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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 12:46

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                                                                                                               "Cheval vapeur" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE (suite)

 

Marcel Duchamp

 

             Le cas de Marcel Duchamp est un peu plus subtil. Intellectuel aiguisé, doté d’un authentique sens critique, il était normal qu’il s’embarque dans la contestation de formes d’art un peu obsolètes. Hélas, ce qui n’était que protestation pleine d’humour et sans grande portée, je veux parler ici de l’inénarrable urinoir rebaptisé fontaine, est devenu par un enchaînement de circonstances dont la vie a le secret un symbole récupéré par l’avant-garde bien pensante. Pourtant la question était simple : « et ça, c’est de l’art ? » et voilà  que la mayonnaise prend et que l’on s’extasie devant tant d’audace créatrice. Enfin, cerise sur le gâteau, ce qui n’aurait du n’être que facétie d’étudiant spécialisé dans les farces et attrapes va devenir une valeur reconnue, incontournable, un chaînon de l’histoire de l’art dont la place est au musée.

             C’est un peu comparable au destin du soldat inconnu. Malgré tout le respect patriotique que je lui dois, je ne peux m’empêcher de songer  que, si il a fort bien pu être un héros sacrifiant son sang pour ses camarades et fauché en montant à l’assaut de l’ennemi, il a pu tout aussi bien être un misérable, lâche et couard, tué d’une balle dans le dos au moment où il désertait et que peut-être même  avait-il trahi et aurait-il du terminer devant un peloton d’exécution plutôt que sous l’Arc de Triomphe. Mais dans le doute abstenons nous et n’oublions pas qu’en démocratie l’accusé est réputé innocent.

             Pour en revenir à Marcel Duchamp, c’est quand même lui qui a inventé le ready made, objet d’art déjà prêt, autre plaisanterie dont l’ingénieuse argumentation a réussi à masquer la supercherie aux yeux des doctes.

             L’histoire est simple. Duchamp est un artiste, c'est-à-dire quelqu’un d’un peu spécial puisqu’il a un regard artistique et ne peut donc produire que des œuvres d’art. Donc si, à l’occasion, il pose les yeux sur un casier à bouteilles, ce dernier magnifié par l’intérêt qu’on lui porte va acquérir une qualité toute spéciale. Comme le chapeau de l’empereur sans qui ce  modeste couvre-chef ne serait que ce qu’il est et serait donc dédaigné par les collectionneurs. Mais l’objet peut devenir idole et être vénéré. Donc Duchamp artiste peut magnifier ce qu’il choisit  mais comme il est intelligent et non dénué de finesse, il envisage la suite. A savoir qu’un objet n’est exceptionnel que si il est rare. Voici donc le second volet : Je désigne un objet à la convoitise des amateurs, mais attention avec modération, car si je multiplie les œuvres elles vont se banaliser. Horreur et damnation! Heureusement le piège aperçu est aussitôt déjoué. Et c’est pour cela qu’on doit vénérer Marcel Duchamp pour avoir su utiliser la naïveté des autres mais avec tact et discrétion. Et pour cela, bravo l’artiste !

 

                                                                 A suivre…peut-être…

 

                                                                     Le Chesnay – février 2010

                                                                     Copyright Christian Lepère                                                                     

 

 

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Published by L'imaginaire
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