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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 06:59

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                                                                                                      "La bataille d'Alexandre" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

LE TEMPS QU’IL FAIT

 

 

            D’abord il a fait trop beau et trop chaud. Réchauffement climatique oblige. Et puis la tendance s’est inversée,  comme d’habitude pourrait-on dire. Un été perturbé, des pluies et des orages et l’anticyclone qui fait des siennes. Avec en prime un petit vent frisquet, des campings inondés et de braves gens qui mettent leur laine pour aller voir la mer. Cependant les microclimats ont leurs raisons que la raison ignore et dans notre petit coin bourguignon le déficit d’eau était persistant. Malgré quelques beaux orages soudains et violents les sous-bois s’obstinaient à être secs. Bien que la température soit clémente les champignons restaient cachés. Même les mauvais et les insipides. Nul ne montrait le bout du nez et le pas du promeneur ne foulait que de vieilles feuilles mortes jonchant un sol ingrat, tout sec. Et puis voila la surprise. Enfin la pluie, abondante, persistante et capable de redonner force et vigueur à la rivière. Au détriment bien sûr de la limpidité des eaux. Mais au moins il y a des cèpes dans les bois des alentours.

            Pendant ce temps le monde suit son cours. La machine économique et financière continue de suffoquer dans ses contradictions et son incohérence suicidaire. Les politiques s’agitent et protestent, comme il se doit, mais leurs gesticulations arrivent à peine à faire frémir l’audimat. Débordé d’informations diverses et contradictoires, tout un chacun ne sait plus où porter son attention. Pourtant les médias ont l’habitude de manœuvrer pour motiver les indécis. Ils savent ce qui interpelle et fait frémir. Ils connaissent à fond les ressorts de base de monsieur, madame, les enfants, la voisine et son ex, sans oublier les chiens et les chats dont les goûts et préférences sont des facteurs non négligeables de consommation et de redémarrage de la croissance. Et ce n’est pas faute de sondages qu’ils risquent de se tromper de cible.

            Alors tout y passe : l’effondrement des dictatures, le fait divers sordide et incompréhensible, la catastrophe écologique. Sans oublier (quelle aubaine !) les turpitudes réelles ou supposées des puissants et des (en principe) intouchables. Sexe et abus de pouvoir, combat féministe, machisme contre relations vénales et librement consenties. Les avocats sont des pros, ils savent jouer aux échecs et l’on sait bien qu’à ce jeu la compassion n’est pas la qualité dominante. Il faut savoir sacrifier son fou ou sa reine pour pouvoir en fin de compte triompher par échec et mat. Et seul le résultat compte, tant pis pour l’éthique, discutable comme il se doit. Tant pis pour la vérité qui après tout n’est qu’un concept, manipulable  et refaçonnable à merci et dépendant d’appréciations conjoncturelles subtiles ou de raisons d’état plus massives.

            L’intéressant dans tout ça est surtout la versatilité de l’information, sa souplesse d’adaptation. L’événement choc, tsunami, guerre éclair ou mariage princier attendrissant focalise dans l’instant toute l’attention jusqu’au lendemain ou une autre information, du « jamais vu » vieux comme le monde vient balayer l’écran et nous fait zapper instantanément. Il suffit ainsi du dernier crime odieux d’un serial killer pour que tout le monde oublie instantanément que des milliers de réfugiés totalement déshydratés sont en train d’agoniser dans la corne de l’Afrique et qu’il s’agit en premier lieu d’enfants mourant dans les bras de leur mère. Mais c’est beaucoup moins croustillant que le viol avec préméditation, violence aggravée et incinération du corps coupé en morceaux. Surtout si malgré tout, grâce a des analyses ADN poussées on arrive à confondre l’odieux agresseur qui dans son délire passionnel n’a pas maîtrisé tous les paramètres.

            Nul n’est parfait, c’est vrai, mais au moins on peut prendre parti et s’indigner. Alors que pour des populations entières une action, même modeste serait possible, ce qui fait réfléchir…et chercher l’erreur.

            Mais la nature humaine reste toujours la même. Si la psychologie a fait d’énormes progrès, redécouvrant ce que la sagesse traditionnelle connaissait depuis belle lurette, mais qui avait été un peu oublié entre temps, elle le fait surtout pour utiliser les penchants humains de base de façon démagogique. Au lieu d’attirer l’attention sur le fait qu’on peut, en se connaissant mieux, essayer au contraire de s’améliorer.

            C’est André Gide qui paraît-il a dit : ‘Il faut suivre sa pente, mais en la montant… ». L’a-t-il fait lui-même ? C’est une autre question. Mais au moins le conseil est sage et avisé,  à condition de l’appliquer au lieu d’y réfléchir comme un philosophe.

 

                                                                  la Brosse Conge le 25 août 2011

                                                                  copyright Christian Lepère

 

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                                                                               "Demeure de la déraison" - huile sur toile - 73 x 60 cm

           

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Published by L'imaginaire
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