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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 09:08

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                                   "Fureur homicide" - eau-forte imprimée sur papier Arche - 38,5 x 28 cm

 

 

Histoires de gènes

 

              Chacune de nos cellules, et elles sont fort nombreuses, contient la totalité de notre code génétique. C’est ce qu’affirment les biologistes et cela permet entre autres exploits de pourchasser d’affreux criminels qui pensaient avoir été oubliés et coulaient des jours paisibles en jouant à la belote avec les copains. Car le code se conserve. Intact. Même dans un cheveu ou un poil de barbe. Après quelques savantes analyses on a la quasi certitude de bien tenir le coupable. Cela a une autre conséquence non négligeable qui est de nous éclairer sur l’élaboration de notre machine biologique.

              Voyons cela de plus près : un œuf fécondé se divise, on obtient deux cellules semblables, puis quatre, puis huit mais voila que des mécanismes sélectifs se révèlent et petit à petit, non contentes de proliférer, voila nos cellules qui commencent à se différencier. A ce petit jeu elles vont finir par devenir  os, chair, neurones et même, ô merveille, cellules photosensibles de la rétine. Comment tout cela se passe et reste d’une cohérence effarante, voila de quoi occuper  pendant quelques générations nos chercheurs infatigables. Faisons leur confiance. Si on leur en donne les moyens ils comprendront de mieux en mieux les processus de différenciation. De là à savoir pourquoi ça se passe et si il y a une intelligence à l’œuvre il y a un pas et il est métaphysique. A tout jamais hors de leur portée  puisqu’ils ne s’intéressent qu’à ce qui est observable, mesurable et vérifiable à volonté, c'est-à-dire aux apparences.

              Mais en tout cas cela fonctionne et en neuf mois un bébé entièrement constitué va se former (sans les dents). Même si il a besoin d’une aide non négligeable, il peut quand même crier, respirer, digérer et commencer à apprendre.

              Mais j’en viens maintenant à ce qui m’intrigue. On a souvent comparé l’humanité à un immense organisme vivant dont chacun de nous serait une cellule. C’est comme pour une fourmilière, chaque fourmi paraît indépendante et autonome, mais il est clair que seule elle est perdue. En réalité elle n’est qu’un fragment d’un complexe biologique qui la transcende tout en ayant besoin d’elle et dont elle  dépend complètement.

              Pour l’humain que nous sommes c’est très clair la vie solitaire est totalement impossible. Sans sa mère, biologique ou pas, l’enfant n’a aucune chance de survivre. Et sans son père, biologique ou pas, non plus. Il a tout à apprendre pour devenir humain. D’abord à parler français, chinois ou javanais, ensuite à communiquer selon des codes, des rites, des habitudes tribales ou des conventions sémantiques d’un monde plus virtuel. Il a besoin aussi de croyances, de références, de conventions, de tabous et de notions fermes et définitives sur le Bien et le Mal. En fait il est humain pour le meilleur et pour le pire.

              Dépendant totalement de son code génétique qui va lui faire les yeux bleus, l’obliger à une tendance à l’embonpoint à partir de la trentaine et même à piquer des crises de fou rire pendant l’adolescence. Ensuite il va être marqué par sa naissance, facile ou pas, puis par l’accueil chaleureux ou non  de ceux qui l’entourent, puis par une éducation d’un protestantisme austère ou d’une permissivité baba cool. Enfin les événements, traumatiques ou enchanteurs de la petite enfance qui vont le marquer profondément et lui faire voir les choses en noir ou en rose bonbon le rendant résolument optimiste ou carrément suicidaire.

              Tous ces conditionnements accumulés vont former petit à petit un personnage unique et irremplaçable, un cas particulier comme nul n’en avait jamais vu. Et c’est ainsi que sont apparus Hitler et saint François d’Assise, Jeanne d’Arc et madame Thatcher. Sans oublier la petite Marine et le Grand Méchant Mélanchon. Chacun, chacune avec  ses enthousiasmes, ses phobies, son Johnny à idolâtrer ou ses sous-hommes qu’il faudra anéantir jusqu’au dernier pour que règne enfin la paix el la fraternité entre gens de bonne compagnie. God save mein Führer !

              Et c’est prodigieux que malgré tout nous persistions à nous prétendre libres et autonomes. Le libre arbitre a même une excellente réputation, pas seulement chez les professionnels que ça arrange bien, philosophes égocentriques et politiciens magouilleurs, mais chez le plus modeste des manutentionnaires à la chaîne dont la mission est de trier des déchets ménagers.

              Seulement voilà, si, l’on y regarde de près il devient de plus en plus ardu de déceler un acte libre dans ce qui occupe nos journées. Un acte libre, c'est-à-dire une actions qui ne s’expliquerait pas complètement par des enchaînements de causes et d’effets irrémédiables. On doit donc constater que si certains nuisent gravement à leurs semblables (pour leur bien, sans doute…) alors que d’autres leur sont secourables sans profit visible, c’est toujours pour d’excellentes raisons justifiées à leurs propres yeux. Chacun fait donc le bien, mais à sa façon, selon sa compréhension, mais pas toujours en toute bonne conscience. Le doute et le remord font aussi partie du déterminisme.

              Mais j’en reviens enfin au début. Si chacune de nos cellules contient tout le patrimoine génétique, ne se pourrait-il pas que par le simple fait d’être une cellule de  l’humanité, chacun de nous ne contienne en puissance tout ce qui au cours de sa vie va rester caché, non exploité. C’est comme si chacun contenait potentiellement toute l’humanité, mais en n’étant capable d’en actualiser qu’une part modeste. Staline et Marie Curie, Guy Lux et Madonna, Laurel et Hardy, chacun ne vit qu’une infime partie de ses possibilités cachées. Mais bien sûr un processus se déroule de la naissance à la tombe et nous enchaînons une multitude de rôles bien involontaires. Depuis celui du nourrisson au stade de pipi-caca jusqu'à celui d’ancien déporté, héros de la résistance à qui la patrie rend un hommage solennel au Panthéon. En passant il est vrai à dix ans par le stade de fanatique de patin à roulettes, puis de collectionneur de porte-clés avant de devenir un amoureux transi puis un obsédé sexuel à la petite semaine qui ne s’intéresse au nu que si il est artistique et culturel. Peut-être y a-t-il eu aussi une période de scoutisme un peu longue pour continuer à fréquenter la religion, ses pompes et sa magnificence tout en portant des culottes courtes.

              Ainsi donc tout être humain, vous, moi, la concierge et même le coach de l’équipe de foot sans oublier le serial killer est un représentant de l’Humanité complète. Il pourrait donc dans des circonstances extraordinaires révéler des aspects extrêmes et totalement contradictoires de ses possibilités mais tout cela serait encore conditionné et ne prouverait sans doute pas grand-chose.

              Le plus grisâtre des surnuméraires peut un beau jour se comporte en héros. Et le plus merveilleux des idéalistes se surprendre à commettre des bassesses inexcusables, coincé dans le guet-apens d’une conjoncture aussi vicieuse que machiavélique. Héros ou ennemi public numéro un ? Ca dépend et c’est même parfois les deux en même temps mais sans doute pas aux yeux des mêmes appréciateurs.

              Alors que faire, que conclure ? Que nous sommes dépassés ! Puisque le fait même d’être dépassé fait encore partie de ce qui nous arrive qu’on le veuille ou non et quelle que soit notre opiniâtreté à vouloir malgré tout prétendre le contraire.

                 Portez vous bien et  « à bientôt pour les dernières nouvelles de demain. » comme disait jadis dans le poste madame Taboui (Geneviève).

 

                                                            La Brosse Conge le 30 juin 2012

                                                            Copyright Christian Lepère

                          

 

 

332---Et-c'est-ainsi-qu'All

         "Et c'est ainsi qu'Allah est grand" - Eau-forte imprimée sur papier Arche 50 x 65 cm

 

 

  336-Trafic-d-enfer.jpg

                              " Trafic d'enfer" - Eau-forte imprimée sur papier Arche  50 x 65 cm

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Published by L'imaginaire
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