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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 07:04

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LA GROTTE

  

              C’était il y a longtemps. Aimablement on m’avait offert des pierres plates, sortes de dalles naturelles qu’on trouve dans les champs labourés, sur les plateaux dans la région d’Auxerre. Plates et d’épaisseur moyenne elles étaient excellentes pour réaliser des allées ou une terrasse. J’optai pour les allées car le jardin en avait besoin. Je me mis donc au travail et petit à petit je commençai à élever de petits murs en ajoutant des pierres plus massives. Je passai ensuite à des murs plus conséquents, d’abord pleins puis comportant des ouvertures. Avec un cintre en bois on peut même faire une voûte. Et pourquoi pas un pont ? Ce qui fut fait. Entre temps j’avais construit un bassin hors-sol, surplombé par des arches. L’eau y coulait et des petits poissons s’y ébattaient gaiement.

              Mais si l’homme propose, il est fréquent en revanche qu’il ne dispose pas. Ainsi l’année suivante le bassin s’est mis à fuir et malgré diverses tentatives de colmatage rien n’a pu arrêter le processus d’assèchement. C’est ainsi que le bassin est devenu une sorte de bac à fleurs pour les ronces et les orties. Un paradis pour les escargots et l’enfer pour qui veut contraindre la nature à respecter ses souhaits.

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              Le temps a continué de s’écouler comme d’habitude. Bien des années plus tard l’idée m’est venue de transformer cet endroit en grotte artificielle, comme à Versailles ou dans un château de Louis II de Bavière. Excusez du peu mais le projet restait modeste. Il m’a fallu d’abord détruire pour ménager une entrée permettant d’accéder à cet espace ouvert vers le haut qui allait devenir couvert et obscur. A nouveau des cintres en bois puis des armatures en ferraille et du grillage m’ont permis de maîtriser la pesanteur naturelle des pierres. Et puis de façon toute naturelle le projet a pris forme et importance dans l’improvisation la plus complète. Des escaliers se sont révélés nécessaires pour accéder à la petite terrasse qui domine le jardin. Des creux sont apparus où il était possible de planter ensuite des fleurs, par exemple des œillets d’Inde dont les teintes chaudes animent agréablement cet ensemble un peu rustique. Enfin, dernièrement, de lieu de passage l’endroit s’est transformé en cul-de-sac plus ou moins assombri et un peu plus frais en été. Il ne reste maintenant plus qu’à fignoler et à décorer. Des terres cuites émaillées vont donc être installées progressivement. Puis on avisera.

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              Voilà où j’en étais il y a peu. Mais le destin veillait et ne voulait pas me permettre d’en finir aussi vite. D’ailleurs on sait bien où mène l’oisiveté…Il s’est donc arrangé pour nous forcer à réintégrer la région parisienne au lieu de couler des jours paisibles en Bourgogne en attendant la rentrée.

              Donc nous en sommes là. Et je ne peux conclure qu’en disant : à suivre…Si Dieu le veut ! Et si le diable n’y voit pas préjudice pour ses intérêts !

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              Après avoir jeté tout ça sur la feuille blanche j’ai été me reposer. Le lendemain je suis frais et dispos mais  habité par une interrogation. A quoi suis-je donc en train de jouer ? Faire des allées, creuser un bassin, construire un pont, voilà qui est positif. En grandissant l’enfant prend possession du monde. Après son petit nid douillet où rien ne l’inquiète il commence à explorer les alentours puis, résolument, se dirige vers l’horizon qui recule sans cesse. En même temps il commence à s’assurer un territoire, un chez soi où il sera peinard. Et bien sûr il veut laisser sa trace et prouver qu’il a vécu. Comme Louis quatorze ou comme n’importe quel retraité du gaz dont la modeste villa « Ca m’suffit » domine l’étendue marine du haut du monticule qui jouxte son petit bourg normand. Mais le temps le traque et il sait bien que tout est provisoire, cyclique et impermanent comme disait le Bouddha…Comme le constate un dicton sans doute moderne et joyeusement pessimiste : « La vie est une maladie sexuellement transmissible dont l’issue est toujours fatale ».

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              Alors ne serait-ce pas un symbole digne des archétypes de Carl Gustav Jung que ce retour à la matrice, à l’espace clos et accueillant de la grotte ? A ce havre de paix un peu sombre où l’on jouit d’un repos bien mérité avant de retourner  se jeter à nouveau dans la bataille ?

              A toi de voir mon semblable, mon frère (pardon ma sœur ce n’est pas machiste…). A toi de voir où tu en es. D’ailleurs j’aimerais bien savoir ce qui se passe dans la tête de l’autre. Après tout il est peut-être comme moi.

 

                                                             Le Chesnay le 7 août 2012

                                                             Copyright Christian Lepère


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LA SUITE

      

              L’article prévu pour la prochaine fois portera sur un fait contemporain et portera ce titre : « Dans l’azur éperdu ». Il  se demandera : « pour qui sont ces avions qui sifflent sur nos têtes ? » et en tirera des conclusions modestes mais définitives.

                                          Ainsi vous serez prévenus…Alors à bientôt


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Published by L'imaginaire
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