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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 08:07

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                                                      "Bouquet d'anges pour guérilla urbaine" - huile sur toile - 100 x 81 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Récupération et détournement

 

             Puiser dans l’héritage du passé pour y retrouver une inspiration nouvelle est plutôt une bonne idée. Les artistes de la Renaissance nous l’ont assez bien montré et au cours des siècles nombreux furent les courants qui se tournèrent vers des sources plus anciennes pour se revivifier. Tout l’art du 19° est plein de ces retours sur les styles gothiques, préraphaélites ou autres. La démarche est donc de bon aloi.

             Mais les choses se compliquent quand il s’agit de pillage sans scrupule détournant les œuvres les plus abouties pour en faire des réappropriations révolutionnaires. C’est dans ce domaine que Picasso, grand prédateur entre tous s’est montré le plus entreprenant. La production grecque de vases à figures noires sur fond rouge ou rouge sur fond noir était très vivante et souvent pleine d’humour. Il s’en est emparé pour en faire de bien faibles caricatures avant de s’approprier l’art nègre tout à fait inconnu à l’époque. Dans ce second cas, puisant sans vergogne dans les formes longuement mises au point par une tradition ancestrale et magique, faisant fi de qualités plastiques primitives mais non dénuées de raffinement  il s’est livré à un massacre en règle. Qu’on songe aux « Demoiselles d’Avignon », salmigondis barbare d’une incohérence totale et d’une vulgarité achevée. Mais il avait beau jeu puisque le premier moment de stupéfaction passé il devint assez vite de bon ton, au sein des élites d’avant-garde de mépriser tout attardé osant porter un regard critique sur ce chef d’œuvre absolu. Le piège était refermé et  ne pas louer Picasso pour son génie corrosif était se désigner comme un odieux réactionnaire incapable de remettre en cause l’académisme d’une époque révolue et de se diriger résolument vers la modernité et ses lendemains radieux. Mort aux tabous et vive la révolution permanente. Mais Pablo ne pouvait s’arrêter en si bon chemin et c’est sans hésiter qu’il a ensuite fait subir aux « Ménines » de Vélasquez les derniers outrages.

             Il est vrai que dans un esprit résolument contemporain la dérision est une valeur suprême et que beaucoup, impuissant à créer du positif se vengent en caricaturant, en bricolant et détournant les oeuvres

reconnues au fil des siècles comme étant majeures.

             Mais au fait…détourner…vous avez bien dit détourner ? Mais il me semble que c’est ce que font les terroristes avant d’aller s’écraser sur les tours jumelles…Comparaison hasardeuse, veuillez m’en excuser.

             Donc Picasso n’a eu de cesse qu’il n’ait détruit et ridiculisé tout ce qu’il prétendait admirer. Car c’est bien là le nœud de l’affaire. Non content de tout ramener à son niveau rudimentaire, il n’a cessé de rendre hommage aux gloires du passé réussissant par le biais de cette habile manœuvre démagogique à se faire passer aux yeux des doctes pour un grand continuateur de l’art le plus classique.

             D’ailleurs il savait dessiner savez-vous ? Voyez ses œuvres de jeunesse ! Quel talent précoce ! Or il est vrai que dès un âge tendre il avait manifesté des qualités encourageantes. A tel point qu’il aurait même pu devenir un bon peintre. Hélas tout a semblé bien évoluer jusqu’au jour où il a commencé à se prendre pour Picasso. Et cela ne pardonne pas même si il a réussi ce tour de force d’être le seul peintre mondialement connu.

             Mais revenons à la dérision et la provocation. Que des artistes, adultes responsables se permettent toutes sortes d’excès, voilà qui est dans l’air du temps. Mais jusqu’où peuvent aller l’humour et la critique ? Voilà une bonne question qui fait toujours débat. Cependant il est un domaine où la chose est plus grave, celui de l’éducation. Dans ce domaine un exemple me revient en tête qui continue de m’interpeller des années plus tard. Je me souviens donc avec encore un profond malaise du jour où un collègue, professeur d’arts plastiques comme moi-même m’a déclaré sans frémir et sans la moindre trace d’humour qu’une œuvre d’art n’était digne de ce nom que si elle choquait et remettait tout en question. Or, comment choquer si ce n’est par la transgression, la provocation, la vulgarité et la violence ? Et il est vrai que c’est plus difficile de le faire avec une recherche d’harmonie et de beauté construite, à l’instar des artistes d’avant la modernité. Si l’on songe que de jeunes enfants étaient confiés à ce pédagogue résolument contemporain, on s’étonne moins des dérives actuelles de la société en général et de la jeunesse en particulier.

 

                                                                                   A suivre

 

                                                                          Le Chesnay – février 2010

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by L'imaginaire
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