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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 06:20

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                                                               "Les monts du Morvan" - 61 x 50 cm - huile sur toile

 

 

SERMIZELLES EN BOURGOGNE

 

 

            Depuis ma plus tendre enfance j’ai hanté ce pays, parcouru les chemins, contourné les collines. Et j’ai vu au fil des ans ces paysages sous des aspects surprenants. Du froid intense et de la neige à la chaleur la plus lourde, du vent violent à l’accalmie fruitée. Je les ai vus sous la pluie ou émerger dans la gloire du soleil levant. Des giboulées violentes aux douceurs nostalgiques de l’automne. Je les ai vus déserts et je les ai vus en compagnie.

            Aussi est-il naturel que tout cela ne puisse plus former en mon esprit une image simple. J’en ai vu trop d’aspects multiples et contradictoires. Et puis ils ont changé et j’ai changé aussi. De coupes de bois en remembrements, de construction en abandon de ruines croulantes, tout a changé depuis mon enfance, tellement et si souvent que parfois la boucle a été bouclée et que j’ai pu reconnaître jadis momentanément ressuscité. Et j’ai changé aussi.

            Enfant, mon horizon était limité à la vigilance des adultes, puis il s’est élargi en escapades, puis en explorations à pied et en vélo. En barque aussi parfois et petit à petit j’ai étendu mon rayon d’action. Puis un jour ma première 2 CV m’a donné des ailes.

            Depuis je n’ai cessé de revenir, abordant la région de toutes les directions possibles, sous tous les angles et dans toutes les circonstances envisageables, parfois gaies, parfois tristes. J’y ai joué aussi bien des rôles en tant qu’enfant, puis en adolescent romantique et tourmenté, puis en jeune adulte débutant dans la vie active. Enfin un jour Michèle m’y a accompagné, puis Sébastien est né et avec lui un nouveau tour de spirale a commencé.

            Et tout ceci fait que pour moi, Sermizelles n’est pas cette image rassurante qu’ordinairement on se fabrique en s’enracinant dans un lieu. C’est au contraire l’endroit où la multitude qui me hante, stimulée par tous ces souvenirs déferle en jouant des coudes. Pas un lieu, pas une orientation, pas un éclairage, un bruit, un parfum qui ne fasse, séance tenante, surgir des pans entiers de passé. Car il est là tapis le passé, caché derrière la porte vermoulue, prêt à surgir ici et maintenant avec la vitesse et l’intensité d’une révélation.

            Tout lui est bon, tout lui est prétexte. Après de longues heures de grisaille, pluie incessante et morne ennui, un mince rayon de soleil va filtrer jusqu’à la campagne gorgée d’eau. Un parfum discret et tenace va se réveiller. Quelques fleurs le long du fossé s’épanouissent : mauve ou scabieuse ou liseron ? D’un violet mystique ou d’un rose suranné. La route vient d’être goudronnée, répandant cette étrange odeur de vieux port ou de travaux publics, submergeant tout, investissant ma mémoire. A moins que de la rosée ressurgissent d’anciennes expéditions au petit jour pour aller traquer, dès que surgi, le champignon des prés. Et me reviennent des saveurs de fricassée cuite à la poêle et des odeurs de feux de bois et l’antique cuisinière et sa fumée âcre qui pique la gorge et fait tousser.

 

                                                                  Sermizelles le 9 juillet 1994

                                                                  Copyright Christian Lepère

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Published by L'imaginaire
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