Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 15:06

92-Dernieres-nouvelles-de-l-homme-R.jpg

                                                       "Dernières nouvelles de l'homme"   -  dessin aquarellé  -   50 x 65 cm

 

 

Le téléviseur à écran plat

 

            Bien calé devant ma télé, je me laisse doucement dériver et les pensées se déploient. Sous mes yeux le poste et son bel écran plat. Des spectacles somptueux s’y déroulent et si je n’y prenais garde je me laisserais séduire par ces enchaînements prenants d’images fantasmatiques : paysages et créatures de rêves, voitures puissantes et consommation effrénée de bien alléchants.

            Mais une vigilance subsiste et je m’interroge. Au fond quelle différence y a-t-il entre lui et moi ? Tous deux nous sommes des récepteurs. Sans les ondes qui l’informent et E.D.F. qui lui fournit de l’énergie, le poste ne serait qu’un assemblage de matériaux divers, un corps sans âme. Pour ma part, isolé et privé de nourriture, je pourrais quand même imaginer et me remémorer. Mais au fait le poste peut être doté d’un enregistreur qui lui permette de matérialiser des souvenirs en circuit fermé et peut-être qu’une pile électrique le rend autonome…

            En revanche je semble avoir un avantage sur lui car je suis aussi un émetteur. Par le biais du langage articulé et des mimiques expressives je peux communiquer à mes semblables ce qui me préoccupe, concepts et états d’âme. Mais le poste émet également. Recevant des ondes électromagnétiques qui échappent à notre observation, il décode leur message pour le traduire en émissions de photons qui, bien qu’imperceptibles pour nous vont provoquer des réactions chimiques dans la rétine, transformées en influx nerveux qui de cellule en cellule puis de synapse en neurone finiront par provoquer, quelque part dans l’aire visuelle une « image » dont la conscience va se délecter.

            Toutes ces constatations vont sans doute vous paraître un peu abstraites et vous allez vous demander où l’auteur veut en venir. Est-il en train de philosopher benoîtement au lieu de regarder les informations très concrètes sur le cours de la bourse ou le port de la burka, fuyant ainsi la réalité quotidienne et trahissant les vues consensuelles de ses semblables ?

            Non, il s’interroge maintenant sur les programmes et le voilà qui en vient à se dire qu’après tout le poste transmet ce qu’on lui demande. Sa télécommande à la main il peut d’un clic congédier Obama pour faire surgir les girls du Crazy Horse ou se plonger dans les horreurs des guerres tribales avant de préparer le réveillon qui arrive.

            Oui mais voilà, si nous zappons volontiers devant la télé, en revanche nous répugnons beaucoup plus à le faire dans notre existence. Et pourtant il semblerait que cela soit possible. Du paisible retraité, à la ménagère de moins de cinquante ans en passant par les bambins imprégnés de cartoons, tout un chacun a ses préférences et s’il n’y prend garde une forte tendance à se polariser tous les jours sur les mêmes programmes. En fait tout se passe comme si la télécommande était égarée ou privée de piles et l’heureux bénéficiaire de chaînes thématiques sur le câble  persiste à ne regarder que T.F.1.

            Dans la vie concrète cela correspond à s’enfermer dans des routines et à ne prendre conscience du spectacle du monde que de façon conventionnelle. Or l’organisme dont nous disposons est beaucoup plus riche et complexe que nous ne l’envisageons couramment. Il est doté de sens qui peuvent être plus ou moins éveillés et il est même possible que nous n’utilisions pas les plus subtils. De là à dire avec Rimbaud que « nous ne sommes pas au monde… », concluant dans la foulée que « …la vraie vie est absente. » il n’y a qu’un pas, un seul. Petit mais décisif. Tellement même que par ses conséquences il peut nous amener un jour ou l’autre au « lâcher prise » cher aux adeptes du zen. Seul geste qui puisse enfin nous permettre de fonctionner avec toutes nos possibilités latentes et cachées. De pouvoir enfin, comme le suggérait Gurdjieff comprendre avec « toute notre masse ».

            Enfin pourquoi arrêter les citations, la plus importante étant toujours celle transmise par Socrate : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras les secrets de l’univers et des dieux. »

Allez bon courage, les fêtes approchent !

 

                                                       Le Chesnay,  le 26 novembre 2009

                                                       Copyright Christian Lepère

Partager cet article

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article

commentaires