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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 10:36

287-Public-choisi----------

                                                                                                                     "Public choisi" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

LE NON-NE

 

       Il y a belle lurette que la confusion s’est installée dans nos esprits.  Et avec le progrès elle n’a fait que croître et embellir, Jusqu’à semer la confusion dans les esprits les plus avisés et les plus rigoureux. Pourtant elle est flagrante : entre « être » et « exister » il y a un abîme même si on s’obstine à les prendre pour des synonymes.

              Voyons cela d’un peu plus près. Ce qui « EST » est nous dit la sagesse traditionnelle (hindoue par exemple) et donc ce qui est ne peut cesser d’être…

              Or, depuis la Renaissance la science, logique et rationnelle ô combien, s’est cantonnée dans l’observation des phénomènes. C'est-à-dire ce qui apparaît et disparaît sans cesse. Ce que tout un chacun appelle des apparences, passagères et périssables. Bien sûr les phénomènes existent, ils ne font d’ailleurs que ça. Tout apparaît, croît, se développe pour finir par disparaître, soit par usure, soit par d’ingénieux mécanismes d’autodestruction, soit en servant de matériaux pour l’élaboration d’autres structures ou simplement de proie dans le monde animal. Poussière tu es et tu redeviendras poussière…Perspective pas vraiment exaltante, il faut l’admettre.

              Quand on lui parlait de Dieu, le Bouddha était d’une prudence exemplaire. Il éprouvait visiblement une méfiance à l’égard des questions qui fâchent, celles au nom desquelles d’ingénieux rhétoriciens n’ont cessé de proposer des réponses qui leur permettaient ensuite de s’opposer oralement à leurs semblables avant d’en venir aux mains pour faire triompher leurs idéaux. Perspective noble bien qu’un peu dangereuse surtout si on n’a pas le dessus.

              Or le Bouddha, donc, un beau jour a quand même donné une réponse. Pas très diplomatique. Pas très exaltante. Mais ne risquant pas trop de déboucher sur des conflits pleins de bruit et de fureur. La voici, elle est sobre et certains la jugeraient ennuyeuse comme la pluie. « Il y a bien un non-né, non-fait, non-devenu, non-composé, sans quoi tout ce qui est né, fait, devenu, composé ne saurait exister ».

              En passant c’est ce que subodorent les physiciens, eux qui avec leurs appareillages hyper-sophistiqués et horriblement coûteux sont à la recherche de ce quelque chose qui, étant à l’origine de tout ne serait pas impliqué dans l’enchaînement des apparences. Ou tout au moins n’en serait pas modifié. Ce « substrat » peut-il être observé par la science ? Sûrement pas puisque par vocation elle ne peut observer que les phénomènes, ce qui se produit et évolue, ce qui en d’autres termes est observable et mesurable en tant qu’enchaînement infini de causes et d’effets.

              Oui mais, me direz-vous, en quoi cela me concerne-t-il ? J’ai a vivre ma vie et à faire face aux aléas. Se garer dans un parking souterrain, au huitième sous-sol, parce que les quatre premiers étages sont réservés aux abonnés et que trois autres sont déjà pleins et que de toute façon ça va coûter la peau des fesses et que si je n’y prends garde je vais égarer mon ticket ou ne plus me souvenir de la place, en admettant que mon véhicule veuille bien redémarrer avec une batterie que par négligence je n’ai pas très bien surveillée. Ah j’oubliais, certains parkings sont fermés la nuit…

              Donc mon quotidien m’attend au tournant et il suffit d’une révolution dans quelque dictature arabe pour que mon prochain week-end au soleil soit compromis. Alors que je n’y suis pour rien. Pas plus d’ailleurs que l’éruption intempestive d’un volcan ou le mécontentement chronique d’employés d’un réseau ferré par ailleurs plutôt privilégiés mais tenant dur comme fer à leurs acquis sociaux.

              Le monde est complexe et infiniment enchevêtré. Tout s’y tient, tout s’y répercute. Rien n’est à l’abri d’interférences parfaitement inattendues. Alors se pourrait-il que malgré tout la base soit simple, infiniment, et harmonieuse ? A vous de voir, moi je ne fais que remuer quelques idées. Parce que ça démange et que se gratter est bien naturel.

 

                                                               Le Chesnay le 22 février 2011

                                                                Copyright Christian Lepère        

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Published by L'imaginaire
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