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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 09:35

 

152 Un ciel serein 65 x 54 cm

                                                                                                    "Un ciel serein" - huile sur toile - 54 x 65 cm

 

 

Harry Potter tel qu'en lui-même

 

       Pour mon anniversaire mon épouse m'a offert une séance de cinéma en 3 D. Délicate attention car c'était une lacune à ma culture numérique. Et j'avoue avoir été impressionné  par la qualité technique de la réalisation qui de plus était mise au service d'un sujet adapté : le dernier épisode des aventures d'Harry Potter.

       C'est avec intérêt que j'avais suivi depuis le début les aventures rocambolesques du petit sorcier. Au début c'était plutôt le pittoresque et le côté conte de fée à base de baguettes magiques, de formules incantatoires, de balais volants de philtres et de sorts jetés  qui m'avait attiré car c'était traité avec beaucoup d'humour. On ne se refait pas et c'est tout petit que je suis tombé dans l'imaginaire. Voila pour l'irrémédiable.

       Cependant au fil des épisodes et des années le cours de l'histoire a évolué et l'auteur du roman s'est laissé entraîner par son sujet. Pour passer ensuite à l'écran il fallait des acteurs, très jeunes au début et très naïfs, mais ensuite de plus en plus mûrs. Ils ont grandi, se sont étoffés et ont commencé à se poser des questions. Dans le même temps les péripéties sont devenues plus complexes, plus subtiles, de moins en moins au premier degré. Mine de rien on abordait les grands thèmes de la destinée humaine avec la découverte de la mort, l'éveil de la sexualité et la découverte de l'ambivalence. Finie, bien finie l'innocence enfantine. Comme dans l'immense saga du "Seigneur des anneaux" la destinée pouvait déployer ses coups de théâtre, ses hésitations et ses repentirs avant de repartir de plus belle vers la fin inévitable.

       Voilà donc nos héros qui se posent des questions sur eux-mêmes et sur leurs semblables. Problèmes d'identité, répartition des rôles, ambivalence des personnages en apparence les plus monolithiques , tout y est. De quoi devenir bouddhiste si l'on ne se contente pas d'une identification primaire à ce que l'on est censé être, le petit personnage social repéré, identifié et qu'on peut ensuite faire figurer dans les statistiques. En tant que chômeur, copocléphile ou chef de bureau représentant du syndicat. A moins que l'on soit monsieur Dupont, employé surnuméraire d'une multinationale dans le secteur de la pétrochimie, auquel cas il convient d'aller passer ses vacances sur la Costa Brava après avoir affronté courageusement les bouchons estivaux sous le tunnel de Fourvière avant d'aborder le péage suivant pour y verser son obole.

       Donc Harry Potter a des problèmes. Marqué au front , il est désigné par le destin pour combattre Voldemor, le méchant absolu, le mal personnifié. Et petit à petit on comprend que, sans en être complice, il a aussi des liens subtils avec ce hideux personnage qui est en quelque sorte son ombre, sa part de folie démoniaque. Tout cela peut paraître naïf mais j'ai bien peur que ce ne soit  le compte rendu exact de ce qui nous fonde. Nous passons le plus clair de notre vie a combattre la part de nous-même  que nous nions et refoulons. Ce qui est quand même un peu idiot (permettez moi de citer Jacques Brel : "On fait des montagnes avec ce qu'on peut!" et on a tellement besoin d'ennemis à combattre.

       Jadis un livre m'avait frappé par son style et son thème un peu surprenant. C'était "Le vicomte pourfendu" d'Italo Calvino. Dans ce petit conte initiatique l'auteur nous décrivait le destin d'un malheureux tranché en deux par un coup de canon. De lui ne restait qu'une moitié. Et elle était épouvantable. Ne rêvant que crimes et turpitudes le vicomte, comme le motard "En blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos" chanté par Edith Piaf "semait la terreur dans toute la région!". Et puis un jour, ô surprise, le voila devenu doux, aimant et serviable. On finit par comprendre que c'est la seconde moitié qui a réussi à survivre. Pour clore l'histoire les deux moitiés se rencontrent, se battent en duel, se saignent proprement permettant ainsi aux chairs mises à nu de se ressouder pour reformer un vicomte bien vivant et reconnaissable. Mais bien sûr il n'est plus ni gentil ni méchant ou plutôt il est les deux suivant les circonstances mais de façon plus anodine. Il est en fait redevenu simplement humain et à vrai dire moins intéressant pour qui veut écrire de belles histoires.

       Ainsi la destruction de Voldemor met aussi fin aux aventures d'Harry Potter qui, brisant la baguette magique toute puissante et refusant l'illusion du pouvoir peut devenir un honnête père de famille qui prépare ses enfants à vivre leur vie de petits sorciers.

       Si je suis fasciné par ce thème c'est sans doute que je suis un peu Harry Potter. Quelle prétention me direz-vous. Non, car vous l'êtes aussi, vous,  mon semblable, mon frère…Mais foin du machisme, ne généralisons pas abusivement car il est aussi possible que votre sexe vous amène à être plutôt Hermionne, sorcière notoire. Ce qui n'est pas plus mal.

 

                                                                           Sermizelles le 1° août 2011

                                                                          Copyright Christian Lepère

 

NINA--jpg

                                                               montage numérique

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Published by L'imaginaire
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