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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 12:50

DU FOND DE L'AMNESIE

 

 

 DOC                       Du fond de l'amnésie des souvenirs surgissent. Ils reposaient depuis tant de temps, cachés sous des strates obscures, des accumulations implacables et méthodique, des encombrements souterrains. Laissés pour compte dans les profondeurs. Oubliés dans leurs oubliettes, murés dans le silence lourd de leur oubli. Et les voila qui remontent à la surface depuis leur nappe phréatique obscure mais paisible et tant oublieuse. Quelle occurrence les a réveillés? Allez donc savoir. Peut-être a-t-il suffi des traces d'un parfum lointain, d'une nappe de brume au petit matin ou d'une lente dérive de nuages flamboyant dans le soleil couchant. A moins qu'une cause plus prosaïque, un aléas malencontreux, une parole échappée à la censure d'un non-dit coupable ou de quelque autre incident du quotidien le plus banal n'ait décadenassé le secret de leur enfermement.

                   Depuis tout petit je suis normal et plus ou moins reconnu comme tel. L'amnésie est ma nature et mon habitude profonde et invétérée.  Quasiment viscérale. La prodigieuse machine à oublier et occulter qu'est mon cerveau s'est toujours acquitté de sa tâche avec sérieux et méthode. Peut-être même avec un zèle un peu excessif. On est perfectionniste ou on ne l'est pas.

                   Ne pas se laisser encombrer. Ne pas accumuler tout ce fatras de vécu et de ressenti. Ne pas se laisser piéger par des tonnes de mémoire. Ne plus être cette masse de photos jaunies et de bibelots collectionnés jusqu'à l'accumulation si chère à quelques artistes contemporains qui revendiquent haut et fort leur chère névrose obsessionnelle, tel Arman et ses amas d'outillage tout droit sortis des chaînes de production. Ou des sous-sols du B.H.V. Car la tendance est bien là, pathologique à souhait : s'emparer de tout ce qui traîne et s'offre à notre emprise vorace. Tout engloutir et confisquer par- devers soi. Ne rien laisser s'échapper.

                   Ainsi pendant longtemps j'ai été un acharné collectionneur. De timbres, bien sûr comme tout le monde mais avec une tendance à l'excès un peu inhabituelle. De formes et de couleurs naturels aussi car la nature et sa créativité incessante nous proposent sans répit des surprises et des  émerveillements. Ainsi les papillons, chatoiement de couleurs à peine entrevu, éblouissement fugace, finissaient bêtement épinglés dans des boîtes en carton patiemment aménagées. Tandis que dans d'autres boîtes s'entassaient les fossiles récoltés entre les mottes de terre sèche et caillouteuse de quelque champ labouré bourguignon. Ils est vrai qu'ils me narguaient, attendant patiemment ma visite depuis des millions d'années. Pour moi seul et mon délire paranoïaque.

                   Ainsi les deux tendances ont toujours co-existé. D'un côté L'accumulation qui ne veut rien perdre et tout préserver. De l'autre un désir salutaire de renouvellement et de désencombrement du passé. Cela a donné lieu a bien des stratégies et à des époques successives antagonistes. Parfois l'accumulation a triomphé, Parfois c'est la perte et l'oubli qui ont permis de faire du vide et de laisser un peu de place au surgissement de la nouveauté. Après la chute des feuilles mortes, puis leur lent pourrissement pour régénérer l'humus, la sève peut jaillir à nouveau et la végétation s'épanouir en de nouvelles floraisons.

                   Ce qui est vrai pour la nature l'est aussi pour notre monde intérieur de choses plus impalpables. On peut ainsi collectionner les souvenirs et les états d'âme puis comme la végétation automnale les laisser  chuter en tournoyant jusqu'au sol où ils formeront un somptueux tapis aux couleurs chatoyantes avant de se dissoudre pour régénérer le terreau des sous-bois.

                    Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et c'est le miracle de la vie. Avec un peu de pratique on apprend à gérer ses albums photos et ses lettres manuscrites, avant de s'apercevoir que l'ordinateur est lui aussi un prodigieux accumulateur de documents en tout genre mais qu'il permet aussi de trier, de supprimer et de restructurer des fragments de textes ou d'images pour les réorganiser en des combinaisons inattendues. Mais j'ai déjà rendu à Photoshop l'hommage qui lui est dû…

                   Armé de mon tout petit appareil photo numérique et de ses douze millions de pixels je m'empare de tout ce qui bouge, et même du reste pour en garder des traces numérisées utilisables par la suite à des fins diverses généralement avouables, mais pas toujours.

                   Cela peut ensuite être remanié, trituré et mis en forme de le façon la plus illégitime. C'est ce que l'on désigne par le terme de créativité.

Peu importe si cela semble un peu abstrait et théorique. C'est avec le regard qu'une œuvre graphique s'appréhende, non avec l'intellect qui, quel que soit son développement et sa sophistication ne peut que tout dessécher et réduire à l'état de concept (pure abstraction sans aucune réalité sensuelle) dont sont si friands les malheureux qui ayant oublié l'usage de leur cerveau droit, leur âme en vérité, se retrouvent cantonnés dans la prison désincarnée de leur cerveau gauche. Soit dit en passant, le plus judicieux est quand même de fonctionner avec les deux moitiés de son cerveau, collaborant en conjuguant leurs qualités respectives.

                   Mais j'avançais l'idée que la photo et ce que l'on en fait pouvait déboucher sur la créativité. Cette idée peut être contestée comme n'importe quelle autre. Il reste donc une seule chose à faire, tenter d'apporter des preuves. A vous d'en juger.

 

                                                                     La Brosse Conge le 22 mai 2011

                                                                     Copyright Christian Lepère


   Ambiance-2-----

                  Shiva

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Published by L'imaginaire
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