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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 17:06

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                                                                                                              "L'attaque de la diligence" - huile sur toile - 65 x 54 cm

 

 

 

HISTOIRE D’UN NAUFRAGE

 

APERCUS SUR L’EVOLUTION DE L’ART MODERNE

 

 

 

                 Mais quelle mouche les a donc piqués? Jusqu’à la fin du 19° siècle les artistes, même les plus imbus de leur personne, ce qui est assez fréquent, tenaient pour admis qu’en art tout est question de beauté et d’harmonie. La laideur n’entrait pas dans leurs projets et si par mégarde ils commettaient des fautes de goût, cela leur était reproché vertement. Ceci dit le conformisme les menaçait et innover comportait le risque de n’être pas compris.

             Dans une période de progrès scientifique et technique chaotique et hasardeuse où tout était remis en question, il était tentant de s’insurger pour se lancer dans la recherche et l’innovation. Devant cet état de fait et entraînés par le mouvement les artistes se sentirent donc tenus de devenir révolutionnaires et géniaux.

             Le génie autoproclamé est une excellente solution pour qui veut n’en faire qu’à sa tête. Plus de règles contraignantes, plus de traditions désuètes, on peut enfin affirmer sa différence. « Comment ça ne vous plaît pas? Sachez, Monsieur que je l’ai fait exprès, délibérément guidé par une intuition infaillible. » Point final. A partir de là tout devient possible. L’ennui est qu’ensuite le génie va s’opposer à d’autres génies dont la sensibilité et les projets diffèrent quelque peu des siens. Et nous voilà, bien avant Mai 1968, devant l’inextricable fouillis du début du 20° siècle. Malgré tout un fil conducteur apparaissait. Tout ou presque ayant déjà été tenté depuis Lascaux dans le domaine de la construction positive, il ne restait plus pour innover qu’à se tourner vers le contraire : démonter supprimer, simplifier à outrance et, bien sûr, le fin du fin, tourner en dérision. Et c’est ce qui fut fait pour le meilleur et pour le pire.

             Pour le meilleur d’abord parce que , bien sûr, tout ce qui n’évolue pas se sclérose et que la révolte de la jeunesse, même maladroite, permet de dissoudre  les raideurs et l’ankylose de ceux qui se sont enfermés dans une forme ou une autre d’académisme. Précisons qu’il ne faut pas oublier d’appliquer le même traitement aux abstraits et aux conceptuels qui radotent indéfiniment leurs trouvailles de jeunesse et sont à ce titre encore plus redoutables  que les peintres officiels plaisamment appelés pompiers et dont certains, malgré les conventions n’étaient pas totalement dénués de talent, même si ils n’arrivaient pas à sortir de leurs ornières.

 

             Pour le pire également parce qu’en l’absence de gardes fous, rares sont ceux qui ne se laissent pas entraîner par un enthousiasme excessif pour la facilité. En l’absence de contraintes, on a vite fait de se contenter de peu, tandis que la pente de la surenchère entraîne bien vite à tenter n’importe quoi, ne serait-ce que pour ne pas être dépassé.

             On comprend maintenant pourquoi les artistes géniaux et révolutionnaires se sont lancés à qui mieux mieux à la recherche de records à battre. A grands coups de « T’es pas cap!… » ils n’ont cessé de vouloir se montrer plus audacieux que leurs rivaux. J’ai bien dit rivaux, car il était loin désormais le temps où les artistes apprenaient de leurs aînés qu’ils respectaient,  les bases nécessaires à l’élaboration de toute réalisation un peu sérieuse.

             Non, désormais le génie pouvait se déployer sans frein ni loi. Ni Dieu, ni maître. De toute façon je suis le meilleur et je vais bien le prouver à tous ces attardés.

                      Bref la porte était grande ouverte pour toutes les dérives. On connaît hélas la suite, car sous ses dehors novateurs l’art moderne s’est révélé très vite castrateur. Tout ou presque ayant déjà été expérimenté, il ne restait plus qu’à régresser en interdisant progressivement tout ce qui avait été patiemment découvert au fil des siècles et des styles qui s’étaient tout naturellement succédés.

             C’est donc ce qui fut fait. D’abord on commença par jugers périmés les sujets traditionnels, généralement religieux. L’art pur devait se passer de tout sujet anecdotique dont l’intérêt propre risquait de faire oublier le travail pictural proprement dit. A la rigueur on pouvait tolérer quelques pommes dans un compotier car cela ne passionne pas outre mesure une personne de constitution courante. Mais l’interdit allait nous mener tout droit à la suppression de toute représentation, fût-elle simplement suggérée dans la brume d’un bienveillant flou artistique. Dès lors figurer la moindre chose concrète devenait ringard et se référer au monde des apparences, qui est pourtant celui dans lequel notre vie se déroule relevait de l’aliénation la plus insupportable aux conventions bourgeoises.                                   

                                                                                              à suivre...


                                                                  Le Chesnay  février 2010

                                                                  Copyright Christian Lepère

 

                                                                                          

                                                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by L'imaginaire
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