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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 13:26

 

 

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Et sur les murs j'écris ton nom : liberté

 

          La croyance la plus universellement répandue est que nous sommes des entités libres et autonomes. Ce point de vue est malgré tout plutôt moderne et occidental car dans les civilisations traditionnelles l’homme était considéré comme un élément de la création soumis aux lois implacables du cosmos mises en place par le créateur. Les grecs, et leur dramaturgie le prouve, croyaient au destin et leurs héros étaient soumis à un devenir implacable auquel ils ne pouvaient nullement échapper.

         Oui, mais voilà, il y a la volonté. C’est à la renaissance que le progrès des connaissances scientifiques a progressivement fait germer dans les esprits intellectuels l’idée que,  par la connaissance des lois, l’homme pourrait ensuite les utiliser à son profit et détourner le cours des événements, faisant ainsi la nique au démiurge...

           Tout cela est bel et bon  car si je peux décider librement d’une ligne de conduite et m’acharner à obtenir ce qui me parait souhaitable, il semble bien que je dispose d’une part de liberté. Et voilà le libre arbitre qui entre en scène, séduisant et machiavélique. Car grâce à lui je vais pouvoir me livrer à des jeux fort subtils, mêlant la brutalité à la persuasion,  cherchant par tous les moyens à manipuler mes semblables et par ce biais les situations. Merveille ! Nous venons d’inventer la politique et la diplomatie,

Justifiant ainsi d’emblée les actions les plus contestables et les plus incertaines, à condition que ce soit pour la bonne cause.

            Or, la cause qui me tient à cœur est nécessairement la bonne, du moins à mes yeux. Mais peut-être que mon teigneux de voisin n’est pas d’accord. Ca ne m’étonne pas car il a toujours eu des conceptions bizarres, privilégiant de la façon la plus choquante ses propres intérêts. Mais passons… Si le libre arbitre est universel, il faut bien reconnaître que certains en font un usage plus que contestable.

            Enfin l’essentiel est établi : je suis libre ! Oui mais de quoi ? En tout état de cause si je prends des décisions c’est parce que je suis un être raisonnable, donc me défiant de l’impulsivité. Je cherche à comprendre après m’être documenté et avoir examiné les données objectives. C’est que je souhaite ne pas me tromper ! Donc si finalement je prends une décision c’est que je la juge opportune et sensée. En d’autres termes c’est qu’elle repose sur des raisons admissibles par tout être lucide, doué de réflexion et apte à juger sainement. Je ne peux donc plus me fourvoyer.

              Hélas le quotidien me prouve sans cesse que les autres sont rarement d’accord avec mes conclusions. Je suis donc tenté de me dire, ou bien qu’ils sont mal renseignés, ou qu’ils n’ont pas apprécié objectivement toutes les données. A moins que, et c’est abominable, ils ne soient en train de biaiser ou de se mentir à eux-mêmes en refusant certaines données pourtant flagrantes. Mais au fait ne serais-je pas dans le même cas ? Car après tout je cherche à bien faire mais je ne peux douter totalement de la bonne foi et de  l’intelligence des autres…

               Donc si je prends une décision, c’est parce qu’elle me paraît bonne. Sans doute les autres font-ils de même. Et voilà que j’arrive à la conclusion surprenante qu’en réalité chacun cherche à bien faire et qu’en définitive l’homme ne peut que rechercher le bien. Mais l’homme ? Tous les hommes (et les femmes) ? Même Hitler ? Même Staline ? Eh oui tous, sans exception, le seul problème étant que chacun a son échelle de valeurs et ses références et que ce qui lui paraît essentiel est négligeable au yeux de ses opposants. Il est bien connu que le paradis de l’un est l’enfer de l’autre et de là à vouloir imposer l’enfer à l’autre pour son bien, évidemment, il faut avouer que la pente est glissante.

                 L’histoire prouve surabondamment que c’est au nom du bien que les pires horreurs ont été commises. Que faut-il en conclure ? D’abord que l’enfer est pavé de bonnes intentions, et ensuite que quoi qu’il fasse l’individu choisit toujours irrémédiablement la solution qui lui paraît la meilleure (ou tout au moins la moins mauvaise, car entre la peste et le choléra…) mais que hélas, fluctuant comme il est, ce meilleur peut dans des délais très brefs devenir pour lui le pire. Car l’homme est faillible et passe une bonne part de son temps à se tromper, puis à se repentir, quitte à retomber un peu plus tard dans les mêmes ornières, mais en étant à chaque fois certain d’avoir raison. Et cela dans la plus totale liberté.

 

 

                                                    Le Chesnay le 16 Février 2007

 

                                                    Copyright Christian Lepère

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Published by L'imaginaire
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