Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 07:56
"Shéhérazade" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

"Shéhérazade" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

 

Proies et prédateurs

et ce qui en découle

 

            Une question se pose, simple et enfantine. Mais elle me turlupine. La voila : Un lapin peut-il devenir un lion ? C’est idiot, mais nous n’allons pas nous esquiver…

            Si, pourchassé dans la savane le lapin est enfin rattrapé et dévoré à belles dents par le félin que va-t-il se passer ? Sa chair et ses os vont d’abord être broyés, déchiquetés, réduits en une bouillie sanglante avant d’être avalés. Ensuite le processus va s’aggraver. La bouillie alimentaire va être décomposé par les puissants sucs gastriques et réduite à ses éléments de base. Adieu les formes et les couleurs. Adieu le charme sautillant de Jeannot lapin. Adieu son insouciance primesautière. Le voila réduit à de la chimie organique.

            Mais en réalité rien d’essentiel n’est perdu, si ce n’est les apparences qui nous sont parfois si douces. En réalité chaque molécule, chaque protéine sera ensuite digérée, assimilée et intégrée au flux sanguin du fauve avant d’aller irriguer et nourrir la moindre de ses cellules. Repu le lion ne va pas se poser de ces questions oiseuses qui font la noblesse et la fierté de l’humain. Lui, il va aller s’étendre à l’ombre pour digérer paisiblement car demain sera un autre jour. Pendant ce temps tout ce qui a constitué le lapin va être recyclé avec le plus grand soin. Rien ne sera perdu, si ce n’est quelques déchets qui seront éliminés par les voies naturelles.

            Et voila le tour est joué ! Le corps du lapin s’est transformé en la puissante sauvagerie léonine. Mais me direz-vous le lion ne se nourrit pas que de lapin. Il lui arrive les jours fastes de faire ripaille avec une tendre gazelle ou un zèbre véloce. Parfois même un pauvre gnou égaré viendra le régaler d’une chair plus rare et même, mais c’est exceptionnel, peut-être qu’un cob de Buffon transformera son repas en un festin digne du roi des animaux.

            Ainsi le corps du lion devient, à son « corps défendant » gazelle ou zèbre ou tout autre chose à sa convenance. Car il ne faut pas oublier les petits rongeurs dont il se contentera les jours de disette et même, j’hésite à le dire le petit nègre imprudent qu’il va ravir à l’affection des siens. Alors que penser d’un animal qui est à la fois ceci et cela, zèbre, gazelle et jeune autochtone ?

            Venons en à nous même, à l’homme dans toute sa bipédie verticale. Là ça se complique car si il peut aussi se nourrir de ce qui nourrit le lion, il va aussi croquer des radis, se goinfrer de pois chiches, déguster du magret de canard et des épinards. De plus il va se désaltérer avec Dieu sait quoi et pas uniquement de l’eau de source à ce qu’il me semble.

            Alors la question cruciale apparaît ? Obsédante et métaphysique. Mais en fin de compte « Que suis-je ? ». Un peu de tout cela sans doute puisque pas un seul des constituants de mes cellules, molécules et acides aminés n’est une pièce d’origine. Aucun ne date de ma naissance et ne m’appartient de plein droit. Tout a été emprunté, j’allais dire pillé par le prédateur naturel que je suis, à moins que je ne me le soit procuré au « Super Marché Mammouth » le plus proche, de façon légale dans ce cas.

            Donc j’ai un corps et j’en dispose. Mais après tout ce n’est qu’une sorte de vêtement, bien pratique tant qu’il est performant, un peu moins quand il est mutilé ou affaibli par les atteintes du grand âge. Et puis ce vêtement  au contraire de ceux du commerce est en perpétuel remaniement. Sans cesse il s’auto répare lui-même. Ce n’est pas comme ma première chemise dont j’ai du me séparer forcé et contraint. Un tissu est constitué de molécules inertes qui ne sont plus soumises qu’à l’agitation moléculaire et au tourbillon des particules élémentaires au cœur de l’atome. On peut donc le considérer comme un objet relativement stable ce qui n’est guère le cas de notre propre personne  qui doit se reconstruire à chaque instant. Selon les découvertes de la biologie moléculaire nous perdons dix millions de cellules par secondes qui ne meurent pas d’usure ou de vieillesse mais s’auto détruisent pour permettre au corps de se renouveler

            Et puis, non content de changer sans cesse ce vêtement évolue selon des lois implacables Sans arrêt il se réplique mais jamais la copie n’est parfaitement conforme. C’est ce qui nous permet de grandir et de passer par les joies et les affres de la puberté le moment venu. Ou, à d’autres moments de voir apparaître des ressemblances bizarres avec des membres de la famille parfois morts et enterrés depuis longtemps Mais qui nous ont légués quelques chromosomes facétieux et persistants. Et puis vient le déclin qui lui aussi est programmé.

            Dans sa grande sagesse la nature nous construit puis nous élimine pour recycler les matériaux. En matière de récupération c’est prodigieusement efficace. Seuls les pharaons d’Egypte et quelques autres ont cru pouvoir s’y opposer. Mais les rapports affectifs avec une momie ne sont peut-être pas ce qu’il y a de plus satisfaisant au moins au quotidien. Qui a besoin de chaleur humaine et de vie organique reste un peu sur sa faim !

            Suis-je pessimiste ? Que non ! Parce qu’après tout nous ne parlons que du corps biologique complètement biodégradable. Or, si il n’est qu’un vêtement…

            Mais qui se cache derrière ce déguisement ? A chacun d’y répondre en son âme et conscience. Mais…vous avez dit âme ? Vous avez dit conscience ? Comme si ces choses existaient bel et bien ! L’avez vous dit oui ou non ? Serions nous pris en flagrant délit de délire imaginatif ? Comme si ce n’étaient pas que de commodes concepts pour désigner ce que nous ignorons. Des abstractions sans substance. Du néant en quelque sorte.

            J’ en arrive donc à cette supposition : Et si en fait j’étais une âme disposant momentanément d’un corps pour pouvoir vivre dans ce monde objectif que la science observe, analyse, quantifie et explique, trouvant même le moyen de le manipuler ? Après tout les ondes radio invisible, impalpables, inaudibles et nous traversant de part en part à chaque instant existent-elles vraiment ? Mais oui ! Même le dernier des analphabètes peut appuyer sur le bouton et se repaître du feuilleton inepte que son téléviseur lui offre. C’est très pratique et ça fonctionne assez bien. Et pourtant qu’en aurait pensé le plus profond des philosophes de la Grèce  Antique ? Que cette histoire d’images transmises à distance était une fable, un moyen de se rassurer en croyant à des pouvoirs magiques. Des billevesées. Des histoires de bonnes femmes.

            Le monde est infiniment plus que tout ce que nous pouvons tenter d’imaginer. On ne peut même pas dire qu’il nous cerne de toute part puisque nous ne sommes pas autre chose que lui. Et si la science actuelle est en train de progresser à grands pas elle ne fait que découvrir l’immensité de ce qu’elle ignore encore. Chaque découverte pose de nouvelles questions  et le cocasse de la chose est que c’est exponentiel. C’est ainsi, l’avenir nous attend avec son infini et  son éternité. Mais il faut aller prépare le repas si je ne veux pas ensuite rater les informations pour savoir si Poutine est devenu plus raisonnable ou si l’anti-cyclone ne va pas encore venir jouer les trouble-fêtes.

 

                                                   La Brosse Conge le29 mars 2014

                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

"Shéhérazade" - Détail

"Shéhérazade" - Détail

"Shéhérazade" - Détail

"Shéhérazade" - Détail

 

La suite

 

Vous aurez droit à des réflexions

sur la remise en cause

d’un concept

de base

avec

« Gay, gay marions nous ! »

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 16:57
"Le fin connaisseur" - huile sur toile - 65 x 54 cm -2006

"Le fin connaisseur" - huile sur toile - 65 x 54 cm -2006

 

Auguste en son jardin

           

            D’un revers de main Auguste s’essuie la moustache Il vient de se désaltérer. C’est qu’il fait chaud et lourd. Au loin l’orage semble se rapprocher et l’air est pesant. C’est sûr ça va craquer !

            Tout à l’heure il ira boire un canon à l’auberge pour se refaire une santé. Avec les vieux de la vieille. Ceux dont les ancêtres ont fait Verdun. Ah… Verdun ! Le chemin des Dames et la croix de guerre qui surveille la grande pièce, protégée par une vitrine pleine de chiures de mouches.

            C’était le bon vieux temps quand même ! Même si on n’était pas sûr de serrer la main d’un camarade le lendemain pour cause de décès accidentel de l’autre ou de soi-même. Et puis parfois la main était bien là mais elle émergeait d’un tas de boue en compagnie d’objets hétéroclites difficilement reconnaissables. Tiens ! Un des godillots à Marcel ! Mais ne serait-ce pas la pipe de l’adjudant chef ?

            Pépé Gustave, le géniteur d’Auguste est mort depuis longtemps d’une overdose de blanquette de veau. Car il en raffolait après avoir échappé à une fin plus glorieuse. Mais la blanquette plus très fraîche à une époque où on n’avait pas de frigo, lui avait flanqué un bacille particulièrement virulent. Et c’est sournois ces saloperies ! De fièvre en délire il avait agonisé assez longtemps pour en profiter avant de se retrouver mort sans savoir pourquoi. Sans savoir pourquoi ? Peut-être…Mais pas sans avoir connu la Madelon. Vous savez, celle qui vous redonnait le moral en n’étant pas sévère et qui riait : « C’est tout ce qu’elle sait faire… » quand on lui chatouillait la taille ou le menton…

            Donc Auguste bêche son jardin et c’est très bien ainsi. Sa progression est lente mais inexorable. Décimètre après décimètre. C’est qu’il aime le travail bien fait. Avec lui les mauvaises herbes et les vilains cailloux n’ont pas leur chance. Remuant la terre méticuleusement il en extrait tout corps étranger et concasse les mottes en fines particules. Là une racine émerge. Il s’en saisit. Là c’est un morceau de brique ou de tuyau d’arrosage. Parfois une vieille pièce de monnaie avec un trou au centre. Parfois même un boulon rouillé échappé du terrain vague anciennement lieu de dépôt du ferrailleur local et qui jouxte le jardin.

            Inlassable il progresse. Bien sûr il est pacifique et ne cherche à nuire à personne. Pourtant son action inexorable nuit fort aux habitants du terrain : les vers de terre qu’il récolte dans une petite boîte de bêtises de Cambrai pour aller ensuite à la pêche. Les larves diverses blanchâtres ou grises. Les œufs de fourmis et tout ce petit monde qui s’emploie à régénérer le sol fertile en décomposant les débris et les restes des saisons précédentes.

            Auguste n’est pas mécontent. Il progresse et bientôt il pourra creuser de petits sillons dans la terre fraîchement retournée pour y semer des graines ou y replanter de plus conséquentes végétations. Va-t-il repiquer des salades ? Ou planter des asperges ? Ce sera selon l’inspiration du moment et les propositions du marchand.

            Mais sous ses pieds des drames se sont déroulés. Des lombrics qui se croyaient à jamais à l’abri des prédateurs dans leurs galeries souterraines ont été massacrés comme à Verdun les poilus dans les tranchées. Une fourmilière entière pourtant discrète et inoffensive a été anéantie, génocidée. Pour la simple raison qu’elle était là et que le terrain avait été acheté par le père d’Auguste, pépé Gustave lui-même qui en signant un acte notarié n’avait pas prévu de clauses particulières pour d’éventuels squatters.

            Enfin Auguste a des principes. Sans être écolo il sait tout ce qu’il doit à la nature. Ainsi l’emploi des herbicides lui répugne. C’est à la main avec ses grosses patoches qu’il arrache à la base, avec toutes les racines les petites pousses qui deviendraient d’horribles chiendents. Egalement les frêles tiges qui se propageraient en un roncier impénétrable ou un champ d’orties aux charmes agressifs. Même si ces dernières peuvent faire d’excellentes soupes quand on sait s’y prendre.

            Donc pas de Roundup ni d’autres produits miracles créés par Monsanto pour notre plus grand confort. Mais parfois on est rattrapé par le progrès. Ainsi le jour où le voisin, pourtant paisible retraité, avait vu sa belle pelouse verte et plate envahie par des taupes. Auguste avait du à son corps défendant, mais heureusement de loin, assister aux tentatives d’extermination par des moyens modernes.

            Des cartouches de poudre ayant été achetées par correspondance, il restait ensuite à les enfouir dans les entrées de terriers soigneusement repérées avant de provoquer l’explosion et la solution finale. Les autres orifices connus ayant été condamnées les émanations toxiques allaient ensuite se répandre dans les galeries. Et à coup sûr ne laisser aucune chance aux petits rongeurs terrorisés et réduits à l’état de cadavres inertes dont la décomposition ne pourrait qu’enrichir  le sol pour le plus grand bien de la pelouse. Toujours aussi verte et plate. Hélas si l’intention était sans appel ses effets se révélèrent aléatoires. Car les taupes ont des réseaux souterrains multiples et des issues de secours cachées. Il fallut donc renoncer à cette solution radicale  mais soumise à des aléas conjoncturels. Et le voisin, toujours paisible retraité n’eut plus qu’à ronger son frein en attendant de tomber dans le journal gratuit de petites annonces sur une éventuelle autre solution miracle.

            Mais Auguste est un sage. Il sait que la nature a ses lois et ses coutumes, ses saisons et ses récurrences. Il sait qu’il en fait partie et qu’un jour il lui faudra, comme les taupes, rendre au sol fertile les molécules et les protéines qui constituent actuellement son enveloppe biologique.

            Alors en attendant il s’apprête à goûter la paix  de cette belle fin de journée. Car le jour tire à sa fin et l’orage s’est enfin éloigné, grondant encore faiblement dans les lointains. Le voila donc paisible avec le sentiment du devoir accompli. Au moins pour cette fois-ci car demain il faudra bien finir la tâche inachevée et continuer de bêcher ce modeste terrain dont il a hérité.

 

                                                          Le Chesnay le 11 mai 2014

                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

"Le papy d'Annie" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2004

"Le papy d'Annie" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2004

 

La prochaine fois

Il sera encore question de nature

mais tout n’y est pas toujours

du vert le plus tendre.

 

« Proies et prédateurs »

vous parlera

de l’implacable lutte pour la vie.

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 07:28
"Les pilleurs d'épaves" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches - format: Demi-Jésus - 1981

"Les pilleurs d'épaves" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches - format: Demi-Jésus - 1981

 

 Perceptions alambiquées 

 

 

            L’ordinateur cérébral dont nous disposons est assez performant. Tout au moins lorsque tout va bien, que nous sommes à jeun et libre de toute addiction à des substances illicites ou des idéologies non moins perverses. Encore faut-il qu’un usage judicieux, et ce dès le plus jeune âge  lui ait permis de développer ses structures et ses circuits  au mieux de ses possibilités. L’importance d’un apprentissage habile est aussi indispensable  pour l’organe que pour ce qui l’habite et qui va en faire usage. Parler de circuits peut nous mettre mal à l’aise mais pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit. En permanence des influx nerveux parcourent notre substance cérébrale passant de synapse en synapse pour véhiculer l’information d’un neurone à ses complices et créer des réseaux, des résonances, des rappels laissant même des traces moins fugaces et « provisoirement définitives » qu’on évoquera ensuite comme des souvenirs.

         A chaque instant des informations circulent, rebondissent, se neutralisent ou coopèrent pour former des pensées plus complexes ou plus finement adaptées. Bien entendu cela fonctionne en bien et en mal, pour le meilleur et pour le pire. De la pensée la plus abstraite, du concept le plus désincarné jusqu’au ressenti le plus intime et le plus viscéral. En réalité tout passe par la machinerie cérébrale car nous sommes bien incapables de prendre conscience du monde et de sa sensualité autrement que par l’intermédiaire de l’ordinateur biologique. Tout se passe comme si la conscience universelle, unique et infinie avait besoin d’un outil pour multiplier ses perceptions d’elle-même. Comme si elle voulait rajouter au monde réel qui nous entoure une multitude d’images  qui sans le corps et ses perceptions sensuelles n’existeraient pas. Du monde nous ne percevons que des images, jamais la réalité extérieure telle qu’elle est. Quand je parle d’images c’est évidemment très incomplet. Notre quotidien comporte aussi les sons, la musique, les parfums et les saveurs et même la sensualité la plus viscérale.

         Peut-être vous souvenez vous avec délices et nostalgie de cette saveur fruitée d’une belle soirée d’automne aux confins de la Bourgogne, de cette sensation douce du sable tiède sous les pieds nus au long d’un golfe clair, de l’immersion dans la mélodie d’une complainte irlandaise qui vous travaillait l’âme et vous appelait au loin, au par-delà du plus loin.

         Fort bien, mais tout cela c’est du fait maison, du fabriqué sur place, du créé pour les besoins les plus personnels. Cela voudrait-il dire que nous sommes seuls, isolés irrémédiablement dans notre monde intérieur, sans contact avec nos proches ? Oui et non. Oui parce que le film que nous nous projetons, chacun pour soi au centre du sanctuaire le plus intime ne peut pas être le même que celui du voisin le plus sympathique, de la voisine la plus chaleureuse et conviviale, ni de l’agent de police, ni du chef de l’état. A cet égard c’est irrémédiable. Mais on peut aussi répondre non. Car après tout nous sommes des humains, issus de l’évolution de la vie sur cette planète, et à ce titre personne n’a rien inventé. C’est contraint et forcé que nous sommes arrivés au monde avec un organisme humain. Ses caractéristiques et ses possibilités nous ont été aimablement attribuées sans nous demander notre avis. Et je peux vous dire que si j’avais pu émettre des réserves, je n’aurais sans doute pas tout à fait les mêmes possibilités actuelles. Sans aller jusqu’aux Super Pouvoirs des Super Héros je crois que j’aurais souhaité améliorer le projet. Mais voila c’est comme ça ! Et il faut faire avec.

         L’autre face de cette contrainte, c’est que sans être identiques, nous sommes quand même conçus suivant les mêmes plans de base. Après tout un chat est un chat ! Alors rassurons nous, étant équipés en gros des mêmes récepteurs, des mêmes transmetteurs, du même influx nerveux et de structures cérébrales très organisées pour un câblage humain devant élaborer une vision normalement humaine. Il existe donc une perception matérielle objective, même pour les illusions d’optique !

         Le plus lamentable des cancres se réchauffant au fond de la classe près du radiateur verra la salle et ses petits camarades en perspective. Aussi objectivement qu’un appareil photo. Et cela ne lui posera aucun problème. Son cerveau pourtant un peu lent, selon les dire du professeur des écoles est malgré tout capable d’interpréter les informations optiques fausses qu’il perçoit pour se faire une image du monde  utilisable pour pouvoir vivre sans trop de problèmes. Ca ne l’empêchera pas de jouer au ballon dans la cour ou même d’envoyer des petits parachutistes découpés se coller à l’aide de boulettes de papier mâché au plafond de la salle d’étude. La sonnerie venue il sera même capable de traverser la rue sans se faire écraser…

         Donc, même si ses yeux le trompent, le voila apte à déjouer les pièges des apparences. Mais j’en reviens au ballon car je suis assailli par les souvenirs de mon fils qui, avant de pratiquer le basket avec aisance à l’adolescence  a eu bien du mal a maîtriser la coordination nerveuse de la main et de l’œil et le calcul anticipé des trajectoires quand il était petit. Or son jeune âge avait été celui d’un enfant parfaitement normal se développant de façon toute naturelle.

         Le cocasse de la chose est que disposant de mécanismes traducteurs hyper sophistiqués pour percevoir  le monde matériel, nous n’en avons ordinairement aucun soupçon. A tel point que pour le berger d’Arcadie ou le pêcheur breton tout est merveilleusement simple. Jusqu’à ce que l’âge ou la maladie viennent remettre en question toutes ces belles  et  bonnes certitudes.                                                                                                                                                                         

Voire, entendre, goûter des saveurs, se laisser bercer par les vagues ou réchauffer par un doux soleil sont de telles évidences. Et pourtant le coquelicot n’est pas rouge et la rose n’a pour elle-même aucun parfum…Toutes ces belles et bonnes choses sont fabriquées par notre propre équipement perceptif. Les mauvaises et les saumâtres aussi, d’ailleurs. C’est pour cela que je vous ai  dit

quelques mots sur le sujet.  Car après tout cela relativise et que sans ces quelques évidences on risquerait de se prendre au sérieux. Ce qu’à Dieu ne plaise comme dirait le dévot qui vous voudrait du bien et s’inquièterait pour le salut de votre âme.

 

                                             Le Chesnay le 5 avril 2014

                                             Copyright Christian Lepère

 

 

"Les pilleurs d'épaves" - Détail

"Les pilleurs d'épaves" - Détail

 

           

La prochaine fois

après ces considérations

complexes

par souci humanitaire

je vais vous emmener à la campagne

pour vous refaire une santé

avec :

« Auguste en son jardin »

 

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 07:09
"Embouteillages" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

"Embouteillages" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

Etats incertains

(Les aventures de Charles Edouard)

 

            Charles Edouard se réveilla et il n’était pas bien. Dans sa tête ce n’était que flottement et dérive. Un vague sentiment d’incomplétude lui tenait lieu de toile de fond et des pensées confuses y dérivaient au fil d’une eau saumâtre.

            Pourtant il était sobre et n’avait pas commis d’excès. Il n’avait pas été en boîte pour s’éclater. Il n’avait pas regardé la télé au risque de se laisser séduire par les propos péremptoires et définitifs de politiciens magouilleux s’entre apostrophant et se coupant brutalement la parole. Il ne s’était pas laissé aller à des rêveries incertaines. Il ne s’était pas laissé subjuguer par de la com gouvernementale ou d’opposition. Non, rien de tout cela. Il n’avait même pas jeté un coup d’œil sur une émission commémorative. Il ne s’était pas laissé expliquer comment l’humanité s’était  précipitée dans deux guerres mondiales débouchant sur des conflits périphériques qui à leur tour avaient justifié quelques génocides locaux mais fort efficaces. Car il faut bien assurer la continuité de l’intolérance et fournir de solides raisons aux bonnes volontés voulant qu’enfin le calme règne.

            Mais non ! Rien ! Rien de rien ! Il s’était couché à l’heure sans même faire de mots croisés. C’est dire si il s’était assoupi comme un nourrisson. Et pourtant à plusieurs reprises il s’était réveillé. Et à chaque fois il avait vu luire les petits chiffres rouges du radio réveil. A deux heures et seize minutes il s’était dit qu’il avait encore le temps de compléter sa nuit. Il se rendormit donc pour se réveiller en sursaut plus tard à deux heures dix huit minutes. Bizarre… Plus tard, encore plus tard il constata qu’il était deux heures vingt minutes et trente cinq secondes. Pourtant la première fois, je veux dire à deux heures seize, il avait été surpris. Déjà ! S’était-il dit, comme si se réveillant d’une anesthésie il avait été surpris de se retrouver si tard. Comme quand on se réveille le lendemain de la veille sans en avoir eu connaissance. Et qu’une infirmière bienveillante vous assure que tout va pour le mieux dans le meilleur des services d’urgence  possibles

            A nouveau Charles Edouard s’assoupit et fit plusieurs rêves. C’était étrange car passant d’un état à l’autre de façon transitoire et progressive il ne savait plus où s’arrêtait le songe et où commençait la réalité concrète et par quel obscur glissement il avait glissé d’un monde à l’autre.

            Les petits chiffres rouges de son radio réveil luisaient dans l’obscurité. Il était trois heures quinze ! Et tout à coup il réalisa que l’éternité avait précédé ces chiffres apparaissant ici et maintenant ! C’est l’éternité qui nous a conduit jusqu’à trois heures quinze ! Et c’est l’éternité qui va suivre…Une autre éternité qui débute maintenant, toute aussi éternelle que la précédente qui pourtant en occupait déjà la moitié !

            Je ne voudrais pas vous inquiéter outre mesure mais c’est pareil pour l’espace. Sur une photo en perspective les rails du chemin de fer qui s’éloignent finissent par se rejoindre à l’infini. Mais si l’on regardait derrière soi, ils continueraient à s’écarter ? Allons soyons sérieux. Je suis le centre du monde et tout rayonne autour de moi. Tout se précipite vers l’infini en toutes directions. Mais alors moi ?

            Voila où il en était. Certes des pensées plus anodines parcouraient ses circuits neuronaux. « Que vais-je faire de mon temps libre après avoir assuré le nécessaire et le convenable ? » « Comment vais-je me vêtir et me coiffer ? Et que dire à Marie Charlotte dont j’ai oublié de fêter l’anniversaire en lui offrant un petit cadeau festif qui fait si chaud au cœur ? Pourtant je l’avais acheté il y a peu au Monoprix de Bécon les Bruyères et je l’avais noté sur mon agenda… ». Mais voilà, la vie est compliquée et ce n’est que le lendemain qu’il s’en était souvenu quand Marie Charlotte l’avait reçu sans effusions. Pauvre Charles Edouard ! Mais déjà d’autres pensées se bousculaient dans sa tête égarée. Il faut dire que la télé y mettait du sien, étalant sous ses yeux effarés les magouilles les plus politiciennes pro ou anti européennes. Avec en plus les alliances les plus hasardeuses entre partenaires sympathisants mais néanmoins concurrents et hantés par le désir de prouver qu’ils étaient les meilleurs ou plutôt les seuls.

            Mais il faut être réaliste. Alors comment trancher, Poutine est-il un assoiffé de pouvoir voulant restaurer un empire soviétique qui lui devrait tant ? Ou un héros libérateur de minorités qu’on voudrait priver d’une culture slave        où elles sont nées ? Et si douce à leur âme ? Allons rien n’est simple et si les autres n’étaient pas que de petits anges ? Mais des fanfarons poltrons spécialistes de l’esbroufe ? Et si ? Mais tout est si complexe et si enchevêtré. D’ailleurs les nations et les peuples ont aussi un subconscient qui leur cache bien des choses pour arriver à ses fins…Donc Poutine il y a. Et en face il y a les autres dont les intentions ne sont pas toujours très claires et qui d’ailleurs cultivent des opinions divergentes. Bien que tous aient besoin du gaz russe pour faire cuire leur modeste repas. Car il faut vivre ! Et l’amour et l’eau fraîche n’y suffisent pas.

            Mais Charles Edouard commence à se sentir las. Je vois que ses paupières se font lourdes. Peut-être n’a-t-il pas eu sa ration de sommeil réparateur. Peut-être ses neurones affaiblis sont-ils en train de se croiser les bras et de disjoncter par manque de glucose. A moins que le mal ne soit plus profond.
D’ailleurs rien ne prouve qu’un petit somme réparateur ne va pas se transformer en un cauchemar débilitant. A moins que d’états seconds en dérives non contrôlées il ne passe par des états intermédiaires qui, comme le nom l’indique ne sont que des transitions menant vers d’autres états tout aussi incertains. Et cela indéfiniment. A tout jamais…A tout jamais…Car j’ai bien peur que le vieux trente trois tours en vinyle ne soit rayé et qu’il faille passer à autre chose.

 

                                                     Le Chesnay le 18 avril 2014

                                                     Copyright Christian Lepère

"Salle d'attente" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2010

"Salle d'attente" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 2010

 

La prochaine fois…

 

je persiste et je signe

avec :

 

« Perceptions alambiquées »

Et si  ça vous paraît pesant

vous n’êtes pas forcé de venir.

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 06:48
"Les méandres du marécage" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

"Les méandres du marécage" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

Camp de base

 

           Etablir son camp de base. Nécessité impérative, condition indispensable pour quiconque souhaite sortir un peu des sentiers battus et se lancer dans une expédition hors du commun. L’appel de l’aventure peut commencer à des niveaux très modestes. Dès que l’on envisage de sortir de son trou pour quitter le terrier natal. Mais il faut s’y prendre prudemment.

            D’abord parce que l’on aborde du nouveau, de l’inattendu et que le vaste monde est plein de dangers. Ensuite parce qu’on ne sait jamais…Alors on se prépare, on s’informe et on collecte des informations en se procurant du matériel. Et un beau jour l’expédition peut démarrer. C’est ce que tout le monde fait quand l’occasion se présente depuis tout petit jusqu’à beaucoup plus tard. En fait tout au long de la vie. Inutile d’insister, nous en avons tous plus ou moins l’expérience et la pratique.

            On se prépare à un examen pour poursuivre un cursus. On apprend l’anglais ou le chinois pour aller vivre sous d’autres cieux. Mais il est une aventure qui dépasse l’anecdote des exemples précédents

            Parfois, au cours de la vie et de façon non préméditée, il arrive que monsieur Martin, guichetier à la sécurité sociale ou madame Dupont, infirmière diplômée ressente comme un vague à l’âme. Plus rien ne les satisfait vraiment. Ils ont le blues et ne savent comment le formuler. Leurs proches vont sans doute s’en inquiéter et leur donner des conseils judicieux : « Et si tu allais passer une semaine au Club Med, à Corfou ? Ou si tu changeais de coiffure ? Un peu plus punk ou rose fluo…À moins que le violet déshydraté ne soit plus gothique ? ». Mais vous faites la moue, alors ils vont insister : « Plaque cette pouffiasse, change de copine…Eclates toi sur Facebook…Tu sais qu’il y a des clubs de célibataires exigeants  pouvant combler les besoins basiques les plus légitimes. Et si tu arrêtais de cloper pour vapoter. Ca ça serait classe… ».

            Enfin les conseils les plus pertinents ne manquent pas, mais rien n’y fait. Le malaise est latent, je dirais même persistant. C’est un arrière fond de manque et d’insatisfaction. Et le pire c’est qu’on ne peut pas s’en plaindre. De quoi, au juste puisque tout va comme à l’ordinaire ?

            Mais l’évidence est là, il y a besoin de plus. Faudra-t-il attendre d’être mort pour se prélasser au paradis au risque de s’y ennuyer ferme ? Ou être accueilli au septième ciel par des houris pulpeuses éternellement vierges et accueillantes ? Non, tout cela on n’y croit plus. On n’est pas totalement débiles ! Alors on cherche, on lit, on prospecte et de Socrate à Lao Tseu on se renseigne auprès des spécialistes de l’âme, grands experts en métaphysique et explorateurs des profondeurs abyssales de la psyché. Sur Internet on peut tout consulter de la vie édifiante de saint François d’Assise aux émois mystiques de sainte Thérèse d’Avilla en passant par les transes des chamanes amérindiens et les écrits de Sogyal Rimpoché.

            Tout cela peut faire partie de la prospection en vue de choisir un terrain pour le camp de base. Mais c’est préparatoire et l’on sent bien qu’il faudrait passer à la pratique. Celle qui fatigue et qui met en question. On sent bien qu’il faudrait commencer à perdre ses illusions et ses petites manies qui nous tiennent si chaud au coeur pour dégager un peu le point de vue et commencer à scruter l’horizon. Là bas au loin vers les cimes Himalayennes. A moins que la montagne Sainte Geneviève ne suffise au parisien de souche.

            Mais revenons un peu en arrière. Car il a bien fallu atteindre ce fameux camp de base en progressant et en se frayant une piste. Alors de multiples approches thérapeutiques on pu se révéler utiles, voire indispensables. Après tout c’était l’ambition de Freud et de ses successeurs que de permettre à tout un chacun de régler ses  névroses grandes et petites et autres crispations égotiques pour pouvoir enfin fonctionner normalement dans la vie active et affective..

            Car la chose est avérée : « Qui veut faire l’ange fait la bête » et avant de chercher à aller plus loin, avant de s’élancer à la conquête de l’Everest, il vaut mieux s’être préparé au physique et au moral.

            Quel serait le temps de survie d’un hurluberlu qui se ferait déposer au sommet du Toit du Monde sans préparation par la grâce d’un hélicoptère ? Quelques secondes ? Quelques minutes pour un sportif bien entraîné ? De toute façon ce serait vite terminé ! On n’aurait plus qu’à redescendre la dépouille après l’avoir hélitreuillée. En espérant qu’on ait des préoccupations écologiques et que l’on ne souhaite pas encombrer ces lieux sublimes de cadavres congelés.

            Il faut donc préparer ses arrières avant d’aller de l’avant. Me revient à l’esprit le conseil d’un sage qui répondait à la question posée en public par un brave homme affligé d’une addiction à l’alcool : « Non, ça ne vous interdira pas de progresser… » ; Et puis se tournant vers l’auditoire il avait ajouté : « Mais ne croyez pas qu’en devenant alcoolique vous allez augmenter vos chances… ».

            Alors rien n’empêche d’avoir aussi un peu de superflu dans les réserves du camp de base. Le nécessaire, bien sûr, mais aussi quelques douceurs qui font chaud au cœur. Sans oublier le petit tonneau de rhum comme en portaient les Saint Bernard pour remonter le moral des malheureux perdus dans la tourmente.

 

                                              Le Chesnay le 7 avril 2014

                                              Copyright Christian Lepère

 

 

"Les méandres du marécage"  (détail)

"Les méandres du marécage" (détail)

La suite…

 

Etablir un camp de base est une nécessité

cependant

avec la meilleure volonté on peut encore errer

Et connaître des

« Etats incertains »

(Les aventures de Charles Edouard)

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 06:23
184 - Attention travaux (suite)

 

Attention travaux

 

(Suite et fin)

 

            Et tout cela est regroupé selon des thèmes : le « Coin bleu » comporte toute sorte d’objets bleus, de nuances diverses, du plus pâle au plus profond, du bleu myosotis au bleu de Prusse. Et cela n’est pas anodin et mérite justification. A chacun ses préférences  et une personne peut très bien aimer le bleu par-dessus tout. En réalité tel n’était pas le cas. Si mon épouse aimait presque toutes les couleurs, à part le jaune qui, allez savoir pourquoi lui évoquait le Tour de France, elle n’avait en revanche pas d’attrait particulier pour l’infinie diversité des bleus. Oui mais voila, dans son enfance, sa maman qui aimait décorer son intérieur et collectionner des revues spécialisées telles qu’ « Art et Décoration » lui avait confié le secret de son intime conviction : « Tout est possible dans un intérieur, à part le bleu qui, décidément, n’est pas vraiment supportable pour une personne de goût normalement civilisée ! ». Et voila que devant un tel diktat la piété filiale s’était transformée en opposition discrète mais définitive. Ce qui avec toute la diplomatie nécessaire ne nuisait en rien à la bonne entente familiale. Mais à partir de là il s’était révélé indispensable qu’une barricade fût dressée, symboliquement, et que le bleu y fût la tonalité absolue, réparant par un extrémisme contraire un excès évident.

            Un autre penchant que nous partagions volontiers était un attrait pour la mystique orientale  et ses œuvres d’art inspiré. Dans cette optique une petite pièce, ancienne chambre de ma nièce était devenue la « Chambre des Bouddhas », toute ornée qu’elle était de statues, statuettes, mandalas et tangkas dédiés au Panthéon des divinités tibétaines tant bienveillantes que courroucées, accompagnées d’autres chinoises ou hindoues.

Et tout cela était fort beau et accueillant et baignait dans une atmosphère méditative. Mais là aussi le maçon, d’ailleurs modérément intéressé a tenu absolument à ce que je retire tout pour pouvoir intervenir sur les murs et installer sa laine de roche et ses panneaux de placoplâtre.

            En fait c’était une excellente occasion pour faire un peu de tri et ne garder que le meilleur. Il y avait dans tout ça pas mal de bricoles sympathiques mais pas vraiment nécessaires. Mais maintenant comment s’en débarrasser ? Les Compagnons d’Emmaüs sont des gens fort utiles, ouverts et accueillants aux nécessiteux. De plus ils ont un dépôt à Avallon, petite ville toute proche. Je m’y rends donc mais pour trouver la porte close. Après enquête j’apprends que la fermeture est définitive et que désormais il faudra faire cinquante kilomètres pour déposer ses dons. Dommage ! Car je souhaitais aussi les inviter à domicile pour leur faire cadeau de plusieurs encombrants. Par exemple un piano dont la mine est encore avenante mais dont l’usure des cordes et des marteaux rebute l’accordeur qui ne s’estime plus capable de remédier aux dysfonctionnements qu’a provoqué des ans l’irréparable outrage.

            Me voila donc avec des meubles sur les bras. Depuis l’énorme glace encadrée de belles moulures « fin de siècle » léguée par tonton Georges en passant par le paravent qui ménageait un espace intime autour du lavabo dans notre chambre. Enfin bien d’autres choses tellement utiles pour ceux qui en ont besoin. Et un peu moins pour les autres.

            Enfin tout se règle petit à petit. Deux jeunes maçons pleins d’allant ont pu attaquer les travaux. Depuis quatre jours je suis dans une atmosphère affairée, allant, venant, répondant à des questions et en posant d’autres. Mais…Il y a un mais…

            En partant de chez moi je n’ai pas réussi à faire le transfert d’appel du téléphone. Il est vrai qu’on m’a installé la fibre optique avec wi fi  pour Internet et que à la campagne c’est toujours le bon vieux fil téléphonique. Pourtant j’avais fait un essai réussi auparavant. Et voila que dimanche matin ça ne marche plus. J’essaie donc de me faire dépanner avec un numéro d’urgence payant. Là le temps d’attente est très long avant qu’un conseiller me prenne en ligne. Après une écoute attentive il m’avoue ne rien pouvoir faire pour moi car cela relève des compétences d’un autre service plus spécialisé. Mais qui hélas est fermé le dimanche ! « Oui, mais c’est aujourd’hui que je pars… » . « Désolé c’est la seule solution ! ».

            J’ai donc décidé de quitter l’appartement en fermant le compteur électrique et en ne laissant ouvert que ce qui alimente le téléphone et son répondeur. Vous pouvez donc toujours appeler, je prendrai connaissance de vos messages à mon retour, si le destin m’accorde cette chance.

            Enfin je pars et j’arrive en Bourgogne ; Une surprise m’y attend : Les deux téléphones fixes sont muets, pas de tonalité ! Instant d’abattement. J’ai bien un téléphone portable dont je ne fais guère usage et qui dispose du forfait minimal. C'est-à-dire très peu. Il est donc réservé aux urgences extrêmes. Un dernier point m’intrigue car malgré tout je dispose librement d’Internet qui est pourtant véhiculé par le câble ordinaire. Cela me permet d’apprendre qu’il y a une agence Orange à Avallon. Je m’y rends donc et là on me conseille d’appeler le service dépannage et comme je suis bien démuni on me prête un portable. Temps d’attente assez long avec petite musique crispante pour faire patienter…Enfin j’ai une interlocutrice qui me conseille : « Rentrez chez vous, débranchez les téléphones pour que je puisse tester la ligne et attendez mon appel sue votre portable ».

            Impeccable ! Je rentre donc, mais après ça cafouille car je ne suis pas très aguerri. Je loupe deux messages et les indications qu’on me donne pour les récupérer ne marchent pas. Pourtant c’est simple ! Quand ça marche… Enfin la dame qui m’avait conseillé, grande âme, un peu intriguée de mon silence  me rappelle avec succès. Elle peut enfin tester la ligne pour constater qu’effectivement ça ne marche pas. Il n’y a plus qu’à se faire dépanner sur place et rendez vous est pris pour le mercredi.

            Le jour dit je vois débarquer la camionnette de dépannage. A son bord un monsieur plein d’expérience et une dame très efficace. La dame monte dans la nacelle et l’autre reste au sol pour guider. Ils vont me changer la ligne aérienne sur trente mètres. Comme ça ne marche toujours pas ils vont se renseigner auprès de la mairie histoire de voir si ça ne proviendrait pas du poste central ou de la ligne collective enterrée. Puis ils reviennent bricoler chez moi.

            Enfin ça marche ! Le téléphone de mon atelier est opérationnel ! Quand à celui d’en bas, il faudra rajouter un filtre ADSL qui pour le moment fait défaut. J’en prends bonne note et après leur départ je découvre dans un tiroir un  exemplaire de ce filtre indispensable. Je vais le mettre sur la prise et je branche le téléphone. Je décroche…et rien ! Pas de tonalité ! D’ailleurs le réparateur me l’avait bien dit, il est toujours possible qu’il y ait plusieurs causes à une panne. Un train peut en cacher un autre. Là c’est évident. Il faudra donc reprendre rendez- vous pour une autre intervention et cette fois-ci ce sera payant car ce sera dans mon espace privé.

            Oui vraiment nous vivons une époque prodigieuse où nous sommes environnés d’anges gardiens prêts à nous porter secours. Ce qui n’a pas toujours été le cas au cours des âges. Il est vrai qu’on avait aussi un peu moins de besoins et d’exigences mais en fin de compte, l’un dans l’autre nous vivons plus vieux  et nous restons plus présentables. Ce n’est pas le modeste retraité que je suis qui va y voir malice. Les prothèses et les crèmes anti-âge ont beaucoup progressé et l’on adouci bien des sévices. De toute façon il faut faire avec en attendant le retour des beaux jours.

 

                                                   La Brosse Conge le 28 mars 2014

                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

"Danse de Shiva" - bronze

"Danse de Shiva" - bronze

De turpitude en turpitude…

 

…il serait grand temps de reprendre pied !

Je vous donne donc rendez-vous

la prochaine fois

pour établir

un

 

« Camp de base »

 

               

"Danse de Sjhiva"

"Danse de Sjhiva"

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 07:32
"Les colporteurs" - acrylique sur panneau - 40 x 61 cm - 1985

"Les colporteurs" - acrylique sur panneau - 40 x 61 cm - 1985

 Attention travaux !

 

            Partir à la campagne. Aller se ressourcer et jouir du calme provincial. Tout cela est bel et bon mais il arrive que ce soit pour des raisons plus utilitaires. Parfois même impératives. Ainsi il m’a fallu retourner en Bourgogne pour superviser quelques travaux indispensables dans la maison familiale.

            Après avoir fait rebâtir les restes d’une vieille grange écroulée mes parents, alors tout jeunes, avaient vu  leur rêve se réaliser : devenir propriétaires terriens. C’était un refuge pour leurs vacances avant de finir un jour par y passer le reste de leur vie en jouissant d’une retraite bien méritée.

            Tout petit, pendant la guerre, on m’y a donc emmené et c’est au fil de toute une vie que j’y ai connu l’alternance des saisons et la succession des âges de l’existence. C’est là aussi que sont mes racines.

            Donc le temps a passé et un beau jour il est apparu que cette maison rustique et dénuée de confort devenait trop petite pour l’extension de la famille. Mon frère avait une fille et moi-même femme et enfant. Il fallait donc aviser. Ce que je fis en élaborant des plans. Et c’est ainsi que le bâtiment doubla presque de volume. Mais les ressources financières de mes parents étaient modestes et l’on dut voir au plus juste pour réaliser ce beau projet. Donc les murs furent en parpaing, réduits à une simple épaisseur et sans aucune isolation thermique. Il est vrai qu’à l’époque on ne s’en souciait pas trop. La prise de conscience de ce genre d’aléas en était encore à ses tout débuts. Pour le confort le petit poêle à mazout était censé faire des miracles, à moins que nos exigences n’aient été plus modestes que de nos jours.

            L’idée m’est donc venue récemment de faire le nécessaire pour adapter l’endroit aux vues des contemporains qu’il m’arrive d’accueillir. Les artisans locaux que je connais, vivant à la campagne, y ont conservé un calme et une pondération qu’on rencontre plus rarement dans l’agitation des grandes villes. Et puis tout le monde se connaît ce qui garantit des rapports moins superficiels.

            Me voila donc lancé…Oui, mais je suis seul et il faut tout prévoir. Que les murs soient dégagés et l’espace presque vide est une évidence accablante. Mais il y a sur les murs les consoles de la pompe à chaleur que seul le spécialiste peut déposer en vidant le précieux fluide qui circule dedans. Et puis il y a l’ancien chauffage central et ses radiateurs qui, pour le moment ont subsisté malgré leur inutilité encombrante.

            Enfin il reste les fils et les prises électriques, sans oublier les commandes des volets roulants…L’électricien est indispensable. Il va donc falloir organiser des rencontres entre les divers spécialistes pour qu’ils s’entendent sur les procédures et sur le planning.

            Pour ajouter du pittoresque je dois ajouter que mon épouse adorait les bibelots et les petits objets décoratifs, orientaux ou pas. C’est ainsi que petit à ,petit nous avons amassé un tas de babioles surchargeant les étagères, ornant des tables basses, suspendus le long des murs ou occupant le sol dans les coins et envahissant les tapis qui rendent plus accueillante la fraîcheur des tomettes.

                                                                                             A suivre…

 

Portez vous bien en attendant !

 

 

 

 

"Retrouvailles" - dessin aquarellé vernis - 50 x 65 cm - 1984

"Retrouvailles" - dessin aquarellé vernis - 50 x 65 cm - 1984

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 08:02
'Le grand rassemblement" - Dessin aquarellé- 47 x 62 cm - 1996

'Le grand rassemblement" - Dessin aquarellé- 47 x 62 cm - 1996

Tout est relatif

 

 

          A chaque instant des milliards d’opérations s’effectuent. Chimiques, nerveuses, neuronales, profondes ou superficielles. A chaque instant des flux se propagent, des réactions se produisent déclenchant des contre réactions tout aussi fulgurantes. Des flots d’informations circulent, multiples, contradictoires sans cesse divergents et réorientés.

             Mais, Dieu merci ! Popaul veille !

          A chaque instant des millions de cellules se scindent, se dupliquent, s’auto détruisent pour laisser place aux autres. A chaque instant, a chaque milliardième de seconde des cellules naissent absorbant la substance vives de celles qui s’effacent, leurs petites sœurs, les moitiés d’elles mêmes, les jumelles sacrifiées pour la croissance de l’organisme. Spectacle hallucinant ! Source d’effroi !

             Mais, Dieu merci ! Popaul veille !

          Et cet invraisemblable ballet s’appelle la vie. Il a commencé un beau jour par la rencontre hasardeuse d’un ovule et d’un spermatozoïde, après une course éperdue et une rencontre unique. Et puis l’un s’est fait deux, puis quatre dans un élan irrésistible. Désormais c’est une frénésie insensée qui va mener la croissance. Puis à l’explosion simple du début vont succéder des myriades de phases de plus en plus subtiles, de plus en plus complexes. Et la prodigieuse machinerie vivante va se complexifier sans cesse faisant surgir d’improbables architectures. Puis un autre jour se sera la naissance, l’accès à une autre vie. Après la phase aqueuse, la vie au grand air…

          Mais la question se pose, pourquoi toute cette extravagance ? Quel est le but en admettant qu’il y en ait un ou tout au moins que l’on ait besoin de cette béquille pour ne pas perdre raison ? Mais, Dieu merci ! Popaul veille !

          Et maintenant voici Popaul. Droit dans ses bottes il ne va pas s’en laisser compter. C’est qu’il a son caractère et son quand à soi. Ses petites manies également. En fait il est comme ses copains, joyeux compagnons avec qui il s’exalte au café du coin fort justement baptisé « L’Entrepote ».

          Bien informé par la télé, lecteur assidu de son journal quotidien ni de droite ni de gauche et qui le tient au courant des soubresauts du monde, il peut dire le vrai et le faux. Le vraisemblable et ce qui ne se peut pas parce que c’est impossible. En gros il est sûr de lui et pourrait parfaitement donner de judicieux conseils à Obama ou même au pape si ceux-ci avaient le bon goût de venir prendre conseil à la base. Hélas les grands l’ignorent ! C’est qu’ils sont tout confits dans leur vaine supériorité de spécialistes dûment portés au pouvoir par le suffrage universel  ou reconnus par la perspicacité de leurs pairs.

           Alors Popaul ronge son frein. Il se limite à informer son entourage des jugements péremptoires et définitifs que lui inspire le spectacle décourageant du monde et de ses turpitudes. Pourtant tout serait si simple si…

        Mais Popaul a un gros orteil qui lui fait des misères, des douleurs vagabondes au niveau du sacrum et une fâcheuse tendance a avoir la goutte au nez. Ces petites misères sont excusables car nul n’est parfait et que c’est le lot de tout un chacun d’avoir des problèmes de prostate à l’âge réglementaire. Pourtant son fils Popaul bis a parfois des doutes. Comment se fait-il qu’un esprit ouvert, brillant et bien informé comme celui de son géniteur, capable de résoudre la plus mondiale des crises se laisse-t-il impressionner par d’odieux magouilleurs s’obstinant à semer la pagaille  et à tout corrompre avec leurs virus et leurs spéculations démentes sur le net ? Sans cesse ils répandent les rumeurs les plus alarmantes, jettent le doute dans les esprits et suscitent  des réactions en chaîne immaîtrisables

          Alors la question se pose ! D’autant plus que Popaul bis avec tout le respect qu’il doit à son père est bien forcé de constater qu’il en sait au moins autant et qu’il serait capable de trouver des solutions plus radicales. Parce que plus contemporaines. C’est qu’il est jeune et qu’il n’a pas été formé, j’allais dire formaté, à l’ancienne…Et puis sa vision est branchée sur l’actualité la plus immédiate. Au moins il ne croit plus à des vieilleries. Il a dépassé l’aliénation aux espoirs utopiques du passé. Mai 68 est loin et le monde réel est là sous  ses yeux.

D’ailleurs sa tablette tactile l’informe de tout en temps réel et il sait avant Poutine que la ménagère de moins de cinquante ans de Kiev ne partage pas l’optimisme musclé du maître du Kremlin. Et qu’elle saura bien le lui faire savoir en formant un groupe rock dissident avec ses copines et en dévoilant des seins qu’elle a généreux, à l’issue de la messe dominicale sur le parvis de la cathédrale, à moins que ce ne soit dans l’obscurité suggestive des fonds baptismaux.

          Sous ses yeux un message furtif, presque subliminal vient d’apparaître sur l’écran : « Et si l’on tuait la classe moyenne ? » L’idée est séduisante mais difficile à réaliser. Enfin on va y réfléchir…

          Donc Popaul bis doute. Et c’est mauvais pour son moral. En réalité il ne sait plus à quels seins se vouer. Même pas à ceux de la ménagère de moins de cinquante ans égérie d’un groupuscule de Kiev.

          Pourtant à chaque instant des milliards d’opérations chimiques, nerveuses, d’élaboration et de défense se déroulent en un prodigieux ballet. A chaque instant des cellules donnent des ordres, soumises aux directives de leur ADN. Elles fabriquent des protéines à l’agencement délicat dont la configuration précise va jouer le rôle de clé pour venir s’ajuster à quelque site récepteur, serrure biologique et y délivrer des messages chimiques codés aussi impératifs qu’abscons pour le non spécialiste.

          Inlassablement le système immunitaire va déployer ses cohortes de lymphocytes et les lancer dans de gigantesques opérations de police et de pacification. La fièvre va monter. Virus et germes vont muter, inventant sans cesse des stratégies inédites. Partout la lutte pour la vie va déployer ses conflits incessants. Et tout cela au cœur et à l’insu  de Popaul et de son fils. Tels de glorieux tyrans les voila   comme Napoléon galvanisant le peuple de France et ses voisins pour parvenir à ses fins : devenir le maître du monde, ou au moins de la partie occidentale, jusqu’à Moscou, jusqu’à très loin. Avant d’aller voir au –delà…

          Car tout le problème est là. La personne, l’ego, celui qui prétend tout régenter n’est même pas capable de faire la police chez lui. Et j’ai bien peur que Napoléon lui-même n’ait eu des problèmes d’acouphènes ou de vésicule biliaire.

Mais loin de moi l’idée de ternir la mémoire des grands hommes à qui la Patrie  est reconnaissante. D’ailleurs et puisqu’un homme sur deux est une femme, il n’est que juste qu’elles accèdent enfin à l’immortalité et qu’elles reposent aussi au Panthéon. A tout jamais. Même si en définitive : « l’éternité c’est très long, surtout vers le fin ». Mais là je ne fais que répéter une formule dont j’ignore l’auteur véritable et que je ne peux que transmettre pour votre édification.

 

                                                     Le Chesnay 14  mars 2014

                                                     Copyright Christian Lepère  

         

 

"Le grand rassemblement" - Détail

"Le grand rassemblement" - Détail

"Le grand rassemblement - Détail

"Le grand rassemblement - Détail

La semaine prochaine

 

Bien sûr tout est relatif

mais quand même il faut  être prudent

alors :

« Attention travaux ! »

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 08:16
181 - Ici repose

 

Ici repose

 

     D’habitude c’est d’un pas rapide que je longe ce très long mur pour aller à la gare. Il est gris, anonyme et suffisamment haut pour ne pas avouer ce qu’il cache.

         Aujourd’hui pris d’une impulsion vagabonde je suis de l’autre côté, dans le cimetière qu’il circonscrit. Ce n’est pas une révélation, j’y étais déjà venu flânant au cours de mes vagabondages dans les vieux quartiers paisibles de Versailles. C’est par la grande porte que je suis entré, là où un  gardien pointilleux m’avait déjà expliqué qu’il est interdit de prendre des photos sans autorisation spéciale. Or j’avais mitraillé en toute innocence, séduit par le pittoresque de l’endroit et les sculptures d’anges veillant sur les sépultures. Ma bonne mine jointe à une candeur non feinte l’avaient adouci et il m’avait laissé sortir sans autre formalité. Ah le brave homme ! Sans doute le calme méditatif de l’endroit l’avait-il adouci et rendu compatissant. La nature humaine n’est pas si mauvaise tant que les tracasseries administratives ne deviennent pas incontournables pour de pauvres employés municipaux.

         Donc je reviens sur les lieux de mes activités illégales, sans mon piège à pixels, mais avec un petit carnet pour noter quelques détails précis dignes de vieilles archives. Car ce cimetière est fort ancien et rend hommage à la fine fleur de la bourgeoisie et de la noblesse de la ville royale.

Certes de simples citoyens y reposent aussi en paix. Au détour des allées je découvre avec intérêt qu’ici gisent : l’abbé Ber, Lucienne Rat et un peu plus loin mais sans doute sans raison précise  le très basique Alain Mulot.

         Un bon nombre de ces concessions sont à perpétuité, attribuées à une époque où la surpopulation ne sévissant pas on pouvait prendre ses aises et envisager l’éternité avec optimisme. Tout un chacun pouvait alors affirmer : « Inutile d’insister la place est déjà prise ! Place aux jeunes ? Que non ! Ils n’ont qu’à aller voir plus loin si j’y suis ! »

         Hélas depuis tout a bien changé et on en est arrivé à intégrer les lieux de repos définitifs dans l’agitation urbaine la plus débridée. Chacun connaît le cimetière de Montmartre. Coupé et surplombé par une avenue particulièrement hyper active. Mais le bruit monte et en dessous c’est relativement calme.

         Je marche à pas lents dans de vieilles allées aux pavés vétustes et disjoints. L’ambiance est méditative mais il faut aussi veiller à ne pas se tordre une cheville ou à glisser malencontreusement. Comme toujours en ce cas on a utilisé le terrain au maximum, comblant tous les vides et les interstices au fil du temps qui passe. C’est ainsi que pour parvenir à certaines concessions un peu oubliées, il faut franchir si ce n’est piétiner d’autres caveaux  et contourner des pierres tombales usées par les ans, fissurées par le gel et le soleil, parfois même béantes ou basculant sur des profondeurs humides. Ici et là gisent des Christs douloureux. Déjà cruellement crucifiés ils voient la pierre ou la céramique de leurs membres éclater en menus morceaux. Parfois même la carcasse métallique qui leur sert de support, rouillée jusqu’à l’os les abandonne à la dérive. Comme nul n’y prend garde il n’y a qu’à patienter, le temps finira bien par tout dissoudre et réduire en poussière ce qui doit y retourner.

181 - Ici repose

         Mais les Grands Hommes ne sont pas tous au Panthéon. Certains un peu moins glorieux se contentent des honneurs d’un cimetière provincial. Il y a beaucoup de militaires de tous grades. Mais les plus obscurs n’ont pas été forcément les moins héroïques. Pour les accompagner il y a aussi des hommes de pouvoir, élus ou non par le peuple.

         Me voici devant la profession de foi d’un avocat député : « Tout par le Travail – Tout par la Justice – Tout pour la Patrie – Tout pour la République ». Comme je vous le dis ! Alors qu’un peu plus loin on rend hommage à Jean François L. car : « Il eut l’honneur et le courage d’être le maire de Versailles en 1848 ». Ca en impose ! Mais la splendeur des monuments est à la hauteur du mérite. Quelques constructions qu’un esprit obsédé pourrait qualifier de phalliques s’érigent puissamment. Tout en se côtoyant, peut-être pour se tenir chaud ? Ou pour s’élancer vers le même idéal glorieux ?

         Je continue et voici qu’ « Ici gît Jeanne Moreau ». Après vérification elle est née en1901 et décédée en 1990… Ouf ! Me voilà rassuré.

         Il ne me reste plus qu’à quitter ces lieux paisibles. La prochaine fois je passerai de l’autre côté,  à l’ombre du mur et sur le trottoir étroit ou je serai frôlé par les voitures qui s’engouffrent dans ce raccourci qui relie les avenues triomphales du Grand Siècle et leur atmosphère riche en souvenirs glorieux et en émanations de particules fines issues des moteurs diesel. Car même si l’on garde la nostalgie d’un passé, hélas révolu, on n’en reste pas moins résolument contemporain et fier de l’être.

 

                                                 Le Chesnay le 9 mars 2014

                                                 Copyright  Christian Lepère

        

 

181 - Ici repose

La suite

 

Après ces considérations pertinentes sur la vie, la mort et tout ce qui

s’en suit il sera temps d’en tirer des conclusions

provisoirement définitives…

vous aurez donc

droit à :

 

« Tout est relatif »

 

 

 

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article
18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 08:14
"Le guetteur" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"Le guetteur" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

Le petit chat est mort

 

          Le petit chat est mort et Sophie est toute contrite. Bien sûr elle l’avait recueilli et en avait pris soin. Blotti dans sa corbeille sur son coussin mœlleux il avait été élevé au biberon. Et elle avait tout fait pour qu’il se sentit bien, ronronnant et paisible, épanoui et heureux. Mais on ne saurait tout prévoir et dès qu’il fût d’âge, il prit ses aises. Négligeant toute prudence et guidé par son instinct félin il se lança dans des expéditions à la découverte du vaste monde.

          Dépassant la clôture du voisin puis tournant le coin de la rue il avait franchi le pont et traversé la place en contournant le monument aux morts. De jour en jour il devenait plus hardi et l’ombre du clocher sur le sable de l’allée ne l’effrayait plus. C’est ainsi qu’il parvint au sens interdit. C’était le seul et unique de cette petite bourgade sise au cœur de la France la plus profonde. Et seule une décision unanime du Conseil Municipal avait pu imposer cette limitation draconienne à la liberté de circuler. Minouchat, puisqu’il faut en le nommant le faire sortir de son anonymat était encore bien jeune. Et l’on avait omis de lui apprendre les impératifs du code de la route et des règlements urbains.

          C’est donc en toute innocence qu’il avait ignoré le panneau pourtant bien visible et flambant neuf dans la lumière de ce beau mois de mai. Mais le disque rond et la barre horizontale sur fond rouge lui étaient inconnus  et il n’en avait tenu aucun compte. C’était déjà ennuyeux d’enfreindre le règlement en passant là où il ne faut pas, mais pouvait-il supposer que sa négligence pouvait s’accompagner de la survenue d’un danger venant droit sur lui ? Car ce qui est interdit à l’un donne des droits imprescriptibles à l’autre. La relativité d’Einstein s’applique aussi aux aléas du quotidien.

          La première fois tout se passât bien. Souple et félin il parcourut la petite rue humant l’odeur du bon pain chaud devant la boulangerie, louvoyant pour contourner les poubelles, vibrant des moustaches en longeant l’étal de la poissonnerie. Il passa même entre les pataugas et la canne d’un brave retraité puis entre les roues d’un landau où babillaient de beaux enfants. Enfin il déboucha sur la Grand Place puis de là revint vers son chez soi. Je veux dire chez Sophie.

          Le premier essai devint vite une habitude avant de se transformer en coutume. Et les braves gens le reconnaissaient bien qu’il fut discret

          C’est à la fin d’une dure journée de labeur que Marcel, employé communal, s’empressait vers son domicile. Après avoir œuvré pour sa subsistance il était tout content de pouvoir enfin rentrer chez lui où l’attendait Germaine. Déjà il prévoyait la suite. Après un brin de toilette et avoir troqué sa casquette réglementaire contre son casque de motocycliste il s’apprêtait à aller rejoindre ses copains. Ceux la même qui, adeptes des jeux de carte  et syndiqués de la petite usine de pièces détachées qui formait leur cadre de vie, l’attendaient au bistro.

          C’est donc après s’être diverti dans une convivialité bon enfant qu’il repartit enfin chez lui. Ce n’était pas loin et le chemin était sans surprise. Alors pourquoi fallut-il que s’engageant  dans la petite rue en sens unique il vit une petite silhouette  noire surgir on ne sait d’où pour heurter sa roue avant ? Braquage ! Contre braquage ! Dérapage ! La roue se bloque dans le caniveau. Marcel un peu blême se ressaisit. Il défait son casque. Il se tâte. Sous le blouson son cœur bat la chamade. Ouf ! Plus de peur que de mal ! Mais c’est à ce moment qu’il baisse les yeux et découvre atterré ce qu’il reste de Minouchat. Peu de chose en fait. La bête n’était pas bien étoffée et avec le poil mouillé par l’eau sale du caniveau il ne subsiste rien de sa chaleur ronronnante.

          Voila ! Tout est dit. L’histoire est terminée ou presque, car il reste à ramener la dépouille à Sophie. Celle-ci, inconsolable va l’enterrer au fond du jardin, non loin du compost, à deux pas des rangs de fraisier. Et puis les jours vont passer. Le printemps va refleurir. De nouveaux petits chats vont naître. Espérons simplement que l’histoire ne va pas tristement se répéter. Que tout ce drame n’a pas eu lieu en vain. Souhaitons le…Souhaitons le…Mais je ne suis pas bien  sûr d’obtenir gain de cause. D’ailleurs à qui réclamer un peu plus de justice. Au Bon Dieu. A son Adversaire ? Au Destin ? A vous de voir et de faire le nécessaire si vous croyez à l’efficacité des pétitions. Allez-y ! Récoltez des signatures ! Au moins pendant ce temps vous ne serez pas devant la télé en train de regarder le tout venant. En train de vous laisser hypnotiser par les séductions de cet opium du peuple qui meuble nos loisirs pour le meilleur et pour le pire.

 

                                                   Le Chesnay le 5 février 2014

                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

"Le guetteur" - Détail

"Le guetteur" - Détail

 

Sur ces bonnes paroles

je vous donne rendez-vous la prochaine fois

Avec un sujet apaisant :

 

« Ici repose »

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article