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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 15:24

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                                                                           "Le Génie" - -huile sur panneau - 22 x 27 cm

 

 

HOMMAGE A PABLO, A SES POMPES ET A SES ŒUVRES

 

            Survint un jour un trublion. Solide et le mollet râblé, il pouvait faire face. Aussi dès qu’il en eut le loisir, il se campa dans la vie, s’affirmant sans vergogne. Doué par ailleurs de quelque talent il peignait à ses heures et cédant à son penchant bien naturel s’inspirait de tout ce qui s’offrait à ses regards et présentait quelque utilité pour sa propre démarche. Il emprunta donc ici ou là. Bon an mal an cela marchait. Certains l’admiraient, d’autres lui portaient même quelque estime. Mais notre homme n’était pas simple. Il se piquait aussi d’autres talents. Elaborer des théories ne lui était pas étranger et convaincre autrui de ses mérites n’était pas le moindre de ses soucis. Comme son abord était aimable, il s’attira de joyeux compagnons rusés et débrouillards, même si certains d’entre eux témoignaient d’une sincérité plus candide.

            Aux alentours la situation était confuse. Exsangue après la plus monstrueuse boucherie de son histoire, l’Europe était pantelante. Tous les principes et idéaux qui naguère faisaient florès paraissaient désormais bien oubliés. On avait bien vu où ils avaient mené. Condamner tout en bloc en ricanant était une facilité bien tentante. Habile et rusé notre homme s’y employa donc. Fin démagogue il n’omit jamais de choquer à bon escient, c'est-à-dire sans prendre de risques excessifs. Comme il était habile et savait utiliser à merveille les faiblesses des autres, sa popularité se mit à grandir. Calcul et sens de l’à-propos ne lui firent pas défaut. A tel point qu’il sut se rallier maints intellectuels de haute volée et parvint même à devenir l’ami de poètes et de penseurs profonds.

            Notons en passant que cet habile tour de passe-passe n’est sans doute pas trop sorcier, puisque même d’aussi sombres brutes que Staline et Hitler le réussirent dans leur propre domaine et avec les moyens qui étaient les leurs. Notre peintre eut d’ailleurs sa période  d’admiration pour le petit père des peuples, modeste sans doute mais sans équivoque. Puis il entama sa marche triomphale. Les élites piégées, les milieux intellectuels infiltrés, il pouvait désormais compter sur des amitiés fidèles, car le désavouer eut été se désavouer soi-même. Ce qui est d’une bien grande maladresse quand on veut se faire prendre au sérieux par de braves gens. La machine était donc lancée et désormais rien ne pourrait plus arrêter sa marche triomphale.

            Monographies, films, reportages, dithyrambes ne cessèrent de fleurir sous ses pas. Le critiquer eut été s’attaquer aux symboles les plus inattaquables. Qui oserait s’en prendre à l’innovation, à la liberté créatrice, à l’inspiration et à l’originalité inaliénable du génie ? Qui pourrait prendre le risque de rater le train du progrès pour se retrouver tout contrit et tout seul au bout du quai désert ?

            Dans l’ensemble la chose a bien marché. Tout le monde a coopéré avec beaucoup de tact. Tout le monde a compris que certaines vérités sont malséantes à dire. Tout le monde ou presque. D’ailleurs qui se soucie maintenant de tout cela ? Vérité, valeur, intelligence ne sont plus que des mots, des concepts qu’un habile dialecticien peut tailler en morceaux ou retourner comme un gant. Détournement et dérision…

            L’important n’est-il pas plutôt d’avoir des valeurs sûres, des références que nul ne discute, faute de les avoir soumises à expertise. Après tout qui se soucie vraiment du soldat inconnu ? Etait-il un héros ou un traître ? Et qui ne s’est jamais demandé si l’on n’était pas en train de rendre hommage, sous l’arc de triomphe, à un déserteur fauché pendant sa fuite ?

            Mais j’ai l’esprit tordu. Quand on songe à la quantité prodigieuse d’efforts, de diplomatie, de ruses et de compromissions nécessaires pour arriver à construire l’image symbolique d’un génie pictural mondialement connu et révéré, on se dit qu’il serait bien dommage que quelque irresponsable, probablement jaloux de surcroît, vienne ternir d’une fausse note un aussi merveilleux concert de louanges.

 

                                                          Le Chesnay le 26 novembre 1995

                                                          Copyright Christian Lepère

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 12:39

222-Ainsi-va-la-vie---------------65-x-54-cm.jpg

                                                                               "Ainsi va la vie" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

LE CIMETIERE DE SERMIZELLES

 

            Le cimetière de Sermizelles est pour moi un haut lieu convivial. Depuis soixante ans c’est fou le nombre de personnes que j’ai vu s’y rendre pour un dernier petit voyage. Jadis dans un corbillard cahotant et désuet  et depuis en fourgon confortable. D’abord il y a eu des gens du pays. Des pépés et des mémés, vieux paysans matois et leurs épouses usées à la tâche, tout racornis par le labeur. Parmi eux, bien sûr, « la classe », les conscrits de 14-18, ceux qui se souvenaient des tranchées comme mon grand-père. Et qui fêtaient ça avec le gros rouge local. «La classe !un canon ? » et le père Robert repartait soutenu par son vélo. D’autres avaient dépassé le stade de l’amateurisme persévérant et en vrais professionnels finissaient par y laisser leur peau. Ainsi Hyppolite qui profitait des battages et de la grosse chaleur pour se réfugier à la cave, dans le but bien légitime de se rafraîchir. A la gnôle malgré tout. Consommée dans des pots à confiture pour faire bonne mesure. C’est après sa deuxième désintoxication qu’il a rendue son âme au Bon Dieu et qu’il est venu reposer parmi les siens.

            Les autres, je ne me souviens pas toujours de leurs noms…et puis tous n’étaient pas toujours chargés d’ans. Parfois j’ai vu partir des débutants. Colette était bien jeune. Mais il faut de tout pour remplir un cimetière.

            Bien sûr, cela resterait un peu lointain si je n’y avais aussi ma famille. D’abord ma grand-mère. Mais je n’avais que six ans et il ne me reste qu’un souvenir de fleurs artificielles violettes. D’un violet intense, chargé de sentiments obscurs. Toute la tristesse du monde et d’indicibles nostalgies. Et puis les roues du corbillard patinant dans la boue des ornières sous un ciel bas. Et la tristesse de ma mère, et sa peur. Ambivalence et confusion. De quoi, vous marquer l’âme. De quoi vous faire sombrer dans des délices poétiques.

            Puis mon grand-père est mort, usé, au bout du rouleau après quinze ans de veuvage. Mais j’avais vingt et un ans et l’impression n’était plus la même. Un merveilleux soleil inondait la campagne. Il faisait chaud et au bord de la fosse je me mis à pleurer sans retenue pour ensuite, au cours du repas, être pris d’une crise de fou rire en compagnie d’autres jeunes. Et tout cela sans honte. Tout naturellement. D’ailleurs personne ne semblait choqué. Mais c’était la campagne et le repas était bon, bien arrosé.

            Puis cela a été le tour de ma mère, dont le cancer survenait bien à propos pour lui épargner une retraite qui ne lui souriait guère. Pour elle tout était joué et sans doute raté. Inutile donc de s’obstiner, quand on n’attend plus rien, on s’en va. Pour ma part j’étais plus mûr, de sens plus rassis et moins enclin aux débordements. Cependant (mais s’agissait-il de Jeanne ou de Lucienne ( ?) quelqu’un réussit à me submerger de son émotion et de nouveau j’éclatais en sanglots à la porte du cimetière. Mais je n’étais pas dupe. Ma propre émotion( mais étais-ce bien la mienne ? ) m’apparut comme une lame de fond qu’on voit surgir, déferler, puis refluer avant que l’eau ne redevienne calme et étale. Les vagues, l’éternité s’en fout.

            Enfin mon père a lâché prise, après avoir terminé son itinéraire à l’hôpital de Villeneuve St Georges, veillé par Yvonne qui n’avait rien compris et se retrouvait seule, vaguement coupable, désagréablement surprise et malgré tout assez soulagée…ambivalente comme à son habitude.

            Cette fois-ci j’étais orphelin et je l’ai bien ressenti. D’ailleurs, pendant le voyage j’ai pu m’en entretenir avec Michèle qui elle, ne l’étant pas, ne pouvait sans doute pas tout saisir. Pour moi c’était en fait très clair : plus de garde-fou, plus personne à enterrer avant moi. J’étais en première ligne. Mais cependant assez paisible. Sans doute que je ne croyais plus vraiment à cette histoire insensée qui nous mène de la naissance à la tombe, avec des hauts et des bas et tellement de longueurs insipides et de sinuosités non véritablement nécessaires.

            Depuis la roue a continué de tourner. Le tour de tata Olga est venu récemment et cette fois c’était très net, je n’y croyais plus du tout. Même en me forçant à faire comme si… Depuis tonton Raymond fait un veuf très présentable, mais ses visites quotidiennes au cimetière disent clairement que d’une certaine façon il attend la fin, tout en continuant par ailleurs à nourrir des projets peu raisonnables. Mais la vie, tant qu’elle s’obstine, ne saurait l’être. Pour plus de sûreté il vient de faire graver son propre nom sur le caveau, avec sa date de naissance. Ce n’est pas qu’il ne nous fasse pas confiance à mon frère et à moi, mais c’est bien connu : on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

                                                         

                                                               Sermizelles le 30 juillet 1994

                                                               Copyright Christian Lepère

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 11:54

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                                                                            "L'extravagant" - huile sur toile -

 


Comment se couper les ailes

 

 

            L’enfant qui vient au monde ne sait pas parler et n’a d’ailleurs rien à déclarer. Mais potentiellement il en est capable et il suffira de lui prêter attention en  s’adressant à lui pour qu’un jour il puisse faire de même. L’imitation de ceux qui l’élèvent aura suffi à lui faire réaliser ses propres possibilités.

          Par ailleurs il est programmé pour intégrer et reproduire n’importe quel langage et seules les circonstances l’amèneront à s’exprimer dans la langue qui sera la sienne, sa langue dite maternelle. N’importe quel natif de la France profonde ou périphérique pourra tout aussi bien s’imprégner du chinois ou d’un dialecte d’Afrique centrale si on fait le nécessaire pour lui inculquer. Seules les limites de temps et de disponibilité l’empêcheront d’acquérir toutes les langues de la planète.

          Il en est de même dans bien d’autres domaines et force est de constater que pour se structurer harmonieusement un enfant doit nécessairement se limiter dans ses acquisitions. A l’impossible nul n’est tenu. C’est vrai dans tous les domaines et pour devenir pianiste virtuose ou champion du monde du dix mille mètres il faudra concentrer ses efforts et négliger un tas d’autres choses. Mais au départ les possibilités sont immenses.

          Or il se trouve que nous percevons le monde à l’aide de nos sens. Ceux-ci nous renseignant d’ailleurs de façon médiate, ne nous fournissant qu’une traduction fabriquée maison des messages qui nous informent par l’intermédiaire d’ondes qui échappent totalement à notre attention directe. C’est tout à fait comparable à la télévision qui, par l’intermédiaire d’un appareillage technique sophistiqué fabrique pour nous du visible et de l’audible qui sans cela  n’aurait aucune réalité pour nous. Dieu merci d’ailleurs, car le malheureux qui capterait toutes les chaînes directement et en permanence risquerait de devenir fou dans des délais très brefs.

          Donc nos sens nous renseignent, de façon discutable mais cependant assez efficace pour nous permettre de vaquer à nos nécessités. Mais comme le poste de télévision ils ne peuvent le faire que si ils ont été programmés pour le réaliser d’une façon jugée adéquate. C’est ici que l’éducation intervient. Parmi l’invraisemblable afflux d’informations diverses et variées qui nous assiègent à chaque seconde, il va falloir trier et ne retenir que celles qui sont considérées comme pertinentes. Pertinentes ? Oui, mais au yeux de qui ? D’abord de papa et maman, bien sûr, puis aux yeux des autres, tous les autres dont les désirs et les attentes reposent sur un ensemble de conventions qui seules permettent de vivre en société. Notre perception sera donc formatée, éliminant impitoyablement tout ce qui sera jugé inintéressant, non conforme et superflu. Voilà qui ne va guère favoriser la vie intérieure. Là où tout est subjectif, fluctuant et strictement personnel.

                                                                 

          Le monde dans lequel nous vivons et qui est d’ailleurs en train de suffoquer dans ses limites et ses contradictions est celui du rationalisme matérialiste. A ses yeux n’existe que ce qui est observable, reproductible et mesurable, en un mot ce qui est scientifiquement établi. Fort bien et l’on devrait se sentir rassuré, mais l’excès n’est jamais une bonne chose et dans ce cas le « principe de précaution » adopté risque de nous couper d’une large partie du monde  réel. Tout ce qui ne peut être appréhendé par l’intellect, réduit à des concepts et testé avec des instruments de mesure sera réputé inexistant : croyances,  superstitions, gris-gris, Vaudou et tables tournantes, le tout ficelé dans un grand sac avec une étiquette accablante : « subjectivité ».

          Ce faisant on oublie que même le rationaliste pur et dur est un être de chair et de sang qui ne peut en aucune façon échapper à la dite subjectivité. Même si elle est différente de celle du mystique ou du poète. Que ça lui plaise ou non, il a des croyances.

          Mais où voulais-je donc en venir ? Ah oui…se pourrait-il que nous n’utilisions pas toutes les possibilités offertes par notre organisme ? Organisme qui est le seul outil concret  dont nous ayons l’usage. Se pourrait-il que nous nous limitions stupidement nous-mêmes tel l’enfant qui apprend une langue, sa langue maternelle et croit ensuite naïvement que c’est la seule ? (Ils sont fous ces Romains, ils ne parlent même pas français !). En gros se pourrait-il que nous disposions d’autres moyens d’investigation ?

          Depuis fort longtemps les gens un peu plus réfléchis ou un peu plus intériorisés que la foule environnante ont clairement perçu l’essentiel. Pour approfondir quoi que ce soit il vaut mieux être seul, pas forcément physiquement, mais dans son for intérieur, là où l’on ne dépend  plus servilement d’un consensus général, d’une croyance traditionnelle. Alors on prend du recul ? On se recueille et l’on n’hésite pas à se poser les questions qui fâchent, remettant ainsi en cause tout ce sur quoi reposent nos convictions, celles dont on nous a bourré le crâne quand nous étions petits, profitant de la crédulité, de l’innocence et du besoin de certitudes rassurantes face au vaste monde.

 

                                                              Sermizelles le 20 mai 2010

                                                                     Copyright Christian Lepère

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 12:12

402 Cubisme 27 x 22 cm

                                                                                   "Cubisme"  -  huile sur bois  -  27 x 22 cm

 


Squelette et concept

 

            Après avoir atteint, si ce n’est dépassé les limites de l’abstraction les artistes dits d’avant-garde se sont mis à cultiver fiévreusement le concept, en arrivant à négliger quelque peu tout le reste. Or le concept est à l’œuvre d’art ce que le squelette est pour l’organisme d’un être vivant : une charpente certes indispensable, sans laquelle nous ne serions que d’étranges mollusques se propageant tels des amibes dans un milieux aqueux.

            La dignité de l’être humain est d’un tout autre niveau et gloire soit rendue à la nature qui nous a permis la station verticale et les mouvements articulés. Nous sommes des vertébrés, manuels et cérébraux. Mais le squelette n’est principalement qu’un support. Réduite à lui seul la créature humaine perd quelque peu de son charme.

            Imaginez Marilyn Monroe  sans sa pulpe et Schwarzeneger réduit à son support osseux. Désolant ! La vie deviendrait vite insipide. Bien sûr la présence et l’activité de quelques viscères entraîne toutes sortes de conséquences parfois fâcheuses : les passions se déchaînent, nous entraînant dans des débordements coupables, des conflits, des paroxysmes…

            Mais ne serait-ce pas le propos de l’art que de nous parler de notre humanité et de tout ce qui dépassant le simple intellectualisme rend le spectacle de la vie si palpitant ?

                                                           Le Chesnay le 15 janvier 2009

                                                                  Copyright Christian Lepère

                                                                                         "Cubisme"  Huile sur bois 27 x 22 cm



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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 12:55

409-Produits-du-terroir-46-x-38-cm.jpg

                                                                                         "Produits du terroir" - huile sur toile - 46 x 38 cm


Monsieur Martin promène son chien

 

              Comme chaque matin, monsieur Martin promène son chien. Ces deux là sont fait pour s’entendre. On pourrait même parler de complicité. Il y a si longtemps qu’ils vivent ensemble et qu’ils se sont habitués aux petites manies de l’un et de l’autre.

              Comme chaque matin ils font le tour du village. Parcours habituel ponctué de pauses inévitables et de rencontres plus ou moins prévisibles. Aujourd’hui il fait beau et la lumière est douce. Passé le mur du moulin un parfum les attend. De doux effluves viennent caresser les narines de monsieur Martin. De roses de ton pastel, épanouies, éclatantes émane un parfum  subtil, discret et émouvant vous pénétrant jusqu’à la moelle. Tel Marcel Proust envahi par son passé le paisible retraité est rejoint, cerné et investi par de bien anciens souvenirs, d’improbables réminiscences.

              Son chien est un complice, une âme sœur, un complément d’être et pourtant…Va-t-il partager les états d’âme de son maître ? Ou bien suivant sa nature canine va-t-il suivre d’autres pistes ? A ce propos le voila qui flaire et s’agite. Le museau collé au sol il furète. Est-ce une odeur d’urine au pied du vieux mur, une trace olfactive de taupe ou de petit rongeur ? Pour un instant son instinct de chasseur s’est réveillé. Pendant ce temps son maître a sombré dans la nostalgie. Le passé, la jeunesse, Yves Montant évoquant de sa voix chaude les « roses de Picardie ». Et voila…

              L’autre est un autre et canin en plus. Quelle que soit leur complicité le maître et l’animal ne peuvent nullement partager le même monde. Certes ces deux mondes se complètent, s’ajustent et avec l’habitude forment une harmonie cohérente. Mais si monsieur Martin croit que son chien éprouve les mêmes délices que lui, il est en flagrant délit de projection, ce qui est le propre même de la subjectivité humaine.

              Comme il ne s’en soucie guère et préfère vivre dans le confort rassurant de ses fantasmes, tout va pour le mieux.

              D’ailleurs son chien semble aussi satisfait que lui. Alors pourquoi chercher plus loin. Seuls des gens bizarre et compliqués, vous savez ce genre de personnes qui vont chercher midi à quatorze heures, vont ressentir une insatisfaction. Mais ce sont des âmes en peine, des pisse-vinaigre, des inadaptés de la routine, des insatisfaits congénitaux. Alors pourquoi s’en faire ? Prenons les choses comme elles viennent.

              Dormez en paix braves gens, tout est sous contrôle.

 

                                                                       Sermizelles le 20 mai 2010

                                                                             Copyright Christian Lepère

                                                                           

                                                                                  

                                                                 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 11:44

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                                          "L'or de l'automne" - huile sur toile  - 65 x 54 cm

 

 

AU DELA DU CHAMP DU FEU

 

      Dix degrés ce matin au thermomètre. Après la canicule voici venir l’automne. La chaleur accablante après avoir fait place aux ondées a replié bagages. Tout au moins pour le moment. C’est l’accalmie et voici que m’assaillent de très anciens souvenirs.

      C’était jadis, l’enfance et au-delà sans doute. Avec les premières brumes et le soleil déclinant reviennent les éclairages d’arrière saison dont les nostalgies ont toujours été pour moi les prémisses d’un ailleurs, d’un bien plus loin, d’un très au-delà.

      C’est là-bas derrière la colline, plus loin que les vagues bleutées des monts du Morvan. Plus loin que le Bois Monsieur où nous allions chercher du muguet. Plus loin même que le Champ du Feu  où, me disait-on des gens vivaient seuls au milieu des bois… Te rends-tu compte ! Tout seuls !

      Et voilà qu’en ce milieu d’Août le temps a basculé et qu’au plus profond je retrouve ces pays émerveillés de fin de saison.

      Jadis, il y a bien longtemps, quand j’étais petit, la rentrée était le premier octobre et septembre étirait ses brumes dorées  sur les vendanges. Et déjà je me sentais chez moi dans cette fuite du temps, dans cette fin de chapitre. Les jours raccourcissaient, allongeant les crépuscules. Moment paisible et nostalgique où tout se calme et se retire. Où même le clapotis s’apaise, faisant place enfin au silence. Profond et insondable. Magique. Merveilleux et parfois terrifiant, mais d’une douceur si déchirante.

 

 

                                                                      Sermizelles  août 1994

                                                                                                Copyright Christian Lepère

 

 

 

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 15:35

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                                                            "Hommage à Vauban"  -  huile sur bois - 46 x 38 cm

 

 

SOUS LE REGARD DE VAUBAN

LE CENTRE DU MONDE

     Ainsi Salvador Dali s’est trompé, ou bien il a menti. Allez donc savoir. De toute manière il a répandu l’erreur en affirmant que la gare de Perpignan était le centre du monde.

      Certes ce bâtiment ne saurait être tenu pour quantité négligeable et il est vrai que relié à tout le réseau ferroviaire de France et d’ailleurs, il peut émettre quelques prétentions. Cependant la logique a ses lois et le monde, aussi vaste qu’il puisse se présenter à nos sens, ne saurait avoir deux centres. Or, et nous l’avons vérifié depuis bien longtemps, le centre du monde se trouve à Avallon, plus précisément au « Café de l’Europe », au cœur de la ville, face à la statue de Vauban  et plus précisément encore, non pas à la terrasse, terrain d’observation estimable mais quelque peu périphérique, mais dans la salle surélevée de quelques marches dominant cette dernière.

      Aujourd’hui, par chance, une table était libre au centre du centre, au cœur du cœur, en ce point ineffable d’où tout rayonne.

      Ceci, quoique indiscutable, mérite d’être expliqué. Qu’est-ce donc qu’un centre , sinon ce point sans dimensions, inexistant, d’où tout peut être saisi, envisagé et remis à sa place ? Ce point idéal d’où tout peut être vu. D’abord les garçons de café empressés qui, ayant bien pressenti notre position privilégiée n’ont même plus besoin de venir s’enquérir de nos vœux : « Comme d’habitude ? » demandent-ils avec un sourire complice et en toute simplicité nous répondons « oui ! ». Tout superflu élagué nous pouvons ensuite contempler la salle qui nous entoure, rayonnant dans toutes les directions.

      A proximité un groupe de bambins merveilleusement éveillés se goinfrent, aspirent avec des pailles et font les pitres sous le regard attendri de leurs parents. Jusqu’au moment où la fille entreprenant de manœuvrer les stores vénitiens va recevoir une petite fessée pour endiguer ses initiatives.

      Ailleurs des retraités, des touristes, des jeunes, des motards, des campeurs. Toute la faune bariolée de notre beau pays et de ses environs : hollandais blonds, anglais en vacances, allemands en bermudas. Cependant, plus de turcs. Auraient-ils été refoulés pour manque de travail ? Mais des bronzés, des basanés, ainsi que des créatures pâles ou roses, ravissantes et diaphanes.

      Parmi toute cette foule,parfois une figure connue : un copain à nous, un habitué, un pilier de comptoir avec qui nous n’avons même pas besoin d’échanger un coup d’œil complice. Il sait que nous sommes là et qu’ainsi tout est bien.

      Au-delà c’est la rue, la place, le rond-point où virevolte un incessant ballet de véhicules. Où tout converge et d’où tout repart, réorienté selon quelques lois mystérieuses. Des touristes vont et viennent, des chiens traversent, des enfants mangent des glaces et quelques vieux autochtones promènent leur bedaine et leur face rougeoyante de joyeux bourguignons, tandis que d’autres, hagards, traînent leur carcasse vermoulue.

      Non contents de dominer tout ce monde d’un regard circulaire, nous nous offrons le luxe de jouer de son image démultipliée par les reflets des vitres et la réfraction des glaces. Ainsi, telle personne qui s’avance vers nous, se déplace aussi de profil comme un fantôme dans un miroir poli et nous présente simultanément ses arrières par l’effet de quelque mystérieux artifice d’optique. Et tout cela se mélange, se superpose. La petite fille est rouge de l’éclat de la voiture qui passe et sa maman bariolée de fleurs,coupée en huit ; éclatée par le kaléidoscope des portes qui font face aux miroirs, qui reflètent les vitres, qui renvoient les portes…Et tout cela à l’infini et simultanément.

      Repus de couleurs, de lumières et de bruits, nous finissons par quitter le centre. Saturation faite, le plein assuré, nous pouvons retourner chez nous, en attendant demain où nous pourrons à nouveau, pour une somme véritablement modique nous retrouver au poste de contrôle d’où tout part et où tout revient. En vérité le centre du monde.

 

                                                   Sermizelles le 11août 1994

                                                     Copyright Christian Lepère

 

 

 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 15:40

279 Antre du retraité 65 x 54 cm

                                                                 "L'antre du retraité"   (huile sur toile - 65 x 50 cm)

                                            


PEPE LOUIS ET SON DESTIN


                 Tassé dans son fauteuil, le mégot éteint et humide pendant au coin des lèvres, pépé Louis ronfle la bouche ouverte. Gargouillis, borborygmes  et sifflements se succèdent. Le spectacle pourrait effrayer un enfant mais malgré mon âge tendre je ressens une présence amicale plutôt rassurante, comme celle d’un paisible ruminant ou d’un gros chien familier.

             Pépé Louis est petit, bossu, et sa main droite happée jadis par une machine à bois n’a plus que trois doigts. Il est par ailleurs assez peu porté sur l’action et depuis qu’il est veuf son existence s’écoule paisiblement au sein de la campagne bourguignonne.

             Maintenant il est seul et en a pris son parti. D’ailleurs mémé Léonie repose au cimetière tout près, presque à portée de voix. Elevé dans un athéisme militant il bouffe du curé et attend sans enthousiasme la mort qui mettra fin à tout.

             Pour les gens le père Louis reste une figure. Malgré son physique et son peu de goût pour l’effort, il peut encore se rendre utile. Ainsi quand la belle saison se termine dans un flamboiement d’après les moissons, il est toujours volontaire pour aller prêter main forte et brandir avec sa fourche les bottes de paille qui s’engouffrent dans l’énorme batteuse. Sensation exaltante d’être un maillon de la chaîne. Sans doute cela lui rappelle-t-il le temps où durant  la grande guerre il a connu la camaraderie des tranchées. Uni avec les copains de la classe  il peut se surpasser et mériter la médaille militaire  accrochée dans un cadre au dessus du fourneau.

             A d’autres moments sa passion maniaque et solitaire va l’amener à bêcher quelques mètres carrés pour y planter divers légumes sans mesurer son temps. La terre réduite en infimes particules, débarrassée du moindre caillou et homogène au-delà du raisonnable pourra accueillir les plantations auxquelles un terrain plus rustique conviendrait tout aussi bien. Mais guidé par son idéal il ne se pose pas de questions superflues et continue sa tâche avec une régularité de métronome.

             Cela aide le temps à s’écouler et bon an, mal an il va se rapprocher de la fin inéluctable, perdant peu à peu les menus plaisirs du quotidien pour se réfugier dans d’interminables siestes. « L’Yonne Républicaine » fleurant bon l’encre encore fraîche, glissant de ses mains, ses ronflements continueront à remplir la maison de la cave au grenier.

             Pour moi jusque là tout allait bien. Paisible et tolérant, Pépé Louis était gentil avec les enfants. Si il nous grondait, ce n’était que pour faire bonne figure auprès des autres. Ainsi il persistait à nous envoyer scrupuleusement à la messe du dimanche matin alors qu’il réprouvait ces pratiques obscurantistes d’un autre âge et cela uniquement pour faire plaisir à sa fille qui aurait eu honte de négliger le salut de notre âme. Bien entendu elle-même n’y allait pas car elle était surchargée de besogne…

             Donc tout allait bien mais un beau jour vint pour moi le temps de l’adolescence. L’intellectuel raisonneur que j’étais devenu très jeune et qui cherchait toujours à comprendre le pourquoi du comment risquait de poser problème. Et c’est ce qui advint. Hanté par la métaphysique et ses énigmes de base, je m’interrogeais sur le sens de l’existence. Cela ne plaisait pas trop et l’on me rétorquait que j’allais chercher midi à quatorze heures alors que la vie était déjà bien assez compliquée comme ça. De toute façon je verrais bien, plus tard, quand je serais à mes croûtes, ou en termes plus convenables quand j’aurais à subvenir moi-même à mes besoins. Mais le raisonneur insistait car il voulait comprendre et cela le rendait peu conciliant. Avec le recul je plains mes pauvres parents qui eurent à supporter mes états d’âme et mes hésitations, mais je persiste aussi à penser qu’ils avaient une fâcheuse tendance à m’admirer pour de mauvaises raisons tout en me reprochant mes qualités essentielles. Ce qui n’est pas vraiment judicieux.

              Mais la vie est obstinée, tel un bœuf au labour elle a continué droit devant elle jusqu’au bout du sillon avant d’en attaquer un autre et un jour, bien sûr, pépé Louis est mort. Quelques anciens, Survivants de « la classe » ont suivi le cercueil en silence et la famille éplorée dont je faisais partie s’est sentie un peu triste.

             L’épisode clos, mes interrogations persistaient et, loin de les calmer mon entrée dans la vie professionnelle ne fit que les amplifier en les compliquant à plaisir. Car de l’idéalisme il fallait passer au concret. Et ça, je ne savais pas bien faire. Jusque là mes vues étaient théoriques et en théorie on a la partie belle. Les piliers de comptoir s’en doutent un peu quand ils reconstruisent le monde en se demandant comment le pape a pu déraisonner à ce point…ou comment l’aveuglement du chef de l’état, si ce n’est de celui de l’opposition, a pu l’amener à…Bien sûr qu’à leur place ils n’auraient pris que de sages décisions et n’auraient pas été s’empêtrer dans des combines louches et des alliances douteuses. Car quand même, on se demande comment ils ont pu, ou osé, alors qu’il suffisait de…

             Donc, confronté au quotidien, j’ai du revoir ma copie. De nombreuses fois et sans vergogne car la vie ne cessait de me piéger sournoisement en me faisant découvrir d’autres paramètres jusque là restés cachés à ma vue.

             En fait rien n’est simple. Oserez-vous me contredire? Tout est complexe et enchevêtré et surtout, tout dépend de tout. C’est un peu accablant mais je crois qu’il faudra s’y faire. D’autres l’ont compris avant nous, mais à quoi nous sert leur expérience? C’est à chacun de tout redécouvrir et d’intégrer petit à petit le maximum de données pour trouver l’issue. Car elle existe, mais nous aimons tellement errer dans le labyrinthe en faisant semblant de vouloir en sortir que nous n’hésitons jamais à jouer les naïfs en prétendant être dépassé par des problèmes insolubles.

             Mais revenons à nos moutons ou plutôt à pépé Louis. Enfermé dans son petit monde il fonctionnait cahin-caha. A-t-il vraiment profité de la vie? Sans doute y a-t-il trouvé des joies et des plaisirs. Après tout un canon de vin rouge et une cigarette roulée à la main, ce n’est pas rien. Mais cela peut-il suffire? Il y avait aussi les parties de carte avec les vieux amis et dans la brume de l’aube la cueillette des champignons de rosée  et puis le goujon qu’on va taquiner au bord de la Cure et le vélo solex qui permet, en pédalant dans les côtes de rallier Paris dans la journée à condition de se lever tôt  et de ne pas craindre la tombée de la nuit.

             Mais tout a une fin et pépé Louis s’est éteint un jour à l’hôpital d’Avallon. Malgré ses convictions (d’ailleurs non vérifiées) il se pourrait bien qu’il ait poursuivi sur sa lancée dans quelque autre plan plus subtil, à moins qu’il ne soit revenu très vite pour tenter à nouveau de réussir là où la vie n’avait pas répondu à ses attentes. Allez donc savoir…Mais est-il possible que son acharnement et son opiniâtreté à poursuivre son existence aient pu se terminer de façon aussi courte et à tout prendre aussi peu satisfaisante. Si le désir est un moteur puissant, la frustration et le sentiment d’échec peuvent l’être tout autant. Faisons leur donc confiance et notre avenir sera assuré.

 

 

                               Le Chesnay, le 16 Octobre 2006

                                                                   Copyright Christian Lepère




570 L'estaminet 51 x 45 cm


                                  "L'estaminet"  (huile sur toile - 51 x 45 cm)                                  

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 16:08

TROIS PETITS TOURS ET PUIS S’EN VONT

 

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                                                               "Fête Baroque"  130 x 97 cm

            La mort nous attend au tournant. Glissade ou rupture d’anévrisme ? Dérive longue et lente au fil de transfusions sans fin ou brutal détournement terroriste un jour de 11 septembre ? C’est au choix ou au hasard, selon les croyances et les us et coutumes de chacun. Mais qui se tapit vraiment sous ses oripeaux ? Lugubre et glacée ou amicale, que nous veut-elle en fin de compte. Et si tout cela n’était que mascarade, facéties loufoques et plaisants quiproquos ?

            Après tout ce n’est qu’une porte. Donnant sur quoi ? Sur les coulisses… celles d’où, un beau jour nous avons surgi après nous être grimés et où nous disparaîtrons sous les applaudissements ou les huées, à moins que la salle ne soit vide…

             Et après ? Après ce sera la suite, plaisante ou non, avec ses paradis, ses enfers et ses purgatoires, où l’on est prié de s’améliorer avant de passer au niveau supérieur. Et la vie ? La vie, elle, va selon son habitude poursuivre l’infini déploiement de ses extravagances. Et si ça ne vous plait pas, il ne vous restera plus qu’à vous syndiquer avant de rencontrer le Bon Dieu. Sait-on jamais, peut-être est-il ouvert à la négociation …

 

                                                                                      Le 22 mai 2008     

                                                         copyright Christian Lepère          

 

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 13:26

 

 

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Et sur les murs j'écris ton nom : liberté

 

          La croyance la plus universellement répandue est que nous sommes des entités libres et autonomes. Ce point de vue est malgré tout plutôt moderne et occidental car dans les civilisations traditionnelles l’homme était considéré comme un élément de la création soumis aux lois implacables du cosmos mises en place par le créateur. Les grecs, et leur dramaturgie le prouve, croyaient au destin et leurs héros étaient soumis à un devenir implacable auquel ils ne pouvaient nullement échapper.

         Oui, mais voilà, il y a la volonté. C’est à la renaissance que le progrès des connaissances scientifiques a progressivement fait germer dans les esprits intellectuels l’idée que,  par la connaissance des lois, l’homme pourrait ensuite les utiliser à son profit et détourner le cours des événements, faisant ainsi la nique au démiurge...

           Tout cela est bel et bon  car si je peux décider librement d’une ligne de conduite et m’acharner à obtenir ce qui me parait souhaitable, il semble bien que je dispose d’une part de liberté. Et voilà le libre arbitre qui entre en scène, séduisant et machiavélique. Car grâce à lui je vais pouvoir me livrer à des jeux fort subtils, mêlant la brutalité à la persuasion,  cherchant par tous les moyens à manipuler mes semblables et par ce biais les situations. Merveille ! Nous venons d’inventer la politique et la diplomatie,

Justifiant ainsi d’emblée les actions les plus contestables et les plus incertaines, à condition que ce soit pour la bonne cause.

            Or, la cause qui me tient à cœur est nécessairement la bonne, du moins à mes yeux. Mais peut-être que mon teigneux de voisin n’est pas d’accord. Ca ne m’étonne pas car il a toujours eu des conceptions bizarres, privilégiant de la façon la plus choquante ses propres intérêts. Mais passons… Si le libre arbitre est universel, il faut bien reconnaître que certains en font un usage plus que contestable.

            Enfin l’essentiel est établi : je suis libre ! Oui mais de quoi ? En tout état de cause si je prends des décisions c’est parce que je suis un être raisonnable, donc me défiant de l’impulsivité. Je cherche à comprendre après m’être documenté et avoir examiné les données objectives. C’est que je souhaite ne pas me tromper ! Donc si finalement je prends une décision c’est que je la juge opportune et sensée. En d’autres termes c’est qu’elle repose sur des raisons admissibles par tout être lucide, doué de réflexion et apte à juger sainement. Je ne peux donc plus me fourvoyer.

              Hélas le quotidien me prouve sans cesse que les autres sont rarement d’accord avec mes conclusions. Je suis donc tenté de me dire, ou bien qu’ils sont mal renseignés, ou qu’ils n’ont pas apprécié objectivement toutes les données. A moins que, et c’est abominable, ils ne soient en train de biaiser ou de se mentir à eux-mêmes en refusant certaines données pourtant flagrantes. Mais au fait ne serais-je pas dans le même cas ? Car après tout je cherche à bien faire mais je ne peux douter totalement de la bonne foi et de  l’intelligence des autres…

               Donc si je prends une décision, c’est parce qu’elle me paraît bonne. Sans doute les autres font-ils de même. Et voilà que j’arrive à la conclusion surprenante qu’en réalité chacun cherche à bien faire et qu’en définitive l’homme ne peut que rechercher le bien. Mais l’homme ? Tous les hommes (et les femmes) ? Même Hitler ? Même Staline ? Eh oui tous, sans exception, le seul problème étant que chacun a son échelle de valeurs et ses références et que ce qui lui paraît essentiel est négligeable au yeux de ses opposants. Il est bien connu que le paradis de l’un est l’enfer de l’autre et de là à vouloir imposer l’enfer à l’autre pour son bien, évidemment, il faut avouer que la pente est glissante.

                 L’histoire prouve surabondamment que c’est au nom du bien que les pires horreurs ont été commises. Que faut-il en conclure ? D’abord que l’enfer est pavé de bonnes intentions, et ensuite que quoi qu’il fasse l’individu choisit toujours irrémédiablement la solution qui lui paraît la meilleure (ou tout au moins la moins mauvaise, car entre la peste et le choléra…) mais que hélas, fluctuant comme il est, ce meilleur peut dans des délais très brefs devenir pour lui le pire. Car l’homme est faillible et passe une bonne part de son temps à se tromper, puis à se repentir, quitte à retomber un peu plus tard dans les mêmes ornières, mais en étant à chaque fois certain d’avoir raison. Et cela dans la plus totale liberté.

 

 

                                                    Le Chesnay le 16 Février 2007

 

                                                    Copyright Christian Lepère

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