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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 08:59

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                                                              "Baptème de l'air" - acrylique sur panneau - 40 x 61 cm

 

 

ETRANGES INSECTES

 

 

            C’est durant l’adolescence que j’ai découvert les univers magiques des peintures de Breughel et de Jérôme Bosch. Déjà, à cet âge tendre, j’étais obsédé par le mystère du monde. L’exubérant déploiement des formes naturelles, la créativité délirante de la vie me fascinaient. Et les questions essentielles surgissaient : « Mais au fond, que suis-je réellement ? et quel est le sens de toute cette agitation ?

          Si le paradoxe est stimulant pour tout esprit un peu curieux, celui-là était de taille à m’émouvoir. Car enfin, c’est bien joli les fleurs, les petits oiseaux et l’éveil printanier, mais à quoi bon toute cette magnificence puisque en fin de compte tout est périssable ?

          Certes la science s’efforçait de répondre, à sa manière, mais elle ne pouvait qu’expliquer comment l’évolution s’était déroulée. Sur le pourquoi elle ne soufflait mot, étant bien incapable d’aller au-delà des apparences, fussent-elles subtiles.

          Breughel et Bosch eux, au moins parlaient de transcendance car derrière la prodigieuse diversité des formes du monde, ils pressentaient l’unité de l’origine unique. Taoïstes sans le savoir, ils faisaient confiance à leur intuition pénétrante et portaient un regard aigu sur la nature. Parmi tous leurs sujets d’étude figuraient, bien sûr, les insectes. Comment n’auraient-ils pas été fascinés par ce petit monde qui, après nous avoir précédés, nous entoure de toute part, investissant nos demeures des caves aux greniers. Et se mêlant sans vergogne à toutes nos activités ?

          L’étrangeté des formes, la bizarrerie des comportements ne pouvaient qu’enchanter ces esprits curieux. Ainsi dans leurs créations fantasmagoriques ont-il utilisé à profusion tout ce que ce petit peuple a pu inventer pour se propulser, se nourrir ou se reproduire. Antennes, mandibules, élytres et pattes articulées, sans oublier les yeux à facettes, les rostres et les dards.

          Etant moi-même intéressé par tout ce qui bouge, se meut, palpite et vibre, il était inévitable que l’insecte ne devienne une source particulièrement féconde dans l’élaboration des formes étranges dont je me plais à parsemer mes délires picturaux.

          Certes les insectes n’en constituent qu’une petite partie, car tout m’intéresse, depuis les formations géologiques du paysage,en passant par les constructions humaines et ceux qui y vivent entourés de leurs animaux familiers , sans oublier la parure végétale et les nuages dérivant dans le ciel de Bourgogne…

          Mais ces aimables figurants que sont les diptères, coléoptères et autres cédoines dorées m’ont toujours stimulé dans l’élaboration de formes extravagantes mais pourvues d’une logique viscérale.

          A mes yeux une peinture est un organisme vivant dont toutes les parties sont en symbiose. Si ses organes sont bien reliés entre eux, si l’énergie vitale circule librement, si le métabolisme peut s’effectuer sans heurt, alors l’œuvre vivante peut rayonner. Pour moi peindre est une forme un peu subtile de yoga qui m’aide à me structurer.

          Mais revenons à nos insectes. Si leurs formes sont étonnantes, leurs comportements ne le sont pas moins. Non contents d’inventer diverses formes de société, ainsi que les règles de bonne conduite nécessaires à leur maintien, ils ont anticipé un grand nombre d’activités humaines. Ainsi, les observant, c’est nous-mêmes que nous regardons comme au moyen d’un microscope. Et cette activité pourrait nous en apprendre long sur nos comportements stéréotypés et la lourdeur de nos réflexes conditionnés. Mais bien sûr nous ne sommes pas que cela et l’évolution nous a dotés de bien d’autres facultés nous permettant de les observer et de les comprendre. Et cela ils ne sauraient le faire à notre égard, car malgré leurs stupéfiantes possibilités, il manque aux insectes la conscience réfléchie et la mise à distance qu’elle permet.              

 

                                                              Sermizelles – décembre 2004

                                                              Copyright Christian Lepère    

 

-Ce texte est paru dans la revue « Insectes » n° 136-1° trimestre 2005 

 

 

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                                                      "Les entomologistes" - huile sur toile - 130 x 97 cm   

 

 

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                                                        "Priorité à droite" - huile sur toile - 61 x 50 cm

 

 

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                                                         "Vertes contrées" - huile sur toile - 130 x 97 cm   

 

 

203-Vertes-contrees---------copie-1.jpg                                                          Détail de 'Vertes contrées"                

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Published by L'imaginaire
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