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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 09:27

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                                                                "Alice au delà du miroir"         montage numérique

 

 

L'ART DE L'IMAGINAIRE

 

 

           Religieux depuis les origines, l’art, à la Renaissance s’est étendu au domaine profane. De symbolique il est devenu figuratif, s’ouvrant ainsi à une savoureuse diversité de sujets : somptuosité des natures mortes, sensualité du nu, émerveillement devant les paysages déployés.

  Cette évolution l’a conduit à l’exploration de multiples domaines et, un beau jour, au début du vingtième siècle, tout ayant été exploré, il s’est orienté résolument vers l’abstraction. Mais cela ne pouvait suffire et, après avoir tout renié, il n’est plus resté que le concept, ultime avatar et suicide subtil pour intellectuel déprimé.

Cependant, une forme particulière de figuratif existant déjà dans l’art religieux, s’est manifestée constamment au fil du temps. Le terme d’imaginaire lui convient mieux que celui de fantastique évoquant plutôt pour nos contemporains un univers de légendes mâtiné de science-fiction et quelque peu porté sur la violence. Or, si ceci fait aussi partie de l’imaginaire, ce n’en est qu’un aspect pittoresque et trop souvent superficiel.

L’art peut prétendre à plus et par le biais d’une authentique maîtrise technique nous faire voyager dans les profondeurs de la psyché, là où sont nos racines authentiques. Et sans doute aussi notre devenir. D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Voilà les vraies questions, celles portant sur le rôle qui nous est dévolu dans l’immense déploiement de la création.

Jérôme Bosch a été un grand précurseur et les surréalistes l’ont bien compris ainsi que nombre d’artistes actuels reconnaissant ce qu’ils lui doivent. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt car dans les siècles suivants nombreux furent ceux qui parlèrent de leurs rêves et de leurs aspirations les plus secrètes en jouant subtilement sur la symbolique des formes et des couleurs.

Contrairement à d’autres tendances, l’art de l’imaginaire repose sur l’évidence que l’homme n’est réductible ni à son corps ni à son intellect, mais que sa grandeur véritable réside dans les profondeurs de sa psyché. Profondeurs hélas inconscientes dans les conditions ordinaires ! A cet égard, si la psychanalyse a ouvert des portes, son approche a aussi été réductrice dans la mesure où elle n’a pas assez réalisé que le subconscient n’était qu’un des étages de l’intériorité et non le plus essentiel.

Du niveau horizontal où l’existence nous piège, nous pouvons certes descendre dans les caves avec délices et effroi, mais aussi accéder aux terrasses pour contempler l’azur dans sa sérénité.

Dans cette direction, l’artiste digne de ce nom  est celui qui, plongeant ses racines dans l’humus fertile de l’inconscient collectif, sait ensuite faire monter la sève dans d’exubérantes floraisons. Mais c’est l’humanité entière qui rêve par ses poètes et s’émerveille à travers les yeux du visionnaire.

 

Plus vivant que jamais, l’art de l’imaginaire est sans doute en train de produire les oeuvres les plus fortes de notre époque, celles qui porteront témoignage pour nos successeurs. Aujourd’hui l’humanité vit sous nos yeux un bouleversement profond, violent, chaotique, mais nécessaire pour que survienne une mutation inouïe. Déçue par l’illusoire conquête du monde matériel, la race humaine va sans doute devenir plus sage en revenant à elle-même, aidée par des découvertes scientifiques fabuleuses,  qui explorant l’infiniment petit, complexe,  subtil et dématérialisé, nous ont amené à douter du caractère absolu de nos perceptions et des conclusions simplistes que nous nous obstinons à en tirer. Cependant il faut bien ajouter que les retombées technologiques de ces découvertes semblent au contraire assez perverses, ne faisant que nous conforter dans notre prétention à la toute puissance. Internet et le téléphone portable mettent à notre portée le « miracle » de l’omniscience et de la communication instantanée et cela risque de nous monter à la tête…L’humanité est donc en train de vivre une effarante crise d’adolescence avec toutes les contradictions que cela comporte.

Si la nature humaine même adulte n’est pas simple, il serait bon de voir d’où nous vient l’irrationnel qui hante nos profondeurs. Muni de son ordinateur cérébral fonctionnant comme une machine sophistiquée et  dans bien des cas assez performante, tout un chacun se devrait d’être logique et raisonnable. Or il n’en est rien et bien souvent nos comportements trahissent des penchants bien peu rationnels. C’est que nous sommes avant tout une âme qui anime et se sert de la machine pour réaliser ses propres desseins. Et l’âme, en toute simplicité, n’a qu’une idée en tête, découvrir sa propre origine et réintégrer sa source. Assoiffée de transcendance elle cherche l’absolu, mais hélas, trois fois hélas, elle le cherche dans le relatif. Dieu merci cette petite erreur que certaines traditions ont appelé « péché originel » est aussi  à l’origine des plus grandes créations humaines et de tout ce qui nous pousse à nous surpasser. L’art est de ce point de vue une erreur très féconde à l’origine de bien des chef-d’œuvres picturaux, musicaux et autres…     

Comme il est aussi bien connu des traditions sérieuses qu’il faut se perdre pour se retrouver et que l’intimité avec sa propre profondeur n’est pas une donnée de base, il ne nous reste plus qu’à suivre le conseil de Socrate : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras les secrets de l’univers et des dieux ». Vaste programme ! Mais il se pourrait que l’art de l’imaginaire puisse nous y aider dans une certaine mesure.

Tout ceci étant posé, il reste encore à honorer quelques rêveurs notoires. Si Claude Verlinde parle avec humour des animaux que nous sommes, il n’ignore pas que le monde n’est qu’un théâtre où chacun vient se livrer à quelques facéties avant de retourner dans les coulisses. Dans la lumière d’un crépuscule doré, Marc Halingre attend le train qui le ramènera enfin aux lumineuses contrées de l’enfance et Roland Cat nous invite dans ses paysages de l’âme, plus vrais que nature mais subtilement dérangeants.   Chez Beksinski, du rêve à l’épouvante, toute la gamme des sentiments est stimulée avec une efficacité diabolique. Plus sereines les contrées somptueuses de Kazimierz Dzyga sont habités, bien que vides de présences humaines.

Qu’on m’excuse de ne pas citer les autres, tous les autres, dont beaucoup sont des femmes en ces temps de réveil de l’âme du monde et de la profonde richesse de l’intuition féminine. Si ils sont moins connus, c’est que les projecteurs médiatiques se braquent de préférence sur ce qui s’agite et fait scandale et beaucoup plus rarement sur ce qui a pris le temps de mûrir.

Dans l’instant la médiocrité tapageuse assure un meilleur audimat que la persévérance inlassable du véritable talent. Et même si quelques exceptions viennent l’infirmer, cette loi règne sur notre monde déstructuré de manière accablante. Mais plus pour très longtemps sans doute car l’excès amène inévitablement son contraire.

                                                                       

Préface du livre

 "Le cheval dans la peinture fantastique"  éditions SAFIR 1999

Copyright Christian Lepère

 

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               "Alice in the sky" -  montage numérique

 

 

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                      "Ninafleur" - montage numérique

 

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  "Réunion de famille" - montage numérique

 



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Published by L'imaginaire
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