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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 13:13
"Pays de Cocagne" - huile sur toile - 50 x 61 cm - 1991

"Pays de Cocagne" - huile sur toile - 50 x 61 cm - 1991

Le faisceau de His

Son utilité, ses aléas

 

 

            Je coulais des jours paisibles en Bourgogne. Mais le destin toujours vigilant ne l'entendait pas de cette oreille. J'avais besoin d'être stimulé et il allait faire le nécessaire. Pas de ramollissement ! On resserre les boulons !  Dans ce cas les aléas de santé sont très efficaces. J'ai donc eu l'obligation de réintégrer la région parisienne pour aller subir des examens cardiaques. Cela va m'amener à vous parler du faisceau de His. Totalement inconnu de moi jusqu'à ce jour mais faisant dûment partie de mon équipement biologique et du votre, soyez-en certain, il a pour mission de régler les impulsions électriques du cœur. C'est lui qui nous maintient en vie en faisant de son mieux. Comme tout dispositif organique il a parfois des défaillances. Il lui arrive même de faire preuve d'un manque de sérieux regrettable.

            J'avais donc quelques petits problèmes en plus des extra systoles qui meublent mon quotidien depuis bien longtemps et que l'on traite avec des cachets et des gélules. Ces fantaisies bien que créatives peuvent être jugées peu souhaitables aux yeux d'une personne aussi consciencieuse que la cardiologue qui me suit. Elle m'avait donc conseillé gentiment mais fermement de me soumettre à examen.

            C'est ainsi que par cette belle journée je me suis engagé sur la nationale 6 pour rejoindre l'autoroute. J'ai dit nationale 6 ? Excusez ma négligence. Elle n'existe plus depuis que des directives administratives l'ont transformée en départementale. Pourquoi ? Pour des raisons budgétaires sans doute en ces temps de crise où l'autorité se défile pour faire des économies.

            Ainsi cette voie qui démarrait à Paris et se transformait ensuite en nationale 7 pour atteindre les rivages de rêve de la grande bleue s'est-elle banalisée. Ah ! Il est loin le temps où Charles Trenet le fou chantant chantait joyeusement cette route enchantée qui « Fait d'Paris un p'tit faubourg de Valence et la banlieue d'Saint Paul de Vence ! ». Nostalgie...Nostalgie…

            A ce niveau bourguignon et avant la Puisaye cette ancienne nationale un peu buissonnière remonte vers la capitale en serpentant le long de la Cure qui alimente l'Yonne qui se jette dans la Seine  avant d'aller se perdre dans l'océan avant de dériver vers la lointaine Amérique. La route est assez sinueuse et traverse des contrées verdoyantes et doucement vallonnées. De petits villages anciens et des lieux-dits bordent le parcours. Et c'est une excellente occasion de respecter le code de la route qui nous enjoint de ne pas dépasser les 50 km à l'heure. Tout cela pour le bien des populations riveraines, des enfants des écoles et l'allongement de la durée de vie vagabonde des chiens et des chats.

            C'est donc paisiblement que je traversai les petites agglomérations. Voutenay, Arcy sur Cure, Vermenton, Cravant Bazarnes. Tous ces lieux dont mon frère aîné connaissait la succession exacte à un âge fort tendre, suscitant l'admiration de la famille (Mais où va-t-il chercher tout ça?). C'est que le futur instituteur s'entraînait déjà à classer et répertorier avant de devenir un fanatique de l'identification des automobiles et des autocars d'après leurs plaques minéralogiques. D'un seul coup d’œil il identifiait le véhicule le plus furtif ou le plus véloce, celui qui vous dépasse en sommet de côte, dans un virage  sans visibilité et dans la plus parfaite illégalité. Je me demande pourquoi il n'est pas devenu gendarme, mais les voies du destin sont impénétrables. Il aurait pu aussi se faire des revenus subsidiaires en participant avec brio à des jeux radiophoniques . Hélas une grande timidité et une modestie bien naturelle lui interdisaient toute velléité d'étaler en public ses capacités. A moins que ce ne fut une peur panique de ne pas se montrer à la hauteur…

 

                                                    à suivre...pour atteindre le faisceau de His

 

                                        

"Pays de Cocagne" - détail

"Pays de Cocagne" - détail

"Pays de Cocagne" - détail

"Pays de Cocagne" - détail

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 07:21
 Détail de "Jour de gloire" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1992

Détail de "Jour de gloire" - huile sur toile - 60 x 73 cm - 1992

Waterloo morne plaine

 

               Nous voici donc au 200 ème anniversaire d'une bataille qui a retourné l'histoire comme une crêpe. Après l'ascension fulgurante de l'empereur viennent les déboires. La machine s'écroule, le génie est rattrapé par ses limites et de mesquines contingences vont avoir le dernier mot. Mais rien ne saurait venir à bout de la naïve candeur du mythe. C'est qu'on a besoin de rêver. Puérils et touchants des volontaires nombreux sont prêts à rejouer l'histoire. Méticuleusement documentés ces rêveurs rétroactifs vont pouvoir incarner leur jeu de rôle sur le terrain, en 3 D et avec la bénédiction mercantile des grands médias sous couvert de l'imprescriptible droit à l'information et aux émotions enfantines de la télé réalité.

               Tout y sera. Les uniformes, les armes, les reconstitutions de mouvements de foule et pour superviser le tout l'Empereur en personne, avocat dans la vie ordinaire, plein d'autorité débonnaire et un peu enveloppé comme il se doit. Voilà où nous en sommes. Voilà comment on nous informe.

               Par soucis d'équité on donne la parole aux à ceux qui sont pour et à ceux qui sont contre. On interroge des historiens qui nous en apprennent de belles. Turlupiné par ses hémorroïdes l'Empereur ne saurait caracoler à son aise. Trahi par son fondement il doit faire avec. Peut-être aussi son merveilleux ordinateur cérébral qui jusque-là dominait la situation et survolait le champ de bataille commence-t-il  à avouer ses limites et à renâcler des neurones. C'est bien connu, le computer le plus performant est à la merci des virus que des sournois lui introduisent frauduleusement. Ainsi de petits grains de sables s'immiscent  et finissent par former des dunes où la vaillance la plus virile finit par pédaler dans la semoule.

               Pourtant l'artillerie du héros était redoutable, la meilleure de son époque et la plus meurtrière. Mais l'ennemi ne jouait pas franc jeu. Au lieu de se présenter en ligne pour se faire massacrer, comme on faisait entre gens bien élevés, voilà qu'il s'était planqué derrière un repli du terrain, pourtant négligeable dans cette morne plaine. Technique d'évitement digne de lâches qui n'assument pas leur rôle de faire-valoir et veulent bêtement gagner à tout prix. Par des subterfuges et sans noblesse véritable, ne reconnaissant pas le génie, ils l'ont humilié en faisant feu de tout bois. Ils ont vaincu mais petitement.

               L'Empereur a donc failli. Le surhomme s'est fait avoir. Le destin avec ses moyens discutables ne l'a pas épargné. L'a pas eu de chance. Et c'est pas juste ! Mais qu'importe la légende continue de fasciner et Napoléon reste grand dans la défaite. Le mythe perdure et l'éclat posthume de l'enfant prodigue de la gloire continue de nous réchauffer l'âme. Cependant Je n'ai qu'un regret, mais il est de taille. Pourquoi a-t-il fallu que Léon Zitrone ne soit plus de ce monde. Lui au moins aurait su commémorer cet événement sublime avec tout son poids  et toute sa ferveur. Lui au moins aurait su faire exploser l'audimat et nous procurer de délicieux frissons dont nous aurions conservé un souvenir attendri et rayonnant. Mais le monde n'est pas si bien fait et d'ailleurs on le sait bien ce sont toujours les meilleurs qui partent les premier ne nous laissant qu'avec le tout-venant

 

                                                                     La Brosse Conge le 22 juin 2015

                                                                     Copyright Christian Lepère      

 

 

         

 

                     

Détail de "Jour de gloire"

Détail de "Jour de gloire"

Demain sera un autre jour

en attendant

portez

vous

bien

!

!

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 06:48
"La vraie vie est ailleurs" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1991

"La vraie vie est ailleurs" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1991

Les beaux jours

 

         Par ce beau jour de juin mon âme était en peine et mon cœur en déshérence. Non qu'il y eut quelque raison pratique à cela. En fait tout allait pour le mieux. Les finances étaient prospères et mon assiette était garnie, pleine de bonnes choses choisies avec soin au super marché voisin.

             Sur le plan humain les voisins étaient agréables, discrets et prêts à coopérer si on leur en offrait l'occasion. Par ailleurs ils n'avaient ni passions équivoques ni exigences déraisonnables. Une cohabitation de bon aloi était donc envisageable.

             Même le temps y mettait du sien. Beau et ensoleillé mais sans excès. Un petit vent nord-est venait revigorer ce qui aurait pu devenir étouffant. La terre n'était pas sèche. La végétation pouvait croître tout à son aise et les pissenlits ne s'en privaient pas.

             Tout cela était bel et bon et nulle personne sensée n'aurait pu souhaiter que les choses fussent différentes. Mais, allez donc savoir pourquoi, mon âme était en peine et mon cœur se languissait en vain. Comme si tout ce qui était offert, bien que très estimable, s’avouait tout à fait insuffisant.

             Derrière et par-delà autre chose se laissait espérer. Toute distraction paraissait vaine. Par exemple la musique, même la plus suave ou la plus gravement déjantée, hard-rock ou nostalgique balade irlandaise à la Lennon. Également La littérature, même la plus riche en subtilités et péripéties pour polar frénétique. Quant à la télé avec ses mièvreries racoleuses et sa violence démagogique cernée de publicités ineptes pour consommateurs infantiles et fiers de l'être, toute cette sauce culturelle d'un modernisme immédiat révélait sa vacuité, avouait son indigence.

             Donc pas d'échappatoire. Pas d'issue de secours. Et pourtant ! Il y a de ces moments où l'on sent bien que rien ne pourrait suffire. Que par-delà les collines il y a d'autres collines et d'autres espaces et de mystérieux lointains. Le monde ne s'arrête pas après le hameau, ni même au-delà du pont. Il va plus loin...Plus loin...Bien plus loin encore...Et malgré tout il est si proche, si mitoyen qu'on se demande pourquoi y aller voir pour se retrouver soi-même. Comme si l'on s'était perdu de vue.

 

                                                  La Brosse Conge le 10 juin 2015

                                                                        Copyright Christian Lepère

"La vraie vie est ailleurs" - détail

"La vraie vie est ailleurs" - détail

Prene bie soin  de  vous

en attendant!

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 08:05
"Le temps qu'il fait" - huile sur toile - détail - 1993

"Le temps qu'il fait" - huile sur toile - détail - 1993

LES MERVEILLEUX NUAGES

 

     Après les temps maussades et incertains, voici que gorgée d’eau la végétation s’épanouit à nouveau. Sur la route qui serpente entre vals et vallons conduisant à Vézelay tout rayonne, tout vibre calmement. La nature paisible exulte. De grands nuages passent nonchalamment. Escaladant les hauteurs prodigieuses de leurs masses arrondies, les poussant et les étirant, le vent façonne des formes barbares, si douces ou si heurtées, passant de l’ineffable au brutal, crevées de déchirures. La lumière les transperce avant d’exploser en scintillant sur leurs crêtes échevelées. Mais pour eux peu importe, ils passent dans leur splendide indifférence, moutonnants et paisibles, abandonnés au fil du temps qui passe. « Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité… » . Mais pourquoi l’avait-on perdue ? La question se pose.

     Un peu plus- bas les affaires des hommes suivent leur cours. Indifférent à la merveille d’être sous un ciel glorieux, Le touriste s’affaire ou trainaille. Chacun vaque à ses obligations. Pour beaucoup celles-ci se résument en ce moment à venir visiter les lieux. Trois étoiles sur le guide Michelin méritent certainement un détour. Et puis on mange bien par ici et les vins y sont pleins d’esprit. Du moins on l’assure pour pouvoir rigoler à son aise, sans avoir honte, entre copains. La Bourgogne est une terre d’accueil où on sait vivre, cré vingt dieux !

 

                                                  Sermizelles  le 18 aout 1994

                                                  Copyright Christian Lepère

"Le temps qu'il fait" - détail

"Le temps qu'il fait" - détail

Affaire à suivre...

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 06:56
"Dies irae" - huile sur toile - détail - 2003

"Dies irae" - huile sur toile - détail - 2003

Haute sécurité

 

           Un peu las, j'ouvre la télé pour avoir des nouvelles du vaste monde. Comme à son habitude il n'arrête pas de se convulser. Partout ce ne sont qu'affrontements violents et fanatiques. Des armes légères aux matériels de destruction massive les plus performants et imparables tout est employé pour compléter les moyens humains biologiques. Ceux-ci sont notoirement insuffisants pour assouvir les passions.

           Las de s'arracher les cheveux et de se griffer avec leurs ongles tels des donzelles jalouses défigurant leur meilleure amie au prétexte qu'elle a séduit le copain de la copine qui ne lui avait pourtant voulu que du bien, les fanatiques de tous les camps s'arment de leurs prothèses guerrières favorites.

           Après le cran d'arrêt puis la baïonnette qui vous éventre prestement et avec élégance si on la manie avec conviction, on est passé aux armes à feu. Avec l'avantage du tir tendu instantané et la précision du viseur. D'abord on peut lorgner de loin et gagner en ouverture panoramique et puis on peut se planquer derrière les poubelles. Ou bien au milieu des décombres où l'on espère toujours être à l'abri de stupides représailles. C'est un grand jeu de cache-cache et de pas vu pas pris. Mais le coup par coup est bien désuet, le tir par rafales vous a une autre efficacité. On peut enfin nettoyer les lieux plus vastes où des foules se rassemblent pour protester. On peut faire des tirs de barrage. On peut même avec une bande de copains cerner de plus vastes populations et prendre ses aises pour les terroriser. Merci à monsieur Kalachnikov qui a démocratisé le tir par rafales. Mais le progrès ne cesse d'améliorer les moyens d'intervention. Maintenant toutes les armes peuvent être embarquées et à partir d'un hélicoptère suréquipé on a l'avantage de surplomber la situation et les pires irréductibles. Évidemment on est aussi plus visible et bêtement privé d'abris. On se surprendrait à regretter le bon vieux temps des pont-levis et des remparts. C'est qu'alors on pouvait jeter de l'huile bouillante et du plomb fondu sur des assaillants exaltés gesticulant en haut de leurs échelles d'assaut et les bouter prestement au fond des douves. Au moins ils pouvaient s'y rafraîchir avant de  périr noyés. A moins que la sainte Vierge ne les ai pris en pitié. Pêcheur repenti est déjà pardonné ! Il pourra derechef repartir à l'assaut pour faire triompher sa juste cause !

           Mais nous n'en sommes plus là. Les forces aériennes, rapides et furtives lancées en rase-motte peuvent répandre du napalm et nettoyer toute la vermine sur d'assez grandes superficies. Leur efficacité est comparable à celle de modernes exploitants agricoles arrosant largement d'insecticide les étendues qu'ils ont mission de faire fructifier. Pour ce faire ils ont d'abord à supprimer tout ce qui vole, rampe ou nage et ne songe qu'à se goinfrer des graines, puis des jeunes pousses, puis des récoltes. Donc, place nette. Ensuite les bonnes plantes pourront s'épanouir sans entrave. Hélas ! Rien n'est parfait. D'autres prédateurs vont apparaître. Tout ce qui est radical ne saurait être définitif. Car la nature est inlassable et pleine de ressources. Les biologistes l'ont bien noté et s'en inquiètent. Après usage de tout antibiotique des mutations nombreuses et aléatoires vont faire apparaître bien vite de nouvelles souches de germes qui ont su faire la nique à ceux qui voulaient leur faire des misères !

           Il me semble d'ailleurs qu'on en est au même point avec les virus informatiques. Les anti-virus ont encore un bel avenir devant eux. D'ailleurs comme dans n'importe quelle guerre il y a des camps qui s'opposent honnêtement, je veux dire de manière frontale. Mais en sous-main fourmille tout le reste. Les services d'espionnage, de contre-espionnage, les bureaux secrets d'infiltration, les pros, les para, les anti-contres, les parallèles bien qu'affiliés. Et tout cela pour d'insidieuses et obscures raisons. N'oublions pas les trahisons et les retournements de veste.

           On peut donc supposer que les spécialistes les plus pointus dans la lutte anti-virus, capable de vous concocter sur demande de nouveaux espions informatiques particulièrement retors ne vont pas s'arrêter là. Et leurs adversaires non plus. D'ailleurs la nature humaine étant ce qu'elle est, si les grands bandits font les meilleurs policiers parce qu'au moins ils savent de quoi il retourne, les experts aussi peuvent changer de camp, voire jouer dans les deux simultanément !

           Tout cela est certainement très lucratif. Mais tant que l'on voudra préserver ce qui nous tient à cœur il faudra négocier. Mais au fait, qu'est-ce qui nous tient à cœur ?  Ce qui nous intéresse ? Ce qui nous motive ? Ce qui nous tient lieu de moteur ? A chacun de répondre. Et c'est à partir de cette évidence tout à fait personnelle et sans doute incompréhensible pour d'autres que nous allons nous opposer à ceux qui ont l'idée saugrenue de ne pas être d'accord. Et qui ont tort évidemment.

           Dans ces conditions il est certain que la guerre de Troie aura bien lieu. Comme nous l'a si bien expliqué Jean Giraudoux dans sa pièce célèbre et tristement prémonitoire de la seconde guerre mondiale. Elle aura lieu envers et contre toute  hésitation parce que tout y conduit et que tout ce qui s'y oppose est purement velléitaire. L'enfer est pavé de bonnes intentions ! Mais elles sont sous le contrôle des autres...

           Mais je vous semble peut-être un peu pessimiste. Allons ne nous inquiétons pas trop. Mai se termine. L'été va déployer ses fastes. Et avec tout cela nous regarderons peut-être un peu moins la télé et un peu plus les fleurs des champs.

 

                                                               la Brosse Conge le 27 mai 2015

                                                               Copyright Christian Lepère

"Dies irae" - détail

"Dies irae" - détail

"Dies irae" - détail

"Dies irae" - détail

Dormez en paix braves gens!

Tout est sous contrôle!

Et les méchants

seront punis.

Youpi!

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 07:11
"Le petit train" - huile sur toile - largeur 51 cm - 2006

"Le petit train" - huile sur toile - largeur 51 cm - 2006

Le petit train sifflette

 

Un train sifflette le cœur en fête

crapahutait au long des voies.

C'était un train qui mine de rien

suivait sans fin les aléas

de son destin.

 

C'était un petit train branlant

tout cahotant et tressautant

qui sans y voir ni mal ni bien

      suivait ses rails avec entrain

ne sachant pas improviser

ni changer la suite à venir.

 

 

         Bien sûr de temps à autre la voie se faisait plus raide ou un peu moins large, toute encombrée qu'elle était par les multiples débris qui souillaient son parcours. C'est qu'une voie a bien des problèmes. D'abord elle a été conçue. Son parcours a été décidé  soit par un ingénieur des Ponts et Chaussées, soit par son commis, soit même et par soucis d'économie par le recours à l'animal. Âne ou mulet dans les cas où le projet d'intérêt très local n'avait pu être financé au-delà des possibilités communales voire intercommunales  dans le cadre d'une coopération.

         La voie semblait donc un peu capricieuse. C'est qu'elle n'allait pas automatiquement au plus court quand celui-ci aurait exigé des solutions techniques fort onéreuses. Des ponts pour franchir des ravins, des tunnels pour se faufiler sous la roche, des tranchées pour passer à tout prix à ciel ouvert comme au bon vieux temps du far-West. Et puis la voie se devait d'être à peu près plate, un petit train sans crémaillère ne sachant se hisser sur des rails dangereusement lisses au-delà d'une modeste pente.

 

 

Le train sifflette allait donc là

où le vent le poussait sans fin.

Il cheminait et sans s'en faire

Salué par la garde-barrière.

 

Fort délurée cette dernière

agitait sa main potelée

et le petit train suranné

un peu ému passait tout fier.

 

Sûr de son fait, de sa coutume

il n'innovait ni ne changeait.

Jamais ne se serait permis

de ne pas suivre son circuit.

 

C'était un petit train sifflette

et depuis des éternités

il allait le cœur en goguette

au fond des bois et des sentiers.

 

 

         Mais la pente se fait plus rude et des éboulis menacent l'intégrité du parcours. Partout ce ne sont que ronces qui se propagent et que folles orties parsemées de scabieuses. La menthe répand son doux parfum et parfois une fraise des bois pousse son petit cri rouge entre de grosses touffes d'herbes folles.

         Mais le petit train n'en a cure. Il connaît son devoir, il sait qu'il doit aller. Sans impatience, avec détermination. Certains diraient qu'il est casanier ! C'est un point de vue défendable mais qui porte un jugement péremptoire. Alors…

 

 

Laissons-le à ses habitudes.

Ne le forçons à ralentir

en nous mêlant d'intervenir

avec toute notre inaptitude.

 

 

Si des enfants à bicyclette

s'en vont en longeant son chemin

et en lui faisant des risettes

il sourit et leur veut du bien.

 

 

C'était donc et depuis longtemps

un petit train tout patachon

qui sentait bon le liseron

la noisette et les fleurs des champs.

 

 

         Je n'en dirai pas plus sur ces parcours sans cesse renouvelés. Je n'en dirai pas moins non plus car l'histoire est indéfinie et que sans arrêt elle redémarre à chaque halte, au détour de chaque coteau en suivant les contours sinueux de la vallée. De ressaut en rebond, d'arrêt en prudent redémarrage notre petit train crache les résidus de ses noirs poumons. Il n'est pas très écologique. Mais que voulez-vous c'est de son âge ou, pour le moins, de la génération de ses concepteurs qui n'y voyaient malice. A une époque où la pollution artisanale savait rester bon enfant. A moins qu'elle ne vous prît à la gorge au beau milieu d'un tunnel…

         Mais là c'était pas de chance et personne n'aurait pu supposer que soixante ans plus tard il put y avoir des suites d'une gravité fort ennuyeuse pour toute personne soi-disant élevée au grand air des Cévennes. A moins que ce ne soit dans une autre partie hexagonale de notre France profonde.

 

 

                                                              Le Chesnay le 26 avril 2015

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

"Le petit train" - détail

"Le petit train" - détail

"Le petit train - détail

"Le petit train - détail

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 07:12
"Le torturé du bocal" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

"Le torturé du bocal" - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

Petit Pablo a grandi

 

            Petit Pablo a bien grandi. Il a pris du poil de la bête. Le voilà maintenant bien à l'aise et sûr de son fait. Fièrement campé sur des mollets fermes et galbés il peut nous regarder de haut de son œil rond et inquisiteur. Il est content et très imbu. C'est qu'il n'a pas à se gêner. Tout semble lui réussir. Après avoir mis à sa botte les autres dissidents le voilà qui arrive à snober les spécialistes les plus pointus. Et dans tous les domaines s'il vous plaît ! Du scientifique au littéraire, des saltimbanques intermittents du spectacle aux chercheurs de pointe en astrophysique, biologie moléculaire  aussi bien que sciences cognitives ou comportementales, nul domaine ne lui échappe !

            Semblable à un enfant gâté il n'a de cesse de vouloir repousser les limites de sa toute-puissance pataude. Et ça marche ! Par quel mystère ? Par quel subterfuge ? Par quelle stratégie de contournement et de séduction ?

            En fait c'est assez simple. Il l'a d'ailleurs avoué lui-même. Je ne sais plus à quelle occasion il a déclaré qu'il avait cru que les femmes, les siennes sans doute, s'intéressaient à ses œuvres alors qu'elles ne s'intéressaient qu'à la célébrité de ses œuvres.                                                                                                                               Voilà ! Tout est dit ! La nature humaine est ainsi faite qu'elle a besoin de s’extasier sur l'exceptionnel, sur ce qui outrepasse la norme. Or, dans bien des domaines c'est dur de discriminer par soi-même. De se faire une opinion sans référence extérieure. Qui est capable d'apprécier vraiment, en son âme et conscience ce qui le dépasse ? Alors on fait profil bas. On fait confiance au consensus. On se persuade que si un homme ou un sujet a focalisé l'attention c'est qu'il le mérite. Et c'est sans doute un peu vrai. Mais pas tant que ça...L'attrait de la nouveauté, le scandale aguichant, la révélation sulfureuse sur des sujets qui fâchent voilà de quoi susciter l'intérêt et d'attiser les passions. Et c'est bien là que Pablo était comme un poisson dans l'eau, celle de son bocal bien entendu.

            Donc il est devenu célèbre. Mais c'est bien gentil tout ça et les exemples  ne manquent pas de créatures de rêve parvenues au sommet de la gloire des hit-parades en se trémoussant avec entrain sur quelque rythme afro-cubain avant de disparaître sans un remous. Sans même la moindre bulle.

            Or Pablo a tenu. Même, il a persisté et s'est maintenu jusqu'à un âge avancé sans faiblir. D'ailleurs on lui en savait gré. N'était-il pas la preuve d'une éternelle jeunesse, d'une innocence perverse qui fait la nique aux outrages du temps ? Dans le fond il était la preuve que l'égocentrisme sans complexe peut conserver celui qui ne s'inquiète pas trop pour les autres et n'est pas rongé par une mauvaise conscience un peu masochiste. Serait-ce une forme de sagesse ? Peut-être, mais au ras des pâquerettes. Au niveau du ruminant qui ignore tout des complexités du monde. Donc Pablo a tenu. Il en a profité et sa notoriété n'a fait que croître, comme ces plantes aquatiques dont la surface double chaque jour à la surface de l'étang. L'ennui est que l'étang n'est pas illimité et que la surface occupée ne peut plus l'être par d'autres. C'est très peu démocratique et surtout pas du tout écologique.

            Napoléon, pourtant couvert de gloire et réputé invincible a vu le vent tourner. Sa fin de vie a été tristounette même si des grognards invalides versaient encore une larme au souvenir de l'oreille qu'il leur avait tiré en signe d'affection.

            Pour Pablo en revanche le déclin n'est pas survenu de son vivant, ni même après et à ce jour l'admiration indiscutable et massive pour son génie n'est pas encore retombée. Pourtant cela finira bien par arriver. Mais actuellement le mythe perdure et malheur à qui oserait le remettre en cause. Je vais donc m'arrêter là avant de prononcer des propos de lèse-majesté qu'aucun esprit cultivé ne saurait me pardonner.

            Pour vivre heureux vivons planqué.

 

                                                                   Le Chesnay le 13 mai 2015

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

"Le torturé du bocal" - progression

"Le torturé du bocal" - progression

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 07:46
"Petit Pablo, bobo..." - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

"Petit Pablo, bobo..." - huile sur panneau - 46 x 38 cm - 2015

Petit Pablo,bobo…

 

     Mais qu'est-ce qui m'a pris d'en vouloir à ce malheureux bambin ? Après tout il ne faisait que vivre selon sa nature et c'était bien son droit. Si celle-ci l'avait fait ogre,  c'est que le rôle était sans doute disponible. Mais qu'est-ce qu'un ogre ? Un prédateur ! Et de l'espèce la plus funeste. Un qui ne peut vivre qu'en traquant et dévorant ses proies. Dans quel but ? Tout naturel et commun à tout ce qui vit. En faire sa propre substance avant d'excréter les déchets. Car l'ogre fait caca. C'est son  truc, c'est sa vocation ! Jusque là tout va bien. Mais il y a chez certains un côté systématique qui peut inquiéter. Ce sont des caricatures, j'allais dire des archétypes.

         Donc Pablo sous couvert de créativité dévergondée s'est beaucoup emparé de tout ce qui lui tombait sous la patte, avant de le faire passer pour sien après l'avoir  passé à la moulinette. Sans doute disposait-il d'un certain charisme ou tout au moins d'un pouvoir d'impressionner même des esprits distingués. Se rendre utile, voire incontournable faisait aussi partie de ses talents. Et comme il fréquentait tout ce qui remet en question les us et coutumes il lui devenait possible de se faire prendre pour un courageux révolutionnaire.

         L'époque était à ce genre d'affirmation. Sur les ruines fumantes d'un vieux monde ravagé par la Grande Guerre, il était plus aisé de devenir génial en faisant irruption dans le jeu de quille. Quitte à y faire n'importe quoi. L'essentiel était que ça se remarque.

         Laissons ensuite les doctes et les intellectuels se livrer à de savantes analyses pour comprendre le pourquoi du comment et y détecter des intentions très louables et pour le moins novatrices. Le fin du fin est que l'ogre, dévorant ses victimes a simultanément réussi à faire croire qu'il leur rendait hommage. De là à assurer qu'il était un grand classique plein d'admiration pour ses illustres prédécesseurs il n'y avait qu'un petit pas qu'il n'a jamais hésité à suggérer de faire.

         Mais après tout que peut-on lui reprocher ? Il a fait ce que sa nature lui imposait de faire. Mais on peut quand même avoir quelques regrets. D'abord parce que tout jeune il n'était pas dénué d'un certain talent, mais qu'ensuite il n'en a guère fait usage. Puis qu'il s'est livré à des créations pléthoriques d'une abondance telle qu'elles en deviendraient banales. Au minimum il a donné dans le bâclé.

         Ensuite il a toujours su se raccrocher aux branches et se faire passer pour ce qu'il n'était guère, à savoir un humaniste se souciant du sort de ses semblables. Picasso communiste ? Picasso pleurant sur d'innocentes victimes ? Ou se servant de tout ce qui se présentait en le considérant comme du grain à moudre et de quoi alimenter sa légende ?

        Enfin il est mort. Mais on s'obstine à révérer en lui un grand ancêtre, un audacieux novateur. Un créatif brut de coffrage qui n'a jamais hésité à mettre les pieds dans le plat. Pourquoi pas ? Après tout on a bien le droit de chercher à se rassurer tant qu'on a besoin d'idoles et de super héros à encenser. Seulement il faut admettre que tout cela repose sur une soif d'idéal qui condamne à se réfugier sous la couette d’ un consensus mou. Un conformisme pour esprits confiants dans la reconnaissance de la foule. La foule ? D'abord celle qui a critiqué par principe avant de devenir celle qui porte aux nues sans plus se poser de questions. L’histoire du 20ème siècle nous a gâtés à cet égard. Dans ce monde à la dérive où l'on peut douter de tout il est inévitable de tenter de se rassurer avec des héros et des mythes. C'est normal, c'est humain mais ce n'est peut-être pas ce qui va nous rendre adultes. Mais après tout qui s'en soucie. La télé n'est pas en panne. Notre assiette n'est pas vide et il paraît même que l'économie reprend du poil de la bête. Profitons -en ! Car on ne sait jamais…

 

                                                                   Le Chesnay le 6 mai 2015

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

Progression de "Petit Pablo, bobo..."

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 07:51
Dessin de Jean-François Millet

Dessin de Jean-François Millet

 

Van Gogh et Millet

 

             En ce temps-là j'étais jeune et enthousiaste. Excusez moi mais il faut bien que jeunesse se passe. Plein d'énergie exubérante j'avais besoin d'idoles à vénérer. Avouez que Vincent Van Gogh était un sujet alléchant. Révolté, excessif, tenaillé par une soif d'idéal et prêt à tout remettre en cause pour défier la grisaille du monde, il incarnait à mes yeux l'âme noble et indomptable qui ose défier les lourdeurs du quotidien.

             Mais comme on sait le monde est complexe et la nature a besoin d'équilibre pour suivre son cours. Donc un excès, quel qu'il soit, doit impérativement être compensé. Toute admiration enthousiaste ne peut s'affirmer qu'en opposition à son contraire. Lorgnant vers le Bien Absolu il faut automatiquement dénoncer le Mal. D'ailleurs tous ceux qui conservent un souvenir précis de leur adolescence le savent bien.  Tout ce qui s'offre à notre appréciation doit être trié impitoyablement. Ce sera donc jugé nul ou génial. « Trop bien » ou « caca boudin ». C'était déjà notre façon de faire dans l'âge enfantin et ensuite la puberté n'a fait que radicaliser la tendance. La vision à cet âge est manichéenne et définitive, même si c'est de façon très provisoire et si les extrêmes sont interchangeables.

             Mais j'en reviens à Vincent. Génial et ivre de création il avait quand même des sources et des références. Il ne surgissait pas du néant tout armé de sa seule inspiration. Parmi ses modèles il y avait Jean-François Millet, son aîné lui-même influencé par Courbet et toute la peinture occidentale depuis la Renaissance...Millet fondateur de l'école de Barbizon, chantre des pauvres paysans et de la vie au grand air, encore tout imprégné de christianisme et de vision morale. Millet que « L'angélus » a immortalisé, jusqu'à en faire une des références paranoïaques-critiques de Salvador Dali...Mais pour le jeune que j'étais « l'angélus » faisait partie des références bien pensantes. Des images de catéchisme. A la limite des bondieuseries pour dames patronnesses. C'en était trop ! D'ailleurs cette « peinture » n'en était pas vraiment une avec son réalisme presque photographique et son absence de créativité picturale.

             C'était du moins mon opinion et il m'a fallu pas mal de temps pour la tempérer. Du temps il m'en a fallu aussi pour constater que les œuvres de Millet étaient souvent supérieures aux dérivés dont Vincent était coutumier et qui l'amenaient à reprendre le sujet et la composition pour l’accommoder selon son style. Le résultat en est souvent plus fruste, plus brutal et même un peu systématique avec cette touche  japonisante dégagée d'un réalisme plus académique. Mais enfin l'innovation était géniale, au moins pour ceux qui croient qu'il y a progrès en art et que le 20° siècle triomphant a enfin permis au génie de s'éclater hors de vaines contraintes. C'est donc Van Gogh qui est devenu célèbre.

             Fort critiqué ou même carrément négligé de son vivant Vincent semble avoir pris sa revanche. Mais en est-on bien sûr ? Certes son nom est connu et son œuvre orne toutes sortes de gadgets, du cendrier à l'album de coloriage. Mais est-ce de bon aloi ? Non, en réalité le mérite qu'on lui reconnaît implicitement est d'avoir eu de bonnes idées, de celles qui assurent la promotion des ventes ou vous font progresser au hit-parade. D'abord celle d'être fou, au sens clinique du terme, au sens où ça se soigne, tout au moins maintenant car à son époque les thérapies étaient aussi brutales qu'inefficaces. Ensuite, mais c'est une conséquence de la première, en se coupant une oreille pour des raisons anecdotiques bien peu raisonnables. Enfin en abrégeant sa vie par le suicide, valeur sûre pour laisser un souvenir post-mortem. Ainsi tout y était depuis le génie tourmenté par un besoin d'absolu religieux jusqu'aux épisodes qui font le succès des séries télévisuelles grand public.

             Va-t-on me trouver sévère ? Je reconnais quand même à Van Gogh diverses qualités. Il lui est arrivé de faire de très bonnes peintures et sa sincérité ne saurait être  mise en cause. Alors ? Alors il me semble que ses œuvres maîtresses ne sont pas forcément les meilleures et que l'admiration qu'on leur prodigue peut ressembler à du conformisme. Mais notre époque démente se soucie peu de cela, ce qu'il lui faut c'est du solide, du reconnu par la majorité, du consensuel tacite. En gros des valeurs sûres pour la Grande Distribution. Si possible Mondialisée. Et à cet égard Millet jouit d'une réputation discrète peu valorisante même si au musée d'Orsay on lui reconnaît la place qu'il mérite.

                                                                     Le Chesnay le 4 janvier 2015

                                                                    Copyright Christian Lepère                                                                

Peinture de Jean-François Millet

Peinture de Jean-François Millet

A bientôt !

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 09:04
"Jules Verne" - huile sur toile - 81 x 65 cm - 1988

"Jules Verne" - huile sur toile - 81 x 65 cm - 1988

Je m'en doutais

La logique hyper-complexe

et le simple bon sens

 

            Je m'en doutais un peu mais il arrive parfois que l'on se fasse administrer des preuves accablantes et qui vous laissent assez flottant avec le sentiment d'être manipulé.

            Voici donc le point de départ. Depuis bien longtemps je subodore que le hasard n'existe nullement. Ou, comme l'a dit je ne sais plus qui, il n'est qu'un voile pudique jeté sur notre ignorance. Fort bien, mais ce n'est après tout qu'une opinion de philosophe. Une déduction en apparence imparable mais qui pourrait également être une illusion. En tout cas un concept construit et étayé pour les besoins de la cause et réfutable comme toute élaboration intellectuelle.

            Ceci étant dit et dans la mesure où l'on ne cherche pas à se rassurer avec d'habiles élucubrations, mais au contraire à débusquer la vérité toute nue cachée  derrière nos tours de passe-passe mentaux, j'ai entrepris de vérifier.

            S’il n'y a pas de hasard, il n'y a pas non plus de libre-arbitre. Mais des enchaînements de faits d'une extrême complexité et pour lesquels la plupart des données nous seront à tout jamais inconnues. Ce qui nous fait croire à un certain flottement ou tout au moins à un manque de rigueur dans l'irrémédiabilité des enchaînements.

            Pourquoi se croit-on libre? Mais parce qu'on a le choix. Sans arrêt nous décidons que le clafoutis aux cerises sera plus délectable qu'une île flottante réalisée avec tout le savoir-faire traditionnel d'un grand chef meilleur ouvrier de France. Et si je préfère regarder des inepties à la télé plutôt que de m'émerveiller sur les paysages vertigineux de la Cordillère des Andes, c'est que je peux préférer l'un à l'autre. A moins que l'opposition passionnelle digne des Atrides entre Marine Le Pen et son papa ne retienne mon attention comme une tragédie grecque digne de Sophocle. Ou encore que le spectacle de Sarkozy ne me comble d'aise en me rappelant quelque séance de guignol qui m'avait fasciné jadis au Jardin du Luxembourg.

            Je suis donc bien libre de choisir. Mais voilà où je subodore le piège. Certes je choisis, mais est-ce librement ? Que non ! Si je préfère les huîtres de Marennes-Oléron à celles de Cancale, c'est forcément pour des raisons. Certaines gustatives, d'autres plus culturelles et n'oublions pas tout ce qu'on a pu m'en dire dans ma petite enfance, à l'époque où voir mes chers parents se délecter d'huîtres au cours du repas familial et qui plus est pendant les fêtes me remplissait d'horreur. Comment ? Des grandes personnes qui me reprochent de mettre mes doigts dans mon nez et qui m'interdisent de laper ma soupe sont en train sous mes yeux impuissants de gober et de déglutir des créatures vivantes et visqueuses mais dont le goût est paraît-il sublime de délicatesse, finement iodé et plein d'effluves marines.

            Rassurez-vous depuis je suis devenu normal et si vous m'offrez des huîtres je ne vous ferai pas l'affront  de les éliminer discrètement dans la poubelle de table. J'avoue même y trouver maintenant un certain plaisir frais et revigorant.

            Mais revenons-en au hasard. Un fait, fût-il le plus anodin et le plus insignifiant peut-il se produire sans raison ? Non ! Mille fois non ! D'ailleurs c'est tout l'édifice de la science expérimentale qui serait à remettre en cause. Bien sûr certains parlent d'indéterminisme au niveau le plus infinitésimal, reconnaissant les limites de leurs moyens d'investigation. Mais d'autres un peu plus ouverts à l'inconnu et conscients de leurs limites actuelles d'observation ont avancé l'idée toute simple des variables cachées. Et sans doute finira-t-on bien par découvrir ce qui se cache derrière l'apparition miraculeuse de particules que rien ne semble expliquer. Cela n'empêchera pas la science de finir par devoir admettre qu'elle a des limites puisqu'elle ne s'intéresse qu'à ce qui est observable, mesurable, analysable et manipulable. Donc ce qui relève du monde des apparences ou des phénomènes si vous préférez. Et c'est à ce stade que la physique peut enfin s’ouvrir sur la métaphysique.

            Donc pas de libre-arbitre. Mais c'est une croyance, totalement invérifiable me direz-vous ? D'ailleurs dans notre monde moderne personne ne l'envisage et tout un chacun estime être plus ou moins responsable de ses actes et de ses décisions. Bien sûr ! Et c'est heureux ! Le spectacle du monde déjà cauchemardesque le serait encore plus si l'on se prenait pour un pantin totalement manipulé

            Or, c'est là que se situe le nœud de l'affaire. La nature nous a conçus en tant qu'êtres humains. Or, c'est bien connu l'enfant même doté de capacités virtuelles pleines d’espoir  naît prématuré. Il a à se construire avec l'aide de ses parents. Et cette construction  ne peut se dérouler que s’il se croit libre de bien ou de mal faire. Selon les critères de son monde bien entendu. Ceux-ci seront d'une grande diversité et souvent contradictoires.

Des références catholiques, protestantes, orthodoxes, bouddhistes zen ou musulmanes Sunnites s'opposeront. Mais chaque système aura sa logique et sa cohérence. Et à ce stade c'est mieux que rien. Car la croyance au libre arbitre est essentielle pour l'élaboration d'une personnalité  harmonieuse. D’ailleurs la philosophie bouddhiste la plus extrême n’a jamais dit qu’il fallait empêcher l’enfant de se construire un égo. C’est une nécessité naturelle qui existe déjà au niveau animal. Toute « entité » biologique ne peut se maintenir qu’en s’affirmant entourée qu’elle est par un extérieur qui ne lui veut pas forcément du bien. A ce niveau c’est la lutte pour la vie. Or, l’homme est un animal…capable de transcendance. Mais c’est d’abord un animal.

            Mais je parlais de vérification. Car après tout une théorie n’est qu’une hypothèse ce dont sont convaincus les scientifiques les plus rationalistes. Tant qu’on n’a pas confronté l’idée à la pesanteur du réel, du concret et de l’observable on nourrit ses propres rêves.

            Il y a peu j’ai été victime d’un malaise vagal. Pour des raisons obscures mais très suffisantes je me suis retrouvé par terre entouré de pompiers, alors que le venais de faire l’emplette d’un parapluie au Centre Commercial de Parly 2. On m’emmène aux urgences puis on suture habilement deux entailles au cuir chevelu avec des agrafes. Me sentant bien je souhaite retourner chez moi. Mais c’est ne pas tenir compte de la rigueur responsable des services de santé. Apprenant que je prends un traitement pour arythmie cardiaque on décide de  supprimer mon traitement journalier pendant au moins 48 heures. Après on verra si le traitement est bien adapté et si une autre cause plus pernicieuse n’est pas à l’origine du malaise.

            Je suis ressorti au bout de 4 jours en me voyant signifier de reprendre mon traitement habituel. Tout allait pour le mieux mais ce petit intermède n’était pas prévu dans mon planning. J’étais très ennuyé. D’abord parce que j’étais censé porter mes œuvres à la Fondation Taylor qui accueille le « Musée de l’Imaginaire » dont j’ai été un élément permanent pendant 18 ans. Or le jour dit j’étais encore en attente d’être libéré. Le lendemain je peux enfin faire le nécessaire. Il était temps, le vernissage étant le surlendemain. Donc je suis retombé sur mes pieds et j’ai pu retrouver mes amis artistes et accueillir mes invités personnels sans problème. Fin de l’épisode. Mais rien n’est simple. Voici que je me réveille la nuit complètement trempé, bon à tordre. Je connais ce genre d’aléas. Ce peut être le début d’une grippe. Mais mon mal de gorge ressemble beaucoup plus à une allergie à  des pollens peut-être aggravée par la pollution qui plombe la région parisienne.

            Au lieu de se dissiper rapidement tout cela va durer de jour en jour et de façon de moins en moins conventionnelle. Des légères poussées de fièvre se succèdent me réveillant complètement moite au cœur de la nuit, mais ça ne coupe en rien mon appétit qui me permet de me sustenter sans risquer l’affaiblissement…J’ai aussi des douleurs assez violentes dans les mollets totalement inexpliquées et surtout je passe une bonne partie de mes journées à dormir sans nuire à mon cycle diurne. Tout cela peut paraître assez anodin et l’est très certainement. Mais pose question. C’est surtout la preuve que mon organisme réagit, s’adapte, prend des mesures sans rien me demander. Je suis face à ma réalité biologique exactement dans le même état que devant mon ordinateur Windows 8. Très subtil et très perfectionné il n’est cependant pas toujours très fiable. Le nombre toujours plus impressionnant de fonctions   provoque très souvent des interférences entre les logiciels qui par eux-mêmes ne font pas toujours preuve d’une rigueur exemplaire. Le courant passe ou ne passe pas, sauf que parfois il passe quand il ne devrait pas ou s’abstient pour des raisons de lui-seul connues.

            Voilà, je vous ai tout dit ou presque. Vous ai-je dit la vérité ? Toute la vérité ?, Rien que la vérité ? A vous de voir et surtout en ce qui vous concerne. Mais à cela nulle obligation. Ca fait bien longtemps que le monde tourne, que les philosophies s’opposent et que de braves gens animés de louables intentions cherchent à convaincre les autres de la justesse de leurs vues ; D’abord avec un discours, des arguments, des preuves irréfutables. Puis avec leur kalachnikov quand l’opposant refuse d’entendre raison ce qui décidément n’est pas du tout raisonnable. 

            J’arrêterai donc là et de la façon la plus provisoirement définitive. A moins qu’une autre idée ne surgisse de mes neurones enfiévrés. Auquel cas je vous en ferai part. A moins que ce ne soit à vous de me suggérer quelque piste inédite qui m’aurait échappée.

 

                                                                              Le Chesnay le 16 avril 2015

                                                                              Copyright Christian Lepère 

"Jules Verne" - détail

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