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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 08:07

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                                                                                   "Sur le motif" - huile sur panneau - 46 x 38 cm


 

 

JE ME SOUVIENS  (suite et fin)

 

               J’étais un peu étrange, je ne saurai le nier, mais le monde de l’art comblait mes aspirations et me permettait de réaliser quelques fantasmes. C’est pourquoi je me retrouvai à l’Ecole des Arts Appliqués, au lieu de poursuivre des études secondaires de base.

                 Hélas j’étais plus que déçu. Noyé dans la masse et installé de force devant des nature mortes et des plâtres dont je n’avais que faire, je m’ennuyais un peu et à nouveau je me réfugiais dans mes rêves. A part la perspective et l’histoire de l’art où j’avais le sentiment d’apprendre quelque chose le reste était supporté. Enfin un beau jour du nouveau, l’étude du modèle nu pour apprendre la morphologie humaine, plus spécialement féminine. Voilà qui peut attirer un adolescent, aussi bien fille que garçon d’ailleurs. Je précise ici ce point que j’ai souvent vérifié par la suite : si les hommes sont naturellement attirés par le sexe opposé et complémentaire on peut remarquer que beaucoup de femmes sont souvent plus stimulées dans leur créativité par la douceur des courbes féminines que par les exhibitions des musculatures culturiste, bien qu’il y ait aussi des femmes adeptes d’un body building brutal et machiste. Rien n’est simple et en notre époque d’extrême confusion tous les cas de figure sont revendiqués. Il n’en reste pas moins que je pourrais citer bien des noms de femmes peintres, souvent des amies que j’estime et dont j’admire les œuvres, qui célèbrent la sensualité féminine avec beaucoup de douceur et de délicatesse

                 Donc le nu m’attirait. Hélas, très vite l’enthousiasme était retombé. D’abord parce que le spectacle d’un modèle professionnel figé dans une pose conventionnelle pendant des séances interminables n’entretient pas vraiment la ferveur. Ensuite parce que les modèles étaient souvent quelconques, ni très gracieux, ni très typés, enfin un peu le tout-venant.

                 Le point essentiel était quand même mon besoin viscéral d’invention et de créativité. Devant le spectacle de la vie stoppée net et figé dans une immobilité forcée mon élan naturel ne pouvait s’épanouir. Déjà pour moi l’intérêt essentiel de la féminité résidait moins dans l’épiderme que dans tout ce qui l’accompagne en le voilant, le rendant ainsi plus secret et plus mystérieux. Je ne suis pas le seul d’ailleurs et depuis les temps les plus immémoriaux la parure de la femme a été une préoccupation essentielle autant pour celle-ci que pour ses admirateurs. Parures, bijoux, coiffures ont toujours été les compléments indispensables d’un des attraits de la nature en l’enrichissant de variations, d’harmoniques et de floraisons extravagantes.

                 J’admets bien sûr que l’étude de la nature est indispensable et que sans son apport on ne peut faire que du figuratif schématique et stéréotypé. Mais j’avoue que recopier telle quelle l’anatomie d’une jeune personne posée sur une sellette ne pouvait me suffire. Cela n’empêche pas de constater que même parmi les jeunes, nombreux sont encore ceux qui viennent et parfois de fort loin, parfois d’au-delà des mers,  pour venir étudier à Paris dans des académies comme la Grande Chaumière les bases du savoir faire et de l’observation. Car, au-delà des traditions et du folklore, même si certains veulent simplement jouer les artistes pour frimer, les autres ressentent le besoin d’acquérir des bases avant de laisser libre cours à leur inspiration.

                 Mais où voulais-je donc en venir ? Après vous avoir entretenu d’états d’âme juvéniles puis de philatélie et de petites manies ressenties comme gratifiantes. Par exemple collectionner des petits morceaux de papier dentelés et gommés et ainsi  s’emparer de l’image symbolique des choses pour, contre toute logique, persister à se ressentir comme étant le maître du monde. Incontesté  dans son discret anonymat. Me voilà donc maintenant amené à livrer mon sentiment sur la féminité avant de finir par conclure sur l’indispensable maintien de certaines traditions.

                 Pourtant je n’ai pas « fait » les Beaux-Arts et je suis par nature plus un franc-tireur qui délire caché dans son coin qu’un adepte de la transmission intégriste des traditions. Ainsi la nature humaine est complexe et contradictoire et il semble bien que j’en soit un quelconque représentant, conforme aux normes statistiques, bien que doté de particularités uniques et irremplaçables. Comme tout un chacun, penserez-vous ? Et là je crois bien que vous aurez le dernier mot.


                                                                          Le Chesnay le 28 janvier 2012

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

 

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                                                                     "Le petit lapin" - huile sur panneau - 46 x 38 cm

 

 

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Published by L'imaginaire
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