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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 10:24

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                                                                                                                                                          Audessus du Chesnay

 

 

ENFIN LE JOUR SE LEVE

 

 

              Enfin le jour se lève. Un soleil radieux illumine ce beau matin d’hiver anormalement doux. Derrière les immeubles dans le parc de Versailles de vastes allées paisibles mènent au Grand et au Petit Trianon. Tout est calme et serein. Rien ne bouge.

              Il arrive cependant qu’on lève la tête et alors on voit. De toutes les directions des lignes blanches se propagent, se chevauchent, se coupent brutalement selon des angles variés transformant le ciel pur en une composition abstraite quelque peu incongrue en ces lieux. Certaines traînées sont d’une netteté métallique luisantes et acérées, sabrant le vide, tandis que d’autres un peu plus anciennes commencent à s’estomper, à se ramollir avec langueur et dérivent selon des courbes évanescentes avant de se résorber sans laisser de traces. Le spectacle est grandiose, magique et absurde.

              Cependant cette abstraction cosmique, cette création incessante, ce spectacle idiot et gratuit ne sont pas le fruit d’un hasard miraculeux, d’une fantaisie débridée de la nature. Ils sont le fait de notre humanité et de son activité compulsive. Pris d’une frénésie de déplacements, incapables de rester à leur place des gens comme vous et moi sont en train de rallier Mexico ou les Maldives, Hong-Kong ou Zanzibar. Bien calfeutrés dans la boîte métallique volante, sécurisés par une technologie attentive qui leur garanti chaleur et air pressurisé. Ils peuvent faire leurs mots croisés  ou lire les inepties scabreuses de VSD sans problème. A moins qu’ils ne soient immergés dans l’hyper violence d’un western spaghetti embarqué avec eux dans leur ordinateur portable.

              Pour tout le monde tout est normal. Comme d’habitude. Mais l’inconcevable peut se produire à tout moment. Songez qu’il suffit que des idées saugrenues surgissent dans quelque cervelle échauffée. Si celle-ci appartient à un quelconque quidam, ce n’est pas trop grave. Il va se monter le bourrichon tout seul, se faire son cirque et se raconter des histoires qui lui permettront de se remonter le moral et de compenser. Il va refaire le monde. Mais si c’est celle d’un syndicaliste secrétaire de cellule qui mis hors de lui par les dernières mesures prises par la direction, effaré devant la perspective de catastrophe sociale que serait une perte de salaire ou tout au moins une absence de réajustement  sur l’indice des prix à la consommation et qu’il risquerait de voir son pouvoir d’achat se réduire de 0,45 %, alors là ça devient intolérable ! La grève va éclater. Roissy sera paralysé, le journal télévisé investi et sommé de rendre compte. A partir de là les gens vont attendre et attendre encore, avec leurs bagages qu’enfin on daigne les laisser embarquer à bord de leur long courrier, qu’enfin on les laisse s’envoler vers l’azur et planer dans les espaces infinis. C’est qu’ils doivent aller se faire bronzer à Miami  et entretenir des mélanomes qui pourraient faire des cancers dignes d’attention. C’est qu’ils en ont besoin. C’est qu’il faut en profiter en attendant le pire. En attendant d’être rattrapé par la crise, embarqué dans un plan social qui risque de supprimer tous les inutiles. Ceux qui sont trop payés pour pas grand-chose, ceux qui ont vu leur salaire augmenter de seulement 45 % alors que leur patron a été mis à la retraite anticipée avec un parachute doré qui ne lui permettra même pas de changer son vieux yacht obsolète pour un modèle décent où chacun à son jacuzzi personnel avec hydro massage.

              L’injustice est flagrante, elle est universelle. Elle est accablante. Et l’on ne peut s’empêcher de rêver au jour béni où enfin tout le monde pourra bénéficier du progrès. Prendre l’avion quand ça lui plait. Consulter Internet sur son Ipad enfin étanche tout en faisant de la plongée sous-marine et voir de merveilleux poissons sur son écran au lieu d’en être réduit à observer les vrais à travers des lunettes de plongée fort contraignantes.

 

                                                                   Le Chesnay le 16 janvier 2012 

                                                                   Copyright Christian Lepère

 

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Published by L'imaginaire
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