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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 09:47

                            140-L-ame-du-monde--jpg

                                                    "L'âme du monde" - dessin aquarellé - 47 x 35 cm - 1995

                                                                   

 

Perte de repères

 

            Après avoir perdu ses illusions, voilà qu’il commençait à perdre ses dents. Pourtant il s’y attendait. C’est à un âge encore vert que la vérité lui avait été dévoilée sans grand ménagement par son dentistes puis par un stomatologue et d’autres spécialistes tous plus spécialisés les uns que les autres.

            « Eh bien vous n’avez pas de chance, vos gencives se résorbent attaquées par le tartre, cernées par des micro-organismes proliférants et pathogènes. Elles se défendent tant bien que mal. Elles gonflent. Elles se débattent. Elles font de la résistance. Hélas le mal est filtrant et petit à petit elles perdent du terrain. Non protégé l’os sous-jacent qui les supporte se résorbe à son tour. Vous n’avez pas de veine et c’est sans doute congénital. Vous êtes programmé pour… Dans quelque temps il vous faudra des appareillages amovibles et puis à terme un dentier. Mais vous savez on en fait de très performants et esthétiques. Et au moins vous n’aurez plus de problèmes ». C’est dur à trente cinq ans de s’entendre dire ça, mais il faut faire avec.

            Trente cinq ans plus tard et après de nombreuses péripéties, car bien entendu des solutions alternatives s’étaient révélées, même si elles n’étaient pas trop connues et même si elles étaient soigneusement occultées par les praticiens du tout venant, le voici qui commence enfin à perdre ses dents. Tout cela est anecdotique car on peut très bien vivre sans ou décider de se livrer à un implantologue qui au prix fort vous installera de discrètes prothèses plus vraies que nature.

            Pour l’anecdote je vais me permettre maintenant une petite digression qui en dit long sur les progrès techniques, ainsi que des mentalités dans ce domaine. La voici toute crue : Un très vieil ami à moi, un de ceux qu’on a presque connus en culottes courtes m’a récemment révélé une vérité inattendue. Ses parents que j’ai bien connus pendant de longues années, personnes joviales et accueillantes portaient des dentiers. Et je n’en avais jamais eu le moindre soupçon. L’histoire était simple et d’une logique accablant. Monsieur M., le père avait une dentition exécrable. Il décida donc vers la quarantaine de tout faire arracher. Solution courageuse et définitive. Mais comme il avait des principes et de la suite dans les idées, il avait décidé séance tenante que les dents de son épouse, bien qu’encore de qualité acceptable risquaient d’entraîner des complications  sans fin dans un avenir indéterminé. Il lui suggéra donc d’imiter son exemple et de tout faire remplacer par une prothèse. C’est ce qu’elle fit, car à cette époque une bonne épouse, mère au foyer, tenait encore compte des souhaits de son seigneur et maître.

            Par la suite monsieur M. était mort, mais son épouse fidèle, envers et contre tout, continue son chemin de vie à un âge plus que respectable et peut continuer à mastiquer paisiblement.

            Mais le destin suit son cours. Imperturbablement. Pour votre édification il se charge d’organiser un habile parcours d’obstacles dans le but louable de vous aguerrir en vous testant. Donc, après ses dents  et quelques autres détails négligeables, voilà qu’il venait de perdre son âme sœur.

            Âme, vous avez dit âme ? Qu’allez vous donc chercher là ? La science nous l’a bien dit et démontré preuves à l’appui, rien de tel ne saurait exister ! Il serait temps de perdre ces croyances obscurantistes en quelque réalité éthérée et impalpable survivant à notre anéantissement. Sorte de placebo pour lutter contre l’horreur du néant qui attend notre personne biologique.

            Certes, mais malgré tout d’autres scientifiques tout aussi savants, respectables et nobélisables au courant des dernières avancées dans leurs disciplines de pointe commencent à montrer des signes de perplexité. C’est que la matière, si solide et si rassurante dans notre quotidien n’est peut-être pas tout à fait aussi sûre et prévisible que ce dont on voulait se persuader. En réalité elle se dérobe sournoisement et plus on l’observe moins on la trouve. De scanner en microscope à balayage électronique, d’investigations par résonance magnétique en micro chirurgie au laser  on est en train de découvrir la terrifiante subtilité de ce qu’on prenait pour du concret palpable et consommable, de la viande et des os. Et puis au fait, nous disposons d’un corps biologique indéniable, mais n’avons-nous pas aussi une vie intérieure ? Des pensées ? Des émotions ? Des souvenirs ? Et tout cela est bien difficile à constater objectivement en disséquant un cœur ou en pénétrant une boîte crânienne même par les moyens les plus inattendus et miniaturisés. Enfin on peut toujours observer. C’est d’ailleurs ce que font les scientifiques dans leurs laboratoires avec des outillages d’une ingéniosité sidérante Ce qui devrait permettre de dévoiler des phénomènes au moins aussi subtils qui  avaient, jusqu’à présent, échappé à notre entendement grossier.

            Je ne sais si vous me suivez, mais vous pouvez toujours faire semblant. Je parlais donc d’âme sœur. J’entends par là le complément d’un être humain qui en s’incarnant et en devenant ainsi homme ou femme a en quelque sorte perdu l’autre moitié de lui-même qu’il est désormais condamné à rechercher inlassablement à l’extérieur pour se retrouver complet et content de l’être. L’incomplétude est le moteur des relations humaines.

            Certes le corps est fort utile pour cette recherche et cet accomplissement, mais il a tout à y gagner car sans cela il ne serait qu’un cadavre tiède, une masse de protoplasme toute occupée à se maintenir en vie et à proliférer. Qui a dit : « L’homme est un animal, capable de transcendance… » Je suis prêt à offrir un porte clé orné de ma photo à toute personne qui pourrait m’éclairer. Car ma culture a des lacunes. Donc, d’avance merci.

            Maintenant, si vous ne savez pas et n’êtes pas capable de m’apporter quelques lumières, ce n’est pas trop grave. Car nul n’est parfait et je ne saurais vous en tenir grief.

            Allez en paix ! Une excellente semaine à vous et à vos proches.

 

                                                           Le Chesnay le 18 janvier 2013

                                                           Copyright Christian Lepère

 

150-L-annonciation.jpg

                                     "L'annonciation" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1987

 

 

Et après ça ?


Place à la créativité !

Les limites du possible reculent sans cesse

comme l’horizon qui semble fuir

à mesure qu’on s’en rapproche.

Nous avons tous les droits,

même celui d’être idiot

et débile !

De quel droit voudriez vous m’en empêcher ?

Non mais !

« Au cœur de nos poubelles »

attendra votre visite

la prochaine fois.

 

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 12:13

555-Traces-de-palette-61-x-

                                                            "Traces de palette" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 2008

 

 

Confidences d’un électron libre

 

          Le texte suivant correspondant toujours à mes convictions actuelles n’a subi aucune modification, bien que je ne sois plus enseignant d’arts plastiques depuis quelques années.

 

            Circulant entre les cimaises d’une exposition à laquelle je participe, il m’arrive parfois de plonger mon interlocuteur dans la perplexité. Inévitablement l’honnête homme (ou femme) qui est en train de contempler l’un de mes tableaux finit par me poser quelques questions, d’abord sans en avoir l’air, puis de façon plus ouverte. Pertinentes ou naïves ces interrogations méritent réponse et suivant l’humeur je m’y emploie soit avec un sérieux professoral, soit de façon plus ludique.

            La première des préoccupations de l’amateur d’art est de classer ce qu’il voit dans le registre de ses connaissances. Face à une œuvre il se demande très légitimement à quoi on peut la rattacher. Quel courant pictural ? Quelle forme de créativité ? Quelle école ? Qui donc l’artiste fréquente-t-il et quels sont ses tenants et ses aboutissants ? A quoi rêve-t-il et que veut-il me signifier qui puisse intéresser le contemporain que je suis, avec le bagage culturel qui est le mien ?

            Dans mon cas, tout naturellement, devant la bizarrerie des sujets représentés, on commence par parler de surréalisme, d’imagination, de délire et de rêve. On me parle de Salvador Dali, on me questionne sur Jérôme Bosch et l’on me presse d’avouer une connivence avec Gustave Doré et une complicité avec Breughel. Honnêtement, je commence par acquiescer car je ne saurais nier la dette  due à ces créateurs d’envergure, à ces rêveurs de haut vol dont l’altitude me rend très humble.

            Parfois, cependant, plongeant au cœur du sujet et faisant fi de toute anecdote, je me présente comme un peintre abstrait. Stupeur, consternation, surprise amusée… L’honnête homme est-il en présence d’un farceur, d’un contestataire soixante-huitard encore convalescent ou de quelqu’un qui tout simplement déraille et se libère des concepts en les renvoyant à leur néant ?

            Je me dois de vous rassurer. Si mes tableaux représentent bien un monde magique avec une grande précision, ce que je ne saurais nier, il n’en reste pas moins que je suis avant tout un peintre. C'est-à-dire un artisan qui ne se veut ni illustrateur, ni naïf descripteur porté sur l’anecdote. A mes yeux la peinture est avant tout musique visuelle, harmonie de formes, de couleurs et de rythmes et pour cela elle n’a en principe nul besoin de se référer au monde « réel » si cher à nos sens.

            Quelque peu porté sur la métaphysique, il me convient d’envisager le monde non pas comme une collection d’objets et d’êtres, mais comme l’infinie mouvance d’un esprit qui « imagine » les formes et les situations. Si j’étais croyant, j’irais jusqu’à dire que Dieu n’a pas créé le monde mais qu’il est en train de le rêver. De toute éternité.

            Cette vision n’est ni naïve, ni idéaliste et je ne connais que trop, par expérience, la dureté du sol en cas de chute à vélo et la douleur cuisante éprouvée par le maladroit qui s’écrase le doigt à coup de marteau après avoir raté son clou.

            L’eau mouille, le feu brûle et les trains n’arrivent pas tous à l’heure, pour des raisons qui leur sont propres, tout à fait contingentes et indiscutables. Je vis comme tout un chacun dans un monde déterministe où les causes produisent des effets, heureux ou pas, selon mon appréciation du moment. Il me reste d’ailleurs quelques factures à régler et je crains bien qu’un joint de robinet ne soit à changer dans la salle de bains. Mais mon propos est sérieux et je ne voudrais pas m’en laisser détourner par quelque boulon mal serré.

            De tous temps et en tous lieux l’art a été considéré comme une recherche d’harmonie, de beauté et de cohérence. Magique, religieux ou profane, il n’a jamais été gratuit et a toujours répondu au besoin humain de transcender la mort et l’absurdité. Même si les styles et les techniques ont varié énormément. Même si certains arts anciens nous paraissent de prime abord déroutants ou effrayants ! Il n’en reste pas moins que leurs auteurs avaient des intentions positives.

            De tous temps et en tous lieux ? Sauf au 20° siècle où l’esprit humain atteint de mégalomanie galopante a voulu affirmer sa liberté en faisant systématiquement le contraire et en recherchant la laideur et l’incohérence avec un acharnement admirable.

            Hors temps et loin de l’agitation du siècle j’ai suivi mon chemin. Je ne sais si le résultat est convaincant, mais mon intention a toujours été d’atteindre un plus haut degré d’organisation, de cohérence et d’harmonie et à cet égard, l’équilibre d’un tableau est infiniment plus important que les détails qui le composent. Les scientifiques savent bien qu’il y a des émergences inattendues et que, notamment en biologie, une entité organique à partir du niveau cellulaire est beaucoup plus que la somme de ses parties.

            L’utilité d’une œuvre est donc d’être un « organisme vivant » témoignant d’un ordre supérieur. C’est aussi vrai pour la musique que pour l’architecture qui peuvent être des formes d’art sacré. Vrai également pour la plupart des productions humaines qui ne soient pas strictement utilitaires. Si une oeuvre n’indique pas la direction de la transcendance, elle est tout à fait vaine et se situe au niveau de l’élucubration, du gadget et de l’installation chère à nos élites actuelles.

            Donc abstrait je suis et resterai. Mais la complémentarité onde –particule qui seule peut actuellement rendre compte aux yeux des physiciens de la nature « ultime » de la matière, m’autorise  a être à la fois esprit et matière, rigueur et fantaisie, abstraction et vie foisonnante. Tout en conservant en prime la légèreté facétieuse de l’électron libre.

 

                                                                      Le Chesnay le 27 mars 2000

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

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                                                                                              "Au pays des taches" - huile sur toile - 61 x 50 - 2008

 

 

Affaire à suivre

 

Après ces affirmations péremptoires et définitives

laissons place au doute :

« Pertes de repaires »

Vous renseigneras à ce sujet

                                                   la prochaine fois.

 

 

                                                                    

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:50
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 09:05

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                                                                "Lolita" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2004

 

 

Marilou et Zarathoustra

  

              « Je ne suis pas d’ici. Je ne suis pas d’ailleurs ! Le monde est ma patrie et je parcours mes terres inlassablement. Foin des autres et de leurs prétentions. Je suis ici chez moi ! ». Ainsi parlait Zarathoustra. Non ! Non ! Pas l’ancien, pas le personnage mythique, pas le héros dont le père est mort fou après avoir tué Dieu … Celui-ci est plus modeste, issu de la classe moyenne, doté de talents discrets et cultivé comme tout un chacun, c'est-à-dire fort peu. Pourquoi se cache-t-il derrière ce pseudonyme éblouissant ? Lui seul le sait. Pourtant sa modestie est manifeste et il n’attire guère l’attention. Son vrai nom est Jean-Pierre selon l’état civil  et Martin son nom de famille. Malgré tout ce jour là, la fin du monde s’étant passée pour le mieux, il se retrouva désoeuvré.

              Ainsi les bras ballants et la démarche aisée il allait le nez au vent. Evitant les voitures en traversant la rue, se gardant de marcher sur les excréments canins, lorgnant les rondeurs tressautantes de quelque jeunesse pratiquant son jogging matinal, dépassant la progression tremblante d’un retraité louvoyant d’un bord à l’autre du trottoir guidé par son chien, il atteignit les grands boulevards. De là il pourrait continuer à traverser Paris, passant d’un quartier à l’autre, d’une atmosphère paisible à une agitation vaine, d’un sérieux provincial à une fébrilité de ville  hyper active.

              Installée à une terrasse Marilou sirotait son petit café. Face à la gare Saint Lazare d’où sa copine devait surgir pour la retrouver afin de lui confier ses dernières confidences sur les péripéties de son prodigieux destin. Le terminal des voies de banlieue se dressait dans toute sa splendeur imposante ; masse de pierre de taille et de métal toute consacrée aux départs et aux arrivées depuis les plus lointaines banlieues. Parfois l’endroit était désert ou presque, si ce n’est un ou deux s.d.f. installés dans leur misère. Et parfois c’était la foule, compacte, bariolée, surgissant comme un troupeau de buffles affolés. A y regarder de plus près la masse se diversifiait et chacun révélait sa nature, ses préoccupations et l’urgence plus ou moins grande des raisons de sa présence en ce lieu de passage obligé. Certains même traînaient la patte ou bloquaient avec leurs valises l’impétuosité du flot. Qu’importe il fallait passer coûte que coûte pour ne pas rater le bus ou voir un taxi vous échapper.

              Et Marilou simple spectatrice se laissait submerger par l’énormité du spectacle. Certes ses pensées sérieuses ou futiles venaient bien interférer avec les sons et les couleurs qui l’assaillaient sans cesse. Mais il lui suffisait de fermer les yeux pour y mettre un terme ou de se brancher sur son portable pour quitter ce monde échevelé. Soumise au spectacle elle pouvait quand même y échapper, mais sans y rien changer.

              Pendant ce temps, de boulevard en boulevard, Jean-Pierre finit par se retrouver dans la proximité de la gare Saint Lazare. Coupant court par quelques ruelles, évitant le flot des grandes artères, il finit par passer devant la terrasse d’une brasserie. Parmi les touristes installés, une jeune personne très contemporaine appelait sur son portable en regardant la gare juste en face d’un œil distrait. Attendait-elle quelqu’un ? Jean-Pierre n’était pas concerné et passa outre en se dirigeant résolument vers. le terminal ferroviaire. C’est qu’il était temps de rentrer chez lui.

              Arrivé enfin à son studio et à son pseudonyme, Zarathoustra se brossa les dents, bu une tasse de thé au jasmin et alla s’installer sur son zafu. Adepte de la méditation à tendance transcendantale il consacrait une partie de ses loisirs à l’investigation intérieure. Voulant en savoir plus sur le pourquoi du comment il se laissa donc couler dans ses propres profondeurs. Comme d’habitude il y parvint. Un court instant. Puis le cirque mental reprit avec son zapping incessant. Des pensées surgissaient, futiles, des émotions et des états d’âme, inopportuns, des images, subliminales et le carrousel des associations sémantiques les plus débiles  telles que : « J’en ai marre – marabout – bout de ficelle – selle de cheval… »

En gros le tout venant, comme d’habitude. Trahi par l’hyper activité de ses neurones il avait beau se dire : « Je ne dois pas penser…Je ne dois pas penser…Je ne dois… » Force lui était de constater qu’il pensait qu’il ne devrait pas penser…

              Marilou commençait à s’impatienter. Déjà de nombreuses cohortes avaient surgi de la sortie de la gare. D’importance et de composition variée, elles trahissaient peut-être la provenance de ceux qui les composaient. Mais le monde est tellement mêlé, comment s’y reconnaître à coup sûr ? Alors : la Garenne Colombe ? La Celle Saint Cloud ? Ou plus loin ? Sa copine venait d’Asnières. Ou plutôt ne venait pas en tout cas dans l’immédiat.

              Désoeuvrée elle était forcée de constater que ni ses pensées, ni ses désirs n’étaient à son service. En fait elle les subissait. Et si par mégarde une opinion politique ou un fantasme fripon se manifestait elle ne pouvait que constater sa présence, comme on constate l’infinie variété des programmes en zappant sur la t.n.t. Du moins peut-on choisir sa chaîne si l’on connaît les programmes. Hélas dans sa tête il n’y avait pas de programmes, pas de « Télé 7 Jours » imprimé sur du papier, indiscutable et concret. Soumise à l’improvisation sauvage de ses circuits neuronaux elle ne pouvait que les voir passer…

              Sur son zafu Zarathoustra s’impatientait. Au lieu de se calmer ses pensées les plus anodines devenaient obsessionnelles, ses pulsions de timides devenaient impératives. C’est clair, il n’était pas maître en sa demeure. A quoi bon continuer ? On ne lutte pas contre un tsunami. On fait le mort ou on se lance à la recherche de quelques distractions. Aller au cinoche ? Ca coûte cher ! Ecouter Léonard Cohen ? C’est sombrer dans la nostalgie… Alors quoi, l’alcool ? Play boy ? Le loto ? L’évasion vers des cieux plus cléments ? Il décida de repartir à Paris. La grande ville saurait bien le prendre dans ses bras.

              C’est ainsi qu’il débarqua à nouveau à Saint Lazare. D’un pas ferme et décidé il traversa le parvis, contourna la coupole translucide qui abrite l’entrée du métro, jeta un vague coup d’œil aux grisâtres valises empilées sur ce lieu par Arman pour égayer l’endroit et donner aux foules des références contemporaines avec la bénédiction du Ministère de la Culture. Puis il traversa la place, évitant de justesse un autobus avant de passer devant la brasserie où il glissa malencontreusement sur un sac en plastique. Déséquilibré il se raccrocha comme il put à l’une des petites tables qu’il entraîna dans sa chute.

              Marilou sursauta violemment, son portable lui avait échappé. Juste au moment où sa copine lui apprenait que le petit chat était mort et que cette triste occurrence avait bouleversé ses projets. Non, elle n’irait pas à Paris et elle le regrettait vivement. « Enfin à un de ces jours, à plus… ».

              Marilou aida Zarathoustra à se relever, ignorant qui il était. Non, rien n’était cassé, plus de peur que de mal… « Allez je vous offre quelque chose pour vous remettre ! » Il accepta tout confus puis entama la conversation. Des points communs se révélèrent bientôt. Une certaine sensibilité écologique et peut-être des préoccupations communes quand à l’avenir de la sociologie analytique et des conséquences néfastes du néo-libéralisme.

              Allons, pour le moment tout va bien. Laissons les faire plus ample connaissance. C’est au destin de donner suite si il le juge souhaitable. Dans l’immédiat laissons les devenir bons amis et puis qui sait, avec  le sage conseil des annonces matrimoniales du « Chasseur Français » peut-être en arriveront-ils au stade du « Et plus si affinités… ».

 

                                                          Le Chesnay le 29 décembre 2012

                                                          Copyright Christian Lepère

 

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                                            "Propos choisis" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2003

 

 

La semaine prochaine

 

Quelques considérations sur la créativité

et l’élaboration d’œuvres d’art.

Ecrit en mars 2000 ce texte ne m’a pas paru devoir être modifié.

Le voici donc tel quel :

« Confidences d’un électron libre »

 


 

 

 

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 16:40

620-Serial killer en activité-bis copie-51x45

                                                     "Serial killer en activité" - huile sur toile - 51 x 45 cm - 2012

 

 

L’amer destin du serial killer

 

            Lui il était serial killer. Chacun son truc que voulez vous. C’est tout petit qu’il avait commencé à trouver sa voie. D’abord de façon discrète, par approches successives il avait progressé à petits pas, lentement et sûrement. Comme tous les grands destins le sien avait pris son temps pour se dessiner et s’affermir.

             D’abord le joyeux poupon potelé qu’il était à l’époque s’était montré coopératif. Il avait faim ? On le nourrissait. Il avait besoin de contacts physiques, qu’on l’embrasse et qu’on lui fasse des papouilles ? Pas de problème, maman était là et y pourvoyait. Et toute la famille formait un cercle rassurant et amical. C’est quand même mieux de ne pas être seul face à l’adversité.

            Mais il avait ensuite grandi et découvert le vaste monde, les objets inertes qu’on peut manipuler, les animaux plus réticents à se laisser faire et enfin les humains décidément moins coopératifs. Il avait donc exploré et expérimenté ce qui était bon signe si l’on veut un jour pouvoir assumer son destin en adulte responsable. Surtout il s’était penché sur ce qui était à sa portée. Encore petit il avait donc découvert le monde fascinant des insectes, juste à sa hauteur.

            Avouez que c’est amusant d’arracher une patte à une sauterelle. Et instructif. Comment va-t-elle se débrouiller avec celle qui lui reste ? Il est évident que si je lui arrache les deux il ne se passera plus rien. Le résultat sera donc décevant. De même si je plonge des cancrelats dans de l’eau chaude. Les voilà qui agitent leurs petites pattes en tout sens en s’agglutinant et s’entrechoquant. Bien sûr certains sont déjà morts et inertes, mais au moins le spectacle est vivant, plein de mouvement et d’exubérance. Si l’eau avait été bouillante le spectacle aurait été beaucoup plus court. Intense peut-être mais tellement frustrant. Quoi c’est déjà fini ?

            Les empereurs chinois, gens avisés et pleins d’une sagesse immémoriale avaient tout compris. Si vous exécutez un condamné à mort (condamné par vos soins, il va de soi.) séance tenante et sans préavis, la chose n’est guère intéressante. Pas de spectacle, c’est l’ennui assuré. Mais non, rassurez vous on peut avec un peu d’ingéniosité et de savoir faire prolonger le divertissement .D’abord on sait que le corps humain résiste aux agressions de façon peu raisonnable et qu’il faut insister. Si pour provoquer le trépas une seule flèche suffit, il faut qu’elle soit ajustée en plein cœur. Sans ça c’est moins efficace et ça peut durer. Ainsi donc, si vous vous y prenez bien, vous pouvez enlever au coupable, ou au supposé tel, un tas de choses qui dépassent sans engager son pronostique vital. Vous pouvez lui couper le nez, les oreilles, les ongles avec des tenailles et même lui ouvrir le ventre si les conditions d’aseptie sont respectées scrupuleusement. Vous pouvez même dans un grand élan de compassion le soigner, lui permettre de récupérer pour pouvoir le lendemain poursuivre vos expériences scientifiques qui vont faire progresser  la connaissance médicale et enrichir le savoir humain. On le fait bien avec des rats, avouez qu’avec quelque chose de plus complexe et de plus sophistiqué vous allez en apprendre plus. C’est tout bénéfice pour l’avenir de la domination du bipède vertical sur tout ce qui est moins évolué. Et les retombées collatérales peuvent être positives. Au moins on connaîtra les point faibles de l’ennemi et l’on pourra combattre les prédateurs qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes. Aux larmes citoyens !

            Mais je m’égare…Le sujet est si vaste et le temps passe si vite.

            Donc il était devenu expérimentateur et curieux de tout. Mais il commençait à se poser des questions. « Qu’est- ce que je fais ici ? » « Pourquoi j’existe ?» « Et après tout qu’est-ce qui m’intéresse ? ». Il y a des bonnes et des mauvaises choses, c’est sûr ! Les bonnes ? Celles qui me procurent des satisfactions ! Les mauvaises ? Celles qui m’ennuient…Il avait donc remarqué très vite que dominer ses semblables, leur faire peur, en un mot les manipuler  pouvait être grandement distrayant. Comme, en plus, les autres ont souvent horreur de ça le jeu n’en devient que plus amusant. C’est donc vers le crime et les sévices qu’il s’orienta tout naturellement.

            D’abord commençons par le commencement. Malmener ses petits camarades c’est banal. Maltraiter les animaux, enfermer le chat dans le four de la cuisinière ? On s’en lasse assez vite. Ah ! Violer les petites filles ? Intéressant ! Mais difficile avant la puberté. Pas grave…on attendra. Mais en attendant on peut toujours leur tirer les cheveux et leur pincer les fesses. Au moins on aura l’air normal.

            Puis il avait grandi et forci et était devenu plus savant. Donc plus apte à réaliser ses desseins Assez ouvert et dénué de préjugés sclérosants il avait donc pu se laisser aller à l’improvisation. D’abord il avait remarqué que la victime peut se présenter d’elle-même, aimablement. La joggeuse qui court dans les sous-bois, le jeune toxicomane totalement défoncé sont des bénédictions, des pousse-au-crime délectables. Il n’y a qu’à se baisser pour ramasser. C’est comme si ils le faisaient exprès. De même la mère de famille qui rentre tard le soir parce que les circonstances l’ont amenée à aller chercher du secours pour ses enfants. Je n’insisterai pas sur le cas des s.d.f. parce que vraiment ils le cherchent. Coucher sous une tente en plein hiver le long du périphérique et aller ensuite se plaindre parce qu’on vous a planté un canif rouillé entre les omoplates et que sans l’intervention du SAMU vous auriez attrapé le tétanos…Voyons soyons sérieux !

            Certains cas se révélèrent plus pittoresques. Ainsi cette concierge (eh oui, il y en a encore…) sauvagement agressée derrière les poubelles et qui n’avait survécu que par la grâce d’un chien chasseur de rats qui en hurlant avait réveillé tout l’immeuble. Ou la péripatéticienne qu’il aurait pu égorger tranquillement si elle ne s’était pas cassé un talon aiguille qui s’était coincé dans une plaque d’égout, provoquant ainsi sa chute qui avait attiré un promeneur nocturne  totalement indésirable pour la réalisation de ses vœux.

            Mais j’ai l’air pessimiste. Je dois donc dire pour respecter pleinement la vérité que à part quelques échecs ses projets avaient été souvent couronnés de succès. A trente ans son palmarès était plus qu’honnête et l’on songe à tout ce qu’il aurait pu faire si le destin ne l’avait pas trahi.

            Un jour donc il s’est fait prendre en flagrant délit. La police l’avait rejoint. Il passa en jugement. Il fut condamné car son avocat, timoré, n’avait pas compris toute la grandeur de sa motivation : devenir le centre du monde, prouver qu’il était le plus grand criminel que la terre ait jamais porté. Plus grand que Landru, plus grand que le docteur Petiot, plus grand même que Fantômas !

            Et c’est ainsi qu’il termina sa vie à Fleury-Mérogis, à un âge avancé. Totalement oublié par les médias. Amer et déçu. Alors si vous n’êtes pas une brute insensible macérant dans sa bonne conscience de petit bourgeois étriqué ne l’oubliez pas complètement. Même si il est redevenu anonyme après avoir auparavant porté un nom à coucher dehors.

 

                                                                 Le Chesnay le12 août 2012

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

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                                  "Serial killer retraité" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2012

 

 

La semaine prochaine

 

Etrange époque que la nôtre.

Certains voudraient le mariage pour tous

alors que cette institution semble en grand péril

et atteinte d’obsolescence.

Pourtant

le masculin et le féminin continuent

De se rencontrer

et parfois de coopérer…

 Mais vous en saurez plus avec : « Marilou et Zarathoustra »

 

 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 17:17

 

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                                                                "Palais fracassés" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2000

 

 

La fin du monde

et autres aléas

 

            La fin du monde n’a pas eu lieu. Pourtant le 12/12/2012 paraissait assez propice, sinon favorable. En tout cas ça sonnait bien ! Mais Paco Rabane nous avait déjà déçus après nous avoir fait miroiter un beau cataclysme, grand public et démagogique à souhait, méritant pour le moins un honnête succès d’estime. Enfin, c’est partie remise. Le 21 décembre 2012 sera-t-il plus favorable ? Les Mayas c’est du sérieux, de l’ésotérique. On devrait pouvoir leur faire confiance.

            Hélas ! Eux aussi se sont plantés. C’est à désespérer de tout. Alors qu’on touchait au but, qu’enfin on allait voir la fin de la crise par annihilation totale et définitive. Une solution élégante et sans bavure. Mais le destin n’aime pas la simplicité. Il ne peut s’empêcher de tout compliquer et d’emberlificoter des solutions inadéquates et pleines de suites complexes et à rallonge. C’est le karma universel diraient les esprits distingués. Et après tout c’est nécessaire si l’on souhaite que la belle histoire des « Mille et une nuits » ne s’arrête pas prématurément. Encore un peu, encore un petit peu…Encore une belle histoire grand-mère…C’était au temps jadis, au temps du vieux vieux temps, bien avant le déluge, quand les loups hantaient la forêt profonde…

            Marilou était contente. Délurée et satisfaite elle avait pu mener à bien sa petite virée parisienne. De sa banlieue verte et dorée, à l’ouest, elle avait tout prévu. D’abord prévenir ses amis et prendre date pour jouir du comité d’accueil puis prévoir son parcours et les horaires adéquats.

            A l’aube une petite marche à pied salutaire et revigorante dans les rues au charme désuet et provincial de Versailles. Puis le train de banlieue qui de halte en halte chemine le long de la vallée entourée des bois de Fausse Repose. Après Saint Cloud la vue devient panoramique et c’est tout Paris et ses abords qui s’étendent  en moutonnant vers d’autres banlieues, d’autres lieux ou la vie s’écoule dans son quotidien. Au loin la tour Montparnasse dresse son béton vertical en écho à la tout Eiffel, fière silhouette au métal acéré. Et c’est le moutonnement des toits et l’étendue des entrepôts. Un cimetière aligne ses tombes au long du quadrillage de ses allées. Ici repose. Ici repose. Ici repose… Enfin on l’espère car le train surplombe bruyamment l’endroit en longeant des murs tagués à mort, des hangars désaffectés voués à la célébration de rites néo contemporains, squattés par des S.D.F. et décorés d’hommages convulsifs à Elvis ou au salafisme. Enfin la Défense et à nouveau des murs tagués et surtagués. Plombés à mort. Des murs qui ont pris la parole mais qui hurlent en bégayant. Des surbookés de la communication. Des informateurs véhéments d’une effroyable ambiguité contradictoire. Des porte- paroles du chaos.

            Enfin Marilou atteint la capitale. Après avoir retrouvé ses amis et déjeuné chinois elle va pouvoir papoter et refaire le monde. Savoir enfin si son projet de tatouage discret et tendance sur la cheville est valable ou déplorablement has been. Si il lui convient de se recomposer avec son ex qui vient de réemerger après un stage d’entraînement quelque part en Afghanistan. Bronzé et prêt à imposer les justes vues de la charia à une humanité décadente infidèle au Prophète.

            Avouez que tout cela mérité réflexion, qu’il faut peser le pour et le contre et que l’action impulsive peut déboucher sur des lendemains qui ne chantent guère.

            Enfin Marilou décide de réintégrer son havre de paix, sa résidence haut de gamme avec portier électronique. Adepte des transports en commun elle décide de revenir par un autre trajet. Du plateau de Vanves ont peut rejoindre Versailles Chantier, comme si l’on venait de Montparnasse.

            La voilà donc devant le distributeur automatique. Elle introduit les pièces nécessaires et le billet tombe. D’un pas assuré elle se dirige vers le portillon automatique et introduit le billet. Tiens, il est refusé ? Nouvel essai. Nouveau refus. Essayons à côté… Refus également ! Le billet n’est pas valable ! Elle aborde des jeunes un peu désoeuvrés qui ne comprennent pas trop. Mais si ! Le plus vieux vient d’examiner la chose de près et a constaté que c’était un  billet de grande ligne. Elle retourne au distributeur, voit un billet qui attend et constate que c’est le bon. Voilà, le précédent avait été oublié par quelqu’un. Elle peut donc retourner vers le portillon composteur. Et ça marche ! Dans l’enthousiasme elle se dirige vers le quai sans même vérifier les horaires des trains prévus.

            La direction est bonne. Le prochain train ira à Sèvres Rive Gauche. Ce n’est pas le bon. Patientons. Le suivant va aussi à Sèvres. Pas grave ! Ah !  « Le prochain train ne s’arrête pas, éloignez vous du quai ! Danger ». Oui, mais le suivant également ! Et le suivant ! Encore un pour Sèvres Rive Gauche. Et le temps passe et il fait froid. En sens inverses les trains se succèdent. Tous vont à Paris Montparnasse pour la plus grande satisfaction des usagers.

            Après une très longue attente Marilou commence à douter. Certes c’est une petite gare qui n’est pas desservie par tous les trains, mais quand même…Elle se résout donc à ressortir, annulant son billet et perdant 2 € 80. Un rapide coup d’œil en coin lui confirme l’horreur, au panneau d’affichage aucun train n’est prévu dans l’heure qui suit pour Versailles Chantiers. La preuve est accablante : en fin d’après midi les trains pour cette direction partent tous de Montparnasse et ignorent superbement la petite gare du Plateau de Vanves. Et, ironie du sort, sous ses yeux sont passés plusieurs trains trop pressés d’arriver là où elle voulait aller.

            Il ne lui reste plus qu’à aller à pied à la lointaine station de métro qui lui permettra d’atteindre la gare St Lazare avant d’être emmenée à Versailles Rive Droite, comme elle l’avait fait en sens inverse le matin même. A nouveau petite promenade dans les petites rues provinciales de Versailles, noyées d’une obscurité hivernale.

            Et c’est ainsi que Marilou, bien lasse et pas très gaie se retrouve dans son appartement résidentiel. Après un repas léger elle va pouvoir se blottir devant sa télé, la toute puissante télécommande à la main. Enfin elle va pouvoir avoir des nouvelles du monde et de ses aléas. En tout cas une seule chose est certaine, ni pendant son déplacement ni pendant son absence la fin du monde n’a eu lieu parce qu’enfin, même si il lui arrive d’être un peu distraite et même si les informations ne sont pas complètes il reste invraisemblable qu’un semblable événement ait pu être occulté ou ignoré délibérément par des médias qui, il est vrai ne nous disent pas toujours tout.

           

                                                                 Le Chesnay le 22 décembre 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

 

181-En attendant la rouille                "En attendant la rouille" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1973

 

Et la suite… ?

 

Le crime et l’abomination, ça vous tente ?

Le temps est grisâtre.

L’hiver traîne son ennui.

Un peu d’adrénaline ça ne se refuse pas…

Alors à bientôt pour :

« L’amer Destin du Serial Killer »

 

 

 

 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 08:35

                   313-Jean-qui-grogne--.--46-x-38-cm.jpg

                        "Jean qui grogne, Jean qui rit et Paulette qui s'en fout" - Huile - 46 x 38 cm - 1999

 

 

L’AMI  MITTERRAND

 

            Il se prénommait François et Mitterrand était son patronyme. Et c’était un brave homme comme vous et moi. Partageant notre commune nature humaine nous ne pouvons qu’éprouver de la fraternité pour le sept milliardième d’humanité qu’il était et qui nous tendait un miroir pour nous voir tout nus.

            Excellente occasion de démêler le vrai du faux et de réaliser l’ambivalence de notre propre nature. Pourtant l’homme politique qu’il était semble illustrer une partie seulement de ce qui nous constitue. Après tout nous ne sommes pas tous assoiffés de pouvoir et prêts à toutes sortes de compromis pour avoir l’illusion de tirer les ficelles du jeux. C’est que nous nous connaissons fort mal et que nous n’avons de nous qu’une vision étroite et quelque peu idéalisée. Dès les premiers balbutiements nous apprenons à négocier, à faire semblant et à marchander à l’insu de notre plein gré comme disait Coluche. C’est qu’il n’est pas facile de s’identifier à une modeste personne physique, en l’occurrence un bébé vagissant, tout en conservant l’indéracinable certitude d’être ce qu’il y a de plus important au monde. L’ambivalence n’est certainement pas confortable et va nous pousser ensuite à bien des acrobaties pour ne pas perdre la face.

            Mais revenons en à François Mitterrand homme politique. En tant que tel et ayant été distribué dans le rôle du « Sauveur du Monde élu au Suffrage Universel » (Quand même !) il ne lui restait plus qu’à faire profiter les autres de ses lumières, quitte ensuite à tenir compte des aléas. Ni plus ni moins que le général de Gaulle ou Nicolas Sarkozy ou même le très « normal » François Hollande. Et puis il y a le pouvoir et la douce ivresse de se dire que c’est grâce à nous que les choses iront mieux et que l’erreur funeste sera dissipée.

            Donc Mitterrand était humain pour le meilleur et pour le pire. Il s’est donc beaucoup menti à lui-même avant de mentir aux autres. Comme vous et moi, ni plus ni moins. Tous égaux à cet égard. Tous irrémédiablement égarés dans le labyrinthe du monde et prenant notre vessie pour une lanterne.

            Mais après cet un peu long préambule, je voudrais vous faire part d’une réflexion que je dois au susnommé François. Je ne sais plus où j’ai pris connaissance de cette phrase qui lui était attribuée et qui prouvait sa perspicacité mais je sais qu’elle m’a plongé dans de profondes réflexions. Il aurait donc dit ce jour là : « Les hommes ne sont ni noirs, ni blanc, ils sont gris… ». C’est évident mon cher Watson, comme aurait dit Sherlock Holmes ! Cependant après réflexion je n’ai pas pu m’empêcher de compléter. Voici donc ma version, provisoire et non définitive : Les hommes sont parfois blancs, parfois noirs, le plus souvent gris et en plus il leur arrive d’être rouges ou verts, quand ce n’est pas indigo, vous savez cette nuance entre le bleu et le violet que seul un œil attentif  et sensible aux nuances identifiera sans hésitation.

Ainsi tout est relatif, complexe, enchevêtré et contradictoire. Je me souviens du jour où sur France Inter j’ai entendu l’interview de la fille de Staline qui est encore vivante. Reconnaissant honnêtement les crimes de son père et les déplorant, elle avait quand même ajouté que de sa petite enfance elle conservait le souvenir attendri et émerveillé de la petite fille que son papa moustachu faisait sauter sur ses genoux. Ca ne s’invente pas et j’ai eu assez récemment la révélation des peintures d’Adolf  (Hitler, vous voyez de qui il s’agit ?). J’ai aussi appris qu’après avoir tenté vainement d’entrer aux Beaux-Arts, intéressé par la peinture et l’architecture, il avait été profondément dépité de n’être pas admis. Quand à ses peintures, de petites aquarelles ma foi assez habiles, comme on en faisait tant à une époque où un peintre était supposé savoir peindre, elles étaient plutôt sympathiques. Le genre de choses qu’on peut avoir au dessus de sa table de chevet sans faire de cauchemar et qui peut même être agréable à l’œil.

            Et Mitterrand dans tout ça ? Et bien, savez-vous ? Il est mort ! Comme les milliards d’êtres humains qui l’ont précédé sur cette planète. Sans compter tout ceux qui vont suivre et qui présentement sont en train de se livrer à des activités diverses, certains manipulant leurs semblables et d’autres manipulés, à moins que ce ne soit l’inverse. Mais comme l’a dit un scientifique : « si, il y a eu Big Bang il y a bien longtemps on n’a plus qu’à attendre le Big Crunch qui suivra inévitablement et qui mettra fin à tous nos petits problèmes ». En attendant faites bien attention, le temps commence à fraîchir, même si c’est normal à cette époque de l’année.

 

                                                                   Le Chesnay le 22 septembre 2012

                                                                   Copyright Christian Lepère  

 

               236-Le-yin-regarde-passer-le-yang--27-x-22.jpg

                "Le yin regarde passer le yang" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 1993   

 

 

ET LA SUITE…

 

Mais je crois que le sujet vous accroche

« La fin du monde », ça mérite attention !

Alors c’est promis

La semaine prochaine

Vous saurez tout (ou presque) sur cet événement

Qui nous concerne tous.

 

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:50

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                                             "Métamorphoses" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1961

 

 

PROPOS CHOISIS SUR UN SUJET DE LONGUE HALEINE

Texte écrit pour la Médaille d’Honneur de Gravure

Salon des Artistes Français 1991

 

 

               Intégrer le détail à l’ensemble : voilà un grand projet dont je n’étais pas très conscient quand je m’appliquais vers les onze ans sur de patientes miniatures. Le nez collé sur le papier,  la respiration bloquée, je m’acharnais à mettre au point des réalisations dignes de mes rêves. Bien sûr je copiais quelque peu tout ce qui me tombait sous les yeux : Mickey, la Joconde, Blanche-Neige et les sept nains. Mes vues étaient vastes, frôlant l’universel…J’allais jusqu’à faire de faux timbres, aux dentelures découpées avec des ciseaux à ongle et dont l’un que je n’hésitais pas à m’expédier à moi-même fut authentifié par le cachet de la poste qui fait foi, comme on sait. Puis je perdis un peu cette belle candeur. C’est vers seize ans que, alors élève aux Arts Appliqués j’ouvris par hasard quelques livres sur l’estampe. Je connaissais déjà vaguement Dürer et Breughel et soudain je découvris véritablement leurs œuvres. Mon horizon s’en trouva déployé. Il ne restait plus qu’à passer à la réalisation technique. Le matériel, somme toute assez simple, ne posa pas de gros problèmes. Mon père, fabricant de tuyaux de poêle put me fournir de l’acier. Je m’habituais si bien à ce matériau que trente trois ans plus tard je l’utilise encore exclusivement.

               J’avais une plaque vernie, un clou soigneusement affûté, je pouvais commencer à graver. Après quelques tentatives sur le vif, je m’orientais rapidement  vers l’imagination pure. En cela je n’ai guère changé et, si il m’arrive d’ouvrir un dictionnaire ou une encyclopédie pour vérifier à toutes fins utiles la silhouette de le tour Eiffel ou le nombre de pattes d’un crabe, le plus souvent les sujets fantastiques permettent de compléter ce que l’on ignore.

               Après avoir découvert Bresdin et Piranèse et bénéficié des conseils de Jacques Houplain, graveur dont le mérite égale la discrétion, je commençais à mieux connaître les graveurs fantastiques actuels : Mohlitz, Brigitte Solberg, Desmazières  et bien d’autres dont l’esprit est proche et la technique parfaitement maîtrisée.

               Depuis je n’ai jamais cessé de pratiquer un domaine qui me convient si bien. Avec le temps, bien sûr, viennent quelques modifications. Ainsi l’aquatinte n’apparut qu’au bout d’une quinzaine d’années, apportant un moelleux, une atmosphère qui m’intéressaient d’autant plus que je commençais à imprimer chez moi.

               Ceci dit, il est temps maintenant de revenir au préambule où je parlais de façon un peu abrupte d’intégrer le détail à l’ensemble. Mais quel détail et quel ensemble ?

               Toute réalisation graphique est le résultat d’un équilibre entre d’une part : une composition, une structure, ce qui correspond au squelette d’un animal, et d’autre part ce qui va habiller, compléter,enrichir cette structure de base. Tout est là dans la subtilité de cet équilibre mouvant, insaisissable, imprévisible dans son perpétuel remaniement. Un peu trop de détails et c’est la surcharge gratuite. Pas assez et c’est la sécheresse, le manque de sève, d’inspiration. Entre les deux il y a l’œuvre vivante, celle qui allie la rigueur de la croissance végétale à la gratuité de son débordement.

               Mais tout cela ne s’explique guère. Entre la richesse et la surcharge, entre la simplicité et la pauvreté, l’écart est infime et seul l’instinct s’y reconnaît.

 

                                                                         Le Chesnay septembre 1991

                                                                         Copyright Christian Lepère  

 

      137-Crepuscule-venitien.jpg

                                                        "Crépuscule vénitien" - Eau-forte imprimée sur Arches 32,5 x 50 cm - 1972

 

 

ET LA SUITE?

 

Revenons aux choses sérieuses

les affaires du monde nous attendent

des drames se nouent

puis se dénouent.

Rendons hommage à ceux qui tentent d’y mettre bon ordre !

Rendons hommage à « L’ami Mitterand ».

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 09:51

          109-Mégalopolis

                                 "Mégalopolis" - Gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches 50 x 65 cm - 1971

 

 

 

L’ultime sacrifice

 

                  A nouveau la crise faisait rage. Après avoir saccagé l’économie mondiale, réduit aux abois les marchés, ruiné des spéculateurs et  broyé les masses laborieuses d’honnêtes travailleurs, elle n’en finissait pas de réduire à néant tous les progrès opiniâtres que la croissance avait gérés. Pourtant ce n’était pas faute de s’être battu et d’avoir tout tenté. Jusqu’à l’impossible, jusqu’à l’impensable. On avait raboté sur tout, allégé les structures étatiques, recyclé les déchets, envahi la Beauce et la baie du Mont St Michel de forêts d’éoliennes et économisé sur l’eau pourtant nécessaire pour se brosser les dents.

                  On avait tout tenté. Déjà dans les ministères on hésitait à tailler les crayons au risque de commettre des erreurs par manque de lisibilité. La sous estimation des tarifs d’affranchissement du courrier avait permis quelques économies au détriment de la fiabilité du service d’acheminement qui avait cessé depuis longtemps d’être public et citoyen. Les médicaments tous devenus génériques étaient maintenant dosés avec parcimonie et chacun était sommé de développer son système immunitaire de défense par des moyens plus empiriques. Désormais on n’hésitait plus à mettre sa laine plutôt que de surconsommer des antibiotiques. C’est dire où l’on en était ! On en était réduit à faire attention !

                  L’état montrant l’exemple avec courage et détermination avait réduit son train de vie et ministres et députés n’hésitaient plus à louer des vélos pour se rendre aux assemblées des élus de la nation. Si certains s’obstinaient à prendre des taxis, c’était simplement pour rester en contact avec la base ou être informé de la marche du monde par des moyens plus humainement chaleureux que les échanges électroniques d’informations numérisées et les réseaux sociaux dont les bugs multiples tenaient à la saturation de bandes hertziennes largement surexploitées.

                  Puis on s’était directement attaqué à l’encombrement de l’espace urbain. Remettant en cause la prolifération d’artefacts architecturaux qui encombraient le terrain on commençait à faire table rase pour pouvoir enfin jouir du paysage. Après avoir cédé des pièces prestigieuses du patrimoine national, on n’avait pas hésité à déblayer, la mort dans l’âme, mais avec le juste sentiment du devoir assumé.

                  Ainsi l’Elysée, après avoir été transformé en parking à étages et sous-sols multiples pour devenir enfin rentable, on avait poursuivi le projet jusqu’à ses ultimes conséquences : en faire un parking à vélos infiniment plus écologique et économe en énergie, puisqu’il s’agissait de surcroît de véhicules de location confiés à tous pour le bien de chacun.

                  Le Ministère de la Marine, le musée du Louvre avaient aussi été sacrifiés sur l’autel de la rigueur. Ce n’est qu’a ce prix que le pire pouvait encore être évité et que la croissance avec vaillance se devait de redémarrer nous évitant l’horreur et la désolation d’un monde  vidé de tous ses attraits et de ses gadgets les plus indispensables.

                  Mais l’homme a besoin d’idéal et la vision la plus radicalement utilitaire, même si elle reste Ô combien justifiée à son niveau mineur a des limites qu’on ne saurait franchir sans perdre son âme. Ainsi le besoin d’absolu et de valeurs transcendantes a toujours réussi à préserver la noblesse du sacré.

                  C’est pourquoi la Tour Eiffel, indéniable symbole mondial du rayonnement et de l’élévation de la culture occidentale avait jusqu’à présent été préservée. Certes on lui avait déjà fait subir quelques aménagements pyrotechniques et l’on avait joué avec l’immuabilité de sa forme. Par d’habiles effets d’optique on l’avait amincie, courbée, étirée. On avait même été jusqu’à lui faire perdre son immobilité, la faire onduler et se contorsionner sur des rythmes d’une modernité exacerbée, de rythmes rocks en frémissements sensuels. Mais le tabou était toujours là. La dame de fer continuait entre ces intermèdes à se montrer plus sage en érigeant sa fière et hautaine silhouette bien au dessus des activités quotidiennes de nos contemporains.

                  De partout des foules affluaient, de chine, d’Amérique, du Japon et de Thaïlande. Dans un grand rassemblement œcuménique ces foules fanatisées communiaient dans le culte du souvenir de l’aube des Temps Modernes. Et pour monsieur Yamamoto, la perspective de mourir un jour sans avoir pu immortaliser le souvenir de son épouse « Rosée du matin » au pied de l’idole occidentale était pire que la perte de l’honneur du samouraï, pire que le trépas anonyme, pire que la perte du sens qui vous fait sentir que votre vie a été vécue en vain.

                  Mais la crise n’en finissait pas, il avait bien fallu en arriver à envisager le pire : rentabiliser la Tour Eiffel, perdre le concept pour réutiliser le matériau. Alors un long travail d’anéantissement avait commencé. Débutant par les structures les plus hautes et les plus nobles, on avait ensuite patiemment démantelé tout l’édifice, étage par étage, poutrelle après poutrelle. Une à une les pièces du meccano avaient été désassemblées et ramenées au sol. Là on avait fait des tas, des paquets, ensuite chargés sur d’énormes semi-remorques. Puis d’interminables caravanes s’étaient formées pour emmener tous ces débris vers des sites industriels, des hauts fourneaux, des déchetteries. Et tout pouvait être réutilisé, symbole du recyclement éternel de toute chose périssable.

                  Lentement, méthodiquement sous les yeux hagards des caméras de télévision du monde entier. L’anéantissement avait été consommé. Sans en perdre une miette tout avait été enregistré dans des disques durs et même sur des microfilms pérennisant à tout jamais la mémoire du monde.

                  Monsieur Yamamoto pourrait quand même mourir en paix, son heure venue, car si la lourde matérialité n’était plus, le souvenir pourrait rester à tout jamais, virtuel et numérique, traduit en bits pour l’éternité. La fin du monde pourrait venir, l’essentiel était là dans la boîte noire, enregistré à tout jamais.

 

                                                             Le Chesnay le 7 novembre 2012

                                                             Copyright Christian Lepère

        335-Groupuscules                               "Groupuscules" - eau-forte imprimée sur Arches 50 x 65 cm - 1986

 

 

 

Et la prochaine fois  

Enfin, pour émerger un peu du marasme contemporain

ce sera un hommage

 à la technique de la gravure

qui me fût révélée dans mon jeune âge

et me permit de réaliser

quelques fantasmes.

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 08:31

      207-Combat singulier

                                           "Combat singulier" - Eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1974

 

 

Jean-François et François tout court 

          L’un s’appelait Jean-François, l’autre François tout court. La différence est subtile mais cependant notable. De toute façon la méprise sémantique n’était guère possible. Tous deux issus de bonnes familles, bien élevés et propres sur leur personne avaient ensuite bénéficié d’une excellente éducation et d’études longues et profitables dont ils s’étaient montrés dignes.

            Ceci fait, tout deux, et c’est tout à leur honneur ne souhaitaient pas s’en tenir là. A quoi bon tant d’efforts et de persévérance si ce n’est pour atteindre la notoriété ? Foin d’un vain peuple et de sa grisaille. Il n’est de grandeur que dans l’affirmation de son talent, surtout si il est reconnu par tout ceux que la fortune a moins favorisés. La voie politique s’ouvrait donc droit devant eux et l’accession à des postes de haute responsabilité, loin de les effrayer, ne faisait qu’attiser leur ardeur.

            Mais comme toujours il y a l’autre, le prochain, le semblable, celui qui est prêt à exiger qu’on reconnaisse ses mérites et qui ne saurait s’incliner sans combattre. C’est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt de la chose. Car la victoire n’a de prix que si elle a exigé d’y employer toutes ses ressources. Trop facile elle reste fade et perd de son attrait. D’ailleurs il faudra sans arrêt relever la barre pour que le jeu ne s’affadisse pas et que des flots d’adrénaline puissent continuer à nous shooter.

            Ainsi par des parcours bien différents François et Jean-François finirent par se retrouver face à face. « Pousse toi de là que je m’y mette ! » aurait déclaré le vulgaire. Mais ce n’est pas ainsi que l’on s’exprime quand on a l’âme bien née. On agit avec plus de tact, de ruse et de calcul aussi. Notre époque est civilisée et nous n’en sommes plus aux combats de gladiateurs. Dans notre ère numérique et virtuelle, le sang, la sueur et le poil n’ont plus place. On combat avec des moyens plus subtils, plus perfides aussi. Donc à coup de « com », à coup de bluff,  d’attaque sournoise et de coup bas médiatique. On va préparer le terrain, déstabiliser le partenaire, en faire un allié pour l’amadouer et viser les points faibles, ceux où ça fait mal. De plus il ne faudra pas perdre la face, donc ne pas trop avancer ses pions pour pouvoir se replier sans en avoir l’air.

            C’est que tout cela, toute cette belle stratégie sera étalée sans vergogne sur la place publique, je veux dire sur les ondes hertziennes aux heures de grande écoute, au moment de la pose repas.

            Au journal télévisé où l’abondance d’horreurs guerrières, révolutionnaires ou tribales, religieuses ou bien pensantes nous fournit tout le nécessaire pour pouvoir nous repaître de massacres en direct nous retrouvons la spontanéité bon enfant du bon peuple romain qui allait en famille voir les lions déchirer des chrétiens. C’était alors du vécu en 3 D avec l’ambiance et l’atmosphère festive. Nous en sommes à des versions moins hard, plus pasteurisées, sans les odeurs et le démantèlement des corps… D’un côté c’est moins vivant, mais il y a les gros plans et les ralentis qui permettent de ne rien perdre du spectacle.

            Donc Jean-François et François se sont retrouvés face à face et au coude à coude, si je puis dire. Une accumulation de circonstances diverses et de hasards malencontreux a fait qu’ils se sont retrouvés à égalité. C’est du moins ce que le simple bon sens amènerait à croire. Mais ce n’est évidemment pas possible. Il n’y a qu’une seule place pour deux. Il faut donc qu’il y ait un vainqueur et un seul.

            Alors la guerre de tranchées va commencer. Chacun va camper sur ses positions, cherchant à creuser des souterrains pour saper l’ennemi. D’abord on peut accuser ce dernier d’avoir triché. En bourrant les urnes avec n’importe quoi ou en faisant procéder au dépouillement par des gens à sa solde. Et puis il y aura des erreurs, involontaires ou non. Sans doute n’ira-t-on pas jusqu’à faire voter les morts comme cela se faisait jadis dans d’autres contrées insulaires. Bien que la chose reste défendable. Après tout il est stupide d’interdire aux morts d’exprimer une opinion, quand on les a bien connus, qu’on a eu confiance en eux et qu’on connaissait parfaitement leur opinion personnelle. Dans ce cas c’est un simple vote par procuration. Tout a fait légal.

            Enfin, les plaisanteries les plus courtes étant les moins longues, il ne reste plus qu’à arbitrer…Mais où trouver le juge intègre qui saurait convaincre les deux parties de l’intérêt supérieur qu’ils auraient à s’entendre sur un compromis ? Alain était tout désigné, lui le vieux renard, l’habile stratège, le fin diplomate, la crème de ceux qui suivant la formule bien connue ne disent jamais ni oui, ni non, mais « certes » avec un fin sourire.

            A l’heure où je rédige ces lignes la situation paraît irrémédiable. En apparence. Mais c’est faire fi des ressources de la versatilité humaine et de la finesse d’appréciation des assoiffés de pouvoir. De plus quelques uns sont satisfaits, de la petite Marine au Grand méchant Mélenchon, sans compter tout ceux dont l’existence un peu grisâtre connaît enfin quelque excitation avec des raisons de s’émouvoir, de s’exalter et de pouvoir fustiger l’incompétence des grands contemporains, même si nous les avons nous- mêmes portés au pouvoir.

            Nicolas va-t-il faire pencher la balance ? Jean-François va-t-il s’assouplir au point de ne pas proposer un nouveau suffrage dans deux ans ?

            La route est longue et tortueuse et pleine de bruit et de fureur. Mais que voulez-vous depuis si longtemps… Depuis que l’homme émergeant de son animalité primaire a compris que l’attaque était la meilleure des défenses. Et que, en bonne logique il convenait de ne pas se laisser influencer par des opposants stupides et qui de toute façon finiront bien par mourir un jour ou l’autre. D’ailleurs on pourrait les y aider si une vaine morale ne nous condamnait à l’inefficacité et à une attente débilitante.

 

                                                                     Le Chesnay le 3 décembre 2012

                                                                     Copyright Christian Lepère

 

 

     316-Fureur-homicide-copie-1.jpg

                                     "Fureur homicide" - Eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1982


LA SUITE

Après ces considérations sur l’imperfection humaine

et ses aléas

Il est grand temps de proposer des solutions pratiques

et concrètes

à la crise qui nous accable.

Alors rendez vous la semaine prochaine

 

Enfin vous en saurez plus sur les solutions qui s’imposent

Fussent-elles attérantes pour nous et nos proches !

 

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"La leçon de philosophie" - eau-forte - 1974 - 38 x 57 cm 

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