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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 14:22

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                                                                                    "Le renouveau" - huile sur toile - 81 x 65 cm

 

 

        

UNE AFFAIRE QUI MARCHE

 

 

                 Marcher, déambuler, aller par les monts et les plaines, en bref se déplacer. Voilà ce qui m’a toujours été nécessaire. Bougeotte ou besoin d’aller voir ailleurs ? Vérifier que l’herbe est plus verte au-delà de la rivière dans le pré d’à côté ? Pas seulement. D’abord il y a la marche en elle-même. Le simple fait de se mouvoir naturellement avec plus ou moins d’aisance en laissant le monde s’ouvrir devant vous et vous accueillir. Et puis la masse énorme d’informations qui vous comblent à chaque instant. Quand tout va bien, que le corps est dispos, le mollet alerte, le souffle assuré et l’âme sereine c’est tout à fait satisfaisant. Il n’est même pas besoin d’avoir un but.

                 Certains ne se déplacent que si ils ont à faire. Aller chercher le journal, se rendre à la messe ou réapprovisionner la famille en victuailles. Cela reste strictement raisonnable et utilitaire mais n’empêche pas forcément d’élargir la vision et d’y prendre plaisir. Aller à la boulangerie du coin chercher des croissants frais n’est pas une ennuyeuse obligation.

                 Dans ma jeunesse j’ai beaucoup marché. Traversant Paris en long et en large, en droite ligne par les  artères principales dues aux visions autoritaires d’Haussmann, en courbes négociées autour des Buttes Chaumont et parfois en errements labyrinthiques dans les ruelles torses des vieux quartiers de Ménilmontant, de la Bastille ou du Marais.

                 Souvent le soir je revenais du quartier Latin où après quelque séance d’illusion cinématographique je reprenais contact avec l’épaisseur de la ville, sa densité et sa chaleur. Alors quittant ces lieux d’animation nocturne, je remontais par le boulevard de Sébastopol et m’enfonçais progressivement dans le silence de voies plus désertes. Mon pas résonnait sur l’asphalte du trottoir entre les blocs géants d’immeubles endormis. L’atmosphère gagnait en mystère tout ce qu’elle perdait en familiarité rassurante. La ville n’était plus la ville mais redevenait l’énigme des lieux assoupis qui s’engloutissent dans le silence. Naufrage des apparences. Au fond d’un puits une lueur vacille et palpite. Au plus profond de la noirceur nocturne l’aube se profile. Se pourrait-il qu’enfin, sans crier gare, le jour se lève ?

                 Mais l’opacité est grande et nous entoure de toute part. Enfermés dans notre abri anti-atomique, claquemurés dans nos illusions nous refusons de laisser la lumière s’infiltrer et commencer à révéler l’état des lieux. Il est vrai qu’au premier abord le spectacle ne serait pas vraiment exaltant. Un invraisemblable dépôt de souvenirs : situations révolues, paysages figés, êtres chers empaillés ou conservés dans le formol. Tout ce à quoi nous tenons tant. Tous ces instants accumulés, peuplés de vieille brocante. Tout notre cher passé, en somme.

                 Mais je remonte l’avenue de la République en direction du Père Lachaise. Large voie et vastes perspectives, avant de retrouver les petites rues désertes du onzième arrondissement et ma chambre au deuxième étage d’un immeuble bourgeois, solide et plutôt confortable, avec vue sur le square où j’ai tant aimé jouer aux billes et aux osselets en revenant de l’école.

                                                                                                A suivre…

 

                                                                        Le chesnay le 13 janvier 2012

                                                                        Copyright Christian Lepère

 

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                                                            "Pélerinage hélicoïdal" - huile sur toile - 100 x 81 cm

                 

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Published by L'imaginaire
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commentaires

Yoann 02/02/2012 16:11

J'aime profondément marcher moi aussi. Les déplacements facilitent la circulation de mes idées, évitent la gangrène et les nécroses intellectuelles.

Je pense que le fait de vivre impose de marcher. Ce qui caractérise l'humanité c'est cette même marche debout en plus de son pouce opposable. La sédentarisation de l'homme étant malgré tout récente
et relative, il est difficile de supprimer un tel héritage.

Je crois que la marche est le reflet de notre confrontation au monde. Selon la manière dont on arpente les rues, les sentiers ou le paysage brut, territoires inconnus ou familiers, on avance dans
son propre esprit, on se confronte.