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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 09:01

227-Repaire-des-activistes--73-x-60-cm.jpg

                                                                     "Le repaire des activistes" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Abstraction

 

              Que dire enfin des artistes hantés par la métaphysique et cherchant vainement l’absolu dans le relatif ? Le projet paraît noble, mais tels Don Quichotte ils ont passé leur vie à combattre les moulins à vent de la figuration. Entreprise dérisoire pour un peintre dont le domaine par nature sensuel est celui de l’infinie diversité  et de la richesse luxuriante de la création. C’est qu’il ne faut pas se tromper de niveau et tout mélanger. Jamais l’ascèse et le dénuement ne conduiront l’artiste en tant que tel aux portes de l’infini. Le peintre n’est pas un moine Zen et il se trompe de registre quand il prétend atteindre l’universel en élaguant alors qu’il ne fait que se couper les ailes, privant par la même occasion les autres de son aide à accepter la vie dans sa diversité foisonnante.

               Qui veut faire l’ange fait la bête. Qui veut atteindre l’universel en supprimant le détail anecdotique commet un crime contre la nature, qu’elle soit divine ou non.

               L’erreur fondamentale, celle dans laquelle l’humanité se débat depuis toujours est de vouloir atteindre l’absolu en se débarrassant de tout ce qui gêne et qui déplait. En gros de discriminer le Bien du Mal, selon nos vues limitées et nos préférences personnelles. Alors que la voie se révèle pour qui accepte le déroulement implacable des événements en se reconnaissant pour ce qu’il est réellement : un minuscule rouage, sans aucune importance particulière dans la machinerie universelle, mais cependant rigoureusement indispensable pour l’harmonie de l’ensemble en qui rien ne saurait manquer.

                                                                                      à suivre…

 

                                                                        Le Chesnay – février 2010

                                                                        Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 09:41

 

184 Repos des reîtres 61 x 50 cm

                                                                              "Le repos des reîtres" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Van Gogh 

 

              On peut se demander de quels chefs d’œuvres la folie suicidaire de Van Gogh  nous a privés. Certes, ni sa sincérité, ni son énergie débordante, ni sa créativité volcanique ne peuvent être mises en cause. Mais il n’en reste pas moins que tout cela mis au service de sa névrose ne pouvait déboucher à chaque fois sur des œuvres abouties, celles qui vous réconcilient avec la nature humaine et ses possibilités de transcendance. Enfermé dans la prison de ses pulsions contradictoires, il s’est débattu en hurlant et si son témoignage est bouleversant sur le plan humain, il reste en revanche un peu court pour aller au-delà.

              Tourner en rond indéfiniment dans les limites de l’ego est hélas notre sort commun et c’est sans doute pourquoi on rend hommage à certains artistes. Van Gogh bien sûr mais aussi Gauguin, archétypes de l’artiste génial qui impose sa vision délirante en se libérant de toutes les conventions. Or en restant au simple stade de la révolte ils ne dépassent guère les revendications égotiques. Sans doute ont-ils beaucoup rêvé. Peut-être nous ont-ils fait rêver également, mais rien de tout cela ne peut nous délivrer de nos limites. Ce n’est pas dans nos divagations que nous trouverons la transcendance, mais bel et bien dans l’acceptation de la réalité la plus quotidienne. Et dans ce cas la fuite, qu’elle soit dans la mort ou aux îles Marquises n’est qu’une vaine échappatoire.

 

                                                                                          A suivre…

 

                                                                         Le Chesnay – février 2010

                                                                         Copyright Christian Lepère 

 

 

 

 

 

 

 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 08:55

Jour-de-gloire.jpg

                                                                                              "Jour de gloire" -  huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Notions d’éthique

 

             Veuillez m’en pardonner, mais je vais faire frémir bien des âmes en développant des idées politiquement incorrectes. En l’occurrence elles ne sont pas neuves et je crois bien que la sagesse traditionnelle n’en ignorait rien. Voici donc l’idée de base : l’homme, créature multiple et complexe a toujours été hanté par les notions de Bien et de Mal. C’est en fait ce qui distingue l’espèce puisque les animaux n’ont pas vraiment d’éthique. Leur instinct, totalement irraisonné semble suffire pour assurer leur survie.

             Pour le lion qui a faim, c’est évident, si la chance lui permet d’attraper une gazelle, il va la dévorer sans coup férir et sans le moindre état d’âme. J’ai faim, je mange. Pas de problème. C’est ce qu’en termes humains on peut résumer par « chacun pour soi et le Bon Dieu pour tous ». Le Bon Dieu étant ici la nature qui fournit aimablement au lion sa subsistance.

             Mais l’homme est moins simple car l’appartenance à la tribu est vitale. Seul, livré à ses ressources personnelles  il est vite condamné. Il a donc impérativement besoin de partager des valeurs communes avec le groupe. Et c’est ainsi qu’apparaissent notions morales et tabous. Je sais bien que le lion, ou plutôt les lionnes chassent en groupe et que beaucoup d’animaux ont des comportements sociaux fort complexes, mais cela n’étant pas intellectualisé n’entraîne pas  de notion  sur le Bien et le Mal. Non, à ce stade le bien et le mal peuvent suffire, ou si l’on préfère ce qui assure la survie et ce qui l’interdit.

             Au niveau de la tribu,  sera Bien tout ce qui la favorise et Mal tout ce qui lui nuit. Et d’une tribu à l’autre on aura peu de chance d’être d’accord…Les guerres tribales n’ont pas cessé d’occuper les loisirs de l’humanité et la guerre de 14-18 n’est évidemment pas la dernière.

             Donc pour l’homme c’est simple. Il y a le Bien et le Mal, le bien étant ce qui m’est favorable (à moi, à ma famille, à mon groupe et à son idéal) le mal étant tout le reste, tout ce qui m’est hostile et déplaisant et qui l’est aussi pour le groupe, la nation ou le parti auquel j’appartiens.

             Ainsi le Bien d’un islamiste intégriste aspirant à atteindre le paradis d’Allah pour y connaître des houris éternellement vierges est-il un peu différent de celui que je suppose être celui de monseigneur Lefèvre. Les deux ayant leur légitimité aux yeux des intéressés. Bien sûr cela ne les mettra pas d’accord  avec un sauvageon de banlieue pour qui le Bien est de casser du flic et de mettre le feu à des bus, symboles d’un monde moderne qui est le Mal absolu. Car il s’agit toujours de symboles.

De son point de vue égocentrique ou « tribucentrique » chacun aura raison. Aussi étriqué qu’intolérant chacun saura au moins qui combattre et anéantir pour qu’enfin on puisse vivre aimablement entre gens de bien.

            Au fait, Hitler n’avait-il pas la même intention humanitaire ? Si les juifs sont à la source de tous les maux de l’humanité, le but de tout homme raisonnable ne doit-il pas être d’anéantir le mal à sa racine ? Comme disait Boris Vian, « On tuera tous les affreux ». Et on se retrouvera enfin dans une paix merveilleuse, la paix romaine, ou celle du 3° Reich, peu importe pourvu que le bien triomphe enfin. Ah j’oubliais les délices de la révolution culturelle au temps du bon tonton Mao et la croisade du président des Etats-Unis contre l’axe du mal.

            C’est donc au nom du bien que les peuples se sont entre déchirés depuis toujours et qu’actuellement les enthousiasmes en ce domaine ne semblent pas fléchir. Tuer le mal personnifié par l’autre est une entreprise longue et hasardeuse et qui, de toute façon, est à double tranchant puisque on est toujours soi-même l’autre d’un autre, le mal de l’autre.

 

                                                                                         A suivre…

 

                                                                        Le Chesnay – février 2010

                                                                        Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 13:25

142-Ombre-et-lumiere-----65-x-54-cm.jpg

                                                                              "Ombre et lumière" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Matisse

 

             J’ai parlé de la bienveillance suspecte envers certaines lacunes de l’œuvre de Cézanne, mais il y a plus grave. Le cas de Matisse me paraît exemplaire. Ayant reçu une formation plutôt classique, élève de Gustave Moreau (dont l’authentique talent est encore trop négligé) il se lança très vite dans l’exploration de la régression. Ses audaces et ses déformations les plus révolutionnaires sont issues directement de la maladresse enfantine. Maladresse bien connue et dont le jeune cherche en réalité à se dégager pour pouvoir progressivement devenir adulte.

             Témoigner de l’intérêt pour les gribouillages enfantins est néanmoins indispensable. Ce n’est pas en lui faisant honte ou en lui reprochant ses hésitations qu’on va aider le petit à progresser. Totalement affectif, il a tellement besoin de se sentir aimé et compris. Et en cet état le priver de son doudou et de son papa et de sa maman qui l’aiment bien et qui sont à ses yeux le Bon Dieu et la Sainte Vierge est une erreur grave de conséquences. Mais il faut bien ensuite grandir et assumer ses responsabilités. Découvrir ses limites pour les dépasser et s’entraîner pour devenir de plus en plus habile. Dans cette optique le rôle de l’éducateur est de guider l’enfant jusqu’à ce qu’il puisse voler de ses propres ailes.

             L’admiration inconditionnelle pour la maladresse enfantine ne s’apparenterait-elle pas au syndrome de Peter Pan? Vous savez, ce petit jeune homme qui ne voulait pas grandir.

             Or, non content d’explorer cette voie, Matisse a de plus donné dans le grandiose, ne dédaignant ni les déformations les plus douteuses, ni les accords de couleurs les plus hasardeux pour affirmer son génie novateur. Parfait apprenti sorcier dont le balai ne cesse de se démultiplier, il pourrait se vanter d’une descendance particulièrement prolifique. Et l’on se demande si l’on doit vraiment s’en réjouir.

             Vous aurez beau jeu de me rétorquer que j’expose là des vues toutes personnelles dictées par une aversion viscérale. C’est possible mais il me semble qu’il y a quand même en matière d’art quelques lois essentielles. Et il se trouve que j’ai eu le loisir de les enseigner longuement à la jeunesse en constatant régulièrement que quelques directives issues du bon sens pouvaient améliorer la qualité des résultats et développer le sens critique de leurs auteurs. Ce qui est quand même le but de toute éducation.

             Maintenant, quelles peuvent être ces lois objectives? Il s’agit bien sûr de celles qui s’appliquent aux proportions aux rythmes et aux accords de couleurs, c’est-à-dire de notions universelles pouvant être appréhendées par tout être humain normalement constitué et doté d’un système nerveux en bon état de marche. En aucune façon de lois issues d’une culture particulière, à une époque donnée et dans le cadre des conventions propres à une civilisation ou à un groupe ethnique. Or la beauté en a toujours résulté, aussi bien dans les masques africains que dans l’apollon du belvédère, Chez les primitifs flamands que chez Turner. Il a fallu la fin du 19° siècle pour que les artistes aveuglés par le besoin d’affirmation égotique se lancent dans les expériences les plus douteuses,seul moyen pour eux de prouver leur originalité trop souvent factice. Mais que ne ferait-on pas pour attirer l’attention en ces époques de surenchère tapageuse?

             Voici maintenant un exemple de loi universelle reposant sur les mathématiques; Chacun sait ce qu’est une fausse note. Ce n’est pas qu’elle soit laide en elle-même, c’est un la ou un si bémol tout à fait conforme mais qui n’a pas la chance d’être au bon endroit. Et c’est tout le problème de Matisse : vouloir à tout prix tenter des accords nouveaux, ce qui donne des résultats inhabituels, parfois heureux mais la plupart du temps un peu grinçants. Mais Matisse a eu, comme Picasso le génie de se croire génial et à partir de là de le faire croire à d’autres. Nul ne sait exactement comment cela fonctionne mais on constate que parfois, dans des périodes troubles et de remises en question certains se trouvant au bon endroit au bon moment  deviennent porte-parole d’une contestation ou voient se cristalliser sur eux des espérances révolutionnaires. Le grand art dans ce cas est de savoir prendre le train en marche, se faire des relations et petit à petit devenir indispensable. Sans doute les historiens ont-ils quelques lumières sur l’ascension des grands dictateurs au pouvoir. Quelle a été la part de hasard pour Hitler ou Mao Tsé Toung ? En tout cas nos deux peintres ont su infiltrer les milieux d’avant-garde et intellectuels. Ils ont su aussi jouer sur les alliances objectives d’intérêts. Comment un auteur  peut-il critiquer ceux grâce à qui sa pièce de théâtre un peu limite va pouvoir être montée? Et puis assez vite il y a les valeurs reconnues que l’on ne peut plus discuter sans passer pour réactionnaire. Qui maintenant oserait critiquer Matisse qui, comme Picasso passe pour un génie universellement reconnu et mondialement honoré. Qui donc, à part quelque raté aigri et envieux? Avouez que ça ne donne pas très envie d’attirer l’attention.

 

                                                                                           A suivre…

                               

                                                                                   Le Chesnay – février 2010

                                                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 08:15

164-Le-bellatre-----------------61-x-50-cm.jpg

                                                                                                      "Le bellâtre" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Cézanne

 

                      C’est un peu prématurément que j’ai parlé du cubisme. J’aimerais maintenant revenir à Cézanne qui a été le grand précurseur de cette révolution. Donc Cézanne peignait, laborieusement, des sujets divers et petit à petit il vit sa vision se transformer. Jusque là rien que de bien connu. Mais où je suis un peu surpris c’est qu’on le considère, malgré ses lacunes comme un peintre d’exception. En un mot un génie. Et voilà le mot lâché car à partir de là l’esprit critique disparaît pour laisser place à la croyance béate et émerveillée. Comment oser critiquer un génie puisqu’il est hors norme, miraculeux et intouchable?

             Or la réalité est plus complexe et à certains égards plus plate. Peindre des sacs de pomme de terre est le droit le plus strict de tout artiste mais les appeler ensuite pompeusement « Grandes baigneuses » relève d’un dérapage sémantique discutable. S’agit-il de naïveté? Peut-être mais dans ce cas pas de celle plutôt sympathique d’un douanier Rousseau gentiment déjanté. Car ce dernier nous entraîne dans l’exploration de jungles profondes et mystérieuses où règnent l’émerveillement et le mystère. Or ici il s’agit simplement de la méprise de celui qui fait fi de ses lacunes et étale sa maladresse avec complaisance. Quel qu’ait pu être par ailleurs son apport à l’évolution de l’art, Cézanne avait aussi des défauts et des faiblesses. Vouloir tout réunir dans un seul sac sur lequel on appose l’étiquette génie relève d’une simplification tout à fait abusive. C’est dans l’optique enfantine qu’il y a les bons et les méchants ou aux yeux de l’adolescence pour qui une chose ne peut être que géniale ou nulle. Mais je ne doute pas  que l’honnête lecteur ait un peu grandi depuis.

                                                                                               A suivre…

 

                                                                                 Le Chesnay – février 2010

                                                                                Copyright Christian Lepère

                                                     

 

 

 

 

 

 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:25

121 Enlèvement des Sabines 100 x 81

                                                                        "L'enlèvement des Sabines" - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

Installations

 

             Je voudrais maintenant m’excuser auprès de l’honnête lecteur qui pourrait croire que je méprise l’art de l’installation. Il n’en est rien car celui-ci a fait ses preuves depuis les temps les plus immémoriaux. En effet, que fait le petit artisan sur la place du marché? Disposant avec art ses poteries ou ses pipes en terre, il va dès l’aube et si il a un peu de goût choisir le tissus adéquat, le support indispensable, peut-être même l’éclairage qui vont mettre en valeur sa production, exalter les pièces maîtresses, guider le regard et créer chez le chaland l’envie de s’offrir l’objet qui va compléter sa collection

                    Les vitrines de Noël réchauffent la nuit des grands boulevards en attirant les petits. Le traiteur décore le salon où va se dérouler un repas de mariage. Tendre des guirlandes et allumer des bougies sont des actions de base de l’installation.

             Non, ce qui m’attriste et me fait douter c’est ce que l’on peut découvrir dans les musées les plus officiels et les plus prestigieux sous couvert de modernité. A savoir, par exemple, deux chaises en bois posées sur une estrade (ce qui est leur droit le plus strict) mais accompagnées d’un texte qui va nous éclairer sur le sens sous-jacent et cependant pérenne dont l’auteur, autodidacte mais engagé sociologiquement dans la contestation post-moderne de la notion d’appartenance à une classe de possédants prolétarisés issue des mouvances de la contestation marxiste tendance Groucho va tenter de justifier  pour l’édification d’un vain peuple qui ne lui a rien demandé.

             Tentons de préciser le message : s’agit-il de dénoncer l’angoisse existentielle de celui qui est assis entre deux chaises ou ne s’agirait-il pas plutôt de la frustration de l’ego qui ne saurait se contenter d’une seule  et chez qui la vue de la seconde va éveiller des pulsions suicidaires anti-sociales? A moins que l’appropriation ludique d’un espace muséal pérennisé ne soit un antidote contre la morosité de la personne sociétale dont l’épanouissement différé par les aléas conjoncturels ne puisse se réaliser que par le truchement d’un artifice culturel issu d’une idéologie post soixanthuitarde? « Comme t-y veux t’y choises » comme dirait mon copain Ahmed qui lui n’est pas totalement dénué de bon sens.

 

                                                                                              A suivre…

 

                                                                            Le Chesnay – février 2010

                                                                            Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 13:41

 

120 Lutte contre le phyloxéra 46 x 38 cm

                                                                                             "Lutte contre le phyloxéra" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

 

HISTOIRE D’un NAUFRAGE (suite)

 

Cubisme

 

             Donc l’art se fit abstrait, non sans avoir d’abord passé tout le figuratif à la moulinette du cubisme. Coup de génie que l’invention du cubisme dont un certain Picasso s’empara sans vergogne. Enfin on pouvait par un moyen simple chambouler la vision du monde et épater le bourgeois. Que demander de plus? Il suffisait de remplacer toute ligne droite ou courbe par une succession d’angles de valeurs diverses et de morceler toute surface simple en un morcellement de facettes. Pratique, non?

Bien sûr la mosaïque existait du temps des romains mais ces derniers, plus nature qu’il n’y parait  n’avaient pas compris qu’on pouvait en tirer un effet pictural débouchant sur la création d’un style révolutionnaire.

             Comme il se doit il fallut justifier cette audacieuse démarche auprès de la critique et des intellectuels. Qu’à cela ne tienne on allait leur concocter quelque théorie sur mesure.

             Veuillez m’excuser de cet aparté mais en tant que professeur ayant enseigné les arts plastiques je me sens parfaitement capable de défendre longuement et véhémentement, preuves à l’appui, avec toutes les références historiques nécessaires ainsi que les arguments philosophiques adéquats n’importe quelle élucubration d’artiste contemporain pratiquant le noble art de l’installation. Mais il se peut que j’aie l’esprit mercantile et que mes motivations soient d’un ordre pratique alors que d’autres feraient cela avec la plus parfaite sincérité. Peut-être même iraient-ils jusqu’à y croire car la crédulité humaine est un océan sans fond ni limites connues.

                      Mais ne soyons pas si pessimistes, certains ont su faire, malgré tout un usage judicieux du cubisme. Je pense ici à Tamara de Lempicka dont les œuvres fortes et sensuelles ont bénéficié d’une simplification géométrique modérée sans sombrer dans la sécheresse ou l’artifice. Mais les exemples de cette qualité restent assez exceptionnels.

                                                                          A suivre…

                                                              Le Chesnay – février 2010

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 17:06

256-Attaque-de-la-diligence----65-x-54-cm.jpg

                                                                                                              "L'attaque de la diligence" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE

 

APERCUS SUR L’EVOLUTION DE L’ART MODERNE

 

 

 

                 Mais quelle mouche les a donc piqués? Jusqu’à la fin du 19° siècle les artistes, même les plus imbus de leur personne, ce qui est assez fréquent, tenaient pour admis qu’en art tout est question de beauté et d’harmonie. La laideur n’entrait pas dans leurs projets et si par mégarde ils commettaient des fautes de goût, cela leur était reproché vertement. Ceci dit le conformisme les menaçait et innover comportait le risque de n’être pas compris.

             Dans une période de progrès scientifique et technique chaotique et hasardeuse où tout était remis en question, il était tentant de s’insurger pour se lancer dans la recherche et l’innovation. Devant cet état de fait et entraînés par le mouvement les artistes se sentirent donc tenus de devenir révolutionnaires et géniaux.

             Le génie autoproclamé est une excellente solution pour qui veut n’en faire qu’à sa tête. Plus de règles contraignantes, plus de traditions désuètes, on peut enfin affirmer sa différence. « Comment ça ne vous plaît pas? Sachez, Monsieur que je l’ai fait exprès, délibérément guidé par une intuition infaillible. » Point final. A partir de là tout devient possible. L’ennui est qu’ensuite le génie va s’opposer à d’autres génies dont la sensibilité et les projets diffèrent quelque peu des siens. Et nous voilà, bien avant Mai 1968, devant l’inextricable fouillis du début du 20° siècle. Malgré tout un fil conducteur apparaissait. Tout ou presque ayant déjà été tenté depuis Lascaux dans le domaine de la construction positive, il ne restait plus pour innover qu’à se tourner vers le contraire : démonter supprimer, simplifier à outrance et, bien sûr, le fin du fin, tourner en dérision. Et c’est ce qui fut fait pour le meilleur et pour le pire.

             Pour le meilleur d’abord parce que , bien sûr, tout ce qui n’évolue pas se sclérose et que la révolte de la jeunesse, même maladroite, permet de dissoudre  les raideurs et l’ankylose de ceux qui se sont enfermés dans une forme ou une autre d’académisme. Précisons qu’il ne faut pas oublier d’appliquer le même traitement aux abstraits et aux conceptuels qui radotent indéfiniment leurs trouvailles de jeunesse et sont à ce titre encore plus redoutables  que les peintres officiels plaisamment appelés pompiers et dont certains, malgré les conventions n’étaient pas totalement dénués de talent, même si ils n’arrivaient pas à sortir de leurs ornières.

 

             Pour le pire également parce qu’en l’absence de gardes fous, rares sont ceux qui ne se laissent pas entraîner par un enthousiasme excessif pour la facilité. En l’absence de contraintes, on a vite fait de se contenter de peu, tandis que la pente de la surenchère entraîne bien vite à tenter n’importe quoi, ne serait-ce que pour ne pas être dépassé.

             On comprend maintenant pourquoi les artistes géniaux et révolutionnaires se sont lancés à qui mieux mieux à la recherche de records à battre. A grands coups de « T’es pas cap!… » ils n’ont cessé de vouloir se montrer plus audacieux que leurs rivaux. J’ai bien dit rivaux, car il était loin désormais le temps où les artistes apprenaient de leurs aînés qu’ils respectaient,  les bases nécessaires à l’élaboration de toute réalisation un peu sérieuse.

             Non, désormais le génie pouvait se déployer sans frein ni loi. Ni Dieu, ni maître. De toute façon je suis le meilleur et je vais bien le prouver à tous ces attardés.

                      Bref la porte était grande ouverte pour toutes les dérives. On connaît hélas la suite, car sous ses dehors novateurs l’art moderne s’est révélé très vite castrateur. Tout ou presque ayant déjà été expérimenté, il ne restait plus qu’à régresser en interdisant progressivement tout ce qui avait été patiemment découvert au fil des siècles et des styles qui s’étaient tout naturellement succédés.

             C’est donc ce qui fut fait. D’abord on commença par jugers périmés les sujets traditionnels, généralement religieux. L’art pur devait se passer de tout sujet anecdotique dont l’intérêt propre risquait de faire oublier le travail pictural proprement dit. A la rigueur on pouvait tolérer quelques pommes dans un compotier car cela ne passionne pas outre mesure une personne de constitution courante. Mais l’interdit allait nous mener tout droit à la suppression de toute représentation, fût-elle simplement suggérée dans la brume d’un bienveillant flou artistique. Dès lors figurer la moindre chose concrète devenait ringard et se référer au monde des apparences, qui est pourtant celui dans lequel notre vie se déroule relevait de l’aliénation la plus insupportable aux conventions bourgeoises.                                   

                                                                                              à suivre...


                                                                  Le Chesnay  février 2010

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

                                                                                          

                                                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 07:55

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                                                                                  "Les faubourgs de Babel" - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

 

LES FAUSSES LOIS DU MENTAL

 

          Un jour un événement nous a bouleversé. Inattendu, terrible ou traumatisant il nous a marqué au fer rouge et à partir de cet instant toute situation rappelant au subconscient le choc d’origine va déclencher des réactions en chaîne stéréotypées et en général  parfaitement injustifiées.

Tout va se passer comme si nous étions sur des rails et que rien ne pouvait nous en faire dévier. Il suffit d’observer un peu ses semblables pour constater à longueur de journée le caractère certain et répétitif de beaucoup de leurs réactions. De l’extérieur elles paraissent absurdes, des bizarreries, mais pour l’intéressé elles ont la force de l’évidence.

          Dans ce domaine comme dans bien d’autres les similitudes entre l’ordinateur et nous sont flagrantes. Certes la machine n’est pas biologique et dotée d’émotivité. Elle peut donc de ce fait rester neutre et impartiale. Il n’empêche qu’elle est pourvue de mémoire et que certaines actions de notre part ou certaines influences extérieures peuvent créer des programmations « accidentelles ». Semblables à des virus imposant leurs propres séquences, des souvenirs vont se créer, s’enregistrer et déclencher des suites non prévues au programme…Quiconque a bricolé sur Photoshop      verra à quoi il peut être fait allusion. La machine strictement mécanique, donc prévisible peut à partir d’un certain degré de complexité et de sophistication « s’emmêler les pinceaux ». Des logiciels vont entrer en conflit ou par un effet de redondance provoquer de l’inattendu. La miniaturisation de plus en plus performante y contribue également, des actions infimes suffisant à déclencher des dérapages aventureux. Ainsi la chaleur ou l’humidité d’un doigt sur un écran peut faire ce que la volonté consciente n’a pas souhaité. Or l’homme est infiniment plus complexe que les ordinateurs actuels et les possibilités de liaisons inattendues sont chez lui beaucoup plus nombreuses et complexes. Comme en plus il est doté de  subjectivité affective, il n’y a pas à chercher plus loin pour comprendre l’état actuel de la planète. Chaotique à souhait, imprévisible et absurde d’un point de vue logique et rationnel.

          Et pourtant on subodore bien que l’infinie précision du monde matériel ne laisse nulle part au hasard. Ainsi l’inextricable enchevêtrement des événements se produisant dans le monde produit toute sorte de prolongements fous et imprévisibles, bien qu’en toute logique les résultats les plus improbables soient programmés depuis toujours et ne puissent de ce fait être évités. Mais dans la vie courante et selon notre appréciation tout se passe comme si nous étions libres et autonomes, capables d’agir en imposant notre volonté…Et c’est là que gît l’illusion fondamentale de notre humanité.

                                                                   Le Chesnay le 17 novembre 2009

                                                                       Copyright Christian Lepère

 

 

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 09:36

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                                                                      "Travailleurs, travailleuses..." - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

 

 

CES PREJUGES QUI NOUS TIENNENT CHAUD

 

 

                 Dés qu’un enfant vient au monde, ses géniteurs et ses proches commencent à lui transmettre les valeurs qu’ils jugent essentielles. C’est souvent fait de façon tacite et naturelle, mais c’est parfois aussi un endoctrinement massif. C’est selon les us et coutumes de l’endroit. Avide de sécurité l’enfant va tout gober. Enfer, paradis et purgatoire compris à moins que les houris ne l’attendent plus tard au septième ciel ou que des divinités courroucées n’entreprennent de le tourmenter après son trépas.

                 L’âme humaine est infiniment fragile et pour se rassurer elle a besoin de croire.

                 Nous voici d’emblée au cœur du problème : besoin de croire parce qu’avec nos modestes moyens nous nous sentons dépassés. Alors autant faire confiance aux autres, aux vieux, aux anciens, à ceux qui ont fait 14…

                 En général la manœuvre porte ses fruits pendant un certain temps et voici un jeune rassuré parce qu’il est catholique fervent, bon     musulman ou athée convaincu, car l’athéisme est aussi une croyance tout aussi peu étayée que les autres. Mais elle permet au moins de cesser de se poser des questions gênantes sans surtout remettre en cause nos sacro saints

préjugés.

                 Un préjugé est une chose abominable, tout philosophe sérieux vous le confirmera et une existence reposant sur de tels faux semblants risque d’être, assez vaine. Alors,  mort aux préjugés, tranchons, élaguons, piétinons et que nul n’en réchappe.

                 Voilà en tout cas la réaction normale, un peu adolescente cependant, donc nécessairement excessive. Le premier instant d’enthousiasme passé il se peut que la manœuvre paraisse douteuse dans son aspect systématique…

                 Car après tout le préjugé n’a qu’un seul tort, celui de ne pas avoir été confirmé par une expérience probante. Certes cela parait difficile pour le septième ciel dont les délices ne sauraient nous être révélés qu’après la fin de notre modeste personne physique. Le doute va donc subsister.

                 Mais enfin n’y aurait-il donc aucun moyen d’arriver à des certitudes de base, en mettant de côté tout le folklore, anges radieux et démons cornus compris ?

                 J’aimerais maintenant faire une distinction entre croyance et certitude. La croyance, c’est bien connu ne saurait être totalement satisfaisante, car, reposant sur un consensus social elle implique la confiance en une autorité extérieure. Et la vie est assez rouée pour nous infliger des démentis cinglants. Parlez donc de ça à d’anciens intellectuels staliniens ou à des penseurs estimables égarés dans l’idéologie nazie, sans oublier les maoïstes de salon. Tous se sont trompés de bonne foi parce que leur besoin de croire les amenait à gommer tout ce qui aurait pu leur paraître suspect. Le besoin d’absolu peut être mortel pour la recherche de la vérité. D’ailleurs la preuve manifeste qu’une conviction est une simple croyance réside dans le fait que l’intéressé a besoin de convaincre et de faire triompher sa vérité. Pourquoi ? Tout simplement parce que malgré tout il ne peut s’empêcher de douter en profondeur et qu’en convainquant les autres il va s’entourer d’un cercle de supporters qui va à son tour le  conforter dans son opinion. Si nous sommes cinquante millions à adhérer au Parti, cinquante millions ne peuvent se tromper ! L’effet de masse est assuré.

                 A l’inverse la certitude, en admettant qu’elle soit profonde et totale engendre un tout autre comportement. L’intéressé n’a plus besoin de convaincre ni de faire des adeptes. Apaisé, sûr de n’avoir plus rien à perdre  il va pouvoir vivre tout simplement en observant les égarements des autres et en voyant fonctionner en toute évidence les mécanismes auxquels ils se soumettent par peur d’entr’apercevoir par mégarde la vérité.

                 Car la vérité existe forcément et seuls nos rêves, nos justifications et nos jongleries intellectuelles peuvent nous la cacher. Mais elle nous fait peur. Elle nous terrorise. Nous n’en voulons à aucun prix car nous subodorons bien qu’elle serait la fin irrémédiable de toutes nos justifications et du rôle que nous avons l’habitude de jouer et que nous appelons pompeusement notre vie.

                 Comment continuer à être supporter des All Blacks si nous n’y croyons plus et que nous ne pouvons plus nous identifier à ce symbole prestigieux permettant d’oublier les mesquines misères du quotidien ?

                 Bien sûr nous pouvons aussi décider de rester « raisonnables » et dans ce cas il ne nous restera plus qu’à boire un coup, remonter nos bretelles et ouvrir la télé pour pouvoir nous apitoyer sur le triste état de notre monde contemporain. Ainsi tout pourra continuer comme d’habitude et les braves gens pourront  s’assoupir paisiblement.

                 Dormez en paix braves gens, la zone est sécurisée et tout est sous contrôle.

               

                                                                  Le Chesnay le 10 octobre 2007

                                                                    Copyright Christian Lepère

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