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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 08:06
"Le bout du monde" - gravure imprimée sur Arches format Demi-Jésus - 1972

"Le bout du monde" - gravure imprimée sur Arches format Demi-Jésus - 1972

L’impermanence a encore frappé !

 

              Tout là haut des nuages brodent des arabesques. Jusqu’au bout de l’azur ils s’élancent et s’entremêlent inlassablement en suivant  les courants de grands flux atmosphériques qui tels des Gulf Stream aérien dérivent d’un bord à l’autre du monde connu. Ils nous font comme un toit mais vaporeux et sans cesse changeant. Inconsistants et éphémères  jusqu’à ce qu’en pluie  ils retournent à leur origine, les eaux d’en bas.

              Par quelle aberration parlons nous d’un nuage ? Comme si il existait en tant que tel, comme si il était un objet intangible et définitif. Pourtant nous le voyons bien, il est insaisissable. Formé de brume, tissé de brouillard, immatériel mais tellement présent. Pouvant nous priver de toute chaleur. Confisquant la lumière et refusant au soleil le droit de nous réchauffer le corps et l’âme. Pourtant le soleil n’en peut mais, lui qui dans toute sa gloire rayonne indéfiniment dans toutes les directions. Même si  elles sont toutes égales et à ses yeux aussi dénuées de sens qu’un poteau indicateur au milieu de nulle part.

              Le haut ?le bas ? Droite et gauche interchangeables…Notions désuètes de la géométrie euclidienne. Références rassurantes pour petits esprits enfermés dans leurs catégories mentales.

              Ainsi le soleil rayonne car il ne sait rien faire d’autre et que d’ailleurs peu lui importe. Il lui suffit de tous les éclairer, les bons et les méchants, les nuisibles et les prédateurs mêlés aux grandes âmes et aux esprits distingués qui inventèrent la pénicilline ou découvrirent les mystères de l’a.d.n.. Mais le soleil s’obstine à rayonner. A tout jamais ? Que non ! Car lui aussi a une histoire, lui aussi vit sa vie en brûlant ses ressources, en dilapidant son énergie pour réchauffer tout ce qui se présente. Il va dans le grand vide cosmique où nous errons, embarqués sur notre radeau « Bleu comme une orange ».

              Pendant longtemps la vieille humanité s’est crue le centre du monde. Avouez que c’est plus rassurant et que cela permet au moins de se prendre au sérieux. Mais la science est arrivée, l’air soupçonneux et l’œil inquisiteur et elle a voulu y regarder de plus près. Alors de loupes grossissantes en lunettes astronomiques les illusions d’optique ont été démasquées et les croyances grossières ont été remisées au placard.

              Mais une chose est étrange et fait dresser l’oreille : Quels que soient les progrès de l’observation et quelles que soient les découvertes sidérantes et indéniables, la plupart des esprits dits scientifiques s’obstinent à continuer à vivre dans un monde de commodes conventions. Voila plus d’un siècle qu’on sait que la matière n’est pas si matérielle que ça. Ou tout au moins qu’elle ne manifeste ses qualités évidentes pour nous de solidité et d’impénétrabilité qu’à notre échelle de perception.

              Mais nous tenons tellement à notre confort, à nos petites habitudes, à notre monde réel dans lequel il y a de vrais gens assis sur de vraies chaises devant une vraie table bien dressée et pleine de bonnes choses à l’ancienne qui vont nous faire chaud au cœur en nous remplissant l’estomac.

              Dans un autre domaine ne paye-t-on pas et fort cher une entrée dans les salles obscures du cinématographe pour voir une illusion d’optique ? Je me souviens que tout petit on m’avait expliqué que le film c’était tout un tas de petites images qui se déplaçaient et dans ma cervelle encore toute naïve mais riche en suppositions je m’étais imaginé que sur l’écran il y avait comme une sorte de puzzle formé de petits éléments joyeusement mobiles et atteints d’agitation incoercible. C’était assez rigolo, très complexe et après tout peut être réalisable réellement avec les moyens techniques actuels…

              Mais depuis j’ai perdu mes illusions. On m’a démontré que seul le grossier fonctionnement de ma vision me faisait croire à l’enchaînement sans heurts de ce qui n’est après tout qu’une succession de diapositives séparées par des moments d’obscurité. Mais attention ! Voilà que je m’accroche encore à des notions récentes mais devenues bien obsolètes et dépassées par les progrès techniques. Car maintenant avec la vidéo, les écrans plats et les images numériques il n’y a plus de vide entre les images ! Celles-ci étant projetées par balayage de l’écran, la suivante succédant à la précédente  avant que cette dernière n’ait fini de stimuler tout les pixels de l’écran…Hallucinant ! Il y a donc bien maintenant un véritable fondu enchaîné beaucoup plus reposant pour l’œil et surtout plus trompeur. Ca n’est toujours pas réel mais c’est de mieux en mieux imité. Et après tout qu’est-ce qui nous intéresse ? Continuer comme d’habitude sans se poser trop de question ? Ou aller chercher la petite bête ? A chacun de décider de ce qui lui importe. Et si on aime les petites bêtes ? Pourquoi pas … Mais là vraiment on n’est pas forcé. Alors bonne continuation !

 

                                                           Le Chesnay le 17 janvier 2014

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

"Axis Mundi" - gravure imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1978

"Axis Mundi" - gravure imprimée sur papier Arches format Demi-Jésus - 1978

 

La prochaine fois :

 

Vous saurez tout sur Djaipi

graveur et photographe de la Géode

 

A bientôt !

 

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Published by L'imaginaire
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