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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 13:29

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                                                                                         "Le cercle des élus" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

VISITES NIPPONES

 

                 De longs nuages s'effilochaient. De dérive en partance ils glissaient lentement vers l'est, planant  au dessus de la basilique, long vaisseau de pierre figé aux marges de la contrée. Paisible. Inaltérable. Ne faisant que passer ils n'avaient cure de nos émois et sans hâte ils dérivaient vers le couchant, nonchalamment, sans intention. Paix à nos âmes. Requiem pour nos illusions.

                 Faut-il que l'on soit opaque et dense et têtu. Mais nos caboches, nos boîtes crâniennes sont dures et notre entendement si plat que rien ne peut sourdre des profondeurs, ne peut envahir notre quotidien. Ennui et platitude. Faut-il être épais et balourd et pesant. Pourtant on le sent bien tout au-dedans de nous qu'il y a un ailleurs, un ultime confins à dépasser, un chant à laisser s'épanouir. Mais nous ne sommes pas au monde, simplement en visite comme ces touristes aux yeux bridés qui photographient la tour Eiffel ou l'arc de Triomphe sans quitter leur Pullman. De leur siège inclinable, dans une ambiance climatisée parfumée au menthol.

                 Ils ont payé pour ça, ils en auront pour leur argent. Allez-y les gars! Shootez! De retour au Japon vous pourrez certifier que votre épouse "Rosée du Matin" a bien été à Paris, au pied de la Dame de Fer ou aux abords du Sacré-Cœur et que vous en avez gardé le souvenir ému et préservé à jamais dans votre disque dur. Mais n'oubliez pas! Demain matin visite à Versailles! Et sous le regard hautain du Roi Soleil qui vous accueillera sur la place d'Armes, il serait dommage d'avoir épuisé tous vos pixels, d'avoir saturé votre carte graphique ou oublié de recharger votre batterie au lithium pendant la nuit.

                 Car vous venez de loin et ce n'est pas demain la veille que vous pourrez vous offrir à nouveau ce périple prestigieux. La crise sera mondiale ou ne sera pas…Bien sûr il vous restera le Fuji-Yama et les délices des traditions immémoriales. Mais vous êtes de votre temps, résolument contemporains et sans avoir vu  Machu Pichu au coucher du Soleil ou vous être saoulé de samba au carnaval de Rio vous n'êtes que de pauvres périphériques. Comme nous. Sans véritable ouverture au monde et à ses multiples facettes interactives.

                 Pendant ce temps sous le ciel bourguignon de long nuages effilochés glissent vers l'est, vers le soleil levant. Sans hâte. Peut-être qu'avec un peu de chance ils survoleront aussi l'archipel nippon, avec ses centrales nucléaires démantelées, ses tsunamis entièrement naturels et les vastes perspectives de la reconstruction d'un monde nouveau.

 

                                                                      Sermizelles le 6 mai 2011

                                                                   Copyright Christian Lepère


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                                            "Le progrès " - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 18:57

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                                                                                                                 "Caravanes" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

LE DOUX REVEUR

 

                 Mais quelle histoire de fous ! Moi qui croyais être raisonnable en suivant ce sage conseil : « Connais-toi toi-même… » et qui dans ma candeur me voyais déjà explorer et régenter toutes ces terres inconnues.

                 Pourtant au premier abord cela paraissait plutôt simple. Observer sans préjugés, réunir les données, prendre des photos puis ordonner, classer, répertorier ces intéressantes découvertes. Mais le sujet s’est vite révélé plus touffu et plus inextricable que prévu. Plus complexe également. Je pensais explorer un pavillon de banlieue et j’étais en train de m’égarer dans un vaste château du style de Chambord avec son escalier à double vis ou Fontainebleau et ses siècles de splendeur.

                 En réalité j’habitais depuis toujours dans la loge du concierge, ne m’aventurant qu’à peine jusqu’au local aux poubelles. Peut-être avais-je entendu parler des caves et des combles et qu’ils pussent même         renfermer des captifs ou de doux rêveurs scrutant le ciel entre deux ardoises disjointes. Les cheminements m’étaient tout aussi inconnus. Depuis les longs couloirs desservant des enfilades de pièces à usage varié jusqu’aux escaliers qui permettaient de passer  d’un niveau à l’autre et de prendre de la hauteur, à moins qu’un retour au niveau du sol ne soit ressenti comme plus sécurisant.

                 Donc depuis fort longtemps je m’ignorais. J’étais pour moi- même « terra incognita » . Et je n’en savais rien.

                 Parfois quelques rêves saugrenus m’avaient bien plongé dans la perplexité. Bien qu’assez opaque, j’avais quand même cru remarquer un fait étrange : le personnage ordinaire que je pensais être et que mes proches se sont toujours évertués à me faire assumer y figurait rarement. De lui je n’avais que des vues occasionnelles, souvent furtives et plutôt vagues. Il lui arrivait bien de se présenter avec armes et bagages, patronyme et relations habituelles mais c’était souvent pour des épisodes sans grande signification. Il ne pouvait s’agir que de rêves ordinaires, de ceux qui permettent au cerveau de se remémorer la journée écoulée pour y mettre un peu d’ordre et la classer dans les archives. En bref de rêves rassurants et qui ne sauraient faire douter de l’identité habituelle du rêveur.

                 Dans beaucoup d’autres je n’étais plus qu’une conscience, un spectateur anonyme, totalement amnésique, réduit à son seul regard et ne pouvant absolument pas intervenir puisque dénué de corps.

                 Pour compliquer un peu les choses il m’arrivait aussi parfois d’être une pure conscience anonyme et malgré tout de pouvoir agir sur le décor. A tel point qu’il m’est parfois arrivé d’être lucide au point de savoir que je rêvais, que donc le spectacle était dénué de toute matérialité et que malgré tout je pouvais modifier la situation. Je me souviens notamment du moment où je décidai de monter un escalier, avec la sensation physique de gravir des marches, puis d’ouvrir une porte. Le contact de la poignée manœuvrée par ma main (que je voyais) est encore présente dans ma mémoire, autant et même plus qu’un souvenir ordinaire et tangible.

                 Bien sûr il m’arrive aussi de me prendre pour moi-même, c'est-à-dire le personnage authentifié par son inscription à l’état civil et à ce titre ce qui arrive, bien que plus rassurant peut quand même se révéler surprenant, surtout si je me comporte de façon fantasque et peu raisonnable. Mais ce n’est qu’un rêve et il suffira d’en sortir en sursaut pour que par magie les situations les plus fâcheuses se trouvent dénouées miraculeusement.

 

                                                            Le Chesnay le 4 mars 2011

                                                            Copyright Christian Lepère

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 07:14

 

305-Enthousiasme-végétal--6

                                                                                               "Enthousiasme végétal" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

A PROPOS DE…

« Abstraction et Créativité »

 

                 Le texte précédent que vous avez eu la patience de lire a été rédigé en 1995. A l’époque j’enseignais encore les arts plastiques au collège du Chesnay et l’inspectrice qui m’observait de loin, très férue d’Art Contemporain extrême me reprochait vivement d’être un passéiste, certes compétent dans l’exercice de son métier mais totalement limité par son refus de l’innovation libératrice post soixante-huitarde.

                 Après quelques échanges, l’incompatibilité des points de vue étant basique, comme elle ne disposait pas de moyens de pression efficaces, elle avait attendu patiemment que je sois atteint par l’âge de la retraite. Ce qui se produisit en 2003. Par la même occasion tous ceux de ma génération, anciens copains de promotion partageant  mes vues, ma sensibilité et mon expérience du terrain se retrouvaient dans la même situation. Mis sur la touche.

                 Fin d’un épisode. Enfin la voie semblait libre pour faire évoluer les mentalités selon les vues officielles du ministère, vues héritées d’un certain Jack Lang. Mais les choses ne sont jamais si simples et linéaires. l’histoire réelle est beaucoup plus cyclique que ce que les tenants du « progrès historique » voudraient faire croire à un vain peuple.

                 Alors que l’Art Contemporain le plus officiel pouvait s’imposer, bénéficiant de l’appui de la finance internationale et du consensus des élites bien décidées à ne pas rater le train de la modernité à tout prix,  déjà la roue recommençait à tourner. Malgré une mondialisation du snobisme et de la spéculation (l’art n’étant plus qu’un produit de luxe régi par les lois du marketing) une tendance profonde  recommençait à refaire surface. Ainsi un observateur attentif pouvait constater que le figuratif réinvestissait les cimaises, les délices de la pure abstraction ayant avoué leurs limites avec l’avènement du pur concept. Dans tous les grands salons parisiens, surtout depuis le retour au Grand-Palais, on note qu’un nombre de plus en plus important d’artistes revient sans honte à des sujets classiques et à des techniques éprouvées. Certains même n’ont plus honte de savoir dessiner et vont jusqu’à oser harmoniser les couleurs !

                 L’imaginaire aussi a gagné du terrain et pas seulement par le biais du fantastique cinématographique ou de la bande dessinée, domaine ou l’excellence et la créativité les plus authentiques ont souvent côtoyé le banal et le démagogique. Non, un imaginaire vivant parlant des profondeurs de l’âme humaine et montrant que nous sommes infiniment plus  que le petit personnage consensuel et formaté auquel la société de consommation voudrait nous réduire.

                 Enfin en ces périodes d’effervescence et de remise en question de toutes nos identifications et de toutes nos supposées certitudes, beaucoup se réveillent et commencent à se poser les questions qui fâchent .Qu’ils soient écrivains, journaliste ou simples penseurs ils s’inquiètent de la tournure impérialiste d’un Art Contemporain dominant. Celle qui au nom de la liberté et de la créativité est en train d’asphyxier et de reléguer aux oubliettes tout ce qui aux alentours persistait à bouger…

Un Art officiel c’est pesant, ça tient du rouleau compresseur et malheur à tout ce qui dépasse. Malheur a qui n’est pas reconnu par les autorités. Mais actuellement des gens avertis et résolus poursuivent un travail d’information fort utile. Je songe ici a ceux ou celles que j’ai rencontrés et dont j’ai pu apprécier le sérieux. Par exemple Aude de Kerros et son livre « L’art caché » paru aux éditions Eyrolles en 2007 et celui de son amie Christine Sourgins, historienne d’art dont « Les mirages de l’Art Contemporain » a été édité par « La Table Ronde » également en 2007.

                 Il y en a bien d’autres. A chacun d’enquêter. Nous sommes dans une époque de grande instabilité où des événements étranges peuvent se produire, pour le meilleur ou pour le pire, comme d’habitude. A nous de savoir faire la différence.

                                                                          Le Chesnay le  7 avril 2011

                                                                          Copyright Christian Lepère

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 08:37

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                                                                                      "Muse ferroviaire" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

ABSTRACTION ET CREATIVITE

2° partie

 

                     Le temps va passer encore. Maintenant le pas est franchi. Voilà notre adolescent qui devient abstrait et qui, tout fier va se mettre à snober les malheureux attardés qui en sont encore à faire de l’anecdote comme dans les époques révolues. Mais non voyons, on n’en est plus là !           

                 Notons bien que c’est  ce qui s’est passé sur le plan historique. Et rappelons-nous l’orgueil naïf et la grande candeur des créateurs de l’art moderne. Sans doute Cézanne a-t-il été un  pionnier. Sans doute a-t-il fait preuve de courage et de persévérance pour parvenir à imposer une vision du monde qui ne pouvait que choquer ses contemporains, enlisés dans une vision conventionnelle du monde. Mais il n’empêche qu’il s’est pris très au sérieux  et que même si certaines de ses œuvres sont dignes d’intérêt, d’autres ne sont que l’expression d’une orgueilleuse suffisance. Et dans ce cas on oublie bien vite que l’harmonie et la beauté ne dépendent pas de la libre fantaisie de l’artiste. L’harmonie et la beauté reposent sur des bases mathématiques, mathématiques complexes, souples et subtiles comme les processus biochimiques à l’œuvre dans notre organisme. C’est évident en musique et avant que la poésie ne devienne libre (de quoi ?), le fait de l’assujettir à des rythmes bien définis et des règles strictes n’a pas si mal réussi à Verlaine, Baudelaire et Rimbaud. L’illumination abrupte du zen n’a-t-elle pas réussi à embraser la métrique on ne peut plus traditionnelle du « Bateau ivre » même si son auteur ignorait sans doute tout de la métaphysique orientale ? Et dans le cas d’Apollinaire, les brûlantes fulgurances de la « Chanson du mal-aimé » ont-elles souffert d’une mise en forme assez classique ? Ce dernier cas est d’ailleurs étrange et prouve que tout est possible, y compris le pire, puisque c’est le même Apollinaire qui, à la même époque s’enflammait pour les hasardeuses innovations de Picasso, alors que celui-ci aurait sans doute été un peintre estimable si il ne s’était pas malencontreusement pris pour un génie agressant sauvagement le monde avec ses « Demoiselles d’Avignon ».

                 Mais j’en reviens à l’abstraction. Ainsi après avoir été assujetti au figuratif tout peintre évoluant et se posant des questions risque d’en arriver tout naturellement à l’abstrait. Et c’est là qu’est l’écueil. Le non-figuratif n’est en aucune façon un aboutissement. Il n’est que le résultat inévitable d’une prise de conscience et le début d’un long voyage qui, tout naturellement puisque la terre est ronde, devra le ramener un jour ou l’autre à son point de départ, mais avec le bénéfice de l’expérience. C’est tout à fait analogue à ce qui arrive à d’honnêtes chercheurs dans le domaine spirituel. Après avoir, comme tout un chacun, vécu dans le monde « conflictuel- et- illusoire -de-la -manifestation », voilà qu’un beau jour ils entendent parler de zen, de vedanta et de non-dualité transcendante. Et naïvement ils vont renier et jeter au feu tout ce qu’ils avaient adoré jusqu’alors (après une vie de turpitudes la grande courtisane se retire au couvent…).Et c’est très bien et sans doute inévitable, mais est-ce bien la fin du périple ? Tous ceux qui ont été au-delà sans y perdre la raison nous le confirment. Après s’être détaché de la terre pour tenter d’atteindre le ciel, il faut nécessairement reprendre pied. D’ailleurs à quoi servirait de se détacher si c’était pour sombrer morose dans les déserts intérieurs de l’abstraction. Si les métaphysiciens de tout poils et de toutes traditions ont parlé de détachement, ce n’est certes pas pour s’appauvrir en se confortant dans le « minimal ». C’est pour accéder à un plan de vie plus intense, là où la matérialité moindre et plus subtile n’empêche nullement la profusion et la richesse.

                 Alors que penser du malheureux qui après avoir remis en cause, et à juste titre, l’accumulation hétéroclite et rassurante du « figuratif pour calendrier des postes » va ensuite en rester là ? Tout nu au milieu de sa table rase ou tel Mondrian s’extasiant devant son propre nombril habilement géométrisé et sobrement égayé par les trois couleurs primaires ?

                 Prendre la nécessaire étape pour le but à atteindre… ! Ce n’est d’ailleurs pas sans réticences que je parle de but. En art comme en toute chose sérieuse il ne saurait y avoir de but définitif. Car celui-ci étant atteint il ne resterait plus qu’à poser le point final. Et ce serait fort triste.

                 En ai-je assez dit ? Puis-je tenter de conclure ?

                 En apprenant à verbaliser et intellectualiser l’enfant se coupe de sa sensibilité. Agissant ainsi il renie la part la plus profonde de lui-même. Mais c’est inévitable. La vie humaine, même enfantine comporte des passages obligés et nous n’y pouvons mais. Il apprend pendant ce temps à se structurer sur un certain niveau. Jusqu’au moment où suffisamment solide il peut relativiser ses acquis. Le voilà donc par exemple en train de découvrir le non-figuratif. C’est une étape, tout aussi nécessaire, tout aussi inévitable. Mais il lui reste encore tout à faire et à parcourir. Retrouver son âme, renouer avec la vie, réinvestir son corps puis vivre avec au niveau le plus quotidien.

                 Alors, si il est artiste, il va être amené à s’intéresser à nouveau au monde qui l’entoure. Monde magique et merveilleux peuplé  d’hommes, de bêtes et de minéraux cachés sous les feuilles. Monde fabuleux où de grands nuages dérivent au soir couchant sur des contrées inconnues. Monde de mystère et de poésie où la création tisse ses extravagances en anéantissant sans pitié toute forme antérieure. Les dinosaures ont régné en maîtres, puis ils se sont éteints, laissant la place à d’autres formes de vie. Et voici que c’est notre tour. Et la roue tourne sans relâche. Alors ne nous figeons pas sur une époque, même si ceux qui l’ont vécue ont cru qu’elle était l’ultime épanouissement de l’art. L’abstraction est une étape, un nécessaire apprentissage, une prise de distance, mais se maintenir à ce niveau équivaudrait à confondre la fiche de cuisine avec le plat délectable sortant du four et prêt à nous réjouir les papilles par son contact chaleureux.

                                                                          Le Chesnay le 21 octobre 1995

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

                                                                                        

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 08:51

 

181-Château-de-l'âme-------

                                                                                              "Château de l'âme" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

 

ABSTRACTION ET CREATIVITE

Ou comment passer de la recette à la tarte aux pommes comestible

 

 

                   Trente ans d’expérience ! Trente ans passés à observer les comportements enfantins et à tenter de faire passer quelques notions susceptibles d’être enseignées. L’heure du bilan serait-elle venue pour moi ? j’éprouve en tout cas le besoin de dire et de coucher par écrit les conclusions auxquelles je suis parvenu. Même si elles restent un peu provisoires.

                   Avant Mai 68, les choses paraissaient claires et assez peu discutées. L’enfant en âge scolaire était là pour apprendre. Innocent et plein de fraîcheur, il se devait au prix d’efforts et d’attention de faire des progrès et de découvrir ses propres aptitudes. Un beau jour après cette période ingrate, il pourrait enfin s’exprimes librement ou tout au moins à sa guise, si cela lui chantait bien entendu…Je m’empresse de dire que tout n’était pas rose et que l’enseignement transmettant des connaissances précises pouvait facilement virer au dogmatisme, au rejet de l’innovation et en tout cas favorisait  cette dernière plutôt par le biais de la réactivité que par l’encouragement direct. Mais la nature humaine est ainsi faite que le processus, du moins pour le meilleur, était plutôt bénéfique. En effet rien ne vaut la contrainte pour donner envie de se surpasser en s’opposant à la génération précédente.

                   Depuis les choses ont changé et après une période d’ouverture et d’assouplissement fort sympathique, les effets inverses : refus de la directivité, laxisme, négligence dans la transmission de bases solides se sont tout naturellement épanouis. Comme toujours le balancier de l’histoire allait d’un excès à l’autre avec une prévisibilité tristement mécanique (confirmation des connaissances traditionnelles d’un certain Georges Gurdjief…)

                   Ce petit préambule était nécessaire pour justifier les prises de position qui vont suivre et qui sans cela risqueraient de paraître arbitraires. Or il ne s’agit en aucune façon d’élaborer quelques nouvelles théories ou de défendre un point de vue personnel à l’aide d’arguments subjectifs.

                   Continuons donc. Hanté par le désir de comprendre j’ai, au fil des années tenté de prendre du recul afin d’avoir une vision plus large et surtout plus impartiale. L’objectivité m’intéresse et l’honnêteté de la réflexion scientifique me convient plus que les élucubrations savantes et habiles des bâtisseurs de théories. Je parle ici de ceux qui, à partir de prémisses soigneusement sélectionnées et élaguées construisent un système harmonieux à leurs yeux  mais sans doute incomplet et entaché de subjectivité pour autrui. Mon intention en débutant était de parler d’abstraction ou plutôt de « non-figuration » et il est temps que j’entre dans le vif du sujet.

                   Les enfants c’est bien connu donnent dans le figuratif. Ne les ayant fréquentés qu’à partir de leur dixième année, je ne pouvais évidemment rien dire de sérieux sur ce qui a constitué leur prime jeunesse. Mais c’est un fait qu’en arrivant en sixième ils en sont là, à tel point que toute notion de forme, de couleur ou de proportion « en-soi » est tellement absente de leurs préoccupations qu’il est difficile d’en parler sans les voir décrocher séance tenante. De toute évidence cela ne les concerne guère. Ce qui les mets en mouvement c’est le sujet, de préférence pittoresque et affectif. Le bonhomme et le petit lapin. Goldorak et le laser qui tue. Certains diraient qu’ils ont déjà  perdu leur belle sensibilité et qu’à un âge plus tendre formes et couleurs les auraient intéressés sans supplément de signification anecdotique. Peut-être. Mais je suis un peu sceptique. C’est qu’il m’est quand même arrivé de côtoyer des bambins, ne serait-ce que mon fils et ses copains de la maternelle et que je n’ai pas été vraiment convaincu à cette époque par les qualités plastiques de leurs œuvres.

                   Donc l’enfant représente. Il figure son monde à sa manière et de façon totalement maladroite, même si d’un autre point de vue c’est efficace pour lui en tant que symbolisation de son monde intérieur, monde en pleine croissance organique et viscérale et dénué de toute préoccupation esthétiques. Car de ces  belles choses il n’a pas la moindre idée. A ces yeux cela n’existe tout simplement pas. Et c’est très bien ainsi…Mais alors ne parlons pas d’art. Evitons les récupérations douteuses, même si elles ont été d’excellents prétextes pour faire accepter par les doctes les pires facilités de l’art contemporain.

                   Ensuite le temps va passer et l’enfant grandir. Soumis a un enseignement sérieux des arts plastiques le naïf « descripteur » du monde intérieur totalement subjectif va arriver progressivement à concevoir qu’une couleur puisse avoir un goût, une saveur en elle-même, indépendamment de tout ce qu’elle va suggérer et faire surgir de réservoir de le mémoire. Le bleu ne sera plus émouvant simplement parce qu’il fait penser à un grand ciel d’été. Et le marron ne signifieras plus automatiquement le tronc de l’arbre (qui a jamais vu un bouleau ? Et comment imaginer un végétal aussi absurde ?).

                   Donc l’enfant arrivera progressivement si on se charge de l’y amener, à la notion d’abstraction ou de forme « en-soi ». Cela se fera sans doute par le moyen de suggestions qui n’ont plus rien à voir avec la spontanéité naïve, mais plutôt par la preuve, l’argumentation et le raisonnement. Toutes choses assez légitimes dans le cadre de l’enseignement public.

                                                                                           A suivre…

 

                                                                          Le Chesnay le 21 octobre 1995

                                                                          Copyright Christian Lepère   

                  

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 06:35

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                                                                                                               "Trafic intense" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

LES EAUX DU GRAND CANAL

 

 

            Les eaux du grand canal étaient immobiles et silencieuses. D’un gris argenté, à moins que ça ne soit plombé. Elles reposaient ainsi,  calmes dans une éternité familière. Et j’allais à pas lents. Quelques promeneurs perdus dans leurs rêves se détachaient sur un fond d’horizon lointain. Striant le ciel de leurs arabesques entrelacées des oiseaux aquatiques ciselaient l’improbable silence. Le ciel était étrange et le temps suspendu.

            Quelques pensées familières occupaient mon présent mais par-dessous le mystère était absolu et sans appel. Que faire en l’occurrence ?

            Dans cette étendue géométrique à force d’angles droits et de pierres ajustées, même les arbres taillés au cordeau s’intégraient dans cet ensemble droit, noble et définitif.

            Mais pourquoi s’attarder en ces lieux ? La vie attend, trépidante, dès la porte franchie, celle qui au fond du parc est désignée par le nom de l’ermite Saint Antoine. Rappelez-vous, celui qui a été tenté et qui a fourni à Jérôme Bosch matière à chef-d’œuvre.

            Plus loin c’est la route de Saint Germain avec ses hordes d’automobiles qui passent inlassablement, toujours semblables, jamais les mêmes. Comme un T.G.V. sans rails mais guidé aussi infailliblement que lui vers le cœur de la ville, Versailles et ses nobles avenues, Versailles et son quadrillage classique et raisonnable. Mais dont les portes franchies mènent à l’accès aux terrasses, celles d’où l’on voit le ciel s’étendre serein sur la plaine apaisée et sur les eaux tranquilles du Grand Canal.

 

                                                                           Le Chesnay le 21 février 2011

                                                                           copyright Christian Lepère 

                                                                                                                  

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 10:36

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                                                                                                                     "Public choisi" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

LE NON-NE

 

       Il y a belle lurette que la confusion s’est installée dans nos esprits.  Et avec le progrès elle n’a fait que croître et embellir, Jusqu’à semer la confusion dans les esprits les plus avisés et les plus rigoureux. Pourtant elle est flagrante : entre « être » et « exister » il y a un abîme même si on s’obstine à les prendre pour des synonymes.

              Voyons cela d’un peu plus près. Ce qui « EST » est nous dit la sagesse traditionnelle (hindoue par exemple) et donc ce qui est ne peut cesser d’être…

              Or, depuis la Renaissance la science, logique et rationnelle ô combien, s’est cantonnée dans l’observation des phénomènes. C'est-à-dire ce qui apparaît et disparaît sans cesse. Ce que tout un chacun appelle des apparences, passagères et périssables. Bien sûr les phénomènes existent, ils ne font d’ailleurs que ça. Tout apparaît, croît, se développe pour finir par disparaître, soit par usure, soit par d’ingénieux mécanismes d’autodestruction, soit en servant de matériaux pour l’élaboration d’autres structures ou simplement de proie dans le monde animal. Poussière tu es et tu redeviendras poussière…Perspective pas vraiment exaltante, il faut l’admettre.

              Quand on lui parlait de Dieu, le Bouddha était d’une prudence exemplaire. Il éprouvait visiblement une méfiance à l’égard des questions qui fâchent, celles au nom desquelles d’ingénieux rhétoriciens n’ont cessé de proposer des réponses qui leur permettaient ensuite de s’opposer oralement à leurs semblables avant d’en venir aux mains pour faire triompher leurs idéaux. Perspective noble bien qu’un peu dangereuse surtout si on n’a pas le dessus.

              Or le Bouddha, donc, un beau jour a quand même donné une réponse. Pas très diplomatique. Pas très exaltante. Mais ne risquant pas trop de déboucher sur des conflits pleins de bruit et de fureur. La voici, elle est sobre et certains la jugeraient ennuyeuse comme la pluie. « Il y a bien un non-né, non-fait, non-devenu, non-composé, sans quoi tout ce qui est né, fait, devenu, composé ne saurait exister ».

              En passant c’est ce que subodorent les physiciens, eux qui avec leurs appareillages hyper-sophistiqués et horriblement coûteux sont à la recherche de ce quelque chose qui, étant à l’origine de tout ne serait pas impliqué dans l’enchaînement des apparences. Ou tout au moins n’en serait pas modifié. Ce « substrat » peut-il être observé par la science ? Sûrement pas puisque par vocation elle ne peut observer que les phénomènes, ce qui se produit et évolue, ce qui en d’autres termes est observable et mesurable en tant qu’enchaînement infini de causes et d’effets.

              Oui mais, me direz-vous, en quoi cela me concerne-t-il ? J’ai a vivre ma vie et à faire face aux aléas. Se garer dans un parking souterrain, au huitième sous-sol, parce que les quatre premiers étages sont réservés aux abonnés et que trois autres sont déjà pleins et que de toute façon ça va coûter la peau des fesses et que si je n’y prends garde je vais égarer mon ticket ou ne plus me souvenir de la place, en admettant que mon véhicule veuille bien redémarrer avec une batterie que par négligence je n’ai pas très bien surveillée. Ah j’oubliais, certains parkings sont fermés la nuit…

              Donc mon quotidien m’attend au tournant et il suffit d’une révolution dans quelque dictature arabe pour que mon prochain week-end au soleil soit compromis. Alors que je n’y suis pour rien. Pas plus d’ailleurs que l’éruption intempestive d’un volcan ou le mécontentement chronique d’employés d’un réseau ferré par ailleurs plutôt privilégiés mais tenant dur comme fer à leurs acquis sociaux.

              Le monde est complexe et infiniment enchevêtré. Tout s’y tient, tout s’y répercute. Rien n’est à l’abri d’interférences parfaitement inattendues. Alors se pourrait-il que malgré tout la base soit simple, infiniment, et harmonieuse ? A vous de voir, moi je ne fais que remuer quelques idées. Parce que ça démange et que se gratter est bien naturel.

 

                                                               Le Chesnay le 22 février 2011

                                                                Copyright Christian Lepère        

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 08:30

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                                                                                                 "La grande caravane" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

Dix-huit heures trente à Réaumur - Sébastopol

 

 

                                                Le quai du métro est bondé. Une masse humaine compacte est momentanément figée dans l’attente de la prochaine rame. Un grincement strident annonce l’arrivée du métro. Les portes s’ouvrent et le trop-plein s’écoule, tandis que la foule massée de chaque côté s’apprête à s’engouffrer car la nature humaine a horreur du vide.

                 Me voici au milieu des autres, entouré par mes semblables. Pourtant on m’a bien appris au catéchisme qu’il fallait aimer ses semblables, mais là c’est trop. L’accumulation de semblables provoque une réaction de rejet bien légitime.

                 Une pensée me traverse. Je suis ici, entouré par toutes sortes de gens. Chacun est enfermé dans les limites de son corps et Dieu sait si c’est intime un corps, et séparé des autres corps. Pourtant il suffirait d’un malaise pour que le Samu me prenne en charge. Ensuite on verrait. Il se peut aussi que je sois accidenté, perdant du sang. Dans ce cas une transfusion serait pratiquée. Seigneur, mais c’est le sang d’un autre qu’on va m’injecter…quelle horreur ! Mon corps n’est donc pas une entité autonome. On pourrait même me greffer quelque chose. Je n’ose y penser.

Pour le moment je peine à respirer. L’haleine du voisin est riche en arômes divers que n’arrivent pas à masquer les effluves musqués de la minette comprimée entre la grosse dame et deux employés à casquette.

Mais au fait, à moins de retenir ma respiration totalement, ce qui ne saurait durer bien longtemps, me voilà réduit à inhaler l’air qui provient des poumons d’à côté. Chaque atome d’oxygène qui me pénètre a déjà circulé dans l’intimité la plus profonde de bien des personnes présentes, sans me demander mon avis. Et non seulement circulé, mais participé à l’élaboration de molécules qui, utilisées par des cellules ont participé à leur métabolisme. Et cela sans exception. Chaque atome, chaque particule a été chargée de mission pour accomplir  les activités vitales les plus variées : digestion, respiration, élimination, transfert d’informations codées dans l’influx nerveux ou la structuration de protéines qui vont me permettre à mon tour de me fabriquer des pensées et des états d’âme nécessitant une imagerie cérébrale adaptée. Et moi qui croyais être maître de mes processus internes en dominant mes pensées…et qui croyais que les autres pouvaient aussi le faire.

Enfin il me reste une issue. Le trajet ne saurait durer indéfiniment. A la sortie je vais me retrouver à l’air libre loin de l’amas compressé de mes semblables. Seul je vais même pouvoir m’attarder à flâner sous les marronniers du boulevard enveloppés de parfums de banlieue ou traverser les Buttes-Chaumont qui sombrent dans le crépuscule.

Hélas, si la pollution est plus discrète parce que diluées, l’air du soir est quand même chargé de particules dont certaines sont d’une toxicité plus ou moins avérée.

Alors que faire ? Rentrer chez moi ? Regarder la télé ? Mais dans ce cas la pollution sera psychique et même peut-être assortie de radiations nocives.

Il me reste mon lit ; au moins j’y sombrerai dans un sommeil réparateur, à condition de ne pas faire de vilains rêves provoqués par une digestion laborieuse ou des préoccupations refoulées.

Me voila donc face à la réalité la plus concrète. Moi qui croyais être seigneur et maître sur mes terres, voila que je suis accablé par l’évidence. Loin d’être une entité autonome se suffisant plus ou moins à elle-même, me voila forcé de constater que je ne suis qu’un des innombrables, lieux de transfert et de transmutation de l’énergie universelle.

Que celle-ci soit physique, psychique ou autre, peu importe. Jamais rien ne m’appartient réellement. Tout m’est prêté, momentanément, depuis les « particules » constituant ma personne physique jusqu’aux pensées les plus évanescentes qui ne font que parcourir mes circuits cérébraux. Venant d’où ? Se dirigeant vers ? Et après avoir subi sur place des ajustements et des transformations utiles à mon bien-être et à mon souci de cohérence.

D’ailleurs je vais lâcher le mot, ne suis-je pas avant tout un transformateur ? Après le zappeur qui glane ici et là des informations, voila que celles-ci sont accueillies, intégrées, digérées et intégrées à mon ego (donc déformées à des fins strictement personnelles) et ensuite utilisées pour me conforter dans ma vision du monde. Vision que j’ai toujours un peu tendance à prendre pour universelle et dont je souhaiterai vivement que les autres puissent profiter ; pour leur bien, c’est évident…peut-être aussi un peu pour me rassurer…

    Vais-je continuer à vous accabler avec mes convictions ? Sans doute avez-vous d’autres projets pour meubler votre avenir. Et d’autres façons d’occuper un temps qui vous est compté. Je comprends. Pour moi c’est identique. Alors bon courage ! Chacun pour soi et le Bon Dieu pour tous. Même si Lénine, Karl Marx et Mère Térésa ne sont pas du même avis, ce qui est leur droit le plus strict.

                

                                                    Le Chesnay le 12 janvier 2011

                                                    Copyright Christian Lepère

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 12:46

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                                                                                                               "Cheval vapeur" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Marcel Duchamp

 

             Le cas de Marcel Duchamp est un peu plus subtil. Intellectuel aiguisé, doté d’un authentique sens critique, il était normal qu’il s’embarque dans la contestation de formes d’art un peu obsolètes. Hélas, ce qui n’était que protestation pleine d’humour et sans grande portée, je veux parler ici de l’inénarrable urinoir rebaptisé fontaine, est devenu par un enchaînement de circonstances dont la vie a le secret un symbole récupéré par l’avant-garde bien pensante. Pourtant la question était simple : « et ça, c’est de l’art ? » et voilà  que la mayonnaise prend et que l’on s’extasie devant tant d’audace créatrice. Enfin, cerise sur le gâteau, ce qui n’aurait du n’être que facétie d’étudiant spécialisé dans les farces et attrapes va devenir une valeur reconnue, incontournable, un chaînon de l’histoire de l’art dont la place est au musée.

             C’est un peu comparable au destin du soldat inconnu. Malgré tout le respect patriotique que je lui dois, je ne peux m’empêcher de songer  que, si il a fort bien pu être un héros sacrifiant son sang pour ses camarades et fauché en montant à l’assaut de l’ennemi, il a pu tout aussi bien être un misérable, lâche et couard, tué d’une balle dans le dos au moment où il désertait et que peut-être même  avait-il trahi et aurait-il du terminer devant un peloton d’exécution plutôt que sous l’Arc de Triomphe. Mais dans le doute abstenons nous et n’oublions pas qu’en démocratie l’accusé est réputé innocent.

             Pour en revenir à Marcel Duchamp, c’est quand même lui qui a inventé le ready made, objet d’art déjà prêt, autre plaisanterie dont l’ingénieuse argumentation a réussi à masquer la supercherie aux yeux des doctes.

             L’histoire est simple. Duchamp est un artiste, c'est-à-dire quelqu’un d’un peu spécial puisqu’il a un regard artistique et ne peut donc produire que des œuvres d’art. Donc si, à l’occasion, il pose les yeux sur un casier à bouteilles, ce dernier magnifié par l’intérêt qu’on lui porte va acquérir une qualité toute spéciale. Comme le chapeau de l’empereur sans qui ce  modeste couvre-chef ne serait que ce qu’il est et serait donc dédaigné par les collectionneurs. Mais l’objet peut devenir idole et être vénéré. Donc Duchamp artiste peut magnifier ce qu’il choisit  mais comme il est intelligent et non dénué de finesse, il envisage la suite. A savoir qu’un objet n’est exceptionnel que si il est rare. Voici donc le second volet : Je désigne un objet à la convoitise des amateurs, mais attention avec modération, car si je multiplie les œuvres elles vont se banaliser. Horreur et damnation! Heureusement le piège aperçu est aussitôt déjoué. Et c’est pour cela qu’on doit vénérer Marcel Duchamp pour avoir su utiliser la naïveté des autres mais avec tact et discrétion. Et pour cela, bravo l’artiste !

 

                                                                 A suivre…peut-être…

 

                                                                     Le Chesnay – février 2010

                                                                     Copyright Christian Lepère                                                                     

 

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 08:07

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                                                      "Bouquet d'anges pour guérilla urbaine" - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Récupération et détournement

 

             Puiser dans l’héritage du passé pour y retrouver une inspiration nouvelle est plutôt une bonne idée. Les artistes de la Renaissance nous l’ont assez bien montré et au cours des siècles nombreux furent les courants qui se tournèrent vers des sources plus anciennes pour se revivifier. Tout l’art du 19° est plein de ces retours sur les styles gothiques, préraphaélites ou autres. La démarche est donc de bon aloi.

             Mais les choses se compliquent quand il s’agit de pillage sans scrupule détournant les œuvres les plus abouties pour en faire des réappropriations révolutionnaires. C’est dans ce domaine que Picasso, grand prédateur entre tous s’est montré le plus entreprenant. La production grecque de vases à figures noires sur fond rouge ou rouge sur fond noir était très vivante et souvent pleine d’humour. Il s’en est emparé pour en faire de bien faibles caricatures avant de s’approprier l’art nègre tout à fait inconnu à l’époque. Dans ce second cas, puisant sans vergogne dans les formes longuement mises au point par une tradition ancestrale et magique, faisant fi de qualités plastiques primitives mais non dénuées de raffinement  il s’est livré à un massacre en règle. Qu’on songe aux « Demoiselles d’Avignon », salmigondis barbare d’une incohérence totale et d’une vulgarité achevée. Mais il avait beau jeu puisque le premier moment de stupéfaction passé il devint assez vite de bon ton, au sein des élites d’avant-garde de mépriser tout attardé osant porter un regard critique sur ce chef d’œuvre absolu. Le piège était refermé et  ne pas louer Picasso pour son génie corrosif était se désigner comme un odieux réactionnaire incapable de remettre en cause l’académisme d’une époque révolue et de se diriger résolument vers la modernité et ses lendemains radieux. Mort aux tabous et vive la révolution permanente. Mais Pablo ne pouvait s’arrêter en si bon chemin et c’est sans hésiter qu’il a ensuite fait subir aux « Ménines » de Vélasquez les derniers outrages.

             Il est vrai que dans un esprit résolument contemporain la dérision est une valeur suprême et que beaucoup, impuissant à créer du positif se vengent en caricaturant, en bricolant et détournant les oeuvres

reconnues au fil des siècles comme étant majeures.

             Mais au fait…détourner…vous avez bien dit détourner ? Mais il me semble que c’est ce que font les terroristes avant d’aller s’écraser sur les tours jumelles…Comparaison hasardeuse, veuillez m’en excuser.

             Donc Picasso n’a eu de cesse qu’il n’ait détruit et ridiculisé tout ce qu’il prétendait admirer. Car c’est bien là le nœud de l’affaire. Non content de tout ramener à son niveau rudimentaire, il n’a cessé de rendre hommage aux gloires du passé réussissant par le biais de cette habile manœuvre démagogique à se faire passer aux yeux des doctes pour un grand continuateur de l’art le plus classique.

             D’ailleurs il savait dessiner savez-vous ? Voyez ses œuvres de jeunesse ! Quel talent précoce ! Or il est vrai que dès un âge tendre il avait manifesté des qualités encourageantes. A tel point qu’il aurait même pu devenir un bon peintre. Hélas tout a semblé bien évoluer jusqu’au jour où il a commencé à se prendre pour Picasso. Et cela ne pardonne pas même si il a réussi ce tour de force d’être le seul peintre mondialement connu.

             Mais revenons à la dérision et la provocation. Que des artistes, adultes responsables se permettent toutes sortes d’excès, voilà qui est dans l’air du temps. Mais jusqu’où peuvent aller l’humour et la critique ? Voilà une bonne question qui fait toujours débat. Cependant il est un domaine où la chose est plus grave, celui de l’éducation. Dans ce domaine un exemple me revient en tête qui continue de m’interpeller des années plus tard. Je me souviens donc avec encore un profond malaise du jour où un collègue, professeur d’arts plastiques comme moi-même m’a déclaré sans frémir et sans la moindre trace d’humour qu’une œuvre d’art n’était digne de ce nom que si elle choquait et remettait tout en question. Or, comment choquer si ce n’est par la transgression, la provocation, la vulgarité et la violence ? Et il est vrai que c’est plus difficile de le faire avec une recherche d’harmonie et de beauté construite, à l’instar des artistes d’avant la modernité. Si l’on songe que de jeunes enfants étaient confiés à ce pédagogue résolument contemporain, on s’étonne moins des dérives actuelles de la société en général et de la jeunesse en particulier.

 

                                                                                   A suivre

 

                                                                          Le Chesnay – février 2010

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

 

 

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