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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 08:16
181 - Ici repose

 

Ici repose

 

     D’habitude c’est d’un pas rapide que je longe ce très long mur pour aller à la gare. Il est gris, anonyme et suffisamment haut pour ne pas avouer ce qu’il cache.

         Aujourd’hui pris d’une impulsion vagabonde je suis de l’autre côté, dans le cimetière qu’il circonscrit. Ce n’est pas une révélation, j’y étais déjà venu flânant au cours de mes vagabondages dans les vieux quartiers paisibles de Versailles. C’est par la grande porte que je suis entré, là où un  gardien pointilleux m’avait déjà expliqué qu’il est interdit de prendre des photos sans autorisation spéciale. Or j’avais mitraillé en toute innocence, séduit par le pittoresque de l’endroit et les sculptures d’anges veillant sur les sépultures. Ma bonne mine jointe à une candeur non feinte l’avaient adouci et il m’avait laissé sortir sans autre formalité. Ah le brave homme ! Sans doute le calme méditatif de l’endroit l’avait-il adouci et rendu compatissant. La nature humaine n’est pas si mauvaise tant que les tracasseries administratives ne deviennent pas incontournables pour de pauvres employés municipaux.

         Donc je reviens sur les lieux de mes activités illégales, sans mon piège à pixels, mais avec un petit carnet pour noter quelques détails précis dignes de vieilles archives. Car ce cimetière est fort ancien et rend hommage à la fine fleur de la bourgeoisie et de la noblesse de la ville royale.

Certes de simples citoyens y reposent aussi en paix. Au détour des allées je découvre avec intérêt qu’ici gisent : l’abbé Ber, Lucienne Rat et un peu plus loin mais sans doute sans raison précise  le très basique Alain Mulot.

         Un bon nombre de ces concessions sont à perpétuité, attribuées à une époque où la surpopulation ne sévissant pas on pouvait prendre ses aises et envisager l’éternité avec optimisme. Tout un chacun pouvait alors affirmer : « Inutile d’insister la place est déjà prise ! Place aux jeunes ? Que non ! Ils n’ont qu’à aller voir plus loin si j’y suis ! »

         Hélas depuis tout a bien changé et on en est arrivé à intégrer les lieux de repos définitifs dans l’agitation urbaine la plus débridée. Chacun connaît le cimetière de Montmartre. Coupé et surplombé par une avenue particulièrement hyper active. Mais le bruit monte et en dessous c’est relativement calme.

         Je marche à pas lents dans de vieilles allées aux pavés vétustes et disjoints. L’ambiance est méditative mais il faut aussi veiller à ne pas se tordre une cheville ou à glisser malencontreusement. Comme toujours en ce cas on a utilisé le terrain au maximum, comblant tous les vides et les interstices au fil du temps qui passe. C’est ainsi que pour parvenir à certaines concessions un peu oubliées, il faut franchir si ce n’est piétiner d’autres caveaux  et contourner des pierres tombales usées par les ans, fissurées par le gel et le soleil, parfois même béantes ou basculant sur des profondeurs humides. Ici et là gisent des Christs douloureux. Déjà cruellement crucifiés ils voient la pierre ou la céramique de leurs membres éclater en menus morceaux. Parfois même la carcasse métallique qui leur sert de support, rouillée jusqu’à l’os les abandonne à la dérive. Comme nul n’y prend garde il n’y a qu’à patienter, le temps finira bien par tout dissoudre et réduire en poussière ce qui doit y retourner.

181 - Ici repose

         Mais les Grands Hommes ne sont pas tous au Panthéon. Certains un peu moins glorieux se contentent des honneurs d’un cimetière provincial. Il y a beaucoup de militaires de tous grades. Mais les plus obscurs n’ont pas été forcément les moins héroïques. Pour les accompagner il y a aussi des hommes de pouvoir, élus ou non par le peuple.

         Me voici devant la profession de foi d’un avocat député : « Tout par le Travail – Tout par la Justice – Tout pour la Patrie – Tout pour la République ». Comme je vous le dis ! Alors qu’un peu plus loin on rend hommage à Jean François L. car : « Il eut l’honneur et le courage d’être le maire de Versailles en 1848 ». Ca en impose ! Mais la splendeur des monuments est à la hauteur du mérite. Quelques constructions qu’un esprit obsédé pourrait qualifier de phalliques s’érigent puissamment. Tout en se côtoyant, peut-être pour se tenir chaud ? Ou pour s’élancer vers le même idéal glorieux ?

         Je continue et voici qu’ « Ici gît Jeanne Moreau ». Après vérification elle est née en1901 et décédée en 1990… Ouf ! Me voilà rassuré.

         Il ne me reste plus qu’à quitter ces lieux paisibles. La prochaine fois je passerai de l’autre côté,  à l’ombre du mur et sur le trottoir étroit ou je serai frôlé par les voitures qui s’engouffrent dans ce raccourci qui relie les avenues triomphales du Grand Siècle et leur atmosphère riche en souvenirs glorieux et en émanations de particules fines issues des moteurs diesel. Car même si l’on garde la nostalgie d’un passé, hélas révolu, on n’en reste pas moins résolument contemporain et fier de l’être.

 

                                                 Le Chesnay le 9 mars 2014

                                                 Copyright  Christian Lepère

        

 

181 - Ici repose

La suite

 

Après ces considérations pertinentes sur la vie, la mort et tout ce qui

s’en suit il sera temps d’en tirer des conclusions

provisoirement définitives…

vous aurez donc

droit à :

 

« Tout est relatif »

 

 

 

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 08:14
"Le guetteur" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"Le guetteur" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

Le petit chat est mort

 

          Le petit chat est mort et Sophie est toute contrite. Bien sûr elle l’avait recueilli et en avait pris soin. Blotti dans sa corbeille sur son coussin mœlleux il avait été élevé au biberon. Et elle avait tout fait pour qu’il se sentit bien, ronronnant et paisible, épanoui et heureux. Mais on ne saurait tout prévoir et dès qu’il fût d’âge, il prit ses aises. Négligeant toute prudence et guidé par son instinct félin il se lança dans des expéditions à la découverte du vaste monde.

          Dépassant la clôture du voisin puis tournant le coin de la rue il avait franchi le pont et traversé la place en contournant le monument aux morts. De jour en jour il devenait plus hardi et l’ombre du clocher sur le sable de l’allée ne l’effrayait plus. C’est ainsi qu’il parvint au sens interdit. C’était le seul et unique de cette petite bourgade sise au cœur de la France la plus profonde. Et seule une décision unanime du Conseil Municipal avait pu imposer cette limitation draconienne à la liberté de circuler. Minouchat, puisqu’il faut en le nommant le faire sortir de son anonymat était encore bien jeune. Et l’on avait omis de lui apprendre les impératifs du code de la route et des règlements urbains.

          C’est donc en toute innocence qu’il avait ignoré le panneau pourtant bien visible et flambant neuf dans la lumière de ce beau mois de mai. Mais le disque rond et la barre horizontale sur fond rouge lui étaient inconnus  et il n’en avait tenu aucun compte. C’était déjà ennuyeux d’enfreindre le règlement en passant là où il ne faut pas, mais pouvait-il supposer que sa négligence pouvait s’accompagner de la survenue d’un danger venant droit sur lui ? Car ce qui est interdit à l’un donne des droits imprescriptibles à l’autre. La relativité d’Einstein s’applique aussi aux aléas du quotidien.

          La première fois tout se passât bien. Souple et félin il parcourut la petite rue humant l’odeur du bon pain chaud devant la boulangerie, louvoyant pour contourner les poubelles, vibrant des moustaches en longeant l’étal de la poissonnerie. Il passa même entre les pataugas et la canne d’un brave retraité puis entre les roues d’un landau où babillaient de beaux enfants. Enfin il déboucha sur la Grand Place puis de là revint vers son chez soi. Je veux dire chez Sophie.

          Le premier essai devint vite une habitude avant de se transformer en coutume. Et les braves gens le reconnaissaient bien qu’il fut discret

          C’est à la fin d’une dure journée de labeur que Marcel, employé communal, s’empressait vers son domicile. Après avoir œuvré pour sa subsistance il était tout content de pouvoir enfin rentrer chez lui où l’attendait Germaine. Déjà il prévoyait la suite. Après un brin de toilette et avoir troqué sa casquette réglementaire contre son casque de motocycliste il s’apprêtait à aller rejoindre ses copains. Ceux la même qui, adeptes des jeux de carte  et syndiqués de la petite usine de pièces détachées qui formait leur cadre de vie, l’attendaient au bistro.

          C’est donc après s’être diverti dans une convivialité bon enfant qu’il repartit enfin chez lui. Ce n’était pas loin et le chemin était sans surprise. Alors pourquoi fallut-il que s’engageant  dans la petite rue en sens unique il vit une petite silhouette  noire surgir on ne sait d’où pour heurter sa roue avant ? Braquage ! Contre braquage ! Dérapage ! La roue se bloque dans le caniveau. Marcel un peu blême se ressaisit. Il défait son casque. Il se tâte. Sous le blouson son cœur bat la chamade. Ouf ! Plus de peur que de mal ! Mais c’est à ce moment qu’il baisse les yeux et découvre atterré ce qu’il reste de Minouchat. Peu de chose en fait. La bête n’était pas bien étoffée et avec le poil mouillé par l’eau sale du caniveau il ne subsiste rien de sa chaleur ronronnante.

          Voila ! Tout est dit. L’histoire est terminée ou presque, car il reste à ramener la dépouille à Sophie. Celle-ci, inconsolable va l’enterrer au fond du jardin, non loin du compost, à deux pas des rangs de fraisier. Et puis les jours vont passer. Le printemps va refleurir. De nouveaux petits chats vont naître. Espérons simplement que l’histoire ne va pas tristement se répéter. Que tout ce drame n’a pas eu lieu en vain. Souhaitons le…Souhaitons le…Mais je ne suis pas bien  sûr d’obtenir gain de cause. D’ailleurs à qui réclamer un peu plus de justice. Au Bon Dieu. A son Adversaire ? Au Destin ? A vous de voir et de faire le nécessaire si vous croyez à l’efficacité des pétitions. Allez-y ! Récoltez des signatures ! Au moins pendant ce temps vous ne serez pas devant la télé en train de regarder le tout venant. En train de vous laisser hypnotiser par les séductions de cet opium du peuple qui meuble nos loisirs pour le meilleur et pour le pire.

 

                                                   Le Chesnay le 5 février 2014

                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

"Le guetteur" - Détail

"Le guetteur" - Détail

 

Sur ces bonnes paroles

je vous donne rendez-vous la prochaine fois

Avec un sujet apaisant :

 

« Ici repose »

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 08:40
"La vie est une étrange fête" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1988

"La vie est une étrange fête" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1988

Le monde à portée de main

 

      Nous vivons des temps exaltants. Internet et les réseaux sociaux vont enfin nous permettre de communiquer et même en très haut débit. Le monde entier à notre botte, je veux dire  soumis à l’effleurement du pouce sur le plus anodin des smartphones, va se mettre spontanément à notre service. Avec enthousiasme, gratuitement et sans engagement mercantile.

          Oui mais voila que très vite on découvre des limites. D’abord les nôtres, car c’est bien gentil d’être informé, encore faut-il mémoriser et stocker ce qu’on nous apprend et puis ensuite en faire quelque chose. Et là ça devient coton car très vite c’est l’indigestion.

          Difficile de visionner plusieurs films sur plusieurs chaînes de télé simultanément, même si on est un petit prodige du zapping. Et puis il ne faut pas se laisser détourner. Chercher un renseignement sur Wikipédia peut entraîner de fil en aiguille, en passant du coq à l’âne dans des dérives passionnantes qui peuvent devenir source de bien des égarements.

          Ah ! J’oubliais les publicités ! Sur certains sites on va vous faire des propositions alléchantes sur les sujets les plus divers, même en dehors des périodes de soldes. Peut-être allez-vous vous laisser séduire ? Vous cherchiez un ouvre bouteille et vous voila en train de comparer les tarifs low cost. sur Paris- Abidjan. Ou de soupeser les avantages de Miss Poitou-Charentes sur ceux de Miss Franche-Comté. Est-ce une courbe lascive, un déhanchement coquin ou un profil de statue grecque qui va vous faire craquer ? Mais les balais brosse sont en promotion et en en achetant trois, vous en avez un quatrième gratuit… C’est comme pour les pizzas : la première achetée, la seconde vous est offerte. Il ne vous reste plus ensuite qu’à inviter des copains pour consommer avant la date de péremption.

 

                                                       Le Chesnay le 9 février 2014

                                                       Copyright Christian Lepère

 

 

Détail

Détail

Détail

Détail

La prochaine fois

 

Une histoire belle et triste vous sera contée :

« Le petit chat est mort »

Ca vous changera des considérations oiseuses sur

un quotidien incontournable…

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 09:13
"Périls du voyage" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1988

"Périls du voyage" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1988

 

Paris ville accueillante

(suite)

 

            Un monsieur très bien croise mon chemin. Aimablement je lui demande de m’indiquer l’avenue de la Motte Piquet. « I don’t know… » me répond-t-il, aimablement, ce qui en bon français veut dire qu’il n’est pas vraiment du quartier. Un peu plus loin c’est une petite famille qui me croise. Cette fois –ci on me répond par des mimiques perplexes signifiant une totale incompréhension de la demande. Sont-ils espagnols ? Ou allemands ou autres ? Je ne le saurai jamais car un autre badaud se présente pour m’avouer son incompétence avec force gestes mais aucune formulation verbale. La preuve est faite. Aucun parisien francophone à l’horizon. Perplexe je tourne en rond mais voici qu’une dame très bien est en train de renseigner le digicode à l’entrée d’un bel immeuble. Si elle habite cet endroit huppé, elle doit connaître les environs. Miracle ! Elle connaît  et s’exprime de façon précise en un langage châtié. De plus elle est aimable.
            Je vais donc remonter l’avenue Suffren sous la pluie pour arriver enfin au Village Suisse. Mais le sort est contraire. Si l’entrée principale est grande ouverte, tout le reste est clos. A perte de vue ce ne sont que vitrines éteintes et rideaux de fer baissés. Une seule lumière luit, celle d’un restaurateur de tableaux qui m’accueille gentiment et m’explique que le Village Suisse est fermé  mardi et mercredi. Voila ! C’est bien ma faute ! J’aurais du me méfier. Pourtant sur Internet on ne m’avait pas prévenu de ces horaires particuliers.

            Mais mon incompétence à prévoir et maîtriser ce qui m’advient est, bien qu’assez banale pour un français moyen, un peu excessive pour une personne de mon âge qui devrait faire plus attention à ses ressources financières. Au lieu de cela je vais dilapider ma pension de retraite en achat de billets de train plein tarif. Même si c’est pour la bonne cause. Même si c’est pour promouvoir la diffusion de mes œuvres aux quatre coins du monde et tenter de faire connaître une  vision toute personnelle. Mais pardonnez moi ceci ne vous concerne sans doute pas. Alors gérez vos affaires. Faites bien tout le nécessaire et soyez aimables avec vos proches car ils en ont bien besoin.

 

                                                        Le Chesnay le30 janvier 2014

                                                        Copyright Christian Lepère

 

"Périls du voyage" (détail)

"Périls du voyage" (détail)

La suite

 

Si cette vision du monde  ne vous réjouit pas trop,

reprenez espoir !

La prochaine fois

« Le monde à portée de main »

vous montrera du positif et du concret !

            

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 08:47
"L'ancienne porte" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

"L'ancienne porte" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

Paris ville accueillante

 

            Il fait gris. Il fait froid. Inlassablement une petite bruine pénétrante s’obstine. A grands pas je longe le mur du cimetière dont la compagnie fidèle me conduit vers la gare.

            J’y suis. L’horaire est respecté. Mais que se passe-t-il donc ? A cette heure indécise de début d’après midi l’endroit devrait être paisible. Que font donc tous ces gens disparates groupés et discutant ? En français ?  Peut-être pour certains mais dans des langues moins familières pour d’autres. C’est que la gare, même si elle ne l’est pas officiellement est de celles qui permettent aux touristes d’aller en pèlerinage au château de Versailles. Et l’on sait à quel point ceux qui sont venus de fort loin sont fascinés par ce haut lieu de l’histoire occidentale. Un haut parleur graillonne un message totalement incompréhensible. Je l’ignore et je me dirige vers le guichet. Derrière sa vitre sécurisée l’employé décline ma demande poliment et m’explique que le trafic est interrompu. En raison d’un arrêt de travail des agents du service roulant. « Pour combien de temps ? ». Réponse évasive : « Jusqu’à nouvel ordre… ». Son air désabusé ne m’encourage pas à insister.

            Me voila donc coincé. Vais-je retourner chez moi au lieu d’aller à Paris ? Le destin va-t-il me reconduire devant mon chevalet pour passer l’après midi  a étaler de la peinture sur une toile qui n’est plus tout à fait blanche mais pas encore digne de l’attention de connaisseurs éclairés ? A moins que… L’autre gare, celle de Versailles Rive Gauche est peut-être plus accueillante. Et pas très éloignée à pied. D’ailleurs la marche réchauffe et je n’ai pas d’horaires impératifs. Après les vastes avenues de Versailles et la noblesse du Grand Siècle voici « Versailles Château », l’officielle, celle où les Japonais et les Espagnols débarquent de leurs beaux pays amis de notre hexagone. Ils viennent rendre hommage au Grand Roi. Celui-ci va les accueillir dans toute sa majesté, du haut de son cheval de bronze dominant la marée des cars internationaux qui se pressent sur l’immense parking de la place d’Armes.

            Mais où est l’entrée de la gare ? Le bâtiment est bien là mais des bâches le cachent. On ne passe pas et c’est sur le côté, subrepticement, qu’on pénètre dans ce terminal ferroviaire rendu peu accueillant par des travaux. A l’intérieur c’est la cohue, la queue devant les distributeurs de billets avant de composter et d’accéder aux quais.

            Un train va partir. Lentement comme à l’accoutumée et avec toute la componction de qui à le temps. C’est la caractéristique de cette ligne qui  en longeant les quais sans se presser mais de façon très sûre va ensuite traverser Paris. Tant qu’il n’y a pas de grève…

            Je débarque au Champ de Mars. La tour Eiffel m’accueille et me rassure. Au moins je suis certain d’être arrivé. Il ne me reste plus qu’à atteindre à pied le « Village Suisse », quartier pittoresque regroupant des antiquaires et des galeries vouées aux choses de l’art. Le quartier est chic mais il y a parfois des travaux sur quelque bâtiment vétuste ou la réalisation d’un projet grandiose qui va jaillir d’une excavation béante cachée derrière des plaques métalliques d’un esthétisme tout contemporain.

            D’ailleurs voici des signes avant-coureurs : des matériaux sur les trottoirs, des barrières métalliques pour faire obstacle et des débris d’objets vétustes  non identifiables. Je me dirige droit sur de grands panneaux métalliques masquant un espace interdit.  A gauche et à droite il y a un passage possible pour un piéton, au centre un type imposant qui a l’air de surveiller. Il ne semble pas faire attention à moi. Il faut choisir. J’opte pour la droite. C’est étroit, long et encombré  et je croise des ouvriers avec des casques qui m’ignorent. Je continue. Ca ressemble de plus en plus à un chantier. D’autres ouvriers avec des tenues diverses se livrent à des manipulations. Où suis-je ? Dans un cul de sac ! Le piège se referme…Je fais demi-tour dans l’indifférence générale à l’exception d’un type basané qui me fait remarquer en souriant que  je n’ai pas le casque réglementaire. Les autres n’ont pas noté ma présence. Je ressors. Le garde est toujours là, toujours inamovible. Rien ne laisse supposer qu’il ait décelé ma présence. Je prends à gauche et la palissade devenant moins haute me laisse apprécier la vue rassurante de la rue avec des gens ordinaires et des véhicules autres que de chantier. Enfin je retrouve le monde et la légalité. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’après tout j’aurais pu être un terroriste malveillant, un espion industriel, enfin quelqu’un qui aurait pu laisser des traces malveillantes de son passage… L’impression est étrange mais je dois maintenant m’orienter.

                                                           à suivre...

Détail de "L'ancienne porte"

Détail de "L'ancienne porte"

Détail de "L'ancienne porte"

Détail de "L'ancienne porte"

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 09:09
"Fête intimiste" - Eau-forte imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1973

"Fête intimiste" - Eau-forte imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1973

Blog blog blog…

(…ou « la vie pas si simple du blogger »)

 

            Tout un chacun peut créer un blog pour s’adresser à ses contemporains. Soit pour exposer ses états d’âme, soit pour diffuser des idées qui lui sont chères ou défendre de justes causes. Pour ma part c’est une façon de faire le point et de me permettre quelques délires sans conséquence. Cependant la réalisation pratique n’est pas toujours de tout repos.

            Pour réaliser un article sur mon ami Jean-Pierre Tingaud je m’étais documenté auprès de lui et il m’avait fourni tout le nécessaire pour exposer son œuvre. J’étais donc fin prêt. Ne restait plus qu’à mettre en ligne sur Overblog.

            En général c’est là que ça se complique. Travailler à distance est une technique qui s’apprend mais qui réserve bien des surprises. Cependant une pratique assidue finit par vous rendre performant. Mais il y a l’électronique et la transmission de données. Et puis les logiciels sont conçus par des cerveaux humains avec leurs petites manies et leur logique propre.

            Donc je m’installe. D’abord la connexion renâcle. Google m’explique qu’il n’arrive pas à établir la liaison et que cela peut venir de multiples causes, toutes plus techniques les unes que les autres et très mystérieuses pour quelqu’un d’un peu simple. Mais c’est facile ! Il suffit de se faire dépanner par les services compétents de Windows… Génial ! Mais il faudrait d’abord se connecter…Me voila explorant et farfouillant les coulisses de l’ordinateur. Et tout à coup ça marche ! Oui, mais ça venait de quoi ? Du réseau ? De la livebox ? Ou du temps qu’il fait ? Enfin si ça se reproduit il sera toujours temps de se gratter la tête.

            Hardiment je me lance dans un « copié collé » pour installer le texte sur mon blog. Résultat satisfaisant ! Enfin presque… Il manque quelques lignes à la fin…C’était peut-être trop long ? Je recommence. Et rebelote ! Je colle le même texte sur un autre document et là ça marche ! Tout est complet. Mais toujours pas sur le blog. Enfin après divers essais je vais me résoudre à compléter mon texte en le tapant directement en ligne. Tout cela pour finir par m’apercevoir que l’incident était provoqué par un tout petit blocage, un bug bénin sur le mot « la » qu’on pouvait supprimer ou contourner, quitte à le rajouter ensuite.

            Mais un blog sans images est un repas sans fromage. Il me faut donc ajouter quelques photos des œuvres et j’ai tout ce qu’il faut. Mais pourquoi diable le logiciel de service se permet-il de me les aplatir les rendant ainsi toutes pataudes ? Imprévu le résultat est original mais surprendrait le photographe qui les a réalisées selon son vouloir et souhaite voir son esthétique respectée.

            Peu importe, la technique peut tout et Photoshop a plus d’un tour dans son sac. Alors je vais chercher, tâtonner, tenter le coup et finir par trouver ! Est-ce explicable en termes rationnels ? En tout cas le simple fait de modifier les dimensions de l’image, en gros de rajouter des pixels, se révèle efficace. Enfin les gravures de Jaipi vont retrouver la noblesse de leurs proportions et la fraîcheur de leur aspect natif.

            Maintenant tout est prêt. Il n’y a plus qu’à cliquer pour mettre en ligne et informer les réseaux sociaux de la nouvelle parution sur mon blog. Je fais donc le nécessaire. Cependant le sceptique que je suis ne saurait s’abandonner ainsi à l’ivresse du devoir accompli. Bien m’en prendra, car allant visiter ma propre page sur Facebook, je constate que l’annonce de mon article n’y figure pas comme il se devrait. Donc pour le moment personne n’est au courant.

            Il ne me reste plus qu’à retourner sur Overblog pour recommencer l’opération de partage du lien. Enfin, ô miracle l’annonce apparaît à l’endroit souhaité. Il n’y a plus maintenant qu’à attendre des visiteurs. Car l’administration va me fournir des statistiques et me dire combien de personnes  sont venues et ont lu et même combien de pages elles ont consulté !

            Avouez que c’est sympa, même si ça n’est pas tout à fait gratuit, car depuis peu il faut un abonnement « Premium » si l’on veut que l’article soit partagé sur des réseaux sociaux. Mais nous vivons une époque moderne où non content d’être édité gracieusement l’auteur d’un blog  peut toucher des « droits d’auteur » terme noble cachant le fait qu’il accepte la présence de publicité. Ce dont on lui saura gré surtout si il attire un public nombreux. Mais les temps sont durs et chacun a le droit de vivre. Alors « faudrait savoir ! » On la fait redémarrer la croissance ou on sombre dans l’apathie et la mollesse ?

            Mais en fin de compte on peut quand même utiliser l’informatique sans trop se soucier d’efficacité pécuniaire. Un peu comme le pêcheur à la ligne qui peut rentrer bredouille, tout content d’avoir passé un moment peinard au bord de l’eau sûr de survivre agréablement en attendant la semaine prochaine. J’espère que c’est aussi votre cas, mais si vous voulez créer un blog ce n’est pas une si mauvaise idée. Pour le moins ça vous occupera et c’est mieux que de faire des bêtises. C’est du moins ce qu’on m’a enseigné quand j’étais tout petit et que l’on me prodiguait force conseils pour m’éviter les erreurs de jeunesse.

 

                                                   Le Chesnay le 6 février 2014

                                                   Copyright Christian Lepère

 

"Heureux les pauvres en esprit" - Eau-forte imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1971

"Heureux les pauvres en esprit" - Eau-forte imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1971

 

NOTA BENE

 

La nécessité impérative d’assister au vernissage du Salon  « Safadore (Dali) »

qui avait lieu au Mont-Dore

m’a empêché de mettre ce dernier article en ligne

vendredi comme à l’accoutumée.

 

La prochaine fois :

 

Si Dieu le veut!

Si le Prophète n’y voit pas motif à me lancer une fatwa...

Si les logiciels remplissent bien leur mission : 

« Paris ville accueillante »

Sera un témoignage poignant sur les aléas du quotidien.

 

En attendant portez vous bien !

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 17:00

J'ai l'honneur de faire partie de l'exposition suivante

qui va se dérouler

au Mont-Dore

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 08:17
175 - Il fait encore noir

Il fait encore noir

 

            Il fait encore noir. Pas un bruit, pas un chat. Au loin quelques lumières ponctuent la silhouette allongée du collège, trahissant la présence laborieuse d’une femme de ménage ou d’un employé municipal vacant à de menues réparations avant la journée scolaire.

            De l’obscurité une voiture est arrivée. Lentement. Elle s’est immobilisée sous ma fenêtre le long de la voie privée entourant la résidence. Elle bloque une voiture blanche parquée dans son emplacement numéroté.

            Plus rien ne bouge. C’est une masse sombre anonyme, sans vie. Pourtant à l’intérieur quelque chose remue. Indistinctement. Est-ce l’ombre d’une main sur le volant  ou en train de manipuler un téléphone portable ? A moins que l’occupant ne soit en train de consulter un plan, de déchiffrer un vieux papier froissé extirpé de sa poche ? Cherche-t-il une adresse ? Celle d’un ami ? Ou d’un tiers qui vient de l’appeler à son secours ? A moins qu’il n’aille rendre visite a ses proches… Et si c’était une femme ? Le problème serait peut-être encore plus subtil…

            Peut-être est-il simplement égaré, trompé par l’aspect nocturne d’une résidence qu’il ne reconnaît pas bien. La nuit tous les chats sont gris et les bâtiments nimbés d’obscurité se font passer pour ce qu’ils ne sont pas. Le très familier peut prendre des aspects étranges.

            Pourquoi suis-je en train d’observer ? Mon  petit déjeuner est prêt, les corn flakes attendent dans le bol fumant. Pourtant je suis fasciné. La voiture est noire, immobile, tous feux éteints et à l’intérieur une présence discrète   se devine derrière les vitres sombres.

            Une fillette, sac scolaire au dos se dirige vers le collège. Un homme passe. La vie se remet en marche. L’aube va pointer. Il va faire jour.  Et voila que les feux de position s’allument. Le moteur démarre discrètement. Le véhicule commence à bouger. Il décolle du trottoir et se remet à droite, puis commence à entamer le virage qui va le soustraire à ma vue. Non ! Il s’arrête. Va-t-il s’engager dans une place privée en marche arrière pour faire  demi-tour ?

Arrêt, hésitation, redémarrage. Il disparaît derrière le mur qui soutient le talus et semble ne plus devoir réapparaître.

            C’est fini mais je conserve une impression étrange. Pourquoi m’être laissé fasciner par cet incident que toute personne sensée aurait jugé tellement quotidien et banal à pleurer. Mais voilà… Tout était calme et sombre. Seules quelques lumières rendaient le monde présent. Et il n’en faut pas plus pour que les apparences avouent ce qu’elles sont. Des constructions mentales, des rationalisations auxquelles on voudrait tellement croire. Pour se rassurer, pour pouvoir en rendre compte aux autres. Et puis parfois on oublie d’interpréter le spectacle selon les conventions en vigueur. Plus rien n’est sûr et l’on se retrouve face au mystère absolu du monde qu’on dit réel. Dans un ailleurs plus intense et signifiant. Dans une absence de référence. Sans garde fou et sans explication.

            Alors bien sûr on recommence à cogiter, à supposer et à déduire. Mais la brèche est ouverte et nos petites certitudes mentales n’en mènent pas large, sommées qu’elles sont d’avouer leur artifice, leur fabriqué maison.

            Suis-je bizarre ? De subtiles altérations mentales seraient-elles en train de s’installer dans les méandres de ma matière grise pourtant si performante quand tout est normal. Mais je ne suis qu’humain et il faut bien s’accommoder des menus dysfonctionnements  de la rationalité triomphante dont chacun peut faire usage sans toutefois en abuser car ce ne serait pas raisonnable.

 

                                                              Le Chesnay le22 janvier 2014

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

175 - Il fait encore noir

La prochaine fois :

 

« Blog, blog, blog… »

« La vie pas si simple du blogger »

 

Vous parlera du quotidien de qui veut s’adresser

a ses contemporains

pour les distraire ou les informer.

 

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 07:54
"Portique Gaïa" - gravure

"Portique Gaïa" - gravure

Djaipi

(Jean-Pierre Tingaud selon l’état-civil)

 

              Jean-Pierre Tingaud est comme moi un ancien élève de l’Ecole des Arts Appliqués. Ensuite il est passé par les Beaux-Arts où il a été initié à la gravure ce qui le différencie de l’autodidacte que je suis. Enfin il est aussi devenu enseignant.

              Mais c’est avant tout sa vision du monde qui m’intéresse. Voué au noir et blanc mais d’un noir pas si noir que ça opposé à des blancs subtilement cassés, il est par nature plus porté sur le graphisme que sur le volume. Bien que, accessoirement il se soit aussi laissé attirer…Il était donc plutôt destiné à la gravure et tombé tout jeune dans la marmite il se devait de suivre son destin tel un Obélix prédestiné.

              Ce moyen d’expression intime et confidentiel s’accordait d’ailleurs très bien à sa vision du monde. A la fois introverti mais simultanément grand ouvert sur la profondeur, il découvrit que c’est au plus intime de soi-même qu’on a des chances de s’ouvrir véritablement à l’immensité du monde. En tout cas beaucoup plus qu’en se lançant frénétiquement dans des aventures qui ne nous font expérimenter que la surface des choses et peuvent nous mener au bout de nos possibilités mais pour jouir d’illusions multiples en y croyant dur comme fer. Ce qui est la caractéristique essentielle de notre monde contemporain multiforme et convulsé.

              Jean-Pierre s’est donc voué à la profondeur. D’abord en livrant ses confidences à la plaque de métal. Puis en privilégiant des sujets qui ne sont pas anodins. Par exemple une série de compositions organisées librement sur un schéma géométrique de carrés et de cercles emboîtés ressemblant fort à des mandalas. C'est-à-dire des images symboliques dont la vision, mystérieusement nous guide vers le centre de notre être. Du moins si nous avons quelque attirance pour cette région de nous-même qui peut faire peur. Et si nous ne nous accrochons pas trop au paraître. En un mot si nous n’avons pas trop besoin de l’accord intéressé de nos complices en humanité qui permet de nous prendre au sérieux.

              Certes il est bien naturel de souhaiter être reconnu et apprécié, mais il faut savoir à quel niveau. Celui du pittoresque et de l’anecdotique qui fait l’attrait de notre personnage et qui crée tout ce qui rend l’émission « Plus belle la vie » tellement captivante. Ou bien d’un autre point de vue  peut-être moins excitant mais un peu plus consistant 

              Seulement voila, Jean-Pierre est attiré par l’au-delà du par-delà. Sous les apparences il pressent la palpitation du monde. Le jeu subtil des énergies cachées, la danse des particules au cœur de la matière la plus opaque.

              Après la gravure ou en même temps, voila qu’il se met à observer le monde à travers le viseur de son appareil photo. Le numérique lui semble plein de possibilités et les nouvelles technologies ne lui paraissent pas contre nature. Après tout ce ne sont que des techniques qui nous offrent d’immenses possibilités, pour le meilleur et pour le pire comme d’habitude…Tout dépend de qui les utilise. Ainsi la photo et le cinéma après avoir été d’amusantes curiosités, puis des outils de travail efficaces sont-ils devenus des arts à part entière et mêmes des créateurs d’âme.

    

"dessin photographique" de la Géode

"dessin photographique" de la Géode

          Vivant dans le nord-est de la capitale, non loin de la Géode de la Villette, Jean-Pierre s’est laissé fasciner par cet étrange objet. Cette sphère à multiples facettes reflétant tout ce qui l’entoure et recréant le monde selon les aléas des lois de l’optique : reflets, brisures, élongations et compressions. Cet œil gigantesque qui, à l’instar de ceux de certains insectes recompose les apparences en les éclatant et les multipliant pour en faire une sorte de puzzle aléatoire.

           La chose pourrait sembler simplement amusante et certains n’y verront peut-être que des exercices de style gratuits. Il s’agit donc ici de  ce que la Géode a pu suggérer à une sensibilité curieuse de l'au-delà du convenu.Mais non content de voir des choses surprenantes notre "Graveur photographe" créateur de "dessins photographiques", passionné de pixels et affligé d'une addiction au numérique s'est permis après avoir choisi son angle de vision et appuyé sur le déclencheur de retravailler ses documents bruts. Car après tout il aurait pu, comme un touriste japonais photographier la tour Eiffel avant de retourner chez lui admirer ses souvenirs. Mais non! Avec la complicité de Photoshop il s'est donc permis de recadrer, déformer, disjoindre et recomposer, modifiant les contrastes et organisant l'aléatoire. Le résultat est un petit livre où il nous confie le meilleur de ses réalisations : "Contes de la Géodéesse". Les images sont accompagnées des textes d'Ali Lham qui est aussi chanteur. Et il y a une préface fort pertinente qui en dit un peu plus long...

            Alors, si vous voulez en voir et savoir plus cliquez sur les liens suivants. Vous verrez bien...

 

 

                                            http://www.ipernity.com/doc/63711

 

                                        http://www.ipernity.com/doc/63711/album

 

                                     http://www.ipernity.com/doc/63711/album/358695

 

 

 

                                                           Le Chesnay le 14 janvier 2014

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

"Laude - 7"

"Laude - 7"

La prochaine fois :

 

« Il fait encore noir »

Quand le quotidien le plus anodin passe aux aveux…

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 08:06
"Le bout du monde" - gravure imprimée sur Arches format Demi-Jésus - 1972

"Le bout du monde" - gravure imprimée sur Arches format Demi-Jésus - 1972

L’impermanence a encore frappé !

 

              Tout là haut des nuages brodent des arabesques. Jusqu’au bout de l’azur ils s’élancent et s’entremêlent inlassablement en suivant  les courants de grands flux atmosphériques qui tels des Gulf Stream aérien dérivent d’un bord à l’autre du monde connu. Ils nous font comme un toit mais vaporeux et sans cesse changeant. Inconsistants et éphémères  jusqu’à ce qu’en pluie  ils retournent à leur origine, les eaux d’en bas.

              Par quelle aberration parlons nous d’un nuage ? Comme si il existait en tant que tel, comme si il était un objet intangible et définitif. Pourtant nous le voyons bien, il est insaisissable. Formé de brume, tissé de brouillard, immatériel mais tellement présent. Pouvant nous priver de toute chaleur. Confisquant la lumière et refusant au soleil le droit de nous réchauffer le corps et l’âme. Pourtant le soleil n’en peut mais, lui qui dans toute sa gloire rayonne indéfiniment dans toutes les directions. Même si  elles sont toutes égales et à ses yeux aussi dénuées de sens qu’un poteau indicateur au milieu de nulle part.

              Le haut ?le bas ? Droite et gauche interchangeables…Notions désuètes de la géométrie euclidienne. Références rassurantes pour petits esprits enfermés dans leurs catégories mentales.

              Ainsi le soleil rayonne car il ne sait rien faire d’autre et que d’ailleurs peu lui importe. Il lui suffit de tous les éclairer, les bons et les méchants, les nuisibles et les prédateurs mêlés aux grandes âmes et aux esprits distingués qui inventèrent la pénicilline ou découvrirent les mystères de l’a.d.n.. Mais le soleil s’obstine à rayonner. A tout jamais ? Que non ! Car lui aussi a une histoire, lui aussi vit sa vie en brûlant ses ressources, en dilapidant son énergie pour réchauffer tout ce qui se présente. Il va dans le grand vide cosmique où nous errons, embarqués sur notre radeau « Bleu comme une orange ».

              Pendant longtemps la vieille humanité s’est crue le centre du monde. Avouez que c’est plus rassurant et que cela permet au moins de se prendre au sérieux. Mais la science est arrivée, l’air soupçonneux et l’œil inquisiteur et elle a voulu y regarder de plus près. Alors de loupes grossissantes en lunettes astronomiques les illusions d’optique ont été démasquées et les croyances grossières ont été remisées au placard.

              Mais une chose est étrange et fait dresser l’oreille : Quels que soient les progrès de l’observation et quelles que soient les découvertes sidérantes et indéniables, la plupart des esprits dits scientifiques s’obstinent à continuer à vivre dans un monde de commodes conventions. Voila plus d’un siècle qu’on sait que la matière n’est pas si matérielle que ça. Ou tout au moins qu’elle ne manifeste ses qualités évidentes pour nous de solidité et d’impénétrabilité qu’à notre échelle de perception.

              Mais nous tenons tellement à notre confort, à nos petites habitudes, à notre monde réel dans lequel il y a de vrais gens assis sur de vraies chaises devant une vraie table bien dressée et pleine de bonnes choses à l’ancienne qui vont nous faire chaud au cœur en nous remplissant l’estomac.

              Dans un autre domaine ne paye-t-on pas et fort cher une entrée dans les salles obscures du cinématographe pour voir une illusion d’optique ? Je me souviens que tout petit on m’avait expliqué que le film c’était tout un tas de petites images qui se déplaçaient et dans ma cervelle encore toute naïve mais riche en suppositions je m’étais imaginé que sur l’écran il y avait comme une sorte de puzzle formé de petits éléments joyeusement mobiles et atteints d’agitation incoercible. C’était assez rigolo, très complexe et après tout peut être réalisable réellement avec les moyens techniques actuels…

              Mais depuis j’ai perdu mes illusions. On m’a démontré que seul le grossier fonctionnement de ma vision me faisait croire à l’enchaînement sans heurts de ce qui n’est après tout qu’une succession de diapositives séparées par des moments d’obscurité. Mais attention ! Voilà que je m’accroche encore à des notions récentes mais devenues bien obsolètes et dépassées par les progrès techniques. Car maintenant avec la vidéo, les écrans plats et les images numériques il n’y a plus de vide entre les images ! Celles-ci étant projetées par balayage de l’écran, la suivante succédant à la précédente  avant que cette dernière n’ait fini de stimuler tout les pixels de l’écran…Hallucinant ! Il y a donc bien maintenant un véritable fondu enchaîné beaucoup plus reposant pour l’œil et surtout plus trompeur. Ca n’est toujours pas réel mais c’est de mieux en mieux imité. Et après tout qu’est-ce qui nous intéresse ? Continuer comme d’habitude sans se poser trop de question ? Ou aller chercher la petite bête ? A chacun de décider de ce qui lui importe. Et si on aime les petites bêtes ? Pourquoi pas … Mais là vraiment on n’est pas forcé. Alors bonne continuation !

 

                                                           Le Chesnay le 17 janvier 2014

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

"Axis Mundi" - gravure imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1978

"Axis Mundi" - gravure imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1978

 

La prochaine fois :

 

Vous saurez tout sur Djaipi

graveur et photographe de la Géode

 

A bientôt !

 

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