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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 08:12

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                                                                                                "Folie douce" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

 

AUTO BIOGRAPHIE

 

PREAMBULE

 

Si nos vies sont des palimpsestes

Surchargés de nos vains écrits

Pourquoi donc y coucher ainsi

La splendeur de nos faits et gestes.

 

VIE DE L’ARTISTE

 

J’aimais faire un pas dans la danse

Coucher par écrit mes projets.

Que reste-t-il de ce qui fait

Que je ne fus qu’ambivalence ?

 

Certes, au sommet de la maison

Là où la cheminée fumait

J’aurais pu jusqu’à l’horizon

Et perché dans ma déraison

Installer mon poste de guet

 

De là j’aurais pu à loisir

Superviser la conjoncture

Condamner la modernité

Qui déployait ses défilés

A l’assaut de quelque futur

Hasardeux et triste à blêmir

 

Mais pourquoi s’en faire des carnages

Quand nos vies sont de grands châteaux

Crénelés, flanqués d’entourages

Fortifiés contre les assauts

De ceux qui trop, qui pas assez

N’en feront jamais qu’à leur tête,

Ne bâclerons jamais en fait

Qu’un tiers du quart de la moitié.

 

Il faut s’y faire, je suis minable,

Mais si par quelque extravagance

L’avenir me rendait hommage :

« Honneur et gloire à son courage,

Longue vie à son arrogance

Et à ses humeurs détestables ! »

 

Un anonyme émerveillé

Pourrait couronner mon histoire

Disant à qui le voudrait croire :

« Ici est né et a vécu

Sans ambages et sans préambule

Un de ceux qu’on immatricule

Qu’on fiche et qu’on répertorie.

 

Si son histoire s’est déroulée

Ni plus ni mieux qu’à l’ordinaire

Sans trop de bas, sans trop d’hiver

C’est qu’il était prédestiné ! »

 

CONCLUSION

 

Il chercha autour de son âge

Il chercha hors de la saison

Chez les autres, chez les sauvages

Avec passion et avec rage

Ce qu’il avait en sa maison

Ce mirliton

 

 

                                          Font d’Isière  Février 1993

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

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                                                       "Le yin regarde passer le yang" - huile sur panneau - 27 x 22 cm

 

 

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                                                                                  "Un monde fou" - huile sur toile - 61 x 50 cm

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 09:21

 

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                                                                                                                           montages numériques

 

PIERRE SUR PIERRE

 

              Tout jeune, découvrant la technique de la gravure à l’eau-forte et l’œuvre flamboyante de Jérôme Bosch, j’avais fait irruption dans l’arrière monde. Celui du rêve, peuplé de créatures fantasques mêlant la forme humaine aux excroissances animales les plus diverses. Cornes, mandibules, rostres et becs d’oiseaux aux voilures improbables ornaient des créatures hybrides, sensuelles ou brutales qui peuplaient des paysages nourris de tous les détails du réel mais baignés d’étrangeté.

              L’architecture, elle aussi revisitée, y servait parfois de cadre à des scènes symboliques : rencontres, processions, ballets aériens, parades nuptiales et affrontements de monstres plus ou moins complices.

              La gravure, art confidentiel et tout pétri d’intériorité, convenait parfaitement au déroulement de ces psychodrames mais la trentaine déjà dépassée je commençais à éprouver le besoin de réalisations plus concrètes. Il me fallait du solide : de la pierre et du mortier modelé à la main quand la truelle se révèle trop rigide. Il me fallait aussi piocher et pousser la brouette. Après une jeunesse assez intellectuelle je revenais à la terre bourguignonne.

              Dans notre jardin, non loin de Vézelay, je commençais par aligner sagement quelques dalles trouvées dans les champs labourés. Et cela fit une allée pour monter au garage…Plus tard, un peu las d’être courbé je commençais à me redresser, position plus adéquate pour monter des murs.

              D’abord rampants, ils ne tardèrent pas à prendre un peu d’envergure

Puis ils se courbèrent et se mirent à sinuer avant de se refermer pour former un bassin. Un empilage de bûches exhumées de la caves vint ensuite à mon aide pour soutenir une arche en construction. Tel un artisan du moyen âge, j’étais en train de retrouver quelques techniques ancestrales

              Depuis longtemps le Palais Idéal du Facteur Cheval hantait mon imaginaire et si je n’avais pas encore eu le loisir de me rendre en pèlerinage à Hauterive, je sentais bien dans quel sens tout cela m’entraînait.

              Inconscient de l’ampleur de ce qui me hantait, j’attaquai la construction d’un second bassin qui ne tarda pas à être enjambé par un pont en pierre. C’est alors que les problèmes d’étanchéité commencèrent à se poser. Mais rien n’arrête le bricoleur impénitent et acharné…

              Ne sachant rien faire d’autre le temps a continué à passer. De mon côté je me suis obstiné dans mon projet de maçonnerie sauvage et écologique. Après avoir l’été dernier refait le mur de la propriété sur au moins vingt cinq mètres sous l’œil ébaubi des voisins et de quelques touristes passant à pied, à cheval ou sur leur vélo, cette année je me suis lancé dans l’habillage en pierre d’une citerne en parpaings construite selon les règles de l’art par un maçon local et professionnel. Cela évitera au moins d’avoir des fuites intempestives et m’a permis de délirer à ma guise  sur des bases solides ce qui est somme toute plus rassurant.

              Voici donc quelques photos de ces élucubrations, fruits d’une improvisation qui me mène où elle le veut bien, avec l’aide des matériaux généreusement fournis par la nature et quelques vieux murs écroulés recelant encore des pierres dignes d’être assemblées.

 

                                                                     Le Chesnay le 28 septembre 2006

                                                                     Copyright Christian Lepère

 


 

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                                                      "Le long du chemin"

 

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                                                          "Le maître des lieux"

                                                                                           

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 09:35

 

152 Un ciel serein 65 x 54 cm

                                                                                                    "Un ciel serein" - huile sur toile - 54 x 65 cm

 

 

Harry Potter tel qu'en lui-même

 

       Pour mon anniversaire mon épouse m'a offert une séance de cinéma en 3 D. Délicate attention car c'était une lacune à ma culture numérique. Et j'avoue avoir été impressionné  par la qualité technique de la réalisation qui de plus était mise au service d'un sujet adapté : le dernier épisode des aventures d'Harry Potter.

       C'est avec intérêt que j'avais suivi depuis le début les aventures rocambolesques du petit sorcier. Au début c'était plutôt le pittoresque et le côté conte de fée à base de baguettes magiques, de formules incantatoires, de balais volants de philtres et de sorts jetés  qui m'avait attiré car c'était traité avec beaucoup d'humour. On ne se refait pas et c'est tout petit que je suis tombé dans l'imaginaire. Voila pour l'irrémédiable.

       Cependant au fil des épisodes et des années le cours de l'histoire a évolué et l'auteur du roman s'est laissé entraîner par son sujet. Pour passer ensuite à l'écran il fallait des acteurs, très jeunes au début et très naïfs, mais ensuite de plus en plus mûrs. Ils ont grandi, se sont étoffés et ont commencé à se poser des questions. Dans le même temps les péripéties sont devenues plus complexes, plus subtiles, de moins en moins au premier degré. Mine de rien on abordait les grands thèmes de la destinée humaine avec la découverte de la mort, l'éveil de la sexualité et la découverte de l'ambivalence. Finie, bien finie l'innocence enfantine. Comme dans l'immense saga du "Seigneur des anneaux" la destinée pouvait déployer ses coups de théâtre, ses hésitations et ses repentirs avant de repartir de plus belle vers la fin inévitable.

       Voilà donc nos héros qui se posent des questions sur eux-mêmes et sur leurs semblables. Problèmes d'identité, répartition des rôles, ambivalence des personnages en apparence les plus monolithiques , tout y est. De quoi devenir bouddhiste si l'on ne se contente pas d'une identification primaire à ce que l'on est censé être, le petit personnage social repéré, identifié et qu'on peut ensuite faire figurer dans les statistiques. En tant que chômeur, copocléphile ou chef de bureau représentant du syndicat. A moins que l'on soit monsieur Dupont, employé surnuméraire d'une multinationale dans le secteur de la pétrochimie, auquel cas il convient d'aller passer ses vacances sur la Costa Brava après avoir affronté courageusement les bouchons estivaux sous le tunnel de Fourvière avant d'aborder le péage suivant pour y verser son obole.

       Donc Harry Potter a des problèmes. Marqué au front , il est désigné par le destin pour combattre Voldemor, le méchant absolu, le mal personnifié. Et petit à petit on comprend que, sans en être complice, il a aussi des liens subtils avec ce hideux personnage qui est en quelque sorte son ombre, sa part de folie démoniaque. Tout cela peut paraître naïf mais j'ai bien peur que ce ne soit  le compte rendu exact de ce qui nous fonde. Nous passons le plus clair de notre vie a combattre la part de nous-même  que nous nions et refoulons. Ce qui est quand même un peu idiot (permettez moi de citer Jacques Brel : "On fait des montagnes avec ce qu'on peut!" et on a tellement besoin d'ennemis à combattre.

       Jadis un livre m'avait frappé par son style et son thème un peu surprenant. C'était "Le vicomte pourfendu" d'Italo Calvino. Dans ce petit conte initiatique l'auteur nous décrivait le destin d'un malheureux tranché en deux par un coup de canon. De lui ne restait qu'une moitié. Et elle était épouvantable. Ne rêvant que crimes et turpitudes le vicomte, comme le motard "En blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos" chanté par Edith Piaf "semait la terreur dans toute la région!". Et puis un jour, ô surprise, le voila devenu doux, aimant et serviable. On finit par comprendre que c'est la seconde moitié qui a réussi à survivre. Pour clore l'histoire les deux moitiés se rencontrent, se battent en duel, se saignent proprement permettant ainsi aux chairs mises à nu de se ressouder pour reformer un vicomte bien vivant et reconnaissable. Mais bien sûr il n'est plus ni gentil ni méchant ou plutôt il est les deux suivant les circonstances mais de façon plus anodine. Il est en fait redevenu simplement humain et à vrai dire moins intéressant pour qui veut écrire de belles histoires.

       Ainsi la destruction de Voldemor met aussi fin aux aventures d'Harry Potter qui, brisant la baguette magique toute puissante et refusant l'illusion du pouvoir peut devenir un honnête père de famille qui prépare ses enfants à vivre leur vie de petits sorciers.

       Si je suis fasciné par ce thème c'est sans doute que je suis un peu Harry Potter. Quelle prétention me direz-vous. Non, car vous l'êtes aussi, vous,  mon semblable, mon frère…Mais foin du machisme, ne généralisons pas abusivement car il est aussi possible que votre sexe vous amène à être plutôt Hermionne, sorcière notoire. Ce qui n'est pas plus mal.

 

                                                                           Sermizelles le 1° août 2011

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

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                                                               montage numérique

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 09:27

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                                                                "Alice au delà du miroir"         montage numérique

 

 

L'ART DE L'IMAGINAIRE

 

 

           Religieux depuis les origines, l’art, à la Renaissance s’est étendu au domaine profane. De symbolique il est devenu figuratif, s’ouvrant ainsi à une savoureuse diversité de sujets : somptuosité des natures mortes, sensualité du nu, émerveillement devant les paysages déployés.

  Cette évolution l’a conduit à l’exploration de multiples domaines et, un beau jour, au début du vingtième siècle, tout ayant été exploré, il s’est orienté résolument vers l’abstraction. Mais cela ne pouvait suffire et, après avoir tout renié, il n’est plus resté que le concept, ultime avatar et suicide subtil pour intellectuel déprimé.

Cependant, une forme particulière de figuratif existant déjà dans l’art religieux, s’est manifestée constamment au fil du temps. Le terme d’imaginaire lui convient mieux que celui de fantastique évoquant plutôt pour nos contemporains un univers de légendes mâtiné de science-fiction et quelque peu porté sur la violence. Or, si ceci fait aussi partie de l’imaginaire, ce n’en est qu’un aspect pittoresque et trop souvent superficiel.

L’art peut prétendre à plus et par le biais d’une authentique maîtrise technique nous faire voyager dans les profondeurs de la psyché, là où sont nos racines authentiques. Et sans doute aussi notre devenir. D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Voilà les vraies questions, celles portant sur le rôle qui nous est dévolu dans l’immense déploiement de la création.

Jérôme Bosch a été un grand précurseur et les surréalistes l’ont bien compris ainsi que nombre d’artistes actuels reconnaissant ce qu’ils lui doivent. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt car dans les siècles suivants nombreux furent ceux qui parlèrent de leurs rêves et de leurs aspirations les plus secrètes en jouant subtilement sur la symbolique des formes et des couleurs.

Contrairement à d’autres tendances, l’art de l’imaginaire repose sur l’évidence que l’homme n’est réductible ni à son corps ni à son intellect, mais que sa grandeur véritable réside dans les profondeurs de sa psyché. Profondeurs hélas inconscientes dans les conditions ordinaires ! A cet égard, si la psychanalyse a ouvert des portes, son approche a aussi été réductrice dans la mesure où elle n’a pas assez réalisé que le subconscient n’était qu’un des étages de l’intériorité et non le plus essentiel.

Du niveau horizontal où l’existence nous piège, nous pouvons certes descendre dans les caves avec délices et effroi, mais aussi accéder aux terrasses pour contempler l’azur dans sa sérénité.

Dans cette direction, l’artiste digne de ce nom  est celui qui, plongeant ses racines dans l’humus fertile de l’inconscient collectif, sait ensuite faire monter la sève dans d’exubérantes floraisons. Mais c’est l’humanité entière qui rêve par ses poètes et s’émerveille à travers les yeux du visionnaire.

 

Plus vivant que jamais, l’art de l’imaginaire est sans doute en train de produire les oeuvres les plus fortes de notre époque, celles qui porteront témoignage pour nos successeurs. Aujourd’hui l’humanité vit sous nos yeux un bouleversement profond, violent, chaotique, mais nécessaire pour que survienne une mutation inouïe. Déçue par l’illusoire conquête du monde matériel, la race humaine va sans doute devenir plus sage en revenant à elle-même, aidée par des découvertes scientifiques fabuleuses,  qui explorant l’infiniment petit, complexe,  subtil et dématérialisé, nous ont amené à douter du caractère absolu de nos perceptions et des conclusions simplistes que nous nous obstinons à en tirer. Cependant il faut bien ajouter que les retombées technologiques de ces découvertes semblent au contraire assez perverses, ne faisant que nous conforter dans notre prétention à la toute puissance. Internet et le téléphone portable mettent à notre portée le « miracle » de l’omniscience et de la communication instantanée et cela risque de nous monter à la tête…L’humanité est donc en train de vivre une effarante crise d’adolescence avec toutes les contradictions que cela comporte.

Si la nature humaine même adulte n’est pas simple, il serait bon de voir d’où nous vient l’irrationnel qui hante nos profondeurs. Muni de son ordinateur cérébral fonctionnant comme une machine sophistiquée et  dans bien des cas assez performante, tout un chacun se devrait d’être logique et raisonnable. Or il n’en est rien et bien souvent nos comportements trahissent des penchants bien peu rationnels. C’est que nous sommes avant tout une âme qui anime et se sert de la machine pour réaliser ses propres desseins. Et l’âme, en toute simplicité, n’a qu’une idée en tête, découvrir sa propre origine et réintégrer sa source. Assoiffée de transcendance elle cherche l’absolu, mais hélas, trois fois hélas, elle le cherche dans le relatif. Dieu merci cette petite erreur que certaines traditions ont appelé « péché originel » est aussi  à l’origine des plus grandes créations humaines et de tout ce qui nous pousse à nous surpasser. L’art est de ce point de vue une erreur très féconde à l’origine de bien des chef-d’œuvres picturaux, musicaux et autres…     

Comme il est aussi bien connu des traditions sérieuses qu’il faut se perdre pour se retrouver et que l’intimité avec sa propre profondeur n’est pas une donnée de base, il ne nous reste plus qu’à suivre le conseil de Socrate : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras les secrets de l’univers et des dieux ». Vaste programme ! Mais il se pourrait que l’art de l’imaginaire puisse nous y aider dans une certaine mesure.

Tout ceci étant posé, il reste encore à honorer quelques rêveurs notoires. Si Claude Verlinde parle avec humour des animaux que nous sommes, il n’ignore pas que le monde n’est qu’un théâtre où chacun vient se livrer à quelques facéties avant de retourner dans les coulisses. Dans la lumière d’un crépuscule doré, Marc Halingre attend le train qui le ramènera enfin aux lumineuses contrées de l’enfance et Roland Cat nous invite dans ses paysages de l’âme, plus vrais que nature mais subtilement dérangeants.   Chez Beksinski, du rêve à l’épouvante, toute la gamme des sentiments est stimulée avec une efficacité diabolique. Plus sereines les contrées somptueuses de Kazimierz Dzyga sont habités, bien que vides de présences humaines.

Qu’on m’excuse de ne pas citer les autres, tous les autres, dont beaucoup sont des femmes en ces temps de réveil de l’âme du monde et de la profonde richesse de l’intuition féminine. Si ils sont moins connus, c’est que les projecteurs médiatiques se braquent de préférence sur ce qui s’agite et fait scandale et beaucoup plus rarement sur ce qui a pris le temps de mûrir.

Dans l’instant la médiocrité tapageuse assure un meilleur audimat que la persévérance inlassable du véritable talent. Et même si quelques exceptions viennent l’infirmer, cette loi règne sur notre monde déstructuré de manière accablante. Mais plus pour très longtemps sans doute car l’excès amène inévitablement son contraire.

                                                                       

Préface du livre

 "Le cheval dans la peinture fantastique"  éditions SAFIR 1999

Copyright Christian Lepère

 

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               "Alice in the sky" -  montage numérique

 

 

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                      "Ninafleur" - montage numérique

 

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  "Réunion de famille" - montage numérique

 



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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 15:50

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                                                                                                                "Lassitude" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

LE RAS DU RAS DU BOL

 

J'ai connu bien des gens et j'en ai fréquenté

des glabres, des barbus, des grands, des gros, des niais

et des donzelles aussi, fessues ou efflanquées.

J'ai connu bien des gens, des jeunes, des lurons

Des vieillards édentés, des vieux beaux à lorgnons

Flanqués de leur compagne et de leurs rejetons.

 

Et j'en ai tant et tant revu et côtoyé

Des jeunes plus ou moins et d'anciens jeunes encore

Des caducs, des bancals, hors d'âge ou remisés.

Certains étaient pimpants, d'autres rafistolés

Certains francs du collier et d'autres sans remords

Après tant de rapines, magouilles ou coups fourrés.

 

Hélas j'en ai tant vu dans la rue ou ailleurs

Tassés dans le métro ou grillant sur des plages

D'exquises demoiselles et des rombières hors d'âge

Et des ambivalents cernés de gros machos.

 

J'en ai vu, j'en ai vu et jusqu'à satiété

Jusqu'à plus soif aussi, je suffoque à moitié.

C'en est trop, c'en est trop, pitié la coupe est pleine

Et j'en ai tout mon saoul de cette humanité.

 

Alors avec le temps qui passe et passe encore

Et qui ne sait rien faire d'autre que s'écouler

Et de me charger d'ans dont je ne sais pour lors

Plus que faire, plus que dire sinon que patienter.

Voilà que je suis las et je ne vois plus guère

Que la sortie du jeu, la porte de secours

Qui permettra enfin de prendre l'escampette

Et de quitter ces lieux pour le moment venu

Partir vers d'autres cieux

Voir ailleurs si j'y suis.

 

 

                                                Sermizelles le 4 juillet 2011

                                                Copyright Christian Lepère

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 07:53

105-L'équilibre------------

                                                                                                                          "L'équilibre" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

Vaste perspective

 

                 Soyons honnêtes, ça nous changera. Tous autant que nous sommes, du s.d.f. le plus minable au directeur du F.M.I., tous nous vivons sur l'intime conviction d'être le centre du monde. Pourtant les événements s'acharnent à nous prouver le contraire et que tout n'obéit pas au doigt et à l'œil  à notre volonté tyrannique (même si nos intentions sont parfois louables et altruistes).

                 Fasciné par les mystères de la perspective dont on m'avait expliqué les principes et le fonctionnement à l'Ecole des Arts Appliqués, il m'est petit à petit venu à l'esprit que cela pouvait en partie expliquer cette impression étrange d'être à la fois ce qu'il y a de plus important au monde et ce qui le dépasse.

                 L'homme est un animal métaphysique, c'est connu depuis la plus haute antiquité et l'on sait bien que ce qui nous différencie de l'animal est apparu à l'aube de l'humanité avec les premières sépultures et le culte des morts. Tel qu'il est conçu l'homme ne peut pas vraiment se croire mortel et limité. Et tout prouve que depuis toujours il cherche l'issue de ce monde phénoménal où les événements s'enchaînent suivant une logique implacable et des lois sans faille. Le plus convaincu des matérialistes a du mal à croire véritablement à sa propre mort, si ce n'est d'un point de vue purement  théorique. Etrange, non?

                 Mais la perspective dans tout ça? D'abord c'est une illusion ou plus exactement une science extrêmement précise qui permet d'expliquer comment nos sens nous trompent en nous fournissant une image du monde, certes très utile et opérationnelle mais totalement fausse. Voilà donc un intéressant paradoxe : nos yeux nous font percevoir des distorsions, mais nous y sommes tellement habitués que nous arrivons à les oublier. En réalité nous ne voyons pas ce que nos yeux captent et transmettent, mais ce que nous croyons être la réalité objective. Ainsi un cercle vu en perspective devient un ovale. C'est indéniable et cette apparence sera enregistrée par n'importe quel appareil photo, même numérique, parce qu'il est objectif. Mais nous mêmes sommes tellement perfectionnés et habiles à traiter les informations brutes que nous croyons voir un cercle, parce que nous savons que c'en est un. Evidemment une roue de vélo n'est pas ovale. Ce serait idiot. Même chose pour un carré et pourtant nos yeux et la photo nous montrent un trapèze. Même chose pour les parallèles qui, même infinies ne peuvent jamais se rejoindre, sauf en perspective.

                 Le point véritablement intéressant est que les choses ont une taille relative, grande quand elle est proche, plus petite au loin et finissant par disparaître encore plus loin, à l'infini…De là a se ressentir soi-même comme très grand (mon doigt peut cacher la tour Eiffel) et même ce qu'il y a de plus grand, la tentation est grande. Comment prendre au sérieux les petites fourmis noires vues du haut des tours de Notre-Dame et qui s'agitent sur le parvis? D'ailleurs s'agit-il de touristes allemands ou japonais? Evidemment si votre fille est au milieu vous allez peut-être la distinguer et lui donner plus d'importance. Mais en risquant de vous tromper.

                 Donc, plaisant ou dérangeant, tout ce qui se rapproche de moi devient de plus en plus important. Preuve de ma qualité de centre du monde puisque tout rayonne autour de ma personne, comme les planètes qui gravitent autour du soleil et deviennent insignifiantes en s'éloignant. Ainsi la plus modeste fuite d'eau dans la salle de bain nous préoccupe plus que d'effroyables coulées de boue en Chine ou en Amérique latine. C'est évident et indiscutable et d'ailleurs il est heureux que nous cherchions à remédier à ce qui nous incombe directement. A chacun de balayer devant sa porte.

                 Une autre notion très étrange est celle d'infini. Car même si "l'éternité c'est très long, surtout vers la fin…" il nous est également impossible d'envisager que le temps ou l'espace puissent s'arrêter quelque part. Car rien,  c'est rien , et ça nous fait horreur. Pourtant même un enfant peut représenter et utiliser l'infini sur une feuille de papier. Il lui suffit de tracer une ligne, de dire que c'est l'horizon qui en perspective classique et dans un univers géométrique parfait est le point où semble disparaître la route qui s'éloigne devant nous et que dans ce cas on ne peut prolonger au-delà. Mais attention, ce n'est pas la courbure de la terre qui la cache à nos yeux, non, elle est parfaite, le sol est un plan idéal illimité et malgré tout les bas-côtés finissent par se rejoindre, entraînant avec eux les fils électriques , les rangées de platanes et même les vaches qui broutent aux alentours. Mais attention, ce point qu'on peut dessiner sans problème est inatteignable en s'en rapprochant progressivement. Paradoxe? Que non! Simplement, et quelle que soit la vitesse (hyper-lumineuse au besoin) on s'en rapproche de plus en plus lentement…De plus en plus lentement…A moins de tricher avec son crayon et de faire comme si…

                 Sans doute avez-vous saisi que pour moi la découverte de la perspective a été un facteur d'interrogation sur le pourquoi du comment. D'abord nos sens nous trompent. Comment leur faire confiance? Toutes les informations qu'ils nous donnent sont sujettes à caution et sources d'illusions. Et de toute façon il ne s'agit jamais d'informations directes, objectives, mais de traductions et l'on sait à quel point les traductions, même littérales peuvent occasionner de méprises.
                 Dans le cas de la perspective c'est particulièrement flagrant et d'ailleurs les artistes en ont joué, constatant qu'une imitation parfaite de ce que l'on perçoit pouvait nous faire croire à une réalité tangible. Je songe ici au Quattrocento où le trompe-l'œil et les fausses perspectives peintes sur les murs des palais ont atteint des sommets de réalisme époustouflant. Mais il s'agit d'art, le but est de surprendre et faire rêver. Et l'espèce humaine adore ça, au point de renoncer facilement à toute recherche de vision et de compréhension objectives.

                 Un fait d'ailleurs m'a toujours paru significatif. Les jeunes, à l'adolescence, commencent à se poser des questions gênantes. Après avoir gobé sans vergogne  les explications et justifications de papa, maman et tonton Alfred, les voici maintenant qui deviennent autonomes et cherchent à comprendre. Face à l'horizon marin ou au déploiement féerique de la voie lactée par une belle nuit d'été, les voilà qui commencent à envisager un monde plus vaste, plus mystérieux et aussi moins rassurant que le cocon familial. Mon Dieu! Seraient-ils en train de devenir curieux et de remettre en cause préjugés et idées toutes faites? C'est un espoir, une aubaine. D'ailleurs les doctes pédagogues ont préconisé un enseignement philosophique en terminale. A l'âge où l'on est armé pour faire face aux subtilités dialectiques et au maniement des concepts.

                 Hélas, la flambée est généralement de courte durée et trop souvent les réflexions pertinentes et judicieuses des candidats au bac ne sont en fait que des acrobaties intellectuelles pour prouver leur compétence et l'étendue de leur savoir. En fait pour se justifier aux yeux des autorités. Ce qui permettra ensuite de se trouver une niche et de s'y installer pour faire carrière en devenant un brillant informaticien ou un psychosociologue particulièrement pointu, spécialisé dans les syndromes de comportements communautaires à tendance paranoïaque létale (C'est utile, il en faut!). Nous voici en plein dans le conformisme béant qui permet au monde de continuer sur sa lancée.

                 Mais j'en reviens quand même à la perspective. L'ayant enseignée à des élèves de collège, j'ai bien remarqué que si certains s'étonnaient devant les conséquences mystérieuses des lois de l'optique, c'était de courte durée et que pour la plupart frôler l'infini était beaucoup moins stimulant que s'exciter sur des jeux vidéos où l'on subit les distorsions perspectives les plus hallucinantes de façon instinctive sans même en avoir clairement  conscience.

                 Alors?

                 Alors c'est flagrant : vivant dans un monde d'apparences et d'illusions perspectives, ayant appris à les manipuler à notre profit, nous n'avons guère envie d'aller plus loin et de soulever le voile.

                 C'est comme ça.

                 Un chat est un chat.

                 Mais il existe quand même plusieurs espèces de chats…

 

                                                                   Sermizelles le 5 juillet 2011

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

 

 

372-Splendeur-passée----100

                                        "Splendeur passée" - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 12:35

 

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LA GRANGE

 

                 Derrière le jardin de mon grand-père, passé le vieux mur en pierres moussues, au-delà des ronces et des orties qui griffaient les mollets commençait l'inconnu, les terres lointaines et mystérieuses. Une grange s'y dressait vieille et menaçant ruine. Par habitude on continuait à l'appeler "la maison de la mère Perrin", cette brave femme y ayant terminé des jours paisibles dans la partie centrale vaguement aménagée. Amateurs de confort s'abstenir. Mais au moins c'était la vie au grand air qui peut conserver longtemps ceux qui ont su résister aux intempéries.

                 La bâtisse peu entretenue retournait petit à petit à l'état de nature. Le propriétaire des lieux, agriculteur de son état paraît au plus pressé selon l'inspiration du moment et les idées  inattendues qui venaient le visiter. Se prenant de passion pour l'élevage des sangliers, voilà qu'il créait un parc dans les bois, puis changeant de registre il se mettait à aménager une bergerie avant de remplacer une belle entrée avec arc en plein-cintre par une ouverture rectangulaire plus vaste permettant de faire entrer une charrette pour hisser le foin sous les combles. Et tout cela était réalisé avec les moyens du bord, bricolage, récupérations et usage de la bonne volonté des autres. A charge de revanche. On sait se rendre service à la campagne, mais ce n'est pas toujours du travail de pro. Quant au respect des règlements et de la sécurité...

                 Rêveur, j'étais fasciné par cette bâtisse imposante et vaste qui continuait d'abriter tracteurs vétustes, engins agricoles en fin de carrière et sous les toits d'amples réserves de paille. Ainsi malgré l'interdiction de n'y jamais mettre les pieds et les mains encore moins car c'était plein de dangers, de pièges et de chausse-trapes, mes petits camarades et moi-même étions terriblement attirés par ces lieux pleins de mystère. Parfois la tentation trop forte et des circonstances aussi propices qu'inattendues nous permettaient d'y risquer une expédition à nos risques et périls…Mais il faut bien que jeunesse se passe.

                 Par la suite j'ai continué à côtoyer la grange tout en parcourant les étapes de ma vie. Toujours curieux je notais les changements dans l'évolution du lieu et de ses alentours. D'abord à la date de la construction qui m'était totalement inconnue on avait utilisé des matériaux récupérés. C'était au temps jadis où tout bâtiment menaçant ruine présentait l'aubaine d'une carrière de pierres toutes taillées et prêtes à l'usage. Ainsi au dessus des ouvertures et en certains endroits privilégiés on constatait la présence de pierres joliment façonnées et provenant sans doute de quelque petit édifice religieux, fragments de colonnes et de pilastres.

                 Il est vrai que non loin se dresse la basilique de Vézelay qui, juste avant l'intervention de Viollet le Duc était en voie de disparaître en alimentant gracieusement les chantiers de construction des environs. Mais là au moins le processus avait été stoppé à temps et le bâtiment restauré  à l'identique, mis à part peut-être quelques améliorations du restaurateur qui ne pouvait s'empêcher de faire encore plus roman que roman.

                 Modestement et à part quelques pierres taillées, la grange était constituée de matériaux plus rustiques, à peine équarris et constituant le parement visible des murs. Dessous les murs imposants de quatre vingt dix centimètres d'épaisseur étaient constitués de déblais : sable, caillasse et terre argileuse. Le tout tenant par habitude et conforté par l'effet de masse. Le toit en tuiles bourguignonnes était avantageusement remplacé par endroits par des tôles ondulées cabossées et rouillées et une partie du toit dont la charpente avait suivi le déplacement du pignon qui la soutenait et qui s'inclinait gracieusement du côté où il risquait de tomber avait été refaite en tenant compte de cet aléa. c'est-à-dire de façon souple et créative.

                 J'aurais pu, au fil des ans voir le bâtiment se dégrader et retourner à son origine naturelle, mais l'histoire ne s'arrête pas là. Le propriétaire qui avait promis à mon père de lui vendre un autre terrain et qui selon les coutumes campagnardes avait fait traîner les choses  "Oui, c'est toujours d'accord, mais plus tard, rien ne presse…" avait fini par prendre une autre décision et s'adressant à moi : "Je l'ai promis à ton père, mais si tu veux je te cède à la place le terrain derrière avec la grange…" J'étais pris de court mais aussi assez tenté. Nous nous sommes donc retrouvés propriétaires d'un bien dont nous n'avions pas besoin, mais cela nous évitait de nous retrouver avec de nouveaux voisins qui auraient pu être tentés de réaliser quelque projet d'envergure  apportant des complications à notre existence paisiblement campagnarde.

                 Depuis quarante ans j'ai pratiqué la maçonnerie créative. J'entends par là qu'après avoir fait des allées en pierre, je les avais bordées de petits murs qui avaient pris de la hauteur, avant de me mettre à la construction d'un bassin hors-sol, surplombé par de petites arches. L'étape suivante fut de creuser un grand bassin, enjambé par un pont en pierre, avant de transformer le premier bassin qui s'obstinait à ne pas être étanche en une sorte de grotte surplombée d'une terrasse et d'une petite colonnade. Tout cela étant en cours d'évolution perpétuelle, je m'abstiendrai de conclure pour le moment. C'est un processus évolutif, vivant et qui se développe suivant des lois biologiques que mon intellect ne maîtrise guère.

                 Depuis j'ai entrepris d'empêcher la grange de s'écrouler. Je n'exagère pas, il y a urgence! L'hiver dernier j'ai été assez impressionné par la chute d'un mur. Très épais et en apparence renforcé, il était protégé de la pluie par une tôle ondulée. Pour établir l'état des lieux j'avais retiré cette dernière sans y voir malice, le laissant ainsi sans protection. Alors la pluie a fait son œuvre en pénétrant par le haut pour dissoudre la glaise, faire couler le sable et disjoindre des pierres qui n'attendaient que ça pour suivre leur pente naturelle. Or ce mur servait aussi de soutènement au pignon penché dont j'ai déjà décrit le coupable laisser-aller alors que la toiture repose sur lui.

                 Je suis donc en train d'élever des renforts et de reconstruire le mur, dans les règles de l'art cette fois et en en profitant pour y ouvrir une porte avec arc en plein-cintre. Le tout très rustique ne saurait choquer et en tout cas ne fait pas trop neuf. Ce n'est pas que je me méfie outre mesure des tracasseries administratives, mais il se trouve que l'on est dans le Vézelien et que dans ce territoire protégé les initiatives résolument contemporaines ne sont guère encouragées. Ce dont je suis ravi. Ainsi va la vie qui s'écoule paisiblement au cœur de la Bourgogne.

 

                                                          Sermizelles le 8 juillet 2011-07-08

                                                          Copyright Christian Lepère

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 09:41

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                                                                         "Alice et Nina avec le gros chat" - montage numérique

 

 

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HOMMAGE A PHOTOSHOP

 

         Longtemps j’ai enseigné les arts plastiques. Ouvrir des horizons aux enfants et leur transmettre quelques techniques de base pour s’exprimer me paraissait assez salutaire. Un des exercices proposés était le photomontage : rudimentaire, certes, avec des ciseaux et de la colle mais permettant de mettre des moustaches à la Joconde avant de passer à des facéties plus élaborées.

             C’est donc avec un intérêt frémissant que j’ai découvert Photoshop et la manipulation graphique. Dès l’abord et une fois les principes de base intégrés, les possibilités se révèlent extraordinaires.

             Faire apparaître une lande bretonne, y installer une tour médiévale puis y faire grimper des gens de soi connus (la famille c’est fait pour ça) et leur faire commettre les pires imprudences est assez stimulant. Et puis on peut les dupliquer, faire de l’individu une foule, les vêtir et dévêtir, enfin outrer les couleurs ou les apaiser pour rendre l’atmosphère plus poétique. Bref, tout ou presque devient possible.

             Cependant il faut préciser que la machine, aussi véloce et sophistiquée qu’elle soit n’est qu’un robot bête et discipliné. Ceux qui en attendraient un surcroît de créativité ou un supplément d’âme seraient bien penauds. En gros la machine fait ce qu’on lui commande de faire, de façon assez fidèle si vous maîtrisez les commandes mais aussi avec des surprises parfois ahurissantes si vous êtes dépassé par la complexité des logiciels.

             Cela n’a donc rien à voir avec la création artistique authentique et l’expression du monde intérieur d’un être de chair et de sang. Dans ce domaine comme dans d’autres une maîtrise sérieuse des rudiments est fort utile : savoir observer et dessiner, équilibrer des couleurs et organiser des formes abstraites sont des préalables. Sinon il se passera peu de choses et le premier instant d’enthousiasme passé l’amateur remisera soigneusement sa tablette graphique au placard où sa durée de conservation sera optimisée mais sans bénéfice créatif véritable.

 

                                                               le Chesnay le 28/09/2006

                                                              copyright Christian Lepère

 

                       

Cadre-à-chats

                                                                              "Crazy cats" - montage numérique

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 06:42

 

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"Apocalypse" - huile sur toile - 100 x 81 cm -panneau central d'un triptyque

 

CHEZ LES REDUCTEURS DE TETE

              Universel et mondialisé le réductionnisme est une caractéristique essentielle de notre conception moderne du monde. On pourrait même dire que c’est un autre mot pour désigner le matérialisme. 

               Certes la démarche d’investigation scientifique  qui nous permet d’observer et d’analyser les phénomènes donne d’excellents résultats et à permis d’améliorer considérablement notre confort et nos espérances de vie. C’est au environs de la Renaissance que l’homme quittant une vision magique et animiste du monde s’est mis à la recherche des lois qui président à la création et à l’évolution des formes qui constituent notre environnement. On y perdait en poésie et en mystère mais on y gagnait en efficacité.

              Hélas, comme tout un chacun, les chercheurs peuvent oublier leurs limites et s’imaginer qu’ayant compris quelques principes ils on atteint à la connaissance complète et exhaustive. Monsieur « je sais tout » est présent et dissimulé au fin fond de bien des subconscients. Et c’est là que le dérapage peut s’amorcer…Comprendre pour ensuite en tirer des applications pratiques paraît excellent (en principe) mais à partir de là à se mettre à croire qu’on a non seulement compris, mais également tout compris, est la tendance fâcheuse de qui veut se rassurer en rassurant les autres. Et la faible créature que nous sommes a tellement besoin de se rassurer.

              Nous sommes, dans le quotidien, sans arrêt en train de généraliser de façon abusive, car c’est plus reposant que de continuer à observer en se posant des questions et en découvrant sans arrêt des exceptions et des cas particuliers.

              En voici quelques exemples caricaturaux à souhait mais hélas assez fréquents. Tout le monde connaît l’histoire de l’anglais qui débarque à Calais, croise une splendide rouquine sur le quai et va ensuite raconter à ses copains du pub que, c’est certain, il en a la preuve, les françaises sont rousses et agréables à contempler. Il y a aussi les joueurs de loto qui vont se ruer sur tel bureau de province parce que c’est là et pas ailleurs qu’un paisible retraité comme eux à raflé la mise. Ce qui confère à ce lieu une aura incontestable.

              Mais le réductionnisme peut prendre des aspects plus officiels, sérieux et rassurants. Quand ses affirmations péremptoires sont assénées par des doctes bardés de diplômes et de références, là on ne rigole plus.

              Un excellent exemple me semble être celui de l’homéopathie. On en connaît le principe : Une substance qui a une action thérapeutique reconnue est diluée, puis agitée, puis à nouveau diluée , puis à nouveau agitée , et ce selon une procédure répétitive qui finirait par devenir lassante. Or, pour la science « officielle » l’action réelle (ne parlons pas des placebos) d’un médicament est celle des molécules actives qu’il contient. Après maintes dilutions il est évident que statistiquement il ne reste plus rien. Pas la moindre trace de molécule. .Donc il n’y a rien. Donc les effets thérapeutiques que prétendent observer les patients sont imaginaires. Tout est dans la tête mais le malade tout content croit qu’il va mieux. Pourquoi pas ? Et c’est vrai que même le premier cachet d’aspirine venu sera plus efficace si on y croit que si on en doute. L’effet placebo existe, je l’ai rencontré et je l’expérimente encore sur ma propre personne. Enfin il agit partout, en toute circonstance, mais aussi bien en mal qu’en bien. On peut aussi se rendre malade avec de la poudre de perlimpinpin.

              Mais que dire de plus ? Simplement que  c’est le réductionnisme qui pousse un esprit avisé et par ailleurs doté d’un excellent Q.I. à affirmer que la réalité c’est ça et ça n’est que ça ! C’est le besoin de se rassurer qui a fait que pendant des éternités les gens ont cru, très sincèrement que la terre était le centre du monde, que le soleil tournait autour et que plus loin il y avait bien quelques petites lumières accrochées à la voûte céleste pour faire joli.

              C’est la même limitation qui a fait au 19° siècle déclarer à un scientifique sérieux (en Angleterre je crois devant l’Académie des Sciences) qu’on ne pourrait jamais faire voler un plus lourd que l’air, pour la bonne raison que c’était impossible. Et à d’autres tout aussi éminents de déclarer avant la seconde guerre mondiale que jamais une fusée ne pourrait s’arracher à la pesanteur terrestre (pensez donc il faudrait une telle quantité de carburant que la masse resterait clouée au sol). En plus folklorique quelqu’un d’autre avait dit avant, à propos de météorites : « Mais comment des pierres pourraient-elles tomber du ciel, puisqu’il n’y a pas de pierres dans le ciel…) On nous a aussi affirmé que les passagers des trains à vapeur risqueraient non seulement leur vie mais aussi leur raison, la vitesse les rendant fous à coup sûr.

              Une chose est certaine, la science progresse. Sans arrêt ses limites reculent, son horizon se déploie. L’image du cosmos depuis le Big bang a pris une ampleur effarante et personne actuellement n’oserait affirmer que l’univers a des limites. Il est en tout cas infiniment plus vaste, plus complexe, plus subtil et plus interdépendant que tout ce que l’on avait pu concevoir. Et dans son sein, voici le troisième infini (selon Theilhard de Chardin) qui est l’infiniment complexe, et qui n’est autre que l’être humain. Alors, par quel mystère un être infiniment complexe par nature peut-il prétendre se réduire lui-même a n’être que…ce qui le rassure.

                                                                 Le Chesnay le 22 janvier 2011

                                                                 Copyright Christian Lepère

 

 

 

Note : L'article précédent "Du fond de l'amnésie" a enfin pu être illutré avec des photos!

 

 

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 12:50

DU FOND DE L'AMNESIE

 

 

 DOC                       Du fond de l'amnésie des souvenirs surgissent. Ils reposaient depuis tant de temps, cachés sous des strates obscures, des accumulations implacables et méthodique, des encombrements souterrains. Laissés pour compte dans les profondeurs. Oubliés dans leurs oubliettes, murés dans le silence lourd de leur oubli. Et les voila qui remontent à la surface depuis leur nappe phréatique obscure mais paisible et tant oublieuse. Quelle occurrence les a réveillés? Allez donc savoir. Peut-être a-t-il suffi des traces d'un parfum lointain, d'une nappe de brume au petit matin ou d'une lente dérive de nuages flamboyant dans le soleil couchant. A moins qu'une cause plus prosaïque, un aléas malencontreux, une parole échappée à la censure d'un non-dit coupable ou de quelque autre incident du quotidien le plus banal n'ait décadenassé le secret de leur enfermement.

                   Depuis tout petit je suis normal et plus ou moins reconnu comme tel. L'amnésie est ma nature et mon habitude profonde et invétérée.  Quasiment viscérale. La prodigieuse machine à oublier et occulter qu'est mon cerveau s'est toujours acquitté de sa tâche avec sérieux et méthode. Peut-être même avec un zèle un peu excessif. On est perfectionniste ou on ne l'est pas.

                   Ne pas se laisser encombrer. Ne pas accumuler tout ce fatras de vécu et de ressenti. Ne pas se laisser piéger par des tonnes de mémoire. Ne plus être cette masse de photos jaunies et de bibelots collectionnés jusqu'à l'accumulation si chère à quelques artistes contemporains qui revendiquent haut et fort leur chère névrose obsessionnelle, tel Arman et ses amas d'outillage tout droit sortis des chaînes de production. Ou des sous-sols du B.H.V. Car la tendance est bien là, pathologique à souhait : s'emparer de tout ce qui traîne et s'offre à notre emprise vorace. Tout engloutir et confisquer par- devers soi. Ne rien laisser s'échapper.

                   Ainsi pendant longtemps j'ai été un acharné collectionneur. De timbres, bien sûr comme tout le monde mais avec une tendance à l'excès un peu inhabituelle. De formes et de couleurs naturels aussi car la nature et sa créativité incessante nous proposent sans répit des surprises et des  émerveillements. Ainsi les papillons, chatoiement de couleurs à peine entrevu, éblouissement fugace, finissaient bêtement épinglés dans des boîtes en carton patiemment aménagées. Tandis que dans d'autres boîtes s'entassaient les fossiles récoltés entre les mottes de terre sèche et caillouteuse de quelque champ labouré bourguignon. Ils est vrai qu'ils me narguaient, attendant patiemment ma visite depuis des millions d'années. Pour moi seul et mon délire paranoïaque.

                   Ainsi les deux tendances ont toujours co-existé. D'un côté L'accumulation qui ne veut rien perdre et tout préserver. De l'autre un désir salutaire de renouvellement et de désencombrement du passé. Cela a donné lieu a bien des stratégies et à des époques successives antagonistes. Parfois l'accumulation a triomphé, Parfois c'est la perte et l'oubli qui ont permis de faire du vide et de laisser un peu de place au surgissement de la nouveauté. Après la chute des feuilles mortes, puis leur lent pourrissement pour régénérer l'humus, la sève peut jaillir à nouveau et la végétation s'épanouir en de nouvelles floraisons.

                   Ce qui est vrai pour la nature l'est aussi pour notre monde intérieur de choses plus impalpables. On peut ainsi collectionner les souvenirs et les états d'âme puis comme la végétation automnale les laisser  chuter en tournoyant jusqu'au sol où ils formeront un somptueux tapis aux couleurs chatoyantes avant de se dissoudre pour régénérer le terreau des sous-bois.

                    Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et c'est le miracle de la vie. Avec un peu de pratique on apprend à gérer ses albums photos et ses lettres manuscrites, avant de s'apercevoir que l'ordinateur est lui aussi un prodigieux accumulateur de documents en tout genre mais qu'il permet aussi de trier, de supprimer et de restructurer des fragments de textes ou d'images pour les réorganiser en des combinaisons inattendues. Mais j'ai déjà rendu à Photoshop l'hommage qui lui est dû…

                   Armé de mon tout petit appareil photo numérique et de ses douze millions de pixels je m'empare de tout ce qui bouge, et même du reste pour en garder des traces numérisées utilisables par la suite à des fins diverses généralement avouables, mais pas toujours.

                   Cela peut ensuite être remanié, trituré et mis en forme de le façon la plus illégitime. C'est ce que l'on désigne par le terme de créativité.

Peu importe si cela semble un peu abstrait et théorique. C'est avec le regard qu'une œuvre graphique s'appréhende, non avec l'intellect qui, quel que soit son développement et sa sophistication ne peut que tout dessécher et réduire à l'état de concept (pure abstraction sans aucune réalité sensuelle) dont sont si friands les malheureux qui ayant oublié l'usage de leur cerveau droit, leur âme en vérité, se retrouvent cantonnés dans la prison désincarnée de leur cerveau gauche. Soit dit en passant, le plus judicieux est quand même de fonctionner avec les deux moitiés de son cerveau, collaborant en conjuguant leurs qualités respectives.

                   Mais j'avançais l'idée que la photo et ce que l'on en fait pouvait déboucher sur la créativité. Cette idée peut être contestée comme n'importe quelle autre. Il reste donc une seule chose à faire, tenter d'apporter des preuves. A vous d'en juger.

 

                                                                     La Brosse Conge le 22 mai 2011

                                                                     Copyright Christian Lepère


   Ambiance-2-----

                  Shiva

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