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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 14:15

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                                                                                     "Cuistres et pédants" - huile sur toile - 46 x 38 cm

 

 

 

Avant-propos : l’article qui va suivre a été écrit pour annoncer une exposition de mes peintures qui va avoir lieu au Collège du Chesnay où j’ai enseigné les arts plastiques pendant 27 ans

 

 

 

L’ART DE LA TRANSMISSION

 

         Très tôt dans l’existence j’ai commencé à me poser les questions qui fâchent : mais au fond, que suis-je réellement et quel est ce monde étrange qui me cerne de toutes parts ? Les adultes voyant que leurs réponses ne me satisfaisaient guère, décrétèrent que j’étais un peu bizarre, une sorte de « raisonneur » qui va chercher la petite bête au lieu de suivre le troupeau.

         Très intériorisé je suivais ma pente (mais comme on sait il vaut mieux la monter que la descendre). L’art m’attirait : Breughel, Jérôme Bosch et d’autres faisaient partie de mon cadre de vie. Des écrivains et des penseurs également. Lire des extraits de Teilhard de Chardin  à treize ans est un peu inhabituel et j’avoue d’ailleurs que le sujet me dépassait quelque peu. Mais j’étais attiré.

         Devenu professeur d’arts plastiques « par hasard » car l’idée ne m’en avait jamais effleuré, je remarquai très vite que j’avais trouvé ma place : Transmettre les connaissances de base que l’on m’avait fort peu enseignées aussi bien à l’Ecole des Arts Appliqués qu’à l’ENSET et que je redécouvrais laborieusement. Malgré cela quelques enseignants m’avaient marqué dès le collège. Il s’agissait de personnes qui semblaient être un peu au dessus de la mêlée et qui avaient des vues sur le sens de l’existence. Notamment le sculpteur Etienne Martin, doté d’un charisme puissant mais dont les œuvres, hélas, ne me semblaient pas être à la hauteur.

         Professeur je partis sur l’idée toute simple que l’essentiel est de donner aux enfants des moyens pour s’exprimer ; moyens plastiques et visuels en l’occurrence. Me voila donc dirigé vers les techniques de base, celles qui font totalement défaut à la plupart. Tenir un crayon, juger une verticale, maîtriser ses gestes et surtout apprendre à observer. En somme le B-A : BA.

         Cela suppose du calme et de l’attention, donc une discipline. La première chose était donc d’instaurer une certaine ambiance. Les principes appliqués, en complet désaccord avec l’esprit libertaire de mai 68 donnaient bon an mal an d’assez bons résultats. Les élèves travaillant et l’exigence portée sur la qualité de réalisation leur permettant d’obtenir des résultats valorisants sans négliger leur sensibilité personnelle.

         J’affichai les résultats en permanence et organisai  à diverses reprises des expositions à l’occasion de journées « portes ouvertes ». Jusqu’à la retraite je n’ai pas cessé d’expérimenter et les deux dernières années j’orientai les élèves vers le modelage avec d’excellents résultats. Il me paraissait indispensable d’alterner le côté viscéral, primitif du contact avec la terre et la rigueur intellectuelle de la perspective.

         L’être humain est multiple et complexe et un bon enseignement se doit d’épanouir toutes les virtualités. On peut apprendre à dessiner, à réfléchir, à laisser le corps retrouver sa spontanéité, tout cela simultanément. Non seulement l’enseignement ne m’a jamais empêché d’approfondir ma créativité mais il m’aidait. On enseigne mieux ce que l’on pratique et je crois bien qu’on pratique mieux ce que l’on enseigne…

         En tant que peintre, graveur, modeleur mon but est d’exprimer les tréfonds de l’âme, tout ce qui hante nos profondeurs, le subconscient que la psychanalyse s’enchante d’avoir redécouvert alors que cela était connu depuis belle lurette dans toutes les grandes traditions spirituelles. Mais c’est aussi en même temps de faire œuvre abstraite. Je m’en explique : à mes yeux une peinture est avant tout un ensemble organique et cohérent composé de lignes et de surfaces organisées suivant des rythmes et des proportions. Et cet ensemble a une valeur plastique propre, indépendamment du sujet éventuellement représenté. C’est de la musique visuelle et l’on sait que cette dernière est rarement figurative. Ainsi la « Ronde de nuit » de Rembrandt, les vues panoramiques de Turner et la « Parabole des aveugles » de Breughel sont à mes yeux de prodigieuses compositions abstraites. Avec en plus le petit supplément d’âme qui fait toute la différence.

         Très vite après mai 68 la dérive de l’enseignement vers « l’Art Contemporain officiel » (pour snobs et spéculateurs – merci Monsieur Jacques Lang) m’a semblé être pernicieuse. Au nom de la liberté d’expression on était en train de nier tout enseignement sérieux, toute discipline et toute technique jugée sclérosante. Or,quand tout est possible les enfants sont très vite paralysés, et c’est à ce moment que l’enseignant peut suggérer des « approches » et des « pistes » qui vont lui permettre de manipuler son petit monde. De là à lui faire gober les pires égarements au nom de la liberté créatrice. Les excès libertaires débouchant sur un Art Officiel dépendant du pouvoir politique, voilà qui laisse songeur.

         J’ai pu malgré cela terminer ma carrière sans compromission. Les autorités ayant peu de moyens de pression ont attendu que je sois atteint par la limite d’âge (en même temps que ceux de ma promotion). Ouf !

         Mais le retour actuel vers le figuratif et même l’imaginaire que l’on remarque dans bon nombre de salons et de biennales de haut niveau peut faire espérer que les excès du 20° siècle vont enfin être jugés à leur vraie valeur, celle d’expérimentations parfois courageuses mais trop souvent gratuites et dangereuses. Détruire pour détruire, on appelle ça du nihilisme.

         Faut-il conclure ? Sans doute le monde actuel n’est pas rassurant. La mondialisation et internet sont en train de tout faire exploser et bien peu de nos contemporains sont assez solides pour surnager.

         Et pourtant…Un peu partout l’espoir peut renaître. Après un vingtième siècle comparable à une monstrueuse crise d’adolescence on peut espérer que le vingt et unième verra l’humanité accéder enfin à l’âge adulte. Ecologie, prise de conscience de la fragilité des équilibres et renouveau des spiritualités, tout cela va dans le sens d’une évolution positive. Alors patience et en attendant n’oublions pas de vivre de tout notre être sans négliger les bonnes choses du quotidien. La tarte aux pommes du déjeuner était ma foi digne d’estime.

 

                                                                                                    copyright  Christian Lepère

                                                                                                    Le Chesnay le 4 octobre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by L'imaginaire
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