Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 14:47

 

Photomontages.jpg

                                                                    Photomontages réalisés par des élèves de 4° au collège du Chesnay

 

 

 

MOI ET MON ORDINATEUR

 

            C’était il y a bien longtemps, dans une vie antérieure. J’étais alors professeur d’arts plastiques au collège. Pour développer leur créativité je faisais faire aux élèves des photomontages. A l’ancienne avec des ciseaux, de la colle et quelques vieux numéros de Paris Match. Les résultats étaient souvent sympathiques bien que très limités techniquement.

            Maintenant retraité je me suis mis à l’ordinateur et la découverte de Photoshop m’a relancé dans la voie délirante des amalgames aléatoires. Je peux enfin affirmer preuves à l’appui que mon frère qui prétend cultiver son jardin se livrait l’été dernier à des acrobaties insensées sur sa moto au sommet de la tour Eiffel.

            Par ailleurs la pratique de l’ordinateur, loin de me détourner de mes préoccupations métaphysiques m’y a au contraire encouragé, fournissant des éléments nouveaux de réflexion. Et si je suis parvenu à quelques conclusions provisoires, c’est pour tester leur bien fondé que je voudrais ici vous les livrer.

            D’abord l’ordinateur est une machine, un ensemble de mécanismes très fins, très sophistiqués et surtout très rapides, mais totalement dépourvus d’états d’âme. Sa rapidité phénoménale et la fiabilité de ses processus en font un allié bien sympathique. Le revers de la médaille est sa vulnérabilité. Envahi par un virus il peut perdre des données ou fonctionner à cloche-pied. Ses circuits peuvent se gêner mutuellement et certains logiciels vont pirater joyeusement ou pervertir des fonctionnements de base. D’ailleurs même un antivirus peut se révéler névrotique, se mettant à soupçonner d’innocents composants, pareil en cela à notre système immunitaire qui de défenseur zélé de notre identité peut devenir complice avec la subversion…Mais on le sait depuis toujours l’armée qui soutient le pouvoir légal peut aussi le trahir. Tout cela reste technique et ne relève que des lois physiques les plus classiques. Et c’est presque rassurant.

            Mais revenons à notre cerveau. A la base c’est une sorte d’ordinateur : une mémoire pleine de données glanées ici et là, puis des logiciels pour les utiliser et les mettre en forme  et enfin obtenir des résultats utilisables.

            Mais il y a une différence, et considérable. C’est qu’il s’agit de matière vivante et non de circuits intégrés. C’est donc un ensemble qui se construit, s’adapte et se détruit sans relâche et qui, si on l’entretient par un usage constant est sans cesse en train d’améliorer ses performances (on sait maintenant que si le cerveau perd irrémédiablement des neurones, il peut aussi continuer à en faire apparaître de nouveau jusqu’à un âge avancé et ainsi faire la nique à Alzheimer.

            La seconde différence et non la moindre est que, si il n’a pas non plus d’états d’âme (mais non…) notre ordinateur cérébral est directement sous la coupe de l’affectivité. Par lui-même il est logique, objectif et mécanique. On peut lui faire confiance dans la mesure où les données qu’il utilise sont véridiques (attention à la vérité des informations…). Mais c’est aussi vrai pour l’ordinateur qu’on peut induire en erreur avec des informations non vérifiées et aussi aventureuses que celles transmises par des médias peu scrupuleux.

            Non la véritable différence vient des émotions qui, par l’intermédiaire de la chimie vont influencer les processus cérébraux en grande partie chimiques eux aussi. Or, pour le moment l’ordinateur est électrique. Donc, chez vous et moi et même chez le gardien de l’immeuble la merveilleuse machine logique et objective est mise au service de la subjectivité la plus suspecte. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. Et c’est pourquoi les polytechniciens les plus rigoureux ne seront plus d’accord entre eux dès que leurs peurs et leurs croyances (l’athéisme militant est aussi une croyance…) vont les amener à interpréter les résultats de leurs investigations les plus objectives.

            L’ordinateur et ses annexes, Internet et mon adorable petite clé USB, si compacte et performante et ma tablette graphique qui répond au doigt et à l’œil, et tout ce joyeux fouillis de gadgets pétillants de nouveauté ont un trait commun, celui de modifier mon comportement et le vôtre puisque nous sommes contemporains. Pour le meilleur et pour le pire. Et c’est vrai qu’il y a danger de se laisser submerger par des informations un peu superflues, des rumeurs qui courent et des manipulations d’autant plus perverses qu’elles sont subtiles.

            Ainsi l’ordinateur m’a fourni des moyens et ouvert des horizons. A moi maintenant de ne pas partir à la dérive, séduit par tant d’innovation. D’ailleurs je distingue en arrière plan l’attrait fondamental  de toutes ces nouveautés : Internet, GPS ou Face book qui tendent à répondre à ma revendication de base, celle de la toute-puissance dans le monde matériel et ailleurs (j’ai bien peur que nous ne soyons tous des Hitler et des Staline en puissance, même ceux qui comme Gandhi  prônent la non-violence sans voir que malgré tout ils aimeraient bien l’imposer. Mais qui n’a jamais rêvé d’être le Sauveur du Monde ?

            Voilà donc le piège qui nous fait négliger l’humilité, vertu un peu démodée et jugée obsolète mais qui hélas, trois fois hélas est bien le seul et unique moyen de s’ouvrir à tout et même à l’infinie diversité de nos semblables et de leurs comportements.

 

                                                                        Copyright Christian Lepère

                                                                        Le Chesnay le11 octobre 2010

Partager cet article

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article

commentaires