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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 09:22

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                                                  "La chambre aux bouddhas" quelque part en Bourgogne...      document personnel

 

HOME SWEET HOME

 

                 Cette demeure a certes des occupants, mais ne serait-elle pas aussi une figuration de notre propre personne? Avec son accueil, ses pièces grandes et petites, ses endroits pour vaquer à l'indispensable, son escalier et son étage, sans omettre la cave et le grenier ne correspondrait-elle pas aux tours et détours de notre propre personne?

                 De l'utile et du superflu, de l'essentiel et de l'anecdotique, de la tradition et des innovations plus contemporaines avec les consoles à air pulsé remplaçant le chauffage central au fuel. Et surtout elle a des points forts et des lacunes. Comme tout un chacun. 

                 Or, c'est un point remarquable dans toutes les affaires humaines, le fait de caricaturer en réduisant une personne à sa caractéristique la plus évidente, même si celle-ci n'est qu'accidentelle et accessoire a toujours permis de fabriquer des héros sur mesure et des monstres fascinants tels que des Superman, des Superwoman   et des sérial killers révoltants. Foin des obscurs et des sans grade. Foin du menu peuple médian et sans attrait. A la trappe les gens sympas et sans histoire. On veut du sang, des records et des turpitudes. Seuls les conquérants, les saints, les prix Nobel et les passionarias dévergondées ont laissé une trace. Landru et Pol Pot ne sont pas passés inaperçus et il suffit d'avoir englouti un métrage de boudin véritablement stupéfiant en moins d'une minute pour avoir son nom dans le Livre des Records.

                 Mais cela semble nous éloigner d'un sujet plus bucolique. Revenons-en à la demeure  blottie dans son écrin de verdure. Dès l'abord l'endroit est verdoyant. Passé la petite porte en bois des touffes de fleurs sauvages : scabieuse, liserons ou fleurs de pissenlit au jaune éclatant envahissent l'allée. C'est un peu à l'abandon et les orties et les ronces peuvent encore faire bonne figure. Visiblement on a d'autres chats à fouetter que de vouloir à tout prix terrasser les herbes folles et le lierre qui escalade les murs avec obstination. Jusque dans la boîte à lettres et en cachant au passage la plaque indiquant le numéro de l'habitation. Quand même on va y veiller…

                 Ici la nature s'épanouit à sa guise. Ni chlorate, ni désherbant. Pas comme chez le voisin dont la pelouse irréprochable est taillée au cordeau par une tondeuse aux crépitements de moissonneuse des années soixante. On progresse dans la végétation qui en ce joli mai commence à croître et embellir. Sans se poser de questions, comme d'habitude.

                 Il fait encore un peu frais et la maison serait plus accueillante.  Entrons par le séjour. C'est chaleureux et un peu encombré. Enfin juste ce qu'il faut pour que ce soit visiblement habité. Les occupants sont sans doute éclectiques et même un peu kitch, à moins que l'accumulation inexorable et le refus de jeter ne les ait amenés à se laisser envahir. Ainsi l'escargot construit sa coquille.

                 La porte franchie nous voilà au sein d'une ambiance riche en accumulations : des bibelots partout glanés ça et là, sur des marchés, dans des brocantes ou hérités d'un vieil oncle. Des terres cuites aussi, à la sensualité redondante et élaborées sur les lieux, devant un tas de choses hétéroclites sur les murs. Enfin une petite bibliothèque dont les rayonnages un peu poussiéreux      ont accueilli bien des œuvres échouées, parfois vétustes et jaunies mais parfois venant aussi de quelque site internet riche en œuvres d'occasion. La variété et la promiscuité sont  de règle, des photos érotiques anciennes aux confessions de St Augustin, du Petit Journal Illustré au "Génie des alpages", bande dessinée résolument déjantée où Athanase le petit berger surveille ses petites brebis tellement humaines.

                 Monté deux marches c'est la cuisine. Pas très moderne et dénuée de four micro-onde. Avec l'eau courante chaude et froide cependant (le ballon est caché à la cave) et de quoi mitonner  des repas simples et campagnards. L'escalier mène à l'étage. En bois et craquant la nuit sa présence est familière et puis on peut s'asseoir sur les premières marches.

                 L'étage abrite l'atelier de l'artiste, là où ses fantasmes vont se matérialiser sur la toile ou avec de la terre à modeler, à moins que ce ne soit avec la complicité de photoshop. Alors des images un peu loufoques seront élaborées à partir des documents photographiques les plus authentiques, au mépris de toute vraisemblance.

                 Si l'on redescend trois marches on arrive dans la chambre des bouddhas. Ancienne chambre de jeune fille, c'est une petite pièce un peu sombre et souvent humide dominant le jardin. L'atmosphère  mystérieuse y est apaisée. C'est là que l'épouse de l'artiste  s'est composé un lieu de recueillement. Des statuettes y honorent les divinités dans des postures traditionnelles : bouddhas en lotus, ventripotents ou élancés. Un mandala et un tangka complètent l'ornementation des murs tandis que la présence amicale de Ganesh, le dieu à trompe d'éléphant nous gratifie d'un clin d'œil oriental.

                 Mais la demeure est forcément le reflet et l'aveu de ses habitants, du moins si ceux-ci y ont vécu une partie de leur vie et ont cherché à se créer un cadre qui leur convienne. Toute sa diversité provient de leurs goûts, de leurs désirs et des aléas de leur existence. Elle aurait donc pu être tout à fait autre.

                 Et nous voilà revenus à l'occupant. Si sa vie avait évolué différemment lui aussi aurait pu développer d'autres facettes essentielles de ses possibilités. Rien n'est simple et tout se complique… Comment alors se prendre pour un personnage typé, aisément descriptible et reconnaissable? Ce serait évidemment rassurant. Au moins on serait sûr de son fait. Je me souviens du jour où adolescent, ouvrant un livre d'histoire j'ai découvert un portrait de Victor Hugo jeune et fringant. Moi qui jusque là avait crû qu'il était un grand-père à barbe blanche. J'avoue que le choc a été rude.

                 Et cela me ramène enfin aux considérations sur les simplifications abusives, si ce n'est criminelles que nous faisons subir aux autres et à nous-mêmes. Qui suis-je en vérité? C'est la question qui fâche et pourtant la seule vraiment pertinente, surtout si elle débouche sur la suivante : mais enfin QUE suis-je? Et là on risque d'avoir quelques belles surprises.

                 "Mais il fait beau, la route est large

                 et le clairon sonne la charge!

 

                                la Brosse Conge - commune de Sermizelles le 15 mai 2011

                                                                                   copyright Christian Lepère

 

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                                           "La chambre au bouddhas"

                

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Published by L'imaginaire
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