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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 07:42

325-Le-grand-déballage         " Le grand déballage" - gravure à l'eau-forte -1983 - imprimée sur Arches : 38x 57 cm


 

 

Ce texte a été rédigé en 1991, il y a donc vingt et un ans.

J’ai bien peur qu’il ne soit, hélas, encore totalement d’actualité.

Le cancer de l’Art Contemporain n’a pas cessé depuis de croître,

il est l’ART OFFICIEL

 

 

 

 

PROPOS SUR L’ART N’ENGAGEANT QUE LEUR AUTEUR

 

 

Enseignant les arts plastiques j’ai, au cours de réunions avec les parents d’élèves, pris la parole pour critiquer le « champ de l’Art Contemporain ». Or des directives officielles nous recommandent d’en faire l’apologie…J’expliquai donc sobrement que, le temps nous étant chichement mesuré, je n’avais que faire de l’évolution démente d’un art conceptuel coupé de toute humanité et que je préférais,  pour ma part, enseigner aux élèves des notions sérieuses, bien que parfois sous des dehors ludiques car il s’agit d’enfants.

            C’était très succinct et il me vint l’envie de justifier un peu plus un point de vue aussi « réactionnaire ». Prenons donc date en ce mois d’octobre 1991 où j’écris dans une campagne paisible.

            C’est en début d’été que nos pas nous portèrent en Bretagne, fascinés par ce bout du monde hanté par les mythes et les légendes. Passant par Morlaix, nous y fîmes halte. Au hasard des ruelles des affiches bariolées attirèrent nos yeux. De loin plutôt joyeuses elles se révélèrent de près fort décevantes : gribouillages de singes pas même savants. Elles annonçaient haut et fort une exposition d’Art Contemporain où Restany présentait ses amis et relations au public provincial convié à venir d’émerveiller. Le titre en était beau : ‘Le Cœur et la Raison » mais la déception d’autant plus rude, car le cœur se révélait bien sec et la raison, effarée sans doute, s’était enfuie au loin.

            Mais nous étions venus, il nous restait à voir. Une compression de César tristement cubique nous accueillit. Lui succédèrent une affiche génialement lacérée par Rotella, des laideurs multiples d’Andy Warhol à la gloire de Mao et de Marilyn, un Arman, sans doute et un probable Yves Klein et bien d’autres œuvres destinées à éduquer les foules provinciales désuètes et attardées.

            Le temps était maussade, quelques visiteurs visiblement perplexes contournaient l’inénarrable urinoir de Marcel Duchamp, accompagné  de l’indispensable porte-bouteilles métallique, gris et bête à pleurer. Lassés nous avons fui ces lieux désertés  par l’esprit pour aller rendre visite à quelques artistes plus locaux mais dotés d’un réel talent et libres de toute subvention du Ministère de la Culture.

            Depuis j’ai remué le problème en tout sens, pour vous livrer maintenant mes conclusions sans ambages ni circonvolutions, ainsi qu’il sied entre gens de bien, libres de toute pression parce qu’ils n’ont pas d’intérêts sociaux ou politiques à préserver, ni de score à maintenir à l’audimat.

            Le snobisme et la spéculation ont toujours fait bon ménage depuis que Picasso a montré comment s’y prendre. Cynique et enjoué il a suscité de nombreuses vocations et ce fût ensuite à qui arriverait à taxer le plus lourdement  la naïveté du bourgeois prêt à s’épater…et à gober les plus tristes improvisations. Mais voilà que l’Art Contemporain le plus officiel vit maintenant aux frais du bon peuple : vous et moi payant  des impôts devenons les mécènes bien involontaires d’une gigantesque manipulation internationale politico spéculative. Car enfin, qui a souhaité voir les colonnes de Buren défigurer le Palais Royal ? Qui supporte le nauséeux rideau de scène peint à la serpillière et au balai brosse par Olivier Debré à la Comédie Française ? Qui souhaite voir le long de l’autoroute, à hauteur du péage de Fleury en Bière un gigantesque panneau orné de dégoulinures (de qui ?) (Voir note 1). Qui est condamné, comme tant d’innocents voyageurs de banlieue à côtoyer chaque jour les sinistres valises d’Arman devant la gare St Lazare ? Contribuables mes frères vous assurez par vos dons,  généreux bien qu’involontaires, la pérennité de l’art de la post-modernité. Quelle gloire !

            Et pendant ce temps des créateurs authentiques suivent leur chemin, imperturbables, tels Claude Verlinde qui, à l’écart de toutes les modes, peint somptueusement ses fantasmes avec une rigueur de maître du Quattrocento. Partout des peintres, des graveurs, des sculpteurs oeuvrent sans tapage, cherchant par leur talent et leur maîtrise à nous communiquer un peu de leur émerveillement.

            Mais Jack Lang a bien d’autres chats à fouetter et de concepts à promouvoir. Il est lui un pur produit de notre temps. Merveilleusement contemporain.

 

                                                                         Sermizelles – Toussait 1991

                                                                         Copyright Christian Lepère

 

- note 1 : Je viens de constater en ce mois d’Août 2012 la disparition de cette œuvre  réalisée avec des matériaux qui auraient du ne pas se dégrader. L’aurait-on  fait disparaître volontairement ? Je n’ose y croire…

 

 

194-Joyeux-bricolage.jpg

             "Joyeux bricolage" - gravure à l'eau-forte - 1973 - imprimée sur Arches 38 x 57 cm

 

 

Avis-a-la-population.jpg

 

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Published by L'imaginaire
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