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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 09:26
"Au pays des songes" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"Au pays des songes" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

Le long de l’eau

(Suite)

 

 

              Longeons maintenant le palais de Tokyo et son musée d’Art Moderne pour arriver au pont de l’Alma encore hanté par le fantôme de Lady Di et son destin tragique. Honte aux méchants paparazzis ! Et gloire à la princesse fauchée dans la fleur de l’âge. Pour la vérité historique prière de vous reporter à vos magazines people habituels qui ont encore des hésitations sur la version définitives.

             Mais le flot de véhicules m’emporte. A gauche le Grand Palais et sa verrière prodigieuse. Sous cette voute translucide se succèdent à tour de rôle les salons traditionnels voués à l’expression artistique et les manifestations les plus tristement actuelles telle la FIAC, évidemment plus rentable pour les obsédés du profit à court terme  dénués de toute autre préoccupation. Le tout est de savoir si l’on veut s’entourer d’œuvres de qualité estimable qu’on aura plaisir à côtoyer ou si l’on veut spéculer sauvagement pour dominer le marché international. Se livrer aux aléas du virtuel en contemplant des concepts ou développer une sensibilité humaine un peu plus fine. Enfin chercher la qualité ou investir dans le profit sans état d’âme. A chacun de voir selon ses besoins et dans le second cas selon ses possibilités financières réelles, virtuelles ou supposées…

              Passé la place de la Concorde on longe les Tuileries. En face le musée d’Orsay abrite les œuvres du 19° siècle. Celles qui ont été si longtemps négligées au nom du progrès et des avant-gardes.

              Un souterrain permet ensuite d’éviter des points noirs particulièrement délicats dans ce parcours chargé d’histoire. Et nous voici à nouveau à l’air libre, au bord de l’eau. Arrivés au Pont-Neuf j’aperçois à droite le Vert-Galant puis la Conciergerie masquant la Sainte- Chapelle. On glisse doucement au fil des siècles dans le bruissement léger d’une vitesse réduite. L’île Saint-Louis nous accompagne, voguant sur les flots gris. Enfin nous passons sous une suite de ponts avant de revenir à une circulation particulièrement inextricable aux alentours de la gare de Lyon. C’est qu’on approche du but. La traversée de Paris va s’achever. D’ailleurs il ne nous reste plus qu’à choisir entre le périphérique pour boucler la boucle ou à poursuivre tout droit. Si l’on veut s’élancer vers les grandes échappées vers l’est. Au loin, passé Reims il y aura la ligne bleue des Vosges…puis l’Allemagne, la Forêt Noire et tout au fond Moscou et son hiver neigeux.

              Mais les voies sur berge transformées en plage durant la saison estivale sont,  par des esprits ronchons,  remises en question de façon définitive. Ils voudraient les rendre à leur état initial, celui d’avant le règne du quatre roues auto-mobile. Qui va gagner ? Le technocrate utilitaire ou le paisible promeneur ? Allons, on verra bien ! Pourquoi s’en faire ? Le monde suit son cours et bientôt ce seront les fêtes de Noël et de fin d’année. La pause s’impose et elle approche à grands pas!

                                                      

                                                       Le Chesnay le 1 décembre 2014

                                                      Copyright Christian Lepère 

 

Information

 

La revue "Univers des Arts"

vient de consacrer deux pages de son N° 177

de décembre 2014

à l'exposition SAFADORE 

où sera présentée la Charte Faber 21

(voir les articles précédents : 204 - "Autour de la Charte FABER 21"

et 206 "L'enfant prodigue de la gloire")

216 - "Le long de l'eau" (suite)
216 - "Le long de l'eau" (suite)
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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 08:52
"Garage à vélo" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

"Garage à vélo" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1987

 

Le long de l’eau

(Suite de « Trafic »)

 

 

Voilà maintenant que je m'engage dans les voies sur berge. Un jour un certain Pompidou, Georges de son prénom, a eu l'idée de faire de ces lieux anciens et plutôt paisibles un parcours express pour traverser Paris. Tranchant dans le vif du sujet il fallait transformer des lieux de flânerie en un réseau utilitaire bien de notre époque. Il fallait à tout prix désengorger le cœur historique où avenues et boulevards ne pouvaient suffire à assurer la fluidité chère à tous ceux qui savent que « Time is money ! » et qu’on n’est pas là pour rigoler.

              Cela avait nourri bien des polémiques et provoqué bien de vaines oppositions. Mais on n'arrête pas le progrès. Donc la modernité triomphante avait gagné la partie. Sur fond de grogne et de rancœur. Mais on s'habitue à tout et les exaltés finissent toujours par se calmer. Ou font semblant. Ou oublient leurs convictions.

              Les conséquences en furent diverses et discutable. Bénéfiques pour les taxis et les gens pressés. Définitives pour les clochards réfugiés sous les ponts qui vont finir par s'expatrier en banlieue ou au cœur des rocades. Si ce n'est le long des accès au périphérique, sous d'autres ponts surplombant le flot des voitures pressées au lieu des eaux de la Seine rafraîchissant à l'occasion les genoux du zouave du pont de l'Alma.

              D'autres y perdirent leur lieu de promenade printanier  ou leur place favorite pour se poster et traquer le goujon d'ailleurs un peu rare et en santé précaire avec la pollution. Enfin place au progrès ! Place aux gens pressés ! Place à l'efficacité prioritaire !

              Comme toujours cette indéniable amélioration a eu des conséquences perverses. Et c'est ainsi que les voies sur berge se sont retrouvées saturées, piégeant des hordes de véhicules dans des bouchons à mobilité réduite atteignant parfois la perfection de l'arrêt à durée indéterminée. Et c'est ainsi qu'on se retrouve coagulés en fuyant l’asphyxie des voies urbaines. Piégés entre la ville trépidante et les eaux grisâtres du fleuve coulant à tout jamais sous le pont Mirabeau cher à Apollinaire.

              Malgré tout les mœurs changent et l'on s'adapte à de nouvelles normes. La loi avec l'aide de radars aussi bienveillants qu'intègres a réussi à ralentir le flux pour le rendre plus fluide.  Maintenant les 50 km sont assez bien respectés. Et ça change bien des choses. C’est ainsi qu’on peut maintenant se laisser glisser le long du long fleuve tranquille en appréciant les vues les plus imprenables sur le cœur de la capitale.

              Après la maison de la radio, ronde et lisse forteresse improbable de métal et de verre déposée la par mégarde comme un monstrueux ovni venu d’on ne sait où. Mais qui se voudrait rationnelle et efficace. Le résultat est malgré tout fascinant par sa démesure et son organisation ubuesque. Enfin la chose est là, massive, énigmatique et depuis longtemps ses usagers ont réussi à s’en accommoder et à en tirer parti. Dans ce gros objet énigmatique où l’on perd ses repères, nos semblables ont réussi à se créer des habitudes, des circuits d’efficacité. Et si bon an mal an cela fonctionne c’est que les ressources humaines d’adaptation sont prodigieuses.

              Un peu plus loin la Tour Eiffel monte la garde. Plus grande que nature c’est avec bienveillance qu’elle domine les alentours, ralliant depuis les confins du monde les cohortes de touristes en quête de lieu de pèlerinage culturel.

              Mais l’on quitte maintenant la Seine, sans cesser de la longer ce qui permet de retrouver quelques feux tricolores facétieux qui vous arrêtent parfois de façon un peu arbitraire. Parce qu’ils sont bêtes et disciplinés. Mais indispensables malgré tout. On le constate quand il y a un dysfonctionnement du à quelque cause imprévue ou incontournable.

 

                                                                                                                                                    A suivre…

 

 

"Le galion" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1987

"Le galion" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1987

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 10:00
'Le moribond" - Gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches Demi-Jésus - 1973

'Le moribond" - Gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches Demi-Jésus - 1973

 

Trafic

 

       Jusque-là tout allait bien. Le moteur ronronnait gentiment, les reprises étaient nerveuses juste ce qu'il faut. Un sentiment de sécurité coutumière pouvait s'installer. Mais voilà qu'après le deuxième rond-point l'entrée de la rocade souterraine sous Versailles évitée, un soupçon de bouchon se profile au loin. Normal !  Il y a au bout de la ligne droite un feu tricolore particulièrement complexe et qui n’accorde le passage que parcimonieusement à ceux qui débouchent ici et dont je fais malencontreusement partie. La stratégie est simple. Il faut anticiper. Si on ne colle pas au véhicule qui précède, prêt à bondir, ça va repasser à l'orange puis au rouge avant de reverdir à nouveau. On risque une attente à répétition.

             Pourtant les panneaux d'affichage étaient rassurants. Les messages électroniques instantanés promettaient même d'atteindre le périphérique dans un délai optimal inattendu. Un peu désabusé je n'avais pas pu m'empêcher de douter un peu de la fiabilité d'affirmations dépendant de calculs complexes portant sur des mesures  nombreuses mais ponctuelles et ne pouvant pas tenir compte des aléas imprévisibles parce que non quantifiables dans les coefficients de pondération des données brutes…J’espère que vous m’avez suivi… Même si ces données brutes sont obtenues par des mesures précises et irréfutables. Nous vivons dans un univers de probabilités statistiques ne reflétant que très schématiquement une réalité quotidienne autrement plus subtile où la douceur printanière d'un alizée et la survenue inopinée d'un chat vivant sa vie d'errance insouciante peuvent contraindre le plus précautionneux des automobilistes à un freinage aussi brutal qu'inopiné le faisant dévier de la courbe irréprochable qu'il avait prévue après avoir dépassé la benne de ramassage des encombrants. Mais le mot « hasard » n'est qu'un voile pudique cachant notre ignorance de l'infinie richesse de notre monde quotidien qui pourtant est régi par des lois physiques, chimiques, organiques et mentales aussi précises qu'implacables. Mathématiquement incontournables. Ceci étant posé, de façon ferme et définitivement provisoire, j'avoue donc n'accorder qu'une confiance relative aux affirmations des panneaux électroniques qui nous dévoilent un avenir prévisible. Surtout si on se noie dans la masse qui aimerait assouplir un code de la route tatillon mais éprouve une crainte salutaire des contrôles radar inopinés.

             Mais je m'égare...Au loin donc je vois se profiler un obstacle à mon désir d'atteindre la capitale au plus vite. C'est fâcheux ! Je me rapproche donc prudemment de l'endroit et voici que contre toute attente je peux passer avec ceux qui me précèdent mais qui ont démarré avec une synchronisation surprenante. Dans la foulée je m'engage sur l'autoroute. Horreur ! C'est totalement figé. A perte de vue. Mais faire marche arrière dans une bretelle de raccordement à une seule voie, talonné par une file de véhicules qui ont le même but est plus qu'impératif. Donc patientons…

             Mais sur les trois voies de l'autoroute la masse innombrable des véhicules commence à s'ébranler. Avec prudence et lentement et puis on accélère petit à petit. De plus en plus. De plus en plus ! On va même finir par atteindre les 110 km heure autorisés. Passé le tunnel de Saint Cloud une courbe majestueuse et descendante nous fait franchir la Seine. Au loin les tours de la Défense se dressent vers le ciel formant comme une sorte de rempart qui clôt l'horizon. La comparaison est osée mais cela me rappelle un peu Carcassonne. En plus High Tech et sans le charme des légendes médiévales. La courbe se poursuit et voici qu'au loin l'élégante silhouette de la Tour Eiffel domine la vie innombrable de la grande cité. Sous un ciel gris et serein c'est un spectacle apaisant. Le monde est là et s'étend au loin derrière la courbure de la terre. Si loin même qu'en poursuivant on finirait par atteindre le bout du monde. Peut-être l'Asie et même, qui sait le Japon. Ce Japon dont les autochtones n'hésitent pas à monter dans un Boeing pour venir photographier la statue équestre du Roi Soleil ou immortaliser le souvenir de leur fidèle épouse  au pied de la Dame de Fer.

                 Et tout ceci est bel et bon. Mais il me reste à m’engager dans la voie sur berge pour traverser Paris. En route donc vers de nouvelles aventures. Je ne vous promets rien, mais avec un peu de chance vous connaitrez la suite la prochaine fois si la marche du monde m’y autorise et si le réchauffement climatique reste dans des limites raisonnables.

                                                       Le Chesnay le 24 novembre 2014                                                                                    Copyright Christian Lepère

"La cabane à Mimile' - eau-forte imprimée sur papier Arches Demi-Jésus - 1973

"La cabane à Mimile' - eau-forte imprimée sur papier Arches Demi-Jésus - 1973

Comme dit précédemment 

la suite dépend de paramètres indépendants

de ma volonté

et ne saurait donc m'être reprochée.

----------------

pour toute réclamation

écrivez à Overblog

ou adressez-vous au commissariat le plus proche de votre domicile.

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 09:29
"Tendres assauts héliportés" - Eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus- 1990

"Tendres assauts héliportés" - Eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus- 1990

Commémoration

 

            Il fait beau. Un soleil violent embrase la végétation d'automne et joue à cache-cache entre des masses nuageuses qui se font et se défont sans cesse. Ombre et lumière se succèdent et s'opposent. Le spectacle est libre de tout droit et permanent. Ce serait le moment d'aller au parc de Versailles.

            Allez savoir pourquoi un besoin d'écrire survient et m'interdit d'en profiter. C'est que l'actualité est chargée et se fait pressante. Le monde est convulsif et la télé ne nous épargne rien de ses complexités. En bons professionnels les journalistes et autres commentateurs en profitent pour nous émoustiller en réveillant les passions. Leur but est pragmatique. Comment exploser l'audimat en attirant le chaland en turpitudes ? Il faut relancer la consommation de tout, de biens, d'informations et de certitudes partagées. La bête tapie sous nos justifications raisonnables ne dort jamais que d'un œil et toute occasion lui est bonne pour s'ébrouer. Mais que veut donc le peuple ? « Panem et circences ! ». De la bouffe et des jeux bêtes et méchants pour se shooter à l'adrénaline ! Scandales et magouilles sont d'excellents carburants, des boute-feus fort efficaces !

            Alors allons-y ! Dans les allées du pouvoir les scandales se succèdent. De gauche à droite ce ne sont que luttes d'egos et intérêts  immédiats qui s'entrechoquent. Dans ce monde à la dérive où chacun sent bien qu'il n'y peut pas grand-chose, le même « chacun » ne peut s'empêcher d'élever la voix pour faire connaître ses convictions sur tout ce qui lui échappe et à quoi il ne peut que s'opposer véhémentement en gesticulations oratoires.

            Hier c'était le 11 novembre. Devoir de mémoire et commémorations. Même si ce n'est pas inutile de rappeler ou plutôt d'apprendre aux jeunes qui en ignorent à peu près tout qu'il y a eu il y a cent ans une guerre incompréhensible pour eux. Par sa longueur, son énormité et sa sauvagerie. Comment comprendre qu'on ait pu en arriver là ? Aux historiens de nous l'expliquer car ils ont accès aux documents et qu'ils ont pris le temps de les étudier avec attention. Mais cela empêchera-t-il la suite ?

            Maintenant la chose est avérée et devient vérité officielle. La guerre de 14, énorme et terrifiante pour ceux qui y participaient se devait par ce simple fait d'être l'ultime conflit entre les nations européennes. La der des der...Naïvement le bon peuple y a cru. Pourtant on sait maintenant que dès le Traité de Versailles en 1919, traité signé dans la galerie des Glaces du château de Versailles, excusez du peu...Tout se mettait en place pour le conflit suivant. Et n'allons pas croire que l'illusion de la paix était justifiée car dès ce moment les gens avertis, les dirigeants lucides ont vu venir les conséquences.

            Dans l'ancienne sagesse orientale on savait bien que les conflits étaient inévitables. Et qu'il y aurait des vainqueurs et des vaincus car c'est vieux comme l'humanité. Mais on savait aussi qu'il ne faut jamais humilier un vaincu. Le seul fait de l'être étant déjà assez saumâtre. Alors pourquoi cette double peine ? Pourquoi avoir voulu châtier l'Allemagne comme si elle était la seule responsable ? Je ne suis pas historien et si vous voulez en savoir plus et de source sûre, allez faire un tour sur Wikipédia. Mais le doute n'est plus permis.

            Ruinez un pays, confisquez lui ses colonies, envahissez le à l'occasion. Et surtout insistez bien sur le fait patent qu'il n'a que ce qu'il mérite. Ensuite laissez mijoter. Rajoutez la crise de 1929 et une bonne dose de chômage. Vous n'aurez plus ensuite qu'à attendre l'arrivée de l'homme providentiel. Le justicier farouche, le redresseur de torts. En un mot le Führer ! Certes ce justicier pourrait être implacablement déterminé mais intègre. L'ennui est qu'il va certainement se prendre au sérieux au point de faire part de ses convictions dans un livre qui n'était ni confidentiel, ni anonyme, je veux dire « Mein Kampf » ! Il s'est donc trouvé que ce guide suprême était un profiteur d'occasion, un démagogue à tout crin. Celui qui vous redonne confiance puisqu'il fait partie comme vous de la race supérieure et que en plus il vous désigne le coupable, l'ennemi absolu dont l'anéantissement va permettre de vivre enfin dans un monde implacable mais juste où règne la paix du 3° Reich, prévue au moins pour mille ans !

            La suite est parfaitement connue et ce n'est pas en pendant quelques hauts dignitaires nazis après le procès de Nuremberg qu'on pouvait faire disparaître « La bête immonde ». D'abord parce que d'autres responsables ont été pardonnés. Ils étaient trop indispensables au progrès technique et scientifique alors présenté comme l'idéal de notre monde moderne. Pendant ce temps d'autres partaient se faire oublier en Amérique du Sud ou ailleurs dans ce vaste monde plein d'oubliettes et de placards à balais.

            C'est ainsi que l'Allemagne a été vaincue mais l'idéologie totalitaire qu'elle incarnait ne se porte pas trop mal et perdure un peu partout sous des déguisements divers politiques et religieux. De multiples conflits plus ou moins locaux en sont les fruits, y compris en Europe où il se passe à l'est bien des péripéties. Depuis le nettoyage ethnique jusqu'à l'annexion de régions égarées hors de leur culture d'origine. Un peu partout les passions idéologiques triomphent ou s'autodétruisent. C'est selon. Tout leur est bon. L'intérêt économique, le contrôle de l'énergie fossile ou nucléaire, l'affirmation des dogmes chers aux religions, fussent-elles du Livre.

            J'avoue être un  peu dépassé et j'ai bien peur que nos bergers ne le soient tout autant. Aux dernières nouvelles Barack Obama, homme le plus puissant du monde ne semble plus peser très lourd…

            Mais j'arrête. Le soleil n'est pas encore couché et sa splendeur rougeoyante doit encore exalter l'or des feuillages d'automne là-bas à l'ouest dans les vastes étendues du parc de Versailles. Je vais donc vous quitter pour aller y faire un  tour.

 

                                                                Le Chesnay le 12 novembre 2014

                                                                Copyright Christian Lepère

"Tendres assauts héliportés" - Détail

"Tendres assauts héliportés" - Détail

"Tendres assauts héliportés" - Détail

"Tendres assauts héliportés" - Détail

Le temps est incertain, humide et pluvieux

mais le soleil est planqué derrière

pas bien loin...

 

La prochaine fois je pourrais donc vous en parler

à moins

qu'un sujet brûlant ne s'impose!

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 12:45
"Le perchoir" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1992

"Le perchoir" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 1992

Toussaint

 

              Jadis c'était un chemin défoncé. Plein d'ornières et raviné par la pluie. Maintenant il est goudronné mais toujours aussi étroit. Pas très long il monte vers le cimetière et je l'ai bien souvent parcouru pour accompagner des proches ou des amis vers leur dernière demeure. Peu fréquenté à l'ordinaire il connaît un regain de fréquentation en ces temps de Toussaint.

              Avant il menait vers les énormes sapins qui montaient la garde au portail. C'était assez rassurant. On se sentait accueilli et protégé par leur haute silhouette. Mais le progrès est implacable et pour pouvoir manœuvrer dans ce cul-de-sac avec nos automobiles il fallait faire de la place, dégager le terrain et éliminer tout vain obstacle. D'ailleurs ces conifères étaient bien vieux et pouvaient devenir dangereux en attirant la foudre.

              Mais le passé est là, tapi dans les replis du  temps. C'était avant, bien avant quand le temps ne s'écoulait pas et que tout survenait dans l'immédiat : soleil et pluie, joie et chagrin se suivant et se chevauchant sans cesse.

              A cinq ans j'ai retrouvé ma grand-mère gisant dans le jardin, par un beau jour de septembre. Au milieu d'un carré de légumes. En compagnie de mon complice  Norbert dit Nono  tout décontenancés nous avions couru chercher pépé Louis. Arrivé en grande hâte il n'avait pu constater que l'irrémédiable. D'ailleurs le docteur lui avait ensuite confirmé  que mémé Léonie était morte debout avant de s'écrouler, sans souffrir. Elle était nettement plus âgée que lui qui voyait sa paisible retraite à la campagne se transformer tout à coup en un désert bien vide où il allait survivre de longues années.

              J'avais cinq ans, je le confirme et une sensibilité digne de cet âge, pas encore sous contrôle de l'intellect et non soumise à la raison. Le monde était magique, peuplé d'extases mais aussi de bruit et de fureur, d'accablements instantanés suivis d'ivresses inexplicables. Tout prenait vie et s'imposait sans vergogne. Et rien n'était soumis au contrôle tatillon de la raison. Le monde était un conte de fées pour le meilleur et pour le pire. Sans queue ni tête, réduit à l'évidence du moment avec ses hauts-plateaux de joie irradiée et ses gouffres terrifiants de tristesse.

               Par la suite j'allais vieillir et commencer à me poser des questions. L'âge de raison, c'est à dire sept ans pour la sagesse populaire me transformerait en un penseur. Un méditatif autocentré, un qui a du recul et qui ne s'en laisse pas compter. En gros un raisonneur qui veut tout comprendre, tout expliquer et de préférence avoir toujours raison. C'était inévitable ! Il fallait en passer par là. Mais ce n'était pas du goût de tout le monde. Et l'on considérait comme un peu curieux cet enfant trop sage, trop réfléchi et qui observait le monde avec un recul un peu suspect au lieu de s'ébattre avec insouciance comme faisaient ses petits camarades.

              Mais j'en reviens au cimetière et au chemin qui y conduit. A l'enterrement de ma grand-mère le corbillard tiré par un cheval cahotait dans les ornières suivi par les proches tout tristes et la foule des autres de sentiments plus mêlés. Me reviennent des souvenirs violets et mauves comme ces rubans pleins d'inscriptions qui ornent les couronnes de fleurs. Déjà dans la pénombre de la maison en deuil des couleurs irradiaient ou palpitaient doucement. A la fois douces et chargées d'effluves. Pleines de résurgences d'un passé plus ancien. Du violet déjà cité parce que spécialement intense, mais aussi d'autres plus fugaces allant jusqu'à l'outremer suggérant des espaces infinis.

              Mais me voici à nouveau, ici et maintenant au seuil du cimetière. Comme il se doit la vieille grille grince plaintivement en pivotant sur ses gonds rouillés. Il faut la pousser fort mais en ménageant ses forces pour monter l'allée dont les graviers roulent sur les semelles rendant l'allure incertaine. A droite le puits, pas très profond et plein d'une eau impropre à la consommation mais digne d'abreuver les fleurs. Puis je chemine pour faire le tour traditionnel de ce petit enclos provincial. IL est à ce moment tout illuminé par les chrysanthèmes qui le font vibrer de couleurs chatoyantes sous le soleil violent d'une éclaircie.

              Profitons-en, ça ne saurait durer car bientôt tout va sombrer dans le soir qui chemine de colline en colline en suivant la vallée. Le couvercle va se refermer. La nuit va tout engloutir dans son amnésie bienveillante. Tous regrets apaisés elle va faire la nique aux remords et accorder son pardon.

              Avant de sortir je scrute une fois de plus les dates sur les pierres tombales. Je revérifie celles de mes parents et grands-parents. Je recalcule les écarts et qui a vécu plus ou moins longtemps avant et après la perte de l'autre...De toute façon c'est pour me rassurer et il est clair que d'ici peu j'aurai à nouveau tout oublié. Jusqu'à la prochaine fois si prochaine fois il y a. Car après tout rien n'est jamais certain. Mais c'est la vie qui continue puisqu'elle ne sait faire que ça, que ça nous plaise ou non...

 

                                                           Le Chesnay le7 novembre 2014

                                                           Copyright Christian Lepère

"Le perchoir" - Détail

"Le perchoir" - Détail

"Le perchoir" - Détail

"Le perchoir" - Détail

Les jours se suivent

en file indienne...

Où en serons-nous

la prochaine fois?

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 08:31
"Les géants brisés" - Eau-forte imprimée sur Arches format raisin 50 x 65 cm - 1984

"Les géants brisés" - Eau-forte imprimée sur Arches format raisin 50 x 65 cm - 1984

LES GEANTS BRISES

 

 

            Parmi mes gravures anciennes, « Les géants brisés » expriment   une vision du monde qui n’a fait que s’approfondir et se densifier. C’était une intuition venue des profondeurs et qui me hantait depuis toujours. L’écoulement implacable du temps remettant en cause toutes ces petites certitudes auxquelles on s’accroche par peur de la dérive. Ce besoin de solide, de fixe et de définitif qui pousse à s’identifier à notre petit monde, celui de papa-maman à tout jamais. Envers et contre toute vraisemblance.        

            Mais depuis j’ai grandi et j’ai pris de la distance. Comme tout le monde, sans doute, j’ai finis par comprendre  et surtout à admettre l’inévitable. Maintenant l’univers quotidien m’apparaît comme un processus de transformations perpétuelles. Rien n’est fixe ou stable, toute forme est en perpétuel devenir. Le monde n’est qu’un flux de complexité croissante fort dérangeant pour notre quiétude mentale qui continue d’exiger l’impossible.

            Bien sûr tout cela est en accord avec la métaphysique traditionnelle qui avait su, depuis fort longtemps, discerner sous l’apparente fixité des objets et la récurrence des phénomènes naturels le changement incessant.

            Vie et mort sont complémentaires. Toute naissance (composition) est aussi une mort (décomposition). Les mêmes matériaux, mais peut-on parler de matériaux quand on sait que les particules élémentaires sont totalement impalpables (simples interférences de champs) se recomposent sans fin dans des structures de kaléidoscope. Et nos yeux perçoivent des arbres, des nuages, des gens qui passent pour aller prendre le métro…

            Les grands voiliers pourrissent au fond du port. Leurs gréements et leurs bois sculptés, rongés par le sel, s’enfonçent dans la vase. C’est la fin d’un règne, le monde a tourné. Mais après tout n’avait-on pas sacrifié des forêts de chênes pour les bâtir ? Et combien d’hommes usèrent leur vie à maintenir leur splendeur de machines de guerre ?

            Ils ne sont plus que refuges à bigorneaux. Les crabes les hantent et bientôt ils auront rendu leur âme à la mer.

 

                            Le Chesnay – décembre 1984, revu en octobre 2014

                                                     Copyright Christian Lepère         

"Cimetière de bateaux" (détail) - Eau-forte - 1978

"Cimetière de bateaux" (détail) - Eau-forte - 1978

"Cimetière de bateaux" (détail) -

"Cimetière de bateaux" (détail) -

"Cimetière de bateaux" (détail)

"Cimetière de bateaux" (détail)

"Cimetière de bateaux - Eau-forte imprimée sur Arches Demi-Jésus - 1978

"Cimetière de bateaux - Eau-forte imprimée sur Arches Demi-Jésus - 1978

En ces temps incertains

de Toussaint

comment prévoir la suite...

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 13:17
"Par un beau soir d'automne" - dessin aquarellé - 30 x 42 cm - 1984

"Par un beau soir d'automne" - dessin aquarellé - 30 x 42 cm - 1984

Endormissement

 

               En général on n'en est guère conscient. Le corps un peu las, l'esprit repus des complications quotidiennes, on est bien aise de se laisser sombrer pour retrouver son innocence. A condition bien sûr qu'une fatigue excessive ne provoque par contrecoup des tumultes intérieurs. Car dans ce cas l'affaire se corse. Toute la chimie interne est perturbée et l'on ne saurait se libérer tout bonnement des toxines qui saturent notre physiologie la plus intime.

               Des souvenirs surgissent sans crier gare. Ils entraînent des pensées qui tournent en rond et prolifèrent à qui mieux mieux. Le scénario s'auto-entretient de lui-même dans un délire plus ou moins logique mais dont les enchaînements mécaniques sont implacables.

               C'est universel et bien connu de tous. A chacun d'y reconnaître ses fantasmes et ses préoccupations. Pour certains, tonton Gustave devrait gagner au loto car il le mérite bien en tant que cheminot retraité. Par ailleurs  le retour de Sarkozy leur fait chaud au cœur ou bien suscite au contraire un profond rejet, selon affinités.

               Mais il arrive aussi que l'endormissement se fasse de façon plus douce. La fatigue est bien présente, sinon pourquoi s'endormir ? Le besoin de se régénérer est impératif. Mais de façon naturelle il se trouve qu'on est d’accord. Est-ce la satisfaction du devoir accompli ? L'absence de regrets et de remords ? Toujours est-il que la transition peut se faire en douceur. On est prêt à se laisser dorloter dans les bras de Morphée.

               Dans cet état tout peut se passer très vite, presque aussi vite que si un anesthésiste nous prenait en main et décidait de suspendre le cours de notre devenir.

               D'autres fois c'est plus nuancé. D'abord les pensées s'apaisent. Ne reste plus que la rumeur vague des sensations corporelles. La conscience peut s'épanouir au lieu de se crisper sur ce qui la préoccupe. Les conditions sont bonnes, l’occurrence favorable. Alors d'autres zones du cerveau s'activent, d'autres états psychiques se font jour. Même les plus cachés dans les sombres replis du mental ordinaire. A ce moment « Moi-Je » commence à s'étioler. Il avoue son imposture et lâche ses prétentions à être seul maître à bord. Il admet qu'il n'est pas tout à fait le  « héros de l'histoire » mais un simple figurant. Ni plus, ni moins.

               Voilà maintenant que dans des états crépusculaires, délicieux ou inquiétants , il devient évident que « ça pense » et que des films de différents genres sont prêts à faire irruption, n'attendant que le moment propice pour déployer leurs extravagances comme ces publicités abusives qui viennent couper en son milieu le match de foot ou le débat sur les taxes surajoutées pénalisant de modestes citoyens.

               Avec un peu de chance nous allons assister à un déferlement d'images hypnagogiques, déploiement saugrenu d'hallucinations tissées par nos neurones qui se croisent les synapses. Cela va du paysage se précipitant derrière la vitre du t.g.v. ou derrière le hublot du Boeing survolant le cap Corse à des jeux de formes et de couleurs plus abstraits. Mouvance des flots dans des criques obscures, écoulements de lave flamboyant au cœur de la nuit tropicale. Ça se rapproche de l'abstraction pure et ça tend même à se réduire à des jeux de lignes, d'angles et de surfaces d'une créativité ludique qui ferait pâlir d'envie le peintre le plus abstrait. Surtout s’il oubliait que le non-figuratif pur est un leurre car tout est dans le répertoire inépuisable de la nature. Voilà qui mérite réflexion.

               Mais il arrive aussi qu'il n'y ait plus que de la lumière, des radiations, des aurores boréales qui palpitent dans des espaces infinis pour finir parfois par se réduire à un simple point lumineux. Un point ? Un point c'est tout, comme dirait le bon sens populaire. Sans en arriver là on peut s'arrêter au jeu de nappes colorées qui ondoient dans des nuances diverse mais avec souvent ce violet magique qui est selon les ésotéristes un signe d'activité du troisième œil, point particulier entre les deux sourcils. Il lui arrive alors de  vibrer discrètement quand il sert de portail d'accès à la glande pinéale blottie au cœur du cerveau.

               Il se peut aussi que formes humaines et animales se mélangent en créant d'improbables assemblages tératogènes. Alors ce ne sont qu'anatomies convulsées se déformant sans cesse car la principale caractéristique de toutes ces visions est leur mouvance. Leur absence totale de fixité. Comme ces écrans d'attente d'ordinateur où des poissons rouges tournent en rond dans le rectangle de l'écran.

               Mais il peut se produire de l'encore plus étrange. Des scènes complexes peuvent être vues sans distorsions optique et sans effet de zoom avant ou arrière. Mais ces visions classiques n'excluent pas des fantaisies visuelles un peu plus rares. Il m'arrive parfois d'assister à des sortes de représentations théâtrales vues par le petit bout de la lorgnette. Des personnages minuscules mais d'une grande précision s'y adonnent à des activités diverses et c'est souvent très coloré. C'est un peu comme assister à une séance de marionnettes. Mais je vous parle de ce qui est peut-être une caractéristique assez personnelle. Nul doute que chacun étant un cas particulier, il puisse se faire que ce qui orne vos songes ne soit pas de mon domaine.

               Alors je vais vous laisser à vos rêves  en vous souhaitant, comme diraient nos amis allemands : « Träumen sie süss ! »  (Rêvez sucré!). En attendant portez-vous bien !

 

                                                    Le Chesnay le 21 octobre 2014

                                                    Copyright Christian Lepère

 

 

La prochaine fois ?

 

Le futur est incertain comme le temps qu'il fait...

Laissons l'avenir venir...

Il connaît son métier!

"Virage dangereux" - dessin aquarellé - 30 x 42 cm - 1984

"Virage dangereux" - dessin aquarellé - 30 x 42 cm - 1984

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 14:13

Information

 

J'ai le plaisir de participer à l'exposition

"Réalité Secrète - Paris 2014"

Si cela vous tente 

sous êtes

cordialement invités au vernissage!

Hors série - information
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"Biodégradabilité" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2013

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:26
"Perplexité" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

"Perplexité" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

Quand on a la santé

 

          Depuis bien longtemps j'observe et je cherche à comprendre les mécanismes dirigeant le monde. Sans oublier tout ce qu'il comporte y compris nos propres existences.

            J'avoue que le destin vient de me combler. Des circonstances plutôt anodines, du moins sans gravité excessive viennent de me faire fréquenter le monde hospitalier. C'est d'un banal affligeant et tout un chacun doit passer par cette case à diverses reprises dans le Grand Jeu de l'Oie de l'existence.

            Voici donc l'enchaînement. Depuis des années des problèmes de circulation me font problème dans la jambe droite. D'abord on y remédie en portant une chaussette de contention qui facilite le retour veineux. Puis on progresse avec le bas qui remonte plus haut. Parfois un caillot de sang se forme et bloque la circulation. Il faut alors faire usage d'anticoagulant pour le dissoudre.

            Tout cela reste anodin, le seul ennui étant de ne pouvoir s'ébattre plus librement et d'avoir à se faire des piqûres d'anticoagulant au-dessous du nombril pour pouvoir revenir à un état normal. Ensuite il y a la possible récidive. Une fois, deux fois, trois fois. A ce moment la coupe est pleine et l'on prend de grandes décisions. Éradiquer la veine saphène fautive et supprimer le problème à la source. La décision est prise, le chirurgien favorable, l'intervention envisageable. C'est compter sans la malice d'un sort adverse. Quatre jours avant l'opération une phlébite se déclare, obstruant la veine et me condamnant à me présenter aux urgences  un dimanche matin pour y recevoir les soins nécessaires. C'est jugé assez grave et on ne m'autorise à retourner chez moi que le lendemain après avoir prévenu le chirurgien qui ne peut plus opérer dans ces conditions défavorables.

            Dieu merci il fait beau et la campagne m'attend pour tout l'été. Simplement il n'était pas prévu qu'un traitement serait nécessaire pendant trois mois au minimum et peut-être un peu plus…

            Dès la rentrée, visite à la phlébologue, personne aimable et conviviale qui ne saurait trop m'encourager à envisager l'opération dans les meilleurs délais. Donc examens, analyses, doppler par résonance et le meilleur des techniques de pointe actuellement en service.

            Il ne reste plus qu'à revoir le chirurgien, puis l'anesthésiste en priant mon saint patron pour que l'épisode précédent ne se renouvelle pas.

            Enfin l'opération a lieu. L'hôpital est très grand, parfaitement agencé et comporte de nombreux services. Tellement nombreux en vérité qu'une organisation tatillonne et d'une grande précision  technique est indispensable pour gérer la fantaisie humaine et ses aléas.

            Prise en charge, formalités, questionnaires exhaustifs, il faut répondre à toutes les demandes et faire face à des situations imprévues tout au moins si l'on ne fait pas partie d'un  personnel pour qui c'est la routine la plus évidente, et qui pourrait se montrer importuné par le néophyte qui débarque avec ses gros sabots. Il est vrai qu'on s'accoutume à tout et que bientôt on va déambuler de couloir en service et d'ascenseur en escalier sans de vaines hésitations qui font trébucher. En un mot on devient familier avant de pouvoir à l'avenir évoquer le bon vieux temps où l'on fréquentait des lieux connus.

            Mais dans un grand hôpital tout est subdivisé, hiérarchisé car chacun et chacune y ont une place précise et des prérogatives qui ne sauraient être outrepassées… C'est indispensable et chaque petit rouage doit accomplir sa tâche avec vigilance, sans déborder sur les attributions d'autrui.

            Mais vous fréquentez comme moi la nature humaine. Nul ne saurait être réduit à une fonction ou à un poste le long d'une chaîne d'assemblage. De plus les brancardiers et les aides-soignantes sont des personnes humaines comme vous et moi. Ils ont besoin de contact et de chaleur et qu'on les tienne pour des semblables, sinon comment pourraient-ils vous écouter vraiment ? Dans ces conditions la politesse réglementaire ne saurait suffire. C'est ainsi qu'un brancardier qui était du service pré ou post-opératoire a réussi à entamer la conversation. Ayant appris que j'étais peintre, artiste et pas en bâtiment, voilà qu'il se lance pour me confier que Wojtek Siudmak est un grand peintre connu pour ses couvertures de livres de science-fiction. L'affirmation était catégorique et j'exprimai mon accord car il se trouve que j'ai été exposé en compagnie de Siudmak pendant de longues années au Musée de l'Imaginaire du Château de Ferrières -en- Brie. Ça ne s'invente pas ! Hasard ? Coïncidence ou synchronicité chère à Carl Gustav Jung ?

            Enfin on me dirige vers le bloc opératoire. Poussé, tiré, manipulé je traverse des zones où règne une activité de ruche fiévreuse ou de fourmilière à la belle saison. Des chariots se croisent chargés de pré ou de post-opérés. L'ambiance est étrange, suractivée mais ordonnée et ressemble à une sorte de meeting ou chacun saurait ce qu'il convient de faire ou d'éviter. C'est comme une fête pleine de personnages costumés avec leurs blouses blanches ou vertes, leurs bras nus parfois tatoués, du blanc au noir en passant par le basané ou au contraire recouverts scrupuleusement pour des raisons d'asepsie drastique. Crânes et chevelures sont variés souvent recouverts d'un bonnet en plastique plus ou moins seyant. Je n'oublie pas les masques respiratoires qui donnent des airs d'insectes bizarres. Ici chacun fait ce qui lui incombe et l'ensemble se déroule sans heurts.

            Enfin on m'endort. Et puis plus rien avant le réveil. « Monsieur...monsieur...C'est terminé ! Comment vous sentez-vous ? »  « Ben, euh... » Dur d'émerger et de réintégrer son rôle de patient. Ça flotte tout autour et petit à petit le monde coagule à nouveau, retrouve sa densité rassurante.   « Même pas mal ! » C'est qu'on est plus sur les champs de bataille napoléoniens où on vous amputait d'une jambe à même le sol après une rasade de gnôle pour le moral et l'aide musclée des copains pour vous éviter toute vaine résistance.

            L'époque est plus douce et c'est d'une voix aimable que l'on vous suggère de quantifier votre douleur de un à dix pour pouvoir y remédier avec des cachets. Pour faire sérieux je réponds un petit deux mais en réalité s’il y a gêne, elle n'est pas douloureuse.

            Je vous épargnerai la suite car maintenant tout va bien après un retour en train. Ah, j'oubliais quand même que sur ce tout petit parcours il y a une correspondance et que les affichages électroniques de voies et d’horaires  ne sont pas toujours très clairs ni très complets. Et comme nous vivons une époque moderne, il n'y a plus aucun employé pour vous renseigner. Restent les autres passagers mais ceux-ci habitués à leurs parcours routiniers  ne savent pas trop si ce train-là va s'arrêter à la station suivante et parfois ce n'est même pas indiqué dans les wagons. Mais c'est sans doute dû à une défaillance électronique du système qui ne saurait se prolonger dans l'avenir. Mais après tout pourquoi voulez-vous rentrer chez vous aujourd’hui alors qu'il fera beau demain, du moins si l'on en croit les prévisions qui pour être établies avec rigueur n'en sont pas moins parfois victimes de perturbations mineures mais imprévisibles.

 

                                                             Le Chesnay le 18 octobre 2014

                                                             Copyright Christian Lepère  

'La vie en rose" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

'La vie en rose" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1989

Et la prochaine fois?

La conjoncture étant particulièrement fluctuante

il est bien difficile

de prévoir...

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 07:55
"Prie-Dieu" - Terre cuite - hauteur 42 cm - 2008

"Prie-Dieu" - Terre cuite - hauteur 42 cm - 2008

 

            En tant que co-auteur de la CHARTE FABER 21, je ne peux qu'approuver tous ceux et celles qui  critiquent intelligemment « l'Art Contemporain Officiel ».

            Parmi eux Nicole Esterolle me semble particulièrement efficace avec son site du « Schtroumpf Emergent »

 

                                 www.schtroumpf-emergent.com

 

            Cependant j'ai eu la surprise de la voir réagir à la critique de Luc Ferry contestant la création du musée SOULAGES. Elle, au contraire affirme  qu'il est  un artiste authentique auquel on accorde certes un peu trop d'attention mais qui n'est pas à mettre dans le même panier  qu'un Buren ou un Jeff Koons. Je lui ai donc fait part de mes réflexions sur le sujet. Depuis j'ai décidé de  publier ma lettre. Comme elle manquait un peu de nuances, je l'ai modifiée légèrement pour la rendre plus acceptable.

           

 

 

             Chère Nicole Esterolle,

 

             Merci pour votre chronique qui permet de se tenir au courant des dérives actuelles. Un point m'a cependant chiffonné : Soulages et ses Outrenoirs.

             J'avoue ne pas  connaître son œuvre exhaustivement et je n'ai pas visité son musée. Je vais cependant vous dire ce qu'il me semble.

             Il est possible que Soulages soit sincère et qu'il ait consacré sa vie à une sorte d'ascèse. Cependant une recherche d'intériorité n'est pas forcément l'élaboration d'une œuvre plastique bien qu'elles puissent coexister.

             J'ai le plus profond respect pour la méditation zen ou des pratiques soufies et autres. Mais ce sont des démarches strictement personnelles qui impliquent une totale humilité.

             Par ailleurs l'ancien prof d'arts plastiques que je suis a beaucoup de mal à déceler de la transcendance dans des « œuvres » que mes amis peintres et moi-même pourraient réaliser facilement en multipliant les nuances et les subtilités indéfiniment.

             Photographiez un mur noir ou gris  ou un mur quelconque délabré. Faites-en un très beau tirage (techniquement) accrochez le dans un endroit de prestige, muséal ou autre. Eclairez- le soigneusement et racontez ensuite que c'est le fruit de longues années d'intériorisation et de recherche de l'Essentiel… On vous accordera au moins le bénéfice du doute. Et si beaucoup de gens viennent il se produira une sorte d'imprégnation psychique très efficace (nous sommes influençables…). Le tour sera joué.

             Mais c'est subtil. Si la transcendance est bien réelle, elle est présente partout (Même la crotte de chien sur le trottoir n'est pas épargnée…). Et si vous lâchez-prise profondément vous pourrez y accéder en tout lieu et en toute circonstance voire même dans des cas très particuliers, comme la petite madeleine de Proust, référence culturelle si il en est.

             Malgré cela les sages authentiques, hommes et femmes, admettent que certains lieux, certaines œuvres ont une qualité particulière qui dans le relatif les rend sacrées (cathédrales, mandalas etc.)

             Mais c'est très facile de se raconter des histoires. Par exemple de prendre un Soulages pour une porte ouverte sur l'ailleurs.

             Pour terminer j'avoue avoir aussi des doutes sur Olivier Debré ou d’autres qui, quelles que soient leurs intentions et leur sincérité ne se donnent pas les moyens de réaliser des œuvres défendables d’un point de vue objectif et pratiquent la créativité sauvage sans un minimum de lucidité.

             Avec toute mon estime pour votre position contestataire.

 

 

                    Texte revu et amélioré le 11 octobre 2014 au Chesnay

 

 

 

"Prie-Dieu" - Terre cuite

"Prie-Dieu" - Terre cuite

Que nous réserve l’avenir ?

Lui seul le sait !

Alors patientons… on verra bien ce qu’il va s’ingénier

à nous proposer !

 

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