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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 08:38

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                                                                              "Le raidillon" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

UNE AFFAIRE QUI MARCHE (suite)

 

 

              Tout passe et tout s’use. Après de longues périodes de déambulation en ville ou dans la campagne bourguignonne, j’ai connu des années de replis plus frileux. Etrangement j’étais devenu esclave de la voiture, fût-elle une modeste 2 CV ou une 4 L strictement de série. Après Versailles j’habitais au Chesnay qui en est la banlieue et donc fort proche. Déjà préoccupé par l’état pléthorique de la circulation urbaine je me rendais à Paris par les trains de banlieue. Le problème était d’atteindre l’une des gares environnantes. Le bus étant aléatoire, pas très direct et parfois bondé, il ne restait que la voiture. Oui mais où la laisser ensuite ? Les abords des gares étant saturés et les grands parkings dûment munis de leurs tickets et autres parcmètres gloutons pas assez conviviaux à mon goût.

              En fait c’était très simple, comme tout un chacun je vivais sur l’idée tenace et incrustée que c’était au-delà du coin de la rue, donc hors de vue, donc lointain, donc inatteignable sans la voiture.

              Et puis un jour, miracle, plusieurs médecins et soignants me conseillent pour diverses raisons de marcher chaque jour. Ah oui ? Mais alors peut-être peut-on mêler l’utile et l’agréable ? Peut-être peut-on atteindre l’horizon sans véhicule ? J’ai donc essayé. Ca marche ! Et ce qui me paraissait infiniment lointain se révèle souvent plus proche, si proche même que je n’ai pas pu m’empêcher de rallonger le parcours, d’essayer des variantes pour finir par explorer systématiquement les environs. Non pas pour vraiment les connaître et en parler, d’ailleurs ça n’intéresse personne, mais pour me livrer à l’errance. Le monde est vaste et beau. Sa variété est infinie. Et si l’on y prête attention les choses les plus banales, la grisaille la plus quotidienne révèlent des abîmes de mystère et d’étrangeté. Seule notre certitude de connaître (ça, je le connais comme ma poche…) nous interdit ce minimum d’attention qui révèle la nouveauté permanente et l’originalité irremplaçable des détails.

              On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. On n’arpente jamais deux fois la même rue, même si elle porte toujours le même nom. Parce que tout change, y compris soi-même et que de toute façon le personnage qui se promène n’est plus celui d’hier, même si la copie semble conforme.

              Hélas, cela peut amener à douter de sa petite personne, du personnage social bien étiqueté et si rassurant pour les autres, alors même qu’il est insupportable à bien des égards. Mon Dieu, si les autres disparaissaient…tous…les odieux, les pisse-vinaigre, les pimbêches, les confits en dévotion et les traîtres, les fourbes, les lâches, les faux jetons…Non ! Pas ça, alors il faut bien que je sois aussi un personnage identifiable qui joue le jeu, qui tient son rôle. Peintre maudit ou poinçonneur des Lilas, peu importe pourvu qu’on me reconnaisse.  En refusant ma diversité, en me coupant les ailes, en me prenant pour…je me ferme au monde, je me sclérose. Déni de réalité. Tant pis pour moi.

              Alors la marche, cheminement, errance, vagabondage, peut y remédier. A condition toutefois de ne pas en faire un sport, un entraînement, une recherche de record. Ou tout bêtement une justification aux yeux des autres qui aimeraient tant pouvoir nous enfermer dans une boîte avec une étiquette : « Ci-gît Machin (Jules Auguste) Bon fils – Bon père – Homme intègre. Paix à son âme »

 

                                                               Le Chesnay le 14 janvier 2012

                                                               Copyright Christian Lepère

 

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                                                    "Lassitude" - huile sur toile - 65 x 54 cm

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Published by L'imaginaire
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