Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 08:31

      207-Combat singulier

                                           "Combat singulier" - Eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1974

 

 

Jean-François et François tout court 

          L’un s’appelait Jean-François, l’autre François tout court. La différence est subtile mais cependant notable. De toute façon la méprise sémantique n’était guère possible. Tous deux issus de bonnes familles, bien élevés et propres sur leur personne avaient ensuite bénéficié d’une excellente éducation et d’études longues et profitables dont ils s’étaient montrés dignes.

            Ceci fait, tout deux, et c’est tout à leur honneur ne souhaitaient pas s’en tenir là. A quoi bon tant d’efforts et de persévérance si ce n’est pour atteindre la notoriété ? Foin d’un vain peuple et de sa grisaille. Il n’est de grandeur que dans l’affirmation de son talent, surtout si il est reconnu par tout ceux que la fortune a moins favorisés. La voie politique s’ouvrait donc droit devant eux et l’accession à des postes de haute responsabilité, loin de les effrayer, ne faisait qu’attiser leur ardeur.

            Mais comme toujours il y a l’autre, le prochain, le semblable, celui qui est prêt à exiger qu’on reconnaisse ses mérites et qui ne saurait s’incliner sans combattre. C’est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt de la chose. Car la victoire n’a de prix que si elle a exigé d’y employer toutes ses ressources. Trop facile elle reste fade et perd de son attrait. D’ailleurs il faudra sans arrêt relever la barre pour que le jeu ne s’affadisse pas et que des flots d’adrénaline puissent continuer à nous shooter.

            Ainsi par des parcours bien différents François et Jean-François finirent par se retrouver face à face. « Pousse toi de là que je m’y mette ! » aurait déclaré le vulgaire. Mais ce n’est pas ainsi que l’on s’exprime quand on a l’âme bien née. On agit avec plus de tact, de ruse et de calcul aussi. Notre époque est civilisée et nous n’en sommes plus aux combats de gladiateurs. Dans notre ère numérique et virtuelle, le sang, la sueur et le poil n’ont plus place. On combat avec des moyens plus subtils, plus perfides aussi. Donc à coup de « com », à coup de bluff,  d’attaque sournoise et de coup bas médiatique. On va préparer le terrain, déstabiliser le partenaire, en faire un allié pour l’amadouer et viser les points faibles, ceux où ça fait mal. De plus il ne faudra pas perdre la face, donc ne pas trop avancer ses pions pour pouvoir se replier sans en avoir l’air.

            C’est que tout cela, toute cette belle stratégie sera étalée sans vergogne sur la place publique, je veux dire sur les ondes hertziennes aux heures de grande écoute, au moment de la pose repas.

            Au journal télévisé où l’abondance d’horreurs guerrières, révolutionnaires ou tribales, religieuses ou bien pensantes nous fournit tout le nécessaire pour pouvoir nous repaître de massacres en direct nous retrouvons la spontanéité bon enfant du bon peuple romain qui allait en famille voir les lions déchirer des chrétiens. C’était alors du vécu en 3 D avec l’ambiance et l’atmosphère festive. Nous en sommes à des versions moins hard, plus pasteurisées, sans les odeurs et le démantèlement des corps… D’un côté c’est moins vivant, mais il y a les gros plans et les ralentis qui permettent de ne rien perdre du spectacle.

            Donc Jean-François et François se sont retrouvés face à face et au coude à coude, si je puis dire. Une accumulation de circonstances diverses et de hasards malencontreux a fait qu’ils se sont retrouvés à égalité. C’est du moins ce que le simple bon sens amènerait à croire. Mais ce n’est évidemment pas possible. Il n’y a qu’une seule place pour deux. Il faut donc qu’il y ait un vainqueur et un seul.

            Alors la guerre de tranchées va commencer. Chacun va camper sur ses positions, cherchant à creuser des souterrains pour saper l’ennemi. D’abord on peut accuser ce dernier d’avoir triché. En bourrant les urnes avec n’importe quoi ou en faisant procéder au dépouillement par des gens à sa solde. Et puis il y aura des erreurs, involontaires ou non. Sans doute n’ira-t-on pas jusqu’à faire voter les morts comme cela se faisait jadis dans d’autres contrées insulaires. Bien que la chose reste défendable. Après tout il est stupide d’interdire aux morts d’exprimer une opinion, quand on les a bien connus, qu’on a eu confiance en eux et qu’on connaissait parfaitement leur opinion personnelle. Dans ce cas c’est un simple vote par procuration. Tout a fait légal.

            Enfin, les plaisanteries les plus courtes étant les moins longues, il ne reste plus qu’à arbitrer…Mais où trouver le juge intègre qui saurait convaincre les deux parties de l’intérêt supérieur qu’ils auraient à s’entendre sur un compromis ? Alain était tout désigné, lui le vieux renard, l’habile stratège, le fin diplomate, la crème de ceux qui suivant la formule bien connue ne disent jamais ni oui, ni non, mais « certes » avec un fin sourire.

            A l’heure où je rédige ces lignes la situation paraît irrémédiable. En apparence. Mais c’est faire fi des ressources de la versatilité humaine et de la finesse d’appréciation des assoiffés de pouvoir. De plus quelques uns sont satisfaits, de la petite Marine au Grand méchant Mélenchon, sans compter tout ceux dont l’existence un peu grisâtre connaît enfin quelque excitation avec des raisons de s’émouvoir, de s’exalter et de pouvoir fustiger l’incompétence des grands contemporains, même si nous les avons nous- mêmes portés au pouvoir.

            Nicolas va-t-il faire pencher la balance ? Jean-François va-t-il s’assouplir au point de ne pas proposer un nouveau suffrage dans deux ans ?

            La route est longue et tortueuse et pleine de bruit et de fureur. Mais que voulez-vous depuis si longtemps… Depuis que l’homme émergeant de son animalité primaire a compris que l’attaque était la meilleure des défenses. Et que, en bonne logique il convenait de ne pas se laisser influencer par des opposants stupides et qui de toute façon finiront bien par mourir un jour ou l’autre. D’ailleurs on pourrait les y aider si une vaine morale ne nous condamnait à l’inefficacité et à une attente débilitante.

 

                                                                     Le Chesnay le 3 décembre 2012

                                                                     Copyright Christian Lepère

 

 

     316-Fureur-homicide-copie-1.jpg

                                     "Fureur homicide" - Eau-forte imprimée sur Arches 38 x 57 cm - 1982


LA SUITE

Après ces considérations sur l’imperfection humaine

et ses aléas

Il est grand temps de proposer des solutions pratiques

et concrètes

à la crise qui nous accable.

Alors rendez vous la semaine prochaine

 

Enfin vous en saurez plus sur les solutions qui s’imposent

Fussent-elles attérantes pour nous et nos proches !

 

212-La-lecon-de-philosophie.jpg

"La leçon de philosophie" - eau-forte - 1974 - 38 x 57 cm 

Partager cet article

Repost 0
Published by L'imaginaire
commenter cet article

commentaires