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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 07:27

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                                                          "Le bon pasteur" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

VACHE A LAIT ET DEMOCRATIE

 

 

            Tachées de noir et de blanc, formant une sorte d’échiquier baroque qui se serait ramolli au soleil et tapisserait les prairies normandes ou bretonnes. Blanches mais d’un blanc un peu cassé fleurissant sur les flancs des collines bourguignonnes. Mais aussi fauves en Auvergne, d’un ocre tirant sur le brun roux. Voilà de quoi égayer les vastes étendues vertes qui finiraient sans cela par devenir monotones. Mais la couleur importe peu. Sous la robe plus ou moins sobre ou pimpante c’est toujours la même bête, le même calme bovin, la même vache laitière et pacifique.

            Depuis toujours, depuis la nuit des temps, les vaches sont nos compagnes fidèles, nos animaux les plus domestiques, à part chiens et chats qui sont plus acceptables en nos demeures. Leurs besoins aussi simples et essentiels que naturels ne vont pas bien loin. De l’herbe, encore de l’herbe et brouti-brouta la sainte journée sera remplie. Car que fait d’autre une vache que brouter ? Ah bien sûr elle s’arrête parfois pour ruminer, paisiblement installée sous un pommier, alors qu’elle passe le reste de son temps à arpenter les  ondulations du terrain et les bordures de haies. Mais dans l’ensemble elle passe sa vie à se nourrir pour produire du lait inlassablement. C’est une sorte d’usine et la main de l’homme judicieusement remplacée par la trayeuse automatique suffit tout juste à vidanger une production peu raisonnable. Que la machine tombe en panne et l’éleveur va s’inquiéter car ses mains ne suffiront pas. C’est que la vache à a assurer l’avenir de l’espèce en nourrissant son rejeton. Et ça tête un petit veau ! Mais la nature a prévu largement et le prédateur humain peut s’emparer du superflu à des fins multiples et délectables.

            Pendant ce temps la campagne électorale bat son plein sur tous les écrans plats de France et de Navarre.,  Une horde de candidats au poste suprême s’est mise en ligne pour tenter d’atteindre les commandes du pouvoir. De façon démocratique mais déterminée. Pensez donc, devenir Président de la République…Pouvoir enfin dominer la mêlée de façon légale et mijoter les lois qui vont formater la société et imposer une harmonie sociale. Il y a de quoi s’exalter. Surtout que la chose n’est pas en principe inatteignable.

            Avec un peu de chance et une équipe solide et bien rodée, des conseillers informés et astucieux, des appuis occultes et bien placés et une stratégie médiatique communicante utilisant les moyens sophistiqués les plus pervers, on a sa chance.

            Alors chacun se lance, à sa façon, avec sincérité ou avec ruse. Pour la beauté du geste ou pour pouvoir enfin assouvir son besoin névrotique de pouvoir. Il y a les sincères et ceux qui le sont moins. Les idéalistes, parfois dangereux et les opportunistes encore bien pires. Mais il faut de tout pour titiller un corps électoral un peu blasé gavé d’informations pléthoriques et cependant lacunaires. Alors tous les moyens sont bons ou jugés tels. De la démagogie à la séduction. De l’usage perfide de la peur à la manipulation des enthousiasmes.

            On peut jouer sur l’essentiel mais surtout sur le superflu. Ah, si la nature humaine était logique et rationnelle…ce serait beaucoup moins excitant ! Et puis pourquoi faire simple ?

            Revenons maintenant à nos moutons, je veux dire à nos paisibles ruminants. Privés de télévision, insensibles aux messages subliminaux des médias, isolés dans leur mutisme campagnard, totalement dénués d’ambition, ils continuent à brouter comme si de rien n’était.

            Est-ce indifférence de leur part, ingratitude à l’égard des humains qui pourtant leur permettent de couler des jours paisibles, loin des prédateurs naturels, en attendant d’être conduits à l’abattoir ? Mais ce n’est pas leur problème et la verte nature  leur suffit.

            Pas d’exigence pour la retraite anticipée, pas de pont à la Toussaint, pas besoin de sans plomb à 1€ 66 le litre. Les voilà à l’abri des promesses démagogiques et des approches cajoleuses. Dans le sens du poil évidemment.

            Mais il y a les machinations politiques. Sans doute, pour porter remède à ces manœuvres indignes il suffirait que je me présente moi-même. En candidat libre et non affilié. Alors tout occupé à me promouvoir, je pourrais faire fi des manœuvres des autres. Hélas ma nature est trop passive et l’effort pour  convaincre mes semblables me fatigue. Je n’ai donc aucune chance. Alors je vais, si cela vous tente vous laisser la place, bien qu’il soit trop tard pour obtenir les indispensables signatures  des maires. Il vous faudra donc attendre 2017. C’est un peu loin, mais le temps nous talonne. Il n’en finit pas de passer et si nous n’y prenons garde nous n’arriverons jamais à temps sur la ligne de départ. A cet endroit béni où nous attendent au loin les lendemains qui chantent.

 

 

                                                              Le Chesnay le 11 avril 2012

                                                               Copyright Christian Lepère

 

 

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                                       "Paisible campagne" - huile sur panneau - 27 x 22 cm

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Published by L'imaginaire
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