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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 09:51

          109-Mégalopolis

                                 "Mégalopolis" - Gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches 50 x 65 cm - 1971

 

 

 

L’ultime sacrifice

 

                  A nouveau la crise faisait rage. Après avoir saccagé l’économie mondiale, réduit aux abois les marchés, ruiné des spéculateurs et  broyé les masses laborieuses d’honnêtes travailleurs, elle n’en finissait pas de réduire à néant tous les progrès opiniâtres que la croissance avait gérés. Pourtant ce n’était pas faute de s’être battu et d’avoir tout tenté. Jusqu’à l’impossible, jusqu’à l’impensable. On avait raboté sur tout, allégé les structures étatiques, recyclé les déchets, envahi la Beauce et la baie du Mont St Michel de forêts d’éoliennes et économisé sur l’eau pourtant nécessaire pour se brosser les dents.

                  On avait tout tenté. Déjà dans les ministères on hésitait à tailler les crayons au risque de commettre des erreurs par manque de lisibilité. La sous estimation des tarifs d’affranchissement du courrier avait permis quelques économies au détriment de la fiabilité du service d’acheminement qui avait cessé depuis longtemps d’être public et citoyen. Les médicaments tous devenus génériques étaient maintenant dosés avec parcimonie et chacun était sommé de développer son système immunitaire de défense par des moyens plus empiriques. Désormais on n’hésitait plus à mettre sa laine plutôt que de surconsommer des antibiotiques. C’est dire où l’on en était ! On en était réduit à faire attention !

                  L’état montrant l’exemple avec courage et détermination avait réduit son train de vie et ministres et députés n’hésitaient plus à louer des vélos pour se rendre aux assemblées des élus de la nation. Si certains s’obstinaient à prendre des taxis, c’était simplement pour rester en contact avec la base ou être informé de la marche du monde par des moyens plus humainement chaleureux que les échanges électroniques d’informations numérisées et les réseaux sociaux dont les bugs multiples tenaient à la saturation de bandes hertziennes largement surexploitées.

                  Puis on s’était directement attaqué à l’encombrement de l’espace urbain. Remettant en cause la prolifération d’artefacts architecturaux qui encombraient le terrain on commençait à faire table rase pour pouvoir enfin jouir du paysage. Après avoir cédé des pièces prestigieuses du patrimoine national, on n’avait pas hésité à déblayer, la mort dans l’âme, mais avec le juste sentiment du devoir assumé.

                  Ainsi l’Elysée, après avoir été transformé en parking à étages et sous-sols multiples pour devenir enfin rentable, on avait poursuivi le projet jusqu’à ses ultimes conséquences : en faire un parking à vélos infiniment plus écologique et économe en énergie, puisqu’il s’agissait de surcroît de véhicules de location confiés à tous pour le bien de chacun.

                  Le Ministère de la Marine, le musée du Louvre avaient aussi été sacrifiés sur l’autel de la rigueur. Ce n’est qu’a ce prix que le pire pouvait encore être évité et que la croissance avec vaillance se devait de redémarrer nous évitant l’horreur et la désolation d’un monde  vidé de tous ses attraits et de ses gadgets les plus indispensables.

                  Mais l’homme a besoin d’idéal et la vision la plus radicalement utilitaire, même si elle reste Ô combien justifiée à son niveau mineur a des limites qu’on ne saurait franchir sans perdre son âme. Ainsi le besoin d’absolu et de valeurs transcendantes a toujours réussi à préserver la noblesse du sacré.

                  C’est pourquoi la Tour Eiffel, indéniable symbole mondial du rayonnement et de l’élévation de la culture occidentale avait jusqu’à présent été préservée. Certes on lui avait déjà fait subir quelques aménagements pyrotechniques et l’on avait joué avec l’immuabilité de sa forme. Par d’habiles effets d’optique on l’avait amincie, courbée, étirée. On avait même été jusqu’à lui faire perdre son immobilité, la faire onduler et se contorsionner sur des rythmes d’une modernité exacerbée, de rythmes rocks en frémissements sensuels. Mais le tabou était toujours là. La dame de fer continuait entre ces intermèdes à se montrer plus sage en érigeant sa fière et hautaine silhouette bien au dessus des activités quotidiennes de nos contemporains.

                  De partout des foules affluaient, de chine, d’Amérique, du Japon et de Thaïlande. Dans un grand rassemblement œcuménique ces foules fanatisées communiaient dans le culte du souvenir de l’aube des Temps Modernes. Et pour monsieur Yamamoto, la perspective de mourir un jour sans avoir pu immortaliser le souvenir de son épouse « Rosée du matin » au pied de l’idole occidentale était pire que la perte de l’honneur du samouraï, pire que le trépas anonyme, pire que la perte du sens qui vous fait sentir que votre vie a été vécue en vain.

                  Mais la crise n’en finissait pas, il avait bien fallu en arriver à envisager le pire : rentabiliser la Tour Eiffel, perdre le concept pour réutiliser le matériau. Alors un long travail d’anéantissement avait commencé. Débutant par les structures les plus hautes et les plus nobles, on avait ensuite patiemment démantelé tout l’édifice, étage par étage, poutrelle après poutrelle. Une à une les pièces du meccano avaient été désassemblées et ramenées au sol. Là on avait fait des tas, des paquets, ensuite chargés sur d’énormes semi-remorques. Puis d’interminables caravanes s’étaient formées pour emmener tous ces débris vers des sites industriels, des hauts fourneaux, des déchetteries. Et tout pouvait être réutilisé, symbole du recyclement éternel de toute chose périssable.

                  Lentement, méthodiquement sous les yeux hagards des caméras de télévision du monde entier. L’anéantissement avait été consommé. Sans en perdre une miette tout avait été enregistré dans des disques durs et même sur des microfilms pérennisant à tout jamais la mémoire du monde.

                  Monsieur Yamamoto pourrait quand même mourir en paix, son heure venue, car si la lourde matérialité n’était plus, le souvenir pourrait rester à tout jamais, virtuel et numérique, traduit en bits pour l’éternité. La fin du monde pourrait venir, l’essentiel était là dans la boîte noire, enregistré à tout jamais.

 

                                                             Le Chesnay le 7 novembre 2012

                                                             Copyright Christian Lepère

        335-Groupuscules                               "Groupuscules" - eau-forte imprimée sur Arches 50 x 65 cm - 1986

 

 

 

Et la prochaine fois  

Enfin, pour émerger un peu du marasme contemporain

ce sera un hommage

 à la technique de la gravure

qui me fût révélée dans mon jeune âge

et me permit de réaliser

quelques fantasmes.

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 08:31

      207-Combat singulier

                                           "Combat singulier" - Eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1974

 

 

Jean-François et François tout court 

          L’un s’appelait Jean-François, l’autre François tout court. La différence est subtile mais cependant notable. De toute façon la méprise sémantique n’était guère possible. Tous deux issus de bonnes familles, bien élevés et propres sur leur personne avaient ensuite bénéficié d’une excellente éducation et d’études longues et profitables dont ils s’étaient montrés dignes.

            Ceci fait, tout deux, et c’est tout à leur honneur ne souhaitaient pas s’en tenir là. A quoi bon tant d’efforts et de persévérance si ce n’est pour atteindre la notoriété ? Foin d’un vain peuple et de sa grisaille. Il n’est de grandeur que dans l’affirmation de son talent, surtout si il est reconnu par tout ceux que la fortune a moins favorisés. La voie politique s’ouvrait donc droit devant eux et l’accession à des postes de haute responsabilité, loin de les effrayer, ne faisait qu’attiser leur ardeur.

            Mais comme toujours il y a l’autre, le prochain, le semblable, celui qui est prêt à exiger qu’on reconnaisse ses mérites et qui ne saurait s’incliner sans combattre. C’est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt de la chose. Car la victoire n’a de prix que si elle a exigé d’y employer toutes ses ressources. Trop facile elle reste fade et perd de son attrait. D’ailleurs il faudra sans arrêt relever la barre pour que le jeu ne s’affadisse pas et que des flots d’adrénaline puissent continuer à nous shooter.

            Ainsi par des parcours bien différents François et Jean-François finirent par se retrouver face à face. « Pousse toi de là que je m’y mette ! » aurait déclaré le vulgaire. Mais ce n’est pas ainsi que l’on s’exprime quand on a l’âme bien née. On agit avec plus de tact, de ruse et de calcul aussi. Notre époque est civilisée et nous n’en sommes plus aux combats de gladiateurs. Dans notre ère numérique et virtuelle, le sang, la sueur et le poil n’ont plus place. On combat avec des moyens plus subtils, plus perfides aussi. Donc à coup de « com », à coup de bluff,  d’attaque sournoise et de coup bas médiatique. On va préparer le terrain, déstabiliser le partenaire, en faire un allié pour l’amadouer et viser les points faibles, ceux où ça fait mal. De plus il ne faudra pas perdre la face, donc ne pas trop avancer ses pions pour pouvoir se replier sans en avoir l’air.

            C’est que tout cela, toute cette belle stratégie sera étalée sans vergogne sur la place publique, je veux dire sur les ondes hertziennes aux heures de grande écoute, au moment de la pose repas.

            Au journal télévisé où l’abondance d’horreurs guerrières, révolutionnaires ou tribales, religieuses ou bien pensantes nous fournit tout le nécessaire pour pouvoir nous repaître de massacres en direct nous retrouvons la spontanéité bon enfant du bon peuple romain qui allait en famille voir les lions déchirer des chrétiens. C’était alors du vécu en 3 D avec l’ambiance et l’atmosphère festive. Nous en sommes à des versions moins hard, plus pasteurisées, sans les odeurs et le démantèlement des corps… D’un côté c’est moins vivant, mais il y a les gros plans et les ralentis qui permettent de ne rien perdre du spectacle.

            Donc Jean-François et François se sont retrouvés face à face et au coude à coude, si je puis dire. Une accumulation de circonstances diverses et de hasards malencontreux a fait qu’ils se sont retrouvés à égalité. C’est du moins ce que le simple bon sens amènerait à croire. Mais ce n’est évidemment pas possible. Il n’y a qu’une seule place pour deux. Il faut donc qu’il y ait un vainqueur et un seul.

            Alors la guerre de tranchées va commencer. Chacun va camper sur ses positions, cherchant à creuser des souterrains pour saper l’ennemi. D’abord on peut accuser ce dernier d’avoir triché. En bourrant les urnes avec n’importe quoi ou en faisant procéder au dépouillement par des gens à sa solde. Et puis il y aura des erreurs, involontaires ou non. Sans doute n’ira-t-on pas jusqu’à faire voter les morts comme cela se faisait jadis dans d’autres contrées insulaires. Bien que la chose reste défendable. Après tout il est stupide d’interdire aux morts d’exprimer une opinion, quand on les a bien connus, qu’on a eu confiance en eux et qu’on connaissait parfaitement leur opinion personnelle. Dans ce cas c’est un simple vote par procuration. Tout a fait légal.

            Enfin, les plaisanteries les plus courtes étant les moins longues, il ne reste plus qu’à arbitrer…Mais où trouver le juge intègre qui saurait convaincre les deux parties de l’intérêt supérieur qu’ils auraient à s’entendre sur un compromis ? Alain était tout désigné, lui le vieux renard, l’habile stratège, le fin diplomate, la crème de ceux qui suivant la formule bien connue ne disent jamais ni oui, ni non, mais « certes » avec un fin sourire.

            A l’heure où je rédige ces lignes la situation paraît irrémédiable. En apparence. Mais c’est faire fi des ressources de la versatilité humaine et de la finesse d’appréciation des assoiffés de pouvoir. De plus quelques uns sont satisfaits, de la petite Marine au Grand méchant Mélenchon, sans compter tout ceux dont l’existence un peu grisâtre connaît enfin quelque excitation avec des raisons de s’émouvoir, de s’exalter et de pouvoir fustiger l’incompétence des grands contemporains, même si nous les avons nous- mêmes portés au pouvoir.

            Nicolas va-t-il faire pencher la balance ? Jean-François va-t-il s’assouplir au point de ne pas proposer un nouveau suffrage dans deux ans ?

            La route est longue et tortueuse et pleine de bruit et de fureur. Mais que voulez-vous depuis si longtemps… Depuis que l’homme émergeant de son animalité primaire a compris que l’attaque était la meilleure des défenses. Et que, en bonne logique il convenait de ne pas se laisser influencer par des opposants stupides et qui de toute façon finiront bien par mourir un jour ou l’autre. D’ailleurs on pourrait les y aider si une vaine morale ne nous condamnait à l’inefficacité et à une attente débilitante.

 

                                                                     Le Chesnay le 3 décembre 2012

                                                                     Copyright Christian Lepère

 

 

     316-Fureur-homicide-copie-1.jpg

                                     "Fureur homicide" - Eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1982


LA SUITE

Après ces considérations sur l’imperfection humaine

et ses aléas

Il est grand temps de proposer des solutions pratiques

et concrètes

à la crise qui nous accable.

Alors rendez vous la semaine prochaine

 

Enfin vous en saurez plus sur les solutions qui s’imposent

Fussent-elles attérantes pour nous et nos proches !

 

212-La-lecon-de-philosophie.jpg

"La leçon de philosophie" - eau-forte - 1974 - 38 x 57 cm 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 08:35

                            46-Au-coin-du-feu----------------8-P-copie-copie-1.jpg

                                                    "Au coin du feu" - huile sur toile - 46 x 33 cm - 1986

 

 

La petite feuille de papier gris

 

              Ce matin là j’étais maussade. Mal réveillé je descend mes quatre étages avec ma petite carriole pour aller au ravitaillement. La vie a ses contraintes mais, Dieu merci le Super U n’est pas bien loin et une petite marche dans la fraîcheur matinale va m’être salutaire. Mais le destin veille. Il est prêt à tout pour me rappeler que le monde n’est pas un havre de paix. J’arrive en bas et sous mes yeux atterrés il y a au milieu du hall, propre comme il se doit car nous payons des charges, un papier gras froissé. Ce n’est pas une crotte de chien, mais quand même… Du bruit dans le local aux ordures signale la présence du technicien de surface. J’ai avec lui de bons rapports et nous nous saluons poliment. Devant le fait il m’explique que dès qu’il a le dos tourné des irresponsables en profitent. Il en a pris son parti et se baisse pour ramasser l’objet du scandale.

              Au verso c’est une publicité qui nous apprend que Mamadou Ben Machin, homme puissant, se fait fort d’assurer votre fortune au loto par des moyens infaillibles ou bien ramener votre épouse infidèle dans un délai de trois jours. Par ailleurs il peut aussi vous remettre en état sexuellement, ce qui sera indispensable sous peu. Très bien ! Voyons maintenant le dos. C’est tout gris et inintéressant. L’homme d’entretien en convient, ainsi que l’intendant de la résidence qui fait sa tournée de vérification matinale et deux voisines que leur destin a fait passer par là.

Mais voilà que Sherlock Holmes débouche de l’ascenseur. Après avoir rendu visite à sa cousine, celle la même qui l’a aidé dans l’enquête sur « Les mystères de la chambre jaune… ou rouge… excusez moi… et qui habite dans le studio du quatrième, porte face droite. Un peu désoeuvré mais toujours aux aguets il sort sa loupe pour examiner l’objet. Le côté «  Mamadou Ben Machin » le laisse indifférent. Il connaît. Mais en revanche le vide de la surface grise l’intrigue. Il scrute et après un temps un peu long il s’exclame : Mais c’est une trame d’imprimerie ! Trompés par nos sens ce que nous avions pris pour du gris est en réalité une surface blanche parsemée de petits points noirs. Aiguisant son regard il continue : « Par ailleurs ces points ne sont ni ronds ni carrés, ni de forme indécise…Ils semblent au contraire plus complexes et d’infimes différences les rendent comparables mais pas semblables. Peut être s’agit-il d’un alphabet ? Passant à la vitesse supérieure et aiguisant sans relâche son attention et sa perspicacité il sait qu’il approche du mystère. Ses yeux lancent des éclairs. Son souffle est plus court.

              Bien entendu les gens du commun se sont éclipsés. Le balayeur, l’intendant et les voisines ont à faire. Ils doivent assumer leur quotidien.

              Seul avec Sherlock Holmes je vais suivre son enquête. Armé d’une loupe surpuissante il distingue maintenant des lettres au cœur de chaque point. Ces lettres forment des phrases qui s’assemblent et se complètent. Et tout cela a un sens, transmet un message. Sherlock est formel : « Mon cher Watson, nous sommes en présence d’une version un peu ancienne du Coran et je vois à quelques modifications que ce n’est pas l’original. C’est une version remise au goût du jour pour permettre à Al Qaïda de justifier son activité. La Guerre Sainte c’est sérieux et si l’on donne la version soft, celle rédigée par le Prophète on ne va pas pouvoir pousser les adeptes au pire. Leur enthousiasme pour se faire exploser au milieu d’un car de ramassage scolaire risque de ne pas être à la hauteur de la noblesse de leur mission ».

              Alors il faut convaincre. Ainsi en notre époque post-moderne tous les moyens sont bons. Tous sont utilisables. Mais Mamadou Ben Machin est-il au courant ? Sait-il que ses innocents prospectus destinés à réconforter et à soulager les peines de ses contemporains servent aussi à prêcher la Guerre Sainte ? Pour légitime que soit cette dernière, il n’en reste pas moins qu’il est manipulé. De son plein gré ? C’est à voir. C’est aux experts d’en décider après analyse  psycho déductive tenant compte des facteurs sociologiques inhérents.

              Heureusement Sherlock est là et l’enquête est sa passion. Nul doute qu’il n’arrive à connaître les dessous de l’affaire.

              Je vais donc, le cœur tranquille pouvoir poursuivre mon chemin qui va me conduire tout droit au Super U pour y faire provision de filets de sole, de yaourts au fruits et de boîtes de langue de bœuf sauce madère.

              Mais je vois que vous avez l’air déçus. Comment ! on ne connaîtra pas le fin mot de l’énigme ? On ne saura pas si une fatwa a été lancée contre le technicien de surface qui par son zèle imbécile a condamné l’action terroriste la plus légitime à finir à la poubelle avec d’autres papiers gras ? J’en suis désolé mais après tout ce n’est pas mon problème. Et puis, peut-être qu’en écoutant Jean Pierre Pernaut sur TF 1 vous finirez par en savoir plus sur cette lamentable histoire. Heureusement nous sommes en démocratie et l’information circule librement même si elle n’est pas politiquement correcte.

 

                                                             Le Chesnay le 13 septembre 2012

                                                             Copyright Christian Lepère

 

      301-Landru-et-les-joyeux-ludions.jpg

                "Landru et les joyeux ludions" - eau-forte imprimée sur Arches 32,5 x 50 cm - 1981

 

 

ET LA SEMAINE PROCHAINE…

Rien ne vous sera caché!

Enfin un scoop sur l’actualité la plus brûlante !

Pouvoir et turpitudes

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 08:37

                              208-Vertige.jpg

                               " Vertige" - gravure à l'eau-forte - imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1974

 

 

Je n’en crois pas mes yeux

 

              C’est pendant mes études à l’Enset qu’on m’a piégé. On m’a tendu une feuille de papier sur laquelle figuraient deux schémas : un cercle et un rectangle en me précisant qu’il s’agissait de deux vues d’un seul et même objet. D’abord perplexité et tout à coup révélation ! C’est un cylindre ! Vu en bout et vu de profil à contre-jour…

              C’était tellement évident. Et voilà pourquoi l’humanité se débat dans des querelles fratricides sans cesse remises au goût du jour. Et cela depuis que le singe s’est fait homme. Ainsi deux scientifiques vont pouvoir se mesurer,  s’opposer, se contredire, lutter à mort, au moins symboliquement, opposant des arguments péremptoires et accumulant des preuves. Ils peuvent même faire des photos, documents irréfutables si il en est. « Vous voyez bien que c’est un rectangle ! » « Absolument pas, c’est un rond » (Pourtant ce n’est quand même pas un ovale, ce rond qui n’est pas carré…). Hommes de bonne volonté ils vont cependant chercher à s’entendre et commencer à négocier. Loin d’eux l’idée de se lancer dans des querelles byzantines pour savoir combien d’anges peuvent s’asseoir sur la pointe d’une aiguille. Cherchant malgré tout un compromis acceptable ils vont peaufiner les concepts et arriver à des formulations subtiles. Peut-être parviendront-ils à la notion de rond rectangulaire ou de rectangle non-euclidien. Je ne sais ce qu’en diraient d’éminents théologiens mais on peut leur faire confiance pour mitonner une théorie. Celle-ci dûment authentifiée par les autorités compétentes sera proclamée en tant que dogme pour finir par provoquer quelque belle guerre de religion, pleine de bruit et de fureur, source d’inspiration de tous les Shakespeare du monde.

              Passons… Nos sens nous trompent, c’est certain. Les illusions d’optique, nombreuses et souvent bien analysées sont là pour nous le rappeler. Mais un fait reste troublant. Savoir qu’on est en présence d’une illusion ne dispense pas de continuer à la percevoir comme si elle était réelle. Je pense à celle bien connue où deux lignes parallèles coupant un réseau de lignes rayonnantes semblent s’écarter au milieu. Prenez une règle et vérifiez…Oui, elles sont droites ! Mesurez attentivement…Oui, elles sont parallèles ! Et pourtant vous continuez à les voir s’écarter puis se rapprocher. C’est pas possible,  y’a un truc ! Seuls des scientifiques étudiant savamment les structures du cerveau, les câblages entre les neurones de l’aire visuelle et aidés par des calculs logarithmiques arriveront peut-être à déceler l’erreur, à comprendre pourquoi l’ordinateur s’emmêle dans ses circuits. Mais vous continuerez quand même à vous laisser leurrer.

              Le problème est que, en plus des illusions d’optique décelables et vérifiables, il y a aussi des illusions psychologiques encore plus redoutables parce que plus subtiles. C’est que là il ne suffit plus de mesurer avec son triple décimètre ou un compas, ou de soupeser, ou de découper en morceaux pour déceler l’imposture. Non c’est infiniment plus grave puisque dans ce cas l’observateur est tellement persuadé d’avoir raison qu’il n’hésitera jamais à se mentir à lui-même et dans la foulée à ses amis et à ses proches.

              Ainsi la paranoïa d’Hitler n’était pas foncièrement différente de celle de Napoléon, le panache en moins (quoique les Grand Messes  du 3° Reich à Nuremberg avaient quand même de quoi éblouir et impressionner des âmes un peu simples, ou même pas si simples que ça mais soumises à la pression psychique de la foule en délire). Tiens ! Voila déjà une illusion  de taille : se prendre pour une entité libre, autonome et raisonnable et ne pas remarquer qu’au sein d’une foule on est momentanément à la merci de la vague d’enthousiasme ou de haine  coagulée à cette occasion. Et qui pourrait prétendre y échapper totalement ? Le Grand Soir et les Lendemains qui chantent ont de quoi faire tourner les têtes. Et quand on voit des athlètes plutôt pacifiques pleurer en écoutant la Marseillaise qu’ils apprécieraient de façon beaucoup plus sobre dans des conditions moins exaltantes et surtout moins gratifiantes pour un ego boursouflé, on peut se demander où est passée leur lucidité. Mais c’est humain, on n’est pas des bûches ou des pierres. On a une âme et elle est toute frémissante.

              Ainsi l’Homme, mon semblable, mon frère semble ne pas avoir encore atteint le niveau de la très simple lucidité. Ou, comme disait Francis Blanche dans une petite histoire à sa façon : « Vous savez ce qui arrive à celui qui prend sa vessie pour une lanterne ? Il se brûle ! »

              Que veut le peuple ! Du pain et des jeux, surtout si les jeux sont grandioses et un peu cruels. Avouez que c’est plus stimulant d’assister à un grand brûlement d’hérétiques en place de Grève plutôt que d’assister à la remise des prix de l’école communale de Clochemerle-en-Beaujolais. Ou comme disait Louis onze en se frottant les mains : « Dieu merci nous avons suffisamment de sorcières pour alimenter nos bûchers. ». L’essentiel est d’en rester le spectateur bienveillant  et cependant intéressé. Je terminerai donc ce petit texte par un hommage à Néron qui lui, au moins, assumait sa vocation avec flamme. Paix à ses cendres. Et une très bonne journée à vous.

 

                                                                      Le Chesnay le 14 septembre 2012

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

      322-Les-palais-du-delire.jpg

                           "Les palais du délire" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1983

 

La semaine prochaine

 

C’est promis

Vous aurez droit à la toute dernière enquête de Sherlock Holmes

En exclusivité !

Cette nouvelle vous sera communiquée sous le nom de code de « La petite feuille de papier gris »…

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 07:56

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                                     "Voila l'Automne" - Eau-forte - imprimée sur Arches 32,5 x 50 cm - 1974

 

 

Au-delà du Champ du Feu

 

      Dix degrés ce matin au thermomètre. Après la canicule voici venir l’automne. La chaleur accablante après avoir fait place aux ondées a replié bagages. Tout au moins pour le moment. C’est l’accalmie et voici que m’assaillent de très anciens souvenirs.

      C’était jadis, l’enfance et au-delà sans doute. Avec les premières brumes et le soleil déclinant reviennent les éclairages d’arrière saison dont les nostalgies ont toujours été pour moi les prémisses d’un ailleurs, d’un bien plus loin, d’un très au-delà.

      C’est là-bas derrière la colline, plus loin que les vagues bleutées des monts du Morvan. Plus loin que le Bois Monsieur où nous allions chercher du muguet. Plus loin même que le Champ du Feu  où, me disait-on des gens vivaient seuls au milieu des bois… Te rends-tu compte ! Tout seuls !

      Et voilà qu’en ce milieu d’Août le temps a basculé et qu’au plus profond je retrouve ces pays émerveillés de fin de saison.

      Jadis, il y a bien longtemps, quand j’étais petit, la rentrée était le premier octobre et septembre étirait ses brumes dorées  sur les vendanges. Et déjà je me sentais chez moi dans cette fuite du temps, dans cette fin de chapitre. Les jours raccourcissaient, allongeant les crépuscules. Moment paisible et nostalgique où tout se calme et se retire. Où même le clapotis s’apaise, faisant place enfin au silence. Profond et insondable. Magique. Merveilleux et parfois terrifiant, mais d’une douceur si déchirante.

         C’est là sans doute que tout a démarré à nouveau. Que le nouvel épisode s’est orienté vers la profondeur, qu’avant les longues errances dans le labyrinthe gris du quotidien j’ai eu un aperçu de ce qui nous attend là-bas, derrière les collines, si loin et si présent, brillant au plus clair du plus profond de ma nostalgie. Infiniment présent.

 

 

                                                                      Sermizelles  août 1994

                                                                      Copyright Christian Lepère

 

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                                                                                            "La porte" - huile sur toile - 27 x 22 cm - 2007

 

Et la suite… ?

 

La nostalgie a eu sa part,

Maintenant on se calme, on resserre les boulons et on laisse l’esprit critique redresser l’oreille.

Vous aurez donc droit à un article de fond,

De ceux qui posent les questions qui fâchent.

Tant pis pour vous, mais après tout vous n’êtes pas forcé.

 

Une très très bonne semaine et à plus…

 

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 09:28

334-Aux-confins-du-monde-connu.jpg

                                        "Aux confins du monde connu" - eau-forte sur Arches 50 x 65 cm - 1985

 

 

OUI, mais quelle est la question ?

 

              Ce matin là il se leva. Comme d’habitude, sans doute, mais sans grand enthousiasme. Accablé par le gris de ses pensées et l’absence de l’une de ses chaussettes il commença à tourner en rond. L’appartement était exigu. Passant d’une pièce à l’autre puis de l’autre à l’une, il sentit la colère monter, le submerger et le prendre à la gorge. Enfin il fut rassuré. Là, sous le fauteuil la seconde chaussette, noire avec trois liserés blancs attendait qu’on lui portât attention. Enfin il pouvait engloutir son petit déjeuner à la hâte car le temps en avait profité pour s’écouler furtivement.

              Enfin repu et abreuvé il put sortir de chez lui, tout frétillant et rasséréné. L’ascenseur n’était pas en panne. Aucune odeur de friture ne vint faire frémir ses narines. Assoupi l’escalier reposait paisiblement dans sa cage, blotti sous son tapis rouge un peu défraîchi. Les marches déployaient leur spirale en direction des profondeurs ultimes de la cave et la concierge n’était pas dans les étages. De l’intérieur de la cabine il pouvait voir défiler les murs, derrière le vitrage opaque et les grilles en fer forgé.

              Après l’entresol il sortit, passa devant la loge, pressa sur le bouton et la lumière d’un beau jour de printemps l’accueillit. Il était libre ! Sous ses yeux la ville s’étendait, nombreuse et prolifique, avec ses amoncellements d’immeubles, ses rues tortueuses, ses vastes avenues. Au loin le Panthéon rendait hommages aux grands hommes à qui la nation était reconnaissante. Notre Dame adressait sa prière aux cieux et vers Barbès la vie grouillait, multicolore et polymorphe, ethnique et bigarrée. Plus loin vers l’Ouest on pressentait les espaces infinis qui, au-delà des banlieues dorées, menaient vers les étendues incommensurablement plates de la Beauce. Avec les flèches de Chartres s’élançant vers l’azur. Plus loin encore c’était la Normandie et ses vaches paisibles, le Cotentin plus plat et la Bretagne aux confins mystérieux des terres occidentales. Plus loin encore, tout au-delà l’Amérique et son rêve enfiévré.

              Après avoir tourné à gauche, puis à droite, remonté la ruelle en face il arriva sur une petite place cernée de becs de gaz. Au milieu posé avec noblesse à côté de la fontaine Wallace se dressait le kiosque à journaux. Fouillant dans la poche gauche de son anorak il chercha son porte-monnaie. Il y était ! C’est alors qu’un titre lui sauta aux yeux. Pas très gros mais d’une évidence incontournable. Là, sur la couverture de « Science et Vie » il lut : « Y a-t-il une vie avant la mort ? ».

              Déjà d’autres badauds frappés par l’urgence de la question commençaient à se rassembler. Cernant le kiosque leur masse inquiète se coagulait et formait bloc. Jusque là leur vie avait été plutôt paisible. Les aléas de l’existence pourtant nombreux et parfois préoccupants ne les avaient jamais frappés de plein fouet. Ils avaient vécu dans leurs certitudes, dans un monde complexe mais rassurant où l’on sait appeler un chat un chat. Deux guerres mondiales, mai 68, Fukushima, Sarkozy congédié pour aller faire du fric ailleurs, tout cela avait perturbé leur quiétude pour un instant. Mais sans plus.

              Or, maintenant on ne rigolait plus. La question vitale était posée, on ne pouvait plus l’ignorer. Il fallait agir ! Et vite ! Déjà un comité de quartier s’était formé, un président désigné d’office, un secrétaire sommé d’établir un rapport. Et tout un chacun se devait d’apporter un soutient inconditionnel. Police secours arrivait ainsi que le Samu convoqué hélas par erreur.

              Devant l’événement il s’était arrêté, figé sur place, toute pensée anéantie, tout mouvement paralysé. Et cela commençait à durer. Allait- on revivre la Commune ? Allait-on à nouveau s’entre déchirer pour des querelles d’opinion ? Car après tout la réponse à la question restait indécise. C’était une question et chacun se devait d’y répondre en son âme et conscience après avoir soupesé le pour et le contre. Des divergences allaient apparaître et des oppositions se faire jour.

              Alors à bout de force, vacillant dans ses certitudes il réussit à reprendre pied. Toutes ses forces mobilisées, dans un sursaut de tout son être il mit un pied devant l’autre, puis un autre, puis un autre. Enfin il atteignit la boulangerie. Là, d’une voix forte et assurée il s’adressa à Mélanie, jeune personne charmante et délurée et lui demanda sans hésiter « Une baguette bien cuite et deux croissants, s’il vous plait ! ». Comme d’habitude ? Rétorqua-t-elle d’un air taquin. Puis de sa démarche souple et lascive elle alla quérir la demande.

              Après avoir payé il sortit. Au loin s’étendait la ville. Ici était son destin. Alors il put rentrer chez lui. Ouf ! Il l’avait échappé belle !

 

                                                        Le Chesnay le 15  septembre 2012 

                                                        Copyright Christian Lepère 

 

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                                        "Merci pour le détour" - eau-forte imprimée sur papier Arches - 1980

 

 

Prochain épisode

  

Les grandes questions se posent, obstinément,

  l’arrière saison en profite pour déployer sa nostalgie.

Excusez moi si j’ai du vague à l’âme.

Ca va passer.

Alors rendez-vous pour

«  Au-delà du Champ du Feu »

Avant de reprendre avec des thèmes plus primesautiers. 

 

 

 

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 08:15

242-Boddhisattva-compatissant--73-x-60-cm-copie-1.jpg

                       "Boddhisattva compatissant" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1994

 

 

 

PAPY  FREUD

 

              Papy Freud est un brave homme. Né à une époque de triomphalisme scientiste il a eu l’immense mérite de poser des questions qui fâchent. L’époque n’était pourtant guère propice, l’homme considéré comme une créature raisonnable et civilisée devait pouvoir maîtriser ses instincts et n’utiliser ses pulsions qu’à bon escient. Tout ceci afin de faire bonne figure en société.

              Parfait. Mais la bête en nous réclamant quand même son dû, il ne restait plus qu’à se rabattre sur une juste guerre ou une révolution salutaire  si ce n’est sur la propagation dynamique des bienfaits de la civilisation pour éviter des débordements condamnables dans les contrées civilisées. Cela devait évidemment s’appliquer à tous, par souci d’humanité, fussent-ils des brutes sauvages survivant dans la forêt vierge. Et vivant comme des bêtes.

              Papy Freud était donc un pionnier. Avec courage et acharnement il n’hésita pas à aller explorer les profondeurs, farfouiller dans les méandres du subconscient et y traquer les horreurs qui s’y cachent. Tout cela dans le but certes louable de guérir des malades. Car les maladies psychiques, déjà graves en elles-mêmes sont tout aussi néfastes pour le corps biologique que pour le corps social.

              L’ambition était donc de permettre à quelqu’un qui fonctionnait mal  de retrouver le fonctionnement ordinaire jugé plus sain. (Mon Dieu, j’allais dire politiquement correct…Excusez moi, je me reprends…). Donc, en un mot, on soignait un ego malade pour en faire un ego sain. Ou à peu près, la perfection n’étant pas de ce monde.

              Pendant ce temps, comme tout ceux dont la tête dépasse de la foule Papy Freud avait attiré des élèves. (Mon Dieu, j’allais dire « disciples », je me suis arrêté à temps.) Plus jeunes, donc plus souples, bénéficiant des découvertes de leur illustre prédécesseur, il était normal qu’ils allassent plus loin. Ils ne s’en sont pas privés et l’histoire a pu continuer. D’ailleurs Papy l’avait bien dit lui-même : «  Il faut tuer le père pour devenir adulte. »

              Tout cela est bel et bon, cependant il faut quand même rappeler que Papy Freud n’a pas vraiment innové. Il a retrouvé à grand peine et en payant de sa personne ce que tout un chacun un peu sage savait depuis belle lurette. Je veux dire depuis les aurores de l’humanité. Toujours il y a eu des sages. Toujours ils ont poussé l’investigation vers les profondeurs de l’âme humaine. Et toujours quelques uns d’entre eux ont découvert l’ultime profondeur du monde et de l’humain. Les plus en vue ont été le Bouddha et le Christ mais la liste serait longue de tout ceux qui arrivés au même niveau se sont discrètement laissé oublier, n’ayant plus besoin de se justifier aux yeux de quiconque. Ce qui était aussi le cas du Bouddha qui ne prit la parole pour enseigner qu’après avoir été amicalement sollicité par des dieux amis.

              Venons en au vif du propos. Papy Freud est un thérapeute. Il se doit donc de soigner l’âme. Ce qu’il fait  très consciencieusement. Mais il lui manque un petit quelque chose un peu négligé à l’époque et ce n’est  pas du tout de sa faute. De quoi peut-il s’agir ? De Dieu ? Il est mort ! Nietzsche a fait le nécessaire. Mais on fait encore semblant d’y croire ne serait-ce que pour maintenir un ordre social. L’opium du peuple est encore  utile. Quelques dictateurs vont encore en avoir besoin. Ce serait cruel de les en priver.

              Alors quoi ? Voilà le mot est lâché : la transcendance. Et c’est un mot terrifiant parce qu’instantanément il remet l’homme à sa place. Le maître du monde, l’orgueil de la création redevient subalterne. Utile, certes et même un peu indispensable, il n’est plus qu’un maillon de la chaîne et l’on se demande parfois si il n’est pas le plus faible…

              L’homme n’est donc plus tout à fait maître de son destin (désolé Jean-Paul c’est pas de ma faute ! (C’est de Sartre qu’il s’agit…). La nouvelle est mauvaise  et elle a encore bien du mal à faire reconnaître sa véracité en ce vingt et unième siècle délirant où l’humanité très fière d’elle- même est en train de se suicider en sciant la branche sur laquelle elle est perchée.

              Le puzzle s’assemble. Le texte prend corps. D’abord Freud redécouvre le subconscient. Il soigne des névroses. C’est un peu comme si il renforçait la coquille de l’œuf, je veux dire de l’ego, car c’est elle qui va permettre à l’embryon de poulet de croître en toute sécurité. Jusque là tout va bien. Mais va surgir un petit problème : la période d’incubation terminée le poussin arrivé à maturité doit impérativement s’échapper de la coquille. Après avoir été une protection celle-ci devient un piège mortel. Comme le ventre maternel. Il faut maintenant s’en évader pour affronter le vaste monde. Si la comparaison est valide, la conclusion est simple. Devenus adultes, il nous reste l’essentiel à accomplir. Il nous reste à nous ouvrir de toutes parts pour accueillir la transcendance. Car elle ne peut évidemment pas se conquérir. Un peu d’humilité est ici nécessaire. Comment s’emparer de ce qui nous dépasse et nous contient ?

              Comme il se doit la réponse nous a été donnée depuis fort longtemps. Trois mille ans ? Quatre mille ? Et au fait, à Lascaux ils n’étaient pas déjà au courant ? En fait elle a toujours été la même, il n’y a plus qu’a renoncer à ses prétentions paranoïaques, à accepter sa place dans la nature, à tenir compte de lois naturelles incontournables. Parlerais-je d’écologie ? Le mouvement est bien le même. On ne réalisera sa propre nature profonde, totalement transcendante, qu’en acceptant ses limites et en tenant compte de tout le reste dont nous faisons partie intégrante.

              Si ceci est vrai, il reste à le mettre en pratique et c’est une tout autre paire de manches…Mais enfin, même si c’est long, même si c’est ingrat  et parfois décevant il faut y aller, sortir de la coquille ou y crever.

              Alors merci Papy Freud de nous avoir indiqué la direction et de nous avoir aidé à descendre les premières marches qui conduisent à la cave. C’est à partir des bas-fonds que l’ascension peut commencer. Un jour, depuis la terrasse nous pourrons contempler le ciel et, qui sait sauter dans le vide enfin « lâcher prise » comme disent nos amis zen.

 

              Et maintenant, paix à ton âme, même si toi tu n’y croyais pas.

 

                                                           Le Chesnay le 22 août 2012

                                                           Copyright Christian Lepère

 

                585-La-bande-a-Bonnot-73-x-.jpg

                            "La bande à Bonnot" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2010

 

 

LA SEMAINE PROCHAINE

 

En grande exclusivité vous aurez enfin la réponse à :

« Oui, mais quelle est la question ? »

En attendant pas d’inquiétude,

tout est sous contrôle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 07:56

327 Le grand arbre

                                  "Le grand arbre" - eau-forte - papier Arches 38 x 57 cm - 1984

 

 

JUSTIFICATION

 

              Pourtant le sujet prévu il y a deux semaines  était beau : « Oui, mais quelle est la question ? ». Mais la vie ne nous demande pas notre avis. Elle suit son cours comme d’habitude. Et il ne reste plus qu’à lui obéir. D’ailleurs elle sait ce qu’elle fait et si elle nous dépasse pour se rabattre en queue de poisson ce n’est sans doute pas sans raisons.

              Donc, rattrapé par les événements je vous offre un petit poème anodin mais qui peut-être en dit long. Qui sait ?

 

 

 

Le temps qui fuit, si lent

 

Ce n’est que la pluie

Qui dans la gouttière

Sur la terre entière

Coule sans répit.

 

Ce n’est que la pluie

Qui jusqu’à l’ornière

Du chemin de terre

Ruisselle sans bruit.

 

Mais dans le vallon au-delà du champ

Plus loin que l’après où va sinuant

Le sentier herbu, le chemin rampant

Tout entrelacé de ronces et d’épines

Tout enchevêtré, tout plein de racines.

 

Parmi l’herbe verte et les graminées

Et d’éternité en temps qui s’étend

Tout au long des heures et de la journée

Et jusqu’à la nuit au soleil couchant

Ce n’est que le vent

Ce n’est que la pluie

Ce n’est que le temps

Qui fuit

 

                                                            Le Chesnay le14 octobre 2012

                                                      copyright Christian Lepère

 

184-Le-fond-du-jardin.jpg

                                                                           "Le fond du jardin" - eau-forte - papier Arches 32,5 x 50 cm - 1973

 


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            Et la prochaine fois retour aux sujets sérieux avec « Papy Freud »  (intermède culturel)

A bientôt

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 08:06

220-Aléas de la conjoncture  "Aléas                       "Aléasde la conjoncture" - eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1975

 

 

Au petit jeu de pile ou face

  

                Chacun connaît ce petit jeu. Confrontés à un problème qui nous turlupine, incapables de choisir entre la peste et le choléra et souhaitant avoir la conscience tranquille on s’en remet au hasard.

                Après bien des tergiversations on lance une pièce en l’air et on attend, pas longtemps il est vrai. Parfois elle tombe sur pile, parfois elle tombe sur face. Il arrive parfois que, ô surprise, mais c’est infiniment plus rare, elle retombe en équilibre sur la tranche et y reste contre toute attente. Mais qu’est-ce qui lui prend ? C’est pas possible… Je dirais même plus, ça n’est pas raisonnable !

                Et pourtant…Ma main qui fait partie de ma personne est composée d’os, de chair, de sang et de tendons. N’oublions pas les ongles et les petits poils sur le dos de la main et les phalanges. N’oublions pas les empreintes digitales qui par leurs aspérités rugueuses vont retenir la pièce plus ou moins. N’oublions pas non plus la canicule qui rend ma main moite et glissante et, enfin, le coup de téléphone de tout à l’heure qui m’a appris la mort du petit chat et confirmé que Bachar el Assad se porte plutôt bien. Tout cela conjugué m’a rendu un peu nerveux et a perturbé mon équilibre psycho somatique plutôt satisfaisant d’ordinaire.

                La liste des causes nécessaires et suffisantes pour justifier le résultat final est déjà assez longue mais toujours pas exhaustive. Donc celui-ci n’est toujours pas prévisible. Je ne connais pas encore tous les paramètres.

                Ca me rappelle  ma petite école communale de la rue St Maur (Paris – onzième). C’est là qu’on nous tourmentait avec des problèmes de robinets, de baignoires qui fuient et de trains qui doivent atteindre la Garenne Colombes en temps et heure de façon certaine. Mais là on trichait honteusement. On offrait à notre sagacité un faux problème, conçu par un pédagogue logicien dont le but était de nous tourmenter alors qu’il était l’heure du goûter ou d’aller jouer aux billes.

                Ainsi donc un fait n’est prévisible que si l’on possède toutes les données pour le prévoir. Or, ma main lance la pièce, c’est la mienne, pas celle de ma sœur. On a déjà noté  que nombre de ses caractéristiques entraient en jeu. A notre niveau macroscopique évidemment. Si l’on considère maintenant que ma main est un assemblage de cellules, que chacune de celles-ci est une monstrueuse usine biochimique dans laquelle un nombre invraisemblable d’échanges de molécules intervient à chaque microseconde et que au niveau atomique puis sub atomique c’est encore bien pire et infiniment plus rapide, on commence à se demander quel super-méga-giga ordinateur pourrait calculer tout ça et en déduire une probabilité statistique vaguement vraisemblable.

                Ah j’oubliais ! Ma main lance la pièce. Celle-ci lui échappe. La voilà maintenant soumise aux lois physiques : la vitesse, le coefficient de pénétrabilité de l’air, la densité hygrométrique, la chaleur ambiante (qui peut aussi jouer sur mon moral) toutes variables qui ont maintenant leur mot à dire. Veuillez m’excuser mais j’oubliais l’interférence non négligeable des courants d’air…

                Enfin la pièce retombe sur le trottoir ou sur la moquette. Et à nouveau une infinité de variables vont imposer leurs lois. Parce qu’enfin ma moquette ce n’est pas la vôtre, achetée à St Maclou et qui a des qualités très supérieures à celles du trottoir pour le confort de la voûte plantaire. Si tel est le cas le résultat va se trouver infléchi. Avec l’absence de rebond sur ce support moelleux  les chances pour la pièce de se stabiliser seront beaucoup plus importantes, même si elles restent infinitésimales.

                Enfin, ma main, la pièce, la moquette et celui qui lit ces lignes avec une patience admirable font partie intégrante du cosmos. Et c’est grand  le cosmos ! Mais quand même organisé et cohérent. La science affirme que les lois physiques sont identiques sur Bételgeuse et Alpha du Centaure. Et bien au-delà sans doute…

                Allons, bonnes gens, j’en ai terminé pour aujourd’hui. J’espère que ces quelques mots ne vous ont pas trop perturbés. Laissez moi donc vous souhaiter un prompt rétablissement en attendant la prochaine intervention d’un incurable inquiet qui ne peut s’empêcher de se compliquer la vie. Car après tout c’est son problème et pas le vôtre.

 

                                                                          Le Chesnay le 27 août 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

260-Groupe hétérogène

                                        "Groupe hétérogène" - eau-forte - papier Arches:28 x 57 cm - 1978          

 

 

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Prochain épisode : « Oui, mais quelle est la question ? »

 

Ce qu’il advint à un pauvre homme confronté à cette angoissante question sera exposé en détail, bien que de façon non exhaustive dans la prochaine chronique de ce blog.

En attendant faites de beaux rêves !

 

 

 

J’ai l’honneur de participer

a une exposition de gravures collective

avec 28 grandes eaux-fortes

et de nombreuses petites :

 

Manoir-du-Mad-oct-2012.jpg

 

 

 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 08:14

85 Douceur du soir 46 x 38 cm

                                                      " Douceur du soir" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

 

Le zèbre et le poisson rouge

                                             ( La faucille et le marteau)

  

              J’aurais aimé vous tenir des propos raisonnables vous incitant à la réflexion. J’aurais voulu vous apporter mon aide pour faire face aux multiples problèmes du quotidien. L’intention était bonne, excellente même, mais hélas irréalisable.

              C’est qu’il ne suffit pas de vouloir, encore faut-il pouvoir. Et pour l’instant, après une nuit peu réparatrice, je me sens tout disjoncté, à côté de mes pompes, donc impropre à porter secours même en cas d’urgence. Aujourd’hui encore je ne serai pas le Sauveur du Monde.

              Mais il y a un titre en haut de cette page. Or, comme on sait, tout écrit est autobiographique. On ne parle jamais que de soi-même. Alors pourquoi le zèbre ? Je ne cours pas bien vite et c’était souvent la honte dans la cour de récré de ma petite école. Donc pour le zèbre ce n’est pas gagné d’avance. Reste le poisson rouge. Ah c’est mieux ! D’abord la couleur est belle, exaltante puisqu’elle a servi de fond en son temps à la faucille et au marteau, ces merveilleux symboles du labeur humain nous conduisant vers des lendemains qui chantent. Ensuite le poisson dans son bocal est un symbole métaphysique de la plus haute importance. Contre toute attente il signifie. Il signifie quoi ? Ca dépend de vous et de votre optique. Peut-être est-il le chercheur qui fait semblant. Tournant sans cesse en rond pour trouver quoi ? Et butant sans arrêt sur son propre reflet. Mais peut-être est- il aussi celui qui pressent que derrière la paroi de verre du bocal il y a autre chose, que le monde est plus vaste et que en insistant on y rencontrera autre chose que soi-même…

              Pour le moment il tourne en rond, inlassablement. Mais une nostalgie l’habite. Son âme n’est pas en paix. Il se sent même un peu seul. Il se pose des questions. Peut-être  est-il en train de rêver à un monde fabuleux, mirifique où toute technique apprise et maîtrisée au prix d’efforts déraisonnables il pourrait enfin taper des messages sur sa machine à traitement de texte avant de les envoyer à d’autres poissons rouges qui avec bienveillance les liraient attentivement.

              Mais ne rêvons pas trop. Il a été averti par les autorités chargées de gérer sa messagerie que même si il envoie un message avec accusé de réception et que celui-ci est dûment validé cela ne signifie pas qu’en outre il a été  « lu et compris ». Mais quand même on peut rêver et se dire que…Allons, bonne journée et portez vous bien, ça sera toujours ça de pris.

 

                                                                            Le Chesnay le 24 août 2012

                                                                            Copyright Christian Lepère  

 

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                                                              "Menu fretin" - huile sur toile - 65 x 54 cm- 1992    

 

                                              La SUITE au prochain numéro 

Rien n’est simple et tout se complique. Et quand trop c’est trop, il ne reste plus qu’à s’en remettre au hasard.

 Enfin, si il existe…

Le prochain article s’intitulera donc : « Au petit jeu de pile ou face » 

N’oubliez pas de vous faire vacciner contre la grippe, c’est gratuit !

 

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