                                  Le Chesnay le 17 avril 2013

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

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                                                                                                                 "Coeurs masqués" - huile sur toile - Détail - 2004

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