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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 18:57

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                                                                                                                 "Caravanes" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

LE DOUX REVEUR

 

                 Mais quelle histoire de fous ! Moi qui croyais être raisonnable en suivant ce sage conseil : « Connais-toi toi-même… » et qui dans ma candeur me voyais déjà explorer et régenter toutes ces terres inconnues.

                 Pourtant au premier abord cela paraissait plutôt simple. Observer sans préjugés, réunir les données, prendre des photos puis ordonner, classer, répertorier ces intéressantes découvertes. Mais le sujet s’est vite révélé plus touffu et plus inextricable que prévu. Plus complexe également. Je pensais explorer un pavillon de banlieue et j’étais en train de m’égarer dans un vaste château du style de Chambord avec son escalier à double vis ou Fontainebleau et ses siècles de splendeur.

                 En réalité j’habitais depuis toujours dans la loge du concierge, ne m’aventurant qu’à peine jusqu’au local aux poubelles. Peut-être avais-je entendu parler des caves et des combles et qu’ils pussent même         renfermer des captifs ou de doux rêveurs scrutant le ciel entre deux ardoises disjointes. Les cheminements m’étaient tout aussi inconnus. Depuis les longs couloirs desservant des enfilades de pièces à usage varié jusqu’aux escaliers qui permettaient de passer  d’un niveau à l’autre et de prendre de la hauteur, à moins qu’un retour au niveau du sol ne soit ressenti comme plus sécurisant.

                 Donc depuis fort longtemps je m’ignorais. J’étais pour moi- même « terra incognita » . Et je n’en savais rien.

                 Parfois quelques rêves saugrenus m’avaient bien plongé dans la perplexité. Bien qu’assez opaque, j’avais quand même cru remarquer un fait étrange : le personnage ordinaire que je pensais être et que mes proches se sont toujours évertués à me faire assumer y figurait rarement. De lui je n’avais que des vues occasionnelles, souvent furtives et plutôt vagues. Il lui arrivait bien de se présenter avec armes et bagages, patronyme et relations habituelles mais c’était souvent pour des épisodes sans grande signification. Il ne pouvait s’agir que de rêves ordinaires, de ceux qui permettent au cerveau de se remémorer la journée écoulée pour y mettre un peu d’ordre et la classer dans les archives. En bref de rêves rassurants et qui ne sauraient faire douter de l’identité habituelle du rêveur.

                 Dans beaucoup d’autres je n’étais plus qu’une conscience, un spectateur anonyme, totalement amnésique, réduit à son seul regard et ne pouvant absolument pas intervenir puisque dénué de corps.

                 Pour compliquer un peu les choses il m’arrivait aussi parfois d’être une pure conscience anonyme et malgré tout de pouvoir agir sur le décor. A tel point qu’il m’est parfois arrivé d’être lucide au point de savoir que je rêvais, que donc le spectacle était dénué de toute matérialité et que malgré tout je pouvais modifier la situation. Je me souviens notamment du moment où je décidai de monter un escalier, avec la sensation physique de gravir des marches, puis d’ouvrir une porte. Le contact de la poignée manœuvrée par ma main (que je voyais) est encore présente dans ma mémoire, autant et même plus qu’un souvenir ordinaire et tangible.

                 Bien sûr il m’arrive aussi de me prendre pour moi-même, c'est-à-dire le personnage authentifié par son inscription à l’état civil et à ce titre ce qui arrive, bien que plus rassurant peut quand même se révéler surprenant, surtout si je me comporte de façon fantasque et peu raisonnable. Mais ce n’est qu’un rêve et il suffira d’en sortir en sursaut pour que par magie les situations les plus fâcheuses se trouvent dénouées miraculeusement.

 

                                                            Le Chesnay le 4 mars 2011

                                                            Copyright Christian Lepère

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Published by L'imaginaire
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