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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 08:49
"Supplice de Tantale" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

"Supplice de Tantale" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

 

 

 

Fondation Maeght

Suite et fin

 

              Donc la fondation Maeght m’avait laissé sur ma faim. Or ne voilà-t-il pas que cinquante ans plus tard je regarde les informations à la télé. Sur la 2 c’est un reportage sur cette institution qui persiste dans l’actualité. Je m’installe pour vérifier et je constate que rien n’a changé ou si peu. Ce que je vois je l’avais déjà vu ou à peu près. D’emblée j’éprouve toujours le même ennui devant les mêmes gadgets. Giacometti est génial et son œuvre un pur message métaphysique me dit-on. Pourquoi pas ? Mais plastiquement ? Concrètement ne serait-ce pas un peu simpliste ? Un peu maladroit ? D’autre part, qui y porterait véritablement attention si ce n’était pas signé de sa main mais de celle d’un sympathique retraité du gaz s’adonnant à sa passion pour le fil de fer dans son garage dans le but louable de participer au salon des artistes du cru.

              Je sais j’ai très mauvais esprit. Des intellectuels éminents, des têtes pensantes, de doctes diplômés et même des philosophes ont chanté les louanges du sculpteur. Parce que cela entrait dans leurs vues ou justifiait leur vision du monde ou simplement leur permettait de prouver qu’ils étaient bien de leur temps et libres d’un passé révolu. Paraître jeune et le rester envers et contre tout cela mérite de petits ajustements. Le conformisme est rampant et il sait très bien se faire passer pour son contraire.

              Mais au fait une œuvre d’art ne serait-elle pas censée enrichir notre sensibilité ? Par de la beauté et de la profondeur ? Mais surtout par elle-même. En elle-même. Sans avoir besoin des commentaires et des justifications fournis par d’autres fussent-ils éminents.

Pour le naïf que je suis une création peut être appréciée sans rien savoir de son auteur. C’est d’ailleurs le cas pour beaucoup d’œuvres du passé. A part Léonard, Michel-Ange ou Turner la vie et le nom de l’auteur restent souvent incertains. On parle d’attributions…Je me souviens du jour où l’on nous a appris qu’un des chefs-d’œuvre de Rembrandt « L’homme au casque d’or » n’était pas de lui. Ça ne m’a fait ni chaud ni froid. La peinture était toujours aussi belle et prouvait que le peintre le plus connu n’était pas le seul à son époque, ce qui est très positif.

              En sens inverse on me dit que le « Guernica » de Picasso est une création magistrale. Permettez- moi de quitter l’institution Maeght où il ne figure pas. C’est une œuvre monumentale d’une intensité dramatique bouleversante. Une prise de position héroïque. Un cri de révolte devant la barbarie nazie et tout cela est fort beau ! Mais je me demande qui, tel Candide se retrouvant à l’improviste devant cette toile  y verrait les intentions supposées du peintre ? Pour ma part j’y distingue une scène comportant des actes de violence assez extrêmes. Tellement d’ailleurs que traités avec  désinvolture comme une caricature outrancière ils en perdent tout caractère crédible. A la limite j’aurais plutôt tendance à en sourire. D’ailleurs que sait-on des véritables sentiments de l’auteur. Son égocentrisme forcené m’inclinerait à croire qu’il avait trouvé un bon sujet  pour choquer et provoquer comme à son habitude. Car il avait compris que cette attitude était payante. Et que penser des malheureux d’abord victimes de la barbarie puis soumis au traitement du maître, sorte de massacre à la tronçonneuse. Traitement qu’il a aussi réservé à ses femmes en les portraiturant. Mais c’était un hommage et une preuve d’amour m’a-t-on assuré. Enfin il aurait pu composer son œuvre pour la rendre véritablement plastique. Je sais bien qu’on y décèle un triangle, des diagonales et peut-être des subtilités qui m’ont échappé. Mais vous savez bien qu’on peut en découvrir tout autant dans  n’importe quelle photo de journal à prétention artistique minimale.

              Ceci étant dit, je suis maintenant en train de me questionner. Suis-je un monstre ? Un cœur sec ? Un ancien fonctionnaire desséché ? J’en ai bien peur si je me réfère aux commentaires politiquement corrects des critiques officiels sur ce chef d’œuvre du 20° siècle. Mon étroitesse d’esprit en prend plein les gencives. Alors honte à moi qui ose porter atteinte au génie le plus universellement reconnu. Honte à celui qui ose douter devant une œuvre monumentale de 3,5 mètres de haut sur 7,8 mètres de large. De toute manière ce chef-d’œuvre de créativité sauvage est révéré dans le monde entier. L’insignifiant que je suis ne peut donc que s’incliner devant un témoignage d’une telle intensité dont l’effet sur la jeunesse ne peut être que bénéfique en lui rappelant que ses auteurs de  bandes dessinées favorites ont un grand ancêtre vénéré par tous.

 

                                                            Le Chesnay le 30 janvier 2015

                                                            Copyright Christian Lepère

             

"L'offrande" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

"L'offrande" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

226 - Fondation Maeght - suite et fin

Deux nouvelles galeries de peinture

sont visibles sur mon site

 

                                                              www.christian-lepere-peintre.odexpo.com

 

Bonne visite!

 

 

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 09:08
"Eros parano" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

"Eros parano" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

Fondation Maeght

 

              C'était je crois en l'an de grâce 1964. Jeune étudiant à l'E.N.S.E.T. je me préparais pour passer le diplôme qui me permettrait d'enseigner les Arts Plastiques. Pour nous aguerrir on nous avait envoyés en stage dans un établissement de province. C'est ainsi que je me retrouvais à Nice pour expérimenter sur le tas les moyens et méthodes permettant de transmettre un certain savoir-faire reposant sur des méthodes expérimentées. Tout se passait pour le mieux, les élèves étaient plutôt sympas et le conseiller pédagogique de bonne compagnie.

              C'était aussi une occasion de se cultiver. Après un séjour à Florence Il nous fallait aussi aborder l'art moderne. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à la fondation Maeght.

              Il faisait beau sur le pays Niçois. Le site était à la hauteur et comblait nos attentes. L'air était doux et parfumé. Une végétation  méditerranéenne couvrait un paysage escarpé et sous les ombrages la température restait clémente. Mais nous étions dans un haut-lieu culturel dûment estampillé et censés y admirer les chefs-d’œuvre  de la modernité la plus universellement reconnue.

              L'attente était légitime...Pourquoi fut-elle déçue ? Peut-être étions- nous un peu jeunes ? Un peu confits dans nos références livresques ? Victimes d'un attrait sentimental pour un passé désuet ? Incapables d'aborder avec sympathie les audaces des créateurs ? En un mot un peu frileux… Je ne sais mais l'enthousiasme n'était pas au rendez-vous.

              Parcourant la fondation nous n'y avons trouvé que quelques gadgets, certains de dimension appréciable mais d'une simplicité confinant à un soupçon de manque d'imagination. Un œuf de Miro, un Giacometti fildeférique, Un stabile de Calder d'une banalité reposante et quelques autres dont je ne me souviens guère. Bref pas de quoi fouetter un chat. Ni justifier un billet d'entrée.

              Par la suite j'ai tenté d'aller plus loin dans la contemplation édifiante de l'art.   J'ai donc à nouveau fréquenté le Louvre alternant avec des expositions plus contemporaines pour ne pas me scléroser. En vain ! La première impression demeurait persistante. Elle insistait. D'un côté j'étais toujours aussi impressionné par la victoire de Samothrace et enchanté par la puissance et la grâce de la sculpture du 16° siècle, de Germain Pilon aux nymphes de Jean Goujon. Et j'étais enchanté par le « Bal du moulin de la Galette » d'un certain Renoir. Par contre je demeurais froid et inerte sous un plafond de Braque particulièrement pesant et curieusement hébergé par le Louvre.

              Que se passait-il ? Avec le temps j'ai fini par comprendre. Jusqu'au 19° les artistes avaient recherché la beauté et l'harmonie, même si c'était parfois de façon convulsive et pas toujours très réussie. Tous n’étaient pas géniaux bien sûr mais l’intention y était. Et puis voilà qu’un jour lassés de tout cela ils ont voulu tout remettre en question. On n’arrête pas le progrès et il faut déblayer avant d’innover. D’abord on s’affranchit des règles traditionnelles avant d’oublier les besoins d’équilibre physiologique de nos organes de perception. En musique chacun sait ce qu’est une fausse note à moins de souffrir d’une déficience auditive grave. Or la peinture est une musique visuelle. Donc soumise à des lois comparables. Ce qui revient à dire qu’on ne peut pas se permettre n’importe quoi en suivant sa seule fantaisie. Ce qui veut dire aussi que la liberté créatrice est limitée par des règles qui ne sont pas simplement celles du « bon goût »propre à une époque, donc conventionnelles. L’artiste est soumis à la beauté, pas l’inverse. Qu’un Matisse se libère de la perspective, du volume et de l’anatomie de ses semblable, pourquoi pas ? C’est son droit puisqu’il innove. Mais que va-t-il proposer à la place ? Une authentique créativité graphique comme dans les estampes japonaises ? Une recherche chromatique toute en finesse et subtilités remplaçant les couleurs « naturelles » ? Un sens de l’organisation plastique structurant solidement bien que de façon inattendue la surface à peindre ? J’avoue avoir été un peu déçu à ces différents égards.

 

                                                           La suite au prochain numéro

 

 

"Pavane pour une girafe en feu" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

"Pavane pour une girafe en feu" - huile sur panneau - 22 x 27 cm - 2007

Donc

la suite

la prochaine fois...

Où il sera aussi question de Picasso et de son engagement humanitaire...

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 15:41

Création picturale

suite

 

               Comme il se doit notre plasticien polyvalent va pratiquer la photo, finement pixellisée ou d’un argentique délicieusement rétro. Et cela va lui permettre enfin de se passer de réalité charnelle concrète. Finie l’époque désuète du modèle nu charmant et potelé, à moins qu’il ne soit barbu et fièrement campé sur des mollets herculéens bien adaptés aux sujets de l’antique. Finie la diva langoureusement allongée sur son sofa ou suspendue au plafond par un habile jeu de filins et de poulies lui permettant de prendre son envol vers l’Olympe. Mythologie oblige…Donc on utilise des documents. Mais excusez du peu, déjà Delacroix pratiquait la photo et savait en tirer parti. Pour ma modeste part j’avoue faire mon marché sur Wikipédia dès que le besoin se présente de faire participer certains personnages connus à des scènes qu’ils n’approuveraient pas forcément mais ou leur présence me comble d’aise. C’est ainsi que j’ai pu rendre hommage à Napoléon avec l’aide de Meissonnier. Ou à un certain Strauss Kahn en placardant une affiche à son effigie dans un milieu interlope convenant mal à son image de marque.

               Mais je vous ai parlé de tout ce qui était indispensable pour mettre l’œuvre en chantier en faisant face à la surface blanche. Il était question soit du contact visuel direct avec un modèle fournissant formes, couleurs et détails, soit de l’exploitation de tout ce qui a été vu et mémorisé depuis belle lurette, petite enfance incluse. La prodigieuse accumulation souvent inconsciente de ce que l’on a vécu et assimilé. Tout cela gît dans notre entrepôt, personnel ou pas. C’est à chacun de  dire s’il se ressent comme un récipient clos, une vaste salle d’archives sous laquelle sont planquées des oubliettes pleines de fantômes et de fantasmes. A moins qu’il s’agisse d’un centre d’observation d’où l’on peut se brancher sur les réseaux d’un internet subtil. Je pencherai pour ma part pour une vision plus englobante. Celle d’une accumulation intérieure sans cesse reliée au vaste monde d’un inconscient collectif. La chose existe bien dans les merveilles de la technologie qui peuvent aussi bien stocker  les photos de vacances du copain à ma belle-sœur que s’ouvrir à de vastes réseaux mondiaux dans des buts qui peuvent être aussi bien altruistes que manifestement pervers.

               Tout ceci étant posé il ne reste plus maintenant qu’à laisser le pinceau courir sur la toile. Des formes vont surgir, d’abord de vagues ébauches, des thèmes récurrents. Puis cela va proliférer, se complexifier, se superposer. Des formes en croissance vont en assimiler d’autres. D’ailleurs on peut toujours retrouver le blanc en effaçant ce qui devient gênant. Tant pis pour la dame ou le petit lapin, c’est par erreur qu’ils étaient là.

               Maintenant la couleur va apparaître, l’ambiance picturale va prendre forme. Une musique visuelle va se préciser à partir d’un thème de base. Puis de fil en aiguille des broderies vont venir enrichir ce schéma de leurs arabesques. Le jazz a bien revivifié ces principes en se livrant à d’infinies variations sur des thèmes connus. Et bien sûr l’intérêt est dans ces enrichissements subtils, pas dans les trois notes d’ « au clair de la lune ». Ni même dans la marseillaise à laquelle Gainsbourg et les Beatles ont rendu hommage à leur façon.

               Mais je m’attarde et le temps passe. Il vaudrait mieux que j’aille m’installer devant mon chevalet avant que mes laborieuses explications ne finissent par vous excéder. Car après tout la peinture n’est pas verbale même si quelques précisions peuvent aider à se faire une idée de ce qui se passe dans la tête du l’adepte du poil de martre. J’y retourne donc de ce pas. Permettez-moi de vous quitter pour me replonger dans mes fantasmes.

               Portez-vous bien en attendant !

 

                                                         Le Chesnay le 24 janvier 2015

                                                         Copyright Christian Lepère

 

 

Elaboration d'un fantasme pictural

Voici les étapes successives de :

"Nique ta lope"

huile sur toile de 46 x 38 cm

réalisée en 2014

 

224 - Création picturale (suite)
224 - Création picturale (suite)
224 - Création picturale (suite)
224 - Création picturale (suite)
224 - Création picturale (suite)
"Nique ta lope" - Version définitive

"Nique ta lope" - Version définitive

Message collectif

 

J'ai le plaisir de participer au Salon

SAFADORE 2015

 

A cette occasion la Charte FABER 21

pour la promotion d'un Art Post Contemporain sera présentée

au cours du vernissage.

 

Vous y êtes cordialement invités

224 - Création picturale (suite)
224 - Création picturale (suite)
224 - Création picturale (suite)

La Charte      Faber 21

  Plan de communication

Nous avons pratiquement bouclé le texte de la Charte Faber 21 de l’ambitieux projet de la fondation du nouvel Art post-contemporain, élaboré depuis le 2 juillet 2014 au Mont-Dore. Je pense que le moment est venu de passer au stade actif de la mise en application de nos idées novatrices.

1° Publication de la Charte Faber 21

Dès que tout le monde sera d’accord sur la formulation définitive du texte de la Charte, nous pourrions la mettre en ligne rapidement sur nos sites Web respectifs avec des commentaires personnels. Michel BARTHELEMY m’a proposé de créer sur son site www.mon-louvre.be une page spéciale «Héritiers de Dali» évoquant l’aventure des «Masters du Mont-Dore» et la signification de la Charte que nous avons élaborée de commun accord. Suivie des initiatives concrètes. Je tiens à le remercier de cette marque de solidarité.

La Charte Faber sera la base de notre campagne. Mais pour réussir notre coup, nous allons devoir intensifier progressivement notre action publique. La communication méthodique sera la clef du succès du projet innovant. Dans le cadre des prochains Salons hexagonaux de l’Art fantastique (Saint-Léonard-de-Noblat, Lamballe, Sedan), les quatre «Masters» devraient jouer les Ambassadeurs de l’Art post-contemporain en faisant passer le nouveau message. Pour vous permettre de militer, je pourrais faire imprimer sur papier cartonnée la Charte Faber 21, à laquelle il faudra donner une très large diffusion. Il s’agit de convaincre un maximum d’artistes d’adhérer au projet innovant Faber 21.

2° Mise en ligne de la vidéo du Mont-Dore

Les vacances d’été sont finies depuis hier. Il faudra maintenant passer à l’acte. Le réalisateur David LEBRUN travaille sérieusement au montage de la vidéo-témoin de nos rencontres initiales du 1er et 2 juillet au Mont-Dore. Dès que je serai en possession de la production, je vous la ferai parvenir la référence pour placer sur votre site le lien vers Viméo,.Dailymotion ou Youtube. J’ai également l’intention de faire éditer quelques DVD.  De toute façon, nous avons intérêt à organiser le crescendo de notre campagne de commu-nication et de ne plus relâcher nos efforts.

 L’artillerie lourde : cibler le Ministre de la Culture !

Après ces préliminaires théoriques, à la fois d’information textuelle et de communication visuelle, il faudra passer aux choses sérieuses, concrètes et tangibles. Bref, il s’agira de faire du bruit pour devenir visible. Dans la perspective de l’année  ► 2015, je vous propose la stratégie suivante : sous le point de la Charte Faber, nous avons retenu le principe de joindre aux œuvres un texte littéraire succinct «destiné à expliquer la démarche créative de l’artiste». 

Pour commencer la nouvelle ère – AN 1 – de l’Art post-contemporain, nous allons remplacer le texte littéraire par une lettre (recommandée) au Ministre de la Culture. Il n’est pas question de s’attaquer aux grandes sociétés de vente aux enchères (Christie’s + Sotheby’s), principaux responsables des dérives de l’art contemporain. Avec leurs complices du monde spéculatif, elles représentent des puissances financières attachées à la défense de leurs prérogatives. Leurs réactions dans les médias vont servir notre cause.

 En France, l’autorité suprême en matière d’Art est le Ministère de la Culture avec tous les Services publics, qui en dépendent. Cela concerne le château de Versailles, le Centre Pompidou, le Grand Palais et aussi les fonds régionaux d’art contemporains (FRAC). C’est là que nous devons attaquer dans le but de susciter l’attention, à condition d’en informer simultanément les médias !  Depuis le 26 août  2014, la lorraine Aurélie FILIPPETTI (41) a été remplacée par la coréenne Fleur PELLERIN (41). On peut douter des compé-tences de ces jeunes femmes politiques pistonnées.

En la circonstance, nous gagnerons peut-être au change. Madame FILIPPETTI était attachée aux «événements parisiens de prestige », genre FIAC (Foire Internationale d’Art contemporain) tout en boudant le Salon Art en Capital, qui constitue pourtant le grand rendez-vous annuel de la créativité des artistes français du moment. Le Ministère de la Culture méprise les peintres vivants, tout en subventionnant des vedettes de l’art contemporain  (Koons à Versailles, Soulages à Rodez, etc). Je citerai à titre anecdotique un fait révélateur, qui s’est produit lors du vernissage de la 1ère  exposition des «Héritiers de Dali» dans les Thermes du Mont-Dore, en février 2005. Le Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, avait envoyé son bras droit chargé des Arts plastiques. Quand ce brillant conseiller découvrit les remarquables œuvres picturales, alignées sous le voûtes des halles néo-byzantines, il s’est tourné vers moi, stupéfait, pour me demander : «Bon Dieu ! Ces peintres, d’où ils viennent ? ». Manifestement, le Ministère de la Culture ne savait pas que la peinture de l’imaginaire existe …..

Il faudra enfin secouer le cocotier pour manifester notre exaspération ! Le nouveau Ministre, Mme Fleur PELLERIN, est  marquée  par l’ENA, la Cour des Comptes et les questions économiques. Elle découvre l’univers de l’Art et de la Culture et aura probablement l’envie de prouver ses capacités novatrices en faisant d’autres choix que sa rivale FILIPPETTI.  Cela pourrait faciliter notre combat !   

Voici quelques idées relatives à la stratégie de l’artillerie lourde que je vous propose : 

A) Nous devrons faire la démonstration de la crédibilité du nouvel Art post-contemporain que nous préconisons. 

B) Les quatre peintres du groupe «Masters du Mont-Dore» vont créer chacun une toile d’un format identique (30 ou 40 F ?) sur un même thème significatif (exemple : «Retour au Paradis perdu»). A vous de vous mettre d’accord sur les dimensions et le sujet. Chaque peintre traitera le thème à sa manière en respectant les règles d’or de la Charte Faber : 1° le sens profondément humain, 2°  le passé culturel, mythique ou historique,  plus 3° la mise en valeur de la beauté plastique.

C) Dans le respect du point 4°, chaque artiste rédigera une LETTRE pour expliquer (au Ministre de la Culture) le sens de son oeuvrre. Il faudra commencer par exprimer votre ras-le-bol  face à la création contemporaine, affirmer que vous faites partie du groupe rénovateur des «Masters du Mont-Dore».et que vous appliquez d’une manière déterminée les principes fondamentaux de la Charte Faber 21 (à joindre).

D) Dès que les 4 toiles seront prêtes, nous allons graver des CD Rom et imprimer un fascicule de haute qualité avec la reproduction des 4 tableaux et vos lettres de présentation respectives. Quand la Ministre recevra successivement  (par pli recommandé) les quatre missives documentées, elle sera obligée de réagir. Surtout que nous enverrons en même temps des copies de cette correspondance offensive (mais courtoise) à toute la Presse parisienne (rédactions Culture + Information générale).

Reste à trancher 3 questions essentielles : quel thème, quel format et dans quel délai raisonnable ?  Si nous pouvions boucler cette opération dynamique avant le salon SAFADORE 2015 et exposer les nouvelles oeuvres en février 2015 au Mont-Dore, ce serait parfait. 

La balle stratégique est dans votre camp. Cordiales salutations.

                                                                   1er septembre 2014.            Roger Michel Erasmy, coordinateur

 

  .                                                       

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 08:43

 

Création picturale

 

               Au début c'est le vide, la page blanche. Celle qui fait peur. Celle qui angoisse. Celle qui vous met au défi de démarrer par vos propres moyens. Mais il arrive que l'inverse se produise. Dans ce cas c'est le déferlement d'idées et d'images qui tentent de s'imposer. Qui se bousculent au portillon. Qui jouent des coudes pour dépasser les autres. C'est la perplexité devant l'embarras du choix. Et ce n'est pas plus confortable que l'absence d'inspiration...Car il va falloir élaguer et renoncer pour se recentrer sur un thème quitte bien sûr à se laisser ensuite dériver par association d'idées et glissement d'images. Heureusement la prison n'est jamais si bien fermée qu'on ne puisse se couler discrètement au dehors. Mais je parle ici des tenants de l'imaginaire, de ceux qui portent tout un monde de figurations dans leurs profondeurs et qui, bien sûr peuvent éprouver un peu de gêne à se couler dans un thème imposé.

               Pour beaucoup d'artistes anciens et non des moindres une source d'inspiration directe a toujours été indispensable. Cela ne les a pas empêché de faire œuvre originale et d'excellente qualité. Je pense à tout ce qu'a produit la grande tradition européenne depuis la Renaissance. De Van Eyck à Chardin et de Léonard à Géricault, sans oublier Rembrandt. Pour eux pas de problème, le réel visible est le point de départ obligé. Ceci étant posé, il va falloir étudier les apparences et en découvrir toutes les subtilités. Que ce soit l'anatomie, la perspective ou la diversité des jeux de lumière, seule une pratique intensive de l'observation et de l'analyse  pourra permettre d'en rendre compte. C'était ainsi et ça l'est resté jusqu'à la fin du 19° siècle. Jusqu'à l'époque de la grande remise en question de tout l'acquis. Pour le meilleur et pour le pire.

               C'est donc à cette époque qu'avec l'évolution des mœurs et des mentalités on va voir apparaître des artistes dont la vision personnelle fort originale et souvent bien éloignée du réalisme photographique va quand même se baser sur une observation du « motif » extérieur. C'est flagrant chez Van Gogh qui avait toujours besoin de sa chambre au mobilier branlant et de ses vieux godillots pour créer des jeux de formes et de couleurs exprimant ses pulsions intimes. Car cela ne l’empêchait pas d’avoir besoin de références concrètes.

               Mais revenons- en à l’artiste contemporain dégagé des tabous de la tradition académique. Ce doux révolutionnaire a eu des antécédents. Déjà avec Cézanne était apparue la silhouette du contestataire qui défend sa vision personnelle et tente de l’imposer. La démarche existait depuis fort longtemps  mais de façon moins systématique. L’affirmation d’une originalité inaliénable n’était pas le moteur essentiel. Ni chez Breughel, ni même chez Jérôme Bosch le but premier n’était pas de se faire remarquer à tout prix. Il était de transmettre une certaine vision du monde même si celle-ci n’était pas partagée par la foule des contemporains.

               Mais nous vivons maintenant la modernité. Pour ne pas rester sur la touche le plasticien témoin de son temps se doit de surfer gracieusement sur internet. Même si sa culture est rudimentaire et si des lacunes béantes la transforment en un produit très allégé il se doit d’avoir des références. Et pas uniquement au niveau B.D. basique. Il  peut arriver que pour certains le « Quattrocento » ne soit qu’un nom de pizza un peu original mais la fréquentation d’Arte va promptement y porter remède et un beau jour Piranèse et Arcimboldo feront partie de ses citations.

 

                                                                                                      À suivre…

 

Ci-dessous

étapes de réalisation d'une peinture

"Orgues basaltiques" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 2010

 

 

 

 

224 - Création picturale
224 - Création picturale
224 - Création picturale
224 - Création picturale
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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 09:03
"La fête des fous" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1992

"La fête des fous" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1992

A nouveau

l'actualité brûlante m'a rattrapé.

Voici donc, brutes de coffrage, 

mes impressions devant

une telle créativité

sociale.

 

 

 

C'est selon l'appréciation

 

        C'était la stupéfaction dans le pays. L'impensable venait de se produire, l'impossible était devenu évident et le contemporain le plus flagrant incontournable.

        Pourtant dans cette démocratie toute pétrie de laïcité on en avait vu bien d'autres. Deux guerres entre voisins qui étaient devenues mondiales. La perte irréparable de territoires d'outremer pourtant civilisés  par les bons soins d'une nation évoluée et voulant faire bénéficier de malheureux attardés  de son progrès et de ses mœurs. Et tant d'autres choses belles et bonnes et tournées vers l'avenir. Et puis il y avait l'ouverture, la tolérance, la liberté de parole laissée aux opposants. Certes on s'invectivait au sein des assemblées du peuple. On opposait des arguments. On se traitait mutuellement de sot ou d'attardé ou de fieffé coquin. Mais cela ne portait pas à conséquence. Même une baisse flagrante de popularité dans les sondages ne pouvait altérer durablement le moral du pouvoir en place.

        Mais le pays n'était pas un îlot étanche. De toute part il était entouré par les autres. Et ces autres étaient divers et n'avaient pas tous la même vision du monde. Ou si ils la partageaient en principe n'en tenaient pas vraiment compte dans leur quotidien. Qu'on se souvienne de ces Grecs merveilleux inventant la démocratie, le pouvoir pour tous. Pour tous ? A part bien sûr les femmes et les enfants et les métèques. Et évidemment les esclaves. Car il serait dangereux de ne pas utiliser les ennemis vaincus à de saines occupations utiles à leurs vainqueurs. Après tout s’ils avaient perdu c'est qu'ils n'étaient pas les meilleurs. Ça leur apprendrait…

        Donc des terroristes, dangereux et déraisonnables venaient de s'attaquer à un des droits imprescriptibles qu'est la critique de toute idéologie, coutume ou religion d'état pourvu que ce fût fait sans autre arme que l'humour même corrosif et d'un goût douteux.

        Aussitôt la réponse avait été massive, spontanée et toute vibrante d’émotion. D’énormes défilés dignes et pacifiques avaient remplis les avenues de la capitale et de toute agglomération régionale de quelque importance. Les places les plus célèbres étaient noires de monde. Au propre comme au figuré car en cet an de grâce la mode était au sombre et de loin n’importe quelle foule s’ornait de ces tonalités.

        Mais il y avait eu des victimes et pas n’importe lesquelles. Touché au vif l’esprit d’humour se rebiffait. Et comme il se doit ce qui n’avait pas été anéanti reprenait du poil de la bête. A nouveau les caricatures fleurissaient, plus vertes que jamais et encore moins nuancées. Ensuite elles étaient diffusées par la presse et très vite tous les records de vente étaient battus.

        Enfin il fût procédé à l’inhumation des victimes. Là aussi l’émotion régnait et des hommages vibrants furent prodigués à ceux qui étaient devenus des héros et des chantres de la liberté. Même des martyrs si l’on veut utiliser la terminologie de leurs meurtriers. C’était d’ailleurs étrange de voir comment les choses se rééquilibrent. D’abord des esprits vifs et assoiffés de liberté contestent un extrémisme idéologique. Même si c’est fait au second degré ça finit par provoquer une réaction stupide et criminelle mais tellement prévisible. Ensuite les auteurs de cette réaction destinée à éradiquer le Mal font « à l’insu de leur plein gré » de ceux qu’ils ont annihilés des gens extraordinaires parés d’une auréole. Mais rien n’est aussi simple et dans les écoles quelques minoritaires encore bien jeunes refusent de se plier au consensus. Ils se réjouissent de cette action de vengeance à l’égard d’infidèles égarés hors de la vraie foi. Ils approuvent le châtiment rédempteur. Ces chères petites têtes, blondes ou pas, cultivent un autre idéal et internet est leur refuge, la source de leurs convictions. Touche pas à mon Prophète ! Ou tu vas voir ta gueule à la récré !

      Vais-je continuer à vous entretenir de toute cette agitation ? Vais-je en tirer des conclusions ? Non ! Car vous êtes au courant. Les médias nous informent et nous proposent l’attitude consensuelle. D’ailleurs comment la majorité pourrait-elle se tromper puisque c’est elle qui a toujours le dernier mot aux élections démocratiquement organisées dans ce beau pays berceau des droits de l’homme.

 

                                                              Le Chesnay le 15 janvier 2015

                                                              Copyright Christian Lepère

 

       

 

 

"La fête des fous" - détail -

"La fête des fous" - détail -

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 08:42
"Ambivalence problématique" - Eau-forte imprimée sur Arches Demi-Jésus - 28 x 39 cm - 1983

"Ambivalence problématique" - Eau-forte imprimée sur Arches Demi-Jésus - 28 x 39 cm - 1983

 

Mea culpa

Je vous avais promis un intermède culturel.

L’actualité m’a rattrapé.

je vais donc vous entretenir

d’un sujet prioritaire.

 

 

 

Fatale rencontre

 

             La vie était belle et Mohammed était content. Par ce beau jour d'hiver un peu frisquet il déambulait à grandes enjambées. A l'aise dans ses baskets, je veux dire ses bottes de motard qu'il s'était procurées sur internet à un prix hyper promotionnel. Dans une fort seyante tenue de baroudeur, noire car ça affine la silhouette, le cou moelleusement protégé par une écharpe en mohair façon léopard et le reste à l'avenant. J'oubliais la cagoule pour protéger les oreilles mais ne nuisant nullement à la visibilité malgré les lunettes réflectorisées défiant  toute tentative de captation du regard. Qui aurait pu dire la couleur de ses yeux ? Qui aurait pu se douter de ce qu'il scrutait ?

             Il allait donc sûr de lui, plein de confiance dans le message du Prophète que lui avait transmis son mollah préféré. Était-ce la version officielle ?  Parole d'évangile, comme aurait dit le Grand Inquisiteur parlant de ses propres convictions ? Peu importe, au moins trois imams l'avaient affirmé au cours de leur prêche à la mosquée du quartier. Et ce de la façon la plus formelle devant tous ses frères réunis. Et tous s'étaient prosternés.

             Enfin pour terminer, avec une confiance inébranlable dans la justice de sa mission, il se déplaçait sans sa Kalachnikov. Sans même son automatique à silencieux pourtant facile à porter dans un vêtement merveilleusement conçu pour abriter l'indispensable. C'était une combinaison munie de nombreuses poches pour tout le nécessaire. Les documents compromettants, le portable volé à un SDF, les préservatifs anti-sida et les menus gadgets qui font le confort de l'homme actuel.

             De toute façon il savait bien qu'une camionnette l'attendait au coin de la prochaine rue et que là son frère d'armes lui remettrait de quoi accomplir sa mission. Car il était en mission dans ces contrées hostiles où vaquait à de futiles occupations un vain peuple d'infidèles. Il était seul dans un monde profane qu'on ne pouvait que souhaiter profaner. Seul pour accomplir sa mission justifiée par l'éthique la plus rigoureuse. Seul pour venger l'honneur du Prophète en le lavant dans le sang de l'incroyant, du provocateur ignare, de la créature indigne vautrée dans sa déchéance. Mais la Parole révélée résonnait en lui et le guidait implacablement.

             Non loin de là Jojo était à son bureau, crayonnant quelque facétieuse caricature mettant en scène le pape et ses proches dans des scènes d'une intimité fort bien imaginée, quoique sujettes à caution sur le plan de la véracité indubitable. Doux rêveur de la B.D. nostalgique du joli Mai 68, libertaire à tout crin et défenseur du droit à dire n'importe quoi au nom de la sacro-sainte liberté d'expression c'était dans l'ensemble un brave homme. Tous ses copains vous l'auraient confirmé. D'ailleurs il n'hésitait jamais à trinquer avec les potes et souhaitait les anniversaires en vous faisant la bise. Honnête selon ses vues, il payait ses impôts et même ses contraventions pour stationnement illicite. C'est dire si il était fréquentable et de bonne compagnie. Depuis longtemps il s'était spécialisé dans un créneau particulier, dénonçant l'imposture. Ça allait de l'opium du peuple à la contestation radicale de tout ce qui à la surface de la planète prétend régenter les comportements humains les plus invétérés. Etait-il anarchiste ? Gauchiste ? Marxiste tendance Groucho ? Ou simplement en besoin de s'affirmer et de traiter avec condescendance tout ce qui aurait pu aliéner son comportement le plus spontanément naturel ? Tout ce qui l'aurait empêché de vivre à sa guise sans se faire trop d'ennemis. Pourtant des ennemis il en avait. Car à tout porter en dérision il arrive que l'on se heurte à de fatales incompréhensions. C'est que tout le monde n'est pas conciliant et si beaucoup préfèrent s'écraser plutôt que de rebondir, il en est d'autres qui ne supportent pas la mise en cause. Pour la simple raison qu'ils ont raison et raison d'avoir raison.

             Enfin la rencontre eut lieu. Entre deux mondes. Entre deux visions unilatérales, entre deux incompréhensions. Que voulez-vous qu’il se passât ? Eh bien très exactement ce qui s’est passé. Et que tout le monde connaît. Ahmed a tué Jojo. Le R.A.I.D. a tué Ahmed. Apprenant ces faits sur BFM TV j’en fus tout triste. Pour ne pas dire abattu. Il ne me restait plus qu’à considérer l’infinie complexité du monde, l’effroyable enchevêtrement des causes et des raisons et l’incontournable enchainement des faits qui tissent nos vies.

             Certes le français moyen buveur de pastis, passant ses congés payés au bord de la mer à jouer à la pétanque va me manquer. Certes la mort du combattant du Prophète va m’attrister. Certes une énorme réaction nationale et internationale contre toute intolérance va un peu me consoler. Mais je ne pourrai m’empêcher de conclure. Je citerai donc à nouveau Alexandre Vialatte, écrivain inclassable et loufoque qui lui-même citait des sources plus traditionnelles pour terminer ses petites histoires édifiantes à dormir debout. Ainsi après avoir déliré gentiment et de façon très docte sur des sujets improbables il lui était coutumier de finir en citant cette maxime de sagesse : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ! ».

             Et je crois bien que c’est le fin mot de la Fin.

 

                                                                   Le Chesnay le 12 janvier 2015

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

N.B.    – Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne peut être que fortuite et sans fondement.

               Le droit à la liberté d’inventer est imprescriptible.  

"Ambivalence problématique" - détail

"Ambivalence problématique" - détail

La prochaine fois

Sauf événement imprévu et regrettable

vous aurez droit à

"Van Gogh et Millet"

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 09:06
"Cavaliers - Huile sur toile - 61 x 50 cm - 1996

"Cavaliers - Huile sur toile - 61 x 50 cm - 1996

 Le sommet du monde

 

           Tout petit je l'avais déjà remarqué et l'idée s'était imposée à mes vues enfantines. J'étais de toute évidence le centre du monde. Certes celui-ci se révélait vaste et complexe et pas toujours amical. Mais enfin il fallait reconnaître l'évidence. Plus un objet ou une personne étaient proches, plus ils étaient grands et prenaient d'importance. Plus ils s'éloignaient et plus ils s'amenuisaient au point de finir par disparaître, perdant ainsi tout intérêt. J'en concluais donc que j'étais de loin le plus important. Et j'en étais satisfait. Le monde reconnaissait ainsi mes mérites.

           Or, voici que depuis peu, poursuivant mes déductions, j'en suis arrivé à une seconde évidence. Si la terre est ronde, ainsi que nous l'affirment les doctes je dois en revanche avouer que mes sens me montrent un monde plutôt plat. Bien sûr j'accorde aux autorités le bénéfice du doute. Je note que ce monde plat est agrémenté de creux et de bosses, plateaux et vallons et gorges escarpées. La butte Montmartre ne m'est pas inconnue et j'ai même visité le gouffre de Padirac. Mais enfin les savants sont formels et déclarent que la terre est une boule. Or, si l'on se tient debout sur une boule, on est forcément à son sommet. Tout écart de ce point idéal entraînerait de suite des conséquences funestes. Déséquilibre, chute et contusions nuisant à mon intégrité physique.

           Je vous entends d'ici objecter que certains de nos semblables vivent aux antipodes. D'abord ça reste à prouver. Ce n'est pas parce qu'on le dit à la télé que c'est parole d'évangile. Enfin admettons...Alors comment font-ils pour vivre la tête en bas ? Avec tous les inconvénients inévitables que cela entraîne...Bien sûr certains ont sans doute des qualités particulières. Ils savent grimper aux arbres comme les aborigènes et parcourir les forêts primaires en bondissant de liane en liane. Mais d'autres plus civilisés prennent l'autobus à Sidney ou boivent une petite bière en compagnie de leurs potes. Avouez que les pieds en l'air ce n'est pas évident.

           Sans les considérer comme totalement déraisonnables je ne peux m'empêcher de penser qu'un retour au simple bon sens de la verticalité bien assumée leur simplifierait considérablement la vie et leur éviterait de s'étouffer ou de se retrouver tout congestionnés. D'ailleurs pourquoi s'obstinent-ils à vivre dans ces contrées lointaines plutôt qu'ici  au sommet du monde ? Ils y trouveraient bien des avantages. D'abord l'endroit est rassurant, ensuite il est connu. Et puis j'y suis chez moi.

           Ah ! Bien sûr la place y est limitée Je vais donc m'arrêter là pour ne pas y attirer maladroitement un tas de gens que je ne connais pas et qui risqueraient d'être convaincus par la logique implacable de mes propos.

 

                                                                Le Chesnay le 25 décembre 2014

                                                                Copyright Christian Lepère

"Cavaliers" - détail

"Cavaliers" - détail

La prochaine fois intermède culturel

avec :

"VincentVan Gogh et Jean-François Millet"

 

Bonne semaine!

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 08:28
"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

Sur le périph…

 

           Sanglées, casquées, pétaradantes des hordes de zombis noircis chevauchent leurs chimères. Elles sont formées de chevaliers vengeurs qui surgissent et se faufilent en rasant les rétroviseurs assassins, ces petits miroirs espions qui au nom d'une sécurité rétroactive vous retiennent par la manche. Que penser de ces gadgets hors ligne et contondants qui vous font valdinguer sur le bitume ou sous les roues d'un semi-remorque ?

           Mais qu'importe l'ivresse du jeu vaut la chandelle, même si celle-ci brûle par les deux bouts. Ça passe ou ça casse ! Et avec dextérité ça se faufile. En rupture de trajectoire, en crescendo de déboîtement, en trajectoires aléatoires finement négociées. Les voilà donc surgissant sans crier gare, superbement seuls ou en files compactes profitant d'une occurrence, une éclaircie momentanée dans ce qui coagule. 

           Mais cela ne viendrait-il pas de plus loin ? Des profondeurs ancestrales du biologique ? Et après tout il faut bien avoir des antécédents, des sources inscrites au plus profond de l'âme ! Comment savoir d'où vient la révolte contre l'ordre ambiant et ses lois tatillonnes ? Contre les forces intraitables du système immunitaire. Contre les lymphocytes qui sont là pour faire régner l'ordre et stopper le chaos. Contre les forces  légales qui voudraient vous empêcher de vivre à votre guise.

           Mais le jeu continue. Dans la ronde infernale voilà les trublions qui se faufilent et qui s'infiltrent. Ils font la nique aux immobiles paralysés sur leurs quatre roues, malheureux planqués dans leur tas de ferraille et victimes de leur assise plus assurée. Mais Robin des Bois peut se permettre de rétablir la justice du non-droit et jouer entre le permis et le toléré. Ainsi les déboîtements non signalés suscités par l'occasion imprévue ou la chance inespérée. C'est qu'il ne faut pas perdre de temps. Il faut arriver en tête pour ne pas rater le dernier épisode du feuilleton à la télé, celui où l'on va enfin apprendre le nom de l'assassin. Et les raisons de son geste insensé…

           Il y a donc un premier. Laissons-le poursuivre sa ronde et tourner autour de la capitale jusqu'à la panne sèche. Laissons le risquer sa vie pour pas grand-chose. Une décharge d'adrénaline, une overdose de risque fou soigneusement sous-calculée. Une fois de plus c'est passé de justesse ! En frôlant à peine… Mais c'était peut-être l'ultime avant de se retrouver aux urgences, brisé, haché menu ou condamné à vivre en fauteuil roulant. Mais on en fait de fort beaux avec des moteurs sophistiqués, puissants et silencieux.

           Enfin l'essentiel est de vivre, de s'éclater quitte à finir en légume qui se souvient du bon vieux temps. Perclus de douleurs et parkinsonien avant l'âge légal.

           En cette fin d'année la nouvelle est tombée, miraculeuse et inattendue. Le prix du baril de pétrole est au plus bas. On va enfin pouvoir polluer au CO 2 comme au bon vieux temps et cerner Paris de décibels sans se laisser contraindre par de mesquines préoccupations de ressources financières.

           Pendant ce temps, au cœur du bouchon, Jean-Robert négociant en vins et spiritueux est coincé entre un taxi et la benne des encombrants. Il est là,  peinard et bien au chaud. Il a fermé les vitres et mis la radio en sourdine. Pas trop pressé il se laisse bercer par des chants hawaïens. Et le voilà rêvant à quelque îlot perdu au cœur du Pacifique. De langoureuses vahinés ondulent avec grâce. Leurs pieds légers foulent le sable tiède et elles étirent leurs membres paresseusement. Une nature enchanteresse sert d'écrin à ces corps chaleureux aux courbes musicales. L'eau clapote, le soleil miroite sur les vagues et les insectes bourdonnent de plaisir quand ils ne songent pas à vous importuner.

           Autour c'est l'immobilité. A perte de vue des véhicules et des véhicules figés sur place. Mais voilà que ça frémit. Ça bouge ! C'est donc encore vivant ! Les motards reprennent espoir. Ils vont pouvoir s'éclater. Au figuré et au sens premier le plus évident. Alors profitons-en ! Ce n'est pas tous les jours qu'on peut mourir à vingt ans, fauché par un destin tragique. N'est pas James Dean qui veut. Ici ça peut se faire en zigzagant entre des files de véhicules patauds où tout est réduit au plus petit commun dénominateur. Celui de maillon dans une chaîne sans fin constituant un bouchon mobile qui s'étire et se recontracte en accordéon. Vu du ciel c'est comme un reptile de lumières clignotantes dans le froid d'un hiver définitif.

           Mais les fêtes approchent et l'année va s'éteindre pour laisser place à la suivante au millésime renouvelé. Il est grand temps. Rentrons chez nous et laissons le cercle infernal, le périphérique exalté poursuivre sa ronde alternée dans les deux sens. Celui des aiguilles d'une montre qui suivent l'écoulement implacable du temps et l'autre, l'antagoniste qui voudrait tant remonter à sa source. Mais c'est la vie qui dans les deux sens s'écoule sans fin. Et vrombit. Et se mord la queue. Comme toujours. Comme d'habitude et ce jusqu'à plus soif…

 

                                                      Le Chesnay le 21 décembre 2014

                                                      Copyright Christian Lepère

"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer"- gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer" - gravure (détail) - 1986

"Trafic d'enfer" - gravure (détail) - 1986

"Groupuscules" - Gravure (détail) - 1986

"Groupuscules" - Gravure (détail) - 1986

La prochaine fois

Vous saurez tout sur le sommet du monde!

C'est le scoop de la Nouvelle Année

la révélation du siècle

L'information 

ultime!

 

Que 2015 soit!

Et elle sera!

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 08:50
"Serial killer retraité" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2012

"Serial killer retraité" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 2012

 

La vie d’Yvan

(suite)

 

.

            Non content de collectionner les victimes et d'en tenir un compte minutieux dans ses carnets, ce monstre avait élaboré des techniques machiavéliques pour arriver à ses fins. D'abord il repérait ses proies potentielles à la sortie des écoles, comme il se doit, mais aussi aux caisses du super marché. Ensuite il les suivait, les espionnait, apprenait à connaître leurs mœurs et leurs coutumes, savait si elles habitaient encore chez leurs parents ou dans quelque famille recomposée.  Puis les travaux d'approche étaient engagés. Par des moyens habiles il les séduisait et réussissait à les attirer à l'écart dans quelque lieu propice. Les étrangler n'était pas un problème. Mais il fallait s'y prendre avec tact, sans attirer l'attention. Avec doigté si j'ose dire. Il fallait surtout que la victime fût consentante, du moins jusqu'à un certain point qu'il s'empressait ensuite de franchir.

Il était passé maître dans l'art du raffinement. Après avoir installé une sorte d'atelier de découpage digne d'une charcuterie de luxe dans le sous-sol d'un bâtiment vétuste au fond d'un terrain vague, il pouvait ensuite réduire le corps en morceaux gérables. Plusieurs procédures étaient ensuite possibles. D'abord la destruction par le feu dans une vieilles cuisinière comme avait pratiqué un certain Landru. Ensuite en enrobant un  fragment humain dans du béton ce qui lui permettait ensuite de consolider son sous-sol avec un mur de parpaings qu'on eut pu révérer comme des châsses contenant des reliques. Enfin, ce qui prouve à la fois une inventivité et un sens de l'utile assez rare, en consommant les morceaux les plus délicats avec beaucoup de goût. Rien ne se perd, tout se transforme selon la sagesse populaire. Il en était bien convaincu.

            Par exemple il lui arrivait de découper des lobes d'oreille, après les avoir débarrassés des boucles et autres piercings fort indigestes. Le but était d'enrichir une omelette aux fines herbes avec ces petits morceaux frits dans l'huile d'olive, accompagnés de lardons. Le côté croquant du résultat était tout simplement délicieux. Surtout accompagné d'un petit vin rosé plein d'esprit et de pétulance.

            Découvrant tout ceci Yvan notre héros resta tout coi. Ainsi un autre se permettait de faire plus que lui et surtout beaucoup mieux. Comment se hisser à un tel niveau de professionnalisme ?

           Il en était là dans ses réflexions, buttant sur l'impossibilité de s'égaler à ce qui le dépassait. Mais le lendemain la suite le laissa encore plus désemparé. Le serial killer venait d'être démasqué. Interrogé par la police il avait tout avoué et avait même conduit les enquêteurs sur les lieux de ses exploits. Alors Yvan se sentit mal. Ainsi son modèle, son idéal était réduit à néant. Dès lors pourquoi continuer dans cette voie ? Pourquoi poursuivre ce but inaccessible ? Non, en réalité tout était vain. La vie nous condamnait à stagner dans la médiocrité. Médiocre pour médiocre...Il était las ! Il était amer...Il se dirigea vers l'angle de la rue. Là il retrouva sa mobylette et décida de rentrer chez lui. Et le parcours fut sans histoire.

            Je crois que maintenant il y est arrivé et qu'en attendant de regarder les informations à la télé il est en train de boire une petite bière en grignotant des pop-corn et des cacahuètes. Laissons le récupérer. Il en a bien besoin.

 

                                                               Le Chesnay le 12 décembre 2014

                                                               Copyright Christian Lepère

"Serial killer retraité" - Détail

"Serial killer retraité" - Détail

Détail

Détail

Pour terminer cette année

nous irons faire la prochaine fois

un tour sur le périphérique

pour rencontrer 

les anges noirs qui le hantent...

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 10:28
"Accident ferroviaire" - Huile sur toile - 65 x 54 cm - 1990

"Accident ferroviaire" - Huile sur toile - 65 x 54 cm - 1990

 

La vie d'Yvan

 

            Il s'appelait Yvan et son âme était russe et tourmentée. Tel un héros dostoïevskien il ne savait se contenter de l'ordinaire. Créature issue des profondeurs de l'âme slave et des steppes glacées son cœur avide était plein de passions inavouées. Sans cesse écartelé entre le Bien et le Mal, torturé par un besoin de rédemption sa vie d’ambiguïté était un enfer, un gouffre de déréliction.

            Dès tout petit il avait été soumis à une éducation chrétienne. Rien ne lui avait été épargné. Depuis les longues heures passées à écouter un vieux curé moisi enseigner les dogmes aux bambins de son âge, jusqu'aux dames patronnesses lui enjoignant de faire sa b.a. quotidienne avec un sourire mielleux, sans oublier la pénombre du confessionnal où il faisait absoudre ses péchés en regrettant ses égarements. Ses péchés restaient véniels, d'ailleurs le fait qu'il n'en soit point mort prouvait leur peu de gravité. D'ailleurs il avait été pardonné à chaque fois et c'est le cœur léger qu'il était ressorti du saint lieu  l'âme apaisée et le cœur serein. Dans le fond le petit Jésus l'aimait bien et c'était réciproque.

            Donc, bon an mal an  il avait grandi, sans trop inquiéter ses pauvres parents. C'était naïf et excusable. Mais à cet âge tendre il n'avait pas encore conscience des profondeurs de son être et de tout ce qui s'y tient tapi, refoulé par une bonne éducation.

            C'est à l'adolescence qu'il en fût autrement. A l'âge où la nature exige son dû et impose ses besoins biologiques. Alors il avait compris ce qu'étaient le désir et la honte, le besoin de s'affirmer au détriment du prochain, de dominer le faible en balayant toute compassion pour la veuve et l'orphelin.

            Il était devenu hargneux et vindicatif. Soupçonneux et fort de ses prérogatives. Il avait exigé qu'on le respectât et qu'on lui témoigne une considération spontanée digne de ses hautes capacités. En un mot il était devenu imbuvable mais c'est ce qui faisait son charme tout de perversité et lui permettait de briller aux yeux des demoiselles. Du moins celles dont la nature équivoque était séduite par ce rebelle aux longs cheveux bouclés et à la hargne vengeresse.

            C'est à cette époque qu'on lui offrit une mobylette et qu'il pût enfin narguer la loi et la justice en roulant sur les trottoirs et en faisant fi des passages protégés pour piétons. Ceux-là n'avaient qu'à se garer s’ils voulaient continuer à jouir de l'usage de leurs membres. Il découvrit l'alcool et les clopes et son pouvoir déjà grand en fût conforté. Dès lors il était au-dessus du lot, race supérieure à lui seul et maître potentiel du monde. Dommage que les autres n'en aient pas été aussi convaincus. Mais qu'importe ! Le monde est plein de médiocres qui n'ont que ce qu'ils méritent. Laissons les croupir dans leur indigence.

             Je ne sais s’il persévéra très loin dans la voie de la juste révolte. Le vice et la corruption à sa portée lui parurent suffisants et il s'y vautra avec délices. Alla-t-il jusqu'à braquer un bureau de tabac ? Arracha-t-il le sac à main d'une vieille dame indigne qui l'aurait traité de voyou ? J'avoue ignorer les détails précis de tout ce qu'il tentât alors.

            Enfin sa vie se poursuivit selon ses habitudes. Il accumulait les méfaits et les inconvenances, les impolitesses et les grossièretés. Jusqu'au jour où il tomba en arrêt à la Maison de la Presse de son quartier devant une publication à scandale. Là, sous ses yeux on décrivait les turpitudes du plus odieux des serials killers.

 

                                                                                              A suivre…

 

"Accident ferroviaire" (détail)

"Accident ferroviaire" (détail)

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