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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 06:10
"Dans l'azur éperdu" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1993

"Dans l'azur éperdu" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1993

Liberté bien encadrée

 

                 Ainsi l’Absolu est absolu. Rien ne saurait lui échapper. Certes, depuis des temps immémoriaux on a essayé de trouver des portes de sortie. De se mettre en marge. D’emprunter des itinéraires bis. De découvrir des échappées. Hélas ! Rien n’y fait ! Ou bien on admet que le monde est unitaire et cohérent et que rien ne peut être hors de ses lois ou bien on commence à délirer gentiment en cherchant d’improbables interstices dans l’enchaînement des causes et des effets.

                 En gros on se croit libre. Il est vrai que c’est tentant parce qu’on nous l’a affirmé et qu’on en a déduit qu’on était responsables. Dès tout petit on nous a fait comprendre qu’on pouvait bien ou mal faire. Dans le pot ou à côté…Et donc qu’on avait le choix en toute circonstance. Toutes ? Oui, on peut préférer la glace à la vanille à cette autre à la pistache. On peut dire bonjour à la dame ou lui tirer la langue. On peut faire pipi sur le gazon quitte à importuner les coccinelles, plutôt que dans un urinoir Jacob Delafon beaucoup plus hygiénique et réglementaire mais aussi plus contraignant.

                 Nul ne saurait faire obstacle à notre liberté de choix, si ce n’est par des moyens condamnables. Personne, pas même le plus coercitif des tyrans ne peut nous interdire tout choix personnel. Et après tout si nous préférons finir la tête sur le billot plutôt que d’obéir à ses injonctions paranoïaques, c’est bien la preuve qu’en dernière analyse nous pouvons décider. Fort bien ! Jusque là ça va !

                 J’ajouterai que non seulement nous pouvons préférer la plage à la montagne et la tête de veau à l’escalope milanaise. Nous pouvons même décider de dilapider nos économies au jeu plutôt que de chercher à faire fructifier notre modeste pension de retraite en la confiant à des spéculateurs bienveillants dans des paradis fiscaux. Je suis libre, que voulez vous ! Ou alors prouvez moi le contraire.

                 D’accord ! C’est assez simple…

                 En bonne logique, si l’on obéit à une motivation c’est qu’on n’est pas libre puisqu’on est contraint par une raison. Or, quel que soit notre choix il repose toujours sur une appréciation des données. Que cette appréciation dépende de nos goûts, de notre caractère et de notre passé familial, éventuellement traumatisant, c’est indiscutable. Mais qu’y pouvons nous ? Si une éducation bien pensante jointe à une allergie au sucre et renforcée par des aperçus sur les effets néfastes du cholestérol m’amènent à dédaigner les sucreries, il est possible aussi qu’un manque affectif puissant ou libidinal soit compensé par un besoin de chatteries et de confitures. C’est subtil et seul un psy particulièrement averti pourrait démêler les tenants et les aboutissants.

                 Mais mon choix est déterminé pour le meilleur et pour le pire. C’est aussi vrai pour les grandes que les petites choses. Pour mes choix politiques et la couleur de mes chaussettes. Et également vrai pour mes proches et leurs amis et leurs relations. Même pour le chat, le chien et le canari dans sa cage.

                 Mais élargissons le débat. Si le monde a été créé ce ne peut être que par un créateur. Ce serait donc lui le grand responsable, lui qui en décidant des attributs de toutes choses et en déterminant les suites de leurs interactions a décidé de toute l’histoire du monde, de l’implacable déroulement des faits.

                 Alors je le vois d’ici se frotter les mains ! Son plan est bon. Ca marche ! Et c’est tellement performant que le déroulement naturel des choses nous amène de façon logique et contraignante à croire que nous sommes libres. Puis, à partir de cette conviction à nous livrer à toutes sortes d’actions que nous n’aurions jamais envisagées sans cette croyance. Notamment celles qui nous permettent de nous affirmer pour prouver aux autres qui nous sommes. Des gens qui ne vont pas se laisser marcher sur les pieds.

                 Car c’est bien pour cette raison que Néron, Jules César et Bachar el Assad ont commis tous leurs méfaits. Alors que bien d’autres, animés de sentiments humanitaires ont inlassablement œuvré pour réparer les dégâts. Mais de toute façon il n’y a pas à s’en faire car tout est sous contrôle.

                 « Et ainsi va la vie dans la vallée des castors ». C’est sur cette phrase émouvante que se terminait un film de Walt Disney dont le souvenir m’émeut encore alors que bien des décennies se sont écoulées depuis. Mais c’est le destin qui m’a fait comme je suis, veuillez m’en pardonner.

 

                                                           Le Chesnay le 14 septembre 2013

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

"Danse de Shiva" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1993

"Danse de Shiva" - huile sur toile - 100 x 81 cm - 1993

Et la semaine prochaine ?

 

C’est une histoire belle et triste qui vous attend

cependant

comme elle débouche sur l’essentiel

il est possible que, sait-on jamais,

son mystère vous semble

bien familier…

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Published by L'imaginaire
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