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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 07:01

 

312 La halte ancienne 73 x 60 cm copie

                                                                       "Halte ancienne" - huile sur toile - 73 x 60 cm

 

 

GLOIRE SAINT LAZARE

 

            Gros adipeux, grands dadais niais et petites connes en minijupes, tout ça va et vient, se croise, se bouscule. Comme si chacun à cet instant, insatisfait de son ici, s’élançait vers quelque ailleurs improbablement plus adéquat.

            Frôlement, collision, danger ! Ouf, ça passe !

            Rutilante sous un éblouissant soleil parisien la gare Saint Lazare dresse sa masse fière et ferroviaire. Noblesse de l’assise, du fondé, du « qui a fait ses preuves ». Volées  de marches et envolée du cœur. Toutes pensées anéanties, je passe. Le beau matin rayonne sur quelques « sans domicile fixe » prostrés dans leur inconfort. Sont-ils tristes ? Dieu seul le sait et ne leur en a rien dit.

            Des groupes s’agglutinent, se propagent, se disloquent. Anthropophagie d’amibes. Mais qu’en est-il de nous, pauvres egos épars parsemant la voirie ?

            Le miracle est patent. La triste bâtisse utilitaire, transfigurée par le beau temps proclame la puissance et la gloire. Dans quelle substance de rêve est-elle donc tissée cette élucubration architecturale, posée aux franges du départ, avant d’ultimes dérives vers des banlieues lointaines ? Orient mythique pour retraités.

            Sur les noms mystérieux d’un improbable ailleurs : Courbevoie, la Celles-Saint-Cloud, la Garenne-Colombes, je rêve émerveillé.

            Suis-je bien ici chez moi ? O ma belle capitale, comme tu accueilles le pauvre errant qui fend la foule, louvoyant entre les autres, tes semblables. Fripés ou pimpants, tout frais éclos, travaillés par les efflorescences printanières et les premières chaleurs, ou de retour en leur grand âge.

            Ils débarquent des rames pour poser leurs valises sur un parvis assommé de lumière. C’en est trop, de grâce ! Pourquoi cette invraisemblable richesse, ce délire gratuit, cette grâce extravagante ?

            Alors du très profond, et de la tripe aux lèvres me monte un grand merci. Par tous les diables et tous les saints, c’est bien ainsi qu’Allah est grand !        

 

                                                                   Le Chesnay le 9 juin 1994

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

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Published by L'imaginaire
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